Cinéséries-Mag revient sur les actualités les plus marquantes de cette semaine cinéma du 30 octobre au 7 novembre :
Retour sur les news du cinéma et des séries télé de cette semaine marquée par un bon nombre de bandes-annonces notamment celle du prochain et très attendu Warcraft. Cinéséries-Mag vous en donne ici un bref aperçu. Bon visionnage !
✨Norman Reedus se lance dans un docu-série à moto : Ride With Norman
Le chouchou de la série The Walking Dead a été recruté par Joel Stillerman pour la chaîne AMC. Le directeur des programmes présente cette série comme « Une incroyable virée dans l’univers de la moto et des gens qui vivent et respirent pour cette passion. » A n’en pas douter, un rôle sur mesure pour Daryl qui nous conduira sur les routes des Etats-Unis pour visiter les villes, les bars et les salons de tatouage !
✨Actualités série : la nouvelle Bande-annonce de Lucifer
✨Actualités cinéma : le nouveau trailer de Chiraq de Spike Lee
Alors que le tournage a débuté et avec lui la polémique autour du titre « Chiraq », contraction de «Chicago» et d’«Iraq» en référence à une zone dangereuse de la ville, Spike Lee nous dévoile un trailer plutôt provoquant :
✨Actualités cinéma : La Bande-annonce officielle de Warcraft : le commencement
Présenté lors de la conférence d’ouverture de la Blizzcon, cette bande-annonce révèle un affrontement entre les Humains et les Orcs !
Très attendu puisque le film de Duncan Jones a été tourné en 2014, Warcraft : le commencement s’inspire du premier jeu sorti en 1994.
✨Actualités cinéma : The Girl on The Train
Tiré du Best-seller de Paula HawkinsThe Girl on The Train est en cours d’adaptation pour le cinéma sous la plume d’Erin Cressida Wilson, scénariste de Men, Women & Children. L’assistant du réalisateur, Tate Taylor, prendra en charge le mystère, qui tourne autour de Rachel (Emily Blunt), une femme brisé par son divorce et par l’alcool mais surtout obsédée par un couple qu’elle aperçoit chaque jour sur son trajet en train.
Réalisé par Shane Carruth (Primer) The Modern Ocean est un film d’aventure qui raconte les rivalités d’un groupe de personnes sur les routes maritimes. Pour incarner ces navigateurs, la production a choisi un casting de compétition : Anne Hathaway, Keanu Reeves, Daniel Radcliffe, Chloe Grace Moretz, Jeff Goldblum et Abraham Attah de Beasts of No Nation.
Au programme de cette deuxième journée de festival : trois films et deux rencontres : Cyril Dion ; Olivier Loustau et Meriem Serbah – que vous pouvez voir ci-dessus en photo de couverture. Il est onze heures, c’est parti pour…
Demain, Cyril Dion et Mélanie Laurent, Documentaire, Durée : 1h58, Sortie programmée le 2 Décembre 2015.
2,5 / 5
Le film commence sur les prévisions apocalyptiques émises par un rapport scientifique dans la revue « Nature » en 2012 à propos de l’avenir de l’humanité. Que faire face à notre fin que nous nous acharnons à perfectionner ?, peut-on entendre chez l’un des intervenants.
Demain cherche à dresser de possibles solutions, à trouver des voies alternatives aux chemins gangrénés par le capitalisme et ses conséquences : le consumérisme extrême, la pollution (sous toutes ses formes), l’économie instable… Si l’intention de départ est positive, en quoi le film apporte plus que la majorité des philosophes et penseurs, notamment audiovisuels ?
Eh bien rien, car la majorité des solutions présentées dans le film relativement sont connues. Bien sûr, de manière générale, on est beaucoup moins approché directement par ce type d’image, mais Arte m’avait déjà exposé de nombreux points, soit dans des documentaires propres à certains pays, soit à travers des films centrés sur des points précis comme l’économie et ses causes et effets. Toutefois, relativisons, car le « grand public » ne va peut-être pas chercher ses images ou ne tombe pas toujours dessus. Mais la vraie question est : les regardera-t-il ?
Dans le point presse avec le co-réalisateur Cyril Dion, l’échange a beaucoup porté sur le caractère didactique du film. Le film l’est, il fait tout pour nous en dire beaucoup tout en facilitant sa compréhension, notamment à l’aide d’un chapitrage, mais aussi de l’humour. Car le film a un véritable recul humoristique que n’a pas Yann-Arthus Bertrand dans Home (2009) ou Human(2015) par exemple. Cela permet d’aborder avec une plus grande facilité tous les propos du film, et participe à un autre travail des réalisateurs : la représentation concrète des solutions.
En effet, le film ne nous accable pas – même si son introduction est digne d’un film post-apocalyptique ou apocalyptique, à tel point que votre serviteur, ne sachant rien du film, a cru que c’était un film de ce genre, il commence sur le discours de la nécessité de changer radicalement nos fonctionnements et habitudes dans les vingt prochaines année afin d’éviter l’extinction ou du moins d’importantes pertes humaines. Au contraire, Demain stimule la créativité qui est en nous en nous faisant converser avec des personnalités héroïques du quotidien, on peut penser à l’un des intervenants qui nous expliquait qu’il était un vrai cancre, un « bon-à-rien » avec ses copains en sortant du lycée, et on le voit ici « leader » d’un mouvement écologique – à comprendre comme pro-écosystème et non dans la signifiance politique qu’il pourrait avoir.
Demain traite de tout cet ensemble en l’explorant par la découverte d’intervenants du milieu et la prise de connaissances de données. Tout se rencontre : économie, agriculture, éducation, politique, etc, parce-que tout est lié, interconnecté. Ce lien profond porte un nom, l’écosystème. Et c’est là que les propos perdent en force. Là, dans la narration du film, précisément à cause du chapitrage, qui cadre ce qui ne peut être cadré, qui tend à couper tous ces liens par sa nature même de chapitre. Ainsi on a : agriculture, éducation, politique, économie… La forme trahit ainsi quelque peu le fond. Mais rassurez-vous, des réponses ont été apportées lors de la rencontre avec le réalisateur. En effet, il explique que les chapitres permettent au film de réguler tout ce flux d’informations, de l’organiser un minimum pour que les spectateurs ne soient pas perdus. Cette idée formelle est donc à visée éducative, didactique, mais ne pourrait-on pas y voir un manque de confiance des spectateurs ? N’aurait-on pas pu avoir juste une pause, un mini-entracte entre chaque partie plutôt qu’un véritable chapitrage ? Car pour ma part, ce dernier était perturbant, mettait à mal cette logique et cette force du vivant et toute sa complexité que les deux réalisateurs Cyril Dion et Mélanie Laurent ont réussi à dépeindre.
La musique indie et pop, employée pour ses messages rentrant en résonnance avec les propos et images du film – par exemple : « What do you do ? » sur des images d’industrie surpuissante – tiennent à neutraliser le film, tant ils appuient tout ce qui est dit, plutôt que de rythmer. Il y a un aspect artificiel dans l’utilisation globale des musiques dans Demain, mais pour les moins anglophones, le rythme et la positivité des musiques seront les points retenus. La musique indie pop sera associée à des images clichés de la « beauté du monde », de ses paysages incroyables, au ciel, etc. D’ailleurs nous avons appris que certains des plans du film sont des images de Yann-Arthus Bertrand recyclées. Des visuels dont on pourrait questionner la légitimité écologique puis, ces images « impossibles » à filmer à pied qui ont été prises du ciel, à bord d’hélicoptères ou d’avions, dans le but de montrer la beauté de la Terre et servir un discours d’anti-pollution. Logique n’est-ce pas ?
Ces images impossibles apportent une véritable artificialité au film consacré aux humains et à leurs actions très concrètes. Enfin, on a parfois des discours surdidactiques, on pourrait même dire dogmatiques. En effet, on peut entendre de la part d’un des intervenants dans le film que les hommes ont su – notamment via le cinéma pleinement pointé du doigt – imaginer brillamment leurs possibles fins, à cause de guerres nucléaires, zombies, aliens, entre autres et qu’ils n’ont jamais cherché des solutions à ces problèmes, jamais cherché à les empêcher. Alors tout de suite, Demain semble s’être fait une autopromotion. Ainsi Kyle Reese, Sarah Connor et plus tard son fils John n’auraient jamais cherché à empêcher l’avènement de Skynet, de sa guerre nucléaire contre l’humanité dans Terminator (1985) et Terminator II Judgement Day (1991). Aussi Klaatu n’aurait jamais mis en garde l’humanité contre ses voies autodestructrices dans The Day the Earth Stood Still (1951) de Robert Wise. Et le récent Tomorrowland (2015) de Brad Bird – dans lequel les héros arrivent à mettre en place un système pour sauver la Terre et l’Humanité de son autodestruction via les massacres écologiques entre autres – n’a probablement jamais existé. Mais rassurez-vous Demain est là pour nous montrer la Voie – en exposant de nombreux chemins adaptés à chacun d’entre vous, expliquait Cyril Dion à la rencontre.
Face à ces constats relativement positifs et négatifs, on est en droit de se poser cette question : les propos importants du film, notamment émis par tous ces héros de Gaïa… Auront-ils un écho ? On sait que des politiques ont pu voir le film et que d’autres le verront, y-aura-t-il aussi un mouvement de leur part grâce à Demain ?
Après un « selfie râté » avec l’homme le plus bronzé de France, Bernard Montiel, rencontré dans les rues d’Arras, place à Casanova ’70 et Le Cercle Rouge : projections particulières.
Revenons ensuite rapidement sur les projections des films « âgés » : Casanova ’70 réalisé par Mario Monicelli en 1965 avec Marcello Mastroianni et Michèle Mercier, vu dans l’après-midi ; et Le Cercle Rouge, réalisé par Jean-Pierre Melville en 1970, avec Alain Delon et André Bourvil, projeté au soir à 21h30. Il s’agit ici véritablement de revenir sur les projections et non sur les films, déjà énormément discutés, écrits, qui ont su traverser l’histoire du cinéma et qui mériteraient un texte beaucoup trop dense pour ces débriefings et critiques quotidiennes. Dans tous les cas, on vous les conseille, car le rire Italien– la comédie à l’italienne notamment connue pour Mariage à l’Italienne (1964) et Hier, aujourd’hui et demain (1963) de Vittorio De Sica – est une perle à (re)découvrir, et parce que Melville, l’un des meilleurs cinéastes du monde – à qui l’on doit notamment Le Samouraï (1967) et l’Armée des Ombres (1969) – devrait être vécu au moins une fois dans sa vie. « Vécu » car si c’est une expérience de cinéma, c’en est une qui va au-delà de l’art, et plus profondément en nous. Et puis, rien que pour s’amuser avec le beau Marcello Mastroianni et s’émouvoir face à la prestation unique d’André Bourvil – Raimbourg de son vrai nom – en commissaire Mattéi et à celle formidable d’Yves Montand en flic déchu en proie à l’alcoolisme, il faut aller voir ces films.
https://www.youtube.com/watch?v=-nEJW0u72Bs
L’image du premier était relativement floue, très peu nette, pendant tout le film. Pourquoi ? Parce-que le film a été projeté non pas en format cinéma, numérique DCP ou 35 mm pellicule, comme on est en droit de s’attendre d’un cinéma – et d’un festival aussi important –, mais avec un support vidéo, le DVD. On aurait pu croire le film très abîmé, mais le générique étant passé au début, la fin fut rapide et alors sans défilé de casting et des noms de l’équipe, et on arriva directement au menu du DVD, avec le choix entre le film, les chapitres, et les versions. Dommage pour un film si beau, coloré, empli de folies visuelles (le générique est un objet filmique en soi). Aussi il me semble que cela aurait du être stipulé explicitement. Car après tout, regarder un DVD chez soi sur un écran du quotidien est beaucoup plus adapté techniquement (d’un point de vue visuel surtout) que de le lire au cinéma – d’ailleurs le support a beugué un bref instant pendant le film. Certes l’expérience collective emplie de rires aurait manqué, mais les spectateurs sont en droit de savoir ce qu’ils voient, de connaître le statut des images qu’ils regardent. Une bonne édition Blu-ray aurait très bien fait l’affaire, cependant le seul Blu-ray édité du film n’a pas de sous-titres français.
