The Lighthouse, de Robert Eggers : Impressionnant récit de folie en eaux troubles

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L’américain Robert Eggers a encore frappé avec son nouveau film The Lighthouse, encore plus radical et plus beau que son précédent et premier film, The Witch. Cinéaste brillant, il est l’homme sur qui il faudra compter pour redynamiser un genre, le film d’horreur, en train de ronronner en mode pilotage automatique.

Synopsis L’histoire hypnotique et hallucinatoire de deux gardiens de phare sur une île mystérieuse et reculée de Nouvelle-Angleterre dans les années 1890.

Lux æterna

Le phénomène cannois tant attendu est enfin sur nos écrans. The Lighthouse, le nouveau film de Robert Eggers est donc sorti, pour le plus grand bonheur des cinéphiles les plus mordus. Le film, d’une beauté rare, est en effet un objet presque expérimental en noir et blanc, en format carré 1.19 :1 avec des contrastes saisissants que n’aurait pas renié Murnau.

Robert Eggers est l’autre nouveau phénomène du film de genre, aux côtés de Jordan Peele ou de Ari Aster. Tous ces cinéastes ont en commun d’être aux antipodes du jump scare basique américain, et de proposer une œuvre à double lecture, le film d’horreur sur fond d’un film sociétal. Dans le cas Eggers en particulier, son vecteur c’est l’Amérique des débuts et son mode de vie extrêmement fruste. Dans son premier film, The Witch, il situe son récit à une époque à peine antérieure aux procès des fameuses sorcières de Salem. Pour The Lighthouse, il s’appuie sur des récits marins, citant même le capitaine Achab de Melville au détour d’un dialogue, et campe son histoire vers la fin du XIXe s.

Encore plus que The Witch, The Lighthouse, estampillé film d’horreur, s’affranchit du genre. Le capitaine (Willem Dafoe), dont on ne connaîtra le nom, Thomas Wake, qu’au milieu du film, et son second, Robert Pattinson, un Ephraim Winslow / Tom Howard qui ne sera également nommé que tardivement, se retrouvent pour quelques semaines comme gardiens d’un phare à l’écart de tout. La précision avec laquelle Eggers décrit les tâches quotidiennes de Winslow, harassantes et ingrates, est admirable, extrêmement documentées et superbement filmées. Tout se passe dans un halo surréaliste qui rend le moindre mouvement fantastique. A contrario, la tâche de s’occuper de la lanterne étant revendiquée exclusivement par Wake, elle est du domaine du secret et du mystère, même si nuit après nuit, Winslow aperçoit la silhouette complètement dénudée de Wake dans la tour, ajoutant encore au trouble.

Plus qu’un film d’horreur, The Lighthouse est un film sur l’installation de la folie chez deux hommes pris au piège de la mer. Porté par une technique très impressionnante, une photo que Jarin Blaschke (déjà à l’œuvre pour The Witch) sublime avec une très faible profondeur de champ, se concentrant sur l’essentiel de la scène à chaque fois, The Lighthouse emporte le téléspectateur dans une sorte de monde onirique, véritablement fantastique, où l’apparition d’une sirène n’est pas incongrue, et où les attaques d’une mouette borgne ne sont pas plus invraisemblables que celles d’un bouc ou d’un lapin ne l’étaient dans son précédent film. La descente aux enfers des deux hommes est filmée de très près, dans ce format carré qui va les enfermer encore plus dans leur délire. Eggers ne nous épargne rien, des séances masturbatoires hallucinées au contenu des pots de chambre chaviré par la violente tempête.

Robert Pattinson est extraordinaire dans le film, et prouve encore, si besoin est, que son virage indie avec des films comme The Rover ou Good Time, n’a pas été qu’un feu de paille. Willem Dafoe n’est pas en reste, et la prouesse des deux acteurs, débitant un dialogue fait d’extraits de récits d’époque, poétique et quelque peu hermétique, contribue à faire de ce film illuminé un futur classique, un futur film culte qui n’aura usurpé en rien la très bonne renommée dont il profite. Un immanquable cadeau de Noël, beau et sombre à la fois.

The Lighthouse– Bande annonce

The Lighthouse – Fiche technique

Titre original : The Lighthouse
Réalisateur : Robert Eggers
Scénario : Robert Eggers, Max Eggers
Interprétation : Willem Dafoe (Thomas Wake), Robert Pattinson (Ephraim Winslow), Valeriia Karaman (La sirène)
Photographie : Jarin Blaschke
Montage : Louise Ford
Musique : Mark Korven
Producteurs : Rodrigo Teixeira, Lourenco Sant’Anna, Jay Van Hoy, Youree Henley, Robert Eggers, Coproducteurs : Jeffrey Penman, Michael Volpe
Maisons de production : New Regency Pictures, A24, RT Features
Distribution (France) : Universal International Pictures France
Récompenses : Prix du Jury à Deauville, et nombreux autres prix américains
Durée : 109 min.
Genre : Drame | Fantastique | Horreur| Mystère
Date de sortie : 18 Décembre 2019
Canada | Etats-Unis | Brésil– 2019

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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