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Krimi : Fritz Lang à la manœuvre

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Après Ava qui montrait Ava Gardner dans un voyage de promotion à Rio de Janeiro et L’enfer fascinante version façon roman graphique d’un film qu’Henri-Georges Clouzot n’a jamais pu achever, Thibault Vermot et Alex W. Inker nous proposent de suivre Fritz Lang dans sa vie et son travail de cinéaste. La lecture de ce nouveau jalon du lien entre le cinéma et la BD met en évidence que ses auteurs – assurément cinéphiles – s’intéressent à l’ensemble du processus de la création cinématographique.

Le tout début présente la rencontre fortuite de Fritz Lang, à pied dans Berlin, avec l’inspektor Lohmann, de la Kriminalpolizei, qui pensait à lui et prétend qu’il le cherchait. Lohmann entraine le cinéaste prendre une bière pour lui expliquer son plan : faire un film d’une histoire d’assassinats sur laquelle il enquête. Lohmann imagine qu’en marquant le public, l’œuvre pourrait « changer le monde ». 

Premières impressions

Ce début amène de nombreuses remarques, dont celle de l’usage de l’allemand pour certaines expressions (et davantage par la suite) ainsi que pour le titre et ceux des chapitres qui vont jusqu’à utiliser un lettrage à tendance gothique. Si pour ces titres, on trouve une traduction en fin d’ouvrage, il n’en est rien pour le reste. Lecture achevée, je considère que la gêne est minime, car on devine les significations par le contexte. Et je rapprocherais volontiers ce choix de celui que fait Robert Merle dans La mort est mon métier situé lui au cœur de la Seconde Guerre mondiale, alors qu’ici on sur la période de montée du nazisme. A noter également l’organisation d’une double planche avec des vignettes à lire en spirale, ce qui surprend jusqu’au moment où on comprend qu’elles sont numérotées (procédé repris sur une autre double planche, sur la fin). Enfin, il faut penser à lire l’album en faisant la distinction entre les personnes réelles et leurs représentation sous forme de personnages, car les auteurs ne se contentent pas d’illustrer une tranche de vie. Ils présentent tout cela selon leur vision personnelle. D’ailleurs, dans le film, le policier qui intervient à la fin n’est autre que le commissaire Lohmann…

La personnalité de Fritz Lang

Le début s’avère rapidement bien plus crédible qu’il n’y paraît au premier abord. En effet, Lang a eu affaire à la police, puisque sa première femme, Lisa Rosenthal, est morte d’un coup de feu reçu dans des circonstances douteuses. Et si l’enquête conclut non au suicide mais à une mort accidentelle, il reste des zones d’ombre. Ainsi, le coup a été tiré par une arme appartenant à Fritz Lang, alors que celui-ci entretenait une liaison avec Thea von Arbou, sa scénariste, installée dans un appartement voisin. Et si on sait que Thea von Arbou devint la seconde épouse du réalisateur, on reste dans l’incapacité de situer précisément la date du décès de Lisa, car tous les documents relatifs à sa disparition sont irrémédiablement perdus. La question est posée : l’accident ne se serait-il pas produit au cours d’une dispute ? Ainsi Fritz Lang trainerait un tel sentiment de culpabilité qu’il imprégnerait toute son œuvre. Une théorie parfaitement crédible, même si d’autres thèmes majeurs (la vengeance, la pulsion de mort, le double, la manipulation des foules par un surhomme), jalonnent l’œuvre du cinéaste. Tout cela pour dire que le personnage de Lohmann se justifie et que ce roman graphique utilise de nombreux éléments vérifiables. Ce qui n’empêche pas les auteurs de faire sentir que le réalisateur qui adorait raconter des histoires, pouvait affabuler sur certains points. Ainsi, il existe plusieurs versions pour expliquer sa perte d’un œil, dont une pour prétendre que non, finalement, il n’était pas borgne ! Il ne faudrait donc surtout pas croire que Fritz Lang était un homme admirable en tous points parce qu’il a tourné quelques films faisant l’histoire du cinéma. 

Fritz Lang et son nouveau projet

Quand il rencontre Lohmann, Fritz Lang tente d’achever le tournage de La femme sur la Lune (1929) adapté d’un roman de Thea von Harbou, mais qui ne rencontra pas le succès qu’il espérait. Ce sera son dernier film muet, puisqu’il s’attaque au tournage de ce que sera M (connu chez nous comme M le maudit). Réflexion de Fritz à son majordome, Hans « En passant du muet au parlant, c’est comme si je passais de l’enfance à l’âge adulte. » Dans la BD, c’est Lohmann qui lui apporte le sujet, puisqu’il enquête sur l’histoire réelle du « Vampire de Düsseldorf ». Cette histoire, particulièrement révélatrice du climat qui régnait alors en Allemagne, nous est montrée sous la forme de planches sans le moindre dialogue, avec des silhouettes en ombres chinoises, esthétiquement très réussies, qui montrent avec quelle facilité l’assassin œuvrait (phrase particulièrement révélatrice « La rue est devenue un terrain de chasse »). L’assassin nous est d’ailleurs présenté dans d’autres situations, puisqu’il fut arrêté, jugé et exécuté. Ainsi Lohmann invite Fritz Lang à assister à un interrogatoire derrière une glace sans tain. L’homme se dit comme habité par une pulsion incontrôlable. Il a été jusqu’à proposer à sa femme de le dénoncer pour toucher la forte somme liée à son arrestation. Et puis, Inker dessine son visage de façon à ce qu’il évoque celui d’Hitler. D’autre part, Thea qui discute du projet avec Fritz au téléphone, lui dit « Quand un crime est commis, c’est toute la société qui est responsable. A un niveau ou un autre ! Toute la société ! »

Quand tout s’emboîte

Tous ces éléments inspirent Fritz Lang qui rencontre Peter Lorre. Celui-ci interprétera l’assassin et le tournage se fera, cela ne s’invente pas, dans un hangar à zeppelins. On imagine aisément l’impression d’espace inspirant à Fritz Lang un énorme caprice. L’expressionnisme qui caractérise son œuvre est présent dans le dessin d’Alex W. Inker, un noir et blanc qui fait sentir ce qu’on observe dans M le maudit : une atmosphère poisseuse, particulièrement révélatrice de la période, avec quelques détails significatifs d’une décadence comportementale. Dans cet ordre d’idées, le scénario de la BD fait jouer un rôle déterminant à la fillette interprétant une des victimes de l’assassin. On note également l’intervention de truands réels (véridique) pour interpréter ceux qui constitueront le tribunal improvisé pour juger l’assassin dans les sous-sols de la ville. Bien que jamais mentionnée dans le film, on devine qu’il s’agit de Berlin. Le tournage lui-même n’est jamais montré dans la BD, malgré son épaisseur (278 pages). Peu importe puisqu’elle en intègre de nombreux éléments. Suffisamment à mon avis pour donner envie aux lecteurs qui ne connaitraient pas le film, de le découvrir enfin (et aux autres de le revoir) !

Krimi – Thibault Vermot (écriture) et Alex W. Inker (dessin et scénario)
Sarbacane : parution le 2 avril 2025
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« Lactations filmiques » : représentation et symbolisme du lait au cinéma

L’ouvrage Lactations filmiques d’Aurel Rotival, publié par les Presses Universitaires de Rennes, effeuille un motif récurrent du cinéma : le lait. À travers une série d’analyses, l’auteur interroge les représentations lactées à l’écran, mais surtout leur pouvoir symbolique et leur place dans l’histoire de la pensée humaine. Du lait comme agent nourrissant au lait comme médium métaphysique, il s’agit d’explorer un champ d’étude qui mêle iconologie, anthropologie et théologie, en démontrant que ce motif, loin d’être anodin, éclaire en réalité des problématiques culturelles contemporaines.

Le lait au cinéma agit tel un opérateur de sens. Chaque jet lacté, chaque épanchement de cette substance corporelle, réactive une série de questionnements humains profondément ancrés dans l’histoire : les rapports sociaux, la différence des sexes, l’identité raciale, la structure de la parenté… Le lait, comme le démontre longuement Aurel Rotival, porte en lui une charge symbolique qui s’étend bien au-delà du cadre strictement narratif des films. Il devient ainsi un vecteur de relectures et de réactivations historiques.