Concernant la projection du Cercle Rouge, projeté en format cinéma avec une image restaurée formidable, j’en retiendrai non pas les quelques spectateurs perturbateurs (discutant, racontant le film pendant le visionnage, ouvrant leur portable, ne cessant de commenter et d’enter et de sortir de la salle) mais un problème inhérent à la salle n°3 : l’un des éclairages de sortie de secours. Mal situé, il a laissé une empreinte lumineuse très visible pendant une bonne partie du film qui, il faut le rappeler, est un filmnoir, avec beaucoup de scènes nocturnes et d’images de silhouettes se déplaçant dans la pénombre. Il faut toutefois relativiser, malgré ces quelques « défauts », la séance fut excellente, et revoir Melville au cinéma, une expérience puissante.
https://www.youtube.com/watch?v=fAWnRWlhhRA
POINT PRESSE – rencontre avec Cyril Dion, co-réalisateur de Demain
19h00 : c’est l’heure du point presse en compagnie du co-réalisateur de Demain, projeté au matin.
Sur l’idée de statut de Demain, film documentaire, documentaire et film
Cyril Dion explique qu’il s’agissait pour eux de raconter une histoire et de montrer les héros des temps modernes.
Pour le film, l’idée était aussi d’avoir « la forme la plus enthousiasmante », certes, c’est un documentaire, mais avec un soin précis apporté à la mise en scène, explique-t-il. D’ailleurs il a travaillé sur ce film avec une équipe composée de professionnels de fiction.
Sur ses influences
Il a créé une ONG, Colibri, et travaille dans ce secteur depuis huit ans. Il connaissait donc les initiatives présentées dans le film.
Sur les contraintes
Le Kiss Kiss Bank Bank, site de financement participatif, a été une épreuve assez stressante car s’ils n’obtenaient pas la somme demandée, ils n’obtenaient rien. Il explique d’ailleurs que Mélanie Laurent hésitait à s’associer au projet de peur des moqueries et critiques à son égard. La seule vraie contrainte qu’ils ont eu est le fait qu’ils ont dû tourner à l’été 2014.
Question de votre serviteur, sur le chapitrage du film
Ils ont fait ce choix pour une ouverture pédagogique. Le film étant dense, il s’agissait de baliser les propos, d’avoir des points d’appui, de peur que le public soit perdu.
Deuxième question : « ne pourrait-on pas dire que c’est un film-manifeste ? »
Cyril Dion acquiesce et explique que c’est un film qui encourage à l’action, la coopération, que l’humain est capable d’exploits grandioses, mais que si on ne change pas radicalement nos habitudes d’ici vingt ans, l’humanité connaitra des bouleversements malheureux.
Troisième question : « votre film place le spectateur dans une toute autre position que les autres films « écologiques ». Il n’est pas accusé, agressé, moralisé… Vous ne lui montrez pas juste des images formidables du monde en lui expliquant que celui-ci est beau mais qu’il le tue, pour le laisser sans solutions, comme dans les films de Yann-Arthus Bertrand. »
Il commence par défendre quelque peu le réalisateur cité en disant qu’il leur a donné des images qu’ils ont alors « recyclées » dit-il en souriant. Il continue en expliquant qu’il ne faut pas laisser les gens face au constat, mais leur montrer des actions concrètes, leur montrer qu’il y a des solutions pour tout le monde.
Sur la peur du dogmatisme du film
Non répond-il, car ils ont tenu au parti-pris qui consiste à filmer des gens. On ne montre pas une vérité, mais tous les possibles. Lui et Mélanie Laurent se mettent un peu en avant pour que les spectateurs s’identifient à eux, mais en recul complet par rapport à tous ces propos importants.
Ci-dessous, la présentation de l’action Demain, et un teaser :
INTERVIEW – Olivier Loustau et Meriem Serbah du film La Fille du Patron diffusé dès le vendredi 6 novembre au Arras Film Festival, et dont la sortie est prévue le 6 Janvier 2016.
Il est 19h35, l’interview commence. Meriem Serbah incarne la femme du meilleur ami de Vital, personnage principal, interprété par Olivier Loustau, aussi réalisateur du film.
« En voyant le film, je n’ai pu m’empêcher de penser à Cassavetes. Au fûr et à mesure que les personnages se libèrent de leurs carcans sociaux, professionnels, familiaux, les corps tendent à se libérer du cadre, à progresser dans le champ et le hors-champ librement. Qu’en pensez-vous ? »
Olivier Loustau explique que Cassavetes est un cinéaste qui l’inspire mais qu’il n’a pas pensé à lui dans la conception du film, et en le voyant. Mais il a bien sûr travaillé le corps et sa représentation en amont avec sa directrice artistique et son chef-opérateur. Il a toujours été intéressé par l’idée de travailler sur les gestes dans les usines, notamment d’un point de vue du rapport de l’homme à la machine, mais aussi réfléchir les gestes libérés, dans un espace libéré. Ou encore, travailler le corps collectif, qui soutient, à travers le rugby, important dans le film.
« On peut lire partout que votre film est considéré comme une comédie dramatique, si on part de là, La Fille du Patron défait énormément des codes. Le personnage quitte rapidement sa femme, évitant l’éternel dilemme cornélien à la fin du film avec le choix de sa compagne ou de la jeune amoureuse, et la fin est d’une très grande justesse, positive, mais juste, humaine, vous pouvez m’en dire plus ? »
Le réalisateur est amusé et surpris de savoir que son film est considéré comme une comédie dramatique. Pour lui, ça n’a rien de tel : « C’est une comédie sociale, un mélange de genres, entre la comédie sociale et la romance. ». Il explique ensuite que la romance permet de travailler sur les différences sociales. « C’est pas une lutte de classe, c’est un constat » dit-il.
« Quand j’ai vu votre film, si on garde l’idée que c’est une comédie dramatique, j’ai été surpris et très content de voir des personnages de différents milieux, appartenant à différentes ethnies… »
« La diversité, oui » poursuit Meriem Serbah. Ce ne sont pas des personnages identifiés pour leurs différences, explique-t-elle, quand Yasmine se fâche contre son mari qui a ramené chez eux Vital dont tout le monde connaît l’adultère, elle représente toutes les femmes du groupe. Elle incarne un moyen d’expression féminine.
« Et puis c’est basé sur ce que j’ai vu » continue Olivier Loustau. Il explique qu’il est un fils d’ouvrier, et que ce qu’on voit dans le film est basé sur cette réalité qu’il a vécue. De même pour Meriem Serbah.
« On parlait de Cassavetes, on sait qu’il poussait ses acteurs à bout pour filmer leur essence, leur essence humaine, avez-vous fait de même sur votre tournage ? Quelle est votre méthode de mise en scène de l’acteur, votre méthode d’acting ? »
L’actrice prend la parole tout en s’amusant : « c’est ma question » et explique qu’Olivier Loustau a une vraie exigence, qu’ils rejoueront la scène autant de fois que nécessaire, pour oublier la situation et la vivre. Il laisse aussi le champ libre aux acteurs pour improviser, ce qui permet de s’approprier le personnage.
Le réalisateur poursuit la conversation et explique qu’il a eu un « casting parfait » dans lequel « chacun des acteurs est responsable de son personnage ». Il laisse une latitude au tournage en effet. Il rappelle ensuite qu’il a été acteur sur quatre films d’Abdellatif Kechiche et du coup, c’est plus Kechiche qui l’a inspiré que Cassavetes. Aussi être réalisateur et acteur sur son propre film est un « cas de figure particulier », d’où découle « une forme d’humilité » et une « camaraderie ».
00h00.Fin de la journée pour Cineséries-mag au Arras Film Festival toutefois encore vivant avec un concert au « village ». Une deuxième journée intéressante, passionnante même, et encore plus intense, vivement la suite.
Bates Motel est une approche intéressante de la genèse du tueur de Psychose. La série développe les deux personnages clef du film, Norman Bates et sa mère, remarquablement interprétés par Freddie Highmore et Vera Farmiga, et étudie leur psychologie et leurs déviances d’une manière alléchante et relativement crédible malgré certaines digressions.
Synopsis : Après la mort de son époux, Norma Bates achète un hôtel et emménage avec son fils Norman dans la maison adjacente. C’est un nouveau départ pour ce couple brisé et pourtant très complice que Norma compte bien protéger du monde extérieur à tout prix…
D’emblée, Bates Motel se présente comme un préquel du film d’Alfred Hitchcock dont le titre reprend le nom du lugubre hôtel où se déroule l’intrigue principale. L’appellation du bâtiment est issue du patronyme de son sociopathe de propriétaire, Norman Bates, lui-même tiré du roman éponyme de Robert Bloch, véritable créateur du personnage qui a par ailleurs écrit des scenarii pour Hitchcock. Les fans de Psychose pourront y apprécier les décors typiques du film, du bureau du motel à la demeure de Bates qui le surplombe, en passant par la “room with a view” de la mère. L’ambiance aussi est au rendez-vous bien que les créateurs aient pris un sacré risque en s’attaquant de cette façon à la jeunesse du tueur.
Les déconvenues des puristes :
On pourrait en effet s’inquiéter du sujet de cette série qui en vient à dépeindre le quotidien d’adolescents avec leurs états d’âme grotesques et futiles. Dans les premiers épisodes, des lycéennes énamourées gravitent autour du jeune Bates et viennent titiller les hormones du garçon qui tente désespérément de faire sa crise d’adolescence – malgré une mère envahissante – et il s’en est fallu de peu pour qu’on se retrouve avec un Teen TV Show. Fort heureusement, l’histoire se centre assez vite sur le couple Norman/Norma et sur leur relation ambiguë et toxique. Finalement, dans la saison 1, les passages mettant en scène les jeunes protagonistes servent surtout de prétexte aux comportements déviants et pulsionnels de Bates. Et c’est dans la deuxième saison qu’on va s’intéresser aux personnages secondaires au détriment du fil directeur. Cherche-t-on à combler les vides ou faire durer le suspense ? Tandis qu’une vulgaire histoire de drogue vient se greffer en parallèle, on s’attarde sur les romances des adolescents. Le climat oppressant de la série se désagrège et prend des aspects de film de Gangsters ; le spectateur s’agace et s’ennuie. Il eût été préférable de développer davantage la psychologie de la mère – plutôt que ses interactions sociales et son implication au sein de la communauté et de la ville. Quoi qu’il en soit, la série perd son attrait premier et s’égare dans cette saison 2 pour revenir en force dans la saison 3.
