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Notre petite sœur, un film de Hirokazu Kore-Eda : Critique

Lors de la conférence de presse précédant la projection de Notre Petite sœur en compétition au Festival de Cannes au mois de Mai dernier, la première question qui a été posée au réalisateur Hirokazu Kore-Eda est de savoir si le film est un hommage à Ozu, tant pour ce journaliste, absolument tous les plans semblaient habités par le grand Maître.

Synopsis: Trois sœurs, Sachi, Yoshino et Chika, vivent ensemble à Kamakura. Par devoir, elles se rendent à l’enterrement de leur père, qui les avait abandonnées une quinzaine d’années auparavant. Elles font alors la connaissance de leur demi-sœur, Suzu, âgée de 14 ans. D’un commun accord, les jeunes femmes décident d’accueillir l’orpheline dans la grande maison familiale…

Blissfully yours

Question qui a dû lui être adressée dans tous les festivals pour chacune de ses réalisations, sans qu’à aucun moment le cinéaste ne montre un quelconque signe d’agacement. Il revendique au contraire ce rapprochement, et déclare sans fausse pudeur sa très grande admiration pour son aîné, au point de visionner à nouveau certains films d’Ozu lors de la préparation de son film.

Coutumier des films de fratrie (dont le très bouleversant Nobody knows qui l’a révélé au public occidental), racontant merveilleusement des bribes de vie le plus souvent enfantines, où les adultes ont abdiqué, fait défaut, et où souvent les aînés remplissent le rôle de protecteur, Kore-Eda produit un cinéma où les drames et les deuils font partie de la vie qui continue ; il se retrouve ainsi dans la droite ligne d’Ozu pour qui tout est « ordinaire et banal ».

De fait, et plus encore sans doute que dans ses précédents films, l’ombre d’Ozu plane sur cette adaptation très réussie et très poétique du manga Umimachi Diary de l’auteure Akimi Yoshida, une célèbre série japonaise en 6 tomes qui chroniquent la vie de cette fratrie composée de trois sœurs et de leur demi-sœur Suzu, plus jeune. Car Kore-Eda y raconte l’humain, le quotidien et le « temps qui passe » comme il aime à le souligner.

Vivant ensemble à Kamakura dans la belle et grande maison traditionnelle de leur grand-mère récemment décédée, et suite au divorce de leurs parents, les sœurs Kouda, à savoir Sachi (Ayase Haruka), Yoshino (Nagasawa Masami) et Chika (Kaho) écoulent une vie paisible au rythme des saisons. Sans tomber dans les stéréotypes, elles incarnent trois femmes bien différentes, des femmes forgées par leur histoire et leur position dans la fratrie : une légère austérité et le sens des responsabilités, voire de l’abnégation pour Sachi l’aînée, l’insouciance pour Yoshino la cadette, et l’originalité pour Chika, la benjamine, qui doit se faire remarquer pour exister dans un pays où le droit d’aînesse n’a été aboli qu’en 1948…

Le cinéaste prend infiniment de précaution pour filmer ses personnages. Et c’est une véritable ode à la beauté des femmes qu’il livre, une ode à leur sensibilité, à leur subtilité. L’arrivée de Suzu, leur jeune demi-sœur qu’elles ont recueillie à la suite du décès de leur père rajoute encore de la matière dans cette chronique. La mère de Suzu ayant été la maîtresse du père de famille, celle par qui le scandale est arrivé, cette arrivée de leur demi-sœur provoque chez les « grandes sœurs » des remous presque imperceptibles, tant Hirokazu Kore-Eda les filme avec délicatesse : Suzu est le témoin d’une vie où a vécu un père peu connu, mal connu ; elle est la fille de « l’autre », mais elle est aussi une fille qui, comme elles, a vécu l’absence de la figure maternelle (Suzu a habité chez sa belle-mère et son père après le décès de sa propre mère)… « Leur » petite Sœur cristallise beaucoup d’émotions, d’autant plus que la vie privée des unes et des autres sonne en résonnance avec les faits du passé…

Notre petite Sœur est un film issu du plus pur académisme japonais, caractérisé par un paroxysme de raffinement. Tout est beau dans le métrage : les personnages, les actrices,  les sentiments, les paysages, les saisons… tout est beau et enchanteur sans être mièvre, et de plus, oui, tout est éminemment japonais : les cerisiers en fleurs, ici comme symbole de l’éclosion de la jeune Suzu à une nouvelle vie et aussi à une féminité naissante, mais symbole également de la mort, de l’éphémère, source d’une mélancolie qu’on devine sous les yeux clos de la jeune orpheline lors d’une balade sous un ciel fait de ces  branchages roses. Japonais aussi, le refus de faire de la dramatisation le moteur de son cinéma. Tout comme Ozu, justement, Kore-Eda ne cherche pas à faire illusion, mais veut représenter la vie, et rien que la vie sans « marquer de hauts et de bas dramatiques 1».

Malgré toute cette filiation qui pourrait être encombrante et lourde à porter, le film suit son propre chemin, là encore au rythme des traditions bien japonaises : la dégustation des rituelles nouilles Soba au déménagement de Suzu, le kimono d’été (Yukata) pour assister aux feux d’artifice qui jalonnent l’été, la fabrication de la liqueur de prunes immuable depuis des générations. Le cinéaste réussit à délinéariser un récit exempt de grands rebondissements. Même si c’est avec des évènements mineurs, chaque séquence débouche sur un petit fait nouveau, sur une tranche de vie nouvelle, le tout dans une fluidité exemplaire et le spectateur ne peut que se laisser emporter par la grande douceur de son film, et la sentimentalité qui s’en dégage.

Porté par un quatuor d’excellentes actrices, sachant captiver avec un jeu subtil et tout en nuances, complices et respectueuses les unes des autres, Notre petite Sœur est un très beau film sans aucun tumulte qui pourtant retournera le spectateur encore plus profondément qu’il ne le pense.

1 : Déclaration de Yasujiró Ozu à Remond, dans « Voyage à Tokyo », Télérama, n°1464, février 78,  p :70

Notre petite soeur – Bande annonce

Notre petite soeur – Fiche technique

Titre original : Umimachi diary
Date de sortie : 28 Octobre 2015
Réalisateur : Hirokazu Kore-Eda
Nationalité : Japon
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 128 min.
Scénario : Akimi Yoshida, Hirokazu Kore-Eda
Interprétation : Haruka Ayase (Sachi), Masami Nagasawa (Yoshino), Kaho (Chika), Suzu Hirose (Suzu asano), Ryô Kase (Sakashita)
Musique : Yôko Kanno
Photographie : Mikiya Takimoto
Montage : Hirokazu Kore-Eda
Producteurs : Kaoru Matsuzaki, Hijiri Taguchi
Maisons de production : Toho Company, GAGA, Fuji Television Network, Shogakukan, TV Man Union Distribution (France) : Le Pacte
Récompenses : Prix du Meilleur film : Hirokazu Kore-Eda – Festival International de San Sebastian 2015,
Budget : –

Le Caravage, un film d’Alain Cavalier: Critique

Alain Cavalier est aujourd’hui connu pour être un réalisateur de films intimistes tournés seul ou avec une équipe très réduite. Le cinéaste a débuté avec le cinéma commercial traditionnel et s’en est progressivement émancipé en développant un style propre, plus épuré, plus documentaire.

C’est avec Thérèse, sorti en 1986 que Cavalier va asseoir son statut de réalisateur reconnu et s’assurer la liberté de filmer ses sujets comme il le souhaite. Cette aisance qu’il a réussi à acquérir lui permet de créer une œuvre singulière qui s’attache à être au plus près de ces acteurs. Dans Le Caravage, c’est de ce geste cinématographique qu’il est question. Alain Cavalier filme le quotidien de Bartabas, fondateur du théâtre équestre Zingaro. Cette compagnie renouvelle le spectacle équestre en lui associant la danse, la musique et bien d’autres disciplines artistiques.

Des chevaux et des hommes

La relation entre le filmeur et le filmé est au cœur des films de Cavalier. Tantôt il se met en scène et joue l’acteur autant que le cinéaste, tantôt, il est présent par la voix. Cette voix du filmeur se traduit dans les échanges avec ses personnages, ou sous forme de voix off qui tient plus du commentaire instantané puisque le cinéaste parle de façon spontanée, sans préparer de texte, au cours de son tournage, au gré des images qui défilent. Avec Le Caravage, le Cavalier volubile s’efface. Ses interventions vocales sont très rares (une ou deux occurrences seulement), le réalisateur assiste en spectateur au rapport entre l’homme et l’animal. Dès qu’il le peut, il se place aussi près que possible du cheval, ce qui donne lieu à de très beaux plans, les yeux dans les yeux avec la bête. Cette caméra se fait intrusive parfois, pénétrant dans l’intimité de l’écurie et filmant le cheval qui dort, urine, et défèque. Cette trivialité fascine Cavalier, on le sait (Lieux saints en est l’un des exemples les plus probants).

Mais, quand il s’agit d’être témoin d’une séance de travail entre Bartabas et Le Caravage, le réalisateur n’a pas le choix, il est évincé, renvoyé derrière la barrière du manège. Cette distance qui lui est imposé, il va essayer de s’en affranchir en filmant encore et encore l’entraînement rigoureux du cheval et son cavalier pour tenter de capter un instant de grâce, quelque chose qui montre qu’il y a plus qu’un simple rapport de force entre un dominant et un dominé. La routine devient rituel, chaque jour, on panse, on harnache. Pas de parole superflues, c’est le geste et seulement le geste qui compose la partition de ce film. Quand on a compris que l’enchaînement de ces scènes revient comme une litanie, on guette le moment où l’improvisation s’immiscera dans le fonctionnement de cette machine bien huilée. Parfois, elle arrive, comme lors de cette séquence qui suit une séance de travail où le cheval, laissé libre un moment dans le manège, s’approche de l’objectif et le lèche consciencieusement. « C’est flou, on ne voit absolument plus rien » dit Cavalier amusé. La rencontre brute entre le filmeur et le filmé.