L’auteur ne se limite pas à une simple étude formelle des images, puisqu’il s’attache à déchiffrer comment ces motifs lactés, à travers le cinéma, réactualisent des discours et des symboles datant souvent des siècles passés. Le lait devient ainsi une passerelle entre les formes anciennes de pensée et leurs expressions modernes. Maître de conférences à l’Université Lumière, Luc Vancheri formule très bien le programme méthodologique de cette approche : « Voilà qui demande que nous nous intéressions à la provenance (Herkunft) et à l’émergence (Entstehung) de tels moments et problèmes de la pensée – affaire de généalogie –, que nous repérions comment ils se transmettent et se transforment – affaire de morphologie –, et, enfin, que nous comprenions comment ils se réactivent au contact d’un film – affaire d’archéologie. »

Parmi les représentations analysées, on retrouve le motif de la Virgo lactans – la Vierge Marie allaitant. Profondément enraciné dans la tradition chrétienne, ce motif devient un terrain d’étude des plus riches pour comprendre la dimension spirituelle et théologique du lait. Aurel Rotival cite l’historien de l’art Jérémie Koering qui explique que le lait de la Vierge, loin de se limiter à un acte nourricier, devient un moyen d’accéder à une sagesse divine : « En prenant en bouche cette nourriture divine, Bernard ingère la science ou mystérieuse sapience de Dieu. » Le lait supporte alors l’essence d’une transmission spirituelle. 

Dans une société où le regard masculin a longtemps structuré la production cinématographique, les scènes de lactation sont parfois teintées de violences symboliques et de réifications du corps féminin. L’auteur analyse des films comme Orange Mécanique (1971), où le lait est réduit à une fonction sexuelle au service du désir masculin, illustrant une version pervertie de la lactation bernardine. La scène du Korova Milk Bar, avec ses statues féminines servant de « distributeurs de lait », est un exemple frappant de ce regard objectifiant. Dans cette scène, Stanley Kubrick, comme bien d’autres cinéastes avant lui, inscrit le lait dans une logique de contrôle et de domination sur le corps féminin.

Aurel Rotival ouvre des perspectives plus subversives en étudiant des films qui reconfigurent les dynamiques traditionnelles. Il cite des exemples où le lait devient un moyen d’explorer la fluidité des genres et des formes alternatives de parenté. Le mythe de Caritas Romana, où une fille allaite secrètement son père en prison, est revisité dans des films comme Les Valseuses (1974) et Madonnen (2007), où des formes non conventionnelles de lactation et d’intimité sont explorées. Ces films remettent en question les normes traditionnelles de la famille et de la sexualité, ouvrant un champ d’interrogation sur la maternité et l’émancipation féminine. 

Le lait, en tant que métaphore de l’alimentation et de l’identité, est également utilisé au cinéma pour traiter des questions raciales. Dans le Beloved adapté de Toni Morrison, le lait devient le symbole d’une violence systémique, où l’appropriation du lait d’une esclave noire par des Blancs illustre l’exploitation, la violence et la négation de l’identité noire. Cette appropriation du lait maternel est un acte de domination coloniale, une métaphore visuelle de l’extinction de l’autonomie des corps noirs. Le film Mange, ceci est mon corps (2009) de Jérôme Fritel, dans une scène où un domestique noir se recouvre de lait, met quant à lui en lumière les tensions raciales en se réappropriant le lait comme un masque blanc, un moyen de dénoncer la violence du colonialisme et la construction des identités raciales.

Particulièrement dense, Lactations filmiques chemine sans mal de François Bœspflug à Andreï Tarkovski, de l’agentivité optique mâle à l’inversion énergétique d’Aby Warburg, pour construire une analyse rigoureuse et inédite des motifs lactés au cinéma. Humeur corporelle profondément liée à la procréation et à la sexualité, le lait possède une puissance symbolique structurante, que le grand écran a exploitée à de nombreuses reprises pour façonner des imaginaires à double sens. De nombreuses scènes nous connectent ainsi à des héritages culturels et idéologiques multiples. Les motifs lactés agissent comme des outils iconologiques permettant un double mouvement analytique : ils rejouent les dispositifs historiques ayant structuré ces problématiques et ils en questionnent la pertinence actuelle.

L’apport majeur de cet ouvrage réside ainsi dans une lecture du cinéma comme lieu de réactivation des savoirs et des symboles qui traversent l’histoire de la pensée humaine, tout en offrant une lecture critique et subversive de la place du lait, symbole de fertilité, de domination, mais aussi de renouvellement. L’ensemble des « lactations filmiques » analysées y est appréhendé comme un « hyperthème », un réseau complexe de motifs et de thèmes entretenant des relations paradigmatiques et syntagmatiques, puisant leur sens de leurs interactions au sein du film et de leur résonance avec l’histoire culturelle. C’est ambitieux, parfois sibyllin, mais non moins passionnant. 

Lactations filmiques, Aurel Rotival 
PUR, mars 2025, 304 pages

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Comment fonctionnent les machines à sous avec achat bonus et quand elles en valent la peine

Les machines à sous en ligne évoluent constamment pour offrir plus de variété et de sensations fortes aux joueurs. Parmi les innovations les plus populaires de ces dernières années, on trouve les machines à sous avec achat bonus. Elles permettent aux joueurs d’accéder directement aux tours gratuits ou à la fonctionnalité principale du jeu sans attendre qu’elle se déclenche naturellement.

Mais comment ces machines fonctionnent-elles vraiment ? Et surtout, est-ce que cela vaut le coup de payer pour un bonus ? Dans cet article, nous allons répondre à ces questions de façon claire et simple.

Qu’est-ce qu’une machine à sous avec achat bonus ?

Les machines à sous avec achat bonus, aussi appelées « Bonus Buy slots », offrent la possibilité d’acheter directement l’accès à la fonctionnalité bonus du jeu, comme les free spins ou les jeux spéciaux à gains élevés.

Une fonctionnalité payante intégrée

Au lieu de jouer normalement et d’attendre que les symboles bonus apparaissent sur les rouleaux, vous avez l’option de payer un montant fixe (souvent entre 50x et 100x votre mise) pour accéder instantanément à la phase bonus.

Comment fonctionne l’achat de bonus ?

Étapes simples

  1. Choisissez votre mise : Comme pour une machine à sous classique, vous commencez par choisir votre mise.Cliquez sur « Acheter le bonus » : Si le jeu propose cette fonction, un bouton dédié apparaîtra. Il vous indiquera également le coût exact de l’achat.
  2. Lancez la fonctionnalité bonus : Une fois l’achat confirmé, vous accédez immédiatement au mode bonus (souvent des free spins ou un jeu spécial).
  3. Recevez vos gains : À la fin de la fonctionnalité bonus, vos gains sont ajoutés à votre solde.

Exemple concret

Si vous misez 1 € par tour et que l’achat du bonus coûte 100x votre mise, vous paierez donc 100 € pour accéder au mode bonus. Si le bonus vous rapporte 200 €, vous aurez doublé votre investissement. Mais si vous gagnez seulement 50 €, vous subirez une perte.

Avantages de l’achat de bonus

Gagner du temps: Pour les joueurs impatients, cette fonction est idéale. Sur les nouveaux casinos en ligne, vous n’avez pas besoin de faire des dizaines ou centaines de tours dans l’espoir de déclencher les free spins.

Accès immédiat à la partie la plus excitante du jeu: Les bonus sont souvent les moments les plus divertissants et potentiellement lucratifs d’une machine à sous. Avec l’achat bonus, vous entrez directement dans l’action.

Potentiel de gains élevé: Certains bonus peuvent offrir des multiplicateurs importants, des jackpots ou des combinaisons spéciales. L’achat bonus permet de viser ces gros gains plus rapidement.

Inconvénients de l’achat de bonus

Coût élevé: Le principal inconvénient est le prix. Acheter un bonus peut être cher, surtout si vous ne gagnez pas assez pour couvrir l’investissement.