On regrette aussi que les showrunners aient choisi de situer l’action de Bates Motel à l’époque contemporaine, ce qui lui fait perdre beaucoup en cachet et en authenticité. D’autant que les décors et les costumes sont d’un style classique et rétro que viennent contrarier les véhicules et autres accessoires comme les téléphones portables. Sans oublier la mafia du coin et sa bande de dealers qui viennent parasiter l’histoire. Tout cela brise l’illusion et le sentiment nostalgique qui nous habite les premières minutes au travers des clins d’œil au film de Hitchcock à la manière de Gus Van Sant dans Psycho. Quoi qu’il en soit, on s’habitue petit à petit à ce décalage qu’on taxera d’originalité pour s’intéresser plutôt aux personnages et à leur psychologie.
De l’analyse du personnage de Norman Bates :
Bates Motel est un postulat intéressant sur les origines du trouble de Norman. C’est presque une étude de la relation entre Norma, matriarche vampirisante et dominatrice et Norman, fils dévoué et aimant – pour ne pas dire « amoureux de maman ». Car c’est une relation exclusive et résolument œdipienne que nous propose le réalisateur dans cette version préliminaire au film où chaque élément est dénonciateur de la transgression. Séduit et soumis, tour à tour attiré puis repoussé par sa mère, l’adolescent déjà marqué d’une altération mentale s’enfonce de plus en plus dans la maladie.
Dans Psychose, Hitchcock nous apportait quelques pistes quant au trouble du personnage et qui sont développées dans Bates Motel. On le découvrait intelligent et cultivé, solitaire et maniaque, mythomane, sensible à l’autre sexe mais terrifié par lui, et surtout profondément marqué par le regard des autres. À un moment du film, Bates se confiait même à son interlocutrice : « Vous savez, il n’y a pas de meilleur ami qu’une mère. (…) Nous sommes pris à notre propre piège mais, une fois que nous y sommes, on ne peut pas s’en dégager. J’ai toujours été pris au piège et je m’en accommode très bien. » Et c’est cet aspect que l’on retrouve dans le personnage de la série, ce rapport à la femme, à la fois conscient et servile, cette ambivalence de Bates, tantôt faible, tantôt fort, et qui le rend aussi fascinant.
Les femmes qui évoluent autour du jeune homme contribuent à rendre difficile le relationnel avec la gente féminine. Le scénario joue avec son instabilité émotionnelle et celle de ses pairs, notamment sa mère, hystérique et névrosée, possessive et intrusive. Le héros est tiraillé entre les confidences trop intimes des unes et les avances des autres, entre la jalousie d’une mère omniprésente, sa profonde admiration pour elle mais aussi sa culpabilité face à leur relation trop fusionnelle. Norman va ainsi développer une pathologie psychosociale et des comportements destructeurs et morbides comme son goût pour la taxidermie. Partagé entre ces postures de force et de faiblesse, entre le réfléchi et le pulsionnel, entre le bien et le mal, il va se réfugier dans ses hallucinations et ses fameux « black-out », plus ou moins délibérés – comme peuvent le suggérer les « trophées » qu’il conserve (le collier de perles, l’article de presse, le carnet…).
Au fil des saisons :
Si la saison 1 de Bates Motel pose les bases de ce foyer anxiogène et déclencheur de la pathologie de Norman, la transition entre la première à la deuxième saison est d’autant plus percutante qu’on franchit une étape dans la relation mère/fils et du même coup dans la psychose. Le jeune homme, en proie à ses désirs, adresse des regards insistants et des gestes de plus en plus déplacés à l’égard de sa mère mais il tente aussi de se libérer de son emprise, allant jusqu’à la provoquer et la rejeter. Paradoxalement, dans la saison 2, on néglige un peu leur intimité pour faire la part belle au héros (et développer les autres personnages). À la fin de la deuxième saison, mère et fils se rapprochent dangereusement et la saison 3 s’ouvre sur leur complicité grandissante mais qui les dévore tous les deux. On retrouve alors cette atmosphère oppressante et troublante de la saison 1 qui pèse sur la cellule familiale et que de lourds secrets viennent intensifier. Cette troisième saison est particulièrement intéressante car la trame narrative est complétée par une seconde histoire qui vient semer le doute sur la véritable conscience de Norman et sur sa culpabilité tandis qu’il s’enfonce toujours plus profondément dans la folie.
En bref, la série Bates Motel – eu égard aux divagations de sa saison 2 – est un récit inventif et intrigant de la jeunesse du tueur de Psychose et des origines du mal interprété par un Freddie Highmore dont on peut dire qu’il a la tête de l’emploi ! Interrogée sur les limites de la série, une infirmière en psychiatrie nous a d’ailleurs avoué que Bates Motel était tout-à-fait crédible malgré le phénomène de dédoublement de personnalité qui n’a jamais été prouvé. Toutefois, cet aspect de la maladie de Norman est développé dans le film Psychose et n’engage pas vraiment la série. Un divertissement qui mérite donc qu’on s’y accroche durant la deuxième saison et qu’on se réengage volontiers pour une saison supplémentaire. La chaîne américaine A&E a d’ailleurs annoncé que les saisons 4 et 5 de Bates Motel seraient diffusées respectivement début 2016 et début 2017.
Découvrez le Teaser de la Saison 4 de Bates Motel :
Fiche Technique de la série Bates Motel
Titre original : Bates Motel
Genre : Série dramatique et thriller
Création : Carlton Cuse, Kerry Ehrin, Anthony Cipriano et d’après le film Psychose de Alfred Hitchcock, inspiré du roman Psychose de Robert Bloch
Production : American Genre, Carlton Cuse Productions, Kerry Ehrin Productions, Universal Television
Acteurs principaux : Vera Farmiga ( Norma Bates), Freddie Highmore (Norman Bates), Max Thieriot (Dylan Masset), Nestor Carbonell (Shérif Romero), Olivia Cooke (Emma Decody)
Musique : Chris Bacon
Pays d’origine : États-Unis
Chaîne d’origine : A&E Network
Nb. de saisons : 4 en 2016 – en production
Nb. d’épisodes par saison : 10
Durée : 45 minutes
Diff. originale : 18 mars 2013
Après une riche première journée de festival, un retour – ici textuel – s’impose. Trois projections presse, une rencontre, et le lancement public du festival ce soir : « bienvenue à Jurassic »… Euh, non, au Arras Film Festival, édition 2015 !
Le Grand Jeu de Nicolas Parisier, entre promesses de nouveauté et hommage au genre : 2/5
Sortie programmée le 16 Décembre 2015.
10h30, rendez-vous en salle 6 du Cinémovida d’Arras pour découvrir Le Grand Jeu, premier film du réalisateur Nicolas Parisier. Synopsis : Pierre Blum – incarné par Melvil Poupaud –, un écrivain de quarante ans qui a connu son heure de gloire au début des années 2000, rencontre, un soir, sur la terrasse d’un casino, un homme mystérieux, Joseph Paskin – joué par André Dussollier. Influent dans le monde politique, charismatique, manipulateur, il passe bientôt à Pierre une commande étrange qui le replongera dans un passé qu’il aurait préféré oublier et mettra sa vie en danger. Au milieu de ce tumulte, Pierre tombe amoureux de Laura – à l’écran incarnée par Clémence Poésy –, une jeune militante d’extrême gauche ; mais dans un monde où tout semble à double fond, à qui peut-on se fier ?
Si la synopsis vous paraît complexe, le film ne l’est pas du tout. En effet, le tout est très limpide, malgré la tendance à l’abstraction et au mystère du film. Aussi, si vous connaissez le genre du film politique mis en place et rendu célèbre par des films tels que Les Hommes du Président (Alan J. Pakula, 1976) et plus récemment The Ghost Writer (Roman Polanski, 2010), sachez que vous découvrirez rien de nouveau. Car à ce dernier, Le Grand Jeu empreinte tout ou presque. Du personnage écrivain nègre pénétrant au milieu de la politique à la mort d’un des personnages secondaires, citation au plan près de la mort du personnage d’Ewan McGreggor dans le film de Polanski, Le Grand Jeu, plus ou moins correctement réalisé (on repense la séquence de poursuite un peu ridicule), semble tendre au film hommage au genre, plutôt qu’à un film nouveau.
Et pourtant, le film nous fait découvrir un peu plus le système de communauté alternative de l’extrême gauche en en filmant un groupe. Cette découverte se fait à travers la relation amoureuse de Pierre et Laura, relation vite amenée mais plutôt bien maîtrisée. Notons toutefois que l’idée des groupes d’extrême gauche peut aussi être trouvée chez le politicien du Ghost Writer incarné par Pierce Brosnan. Mais il faut être sincère, si le personnage incarné par Melvil Poupaud est relativement intéressant – on notera le cliché de l’artiste obscur et nihiliste qui trouve une chemise dans un carton, en regarde la couleur, la renifle, puis l’enfile –, la performance de l’acteur le neutralise tant elle semble artificielle : peut-être est-ce encore un hommage, cette fois-ci aux détectives d’Hammett et Chandler incarnés à l’écran par Humphray Bogart dans The Maltese Falcon (John Huston, 1941) et The Big Sleep (Howard Hawks, 1946) ? Le problème du jeu de l’acteur est bien plus visible lorsque Dussollier partage l’écran avec lui. En effet, comme à son habitude, l’acteur est excellent, d’un naturel fou, moins juste que dans le formidable Diplomatie (Volker Schlöndorff, 2014), mais tout de même à un tel point qu’il semble sûr que sans sa présence, Le Grand Jeu aurait été un mauvais film de cinéma, mais possiblement un film honnête de télévision.
https://www.youtube.com/watch?v=kiAd5wgAfQ8
La Fille du Patron d’Olivier Loustau, romance type, surprise et libération des corps : 3,75/5
Sortie en salles le 6 Janvier 2016.
14h, après un agréable déjeuner entre collègues de la presse, offert par la très efficace, ingénieuse et enthousiaste association Plan-Séquence, arrive la deuxième projection presse de la journée avec La Fille du Patron. La synopsis : Vital – incarné par le réalisateur du film, Olivier Loustau –, 40 ans, travaille comme chef d’atelier dans une usine textile. Il est choisi comme « cobaye » par Alix, 25 ans, venue réaliser une étude ergonomique dans l’entreprise de son père sous couvert d’anonymat. La fille du patron est rapidement sous le charme de cet ouvrier réservé et secret qui s’ouvre peu à peu à son contact et se met à rêver d’une autre vie…
À la lecture de ce texte, on pourrait penser à un nouvel éternel film d’amour ou de comédie dramatique au personnage principal sombre, perdu entre son ancienne vie (et sa femme) et la possibilité d’une nouvelle avec Alix – jouée par Christa Théret –, avec pendant le film, la découverte de sa trahison maritale, puis un final occupé par un choix Cornélien. Eh bien non, le film déjoue ces schémas narratifs très vite : le mari parle rapidement à sa femme de l’absence de bonheur qui noircit le couple, la femme est d’accord, il la trompe, elle est au courant, il assume pleinement son action fidèle à son idée et la quitte. Le film se concentre ensuite sur le couple de Vital et d’Alix intéressant au niveau du physique même si, ne nous trompons pas, il s’agit à nouveau de l’histoire du paysan – un tant soi peu unique en son genre (ici un ouvrier taciturne) – amoureux de la noble (jeune) femme (dans le film, prometteuse étudiante fille de patron). Le récit d’Olivier Loustau lui offre tout de même un certain rafraichissement, avec une fin à la fois douce, joyeuse, sensée, humaine, tournée vers l’avenir, vidée du mélo traditionnel de ces histoires.