Le Caravage peut provoquer un sentiment de frustration tout autant qu’une sensation d’apaisement et de sérénité. Ceux qui voudront tout comprendre des arcanes du dressage équin et de cette relation particulière, entre obéissance et coopération, qui lie un cavalier à son cheval risqueront immanquablement d’être déçus. Pour les autres qui accepteront d’être les simples spectateurs, derrière la barrière du manège, peut-être ceux-là feront-ils l’effort de percevoir qu’au-delà de la soumission de l’animal à l’homme qui est bien réelle, il y a quelque chose qui tient du rapport de confiance et d’amitié que chacun met en l’autre.

Synopsis : Chaque jour, de bon matin, Bartabas travaille son cheval préféré Le Caravage. Tous les deux ont une conversation silencieuse où chacun guide l’autre. Atteindront-ils une certaine perfection qui les autorise à se présenter devant un public ? Traverser les pépins de santé, se remettre de séances ratées, s’affiner, goûter la joie d’un sans faute. Le cinéaste est admis à être témoin de cette intimité. A la longue, c’est la naissance d’un trio où les cœurs sont ensemble. Le spectateur en fera peut-être un quatuor.

Le Caravage : Fiche technique

France
Genre : Documentaire
Réalisation : Alain Cavalier
Distribution : Bartabas
Montage : Emmanuel Manzano
Son : Florent Lavallée
Produit par Michel Seydoux
Distribué par Pathé Distribution
Durée : 1 heure 10 minutes
Date de sortie : 28 Octobre 2015

Spectre, un film de Sam Mendes: Critique

A peine le générique arrive que se confirme déjà une évidence : jamais un James Bond n’aura si bien porté son titre. Non content de pouvoir illustrer le retour en fanfare de l’organisation ayant joué bien des tours à l’espion britannique (après plus de 30 de conflits juridiques), Spectre est aussi la preuve que Sam Mendes en a fini avec Bond et avec Craig. La fin. La mort. Telles semblent ainsi être les notions qui infusent jusque dans son ossature même ce Spectre. Car avant que le film ne soit considéré comme étant le 24ème opus de la saga, il est surtout la fin d’une époque, la fin d’une ère.

Une ère qui aura cru bon d’user des 4 longs-métrages de Daniel Craig pour voir James Bond finalement rentrer dans le rang et assumer sa légitimité, pour devenir l’agent du MI6 que l’on connait. 4 films pour redéfinir l’icône, lui donner de l’épaisseur, la déconstruire et la faire renaître. 4 films pour amorcer la normalité dans laquelle l’agent se trouve plongée et finalement rendre légitime l’utilisation du légendaire gunbarrel dès l’entame, parachevant donc d’une traite la mue de l’agent passé d’un salop au cœur de pierre, à l’espion charmeur et blagueur, très typé période Roger Moore.

Une odyssée freudienne dans la droite lignée de Skyfall.

C’est donc un profond élan de normalité qui infuse d’emblée l’œuvre. Le traditionnel gunbarrel servant d’entame et nous voilà déjà plongé dans le bain d’un James Bond, qui semble en premier lieu, très classique. Mais loin d’être rédhibitoire, cette spécificité (obtenue de concert avec la photographie de Hoyte Von Hoytema) sert davantage à montrer que Mendes clôt enfin le reboot initié par Casino Royale et donne (enfin) à voir le premier James Bond de Daniel Craig. Passé les fulgurances visuelles des précédents et une scène post-générique remarquable, puisque lorgnant du coté de Brian de Palma et Alejandro Gonzalez Innaritu pour son plan séquence étonnant, que voilà déjà le générique qui se profile. Sublimé par la voix de Sam Smith, le générique est aussi la preuve qui manquait aux néophytes que Spectre sera interconnecté aux 3 précédents films de la saga. Le Chiffre, Dominic Green, Raoul Silva, trois némésis de l’espion qui se mêlent dans ce générique sombre, ponctué çà et là par des tentacules de pieuvres et moult représentations de poulpes, symbolisant non sans mal, la menace campée par le Spectre.

Fort d’un début supplantant aisément Skyfall par sa maitrise et sa technique, difficile dans un premier temps d’aller à l’encontre du rythme effréné de Mendes. Assumant tantôt des airs de requiem et tantôt de renaissance, la première heure arrive, sans mauvais jeu de mots, à faire fi du spectre de Skyfall qui rode en filigrane de l’œuvre. Morceaux de bravoures ininterrompus, mise en scène verbeuse mais non moins impressionnante, Mendes assure le show et laisse penser que le pari qu’il s’est fixé de dépasser Skyfall, est sur le point de se voir couronné d’un succès. Il faut dire qu’en parallèle d’une mise en scène inspirée et nettement plus humanisée, Mendes n’oublie pas de rendre hommage à l’icône 007. Références abondantes aux anciens films (Vivre et Laisser Mourir pour l’ouverture, Opération Tonnerre pour la réunion romaine du Spectre, Au Service Secret de sa Majesté pour la clinique des Alpes Autrichiennes), humour caractéristique de Q version Desmond Llewelyn, la recette semble suivie à la lettre, quitte à conférer au film une élégance qu’on attendait plus. Et alors que le visage de la némésis campé par un Christoph Waltz tout en décontraction, se dévoile dans la scène la plus réussie, puisque donnant à voir l’illustre organisation malfaisante, que voilà Spectre déjà en train de rencontrer son premier accroc. Empruntant à la dérive orwelienne de notre époque qui voit la recrudescence massive des drones et de la surveillance pour obtenir des informations, le scénario puise malheureusement dans un canevas bien trop balisé pour susciter la moindre surprise. Pire, il accuse d’un énorme coup d’arrêt quand arrive le personnage réduisant à néant toute l’ambition de Mendes : Léa Seydoux.

Pivot de l’intrigue et caution amoureuse de l’agent ténébreux, l’actrice semble dépassée par les évènements quitte à afficher une froideur gênante, puisque mettant à néant toute la flamboyance du film et le quasi érotisme soulevé par cette romance improbable. C’est d’autant plus regrettable de voir son rôle s’accroitre au fur et à mesure du déroulé du film, puisque supplantant le scénario devant par la suite des choses se racoler aux wagons, quitte à afficher des coutures bien trop grossières. Une grossièreté qui aura d’ailleurs pour résultante de rendre la fin très prévisible et d’annuler purement l’effet de surprise sur une intrigue truffée de twists en tout genre. Ce faisant, fort d‘un scénario en demi-teinte, ne reste plus qu’à se pencher sur les acteurs et l’action pour finalement se rendre compte que Mendes, n’aura fait qu’écouter la plèbe. Taxé de préférer l’introspection à l’action dans Skyfall, Mendes se lâche véritablement dans Spectre, arrivant à rendre l’action comme un passage obligé du film, alors que celle de Skyfall trouvait justement une légitimité. Cette erreur de débutant alourdit l’ensemble, rendant donc difficile la compréhension de ce mastodonte de 2h30, qui n’aurait en rien perdu d’efficacité, s’il avait été délesté de 20 bonnes minutes.

Succombant au trop plein d’ambition de son sujet, et terrassé par cette volonté de repousser encore une fois les limites de l’excellence, autant dire Sam Mendes aura su rendre le panache qu’on lui connait pendant la première heure du métrage, pour finalement encaisser un sévère coup d’arrêt sur la deuxième partie, qui si elle ne perd rien en qualité purement technique, voit son scénario tourner en roue libre et s’assumer comme l’ultime bravade de Mendes sur l’univers 007. L’occasion parfaite de constater que la mise en scène sépulcrale de Mendes, lorsque mise en opposition aux impératifs de la saga, ne peut que donner naissance à une mise en scène mécanique, loin de la spontanéité revendiquée par Skyfall.

Synopsis: Un message cryptique venu tout droit de son passé pousse Bond à enquêter sur une sinistre organisation. Alors que M affronte une tempête politique pour que les services secrets puissent continuer à opérer, Bond s’échine à révéler la terrible vérité derrière… le Spectre.

Fiche technique: Spectre

Réalisateur : Sam Mendes
Scénario : John Logan, Robert Wade, Neal Purvis d’après les personnages créés par Ian Fleming
Interprétation : Daniel Craig (James Bond), Christoph Waltz (Franz Oberhauser), Monica Bellucci (Lucia), Léa Seydoux (Madeleine), Dave Bautista (Mr Hinx), Naomie Harris (Moneypenny), Ben Whishaw (Q), Ralph Fiennes (M), Andrew Scott (Denbigh), Rory Kinnear (Tanner), Jasper Christensen (Mr White)…
Bande originale : Thomas Newman
Récompenses : Oscar 2016 de la meilleure chanson Writing’s on the Wall », interprété par Sam Smith
Durée : 150 minutes
Budget : 250 M$
Genre : Action
Date de sortie : 11 novembre 2015

Royaume-Uni – 2015

The Walk, un film de Robert Zemeckis: Critique

Hommage au Twin Towers

Robert Zemeckis est un cinéaste qui a bercé l’enfance de toute une génération et qui continue encore à travers des films intemporels devenus cultes. Il a même parfois construit et alimenté des passions, posant les bases de la cinéphilie chez certains comme beaucoup de ses confrères dans les années 80. Se spécialisant dans un cinéma populaire de qualité, ils touchèrent beaucoup de monde au cœur, une chose importante pour Zemeckis qui décida de faire de la passion le centre de sa filmographie. Ces personnages sont souvent des passionnés en quête d’aventures et qui aspirent à des choses exceptionnelles dans des œuvres où la barrière entre le rêve et la réalité se brouille, où l’impossible devient possible. L’histoire de Philippe Petit est donc du pain bénit pour lui, étant totalement dans la thématique qu’il véhicule depuis des années, lui permettant, après l’intense drame Flight, de revenir à un cinéma plus personnel.