Volatilité importante: Les fonctionnalités bonus sont souvent très volatiles. Cela signifie que vous pouvez gagner beaucoup… ou très peu. Il est donc possible de perdre rapidement une partie importante de votre bankroll.

Risque d’abus: Avec l’achat de bonus, il est facile de rejouer encore et encore en espérant toucher « le gros lot ». Cela peut conduire à une perte de contrôle si vous ne fixez pas de limites.

Quand cela vaut-il la peine d’acheter un bonus ?

Lorsque vous avez une bankroll solide: Si vous avez un bon budget de jeu et que vous êtes prêt à prendre un risque mesuré, acheter un bonus peut être une bonne stratégie. Cela vous permet de profiter immédiatement du potentiel du jeu.

Si vous aimez les jeux à haute volatilité: Les joueurs qui apprécient les sensations fortes et les gains explosifs préfèrent souvent cette option. Le risque est plus élevé, mais la récompense peut l’être aussi.

Pour tester une machine: Vous pouvez aussi utiliser l’achat de bonus pour découvrir rapidement le cœur d’un jeu et voir s’il vous plaît avant de l’explorer plus en profondeur.

Conseils pour bien utiliser l’achat bonus

  1. Jouez en mode démo d’abord: Avant de miser de l’argent réel, essayez la machine en mode démo. Cela vous permet de comprendre le fonctionnement du bonus et d’estimer son potentiel, comme le proposent de nombreux nouveaux casinos en ligne.
  2. Fixez une limite d’achat: Décidez à l’avance combien de bonus vous allez acheter, et respectez cette limite. Cela vous protège contre les pertes excessives.
  3. Choisissez les bons jeux: Tous les bonus ne se valent pas. Certains jeux offrent de meilleurs retours sur investissement que d’autres. Recherchez les taux de redistribution (RTP) et la volatilité du jeu avant de vous lancer.
  4. Ne jouez pas pour vous « refaire »: Si vous perdez sur un achat bonus, évitez d’en racheter un autre dans la foulée pour essayer de récupérer votre perte. Cela peut rapidement devenir une spirale.

Les meilleurs types de joueurs pour cette fonctionnalité

  • Les joueurs expérimentés : qui comprennent les risques liés à la volatilité.
  • Les chasseurs de gains élevés : qui cherchent des jackpots ou gros multiplicateurs.
  • Ceux qui aiment l’action rapide : sans passer par les tours classiques.

Conclusion

Les machines à sous avec achat bonus offrent une expérience unique et intense. Elles permettent d’accéder rapidement aux fonctionnalités les plus palpitantes du jeu. Mais comme toute chose dans le monde du casino, elles doivent être utilisées avec modération.

Avant d’acheter un bonus, posez-vous toujours la question suivante : suis-je prêt à perdre cette somme ? Si la réponse est oui et que vous jouez pour le plaisir, alors pourquoi pas. Mais n’oubliez jamais que les jeux de hasard restent imprévisibles, et que la gestion de votre bankroll est essentielle.

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« Savane, la saga des Munroe » : frères ennemis

Les éditions Glénat publient Savane, la saga des Munroe, l’intégrale des aventures d’une famille blanche au Kenya. Christian Perrissin et Boro Pavlovic dressent un portrait saisissant d’une dynastie coloniale en plein délitement, confrontée à ses conflits internes et aux évolutions historiques d’un Kenya déchiré entre héritage colonial et tensions raciales persistantes.

Les Munroe ne sont a priori pas à plaindre. Dans un Kenya relativement pauvre, ils font office de riches propriétaires terriens blancs, établis depuis plusieurs générations dans la vallée du Rift. Cependant, les temps changent et ils voient leur autorité contestées par les mutations d’une société qui ne tolère plus les privilèges hérités d’un autre âge. Parallèlement, une maladie ravage leurs récoltes et amenuise leur pouvoir économique.

Le pivot dramatique de cette fresque familiale et coloniale n’est autre que Sean Munroe, le fils cadet. Accusé injustement du meurtre sordide de Mama Nzambi, sa petite amie kikuyu issue des quartiers précaires de Nairobi, il est victime d’un passage à tabac en prison et profite d’un transfert pour s’évader. Alors que les autres membres du clan semblent submergés par leurs propres préoccupations – la tenue du domaine agricole, un mariage intéressé pour le père de famille –, Sean campe un bouc émissaire idoine, poursuivi par la police mais surtout par l’ombre pesante des injustices passées. Christian Perrissin et Boro Pavlovic nous font en effet rapidement comprendre qu’il doit payer pour tous les méfaits blancs passés sous silence.

Le drame familial s’enrichit ainsi d’éléments d’enquête policière passionnants, notamment à travers la traque haletante de Sean à travers le bush kenyan. Cette dimension apporte une tension dramatique et narrative diablement efficace, permettant en seconde intention d’approfondir les fractures profondes d’un pays marqué par les séquelles du colonialisme et les rancœurs accumulées entre communautés. En toile de fond, des événements réels comme l’affaire Cholmondeley, symptomatique de l’impunité dont bénéficiait encore récemment une certaine élite blanche, donnent à la fiction une dimension ancrée dans le réel, qui renforce la crédibilité du récit.

Visuellement, Boro Pavlovic réalise un travail remarquable, porté par un trait précis, élégant et une maîtrise impressionnante des paysages et expressions. Son dessin réaliste saisit avec finesse la beauté rude de la savane africaine, la tension palpable des interactions humaines et offre un portrait particulièrement soigné des personnages africains, évitant avec succès les pièges de la caricature ou de l’exotisme facile. Il donne corps à un récit qui, loin de se réduire à une simple chronique des rivalités familiales, s’érige en une authentique fresque sociale – les disparités communautaires, géographiques, historiques… Savane, la saga des Munroe explore avec acuité les conséquences des inégalités structurelles et le poids des préjugés raciaux, plaçant le destin de Sean au centre d’une intrigue aux ramifications complexes, dont sa famille, souvent abjecte, n’est que la pointe avancée.

En réinventant habilement les codes du feuilleton familial pour les enrichir d’une réflexion subtile sur les réalités historiques et sociales du Kenya contemporain, Christian Perrissin et Boro Pavlovic livrent une œuvre à la fois divertissante et profonde, vivement recommandée aux amateurs de récits mêlant suspense, histoire et aventure. Du bidonville de Kibera aux plaines de Magadi, d’un inspecteur de police intègre et obstiné à un frère jaloux et sociopathe, tout contribue à restituer les fissures d’un pays en proie à des profondes divisions.

Savane, la saga des Munroe, Christian Perrissin et Boro Pavlovic
Glénat, mars 2025, 200 pages

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« Atlas des déserts » : un regard pluriel sur des territoires fascinants et stratégiques

L’Atlas des déserts de Ninon Blond et Aurélie Boissière (éditions Autrement) invite à dépasser les clichés sur ces espaces arides qui couvrent un tiers des terres émergées. À travers une approche multidimensionnelle riche de plus de 90 cartes et infographies, l’ouvrage explore l’histoire, l’évolution, les spécificités, les enjeux et les représentations des déserts à travers le monde, révélant leur complexité et leur importance contemporaine.

Malgré leur caractéristique commune d’aridité, les déserts se présentent sous une multiplicité de formes : de sable, de roche, chauds ou froids, peuplés ou non. L’ouvrage insiste sur la difficulté d’une définition unique. Il aborde également la longue histoire des déserts, expliquant comment leur étude permet de comprendre leur formation, leur évolution et leurs spécificités. Certains déserts sont en place depuis des millions d’années, tandis que d’autres sont plus récents, et des zones aujourd’hui désertiques ont connu des périodes plus vertes.

L’atlas distingue les déserts zonaux, liés aux circulations atmosphériques, des déserts azonaux, résultant de processus climatiques ou topographiques localisés. Il met en lumière le rôle des explorations scientifiques et de celles visant à découvrir les ressources et matières premières que recèlent ces espaces. Bien que définis par un manque d’eau disponible pour la vie biologique, les déserts se révèlent riches en ressources, notamment en hydrocarbures, qui représentent une aubaine pour certains pays désertiques mais aussi un risque géopolitique et environnemental. La gestion de l’eau, denrée rare mais vitale, est un enjeu crucial, avec l’exploitation des eaux souterraines et la déviation des eaux de surface, sources potentielles de perturbations environnementales et de tensions géopolitiques. L’atlas souligne que l’intégration des déserts dans la mondialisation passe par l’exploitation de matières premières, y compris les terres rares, dans un contexte de transition énergétique.