S’ajoute à cela une autre force du film : la réalisation. On ne peut s’empêcher de penser à Cassavetes devant les images de la Fille du Patron. En effet, comme chez le réalisateur de A Woman Under The Influence (1974) ou Faces (1968), les personnages tendent, dans leur élan de liberté, à sortir du cadre. Cadre multiple pour Vital : l’espace professionnel au travail à la chaine asservissant et blessant ; l’espace familial dont le mariage ne marche plus ; l’espace sportif où les joueurs performent aux couleurs d’une entreprise et de sponsors pour des enjeux autres que le pur plaisir du sport. De même pour Alix qui désire sortir de ses carcans de petite fille embourgeoisée et dont l’avenir semble déjà tracé dans l’esprit du père : épouser un homme d’un milieu aisé, etc.
Ainsi au fur et à mesure des libérations des personnages, les corps se libèrent du cadre de la caméra, et progressent dans le champ/hors-champ de la caméra à leur guise, alors aussi libérés du diktat de la caméra et du cinéma.
Tempête de Samuel Collardey, une famille pour un choc cinématographique : 5/5
Sortie en salles programmée le 24 Février 2016.
À peine sorti de la salle numéro 6 que l’on y revient pour la séance de 16h avec le film Tempête de Samuel Collardey. Cette troisième projection fut la meilleure de la journée, et restera certainement l’une des plus fortes du festival et de notre expérience de spectateur tant Tempête est une grande réussite (surprise) cinématographique. Tant le film est riche, il s’agira de se concentrer sur certains points. Mais d’abord, la synopsis : Dom, 36 ans, est matelot à bord du Alf, un bateau de pêche du port des Sables d’Olonne qui fait des campagnes de trois semaines en haute mer. Depuis son divorce, il y a un an, sa fille Mailys et son fils Matteo ont préféré habiter avec lui malgré ses absences. Quand Mailys tombe enceinte, Dom comprend qu’il doit choisir…
Si à la lecture du synopsis, on aurait pu s’attendre un mélodrame empli de sanglots, Tempête est tout son contraire. Les personnages du film n’en sont pas vraiment, et les acteurs non plus d’ailleurs. En effet, les « personnages » sont trois personnes réelles. Ce sont donc leurs véritables prénoms et noms que vous pouvez lire dans le synopsis et dans le générique, puisque la majorité du casting du film est composée d’acteurs « amateurs », terme qui n’est pas à comprendre négativement, mais qui signifie juste que ces comédiens n’en étaient pas avant le tournage. Leurs moments de joie, de malheur, ou d’autres d’effort ou de magnificence sont ainsi transcendés par leur humanité pure et brute. Cependant une question s’impose : jusqu’à quel niveau le film est-il scénarisé et mis en scène dans ses dramas (actions) ? Posée autrement : jusqu’où Tempête est-il un documentaire / une fiction ?
En effet, le statut des images est troublant, ambigu, tant d’une part, elles sont magnifiques et « parfaitement » cadrées, et d’une autre, prises sur le vif. Des éléments de réponse pourront possiblement être obtenus lors de la rencontre avec le réalisateur et le trio familial pendant le festival. Mais, a-t-on véritablement besoin de savoir ? Grâce au réel des « personnages », filmer un bateau et tous les gestes du marin est d’un passionnant rarement atteint auparavant au cinéma. On y trouve la même force cinématographique que dans les films de David Ayer (End of Watch, 2012 ; Fury, 2014), réalisateur hyper-attentif au geste, au corps, au physique habitué aux techniques. Ainsi on arriverait à presque en regretter de ne pas avoir plus d’images du protagoniste en mer. Mais rassurez-vous, ceci n’est qu’un regret personnel et non un défaut du formidable Tempête.
POINT PRESSE : rencontre avec Nicolas Parisier.
Il est 19h00 et il nous faut accourir à l’espace VIP du « village » du Festival pour la rencontre avec le réalisateur du Grand Jeu. S’en suit les différents points abordés pendant l’interview.
Quelles ont été les étapes de fabrication de son premier long métrage ?
Nicolas Parisier fut d’abord étudiant de cinéma en faculté, puis professeur. Il connaît pendant une certaine période le métier du journalisme, pour ensuite travailler chez Pathé Productions. Il réalisa trois courts métrages en huit ans, puis enfin son long métrage.
Sur les références aux affaires Robert Boulin et Tarnac…
Le film les raconte un tout petit peu, explique le réalisateur. La deuxième est plus une évocation. La première l’a bien sûr inspiré. C’est un film qui parle à la fois de la politique – de l’envers du décor – et des militants d’extrême gauche. Ce sont des sujets qui l’intéressent, car très romanesques, très biens pour faire un film.
Concernant les dialogues importants au sein du film, comment a-t-il fait pour que le long métrage n’en soit pas paralysé ?
Nicolas Parisier explique avoir acquis cette expérience du dialogue grâce à ses courts métrages. Aussi la réussite dépend d’un élément conséquent, l’acteur.
Et alors, la question de votre humble serviteur :
Votre film s’inscrit dans un sous-genre, voire même un genre cinématographique, le film politique, est-ce que vous vous êtes inspiré d’autres de ces films ? Je pense notamment à The Ghost Writer dont vous avez repris plusieurs éléments ?
Il sourit, puis explique qu’il a commencé à écrire le scénario du film après avoir lu Sous les yeux de l’Occident de Joseph Conrad (1911), puis il a vu The Ghost Writer. Il aime beaucoup ce film qu’il décrit être d’une grande qualité, et il explique qu’après l’avoir vu, il ne pouvait pas faire comme s’il n’existait pas. Et vu que c’est arrivé en pleine écriture, il a voulu lui rendre hommage. Il avance sur un hommage subtil dans une scène. Votre serviteur explique alors la scène, celle de la mort d’un personnage / de McGreggor : l’individu a un journal – un manuscrit dans le film de Polanski –, il traverse la route et se fait renverser en hors-champ, tandis que les pages s’envolent dans le champ.
Sur l’histoire du film
C’est l’histoire d’un complot – organisé par l’antagoniste interprété par André Dussollier – qui échoue, et qui emporte alors plusieurs personnages.
Sur l’importance des seconds rôles
Il fallait une distribution qui tienne la route, dit-il. Il s’agissait de construire un tableau par petites touches.
Sur le choix de Melvil Poupaud
Parce qu’on le connaît sans vraiment le connaître, à l’image du personnage qu’il incarne dans le film.
Pensez-vous que le propos du film aura un écho ? Ou alors comme le pense André Dussollier, votre pensée, votre constat de la France et notamment de sa politique sera-t-il immergé dans la masse ?
Il n’y a pas de vision fermée, ce n’est pas un film qui a une thèse. Il espère qu’il y a une certaine ambiguïté, une certaine complexité qui ferait que le discours ne serait pas univoque.
Enfin la journée toucha à sa fin avec la soirée d’ouverture, occupée par la présentation rapide et efficace du riche programme du festival ainsi que de la projection publique (et donc en avant-première) du Grand Jeu. On aurait espérer savoir Tempête en film d’ouverture, ou du moins, La Fille du Patron. Sur ce, le retour de cette première journée touche à sa fin, laissant aussi entrevoir des journées de festival aussi intéressantes et intenses, voire plus.
Près de douze années après le documenteur Opération Lune, lui-même inspiré de Capricorn One, une fiction datant de 1978, qui a lancé la folle rumeur autour du tournage par Stanley Kubrick de l’alunissage d’Apollo 11 le 20 juillet 1969, ce fantasme de complotistes cinéphiles a gangréné dans de nombreux esprits retors (les meilleures illustrations en sont sans conteste les hypothèses farfelues développées dans Room 237).
Synopsis : Londres, juillet 1969, John, un éternel loser en quête d’argent pour renflouer le groupe de punk hippie dont est l’agent, croise la route de l’agent Kidman, un agent de la CIA envoyé à Londres pour monter une supercherie surréaliste : Embaucher Stanley Kubrick pour filmer un faux alunissage. Evidemment, rien ne va se passer comme prévu et les conséquences de cette rencontre va les mener dans une course contre la montre complètement déchaînée.
On a tripé sur la Lune
Grâce à un scénario signé par le britannique Dean Craig, déjà scénariste de My Best Men ou Joyeuses Funérailles, et avec le soutien de Georges Bermann, le producteur de Michel Gondry (qui a personnellement soutenu le projet), Moonwalkers est le premier film d’un jeune réalisateur français parfaitement inconnu mais qui a déjà – et ça se voit à sa mise en scène – fait ses preuves dans la publicité et qui, à n’en point douter, est promis à une belle carrière internationale. Autant dire que Moonwalkers est un film parfaitement inattendu, mais dont le Prix du Public obtenu en septembre dernier lors de l’Étrange Festival prouve qu’il saura créer la surprise.
A la tête du casting, deux acteurs qui cherchent à s’affirmer : D’une part Ron Pearlman, qui du haut de ses 65 ans n’aura pu compter que sur son ami Guillermo del Toro pour lui offrir un rôle principal sur grand écran, et de l’autre Rupert Grint, qui contrairement à ses deux anciens complices Daniel Radcliffe et Emma Watson n’a pas réussi à se forger une carrière post-Harry Potter. Dans leurs rôles respectifs d’un agent de la CIA taciturne et d’un agent artistique malchanceux, les deux comédiens livrent des performances absolument convaincantes et offrent un choc intergénérationnel digne des meilleurs buddy-movies. Mais davantage que leurs prestations comiques, c’est la représentation rétro-frapadingue que le réalisateur donne de la fin des années 60 qui est hilarante. D’entrée de jeu, grâce à un générique d’ouverture animé à la façon du célèbre clip Yellow Submarine des Beatles, que l’on pourrait d’ailleurs imputer à Gondry, l’esprit psychédélique de l’ère hippie est annoncé comme étant le cœur même du long-métrage. C’est que viendra nous confirmer l’excellent travail offert par la direction artistique, avec notamment des costumes criards et des décorations ultra-kitsch -dont une peinture murale mémorable-, mais aussi des scènes de trips sous acide. Le tout assure une succession sans temps morts de pures réussites visuelles et comiques. L’autre source de rires est la violence décomplexée dont fait preuve le personnage de Pearlman tout au long du film et qui réussit à faire des scènes de fusillades ou de castagne de vrais moments de brutalité jubilatoire sans jamais perdre en qualité graphique.
