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Accueil Cinéma Critiques films PartagerFacebookTwitterPinterestEmail Jérémy Chommanivong Responsable Cinéma Présenté il y a près d’un an au Cinéma de la Plage lors de la précédente édition du Festival de Cannes, Transmitzvah débarque enfin en salles pour célébrer les liens fraternels et familiaux d’une communauté juive en Argentine. Grandement aidé par une Penélope Guerrero rayonnante et magnétique, Daniel Burman explore la question d’identité à travers les rires et les chants de ses personnages hauts en couleurs. Synopsis : Mumy Singer, une célèbre chanteuse trans revient en Argentine pour renouer avec sa famille yiddish et son passé. Enfant, elle avait voulu défier les conventions en refusant de préparer sa Bar Mitzvah. Avec l’aide de son frère Eduardo, elle décide enfin de célébrer ce rite de passage en organisant une Trans-Mitzvah. Se libérer de ce que l’on est À l’instar de James Gray, qui connaît une carrière d’auteur passionnante aux États-Unis, Daniel Burman connaît un succès similaire dans l’industrie cinématographique argentine. Révélé et primé d’un Ours d’Argent et du Prix spécial du jury à la Berlinale 2004 pour Le Fils d’Elias, le cinéaste argentin a constamment renouvelé des thématiques propres à sa culture juive, sur l’immigration et autour de la quête identitaire. Il s’est consacré à la réalisation de séries et à la production ces huit dernières années. El Rey del Once étant son dernier long-métrage. Par chance, son envie de cinéma semble intacte et il revient avec Transmitzvah, une immersion dans l’univers pailleté de Mumy Singer. L’adolescence est marquée par un tas de transitions, sur les plans physique, culturel, social, spirituel et religieux. La culture juive n’en démord pas et possède un rite emblématique connu sous le nom de Bar Mitzvah chez les garçons et de Bat Mitzvah chez les filles. Cette étape correspond à la majorité religieuse, un passage à l’âge adulte où l’on serait en mesure d’appliquer et de porter les commandements de la Torah. Ayant renoncé à cette célébration et à son prénom de naissance Rubén, pour devenir Mumy Singer, une tragédie familiale la pousse à revenir sur ses pas et à suivre les racines qu’elle a tranchées. Au sommet de sa carrière de chanteuse de cabaret en Espagne et à l’international, Mumy retrouve alors la boutique de vêtements familiale « Singman Modas : Elegante & Sport », ainsi que sa communauté de Buenos Aires. Ayant un point de départ similaire à Peafowl, où un personnage transgenre devait confronter les traditions de son village natal, le film de Burman soumet ses personnages à leur héritage religieux. Transmitzvah est aussi un film musical et une comédie familiale autour de la réconciliation et l’acceptation d’un autre « soi ». Cette autre facette ne représente pas seulement l’identité de genre, car le sujet du film est ailleurs, ne remettant jamais en cause la « transition » ou plutôt la réappropriation du genre de son héroïne. Le cinéaste argentin et son co-scénariste Ariel Gurevich articulent plutôt leur intrigue autour du duo Mumy-Eduardo. Frère et sœur s’évertuent ainsi d’achever le rite ancestral en hommage à leur défunt père. La force de la différence Considérée comme du gluten ou du lactose, Mumy fait face à la tolérance des rabbins que son frère et elle tentent de convaincre d’organiser cette audacieuse, transgressive et nécessaire « Trans-Mitzvah ». C’est à partir de cet arc narratif que le récit nous donne à disserter sur la façon dont les traditions juives se comportent face à la modernité, incarnée par Mumy. Chanter, danser et se vêtir comme bon lui semble était déjà un moyen d’affirmer le caractère indomptable de l’héroïne. Mais dans son pèlerinage douloureux, Mumy tente de retrouver sa voix et la bénédiction des rabbins qu’elle a perdus. C’est un semi-road-trip qui se joue pour le duo, qui évolue dans un univers Almodovarien auquel on aurait ajouté des paillettes. Cependant, le récit est informe, structuré telle une mosaïque où des séquences musicales ne traduisent pas toujours avec justesse l’état d’esprit de Mumy. De plus, il y a là un problème d’écriture et de caractérisation des personnages qui ampute tout attachement émotionnel à leur égard. Non pas que le film ait besoin de jouer sur cette corde pour s’en sortir, bien au contraire. Mais entre l’envie de Burman à vouloir concilier l’aventure mystique et intérieure, sa comédie dramatique manque d’âme ou d’équilibre dans son discours. On reconnaît volontiers les intentions du cinéaste, notamment en étalant les valeurs de responsabilité et d’engagement envers la communauté juive. Il va pourtant manquer de cette petite étincelle pour allumer la mèche qui nous pend au nez. Au lieu de cela, la dernière partie du film fait le choix d’épouser les symboles du judaïsme, jusque dans son aspect un peu kitsch. Un pari qui ne manque pas de sincérité mais d’efficacité donc. Après avoir récemment vu débarquer Dans la cuisine des Nguyen, la première partie de Wicked ou encore Emilia Peréz, la comédie musicale gagne de plus en plus de visibilité et d’affection au cinéma. Elle permet, autant que la comédie (Coco, Carla et Moi), d’aborder des sujets sensibles avec légèreté et sans les dénaturer. Ainsi, Transmitzvah se définit aussi simplement qu’une histoire d’amour entre frères et sœurs, en brossant le portrait d’une communauté remplie de contradictions mais surtout de bienveillance à l’égard de celles et ceux qui n’ont pas fini de grandir. Il n’est jamais trop tard pour passer sa Bar ou Bat Mitzvah et le film de Daniel Burman nous enseigne, dans la bonne humeur, qu’il n’y a rien d’intrinsèquement mauvais dans la différence. Transmitzvah – Bande-annonce Transmitzvah – Fiche technique Réalisation : Daniel Burman Scénario : Daniel Burman, Ariel Gurevich Interprètes : Penélope Guerrero, Juan Minujín, Alejandra Flechner, Gustavo Bassani, Alejandro Awada Image : Rodrigo « Rolo » Pulpeiro Décors : Daniel Gimelberg (AADA) Montage : Eliane D. Katz (SAE) Direction du son : Jesica Suarez Créatrice de costumes : Roberta Pesci Maquillage et coiffure : Alberto Moccia Musique originale : Gabriel Chwojnik Producteurs : Laura Fernández Espeso, Javier Méndez Société de production : Oficina Burman Pays de production : Argentine Distribution France : Outplay Films Durée : 1h40 Genre : Comédie dramatique Date de sortie : 14 mai 2025 Transmitzvah : une identité à composerNote des lecteurs0 Note3
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