Loin d’être des étendues vides et inhabitées, les déserts sont des espaces peuplés de longue date, où se déploie un habitat spécifique. L’ouvrage explore les modes de vie adaptés à ces milieux extrêmes, tels que le nomadisme, le semi-nomadisme et l’élevage transhumant, ainsi que les habitats traditionnels comme les tentes, les yourtes et les igloos. Il montre comment des villes désertiques ont émergé, souvent liées au commerce, à l’exploitation de ressources ou à la présence d’eau, devenant des points d’appui pour la sédentarisation. L’atlas aborde également la perception des déserts comme des espaces marginaux servant de refuge ou de repli, et la volonté des États de contrôler ces zones stratégiques.

Les déserts sont également présentés comme des espaces sujets aux conflits, où divers acteurs cherchent à s’approprier les richesses ou utilisent leur éloignement et leur marginalité. Les potentialités économiques des déserts en font des centres stratégiques, et les ressources qui s’y trouvent peuvent être une source de pouvoir et de financement dans le cadre de conflits. Ce n’est pas tout, puisque l’atlas met en évidence, parallèlement, la fragilité de ces milieux face aux changements climatiques, à la désertification et à l’ensablement, affectant les populations qui y vivent.

Le sujet, inépuisable, passe aussi par la fascination qu’exercent les déserts sur l’homme, se traduisant par un riche imaginaire présent dans la religion, la littérature et les jeux vidéo. Les œuvres de fiction puisent dans les caractères topiques et les clichés associés aux déserts, qu’il s’agisse de l’exotisme des récits de voyages du XIXe siècle ou des quêtes identitaires et contemplatives de la littérature et des jeux vidéo contemporains.

Cet Atlas des déserts offre une vision complète et actualisée des déserts, soulignant leur diversité, leur histoire complexe, leurs enjeux économiques, sociaux et géopolitiques, ainsi que leur place dans l’imaginaire collectif. Richement illustré, l’ouvrage constitue une ressource précieuse pour quiconque souhaite approfondir sa compréhension de ces territoires essentiels et souvent mal compris.

Atlas des déserts, Ninon Blond et Aurélie Boissière
Autrement, mars 2025, 96 pages

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3.5

« Marie, récit d’une GPA » : au-delà des préjugés

Avec Marie, récit d’une GPA, Théa Rojzman au scénario et Marie Jaffredo aux illustrations livrent un témoignage précieux, sensible et engagé sur un sujet aussi intime que controversé : la gestation pour autrui (GPA).

Marie est une enfant semblable à toutes les petites filles du monde, à ceci près qu’elle grandit auprès de deux papas, François-Xavier et Thomas. Leur histoire commence à une époque où la loi française sur « le mariage pour tous » n’existe pas encore, dans une société en mutation lente mais certaine. C’est là, dans ce contexte de revendications et de droits en devenir, que ce couple homosexuel nourrit progressivement un rêve commun : devenir parents.

Confrontés à l’impossibilité légale d’avoir recours à la GPA en France, François-Xavier et Thomas se tournent vers les États-Unis, où la pratique, très encadrée, est autorisée sous certaines conditions éthiques. Mais le cheminement vers la parentalité se révèle ardu, jalonné de défis financiers (jusqu’à 150 000 dollars engagés), juridiques (plus de 70 pages de contrats stricts) et surtout émotionnels. Les auteurs ne cachent rien des complexités humaines inhérentes à cette démarche. Comment établir une relation saine avec la mère porteuse et la donneuse d’ovules ? Que faire face aux imprévus, aux échecs potentiels et aux questionnements éthiques soulevés par la procédure ?

Ces interrogations sont d’autant plus exacerbées lorsque surgit l’inattendu : la pandémie mondiale de COVID-19. Alors que François-Xavier et Thomas préparent joyeusement l’arrivée de leur enfant, les frontières se ferment brutalement en mars 2020. Qu’importe, il en faudra davantage pour mettre à mal leur projet de fonder une famille…

Richement documenté, le récit explore les aspects pratiques et administratifs liés à la GPA outre-Atlantique : avocats, agences spécialisées, délais d’attente interminables. Mais plus qu’une simple restitution factuelle, c’est l’épaisseur humaine du témoignage qui en fait tout l’intérêt. Les doutes, les craintes, les instants de joie intense mais fragile sont subtilement retranscrits par Théa Rojzman, tandis que les dessins délicats et expressifs de Marie Jaffredo apportent une touche douce et empathique au propos.

Marie, récit d’une GPA ne néglige pas les questions connexes que le recours à la gestation pour autrui ne manque pas de soulever. Il est ainsi question de la place à accorder à la mère porteuse dans l’histoire familiale, de l’attachement affectif et de la manière dont cette « pratique » peut être perçue et acceptée en France (y compris juridiquement).

D’une sincérité touchante, l’album de Théa Rojzman et Marie Jaffredo délivre un témoignage à la fois intime et universel, et éclaire une réalité souvent mal comprise, ou caricaturée. C’est une histoire d’amour profond, de combats quotidiens et d’espoir inébranlable. Un récit qui interroge profondément notre rapport à la parentalité, au couple et à l’éthique. Un ouvrage à découvrir.

Marie, récit d’une GPA, Théa Rojzman et Marie Jaffredo
Glénat, mars 2025, 112 pages

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3.5

Je le jure : Juger le feu et l’impuissance

Dans Je le jure, Samuel Theis poursuit son exploration des marges sociales en croisant l’intime et le judiciaire. À travers le regard d’un ouvrier taiseux devenu juré d’assises, le film capte les silences d’un monde oublié, où la justice peine à rencontrer ceux qu’elle juge. Un récit âpre et habité, au bord des mots, des corps et du feu.

Un film abîmé

Ce film fait l’objet d’un accompagnement particulier pour sa sortie. La mise en garde, qui apparaît dans le dossier de presse du troisième long-métrage de Samuel Theis, Je le jure (en salle le 26 mars) comme sur le site de son distributeur, Ad Vitam, est inhabituelle. Elle renvoie à un texte qui précise que le film sort alors que l’enquête judiciaire qui vise le réalisateur à la suite d’une plainte pour viol est toujours en cours.

Dommage que Je le jure soit entaché par la plainte pour viol dont fait l’objet son réalisateur. Il est heureux qu’il sorte parce que c’est une œuvre forte et malheureux qu’il fasse partie des films abîmés. Formule maintenant consacrée pour tenter de sortir du dilemme : reconnaître les plaignants, les victimes sans pénaliser le travail collectif ni vouer un film à la disparition.

Nous nous devons de rappeler ces faits et poursuivons librement.

Photographie d’une justice impossible et portrait de vies qui n’existent pas

Indéniablement, le troisième film de Samuel Theis Je le jure fait partie de ces films de procès inspirés et inspirants qui laissent chez le spectateur l’empreinte d’un questionnement sur la valeur de nos idéaux de justice, sur ce qu’est pour nous, dans une société démocratique, faire justice. Mais il ne s’agit pas non plus que de cela. Je le jure subvertit le cadre pour livrer avec tact les entrailles et l’émotion d’autres films, existentiels et sociologiques : le portrait de classes sociales, de gens qui n’existent pas.

Tiré au sort pour faire partie d’un jury d’assises jugeant en appel un pyromane de 22 ans, Fabio (Julien Ernwein, acteur non-professionnel excellent, faux air de Michael Fassbender) taiseux et peu enclin à y aller, va devoir s’astreindre à ce devoir de citoyen et en ressortir transformé.

Le film de Samuel Theis est un récit d’initiation en même temps qu’un film de procès inspiré et habité, et plus encore la photographie d’une justice impossible et le portrait des vies qui n’existent pas.

