Carla et moi : sans voix et sans foi, mais sans moi

Aïe aïe aïe ! Se farcir un film comme Carla et moi et l’apprécier est certes possible, mais il faut vraiment être un inconditionnel du cinéma indépendant américain dans tout ce qu’il a de plus cliché. Ici, c’est un condensé de ce qui le caractérisait dans les années 90 et le début des années 2000. C’est donc clairement dépassé, en plus d’être complètement hermétique pour qui n’y goûte pas ou plus. Et si on pouvait apprécier dans certains cas ce cinéma intello et quelque peu nombriliste, ici c’est encore moins le cas, car il semblerait que le film ait été fait pour le public juif uniquement tant les autres se sentiront moins concernés et inclus. Restent Jason Schwartzman et Carl Kane qui défendent leurs rôles avec conviction, mais on ne croit pas une seule seconde à leur histoire. Demeure donc une projection interminable, agaçante et éreintante psychologiquement.

Synopsis : Ben a perdu sa foi et sa voix suite à la disparition de sa femme, ennuyeux pour un chanteur de synagogue. Sa vie est désormais rythmée par la préparation des enfants à leurs bar-mitzvah et les rendez-vous galants organisés par sa mère. Un soir, il retrouve l’excentrique Carla – son ancienne professeure de musique – qui le sollicite pour l’aider à préparer sa communion tardive. Petit à petit, Ben et Carla vont se rapprocher pour, enfin, trouver leurs voies.

Voilà une œuvre qui semble sortir tout droit du passé. D’il y a une vingtaine voire une trentaine d’années, à une époque où Sundance est devenu à la mode et où ces productions indépendantes à budget minuscule pullulaient avec plus ou moins de brio, mais qui ont révélé pas mal d’auteurs aujourd’hui reconnus. À cette époque, on appréciait davantage ces films mais aujourd’hui ce type de cinéma d’auteur indépendant américain est devenu un cliché pour lui-même et il est presque mort et enterré, le cinéma ayant évolué. Mais, parfois, sortent encore certains avatars du genre comme « Carla et moi ». Et, attention, ces films sont loin d’être tous mauvais, il y a même des petites perles comme, au hasard, Clerks ou Le projet Blair Witch pour citer deux exemples aux antipodes l’un de l’autre. Mais, ici c’est clairement mauvais et caricatural au possible, en plus de se fermer complètement à un autre public que celui des spectateurs juifs. En tout cas, c’est notre ressenti.

En effet, Carla et moi est très hermétique pour qui n’est pas connaisseur en traditions hébraïques puisque l’un des deux sujets centraux ici est la foi et l’étude pour une bat-mitzvah, l’autre étant les retrouvailles de deux âmes en pleine crise (de foi, de voix et d’identité). Et si on comprend bien sur le principe de la pratique, le film est bien trop centré sur cela et la communauté juive pour vraiment intéresser les autres spectateurs. Pourtant cela n’est pas une fatalité, des œuvres mettant en scène les juifs new-yorkais peuvent être passionnantes comme en témoigne la série Netflix Unorthodox ou le polar des frères Safdie Good Time. Malheureusement, le film de Nathan Silver – un cinéaste non juif habitué aux micro-budget et à la filmographie riche d’une dizaine de films méconnus et souvent inédits hors USA – frôle la grosse caricature à tous niveaux et se révèle un film de niche sans le vouloir.

On a droit à vraiment tous les tics que ce genre de cinéma a pu produire. C’est bavard à un point que cela en devient fatigant. Et pas toujours pour dire des choses intéressantes ou qui font avancer l’intrigue. Tellement bavard qu’un Woody Allen pourrait en avoir la nausée ! L’image est granuleuse et moche à l’œil et la caméra bouge dans tous les sens avec un montage hystérique qui ferait presque rougir les films de found footage tandis que les questionnements des personnages sont vraiment peu palpitants. L’histoire a en plus le toupet de ne pas être crédible pour un sou. Les situations volontairement cocasses ou iconoclastes sont poussives et on a vraiment du mal à adhérer à tout ce qui se passe sous nos yeux. On sent la volonté de faire original, mais ce n’est jamais naturel. Après, on peut laisser à Silver une chose : son film n’est pas prétentieux pour autant comme peuvent l’être parfois ces films d’auteur déconnectés mais il n’empêche que la sauce ne prend jamais. Et, pour couronner le tout, son long-métrage fait près de deux heures et c’est clairement interminable.

Le dernier tiers a tout de même deux scènes de repas à peu près convaincantes et plus intéressantes que le reste (ce qui n’est pas difficile) mais honnêtement, un film ne peut juste tenir sur ça. Carla et moi ne peut même pas compter sur son duo principal que l’on sent investi (Jason Schwartzman, habitué de Wes Anderson, face à Carol Kane, illustre muse du cinéma indépendant des années 70 et 80 avec son timbre de voix si singulier), mais dont la simili romance n’est pas crédible une seule seconde. On n’y croit absolument pas, de leur rencontre impromptue à leur amour naissant, c’est vraiment peu pertinent. Avec ce type de film qui plaira à un public très restreint, on se prend deux heures de soupir et d’ennui qui ressemblent à un calvaire et presque à une leçon de ce qu’il ne faut plus faire au cinéma. Même indépendant.

Bande-annonce – Carla et moi

Fiche technique – Carla et moi

Titre original : Between the temples
Réalisateur : Nathan Silver
Scénaristes : C. Mason Wells & Nathan Silver.
Production : Sony Pictures Classic
Distribution: Dulac Distribution.
Interprétation : Jason Schwartzmann, Carol Kane, Dolly DeLeon, …
Genres : chronique – comédie – drame.
Date de sortie : 23 octobre 2024
Durée : 1h51
Pays : États-Unis

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