De prime abord ce qui va perturber c’est le ton choisi pour retranscrire cette histoire. Celui-ci est d’un burlesque assumé qui parait assez étrange et qui demande un certain temps pour s’y acclimater, ce qui pourrait avoir raison d’une partie des spectateurs. Il faut pourtant reconnaître que c’est un partie pris audacieux et assez rafraîchissant qui permet d’éviter les écueils classiques du biopic académique et pompeux. Mais ce ton sera finalement transmis en majeur partie par le travail des acteurs, livrant volontairement des prestations très théâtrales et parfois exagérées. Dans cet exercice, c’est Joseph Gordon-Levitt qui s’en sort le mieux, le film lui porte toute son attention et il en profite pour véritablement irradier l’écran. Il arrive à toujours être dans l’exagération, pour refléter l’excentricité de son personnage, sans pour autant perdre la justesse et la nuance grâce à son jeu intense dont l’énergie et la jovialité sont contagieuses. Par contre on ne peut pas en dire autant pour le reste du casting qui reste globalement impeccable mais aussi effacé face à l’acteur. Charlotte Le Bon en fait malheureusement les frais à cause de la sous-exploitation de son personnage tout comme pour Ben Kingsley malgré un jeu cabotin assez drôle.

Mais le problème ne viendra pas des acteurs, tous très bon ici, mais de l’approche choisie par le récit. Zemeckis n’est pas intéressé par la psychologie des personnages ni même de leurs relations, ce qui fait que ceux-ci sont bien trop survolés et que l’on peine à s’attacher à eux. Il porte un regard américain sur son film, et ne s’intéresse pas à la même chose que nous français. Ce qui l’intéresse c’est de rendre un hommage au Twin Towers à travers cet exploit et non pas de s’intéresser à ceux qui ont fait cet exploit. Et malgré toute la première partie qui s’intéresse à la jeunesse de Philippe Petit et à la poursuite de sa passion, on reste in fine face à une œuvre un peu désincarnée qui s’intéresse plus à l’âme de deux bâtiments qu’à l’âme humaine. On peut donc être relativement déçu par cette approche même si, lors de la conclusion, elle trouve un sens assez joli et touchant mais c’est insuffisant surtout que l’on insiste bien sur l’importance de la relation qu’entretient Petit avec sa petite amie sans jamais nous la montrer. On s’en désintéresse donc assez vite et celle-ci n’a pas l’impact émotionnel qu’elle devrait. Pour maintenir l’attention du spectateur, Zemeckis à choisi l’angle du suspense et a structuré l’ensemble comme un film de casse, ce qui est l’idée brillante de l’œuvre. Même si on peut après coup se questionner sur la pertinence de ce point de vue, étant donné que l’on sait comment cette histoire se termine, mais dans le moment la tension des scènes lors de la préparation avant la traversé est palpable et offre une ou deux sueurs froides. De plus cette gestion du suspense offre de très bon enjeux et un rythme impeccable. On se retrouve aussi face à quelques problèmes d’écriture comme la narration qui joue la facilité en brisant le quatrième mur ou encore lorsque le film prend un faux départ lorsqu’il ne fait pas un mais deux bonds dans le passé de Petit.

Mais plus important que le reste, c’est sur sa réalisation que le film ne doit pas décevoir, étant donné que toute la promo s’est essentiellement concentré sur l’aspect vertigineux de la traversé de Petit. De ce côté, c’est techniquement assez impressionnant on ne distingue que très rarement les fonds verts ou les trucages numériques et la gestion de la 3D est admirable, jouant habilement sur les effets de profondeurs offrant souvent de belles sensations de vertiges. C’est un procédé douteux et souvent mal employé mais il faut reconnaître qu’ici il rajoute une grosse plus-value à l’ensemble. Surtout qu’elle est au service d’une mise en scène prodigieuse de Robert Zemeckis, qui n’a pas peur des mouvements de caméras ambitieux à l’image de travellings aériens maîtrisés et impeccables. Toute la séquence finale, de la mise en place du câble jusqu’à la fin de la traversé, est un bijou de mise en scène. Le début n’est aussi pas en reste avec des transitions habiles entre les différentes étapes de la vie de Petit ainsi qu’une séquence en noir et blanc du plus bel effet. Le tout étant englobé par une photographie soignée et une sélection musicale sympathique même si, sur les compositions originales, on a connu Alan Silvestri plus inspiré et marquant.

The Walk est un bon film mais qui fait parfois des choix étranges et qui ne parlent pas vraiment à nous français. Cette histoire est avant tout la nôtre et il est un peu dommage de voir qu’elle est totalement réappropriée à la sauce américaine même si c’est pour faire un constat touchant sur l’insouciance et la poursuite des rêves à travers nos passions. Cependant on est aussi face à une œuvre qui sait faire des choix intelligents, préférant le côté fun et décomplexé d’un film de casse entre potes à l’approche académique débordant de pathos des biopics faisant souvent office de vent de fraîcheur et arrivant à être drôle. Surtout que la mise en scène exaltante vaut le coup d’œil et l’énergie de l’acteur principal est vraiment contagieuse, il nous embarque dans ce joyeux délire et nous fait indéniablement passer un bon moment.

Synopsis : En 1974, le funambule français Philippe Petit tente illégalement une traversée entre le sommet des deux tours du World Trade Center…

Fiche Technique : The Walk

Etats-Unis – 2015
Réalisation : Robert Zemeckis
Scénario : Christopher Browne et Robert Zemeckis, d’après l’autobiographie To Reach the Clouds de Philippe Petit
Interprétation : Joseph Gordon-Levitt (Philippe Petit), Charlotte Le Bon (Annie Allix), Ben Kingsley (Papa Rudy), James Badge Dale (Jean-Pierre), …
Décors : Ann Smart
Montage : Jeremiah O’Driscoll
Musique : Alan Silvestri
Photographie : Don Burgess
Production : Jack Rapke, Tom Rothman, Steve Starkey et Robert Zemeckis
Société de production : ImageMovers, Sony Pictures Entertainment et TriStar Productions
Société de distribution : Sony Pictures Releasing France

 

Rétrospective Martin Scorsese : Aviator, critique

Si Aviator reste le premier et à ce jour l’unique biopic dans la longue filmographie de Martin Scorsese, il marque après Gangs of New York (2002) les retrouvailles du réalisateur avec Leonardo DiCaprio.

Au cours des années 2000, plusieurs projets cinématographiques sur la vie de l’aviateur Howard Hugues ont été envisagés, notamment par William Friedkin ou encore par Christopher Nolan qui prévoyait d’adapter la biographie Citizen Hughes de Michael Drosnin. Seul celui d’Aviator a pourtant vu le jour dans les salles obscures. Le film devait initialement être réalisé par Michael Mann, mais celui-ci, déjà auteur de deux films biographiques avec Révélations et Ali, décide de le confier à Martin Scorsese, tout en restant producteur. Aviator demeure encore aujourd’hui un des plus grands succès américain et mondial du réalisateur. Premier long-métrage dépassant les 100 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis, il a reçu de nombreuses récompenses : 5 Oscars pour les meilleurs décors, costumes, montage, photographie et actrice dans un second rôle, ainsi que 3 Golden Globes et 4 BAFTA Awards, dont celui du meilleur film.

Martin Scorsese a souvent montré sa fascination pour les personnages en quête d’argent et de pouvoir, ou d’élévation dans l’échelle sociale, en particulier au sein du monde mafieux. Son intérêt pour Howard Hugues (1905-1976), un des hommes les plus riches et les plus influents du XXème siècle aux Etats-Unis, n’est donc guère surprenant. A la fois inventeur, aviateur, homme d’affaires, réalisateur et producteur, Howard Hugues est reconnu pour ses constructions d’avions d’envergure, notamment le célèbre Hercules, ainsi que pour ses records de vitesse et sa direction de la compagnie Trans World Airlines.

Aviator débute avec le tournage des Ailes de l’enfer, sorti en 1930, qui reste le plus grand succès cinématographique d’Howard Hugues. Si cette première séquence permet d’emblée de présenter le caractère du personnage, elle présente surtout un impressionnant ballet aérien, où des dizaines d’avions filent à pleine vitesse dans le ciel à travers les nuages, sur le fond de la magnifique Fugue de Bach. Elle reste une des plus belles du film et constitue sans conteste en elle-même un grand moment de cinéma. Les autres scènes d’aviation, notamment les essais de records de vitesse et le décollage du monumental Hercules, sont toutes aussi réussies et époustouflantes.

Cependant, Martin Scorsese ne se contente pas d’offrir au public un film à grand spectacle. Il recrée tout d’abord, par le faste des soirées, le luxe, les décors, les costumes, le cadre de vie dans lequel évoluait Howard Hugues. Quelques personnalités de l’époque sont ainsi représentées à l’écran, par exemple Errol Flynn joué par Jude Law, Jean Harlow par Gwen Stefani, et surtout deux des multiples conquêtes féminines de l’aviateur, Katharine Hepburn interprétée par une Cate Blanchett particulièrement piquante, puis Ava Gardner par Kate Beckinsale. La reconstitution assez sublime de ces années 1930 à 1950 immerge ainsi le spectateur dans le milieu mondain de la première moitié du XXème siècle.

C’est au sein de cette société que Martin Scorsese déploie toute la complexité de son personnage principal, brillamment incarné par un Leonardo DiCaprio incroyablement habité. C’est en effet l’ambivalence de cet homme encore énigmatique qui constitue le véritable sujet du film. Qui était réellement ce génie de l’aviation ? Un passionné, un perfectionniste, un impulsif, un excentrique, un sociopathe, un maniaque ? Extérieurement, c’est un riche et jeune séducteur, plein d’ambition et d’idées révolutionnaires.

Martin Scorsese lève toutefois ce voile pour exposer l’envers du décor, l’obscurité latente puis de plus en plus apparente et dévorante de son héros. Le caractère maniaque d’Howard Hugues par rapport aux microbes et aux maladies, très tôt mis en valeur dans le scénario, s’accroit ainsi jusqu’à un point de non-retour. La demande de biscuits avec des pépites de taille moyenne et centrées, le refus de toucher une serviette ou une poignée de porte, le dégoût pour une veste sale, constituent des indices progressifs de sa maladie. La rupture amoureuse avec Katharine précipite ensuite le personnage dans la folie. L’aviateur s’enferme dans sa salle de projection, puis regarde des films, nu, urine dans des bouteilles de lait et tient des discours délirants. Cloitré et cherchant à vaincre sa maladie, il se met lui-même en quarantaine, mot que lui répétait sa mère également maniaque et qu’il utilise parfois pour se calmer.