D’autres films avec le film

Certes, Je le jure n’échappe pas à la portée pédagogique et morale que peut avoir la non-envie et l’embarras de devoir jouer le rôle de juré d’assises. Mais ce qui est très beau, ce sont toutes les échappées, marges et soubassements par lesquels le réalisateur vient constituer un autre film que son film initial. Tout d’abord, la manière très émouvante, charnelle et sensible dont il fait évoluer Fabio dans le milieu du sous-prolétariat de la Moselle. Dès l’ouverture très belle, on est parmi ces ouvriers, leurs rires, leurs fragilités et virilités ; ces scènes sont au plus près, au plus intime de leurs mondes. On est avec leurs corps usés même si jeunes, leurs visages racontant une classe sociale exploitée et annulée, une géographie sinistrée que le metteur en scène connaît bien pour y avoir filmé ses deux précédents opus, Party Girl et Petite Nature : le bassin minier mosellan.

On est aussi dans une histoire d’amour, celle de Fabio et de Marie, une femme plus âgée, qui s’aiment et vivent ensemble en cachette. Ces échappées, où nous ne sommes pas dans la salle d’audience mais au bord, dans un monde déshérité peu représenté au cinéma, sont le grand pari réussi du film. Son affranchissement esthétique et émotionnel des codes du film de procès tout en y apportant son sens profond et son humanité.

Portrait empathique et justice de profil

Dans le prétoire, Je le jure alterne entre initiation pédagogique des jurés par la présidente (Marina Foïs), plaidoiries d’avocats brillantes, vibrantes et puissantes, tout en laissant place à nouveau à un dernier film, le troisième : le portrait empathique de l’accusé (le jeune homme pyromane). Il n’est pas anodin que Theis filme le plus souvent les visages de profil, comme si de la justice nous ne pouvions en saisir que le profil.

Le texte intérieur des laissés-pour-compte de la parole

Puis il y a la parole que vont enfin prendre le jeune homme accusé et Fabio. Je le jure s’installe alors de face. Face à l’incompréhension qui sépare des mondes : vrai sujet du film.

Juger le feu et l’impuissance

C’est avec ce jeune accusé (la pyromanie est-elle altération du discernement ou abolition ? Et c’est quoi faire exister son émotion par le feu ?) autant qu’avec Fabio que nous mesurons l’envergure du film, ses enjeux, sa grâce et la question vitale qu’il poursuit, sa face précisément : qui sont le jeune homme accusé et Fabio ? Les connaissons-nous ? Et sommes-nous même capables de le faire, de créer des ponts vers eux ? Sur les visages du jeune homme et de Fabio, l’intensité des plans de Depardon dans 12 jours, la force dramatique de vies dans l’inaccès. Au droit, à la parole, à la justice. À la vie tout court.

Au bord de la fin, lors des délibérations où chaque juré émet ses doutes, ses réflexions et ses dilemmes sur la pertinence de la peine, le choix entre punir ou réinsérer, le choix entre espérer que le jeune homme change, alléger sa durée de détention ou le condamner à être cassé par la prison. Fabio trouve le courage de prendre la parole et de dire la vie vraie du film, sa face tragique : alors laissons-lui la parole.

De mémoire :

Je parle pas beaucoup, cela ne veut pas dire que je ne pense pas. Cet homme qu’on juge, on ne le comprend pas. Il est pas avec nous. Il n’existe pas. Et si on le condamne à 15 ans, on le condamne à ce qu’il est déjà : une inexistence, une vie infâme.

Bande-annonce : Je le jure

Fiche technique : Je le jure

  • Réalisateur : Samuel Theis
  • Scénario : Samuel Theis
  • Acteurs principaux : Julien Ernwein, Marina Foïs, Anne-Lise Heimburger, Valentin Merlet
  • Genre : Drame, film de procès
  • Durée : 1h47
  • Nationalité : France
  • Date de sortie : 26 mars 2025
  • Distributeur : Ad Vitam

La cache : les courts-circuits de l’histoire

Plongez dans une adaptation originale et audacieuse du roman autobiographique de Christophe Boltanski, où les tensions politiques de mai 68 côtoient les mystères familiaux d’une vie marquée par l’exil et les souvenirs. Un huis clos débordant d’émotion, de drame et d’humour malicieux, ponctué de rebondissements surprenants, et sublimé par l’interprétation mémorable de Michel Blanc dans son dernier rôle.

Un confinement malicieux dans une aventure familiale dramatique

Cette comédie satirique, intellectuelle et politique, est une adaptation très libre du roman (prix Femina 2015) autobiographique et éponyme de Christophe Boltanski, journaliste, écrivain et chroniqueur français, focalisée sur la vie de sa famille juive russe pendant les troubles de mai 68, alors qu’il avait 6 ans.

Choisissant de se concentrer sur cet événement ô combien marquant du combat politique français, représentant une très courte période du roman qui lui couvre plus d’un siècle d’histoire, le réalisateur filme un huis clos familial trépidant et truffé de surprises dans leur appartement plein de recoins rue de Grenelle, ainsi que, pour des déplacements fréquents et intrépides, ponctués d’interviews chocs et décalés, dans son annexe, cette Ami 6 grenat garée dans la cour de l’immeuble.

Avec l’arrière-grand-mère, originaire d’Odessa, surnommée Arrière-Pays, vivent dans cet appartement Père-Grand (Michel Blanc dans son tout dernier rôle), ce médecin désabusé et angoissé par son passé, Mère-Grand, écrivain et intervieweuse (Dominique Reymond excellente dans un rôle espiègle, drôle et émouvant), ainsi que Petit Oncle, artiste plasticien, et Grand Oncle, linguiste, tous les deux en mode Tanguy. Devant les risques présentés par les événements, le petit Christophe est amené à vivre avec eux pendant ce mois de mai, ses parents étudiant à la Sorbonne et vivant ailleurs.

Pendant cette période, la vie dans cet appartement est intense, les Boltanski partagent le même lit avec leurs enfants et le petit Christophe, y mangent et discutent de l’avenir du monde en regardant la télé. Isolée dans son pigeonnier à l’étage, Arrière-Pays (Liliane Rovère impeccable et drôle) y reçoit son arrière-petit-fils Christophe (Ethan Chimienti épatant) pour des échanges tendres et émouvants sur leurs racines judaïques. C’est intéressant et bien filmé, on ressent les liens forts de cette famille au passé chargé qui se révèle à nos yeux au fil du film par de vraies surprises, pour peu qu’on adhère malicieusement au mystère du chat de Christophe.

Une crise qui révèle les dialectiques du monde

Par un fil narratif en voix-off, un peu lourd au début, le réalisateur aborde avec une certaine justesse les grandes luttes politiques droite-gauche et sociales du 20e siècle, ainsi que les problèmes de religion et l’antisémitisme hélas toujours d’actualité, sans pour autant nous montrer ce qui se passe dans la rue et sur les barricades, tumultes auxquels la famille ne participe pas, sauf les parents du jeune Christophe qu’on voit très peu.

À ce titre, le slogan CRS SS de mai 68, illustré par la fouille surprise de l’appartement, fait un parallèle saisissant et crédible entre la situation du moment et les troubles graves de la Shoah dont Père-Grand a failli être victime en décembre 42, et la peur viscérale qu’il ressent encore, ce que le film montre parfaitement à plusieurs reprises, dans un sentiment de malaise que Michel Blanc exprime avec brio. Et c’est aussi le don pour le discours et l’argumentation de Grand Oncle (William Lebghil brillant) qui anime des débats passionnants et savoureux sur ce que devrait faire le président De Gaulle pour juguler la crise.

L’art de la dialectique, c’est aussi celui des interviews pratiqués par Mère-Grand, principalement à bord de son Ami 6, que ce soit avec des ouvriers, mais aussi avec de possibles acquéreurs des tableaux de Petit Oncle. Cela génère des situations drôles et caustiques pour lesquelles on sent que Dominique Reymond jubile et fait merveille.

La cache à 3 dimensions : revivre le passé par l’inattendu

Le réalisateur joue avec habileté sur ce titre repris du roman : en premier lieu, cette cache apparaît déjà comme l’appartement des Boltanski lui-même, dans lequel ils semblent se terrer pendant cette période, ainsi protégés des combats extérieurs.

