« Le Marin céleste » : dérèglements planétaires

Avec Le Marin céleste, Rodolphe et Olivier Roman nous embarquent pour un nouveau voyage sur la mystérieuse planète Sprague. Cet album, publié aux éditions Daniel Maghen, constitue un récit autonome tout en étant étroitement lié à leur précédent opus. Davantage une plongée complémentaire qu’une suite, l’album permet d’affiner l’immersion proposée dans la fantasy rétro-futuriste et la science-fiction écologique.

À bord de son vaisseau volant le Nimbus, Popeye, marchand ambulant, sillonne la planète en écoulant tant bien que mal ses marchandises. Historien amateur passionné par l’histoire de sa planète adoptive, Popeye partage sa vie entre commerce licite et contrebande, mais c’est son intérêt pour les phénomènes étranges qui va le conduire au cœur d’une aventure des plus étonnantes, qui vient prolonger ce qui avait été précédemment entrepris dans Sprague. La menace se manifeste ici sous la forme d’herbes bleues, proliférant à une vitesse inquiétante, capables de paralyser les mécanismes les plus robustes et d’envahir inexorablement les champs et les habitations, menaçant in fine toute forme de vie.

Les personnages créés par Rodolphe et mis en images par Olivier Roman possèdent une réelle profondeur, nourrie par leurs contradictions et leurs secrets : Popeye, historien, poète, escroc sympathique et romantique désinvolte ; Prune, faussaire talentueuse à la sensibilité subtile, formant avec lui un duo complémentaire. Autour d’eux gravitent des alliés inattendus, notamment les barons-rostres, étonnantes créatures mi-lapin, mi-sauterelle, télépathes bienveillants vivant sous terre et dont l’histoire pourrait remonter aux origines mêmes de la planète. On sent la volonté des auteurs d’enfanter une mythologie garnie, chose réalisée avec un certain succès.

Les auteurs émettent au cours de route l’hypothèse selon laquelle l’humanité sur Sprague pourrait être le fruit d’une colonisation extraterrestre avortée, une théorie intéressante bien qu’insuffisamment creusée, laissant quelque peu le lecteur sur sa faim. L’intrigue, prenante, aurait probablement mérité une densité narrative accrue, explorant davantage les pistes ouvertes autour des mystérieux « Grands Anciens » ou des barons-rostres, des aspects qui restent malheureusement esquissés. Mais est-ce une raison suffisante pour bouder son plaisir ? Non, définitivement.

Car la bande dessinée séduit par son atmosphère unique, par le trait délicat et précis d’Olivier Roman, par ses protagonistes confrontés à des situations inattendues et puisant en eux les ressources nécessaires pour y faire face. Si au départ, Popeye n’a rien du héros ordinaire, ressemblant parfois davantage à un escroc à la petite semaine, on découvre un individu passionné, résilient et courageux. 

La narration culmine dans des scènes-clés parfaitement maîtrisées, telles que l’attaque dramatique de la demeure de Prune ou la découverte des galeries souterraines des barons-rostres, jusqu’à une lutte finale mémorable. Le Marin céleste possède un charme indéniable, propice à séduire un large public, notamment parmi les jeunes lecteurs avides d’aventure teintée de mystère et de fantasy.

Le Marin céleste, Rodolphe et Olivier Roman
Daniel Maghen, mai 2025, 88 pages  

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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