On retrouve ici plusieurs des thèmes chers à Martin Scorsese, qui aime s’attarder sur les démons intérieurs, la ruine de ses personnages, en opposant l’ascension avant la chute, la grandeur avant le déclin. Mean Streets, les Affranchis et Casino présentent exactement ce même schéma pour des héros évoluant dans le milieu mafieux ou criminel. La même logique guide également Le Loup de Wall Street, cette fois dans le monde de la bourse et de la finance. Dans Aviator également, le film se divise en deux parties, d’abord la montée du succès, de l’influence d’Howard Hugues, grâce aux Ailes de l’enfer, aux essais et aux records de vitesse, puis à partir de la rupture avec Katharine, opérant comme un catalyseur, le début des attaques à son encontre, de sa chute et de sa folie. Le réalisateur admet d’ailleurs son intérêt pour ce basculement chez son héros : « Une des choses qui fascine le plus dans cette histoire est de voir ce jeune homme incroyablement séduisant, intelligent et plein de vie, se métamorphoser en un adulte hanté par ses failles et ses tares ».

L’expression de cette folie intérieure et dévorante s’effectue aussi, tout comme dans Mean Streets et les Affranchis, par l’utilisation du rouge, symbole de passion et de violence. Cette couleur apparait particulièrement lors de la séquence d’enfermement dans la salle de projection, où une lumière rouge clignotante met en valeur l’état maladif d’Howard Hugues.
On peut se demander comment le personnage réussit toutefois à paraitre en parfaite santé, excepté sa mauvaise audition notoire, et en pleine possession de ses moyens quelques jours plus tard lors de l’audience publique face au sénateur Owen Brewster. Il s’agit là d’une incohérence, ou d’une ellipse narrative, qui aurait mérité  d’être comblée. Quelques longueurs ralentissent également le rythme du film, mais on sait combien Martin Scorsese est adepte de longs-métrages très étirés, au moins depuis Casino et encore plus récemment avec Le Loup de Wall Street, qui frôlent tous deux les trois heures. Malgré ces petits défauts, Aviator demeure une des œuvres pionnières de Martin Scorsese, et sans doute la seule à nous proposer un aussi grand spectacle.

Synopsis : Aviator couvre près de vingt ans de la vie tumultueuse d’Howard Hugues, industriel, milliardaire, casse-cou, pionnier de l’aviation civile, inventeur, producteur, réalisateur, directeur de studio et séducteur insatiable. Cet excentrique et flamboyant aventurier devint un leader de l’industrie aéronautique en même temps qu’une figure mythique, auréolée de glamour et de mystère.

Aviator – Bande annonce

Aviator – Fiche technique

Titre original : the Aviator
Date de sortie : 26 janvier 2005 Nationalité : Etats-Unis
Réalisation : Martin Scorsese Scénario : John Logan Interprétation : Leonardo DiCaprio (Howard Hugues), Cate Blanchett (Katharine Hepburn), John C. Reilly (Noah Dietrich), Kate Beckinsale (Ava Gardner), Alec Baldwin (Juan Tripp), Danny Huston (Jack Frye)
Musique : Howard Shore Photographie : Robert Richardson Décors : Francesca LoSchiavo, Dante Ferretti
Montage : Thelma Schoonmaker
Production : Chris Brigham, Graham King, Michael Mann, Leonardo DiCaprio, Charles Evans Jr.
Sociétés de production: Warner Bros, Initial Entertainment Group, Miramax Films
Société de distribution : TFM Distribution Budget : NR
Genre : Historique, Drame
Durée : 2h45min

Dix pour cent : critique de la saison 1

Jeux de l’amour et du hasard 

La relation entre un agent de cinéma et un acteur semble être une épreuve d’équilibriste, une subtile alchimie entre les demandes des uns (les acteurs donc) et des autres (les réalisateurs). Souvent basés sur des conflits ou des crises de nerfs, les épisodes de Dix pour cent (c’est la somme que prélèvent les agents sur les contrats signés avec les acteurs) sont focalisés sur le versant « intime » du métier d’acteur et du monde du cinéma. Au fil des épisodes, dont deux sont réalisés par Cédric Klapisch, différentes stars se révèlent par l’autodérision. Le spectateur découvre ainsi naïvement les coulisses du cinéma à travers les yeux de Camille, qui débarque dans la vie de son père et dans l’agence dans laquelle il travaille. On croisera tour à tour Cécile de France en plein questionnement sur son âge, Françoise Fabian et Line Renaud se faire la guerre, Laura Smet et Nathalie Baye jouer la mère et la fille rivales pour mieux se retrouver, Audrey Fleurot perdre lentement son « sex appeal » dans son nouveau rôle de mère à plein temps ou encore JoeyStarr et Julie Gayet faire l’amour et la guerre en moins de 52 minutes pour enfin apprendre à nager à François Berléand. Le concept était donc plutôt alléchant, mais s’essouffle sur la durée tant les épisodes sont plutôt inégaux. Certains nous exaspèrent, d’autres nous font rire, ça n’est jamais constant. D’autant plus que les intrigues parallèles, celles des agents, restent assez clichées et plutôt inintéressantes. On y apprend donc sans surprise (et avec agacement tant c’est exagéré) que les gays ont des manières alors que les lesbiennes sont des chiennes de gardes énervées (et énervantes). Quant aux riches, ils se trompent et divorcent presque pour un rien. On peut même tomber amoureux de la standardiste sans crier gare. Bref, rien de toujours bien palpitant. Tout tourne autour de cette agence, ASK, dont le patron meurt dans des circonstances floues et un rien grotesques, laissant son sort aux mains d’une femme jalouse. Un contrôle fiscal, des intrigues amoureuses, sont autant de fils conducteurs qui permettent de relier les six épisodes de cette première saison entre eux. Il est finalement assez peu question de cinéma dans cette série qui prétend pourtant y être consacré, car on reste beaucoup trop en surface. Ainsi, quelques dialogues pensent nous révéler des secrets insondables de ses coulisses (comme les fameuses fiches Wikipedia qu’on trafique ou encore les notes Allociné), mais tout ça semble un peu ridicule car finalement tout le monde le sait. Derrière les paillettes, il y a souvent beaucoup d’imbroglios à démêler. Et c’est ça le métier d’agent : s’endormir à pas d’heure, mettre sa vie de côté, chouchouter des stars. Bref, le monde du cinéma est un monde de requins, mais pas bien méchants au final semble nous dire la série. Dommage que chaque personnage semble plus ou moins rester figé dans sa condition première, sans perspective d’évolution…

Le bal des acteurs et actrices

Côté réalisation, le format de 52 minutes semble un peu long, résultat on passe beaucoup de temps à filmer des personnages qui marchent dans la rue sans que la situation n’évolue vraiment beaucoup. D’autant plus que les stars qui prétendent s’y révéler ne nous surprennent finalement pas plus que ça car elles jouent simplement avec l’image que nous avons déjà d’elles sans aller au-delà. On regrette alors beaucoup du piquant qu’avaient les actrices filmées par Maïwenn dans Le Bal des actrices. Elles tombaient vraiment le masque et, même ridicules, parvenaient à nous faire rire autant qu’à nous émouvoir. Ici, c’est la superficialité qui domine tant la présence des guests semble se suffire à elle-même pour les réalisateurs. Le petit plaisir, c’est donc avant tout les dialogues plus que les situations. Ce sont eux qui parviennent à nous décrocher quelques sourires voire parfois un rire. En relançant dans son dernier épisode une mécanique de groupe qui s’était délitée pendant toute la saison, Dix pour cent semble suggérer qu’elle aura une suite (une saison deux est bien prévue). Dépendante certainement de l’image que voudront bien livrer d’elles ces stars qui nous fascinent

Synopsis : Quatre agents de comédiens, aux personnalités hautes en couleur et aux vies personnelles compliquées, se battent au quotidien pour trouver les meilleurs rôles pour leurs prestigieux clients. Quand Camille, la fille illégitime de l’un d’entre eux, débarque à Paris pour chercher un boulot, cette dernière est alors plongée dans le quotidien mouvementé de l’agence et nous fait découvrir à travers son regard naïf les dessous de la célébrité…

Fiche technique – Dix pour cent

Création : Fanny Herrero
Sur une idée originale de : Dominique Besnehard
Réalisation : Antoine Garceau, Cédric Klaspisch, Lola Doillon
Distribution : Camille Cottin, Thibault de Montalembert, Grégory Montel, Liliane Rover, Fanny Sidney, Stéfi Celma, Nicolas Maury
Directeur artistique : Cédric Klaspisch
Société de production : Mon voisin Productions, Mother Production
Durée des épisodes : 52 minutes
Saison : 1 (renouvelée)

Le Dernier Chasseur de Sorcières, un film de Breck Eisner – Critique

Le Dernier Chasseur de Sorcières : Au programme, un concentré de testostérone contre des féministes écolos

Synopsis : Au moyen-âge, un groupe de guerriers ecclésiastiques est envoyé combattre contre une reine des sorcières maléfiques qui a lancé sur l’Europe une épidémie de peste. Le seul survivant, Kaulder, est touché par un sort qui le condamne à l’immortalité. Huit siècles plus tard, il continue de lutter, au nom de l’Eglise, pour préserver la paix entre humains et sorcières. La mort suspecte de l’un de ses proches va toutefois lui faire comprendre qu’une nouvelle guerre entre le bien et le mal se prépare à éclater et que c’est à lui seul qu’incombe la mission de sauver le monde.