Mais c’est aussi deux autres dimensions que l’on découvre avec surprise tout au long du film : celle qui permet à Père-Grand d’échapper aux rafles de 42 (à l’instar du récent La vie devant moi), d’une part, et la rencontre allégorique, hors-norme et romancée avec ce personnage majeur de l’histoire (malgré le peu de ressemblance), dans un échange troublant mais savoureux si on en accepte le principe, ce que demande d’ailleurs expressément le réalisateur, mais au fond pourquoi pas un tel court-circuit de l’histoire dans un tel film ?

Cet échange vérité est le point d’orgue du film et c’est très bien rendu, avec un effet imprévisible certain, car rien ne permet de le deviner dans le scénario et la mise en scène. C’est loin d’être anodin, cela devrait rester comme un point positif et marquant de ce message intéressant.

Adieu Michel Blanc

Le voyage de Père-Grand avec son petit-fils à Odessa, pour disperser les cendres de sa mère disparue, est, à la fin du film, une belle manière de dire un dernier adieu à l’acteur. Cela ne manque pas de produire une belle émotion, par le témoignage de son passé transmis à Christophe Boltanski, et aussi symboliquement une forme d’adieu poignant à ce grand acteur touche-à-tout qui nous manque déjà (même si nous le verrons encore dans Le Routard tourné avant).

Bande-annonce : La cache

Fiche technique : La cache 

  • Réalisateur : Lionel Baier
  • Scénario :
    • Lionel Baier, d’après l’œuvre éponyme de Christophe Boltanski
    • Co-scénariste : Catherine Charrier
  • Musique :
    • Diego, Lionel et Nora Baldenweg
  • Photographie : Patrick Lindenmaier
  • Montage : Pauline Gaillard
  • Costumes : Isa Boucharlat
  • Décors : Véronique Sacrez
  • Maquillage : Laura Pellicciotta
  • Ingénieur du son : Carlo Thoss
  • Sociétés de production et distribution
    • Distribution : Les Films du Losange
    • Production :
      • Bande à Part Films
      • Les Films du Poisson
      • Red Lion (II)

Distribution principale

  • Mère-Grand : Dominique Reymond
  • Père-Grand : Michel Blanc
  • Grand Oncle : William Lebghil
  • Petit Oncle : Aurélien Gabrielli
  • Arrière-Pays : Liliane Rovère
  • Le garçon : Ethan Chimienti
  • Père : Adrien Barazzone
  • Mère : Larisa Faber
  • Général de Gaulle : Gilles Privat
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3.5

Comment optimiser votre chaîne d’approvisionnement pour une efficacité maximale

L’optimisation de la chaîne d’approvisionnement consiste à rationaliser de manière systématique le flux des matériaux et des informations au sein d’une organisation, de bout en bout. Cela nécessite d’analyser et d’améliorer chaque composant opérationnel afin de maximiser l’efficacité et la valeur.

Comme le souligne Philip Heilmann, expert en logistique : « La clé d’une chaîne d’approvisionnement performante réside dans la capacité à anticiper les besoins et à ajuster constamment ses opérations, plutôt que de simplement réagir aux perturbations. »

Lorsque vous optimisez votre chaîne d’approvisionnement, vous obtenez plusieurs avantages clés. La réduction des coûts découle de l’élimination des inefficacités des processus, de la rationalisation des réseaux de transport et du maintien de niveaux de stocks optimaux. La rentabilité augmente grâce à l’amélioration des opérations et à l’évitement des frais d’expédition urgents. La satisfaction client s’améliore également avec des délais de livraison plus courts et une meilleure précision des commandes.

De plus, vous gagnez en visibilité et en contrôle sur les mouvements de stocks et la logistique. Votre organisation améliore sa gestion des risques et sa résilience face aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement. Les entreprises dotées de chaînes d’approvisionnement optimisées s’adaptent rapidement aux fluctuations de la demande. Elles assurent un suivi précis des stocks sur plusieurs sites. La prise de décision s’appuie davantage sur l’analyse des données que sur de simples hypothèses.

« Les produits peuvent être facilement copiés », a déclaré Yossi Sheffi du MIT Center for Transportation and Logistics, « mais une chaîne d’approvisionnement peut offrir un véritable avantage concurrentiel. » Tandis que vos concurrents luttent contre les défis logistiques, votre entreprise assure une livraison constante, fiable et efficace.

Évaluation de votre chaîne d’approvisionnement

Avant de mettre en œuvre des stratégies d’optimisation, vous devez bien comprendre votre chaîne d’approvisionnement actuelle. Cette phase d’évaluation incarne la sagesse apparemment simple du « connais-toi toi-même ». Une idée facile à formuler, mais difficile à appliquer.

Commencez par cartographier toute votre chaîne d’approvisionnement. Documentez chaque étape, de l’approvisionnement à la livraison finale. Identifiez les acteurs clés : fournisseurs, fabricants, distributeurs, prestataires logistiques et détaillants. Examinez la circulation de l’information entre les entités et les points de friction éventuels.

Analysez ensuite vos processus opérationnels. Comment anticipez-vous la demande ? Quels systèmes de gestion des stocks utilisez-vous ? Comment planifiez-vous la production ou les commandes, et comment coordonnez-vous le transport ? Ces questions permettent de révéler les inefficacités cachées.

Repérez les opportunités d’amélioration dans des domaines critiques. Les inefficacités en matière de transport se traduisent souvent par des camions à moitié pleins, des itinéraires mal conçus ou des modes d’expédition inadaptés aux produits. Les problèmes de stock se manifestent par des excédents coûteux ou des ruptures fréquentes. Les processus manuels comme les documents papier ou les tableurs signalent un potentiel d’automatisation. Un manque de visibilité indique que vous ne pouvez pas suivre vos niveaux de stock ou l’état des expéditions en temps réel.

Recueillez les données de performance pour chaque domaine et obtenez les meilleurs benchmarks sectoriels disponibles. Comparez vos résultats à ces références pour hiérarchiser les problèmes à traiter en priorité selon leur impact potentiel.

Stratégies d’optimisation de la chaîne d’approvisionnement

L’étape suivante consiste à appliquer des stratégies ciblées dans chaque domaine de vos opérations. Ces stratégies doivent corriger des inefficacités précises tout en soutenant vos objectifs commerciaux globaux.

Planification de la demande et prévisions

Une planification efficace de la demande est la base de l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement. Les prévisions collaboratives permettent de recueillir les contributions des ventes, du marketing et des partenaires externes. Les données de ventes historiques et les tendances du marché sont essentielles pour identifier les schémas saisonniers. Développez plusieurs scénarios de prévision pour anticiper différentes conditions de marché.

Gestion et optimisation des stocks

L’analyse ABC est une méthode qui classe les produits en fonction de leur valeur. Les articles de catégorie A sont les plus précieux et nécessitent une gestion rapprochée. Ils devraient représenter la plus grande part de la valeur de vos stocks. Vous pouvez même prévoir une sécurité accrue pour ces produits. C’est aussi sur cette catégorie que doivent porter vos efforts de prévision.

Fixez des seuils de réapprovisionnement et des niveaux de stock de sécurité basés sur les délais d’approvisionnement et la volatilité de la demande. Envisagez des programmes de gestion de stock par le fournisseur (VMI) avec des partenaires de confiance. Écoulez régulièrement les stocks obsolètes ou à rotation lente pour libérer du capital.

Transport et logistique

Regroupez les expéditions pour maximiser le taux de remplissage des véhicules et réduire les coûts de transport. Évaluez les changements de mode : passer de l’aérien au maritime pour les produits moins urgents peut être judicieux. Étudiez vos itinéraires pour réduire les kilomètres parcourus et la consommation de carburant. Négociez des contrats avec les transporteurs en vous engageant sur des volumes pour de meilleurs tarifs. Envisagez le transbordement pour limiter la manutention et le stockage.

Gestion et optimisation des entrepôts

Repensez les plans d’entrepôt pour réduire les distances de déplacement, surtout pour les articles fréquents ou de grande valeur. Utilisez des stratégies de « slotting » pour placer les articles populaires dans des emplacements facilement accessibles. Standardisez les processus de réception et de préparation des commandes. Regroupez les commandes similaires pour améliorer l’efficacité de la préparation. Suivez quotidiennement les indicateurs de performance de l’entrepôt.