Le déroulement de l’intrigue, qui vire inéluctablement à l’imbroglio général, et la façon dont est traité par l’absurde ce prétendu recrutement de Kubrick par le gouvernement américain, ne sont pas sans rappeler l’écriture survoltée mais toujours maitrisée et fluide de Guy Ritchie, une autre source d’inspiration évidente d’Antoine Bardou-Jacquet. Une comparaison amplifiée par la présence, autour du duo d’enfer Grint-Pearlman, d’un large panel de personnages secondaires pittoresques et hauts en couleurs que leur caractérisation archétypale n’empêche en rien d’être désopilants, allant du général américain débonnaire au réalisateur excentrique en passant par le gangster amateur de maquettes ou le manager cocaïnomane. Ajoutez à cela une bonne dose de répliques trash, une surenchère de situations parfaitement loufoques et beaucoup de références culturelles, et l’on obtient ce sympathique scénario agréablement déjanté. Un esprit et un humour « à la cool » que la bande originale -qui ne comprend finalement que peu de morceaux mais tous choisis avec le plus grand soin- nous aide à ancrer dans la folie hallucinatoire du Londres hippie de la fin des années 60. Un pur délire pop que l’on suit agréablement pendant que, dans l’espace, la grande Histoire est en train de s’écrire.
Sans non plus être un film mémorable, Moonwalkers est une petite comédie étonnante, assurée d’être la première bonne surprise de l’année 2016 et la découverte d’un jeune réalisateur à suivre de très près. Mais il s’agit surtout d’une farce audacieuse, dans le sens où elle prend le risque, en jouant la carte d’un humour absurde so british et d’une vision outrageusement caricaturale mais non moins jouissive de l’époque qu’elle dépeint, de dénoncer la crétinerie de son propre pitch.
MOONWALKERS, le teaser:
MOONWALKERS : Fiche technique
Titre original : Moonwalker
Date de sortie : 6 janvier 2016
Réalisateur : Antoine Bardou-Jacquet
Nationalité : Britannique
Genre : Comédie
Année : 2015
Durée : 107 minutes
Scénario : Dean Craig
Interprétation : Rupert Grint (Johnny), Ron Perlman (Kidman), Robert Sheehan (Léon), Eric Lampaert (Glen)…
Musique : NR Photographie : Glynn Speeckaert Montage : Bill Smedley Producteur : George Bermann Maisons de production : Nexus Factory, Potemkino Distribution (France) : Mars Récompenses : Prix du Public à l’Étrange Festival Budget : NR
C’est le vendredi 6 novembre 2015 que débute la seizième édition du Arras Film Festival, événement européen majeur dans le monde du cinéma organisé par l’association Plan-Séquence. Cette année, sur dix journées, pas moins de cent vingt longs métrages seront projetés. Sur l’ensemble de ces métrages, on trouve onze programmes :
– la compétition européenne ;
– les avant-premières ;
– les découvertes européennes, avec ses visions de l’Est ;
– les Cinémas du monde ;
– une rétrospective en hommage à Michèle Mercier ;
– une autre célébrant le cinéma de l’irlandais Jim Shéridan ;
– une programmation plus ouverte de films sur l’Irlande ;
– des ciné-concerts ;
– la Grande Guerre à l’écran ;
– les films de braquage en tout genre ;
– et enfin, le festival des enfants.
Il s’agira pour Cineséries-mag de couvrir un maximum le festival, et ainsi de se participer aux projections de plusieurs films de chaque programme afin de mieux en rendre compte. Ainsi attendez-vous à chaque jour ou presque à un article de votre humble serviteur, s’il n’est pas décédé lors d’un braquage de banque en la faisant Sauter* avec Jean Girault, ou en planifiant très ingénieusement son vol dans la géniale Affaire Thomas Crown** de Norman Jewison avec l’un des plus beaux couples de l’histoire du cinéma, Steve McQueen et Faye Dunaway. Ou alors peut-être sera-t-il tout simplement resté dans la somptueuse et brutale Irlande de Jim Sheridan ?
La mission de Cineséries-mag sur le festival ne s’arrête pas là. En effet, sera aussi couvert de multiples projections presse de films français : Une histoire de Fou de Robert Guédiguian, Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent, Le Goût des Merveilles d’Eric Besnard avec Virginie Efira, Et ta sœur de Marion Vernoux avec Grégoire Ludig (du Palmashow), Géraldine Nakache et à nouveau Virginie Efira, La vie très privée de Monsieur Sim de Michel Leclerc avec Jean-Pierre Bacri, entre autres… En plus de cela, toutes ces projections auront droit à un point presse pendant lesquels aura lieu la rencontre avec des membres de l’équipe ou parfois, tel que sur les films des « cinémas du monde », l’équipe entière.
* Faites sautez la banque !, Jean Girault, avec Louis de Funès, Jean-Pierre Marielle, Yvonne Clech, 1964.
Ci-dessous la bande-annonce du film :
** The Thomas Crown Affair, Norman Jewison, avec Steve McQueen, Faye Dunaway, Paul Burke, Richard Bull, Yaphet Kotto, 1968.
Ci-dessus la bande-annonce du film.
Si c’est le cinéaste Jim Shéridan – à qui l’on doit notamment dans sa période américaine Brothers (2009) – qui est mis à l’honneur cette année, on peut remarquer qu’avec ce réalisateur et l’un des programmes, c’est un hommage à l’Irlande qui est rendu.
On redécouvre ainsi l’Irlande ravagée par ses nombreux combats avec les reprojections de Hunger (2008) de Steve McQueen – à qui l’on doit Shame en 2011 et Twelve Years A Slave en 2013 et dans lesquels on retrouve l’incroyable Michael Fassbender, ici en pleine grève de la faim ; du formidable et trop méconnu Shadow Dancer (2013) de James Marsh avec Clive Owen (The Knick, 2014 – 2015 ; The Bourne Identity, 2002 ; Les Fils de l’Homme, 2006 ; Sin City, 2005) et Andrea Riseborough (Oblivion, 2013 ; Birdman, 2014 ; We Want Sex Equality, 2010) en jeu d’ombres – britanniques et irlandaises – et d’espionnage ; ou encore le puissant Bloody Sunday (2002) de Paul Greengrass, qui réalisera plus tard deux volets de la saga Jason Bourne (The Bourne Conspiracy en 2004, The Bourne Ultimatum en 2007 et le prochain volet programmé pour sortir 2016) et plus récemment Captain Philips en 2013.
Ci-dessus le trailer de Bloody Sunday.
Avec l’hommage rendu à Jim Shéridan, il s’agir de revisiter une Irlande du quotidien, marquée par la guerre, des crises économiques et familiales, et la colonisation par des puissances extérieures tel que dans The Field (1990) où un fermier doit livrer « un combat » contre un investisseur américain déterminé, pour racheter le terrain de sa ferme. Un quotidien ou presque, que l’on pourra aussi voir dans le très beau film de David Lean – brillant réalisateur du Bridge on the River Kwai (1957) et de Lawrence of Arabia (1963) entre autres –, La Fille de Ryan, sorti en 1970. L’intrigue : Irlande, 1916, Rosy Ryan épouse le maître d’école du village, de quinze ans son aîné. Déçue par cette union, elle tombe amoureuse du major anglais venu prendre le commandement de la garnison voisine…
Alors, prêts à embarquer pour l’Irlande ?
Sachez enfin que vous pourrez retrouver le dernier James Bond 007, Spectre, en avant-première au festival, mais aussi Le Voyage d’Arlo, dernier film des studios d’animation Pixar à découvrir dans le festival des enfants – emplis d’autres films d’animation –, et Légend de Brian Helgeland, contant l’histoire de frères jumeaux gangsters dans les années 60’ à Londres, tous deux incarnés par l’unique Tom Hardy à peine sorti de la Fury Road de George Miller (Mad Max, F. R., 2015). Vous pouvez cependant déjà « oublier » Sandrine Kiberlain, qui ne viendra finalement pas au festival.
A seulement 37 ans, László Nemes a vu son premier long-métrage récompensé par le Grand Prix à Cannes. La marque d’un début de carrière des plus prometteurs. Mais Le Fils de Saul méritait-il réellement cette consécration ? En s’attaquant à un sujet aussi difficile que la représentation de la Shoah au cinéma, Nemes (lui-même descendant de victime du Plan d’Extermination nazi) aurait pu nous présenter un drame historique académique, frileux ou misérabiliste.
Synopsis: Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau. Saul Ausländer est un juif hongrois rattaché au Sonderkommando, un groupe de prisonniers isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Lorsqu’il découvre le cadavre d’un enfant qu’il croit être son fils, Saul va s’éloigner des projets d’insurrection que fomente en secret le reste du Sonderkommando et n’aura de cesse de chercher un rabbin qui garantirait au garçon des funérailles pieuses.
Plongée dans l’enfer de la Shoah
Au contraire, sa proposition est celle d’une approche frontale passant par une réalisation sensorielle dont le pouvoir immersif n’avait jamais été aussi puissant pour faire ressentir aux spectateurs l’horreur des victimes des camps de concentration. Ses cadrages serrés en format 1:33 presque entièrement focalisés sur le personnage de Saul (Géza Röhrig) et son découpage qui étire les plans pour ensuite les couper avec une brutalité abrupte, font que les images sont tout du long porteuses d’une violence psychologique difficile à encaisser. Grâce à ce choix de point de vue subjectif unique filmé par une caméra portée, le déroulement de la Shoah dont Saul est témoin, et que le cinéma – qu’il s’agisse de documentaires ou de fictions – nous a appris à appréhender, est entièrement laissé au soin du hors-champ. Dès lors, le pouvoir d’imagination du spectateur est constamment mis à contribution. Mais ce flou qui ouvre le film et entoure tout du long le personnage, ainsi que le peu de perspective que permet le format carré, peuvent également être perçus comme la représentation de ce déni dans lequel Saul s’est emmuré pour surmonter cette situation.
A défaut d’un flux constant d’informations visuelles, c’est essentiellement par le biais d’un habillage sonore dense que la vie dans les camps est rapportée. Coups de feu, cris, bruits de foule et pleurs sont autant d’éléments auditifs qui forment un interminable vacarme oppressant que les spectateurs devront déchiffrer s’ils veulent comprendre ce qui se joue autour du personnage à l’écran. La barrière des langages est également mise au profit de ce tumulte ambiant, car de toutes les langues parlées au sein de ce camp où, rappelons-le, étaient envoyés des Juifs venus de toute l’Europe (en tendant l’oreille, on entend des déportés parler français !), seul le hongrois, que comprend Saul, est sous-titré. Le fait que les ordres que vocifèrent les soldats SS en allemand ne soient pas non plus compréhensibles ajoute au sentiment d’asservissement et de déshumanisation que subissent les membres du Sonderkommando.
Ainsi, l’épineuse question de «comment filmer l’inmontrable» est astucieusement détournée par des choix de mise en scène particulièrement ingénieux. Le fait que László Nemes ait avant cela été assistant de Belà Tarr explique son gout pour les plans-séquences, qui se justifient ici par une volonté de nous faire vivre le cauchemar de Saul en respectant au maximum le temps réel. Peut-être est-ce d’ailleurs là le seul reproche que l’on puisse faire au film : Ne pas être allé jusqu’au bout de cette idée de temporalité. En effet, si le récit s’étire sur une journée, et implique donc de nombreuses ellipses, il aurait tout aussi bien pu se dérouler sur une durée de deux heures. Il ne fait aucun doute qu’un tel travail sur le temps réel aurait décuplé le pouvoir immersif du dispositif formel ainsi que le scénario.
