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Cannes 2025 : Cérémonie & film d’ouverture

Jérémy Chommanivong Responsable Cinéma

La grande messe du cinéma est lancée. Cannes s’est vêtue de ses plus belles couleurs pour accueillir artistes et festivaliers sous les palmiers de la Croisette. Fidèle à son aura mythique, entre éclats de robes sur le tapis rouge et murmures cinéphiles, le Festival de Cannes ouvre son 78e chapitre sous le signe de l’engagement. Retour sur une cérémonie riche en promesses et en symboles, alors que le film d’ouverture d’Amélie Bonnin, Partir un jour, célèbre la beauté des relations humaines, des lieux, et des souvenirs qu’ils renferment.

Un festival engagé

Le 10 avril 2025, la sélection officielle de cette 78e édition a été dévoilée. Parmi les 2909 longs métrages soumis au comité de sélection dirigé par Thierry Frémaux et Iris Knobloch, représentant 156 pays, 1127 sont des premiers films. Cette édition s’annonce riche en découvertes cinématographiques, mettant en lumière de nouveaux talents et des œuvres profondément engagées.

En amont de la cérémonie d’ouverture, le mardi 13 mai 2025, l’Ukraine est mise à l’honneur avec trois documentaires consacrés à la guerre en cours, dont Zelensky, Notre Guerre et À 2000 mètres d’Andriivka. « Ne pas fermer les yeux sur la douleur » reste la ligne directrice du festival, qui rend également hommage à la photojournaliste palestinienne Fatma Hassona. Devenue l’œil de Gaza dans le documentaire Put Your Soul On Your Hand And Walk, réalisé par l’Iranienne Sepideh Farsi, sa disparition soudaine, survenue au lendemain de l’annonce de la sélection officielle de l’ACID où le film est retenu, confère une dimension tragique supplémentaire à cette œuvre poignante. Une attention particulière lui sera portée lors de sa projection officielle le jeudi 15 mai.

Avant le traditionnel défilé des stars sur le tapis rouge et le coup d’envoi de la compétition, Laurent Lafitte, maître de cérémonie, a brillé avec justesse, à l’image de la sélection palpitante qui verra défiler Julia Ducournau, Wes Anderson, Jafar Panahi, Saeed Roustaee, les frères Dardenne, Joachim Trier, Dominik Moll, Ari Aster, Hafsia Herzi ou encore Kelly Reichardt, pour ne citer qu’eux. Une même question flottera sur toutes les lèvres : qui soulèvera la 70e Palme d’or au terme de cette nouvelle quinzaine cannoise ? Réponse le samedi 24 mai prochain.

Mais avant de se glisser dans son rôle avec sérieux, Lafitte a rendu un hommage des plus sobres à Émilie Dequenne, absente du tapis rouge. L’actrice belge est décédée d’un cancer il y a deux mois. Par ses mots, Lafitte a donné le ton de cette édition : des discours qui s’adressent autant aux absents qu’à ceux qui sont encore là pour célébrer le cinéma.

Des invités prestigieux

Aperçue dans La Passion de Dodin Bouffant en 2023, Juliette Binoche, icône du cinéma français et international, succède à Greta Gerwig à la présidence du jury de la compétition. Récompensée à Cannes pour Copie conforme d’Abbas Kiarostami, elle a exprimé son enthousiasme à l’idée de partager ces précieux instants de cinéma avec les membres du jury et le public.

Autre moment fort de la soirée : Mylène Farmer a interprété une chanson originale en hommage à David Lynch. Ce moment émouvant a bénéficié du nouveau dispositif sonore du Grand Auditorium Louis Lumière, récemment équipé de la technologie Dolby Atmos.

Près de cinquante ans après sa Palme d’or pour Taxi Driver, Robert De Niro a reçu une Palme d’honneur saluant l’ensemble de sa carrière. Et qui mieux que Leonardo DiCaprio pour la lui remettre ? Leur première collaboration remonte à Blessures secrètes en 1993, alors que DiCaprio n’avait que 18 ans. Un tremplin décisif pour le jeune acteur, et le début d’un lien artistique fort, scellé récemment dans Killers of the Flower Moon (2022). Ces retrouvailles sur scène ont marqué les esprits par leur émotion et leur sincérité.

Dans son discours, De Niro n’a pas manqué de célébrer l’art et le cinéma, tout en exprimant ses inquiétudes face aux droits de douane récemment imposés par Donald Trump sur les films produits hors des États-Unis – une atteinte, selon lui, à la liberté créative et aux institutions culturelles. Il a conclu en citant la devise française, « Liberté, Égalité, Fraternité », en hommage aux arts défendus par le Festival de Cannes, et en réponse à ceux qui voudraient les voir s’effondrer.

Car le cinéma est un art de résistance autant que de spectacle, incarné à la perfection par Quentin Tarantino. Fidèle à lui-même, c’est d’une voix déterminée, presque hystérique, qu’il a annoncé l’ouverture du festival.

Partir un jour : pour que l’on s’aime encore

Quel merveilleux entame ce bijou d’amour et de nostalgie que nous offre Amélie Bonnin avec Partir un jour. Adapté de son court-métrage éponyme, le film déploie une grande légèreté et une sincérité rare. Ceux qui n’ont pas encore vu On connaît la chanson d’Alain Resnais retrouveront ici une part de son aura : cette même manière de faire vibrer les souvenirs à travers la musique, de relier le présent aux émotions enfouies. Mais là où Resnais jouait avec le pastiche et l’humour, Bonnin mise sur la douceur et le non-dit.

Le récit renverse la dynamique du court d’origine : c’est désormais une femme qui revient sur les traces du passé. « J’avais envie de filmer une femme de cet âge car c’est un âge émouvant », confie la réalisatrice. Et c’est justement cette émotion qui infuse chaque plan. Partir un jour devient une métaphore délicate du pouvoir spirituel de la musique – comme si elle seule pouvait combler les silences du cœur. Un premier long-métrage sensible et lumineux, à découvrir au cinéma dès maintenant.

Ce film est présenté en hors compétition au festival de Cannes 2025.

Partir un jour : bande-annonce

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Responsable Cinéma