L’analyse des données au service de l’optimisation

Les données sont au cœur de l’optimisation de la chaîne d’approvisionnement. Créez des tableaux de bord affichant les indicateurs clés pour chaque domaine. Utilisez l’analyse des tendances pour repérer les problèmes récurrents et les nouvelles opportunités. Tenez des revues régulières de performance avec vos équipes pour discuter des indicateurs et plans d’amélioration. Réalisez des simulations pour tester les changements avant de les mettre en œuvre.

Les entreprises peuvent significativement améliorer leurs performances logistiques tout en maîtrisant les coûts et en augmentant la satisfaction client. « Nous regardons simplement la ligne du temps, du moment où le client passe commande jusqu’à celui où nous encaissons l’argent », disait Taiichi Ohno de Toyota. « Et nous réduisons cette ligne du temps en éliminant les gaspillages sans valeur ajoutée. »

Exploiter la technologie

ERP – Systèmes de planification des ressources d’entreprise

Les ERP sont la colonne vertébrale des opérations de la chaîne d’approvisionnement moderne. Ces plateformes intégrées gèrent les processus clés comme l’approvisionnement, la production et la distribution. Les solutions ERP avancées offrent une visibilité en temps réel et centralisent les données. Elles facilitent aussi la coordination entre les achats, la fabrication et l’exécution des commandes.

TMS – Systèmes de gestion du transport

Les TMS optimisent les mouvements de fret et les relations avec les transporteurs. Un bon TMS automatise le choix du transporteur selon les tarifs, niveaux de service et capacités. Il maximise l’utilisation des moyens de transport et minimise les coûts. Les TMS permettent aussi le suivi des expéditions et l’audit des factures de transport. Ils produisent des rapports détaillés pour analyser les performances logistiques.

WMS – Systèmes de gestion des entrepôts

Les WMS transforment les opérations d’entreposage. Un bon système optimise les emplacements de stockage selon les caractéristiques des articles. Il crée des itinéraires de prélèvement efficaces et propose des fonctions avancées comme le « wave picking » ou le « batch picking ». Les WMS offrent aussi des outils de gestion de la main-d’œuvre pour équilibrer les charges de travail.

BI – Intelligence d’affaires

Les plateformes de BI transforment les données brutes en informations exploitables. Elles créent des tableaux de bord visuels pour détecter les tendances de performance et les anomalies. Les outils de BI alimentent des modèles prédictifs pour anticiper les perturbations. Ils permettent de simuler l’impact de certains changements. Les analyses avancées révèlent des opportunités d’optimisation parfois invisibles autrement.

Amélioration continue et surveillance

L’efficacité de la chaîne d’approvisionnement exige une surveillance continue. Établissez des revues régulières. Collaborez avec les équipes des différents services pour identifier de nouvelles pistes d’optimisation.

Suivez les indicateurs de performance clés, comme :

  • Le taux de livraisons à temps
  • La rotation des stocks
  • Le coût de transport par unité
  • La satisfaction client

Comparez vos métriques aux normes sectorielles et à vos performances passées. Analysez les tendances, pas seulement les données ponctuelles. Utilisez l’analyse des causes profondes en cas de baisse de performance. L’optimisation ne consiste pas seulement à prendre une avance ponctuelle, mais à garder cette avance durablement.

Construire un avantage concurrentiel durable

Optimiser votre chaîne d’approvisionnement construit un avantage concurrentiel pérenne. Les entreprises qui s’améliorent en continu surpassent leurs concurrents, même en période de crise. Lorsque vous livrez plus vite, à moindre coût et avec une meilleure réactivité, vos concurrents ont du mal à suivre.

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« Le Cinéma de Dino Risi » : foisonnant et multidimensionnel

Dans Le Cinéma de Dino Risi, Charles Beaud analyse l’œuvre d’un réalisateur italien parmi les plus importants de l’histoire. Dino Risi, qui a traversé un demi-siècle sur grand écran, est souvent résumé à son art consommé de la comédie, mais ce petit essai dévoile la complexité et les nuances d’une filmographie où drame et satire s’entrelacent subtilement.

Derrière l’apparente légèreté des films populaires, Dino Risi n’a jamais manqué de porter une réflexion subtile, et parfois sombre, sur l’identité et les mutations sociétales de l’Italie d’après-guerre. Charles Beaud rappelle opportunément la formation initiale du cinéaste en psychiatrie, qui peut expliquer l’acuité de son regard et son intérêt marqué pour les fragilités humaines.

« Si Risi va progressivement se détacher de l’influence du néoréalisme, le cinéaste va, tout au long de sa carrière, développer cette capacité à observer les réalités et à les représenter. » En effet, le parcours ici proposé suit une chronologie qui éclaire l’évolution stylistique du réalisateur : de ses débuts néoréalistes, avec des documentaires, jusqu’à la maturité flamboyante des années 60 et 70. Cette période représente l’apogée artistique de Risi, caractérisée par une comédie acerbe aux accents dramatiques. À travers des œuvres emblématiques comme Une vie difficile, Le Fanfaron ouLes Monstres, Charles Beaud met en évidence l’importance des années 60, période charnière où Dino Risi affirme pleinement son style, conjuguant divertissement populaire et critique sociale incisive.

Le livre analyse plus précisément une sélection pertinente de quinze films, offrant un éclairage approfondi sur les motifs récurrents dans une filmographie féconde. L’association récurrente de personnages opposés est exemplairement incarnée dans Le Fanfaron, décrit comme l’œuvre quintessentielle de Dino Risi, où l’opposition entre Bruno et Roberto dessine un portrait saisissant des transformations économiques et sociales italiennes. Une vie difficile adopte quant à lui le schéma narratif des histoires parallèles : Dino Risi plaque un miroir entre la trajectoire intime des personnages et celle, historique, de l’Italie. L’auteur propose par ailleurs une comparaison avec Nous nous sommes tant aimés d’Ettore Scola.

Charles Beaud met volontiers en avant les particularités stylistiques de Dino Risi, qui réussit l’équilibre délicat d’un cinéma populaire et réfléchi. On découvre ainsi sa capacité à traiter des sujets graves à travers un humour grinçant et incisif, caractéristique particulièrement visible dans les films à sketches comme Les Monstres, véritable satire sociale aussi féroce qu’hilarante. On en apprend par ailleurs plus sur son rapport aux protagonistes : « Dino Risi considère le personnage comme un point de départ. Il est donc particulièrement attentif à sa construction et à la mise en valeur de son humanité, condition sans laquelle le spectateur ne peut s’identifier. »

Le livre évoque également avec justesse la sensibilité particulière du réalisateur pour ses personnages féminins, dont l’émancipation progressive témoigne de l’évolution des mœurs en Italie entre les années 1950 et 1980. De même, les personnages masculins, souvent ambivalents et peu fiables, comme par exemple dans Le Signe de Vénus, deviennent sous sa caméra un miroir tendu à la société italienne et à ses contradictions.

Charles Beaud souligne combien les films de Dino Risi demeurent profondément ancrés dans leur temps. L’analyse de ses œuvres majeures permet ainsi de redécouvrir le cinéaste non seulement comme un maître incontesté de la comédie italienne, mais aussi comme un observateur attentif et implacable des évolutions culturelles, sociales et politiques de son pays. « Il ne faut pas considérer les films de Dino Risi comme des retours en arrière mais plutôt comme des films en prise directe avec leur contexte historique de production. » C’est pour cela qu’il s’intéresse tellement au fascisme, à la solitude, à l’exclusion – mais aussi au rapport entre les générations ou au renversement comique des rôles…

Le Cinéma de Dino Risi s’adresse autant aux cinéphiles avertis qu’à tous ceux désireux de comprendre comment une œuvre populaire peut aussi être le reflet subtil et perspicace d’une époque. Flanqué de son acteur fétiche Vittorio Gassman, Risi a traversé les décennies, changé de registre, mais conservé cette même acuité de regard, qui, à la faveur d’un cinéma nerveux et dynamique, a portraituré des personnages attachants et/ou monstrueux, symptomatiques de l’Italie qui les accueillait.