Et, justement, qu’en est-il du scénario ? Celui-ci est, à l’image des interprétations et du montage: D’une extrême sobriété. Dans le sens bressonnien du terme, c’est-à-dire synonyme d’une efficacité redoutable et dépourvu d’effets inutiles. La recherche par Saul d’un homme de foi qui puisse l’aider à enterrer la dépouille de son fils est un enjeu qu’il s’impose pour retrouver une raison de survivre. Lui qui avait perdu toute empathie à force de participer au génocide de son peuple, retrouve dans cette quête désespérée l’humanité qui l’avait abandonné, et même un moyen de redevenir –même si ce n’est que temporaire– un être « vivant », à la différence de tous ceux qui l’entourent dont on ne peut nier qu’ils sont déjà morts. La sous-intrigue, celle du soulèvement que préparent les autres membres du Sonderkommando et dont les rares dialogues ne nous donneront que des bribes d’informations, apporte au film un semblant de souffle humaniste, rappelant que, contrairement à Saul, il y aura toujours des êtres courageux qui tenteront de faire front commun et de se révolter contre l’oppresseur. Et pourtant, cette touche optimiste semble bien faible tant la mise en scène réussit à nous faire partager avec Saul le sentiment fataliste qu’aucun espoir n’est permis. La possibilité d’un happy-end à cette ambiance mortifère apparaît incontestablement comme difficilement envisageable, et ce jusque dans le plan final. C’est bien de là que naît la cruauté de cette mise en scène réaliste puisqu’elle s’interdit l’édulcoration que le cinéma nous donne invariablement, et presque malgré lui, de cette page noire de l’Histoire.
Tenter l’expérience Le fils de Saul, c’est accepter de se faire prendre au piège d’une réalisation novatrice qui nous plonge d’une façon étouffante dans le dernier endroit sur Terre où l’on souhaiterait se trouver, Auschwitz, et pire, de vivre le génocide par les yeux d’un esclave contraint de participer à l’extermination de masse des siens. Cette proposition sans précédent, tant en termes de dispositif immersif que de représentation de la Shoah, fait de ce film une œuvre majeure qui à n’en pas douter marquera de sa trace le 7ème art.
Le fils de Saul – Fiche technique
Titre original : Saul fia
Réalisateur : László Nemes
Scénario : László Nemes, Clara Royer
Interprétation : Géza Röhrig (Saul Ausländer), Levente Monár (Abraham), Urs Rechn (Biedermann), Sándor Zsótér (Le docteur), Marcin Czarnik (Feigenbaum)…
Musique : László Melis
Photographie : Mátyás Erdély
Montage : Matthieu Taponier
Producteurs : Gábor Sipos, Gábor Rajna
Distribution (France) : Ad Vitam
Budget : 1 000 000€
Récompenses : Grand Prix à Cannes 2015, Oscar 2016 du meilleur film en langue étrangère
Genre : Drame
Durée : 107 minutes
Date de sortie : 4 novembre 2015
Ce mercredi 4 novembre 2015, est sorti en salle le film À vif ! réalisé par John Wells, écrit par Steven Knight (à qui l’on doit la série Peaky Blinders ou encore le film Locke sorti en 2014) avec Bradley Cooper, Sienna Miller et Daniel Brühl. Après une heure quarante minutes de projection, la salle est à nouveau éclairée, le film vient d’atteindre son générique, et en tant que spectateur, on en sort perturbé.
Synopsis: Plus qu’un grand chef, Adam Jones est une rock star de la cuisine. Grisé par le succès, arrogant et capricieux, l’enfant terrible de la scène gastronomique parisienne sombre dans l’alcool et la drogue, et disparaît. Il décide de revenir après une pénitence d’ouverture et préparation d’un million d’huitres. Un come back dont le but est d’ouvrir son propre restaurant – le meilleur de tous les temps – et d’accéder aux fameuses trois étoiles du guide Michelin.
Couteaux et esprits aiguisés
À vif ! traite, vous l’aurez compris, de cuisine. Beaucoup de critiques sur des films dont les sujets sont occupés par la cuisine utilisent un vocabulaire de cuisine : « la sauce a tourné » peut-on lire à propos d’un film jugé mauvais, « noyé dans la soupe » à propos d’un acteur surpassé par ces collègues, ou encore « la mayonnaise n’a pas pris » concernant une œuvre qu’on pense répétitive d’une ou de longues traditions. Ici aussi, le vocabulaire culinaire sera utilisé, notamment avec quelques titres, non pas pour moquer le film qui serait mauvais ou pour le gâter, mais pour lui rendre justice.
Du fastfood à l’orgasme culinaire
On pourrait penser aujourd’hui que regarder de la cuisine filmée est devenu un geste banal, à cause des nombreuses émissions culinaires ayant envahi nos petits écrans, Top Chef, Le Meilleur Pâtissier de France, Un dîner presque parfait, etc. Et pourtant, À vif nous réapprend à admirer l’art de la cuisine. S’il nous met en appétit, il n’est pas là pour nous faire saliver devant l’écran, nous donner envie de cuisiner, et de goûter et de sortir des « C’est beau » et « J’en veux » à chaque minute passée devant tout et rien de cuisiné. Non, l’appétence créée par le film est moins alimentaire que spirituelle. Car Adam Jones, en pleine repentance après avoir mis à mal de nombreuses vies, est en quête d’une sensation presque divine, l’orgasme culinaire. Le repas doit être orgasmique : des yeux au goût, du toucher – via la fourchette, devenu un nouveau membre de l’être – à l’odeur, nous devons toucher au paradis. Si les clients de son restaurant semblent atteindre l’idée du chef cuistot, John Wells nous le fait approcher, toucher des yeux et des oreilles, ou presque.
Adam Jones : « Je veux procurer des orgasmes culinaires. »
Si l’on jouit des scènes de préparation et dégustation des repas qui ont réveillé des sensations bien particulières vécues pour la première fois lors des scènes de création / préparation de la ratatouille dans le film d’animation éponyme de Brad Bird réalisé en 2007, cette jouissance ou tentative a été ralentie par des twists scénaristiques pas malvenus, surtout mal amenés : on retiendra celui avec Omar Sy qui, s’il est plus présent dans ce film que dans le dernier X-Menou le récent Jurassic World, y est tout aussi fade ; ou encore la présence des gangsters qui ne servent en rien le récit à part l’alourdir. Filmer la cuisine aiguisée – à comprendre par ultra-perfectionniste – d’Adam Jones, c’est aussi capter l’esprit « à vif » du personnage. Comme dans Peaky Blinders, on trouve un personnage au métier envahissant – gangster / bookmaker pour Thomas Shelby – et à l’esprit écorché. Si cet homme s’est perdu par le passé dans la drogue, l’alcool, et autres bad things, le personnage campé par Bradley Cooper est en ici pleine repentance, obscurcie par la quête des trois étoiles du guide Michelin, la quête de la gloire en soi. Tyrannique, perdu, parfois touchant, drôle, le personnage se cherche.
Retour d’une recette qui a fait ses preuves
Si le personnage d’Adam est intéressant, le problème se pose dans son récit : on y trouve ces twists scénaristiques. Mais continuons d’être justes, ces révélations, le come-back (épique) du personnage, et l’humour font partie d’un schéma narratif propre au fameux sous-genre cinématographique qu’est le feel-good movie.
À vif ! en expose tous les poncifs : un personnage souffrant et au sombre passé – qui reviendra le hanter dans le présent –, relativement perdu, cherche sa rédemption ou la paix de son âme ou la sérénité, et la trouvera notamment dans l’autre, souvent féminin – ou masculin, si le protagoniste est une femme. Il devra faire face à certaines épreuves, certains personnages – des ennemis qui se révèleront être des amis –, mais sera sauvé grâce à l’autre ou aux autres ici. Et tout se termine bien, et on ressort de la salle de bonne humeur.
On notera ici une certaine relativité du happy end. Si c’est une fin plutôt bonne, elle n’est pas complètement heureuse, tel que dans Happiness Therapy de David O. Russell, sorti en 2013 (et aussi avec Bradley Cooper), la fin est douce-amère. Bonne, avec un sentiment d’accomplissement – multiples ici – relativisé.
Entre mets fins et junkfood
Un titre de paragraphe qui résume bien le film, perdu tel son personnage principal, et dispersé, à l’image du casting de prestige présentant des personnages trop mis en avant pour être rapidement délaissés. Mais si vous êtes ouvert à l’orgasme culinaire par le cinéma, alors n’hésitez pas à y aller. Si vous êtes friand de Feel Good Movie, alors vous avalerez la bouchée, mais n’attendez-vous pas à ce qu’elle vous procure de la satisfaction très longtemps, car loin des formidables œuvres d’Adam Jones, le plaisir que procure le film est éphémère. Heureusement, l’orgasme – qu’on pourrait me décrire comme un phénomène lui aussi bref – que nous promet le chef-cuistot – qui l’idéalise comme un véritable changement de vie, de pensée, de sensation, comme une expérience s’inscrivant en soi –, est bien présent, ou presque, grâce à la caméra de John Wells, qui, après son Company Men (sorti en 2010), montre qu’il sait toujours capter l’humain et plus que ça.
Trailer du film À Vif
Fiche Technique: A Vif ! / Burnt
Réalisateur : John Wells
Acteurs : Bradley Cooper, Sienna Miller, Daniel Brühl, Omar Sy, Emma Thompson, Matthew Rhys, Uma Thurman, Lily James, Riccardo Scamarcio, Alicia Vikander
Scénariste : Steven Knight, D’après Une Histoire De Michael Kalesniko
Direction Artistique : John Frankish
Décors : David Gropman
Photographie : Adriano Goldman
Montage : Nick Moore
Musique : Rob Simonsen
Production : Michael Shamberg, Stacey Sher, Erwin Stoff, Et Kris Thykier
Société De Production : 3 Arts Entertainment, Double Feature Films, Peapie Die, The Weinstein Company
Société De Distribution : The Weinstein Company, Sdn / Mars Films
Nationalité : Américain
Genre : Comédie Dramatique
Date De Sortie : Us – 23 Octobre 2015 ; Fr – 4 Novembre 2015-11-04
Porté par des ambitions vern-iennes et la promesse d’un univers steampunk grouillant et fantaisiste, Avril et le monde truqué aurait pu être le nouveau porte étendard cinématographique de l’imaginaire français jugé moribond par ses contemporains
L’impossible n’est pas français.