Jusqu’à présent, la filmographie de Breck Eisner nous a prouvé que son seul talent de cinéaste est de savoir digérer ses références pour satisfaire les exigences miniums des amateurs du genre auquel il s’attaque : le film d’aventure avec son sous-Indiana Jones (Sahara) et son film de zombis-qui-n’en-sont-pas-vraiment avec son remake d’un Roméro (The Crazies), mais aussi ses projets qui ne sont rien d’autres qu’une suite à Karaté Kid et un remake de Flash Gordon. Avec Le Dernier Chasseur de Sorcières, les modèles ne sont pas aussi aisément identifiables mais l’inspiration de tous les derniers succès d’héroic-fantasy vient croiser celle des séries B d’action les plus vintages. Le voir à la barre de ce scénario qui traînait depuis des années dans les cartons de l’écurie hollywoodienne n’a strictement rien de vendeur, mais en apprenant que l’odieux Timur Bekmambetov était prédestiné sur ce projet, on peut s’estimer heureux d’avoir échappé au pire et même tenter de donner sa chance à ce film qui, dès son trailer, s’annonce comme un plaisir coupable sans prise de tête. En misant sur la présence de Vin Diesel, les décideurs des studios Summit Entertainment (la frange « pop-corn movies décérébrés » de Liongate) ont pensé que la popularité de la star allait assurer au long-métrage une certaine visibilité médiatique ainsi que l’adhésion de ses fans. Mais la première conséquence de ce choix de casting est que, en accédant à la production, la star vampirise complètement la mise en scène, qui devient – à l’image de celle des franchises Fast & Furious et Riddick – une bête apologie de son physique imposant. Devant cette démonstration de narcissisme de mauvais goût, on en viendrait presque à regretter les anciennes stars du cinéma d’action, de l’acabit de Sylvester Stallone, ou même Arnorld Schwarzenegger, qui avaient, en plus de leur musculature bien découpée, un minimum de talent d’acteur et de charisme. L’incapacité de Vin Diesel à dégager autre chose que sa grosse voix grave devient rapidement gênante. Toutefois, la présence de l’acteur n’est pas le seul argument de vente du film : il nous propose également une ribambelle d’effets spéciaux aguicheurs. Mais, là encore, l’étalage tape-à-l’œil vire à la catastrophe has-been.

Inutile d’accabler le réalisateur de tous ces défauts rédhibitoires, puisque la véritable source du problème est indubitablement le scénario lui-même. Ouvertement pensée comme une origin-story en vue de lancer une nouvelle franchise, cette aventure délaisse sans vergogne les enjeux de son sujet fantastique qu’est la coexistence entre des êtres humains et des personnes dotées de pouvoirs magiques. Le trio de scénaristes (déjà responsables de l’écriture tout aussi peu inspiré de Dracula Untold) à l’origine de ce script mollasson a clairement préféré, à l’élaboration d’une intrigue surprenante, faire se répéter en boucle sa scène d’introduction expliquant l’histoire de son héros, en appuyant outrageusement sur le pathos de ses flashbacks auprès de sa famille, et sans jamais réussir à donner le souffle épique requis à l’affrontement contre la vilaine sorcière. Les quelques rebondissements, aussi convenus que prévisibles, qui ponctuent ce combat ultra-manichéen entre le bien et le mal ne reposent en fait que sur deux éléments : la naïveté bigote et le machisme pesant avec lesquels sont représentés les rapports hommes-femmes sous l’égide d’une sacro-sainte église, apparaissant comme seule institution capable à dispenser la justice Divine. Aucun suspense ne ressort de cet amas de clichés dépassés et de ressors scénaristiques usés jusqu’à l’os. L’héroïsme et la classe qui caractérisent le personnage de Vin Diesel sont représentés de manière si outrancière (digne d’un John Wick) qu’ils ne laissent même aucun doute quant à sa victoire triomphale sur les méchantes sorcières et leurs disciples. Quant au système narratif qui nous fait découvrir, à travers le regard des personnages secondaires, l’existence secrète des sorcières dans le New-York moderne, il montre vite ses limites en ajoutant constamment des éléments qui permettent de contrecarrer les embauches du scénario pour permettre à son héros invincible d’atteindre son objectif.

Les nombreux effets numériques et incrustations sur fonds verts ne relèvent aucunement le niveau spectaculaire puisque la post-production est à l’image de la mise en scène et de la direction artistique, parfaitement impersonnelles et déjà-vues. Le montage des scènes d’action est souvent trop aléatoire pour être facilement lisible, alors que les effets de ralentis sont, une de fois de plus, utilisés avec une surabondance qui frôle le risible. Mais les producteurs, visant un succès commercial à leur nanar, ont su investir dans un casting attirant pour incarner les rôles secondaires. Le machisme inhérent au scénario redevient la norme de cette distribution dont chaque rôle féminin se doit d’être tenu par une poupée sexy (Rose Leslie, Lotte Verbeek, Dawn Olivieri…). Côté masculin, le duo de prêtres formé par Michael Caine et Elijah Wood est en revanche bien plus encourageant, mais la prestation désincarnée des deux acteurs ne fait que nous rappeler à quel point l’écriture de leur personnage respectif a bâclé tout approfondissement psychologique. Malgré le talent dont ils ont déjà fait preuve, aucun interprète ne sauve son rôle de la caractérisation stéréotypée dont ils souffrent et de la bêtise dans laquelle les plonge la crétinerie des dialogues. Ni le réalisateur ni les scénaristes n’ont semblé capable de retrouver le souffle des modèles datant des années 80-90 dans lesquels ils piochent allègrement, ne réussissant leur Last Witch Hunter à n’être comparé qu’aux plus récents mais bien plus ringards L’Apprenti Sorcier (2010) ou la saga Underworld (entamée en 2003). Peu flatteur.

Dénué de la moindre originalité, Le Dernier Chasseur de Sorcières n’est qu’une banale série B qui repose moins sur sa dimension fantastique que sur la glorification de la brutalité écervelée dont sa star, Vin Diesel, est devenue l’emblème hollywoodien. Un peu plus de rythme et d’originalité auraient fait de ce film un  divertissement susceptible de combler les amateurs de cinéma de genre les moins exigeants, mais leur absence transforme le visionnage de ce pop-corn movie très fade en une longue traversée du désert à peine digne d’un DTV.

Le dernier Chasseur de sorcières : Fiche Technique

Titre original : The Last Witch Hunter
Réalisation : Breck Eisner
Scénario : Cory Goodman, Matt Sazama, Burk Sharpless
Casting: Vin Diesel (Kaulder), Rose Leslie (Chloé), Elijah Wood (Dolan 36), Michael Caine (Dolan 35), Ólafur Darri Ólafsson (Belial), Julie Engelbrecht (La reine des sorcières), Isaach de Bankolé (Schlesinger)…
Décors : Julie Berghoff
Costumes : Luca Mosca
Montage : Chris Lebenzon, Dean Zimmerman
Musique : Steve Jablonsky
Production : Mark Canton, Bernie Goldmann, Vin Diesel
Sociétés de production : Atmosphere Entertainment MM LLC, Summit Entertainment
Sociétés de distribution : SND
Pays d’origine : États-Unis
Budget : 90 000 000$
Langue : Anglais
Durée :  107 minutes
Genre : Action, Fantastique
Dates de sortie : 28 octobre 2015

Lolo, un film de Julie Delpy : Critique

De retour derrière la caméra, l’actrice franco-américaine signe un retour aux sources existentielles qui l’habitent depuis ses débuts en 2002 avec Looking for Jimmy, mais surtout Two Days in… La quête de l’âme sœur. Sauf que Lolo ne s’apparente guère aux clichés de la comédie romantique, tout comme ces deux précédents opus de 48 heures à Paris et New-York. Ne mentionnons pas l’étonnante trilogie de Richard Linklater au risque d’un hors sujet.

Depuis que Julie Delpy est maman en 2009, une nouvelle thématique semble s’être niché au sein de sa plume. L’enfant est bien plus grand et Vincent Lacoste, déjà un ado nonchalant dans Le Skylab, endosse les traits de l’insupportable enfant roi atteint du syndrome d’Oedipe jusqu’à la moelle. Et l’attente de ne plus le retrouver dans un rôle stéréotypé se fait pressante du côté des spectateurs. Depuis Hippocrate de Thomas Lilti en 2014, il revient à de pas-si-vieilles habitudes pour un slip coloré. Les bouclettes parfaites, il est le personnage principal et central de cette comédie post-romantique rafraîchissante et détonante.

A trop couver l’œuf…

L’acteur a, chez Julie Delpy, une place importante. Et on salue Dany Boon dans un rôle à semi-contre-emploi (même si la première scène où on le voit, celle du thon, fait curieusement penser à la baraque à frites « Momo » de Bienvenu chez les Ch’tis) en beauf lover qui ne peut que plaire à tout le monde. On retrouve quelques guest qui font office de surprises pour arrondir les angles déjà cotonneux. Mais la véritable surprise est de l’ordre du dialogue. Écrit à quatre mains, Eugénie Grandval et Julie Delpy, le film propose de fortes répliques en passe de devenir cultes. Et c’est du côté de Karin Viard que viennent les zygomatiques. Elle ne nous aura pas fait autant rire depuis France Boutique de Tonie Marshall en 2003. Le rire est de bon ton et justifié. Ne manquant pas de rythme, Lolo a le charme d’un épisode de Joséphine Ange Gardien inédit, l’audace d’une dramédie girly et le lyrisme d’un christmas movie. N’y voyez aucune reproche ! Mais de cette fantaisie moralisatrice s’extirpe le principal défaut de ce film ice cream. Après le somptueux film historique, La Comtesse en 2009, Julie Delpy nous a prouvé qu’elle excellait dans un tout autre registre. Attirée par la formule américaine, l’actrice/réalisatrice (dont ne peut qu’admirer le talent, sans prétention) se laisse tenter par le gag empathique, le crescendo jusqu’à l’apothéose finale et de cette structure « bien trop vue » pour être singulière se dégage la plus dérangeante des sensations. Le film n’ennuie jamais, si ce n’est par Vincent Lacoste pour qui nous n’avons que la plus profonde indifférence. Lolo n’avait déjà rien d’exceptionnel sur papier ou en bande annonce, mais la mise en scène de Julie Delpy, toujours maîtrisée et sans accrocs, entre pétillances (à ne pas confondre avec pétulances) et personnages colorés, tire la banalité vers le haut. Aucunement mémorable, mais tendrement divertissant, Lolo amuse plus qu’il ne fait réfléchir, malgré la thématique principale du sur-maternalisme.