Le Cinéma de Dino Risi, Charles Beaud
LettMotif, mars 2025, 200 pages

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4

« Le Polar » : évolution d’un genre

Avec l’ouvrage graphique intitulé Le Polar, publié par les Humanoïdes Associés, Claire Caland et Sandrine Kerion signent un volume ambitieux, foisonnant et très documenté, qui explore l’évolution et les multiples facettes du genre policier, depuis ses origines antiques jusqu’à ses plus récents avatars contemporains.

D’emblée, les auteures rappellent l’intuition éclairante d’André Malraux pour qui le polar prend racine dans la tragédie de Sophocle, Œdipe roi. On y retrouve déjà la mécanique classique : crime, enquête, fausses pistes et révélations successives, véritables fondations d’un genre promis à un riche avenir. Ce voyage à travers les âges se poursuit avec la figure fascinante d’Eugène-François Vidocq, ancien chef de la sûreté devenu détective privé, dont l’existence inspira à Balzac des personnages marquants et posa les prémices du polar moderne.

La bande dessinée met ensuite en lumière l’importance d’Edgar Allan Poe, inventeur au XIXe siècle du « detective novel », fondé sur la logique implacable de la « ratiocination », notamment à travers son emblématique récit Double assassinat dans la rue Morgue. L’inachevé Mystère d’Edwin Drood de Charles Dickens vient enrichir ce panorama des précurseurs en offrant au genre ses lettres de noblesse littéraire.

Inévitablement, un chapitre entier est consacré à l’emblématique Sherlock Holmes. Sandrine Kerion et Claire Caland l’effeuillent et passent en revue les interprétations cinématographiques successives du personnage, incarné tour à tour par Buster Keaton, Peter Cushing, Robert Downey Jr. ou encore Benedict Cumberbatch, ce qui tend à souligner l’influence durable du détective de Conan Doyle sur l’imaginaire collectif.

En France, répondant au succès de Holmes, Maurice Leblanc crée Arsène Lupin, héros à l’identité mouvante, génie du déguisement grâce à sa maîtrise de la dermatologie. À ses côtés, les auteures célèbrent également les « ladies detectives », figures féminines du genre policier représentées notamment par Agatha Christie, Kerry Greenwood ou encore la baronne Orczy. L’œuvre d’Agatha Christie, enrichie par son expertise en pharmacologie acquise durant la Première Guerre mondiale, donne naissance à l’âge d’or du « whodunit », sous-genre où l’intrigue est reine.

Côté américain, la bande dessinée revient sur l’émergence du « hard-boiled » dans les années 1920 avec des auteurs emblématiques comme Dashiell Hammett, dont l’adaptation au cinéma par John Huston dans Le Faucon maltais marque un tournant décisif. Raymond Chandler perpétue ce style avec des chefs-d’œuvre tels que Le Grand sommeil et le scénario magistral d’Assurance sur la mort réalisé par Billy Wilder.

En France, Marcel Duhamel donne naissance à l’emblématique « Série noire » de Gallimard, qui mêle action, suspense et intrigue serrée. Sous sa direction éclairée, des auteurs comme Chester Himes et David Goodis trouvent une audience enthousiaste. Le cinéma français vient appuyer cette révolution littéraire, notamment grâce à François Truffaut et son adaptation culte de Tirez sur le pianiste.

Albert Simonin et Michel Audiard, figures incontournables du polar français, collaborent quant à eux sur treize films. Les dialogues incisifs et poétiques d’Audiard, nourris par l’argot des faubourgs, marquent durablement l’imaginaire cinématographique français dans des films comme Les Tontons flingueurs ou Mélodie en sous-sol.

L’ouvrage ne néglige pas non plus la figure iconique du commissaire Maigret, incarnée au cinéma et à la télévision par Jean Gabin, Gérard Depardieu ou encore Bruno Cremer, et dont l’impact culturel est discuté. Dans un registre différent, le thriller, dont les racines remontent jusqu’à l’Odyssée d’Homère, est abordé sous toutes ses dimensions, notamment grâce à Alfred Hitchcock, maître incontesté du suspense. L’évolution vers le « néopolar noir », symbolisée par des collections comme Rivages Noirs ou Le Poulpe, prouve que le genre policier reste en perpétuelle réinvention.

Enfin, un éclairage approfondi est consacré aux dérivés modernes du thriller psychologique avec les figures inquiétantes de Tom Ripley ou Hannibal Lecter. Le phénomène mondial initié par James Ellroy avec Le Dahlia noir et prolongé par Stephen King, Naoki Urasawa et le polar scandinave, notamment la saga Millenium de Stieg Larsson, clôt magistralement cette fresque passionnante.

Ce travail remarquable de Claire Caland et Sandrine Kerion, très documenté, réussit ainsi à conjuguer érudition et plaisir de lecture. Il offre une synthèse captivante du genre policier à travers les âges et les continents.

Le Polar, Claire Caland et Sandrine Kerion
Humanoïdes Associés, mars 2025, 216 pages

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4.5

« Contagion » : la mécanique complexe des pandémies

Avec Contagion (Marabulles), Pierre Bessière et Céline Penot abordent un sujet complexe, qu’ils vulgarisent en clercs : la dynamique des virus et des épidémies. En prenant comme point de départ l’épidémie Nipah de 1998 en Malaisie, une maladie transmise à l’homme par les chauves-souris via les porcs, ils offrent une analyse des zoonoses, ces maladies transmises naturellement des animaux à l’humain.

Pierre Bessière et Céline Penot soulignent particulièrement comment l’activité humaine, telle que la déforestation ou l’agriculture intensive, conduit à une exposition accrue des populations humaines à des pathogènes autrefois isolés, par exemple dans les forêts tropicales. La force pédagogique de Contagion réside précisément dans la clarification minutieuse de certains concepts fondamentaux de l’épidémiologie.

La différence entre virus et bactéries y est ainsi expliquée avec une grande clarté : tandis que les bactéries sont des organismes vivants unicellulaires pouvant se multiplier par elles-mêmes, les virus sont des agents infectieux nécessitant obligatoirement une cellule hôte pour se répliquer. Le concept du R0, taux de reproduction de base indiquant le nombre moyen d’individus contaminés par un seul malade, est explicité avec des exemples concrets et illustrés, permettant au lecteur de comprendre pourquoi certaines maladies se propagent plus rapidement que d’autres.

Le récit aborde, tant dans sa partie narrative que non-narrative, les différents modes de transmission des maladies infectieuses – par contact direct, par gouttelettes ou aérosols ou encore par des vecteurs intermédiaires comme les insectes ou les animaux domestiques. Ils montrent comment une infection virale peut se répandre de seuil en seuil et pourquoi les barrières – physiques, immunitaires, vaccinales – s’avèrent primordiales pour en stopper (ou limiter) les effets.

Pierre Bessière et Céline Penot reviennent brièvement sur la grippe espagnole de 1918, une pandémie qui a causé plus de 50 millions de morts, sur la variole, ou sur la crise sanitaire plus récente du Covid-19. Autre point fort de l’album : le chapitre consacré aux vaccins. Tout en expliquant comme la vaccination booste le système immunitaire en éveillant nos mécanismes protecteurs naturels, ils présentent les controverses y étant associées, par exemple le cas Andrew Wakefield, à l’origine d’une méfiance injustifiée envers certains vaccins.

Enfin, l’ouvrage se penche avec pédagogie sur l’immunologie. Le lecteur découvre comment notre organisme se défend contre les virus grâce à son système immunitaire : les globules blancs repèrent et neutralisent les agents infectieux, les anticorps les ciblent spécifiquement et la mémoire immunitaire permet au corps de réagir rapidement en cas de nouvelle exposition à un pathogène déjà rencontré.

Contagion remporte brillamment son pari : transformer une thématique complexe en une réflexion ludique et passionnante, apportant à chacun des clefs essentielles pour comprendre les liens délicats entre l’Homme, la santé mondiale et la préservation de notre environnement. Un sujet déjà abordé dans l’excellent La Fabrique des pandémies, de Marie-Monique Robin.

Contagion, Pierre Bessière et Céline Penot
Marabulles, mars 2025, 128 pages

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