Un postulat particulièrement injuste au passage, car dans le domaine de la littérature, de la bande dessinée et du jeux vidéo, la France n’a pas à rougir de ses voisins, proposant régulièrement des œuvres pleines de trouvailles et d’inventions. Mais voilà, le cinéma reste toujours aux yeux du grand public l’unité de mesure des imaginaires, et face à une production quasi exclusivement orientée vers le drame social, la comédie de mœurs ou le « film d’auteur », il est plus facile d’aller rêver de l’autre coté de l’océan. Dans ce paysage un peu bloqué, la promesse d’un Paris rétro futuriste mis en image par les talents d’animateurs de nos compatriotes (qui ne sont plus à prouver) laisse rêveur. Mais malheureusement, l’envie de pousser un chant du coq en sortant de la salle reste absente, car si exposition il y a, ce n’est pas celle que l’on attendait. Loin d’être une invitation au voyage, les aventures d’Avril sont plutôt une déprimante vitrine de ce rapport étrange entre notre cinéma national et son héritage S-F qu’il méprise depuis trop longtemps.
Les premières minutes sont particulièrement révélatrices : Plutôt que de nous faire doucement entrer dans cet univers et nous dévoiler progressivement les enjeux de l’histoire, le film s’attarde sur des fioles de laboratoires et des livres ouverts affichant en grosses lettres les noms des acteurs, producteurs, chaîne de télévisions…bref de tous ceux qui ont participé. Juste le temps de faire comprendre (avec effroi) le nombre de personnes nécessaires à l’aboutissement d’un projet de science-fiction pour jeune public. Durant cette longue balade dans le labo, les enfants n’apprendront rien de l’univers qui se dévoilera plus tard sous leurs yeux, mais seront peut être contents d’apprendre que les protagonistes sont doublés par Marion Cotilliard, Marc-André Grondin, Olivier Gourmet et Philippe Catherine. Le cinéma français affiche ses stars imposées pour attirer les investisseurs, ses modes de financements, ses producteurs… Si l’intro qui s’ensuit ne manque pas de mordant, les réalisateurs s’empressent de passer aux explications du comment on en est arrivé là. Les savants disparaissent, empêchant le monde d’évoluer et le laissant bloqué à l’âge de la vapeur. On nous précise quand même que le cours de l’histoire s’en trouve modifié. C’est gentil de prévenir, mais Miyazaki a-t-il déjà eu besoin de justifier son Château dans le ciel ? John Lasseter nous a-t-il enfin expliqué pourquoi les voitures parlaient dans Cars ? Non, et ce n’est pas important. Partout ailleurs nous savons qu’il suffit de poser les bases et le spectateur fera le reste. Mais étrangement, ici, le film se sent obligé de nous faire un topo, de bien définir ce qui tient de l’histoire et ce qui découle de la fiction, mettant ainsi en doute notre capacité à rêver. Après le cinéma, c’est l’imagination qui est assassinée, sacrifiée sur l’autel du didactisme.
A partir de là, Avril et le monde truqué développe une intrigue qui rappelle trop les aventures décrites dans Capitaine Sky et le monde de demain de Kerry Conran (2003). Le même postulat de base, le même plan des antagonistes et la même morale écolo dans l’air du temps, le panache en moins. Et si l’univers de Tardi aurait pu rattraper le coup, force est de constater que le dessinateur ne s’est pas vraiment démené sur ce coup là, reprenant les archétypes qu’il avait déjà créés pour Les aventures d’Adèle Blanc-Sec (le commissaire Pizoni est un copié collé de Caponi), tout en les délestant de leur folie grotesque. De Avril à Grand père Pops, nombre de figures défilent sur l’écran sans jamais provoquer la moindre empathie ou émotion, à part peut-être le chat poète occasionnellement. Tous sont portés par un esprit terre à terre, ne s’étonnant jamais de rien, et tombant amoureux comme quand on va faire ses courses. Difficile alors pour le spectateur de se laisser embarquer dans cette aventure, il ne lui reste qu’à attendre patiemment la fin. Ce monde truqué est finalement à l’image du nôtre, dans son éloge du progrès et de la science, il ne laisse aucune place à l’imagination, la poésie et la fantaisie. Les producteurs français sont-ils encore capable de rêver ? La question mérite d’être posée.
Synopsis : Dans une uchronie de l’ère impériale sous Napoléon V, un scientifique est mis à contribution pour développer un sérum d’invulnérabilité en vue de la guerre contre la Prusse. Après un incident dans le laboratoire lors d’une visite de Napoléon V, deux cobayes s’enfuient. Le scientifique ainsi que l’empereur, son garde du corps et les autres cobayes meurent. La guerre contre la Prusse n’a pas lieu et la lignée impériale n’est pas défaite du pouvoir. S’ensuivent les disparitions continues des plus grands inventeurs et génies scientifiques de l’époque, ce qui plonge le monde humain dans une ère sombre de déforestation totale à l’échelle planétaire. Quelques années plus tard, en 1941, dans ce monde figé dans l’obscurantisme où la technologie la plus avancée reste la vapeur, une jeune femme, Avril, vivote à Paris en compagnie d’un chat parlant, Darwin. Lorsqu’elle part à la recherche de ses parents, qui font partie des scientifiques disparus, elle se trouve mêlée de nouveau aux manigances de l’empire et rencontre Julius, un gredin vivant aux marges de la loi. Ensemble, ils tentent de découvrir la raison de ces enlèvements.
Fiche Technique : Avril et le Monde truqué
Titre : Avril et le Monde truqué
Réalisation : Franck Ekinci et Christian Desmares
Scénario : Franck Ekinci et Benjamin Legrand, d’après une bible graphique originale de Jacques Tardi
Doublage : Marion Cotilliard, Jean Rochefort, Olivier Gourmet, Benoît Brière, Marc-André Grondin, Philippe Catherine…
Animateur : Patrick Imbert, Nicola Lemay et Nicolas Debray
Montage : Nazim Meslem
Son : Yann Lacan
Musique : Valentin Hadjadj
Producteur : Michel Dutheil, Franck Ekinci, Brice Garnier et Marc Jousset
Production : Studiocanal, Je suis bien content, Arte France Cinéma, RTBF, Tchack, Kaibou Productions et Wallimage
Distribution : Studiocanal et O’Brother Distribution
Pays d’origine : Drapeau de la France France, Drapeau de la Belgique Belgique et Drapeau du Canada Canada
Genre : Film d’aventure, Comédie
Durée : 103 minutes
Dates de sortie :15 juin 2015 (Festival international du film d’animation d’Annecy), 4 novembre 2015
Synopsis: Un homme se rase jusqu’à s’écorcher vif.
Troisième court métrage d’un jeune cinéaste américain d’origine sicilienne, The Big Shave fût très remarqué par la profession en son temps et c’est d’ailleurs ce qui permettra à Martin Scorsese de monter son premier long métrage, Who’s That Knocking at My Door avec Harvey Keitel, futur muse du cinéaste. Âgé d’à peine 25 ans, fraîchement diplômé de la New York University, Martin Scorsese est sur le point délivrer un nouveau court d’une simplicité affligeante mais déjà doté de son style alliant l’élégance artistique au montage musical précis. Il ne suffit que d’une salle de bain, d’un homme et d’un rasoir pour que Scorsese nous glace le sang avec ce film percutant, dont les interprétations feront rapidement un parallèle avec un contexte suicidaire de guerre du Vietnam. Nous sommes donc en 1967. Les Trente Glorieuses ont sublimé la vie de la « American middle-class » mais le gouvernement s’embourbe dans une Guerre dont l’issue sera catastrophique pour l’image du pays. Sur un air jazzy de Bunny Berigan, Peter Bernuth entre dans une salle de bain, dont les murs tout de blanc immaculée et l’absence de poussière révélent un souci de perfection maniaque propre à la culture consommatrice (le beau est plus important que le vrai). C’est bien simple, Martin Scorsese filme avec une précision démente cette salle de bain typique des publicités télévisées. Mais le blanc qui inonde l’image ne le restera pas très longtemps et la pureté superficielle propre à ce lieu va rapidement devenir le terrain d’une folie sanglante dérangeante.
Voyage au bout de la lame de rasoir
Il ne suffit que de quelques coups de rasoirs avant que cet homme ne se fasse une légère coupure. Quelques gouttes de sang coulent le long de son visage et s’écrasent dans le lavabo. Mais notre homme ne s’étonne même pas de cette coupure et continue son entreprise comme si de rien n’était. Cette nonchalance révèle un sentiment de confiance aveugle dans le reflet du miroir, donc de l’image. Dans une société de l’image obsédée par la recherche de la perfection, l’homme semble aller jusqu’au bout de son idée pour paraître le plus net possible, à l’instar de sa salle de bain. Le sang ne tarde désormais plus à couler à flots mais notre homme semble toujours aussi imperturbable, sans émotion, sans vie. Tout comme les jeunes américains envoyés aveuglément au combat. The Big Shave se fait la critique cinglante d’une jeunesse qui devient une armée de robots malgré-eux, des êtres dénués de sentiments. Peter Bernuth est à l’image-même d’un gouvernement qui autrefois s’est durablement coupé, laissant le sang couler abondamment, refusant de voir une défaite inévitable. Martin Scorsese a toujours déclaré qu’il fallait comprendre ses films à travers les musiques employés. C’est parfaitement flagrant ici tant le rythme accompagne les gestes de Peter Bernuth, comme si l’homme répondait à cette trompette, dont l’enregistrement provient ironiquement d’un chant militaire de la seconde guerre mondiale. Et soudainement, la musique livre une dernière note en fanfare, s’efface derrière le silence, et un ultime coup de rasoir. La musique s’est tue. L’abondance de sang déferle sur le torse du jeune homme qui dépose délicatement son rasoir dans le robinet. Mais la prise de conscience est tardive, trop de sang a déjà coulé. A bon entendeur.
A l’image de sa salle de bain trop nette et stérile pour être vrai, la société américaine s’est révélée sous son grand jour et laissée pervertir par ses ambitions, le sang envahissant toute la blancheur des lieux, jusqu’à son générique fondu en rouge. Modèle des Trente Glorieuses, Martin Scorsese semble nous dire que c’est en rasant la surface qu’on découvre ce qui se cache derrière les apparences. Avec son découpage chirurgicale et cette ironie aussi savoureuse que saisissante, Martin Scorsese démontre déjà toute l’étendue d’un talent qu’il ne cessera d’améliorer par la suite pour construire ce qui s’avérera comme un pan dans l’histoire du cinéma américain.
Le Grand Rasage – Court métrage complet
https://www.youtube.com/watch?v=_wvdKMnnQz8
Fiche Technique: Le Grand Rasage
1967
Etats-Unis
Genre: Court métrage, drame, horreur
Durée: 6min
Réalisation et scénario: Martin Scorsese
Distribution: Peter Bernuth
Alejandro Amenábar est un cinéaste extrêmement talentueux mais qui, en presque 20 ans de carrière, n’a offert que très peu de films. C’est la filmographie typique qui préfère la qualité à la quantité, ayant déjà offert de grands films devenus cultes à l’image de Tesis, Abre los ojos ou encore The Others.
Suite à une pause de 6 ans, il marque son retour aux thrillers, après avoir offert le puissant drame Mar adentro et l’intense film historique Agora. Autant dire que ce retour est diablement attendu par les cinéphiles et les fans du cinéaste tandis qu’il offre de belles promesses de série B sympathiques aux spectateurs lambda. Des promesses qui font quand même craindre à un Amenábar en mode mineur et qui semble déjà attiser les déceptions. Regression est-il donc le premier faux pas de la carrière d’Amenábar ?