Entre Judd Appatow et Steve Carell, la féministe discrète au cœur d’artichaut Julie Delpy se glisse dans quelques abîmes prosaïques, sans jamais sortir vraisemblablement son épingle du jeu. Pourtant irrésistible, la quarantenaire au teint de porcelaine et au regard enfantin ne peut qu’attiser notre flamme. Elle brûlerait presque si le carton pâte et le fond vert ne venait pas assombrir le tableau d’une insipide trivialité. Déconnexion de neurones dans 1…2…3 (et c’est ce que la majorité des spectateurs attend en franchissant les portes des salles obscures. Grâce à Delpy, elles deviennent moins sombres, mais la bonne humeur n’aura duré qu’un peu plus d’une heure et demi)

Synopsis: En thalasso à Biarritz avec sa meilleure amie, Violette, quadra parisienne travaillant dans la mode, rencontre Jean-René, un modeste informaticien fraîchement divorcé. Après des années de solitude, elle se laisse séduire. Il la rejoint à Paris, tentant de s’adapter au microcosme parisien dans lequel elle évolue. Mais c’est sans compter sur la présence de Lolo, le fils chéri de Violette, prêt à tout pour détruire le couple naissant et conserver sa place de favori.

Fiche Technique: Lolo

Réalisateur: Julie Delpy
Scénario: Eugénie Grandval et Julie Delpy
Interprétations: Julie Delpy, Karin Viard, Vincent Lacoste, Dany Boon, Georges Corraface, Karl Lagerfeld, Frédéric Beigbeder, Elise Larnicol, Ramzy Bedia…
Décor : Emmanuelle Duplay
Photographie: Thierry Arbogast
Producteurs: Michael Gentile
Société de production: The Film, France 2 Cinéma, Mars Film, Tempête Sous un Crâne
Distribution: Mars Distribution
Genre: Comédie sentimentale et familiale
Durée: 99 minutes
Budget: NC
Date de sortie: 28 octobre 2015

Le rapprochement des cinémas politiques et de genre

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Deux films très différents, un même modèle à suivre?

Attention, dans le cadre de l’analyse, le troisième paragraphe contient des spoils des films Les Cowboys et Made In France!

Malgré certaines critiques acerbes qui déplorent le vide politique du cinéma français, cette année 2015 nous a apporté quelques preuves que certains de nos cinéastes hexagonaux sont encore animés d’une conscience collective et qu’elle leur sert de moteur de travail. Evidemment, la plupart des réalisations ayant pour problématique centrale une ou plusieurs questions de société prennent l’allure d’une chronique sociale aux tonalités mélodramatiques loin d’un réel militantisme. On pense notamment à La loi du Marché, qui a valu à Vincent Lindon le prix d’interprétation cannois, mais aussi à Une Enfance ou Fatima. Aussi bien filmés et interprétés qu’ils soient, ces vagues descendant du cinéma néoréaliste ne font finalement que dresser un constat, plus ou moins alarmiste mais invariablement moralisateur, de la situation socio-économique de notre pays depuis un prisme qu’il est impossible de nier : En l’occurrence, la précarité du marché du travail, la difficulté d’élever des enfants dans les milieux les plus pauvres et l’intégration laborieuse des immigrés. A cette approche que l’on pourrait juger démagogique, s’oppose la proposition faite par Jacques Audiard via son Dheepan (une expérimentation si audacieuse qu’elle lui valut une Palme d’Or et une myriade de contestations) qui consistait à partir de deux sujets d’actualité sensibles, l’immigration et l’insécurité dans les cités, pour en faire un mélange de genres – chose déjà mal vue en France – mais, pire encore, un récit fictionnel vide du moindre discours moralisateur. Autre tentative de déviation : celle de Diastème qui, en réalisant Un français, reprend les codes formels de la chronique sociale mais, à l’inverse des canons du style imposant un personnage attachant victimisé par la société, il a tenté d’imposer à ses spectateurs un point de vue sur la société antithétique du leur, celle d’un skinhead raciste. Peu de comédies auront cependant  réussi cette année à exploiter l’actualité, parmi elles, Discount et Je suis à vous tout de suite ont tenté, non sans maladresse de rire de la situation socio-écomique, mais jamais les thématiques du terrorisme ou de la politique étrangère n’ont été abordés, sans doute n’est-ce pas là dans la tradition française mais plutôt anglo-saxonne, mais l’absence de films de l’audace de We Are Four Lions (une satire au vitriol des coupables des attentas de Londres) est, dans notre pays, un cruel manque à gagner dans la lutte contre le piège de l’auto-censure qui, via les médias, nos esprits. En cette fin novembre toutefois, deux films offrent une approche encore différente, et pourtant loin d’être neuve : Celle de diffuser leur message par le biais du cinéma de genre. Deux films, qui initialement devaient sortir à une semaine d’écart, Made In France et Les Cowboys réussissent à aborder la question de l’embrigadement de jeunes français dans le djihad islamiste en empruntant la voie du thriller pour l’un, du western pour l’autre. Les événements tragiques du 13 novembre ayant rendu ce sujet inadapté à un quelconque divertissement, la sortie du premier des deux s’est vu décaler de deux mois. Preuve s’il en est que son approche du sujet a de quoi non seulement heurter mais aussi faire réfléchir un public français peu habitué à un cinéma à ce temps en accord avec l’actualité, aussi dramatique soit-elle.

 Le choix d’un genre plutôt qu’un autre parait donc, pour ces deux productions plus que pour d’autres, une question réellement délicate puisqu’elle allait déterminer la façon dont serait abordée la question de l’islamisation de la jeunesse. Dans le cas de Nicolas Boukhrief, son expérience en tant que réalisateur de films policiers (Cortex, Gardiens de l’Ordre…) semblait le destiner à aligner son film sur le schéma d’une enquête menée par des agents de la Sécurité Nationale avant ou après un attentat. Bien conscient que son plus gros succès public (et en particulier auprès des jeunes de banlieues, à qui il voulait délivrer son message car davantage concerné par le problème) est Le Convoyeur, il en a repris le système narratif du film d’infiltration afin de mieux observer ses personnages via le regard neutre d’un tiers. Son choix est clairement d’avoir mêlé suspense et observation sociologue objective. De son coté, quand Thomas Bidegain (par ailleurs scénariste attitré de Jacques Audiard, donc de Dheepan) décide de traiter du schisme idéologique entre occidentaux et musulmans radicaux, il opte pour un parallèle avec ce qui est sans doute l’opposition la plus manichéenne de l’histoire du cinéma, celle des cowboys et des indiens dans les westerns. Poussant son allégorie jusqu’à faire d’Alain, son personnage principal interprété par François Damiens, un homme bourru fasciné par la culture américaine au point de s’habiller en cowboys. Son film, consistant à suivre la quête de ce père raciste à la recherche de sa fille passée – volontairement – aux mains de l’ennemi, ne fait qu’emprunter le point de départ de La Prisonnière du Désert, il en copie également les codes formels, sur le plan technique d’abord avec l’usage d’optiques anamorphiques, et dans les paysages que le réalisateur a pris soin de composer, dans chaque plan, de plaines surmontées de montagnes à l’horizon. Tandis que le premier décide de nous immerger au cœur d’une cellule terroriste en pleine formation sans en condamner moralement les membres, le second reste donc en dehors de cette mécanique pour mieux la dénoncer, faisant de ces deux films deux pistes complémentaires pour survoler l’ensemble des tenants et aboutissants de l’embrigadement djihadiste.

Que nous apportent concrètement ces deux films dans leur volonté commune de nous éclairer sur le choix de jeunes français de se convertir à une vision radicale de l’islam ? Dans Made In France,  toute la dramaturgie s’axe autour de cinq jeunes hommes ayant entamé cette transition, chacun pour une raison qui lui est propre : l’enquête journalistique du personnage principal, l’instinct meurtrier de leur leader et le besoin de vengeance ou d’émancipation des autres, ce qui réussit à leur faire provoquer un sentiment différent chez le spectateur, qu’il s’agisse d’un profond dégoût ou de moqueries devant une naïveté accablante. A l’inverse, dans Les Cowboys, Kelly, la fille d’Alain disparue dès la scène d’ouverture, et Ahmed, son amant qui parvient à la manipuler et à l’éloigner de sa famille, sont les grands absents du scénario. Bien que le processus de conversion et du départ pour le Pakistan se fasse entièrement hors champ, il est aisé de comprendre que l’éducation qu’elle a reçu dans une famille vivant dans un décalage culturel et dans le fantasme des aventures du far-west saupoudré de rêve américain ait provoqué chez elle un sentiment de rejet lors de sa crise de l’adolescence, et fait naître en elle un désir de partir vivre ses propres aventures loin des siens. L’histoire de cette famille ayant perdu sa fille peut toutefois apparaître comme une métaphore de la France pour sa soumission, à la culture américaine pour le côté négatif, mais aussi, sous un angle plus optimiste, dans la façon dont, de générations en générations (grâce au récit du fils, véritable héros sur le long terme), la défiance raciale va s’estomper pour donner lieu à une parfaite mixité. Ce regard moralisateur ne s’éloigne finalement pas de celle de Made In France qui tente lui-aussi, à sa manière, de donner des motifs à ses personnages, sans moins les rendre d’autant plus pathétiques qu’ils ne sont dangereux. Le pire d’entre eux est incontestablement leur leader Hassan qui apparaît à la fin grotesque car enfermé dans ses mensonges et le voir mourir comme Tony Montana, qui représente pour lui « le démon capitaliste », rend caduque tout son discours de haine. Les deux films se rejoignent finalement, dans leur conclusion respective, sur une seule et unique certitude : celle que l’intégration dans la société occidentale d’un islam pieux et modéré est la meilleure arme comme l’émergence d’un islam djihadiste.

Plutôt que d’annoncer, dès le départ, leur message (comme a pu le faire Philippe Faucon avec son diptyque La désintégration / Fatima), et risquer de n’attirer que des spectateurs acquis à leur cause, Made In France et Les Cowboys proposent une approche toujours plus populaire que les films à charge : Celle du cinéma de genre. Leur succès fera-t-il d’eux un modèle pour ce cinéma français qui a de plus en plus de mal de diffuser la moindre idée ?

En Mai fais ce qu’il te plait, un film de Christian Carion : critique

Le 4ème long métrage du réalisateur Christian Carion En mai fais ce qu’il te plait  vient clore ce qui pourrait être un triptyque sur les grands conflits du XXème siècle ; 10 ans après Joyeux Noel, 6 ans après L’affaire Farewell, le cinéaste s’attaque à la seconde guerre mondiale.

Le champs des partisans

Coincée dans le temps comme étant la conséquence de la WW1 et une des causes de la guerre froide, la plus grande boucherie de l’histoire bénéficie d’un traitement de faveur par le cinéma historique. Entre Clint Eastwood et Steven Spielberg, les plus grands s’y sont frottés, souvent avec succès, 39/45 en est presque devenu un genre à part entière, faisant de lui un sujet redondant du cinéma international (Le fils de Saul primé à Cannes cette année), mais entre la Shoah, le D Day et Pearl Harbour, les monuments de la mémoire commune ne laissent que peu de place au paysan et à la fermière en fuite.

Le cinéaste français sort ici des sentiers battus par le déjà-vu, tout en installant son récit sur des chemins de terre. En effet le film revêt les haillons d’un Road Movie bocager et emprunte au Survival ; puisqu’il faut le dire, être un civil sur la route en mai 40 c’était être au cœur de la bataille. Et alors que la Blitzkrieg perce de toutes parts les défenses françaises, le réseau routier est pris d’assaut par les populations du nord. Le cinéaste nous raconte que sa mère était parmi ces gens, dans une de ses longues caravanes qui tapissaient les champs. A mi-chemin entre le cortège pionnier que l’on pouvait croiser dans le Far West, et le flux de réfugiés que l’on force à fuir leur sédentarité et que l’on croise aujourd’hui à l’Est de l’Europe. Une histoire forcément intime donc, un projet dont la maturation a pris du temps et qui fleurit dans un climat où l’histoire se répète. Evidemment la coïncidence est fortuite, l’envie de porter cette histoire à l’écran vient d’ailleurs et semble profondément enracinée dans l’histoire familiale du réalisateur. Christian Carion nous raconte simplement un passé oublié qui a pourtant concerné 8 millions de français à l’époque, un passé « pas glorieux » dans lequel les héroïsmes ne se mesurent pas en balles tirées mais en mètres marchés. Une intention louable qui mène à un film utile. Pour se faire, le cinéaste forme une équipe assez hétéroclite, en réunissant Olivier Gourmet, maire d’un petit village qui s’improvise chef de file et garant de la République, Matthew Rhys, l’acteur génial de The Americans en soldat écossais seul survivant de son escouade, ou encore Laurent Gerra en franchouillard débonnaire plutôt convaincant. A leurs côtés, Mathilde Seigner, ainsi que le nouveau minois du cinéma français, Alice Isaaz. En mai, fais ce qu’il te plait prend la forme d’un film choral, un mécanisme qui renforce l’aspect collectif de l’histoire, où les individualités s’effacent face au danger. En construisant une fiction entre intrigues amoureuses, familiales, et militaires Carion trace des destins simples et dignes qui font tout pour ne pas être emportés par la République qui s’effondre et le Reich qui fond sur eux.  Une manière très romancée de déguiser l’histoire pour ne pas imposer une leçon, quitte à flirter avec le mélo. L’axe principal du récit s’ancre autour d’un réfugié allemand qui cherche à retrouver son fils, celui s’étant enfui avec le village guidé par Olivier Gourmet.

Dans une époque soigneusement reconstituée, Carion et ses producteurs n’ont pas lésiné sur les moyens, avec des scènes très réussies de confrontation entre l’aviation et la division Panzer allemande. Une mise en scène qui participe à la qualité de l’histoire contée, même si elle s’enferme dans une simplicité revendiquée. Un cinéma qui tire la larme et qui hérisse les poils, qui devrait trouver son audience dans les salles. Et malgré des dialogues un peu hésitants, et une musique assommante signée par la légende Ennio Morricone. Carion signe un bon film, un peu trop consensuel, un peu trop convenu. On lui soulignera deux atouts non négligeables : le traitement nécessaire de la propagande de guerre avec un réalisateur allemand mandaté par Goebbels dont l’interprétation diabolique et charismatique enrage quelque peu le récit ; ainsi que l’aspect communautaire du conflit, à contre courant d’un regard franco français parfois malsain, avec la présence des colonies ou de la résistance allemande.

Après 6 ans d’absence, Christian Carion signe un film quelquefois inégal mais jamais dénué d’intérêt et qui offre ses moments poignants. Mais à force d’agiter ses oriflammes humanistes, c’est la fougue qui vient à manquer. On regrettera la sagesse de la mise en scène et un démarrage un peu lent qui freinent un film qui a le mérite de mettre en lumière une page qui n’a jamais été écrite dans les manuels d’histoire.

Synopsis : En mai 1940, plusieurs millions de personnes quittent le nord de la France afin d’échapper à l’invasion allemande. Parmi eux, un Allemand ayant fui son pays part à la recherche de son fils, qui a pris la route aux côtés d’un groupe de fermiers.

En Mai fais ce qu’il te plait: Fiche technique

Réalisateur: Christian Carion
Scénario: Andrew Bampfield, Christian Carion, Laure Irrmann
Interprétations: Olivier Gourmet, Matthew Rhys, Mathilde Seigner, Alice Isaaz, Joshio Marlon, Laurent Gerra
Costumes: Sandrine Langen
Musique: Ennio Morricone
Photographie: Pierre Cottereau
Producteurs: Philip Boëlffard, Christophe Rossignon
Société de production: Pathé, Nord Ouest film
Distribution: Pathé Distribution
Genre: Historique, Drame, Guerre
Durée: 114 minutes
Budget: 15, 2 millions euros
Date de sortie: 4 novembre 2015

 

News: Mise en ligne du programme du PIFFF

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Paris International Fantastic Film Festival (PIFFF) 5ème édition: Le programme

En quatre ans le Paris International Fantastic Film Festival, mis en place par l’association Paris Ciné Fantastique et chaperonné par le magazine Mad Movies et la chaîné Ciné+ Frisson, est devenu le lieu de rendez-vous indispensable aux amateurs de cinéma fantastiques vivants à Paris et à sa proximité. La cinquième édition ne se déroulera pas, comme les quatre années précédentes, au Gaumont Opéra mais aura lieu au Grand Rex, connu pour son écran extra-large, un des plus grands d’Europe.

Si les dates de l’évènement étaient connues depuis longtemps (du 17 au 22 novembre) et que les titres de certains films tombaient au compte-goutte depuis cet été sur son site, il aura fallu attendre ce lundi 26 octobre pour qu’un programme soit officiellement mis en ligne.

On avait appris, quelques jours plus tôt, que le jury serait cette année composé de cinq artistes qui se sont fait connaitre sur des supports différents mais partageant un même gout pour les films loin des normes : La réalisatrice et scénariste Joyce A. Nashawati (dont le premier long-métrage appartient d’ailleurs à la selection), Run (l’auteur de la BD Mutafukaz), le rappeur Seth Gueko et le couple de réalisateurs de clips Fleur & Manu. Sur la vingtaine de films qui seront diffusés pendant ces cinq jours, huit d’entre eux vont donc concourir à l’obtention des trois prix annuels : L’œil d’or, le prix du jury et le prix Ciné+ Frisson. Parmi les prétendants inédits, on constate que le pays le plus prolifique est la France avec pas moins de trois coproductions pour seulement deux américaines. Mais les jurés auront également à choisir leur courts-métrage préféré parmi deux panels , l’un français, et l’autre international.

Comme le veut la tradition, le festival va débuter et se clôturer sur deux films (hors-compétition) très attendus : Scream Girl, déjà présenter comme étant, au genre du slasher, ce que Last Action Hero fut aux films d’action, soit une mise en abyme métafilmique, et Green Room, un thriller ultra-violent opposant une bande de skinheads et un groupe de punks. Parmi les autres films hors-compétition, on peut remarquer que seront, cette année, diffuser deux documentaires sur le cinéma: le premier consacré aux nouveaux maîtres des effets spéciaux, signé par le réalisateur de Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux ; le second à Guy Maddin, le cinéaste expérimental canadien.

Les programmateurs du PIFFF étant de grands amateurs du lien entre pop culture et fantastique dans le cinéma japonais, c’est cette fois-ci, à défaut d’un nouveau Takeshi Miike ou Hitoshi Matsumoto (deux cinéaste de l’extrême auxquels le Festival nous a habitués), c’est le dernier film de Sono Sion qui sera proposé. Mais il ne s’agit pas là de l’unique production nipponne puisque le fameuse « Nuit du PIFFF » (dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22 novembre) sera consacré à la japonimation et inclura l’avant-première du Garçon et La Bête, le nouveau film de Mamoru Hosoda.

Autres rendez-vous toujours très attendus par les fans : Les séances cultes. Et cette  année encore, ce sera l’occasion de redécouvrir, sur  (super)grand-écran et en copies restaurées, quatre films signés d’autant de grands maîtres du genre: Darkman de Sam Raimi, Incidents de Parcours de George A. Romero, The Thing de John Carpenter et L’Enfant miroir de Philip Ridley. Et ce, sans oublier une « séance interdite », qui nous permettra de découvrir une première réalisation trash d’un néo-zélandais qui semble dans le même délire déjanté que son mentor Peter Jackson.