Comme souvent chez le cinéaste, l’intrigue débute sur des clichés. Ici avec le flic chevronné qui est prêt à tout pour découvrir la vérité, ses collègues réticents qui ne le croient pas totalement et tentent de lui mettre des bâtons dans les roues, les rednecks crasseux aux pratiques douteuses qui tendent aux satanismes etc. Au début du récit on peut aisément penser que tout est joué mais, comme à son habitude, le cinéaste va s’amuser avec la perception du spectateur et de ses personnages pour brouiller les pistes et lancer de nouvelles théories, s’éloignant la plupart du temps des clichés du genre. Le scénario arrive vraiment à instaurer un sentiment d’insécurité et même si certains trouveront le dénouement prévisible, c’est surtout le déroulement qui se montre stimulant dans sa manière d’altérer le réel et d’instaurer le fantastique dans sa définition la plus pure. A tel point que l’on commence à remettre en cause ce que l’on voit, entrant dans le même état paranoïaque que le personnage. La maîtrise qu’exerce Amenábar sur son histoire est impressionnante, ne laissant rien au hasard et soignant chaque détails, même ceux qui peuvent paraître insignifiants. Comme le dis l’adage « Le diable est dans les détails », il s’avère que le cinéaste a créé un diable fascinant de malice et de perversité. L’oeuvre s’impose dans la continuité parfaite des thématiques de sa filmographie, interrogeant les limites et les dangers de la croyance. Ici la religion et la psychologie ne sont que des représentants de l’obscurantisme, l’un par pur ignorance et de peur de la vérité tandis que l’autre par excès de réflexions préférant faire de la simplicité un monde complexe. Au final, la croyance se doit d’être individuel car sinon elle entraîne le fanatisme et la paranoïa collective, pouvant avoir des répercussions hors normes. Ici le cinéaste préfère le savoir et le pragmatisme qu’à la croyance supérieur brossant un récit ambitieux et complexe, loin de tout manichéisme, exposant la monstruosité et la beauté humaine en chacun de nous et en faisant une réflexion habile des travers de ce monde, qui se révèlent être intemporelles et universelles. Tout ça prend forme dans une très belle conclusion à une intrigue un brin didactique, Amenábar ayant peut être un peu plus de mal à y injecter du sang frais, faisant de Regression un film moins fort et original que ce qu’il a l’habitude de faire mais en aucun cas moins intelligent ou maîtrisé.
Le casting est dominé par le toujours excellent Ethan Hawke, qui offre une prestation impliquée et fiévreuse dont il a le secret, rappelant par la même occasion qu’il est un des meilleurs acteurs de sa génération mais aussi un des plus sous-exploités au cinéma. Il est accompagné d’acteurs impeccables qui donnent le meilleur d’eux-mêmes comme David Thewlis qui apporte un peu de dérision grâce à son jeu décomplexé, mais aussi juste et très intense. On aurait par contre pu croire qu’Emma Watson ait un temps de présence à l’écran plus conséquent mais, malgré ça, elle expose tout l’étendue dans son talent dans le personnage le plus complexe du film. Elle livre pour la première fois une interprétation plus nuancée et plus profonde que ce à quoi elle nous a habitués. Probablement son meilleur rôle. Elle partage aussi une très bonne alchimie avec Ethan Hawke donnant du poids à l’enquête et de la crédibilité à leurs interactions, elles sont assez rares mais vraiment prenantes.
La mise en scène d’Alejandro Amenábar se fait plus maniérée que ce à quoi il nous avait habitué par le passé, se rapprochantde la série B de luxe. Cependant, il distille tout le long du récit de très bonnes idées de mise en scène comme les vues subjectives qui permettent d’accentuer l’oppression des personnages, l’ensemble préférant avant tout miser sur l’instauration d’une ambiance paranoïaque et fiévreuse que sur la facilité des artifices de terreurs comme les jumpscares. Le film ayant aussi l’intelligence de ne pas tomber dans la gratuité, laissant les détails les plus glauques à l’imagination du spectateur, misant la carte de l’implicite plutôt que de bêtement montrer la violence et tomber dans le sensationnalisme. Cette suggestion passe par une utilisation astucieuse de différentes focales, qui lors de certains moments trouble la perception visuelle appuyant sur le côté ésotérique des scènes, offrant de manières fugaces des images déformées et terrifiantes qui imprègne la rétine et alimente l’imagination. On a aussi une réalisation technique abouti avec une photographie léchée qui joue de manière habile avec les couleurs, un montage impeccablement rythmé qui instaure de la tension tout du long et une composition musicale tendu et enivrante.
Regression est un donc un très bon film mais assurément un des Amenábar les moins réussis. Pourtant même si on peut être déçu de ce retour « mineur », on ne peut nullement faire la fine bouche devant cette oeuvre ambitieuse, maîtrisée et diablement intelligente qui arrive à être à la fois une série B grandiose au-dessus de la production cinématographique actuelle, mais aussi un film d’auteur abouti et complexe. Il s’impose même comme un excellent point d’entré à la filmographie du cinéaste pour les néophytes et comme une continuation pertinente des thématiques passés de celui-ci. Il saura donc contenté tout le monde à condition que l’on n’espère pas une révolution à tous les niveaux. Car le bashing autour du film ne se base que sur des attentes rigoureuses et impossibles à combler d’un public toujours plus intransigeant et qui ne laisse aucune place à autres choses que ces propres attentes. Ici Amenábar a préféré jouer la sûreté pour son retour en misant sur la maîtrise plutôt que sur la grandiloquence, ce qui s’accorde parfaitement avec son propos, qui est à la fois juste et terrifiant. Un très bon moment de cinéma, ni plus ni moins.
Synopsis : Dans les années 90, de plus en plus de rumeurs parlent de rites sataniques. Un homme, John Gray, est arrêté au Minnesota, en 1990, pour avoir abusé sexuellement de sa fille Angela. Mais il n’en a aucun souvenir, serait-il au cœur d’un complot ? L’inspecteur Bruce Kenner est chargé de l’enquête aidé du Dr Kenneth Raines…
Regression >> Bande annonce VOST
Fiche Technique: Regression
Espagne et Etats-Unis – 2015
Réalisation : Alejandro Amenábar
Scénario : Alejandro Amenábar
Interprétation : Ethan Hawke (Bruce Kenner), Emma Watson (Angela Grey), David Thewlis (Dr Kenneth Raines), Aaron Ashmore (George Nesbitt ), Lothaire Bluteau (le révérend Murray)…
Décors : Elinor Rose Galbraith
Costumes : Anne Dixon
Montage :Carolina Martínez Urbina
Musique : Roque Baños
Photographie : Daniel Aranyó
Production : Alejandro Amenábar, Fernando Bovaira et Christina Piovesan
Société de production : First Generation Films, Himenóptero et Mod Producciones
Société de distribution : The Weinstein Company
Toutes les images filmées au cours du WEI par les étudiants sont agencées pour permettre à l’internaute de naviguer en temps réel entres elles. Il choisit les différentes caméras, créant lui-même son propre montage.
Ainsi Wei or Die est une fiction d’un genre nouveau, immersive au possible, qui place le spectateur au cœur d’un dispositif interactif. Thriller sur fond de « teen movie », WEI OR DIE met en scène un week-end d’intégration d’une grande école de commerce au cours duquel les étudiants dépassent les limites de la simple fête.
Tout d’abord, il s‘agit clairement d’une excellente initiative de France télévision malgré les différents bugs informatiques qui peuvent survenir au moment du visionnage du film, difficilement regardable même avec un très bon réseau.
De plus, autant le dire tout de suite, les intentions du réalisateur au départ sont très bonnes. Il s’agit ici de dénoncer la brutalité des bizutages et intégrations en passant par un cinéma d’un nouveau genre (volonté d’immersion du spectateur par l’utilisation de nombreux supports audiovisuels, pour laisser au spectateur le choix de ce qu’il regarde).
Ainsi, à la manière d’une œuvre de Kim Chapiron, on obtient de belles images de ces éphèbes, qui montrent bien le côté dépravé du weekend d’intégration et mettent bien en perspective certains problèmes de société (drogue, alcool, humiliations, dérive sectaire de certaines associations). Simon Bouisson en fait un film de corps, de corps qui consomment à mesure qu’ils sont consommés, de corps qui sans cesse se consument. Par ailleurs on découvre ici une jeunesse née sous le signe du vide et du non-sens, qui ne trouve un exutoire à sa soif de révolte que dans l’abandon et la destruction des corps. C’est le naufrage existentiel d’une génération dévorée par la perte de tout repère. Il y a de la part de l’auteur et de nous-mêmes, la fascination de la transgression juvénile à son stade ultime. Mais c’est une transgression violente, qui s’impose, pas celle qui libère comme dans Project X. Elle n’émancipe pas, elle avilie.
Cependant, l’outrageuse caricature des personnages les rend complètement irréalistes en entraîne très peu d’empathie pour ces derniers.
De plus, le procédé technique échoue : le spectateur est frustré, en faisant ses choix de caméra, de ne pas tout voir.
En effet, le film perd ainsi tout son sens. Si l’intention est bonne et le procédé technique utilisé ambitieux et prometteur, l’œuvre échoue à plaire en raison de son script beaucoup trop manichéen qui caricature au possible les personnages les rendant irréalistes et, dès lors, l’immersion espérée n’a pas lieu puisqu’elle n’est que visuelle. L’esprit du spectateur demeure en dehors de ce méli-mélo filmé par des iPhone et des caméras type type Go-Pro. Par ailleurs, beaucoup d’instants sont ratés par le spectateur obligé de faire des choix ; alors, encore une fois, l’immersion demeure impossible et au lieu de vivre pleinement les scènes comme si l’on y était, on reste seul, derrière son écran, complètement frustré. En effet, sur plus de 2h30 d’images filmées, le spectateur n’en verra lui qu’une quarantaine de minutes. Un sentiment grandit chez le spectateur, comme si aucune scène n’était indispensable à l’intrigue globale ce qui ne va pas du tout avec le principe même d’un thriller basé sur son suspense ce que semble être WEI OR DIE, ainsi le film présente en lui-même très peu d’intérêt.
Il y a la présentation de beaucoup de points de vue et la narration reste unique. C’est le symbole de ce que l’information est devenue ; une inondation de flux masquant une pauvreté de diversités.
Le problème demeure dans l’absence d’aspérités, de profondeur. Simon Bouisson a souhaité des points de vue différents, or on assiste à une homogénéité d’un seul. Tant de caméras pour une histoire qui tient sur un court métrage…
Synopsis : Au cours d’un WEI, un week-end d’intégration d’une école de commerce, le corps d’un jeune homme est retrouvé noyé au bord d’un étang. Appelés sur les lieux, les policiers décident de saisir les films réalisés par les étudiants, pour tenter de lever les zones d’ombre et de rétablir la vérité.
Année : 2015
Réalisateur: Simon Bouisson
Co-réalisateur: Justinien Schrike
Scénaristes: Olivier Demangel et Simon Bouisson
Interprétation: Jade Hénot, Xavier Lacaille, Thomas Silberstein, Arthur Choisnet, Jonathan Demurger
Photographie: Ludovic Zulli
Production : Résistance Films, Cinétévé et France Télévisions: Nouvelles Ecritures
Durée: 45 min