Cinq jours de rencontres et de découvertes immanquables pour tous les passionnés de surnaturel, de science-fiction, d’horreur et de post-apocalyptique, dont nos rédacteurs ne manqueront pas de vous donner des nouvelles en direct.

Olga Kurylenko: Interview pour le film Code Momentum

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Interview Olga Kurylenko

interview-actrice-Olga-Kurylenko-cineseriesmagA l’occasion de la sortie en E-Cinéma de Code Momentum, premier film de Stephen Campanelli (cadreur habitué de Clint Eastwood), nous avons pu rencontrer son actrice principale, Olga Kurylenko dans le chaleureux cadre du Park Hyatt Vendome, à Paris. L’occasion rêvée pour revenir sur le film voyant l’actrice incarner une braqueuse impliquée dans un casse qui tourne mal, tout comme sur sa carrière, l’ayant vu enchaîner un James Bond (Quantum of Solace), un film tourné sous la houlette de Terrence Malick (A la Merveille) et pléthore d’adaptations de franchises vidéoludiques (Hitman et Max Payne). Mais celle qui déplore de n’avoir pu s’adonner jusque alors à la comédie dans sa carrière est aussi une actrice très plaisante, qui répond de manière sincère et enjouée aux questions.

Code Momentum est le premier film de Stephen Campanelli, jusque alors cadreur habitué de Clint Eastwood. Est-ce que son passif et sa carrière a joué dans votre décision d’accepter le projet ? D’ailleurs, comment ce rôle vous a-il été proposé ?

  • Olga Kurylenko: Oui bien sûr c’est important. J’adore les films de Clint Eastwood comme à peu près tout le monde, vous me direz. Savoir que c’est Stephen qui a tourné la plupart des  films d’Eastwood est forcément un gage de qualité. Mais je connaissais déjà Stephen de 7 Psychopathes (ndlr : film de Martin McDonagh sorti en 2012 avec Colin Farell, Sam Rockwell et Christopher Walken). Je l’ai rencontré sur le tournage du film. Il m’a dit que plus tard il allait faire son premier long-métrage et m’a donc proposé le rôle, ce qui m’a forcément touché parce que c’est son premier film et parce que c’est un gros rôle. J’ai dit oui donc, et vu la sympathie dégagée sur le tournage, j’ai su que j’avais fait le bon choix. Il est très drôle, il a un grand cœur, il traite les gens bien, il est simple, et il n’est pas snob.

Code Momentum est aussi un film ou vous donnez de votre personne. Combat rapprochés, maniement d’armes à feux, conduite, est-ce que vous avez suivi un entrainement particulier ?

  • Olga Kurylenko: Je viens un petit peu préparée quand même depuis James Bond (ndlr : Quantum of Solace) parce que j’ai eu des bases. C’est vrai qu’avec chaque film, j’apprends plus et c’est des choses qui restent. Mais c’est sûr qu’avant de commencer un film d’action, il faut se replonger dans l’entrainement. Surtout que je ne le fais pas dans ma vie de tous les jours.  Je ne suis pas très sportive. J’ai fait de la danse quand j’étais jeune, donc c’est la seule base sportive que j’ai mais je ne le fais pas tous les jours. Donc c’est vrai que mon corps subit un choc à chaque fois. Les premières semaines sont difficiles et ensuite je rentre dans le rythme. Mais là, c’était intense. Je peux le comparer à l’entrainement pour James Bond en termes d’intensité. Mais là c’était différent puisque j’avais le premier rôle.  

Comment s’est passé le tournage en Afrique du Sud ? Au niveau des cascades, il semblerait que vous ayez tout effectué vous-même. Vous confirmez ?

  • Olga Kurylenko: Ah c’est toujours le but. J’adore faire les films d’action pour ça car c’est moi qui fait tout. C’est gratifiant de pouvoir se dire : j’ai réussi à faire ça. Ça prend un certain temps à apprendre mais je prends un immense plaisir à faire ça. Le tournage en Afrique du Sud était génial. L’équipe était cool, Stephen est une personne très sympathique par rapport à cette compréhension. On a beaucoup rigolé. Je pense d’ailleurs que c’est le tournage ou j’ai le plus rigolé. Et James (ndlr : Purefoy, qui joue l’autre personne principal), est un super acteur, il donne beaucoup. Comme endroit je pense que c’était parfait. Et puis quand j’avais des moments libres, j’ai grimpé des montagnes, je faisais des safaris.

Le film se termine par une fin ouverte : une suite est-elle prévue ?

  • Olga Kurylenko : C’est fini avec cette possibilité. Ça pourrait continuer oui mais ça dépendra évidemment du succès rencontré par le film.

Par rapport à James Bond dont vous parliez tout à l’heure, quel est votre regard sur le rôle que vous avez apporté à la franchise ? Et qu’avez-vous gardé du tournage de toute cette aventure ?

  • Olga Kurylenko : J’ai une bonne mémoire mais ce que je garde, c’est qu’ils m’ont beaucoup appris. C’était le début ma carrière. Tout était impressionnant. Je voulais bien faire car il y avait Daniel Craig. J’étais contente car le personnage était très différent de la figure habituelle de la saga, car très actif. J’étais très impliqué dans les scènes d’actions pas comme les James Bond girl qui paradent en tenue de soirée donc j’étais contente de changer ça.

On vous voit souvent dans les films d’actions. Voudriez-vous vous essayer à d’autres genres ?

  • Olga Kurylenko : Mais j’ai fait d’autres genres. Du drame avec Malick notamment et tout ça. J’aimerais bien faire de la comédie. J’ai bien fait ça sur les 7 Psychopathes, mais le rôle était petit. Les bonnes comédies j’adore.

En parlant de genres, vous avez tourné avec Joseph Kosinski (Oblivion), avec Russel Crowe (La Promesse d’une Vie), Terrence Malick (A la Merveille) mais y’a-t-il des réalisateurs spécifiques pour lesquels vous aimeriez tourner ?

  • Olga Kurylenko : Oui il y a toujours des réalisateurs que j’adore. Il y en a tellement de bons. Puisqu’on parle des comédies, Woody Allen, j’adore ce qu’il fait. Mais j’aime beaucoup Lars Von Trier, Michael Haneke, David Cronenberg, Martin Scorsese et Sam Mendes. J’adore les films de Sam Mendes.

Ce n’était pas loin.

  • Olga Kurylenko : Ah je me suis trompé de James Bond (en riant)

Vous pouvez demander à Daniel Craig de vous renvoyer l’ascenseur.

  • Olga Kurylenko : N’empêche, mon personnage n’est pas mort donc on peut espérer un retour.

En parlant de James Bond Girl, quelle est votre opinion sur la place de la femme à Hollywood ?

  • Olga Kurylenko : On me pose beaucoup cette question aujourd’hui. A Londres, on ne la pose pas beaucoup, mais ici en France ça n’arrête pas. Il doit y avoir quelque chose en France. Pourquoi ce genre de questions ? On commence à avoir de plus en plus de rôles intéressants chez les femmes. Après, c’est difficile car il y a plus de rôles, des bons rôles ou des rôles principaux pour les hommes, mais ça bouge pour les femmes. Ça ne peut pas bouger du jour au lendemain. 

Léa Seydoux, elle aussi James Bond girl, que l’on retrouvera dans Spectre, a récemment dit préférer jouer en langue anglaise. Est-ce, au vu de votre carrière résolument internationale, votre cas aussi ?

  • Olga Kurylenko : En fait je ne sais pas. Moi, je préfère (ne le dites pas aux anglais) la langue française en générale. Je trouve que c’est une langue plus poétique. La langue est plus belle. J’ai fait plus de films en anglais c’est sûr. Mais peut-être que je préfère tourner en français, car ça me manque et que c’est plus facile pour moi au niveau de la prononciation. Je ne vis plus en France donc j’ai perdu un peu mon français, mais à chaque fois que je reviens, je reprends l’habitude.

En parlant d’expérience, vous avez travaillé avec Terrence Malick sur A la Merveille. On dit souvent que les tournages avec lui sont compliqués, qu’il tourne beaucoup de scènes et qu’au montage, on ne se retrouve pas énormément. Qu’est-ce que vous gardez de ce tournage ?

  • Olga Kurylenko : Moi j’ai de la chance, il ne m’a pas coupé (rires) par rapport à tous les autres. Je me suis dit : waouh mais je suis là ! Donc je n’ai pas à me plaindre. J’ai tourné 10 fois plus que ce l’on en voit à l’écran. Il en a tourné de quoi faire 10 films. Il a tellement de matériel, c’est fou comment il transforme tout ça au montage. Le tournage a duré 2 mois mais il tourne tout le temps. En une journée, il n’y jamais de pauses. C’était intense. Le souvenir est super. J’ai entendu dire que des acteurs trouvaient ca difficile, mais moi ça me va cette manière de travailler. On ne sait pas ce que l’on va faire dès que l’on arrive sur le plateau. Parfois, il nous donnait des pages le matin-même donc on n’a pas le temps de se préparer ou trop réfléchir. Ça m’intriguait de ne pas savoir. Ça ne me faisait pas peur, mais ça m’excitait bien au contraire. J’aime me jeter dans quelque chose ou je ne suis pas trop sûr. Avec lui, je n’avais pas peur de faire des erreurs. Il m’a donné la confiance en moi, alors qu’on ne l’a pas toujours sur le tournage. Ca dépend du réalisateur.

Le film Momentum, sort en E-Cinéma. Que pensez-vous de cette alternative ?

  • Olga Kurylenko : C’est la frontière entre le cinéma et la télévision qui s’efface. De toute façon, avec tout le matériel qu’on a aujourd’hui, avec un bon écran et un bon son, il n’y a presque plus de différence. Ça ne fait rien. Finalement, si on peut avoir ça au cinéma, c’est encore mieux.

Un grand merci à l’agence ayant pu organiser cette rencontre et en espérant la retrouver très rapidement pour d’autres interviews aussi alléchantes et riches sur le plan humain.