12 Years A Slave de Steve McQueen : Critique du film

 12 Years a slave, un uppercut cinématographique

A travers cette histoire vraie adaptée des mémoires de Solomon Northup écrites dans le sang et les larmes, Steve McQueen réalise ici un film plus classique que ne l’étaient ses précédents longs métrages, Hunger (2008) et Shame (2011).

12 years a slave, nous démontre une fois de plus que le cinéaste britannique a des choses à nous dire. Filmé dans de superbes décors de la Louisiane, à travers une mise en scène magistrale, Steve McQueen nous offre un cinéma sans concession qui affronte l’esclavagisme de la manière la plus frontale : le réalisme historique et la radicalité de la barbarie poussent le spectateur à l’indignation. McQueen, dont la maîtrise narrative et plastique n’est plus à démontrer, affectionne les œuvres fortes, dérangeantes, fascinantes. Il continue à développer les thèmes qui lui sont chers comme la dégradation du corps et la déconstruction de l’esprit. Il impose sans détour au spectateur cet examen de conscience, et cet indispensable devoir de mémoire en recherchant l’essence même de l’esclavage, dans sa vérité la plus froide et la plus cruelle, en transmettant toute l’horreur de la traite des noirs dans les Etats du Sud au XIXe siècle, sous fond de complicité de la religion.

Steve McQueen fait durer ses scènes pour les rendre mémorables et imposer une tension psychologique étouffante. Il s’intéresse à la chair, et à la douleur: l’esclave se débat dans ses chaînes ; pendu, ses pointes de pieds flirtent péniblement avec la boue; subissant l’épreuve du fouet, les lambeaux de chair se répandent sous la torture … Le spectateur ressort de la salle hébété par cette expérience qui lui impose  un double choc, historique et artistique. La bande originale mélancolique, signée Hans Zimmer est superbe et colle parfaitement au récit.

12 Years a Slave, c’est également un casting cinq étoiles. Chewitel Ejiofor(Solomon Northup), enfin dans un premier rôle, offre une performance poignante et sensible autant dans la maîtrise des silences, la profondeur de son regard que l’impartialité de son jeu. Michael Fassbender (Edwin Epps) [iii], l’acteur fétiche de McQueen que l’on retrouve pour la troisième fois, délivre la meilleure prestation de sa carrière en incarnant Edwin Epps, un esclavagiste dérangé, violent, et sadique, qui n’est pas sans évoquer l’officier allemand Goeth dans La Liste de Schindler (1993).

Paul Dano, aussi hypnotisant dans son rôle de psychopathe minable qu’il l’était dans There Will Be Blood (2007), joue ici un maitre charpentier cruel, chargé de faire travailler les esclaves. Benedict Cumberbatch apporte de la subtilité à son personnage de William Ford, premier « propriétaire » de Northup, bon et généreux. La révélation du film est sans nul doute, Lupita Nyong’o bouleversante et poignante Patsey. Enfin, Brad Pitt (également producteur) est un peu caricatural en deus ex machina, en sauveur humaniste.

Twelve Years a Slave est une œuvre majeure d’une grande beauté esthétique, et d’une rare sensibilité, une déclaration prodigieuse à l’encontre du déni de la dignité humaine, une étude sur la résilience face à l’injustice la plus intolérable, et l’épopée plein d’espoir d’une liberté reconquise. Il y a à peine un an, Quentin Tarantino abordait l’esclavage dans Django Unchained en faisant de l’esclavage la toile de fond d’un western lyrique, sanglant et somptueux. Steve Mc Queen prend le parti du réalisme. Ici, l’esclavage n’est pas une toile de fond, c’est le sujet et le personnage central du film « Je ne veux pas survivre, je veux vivre » résume à elle seule la pensée de l’homme libre.

Synopsis : Etats-Unis, quelques années avant la guerre de Sécession. Solomon Northup (Chiwetel Ejiofor), violoncelliste new-yorkais, noir et libre,  accepte lors d’une soirée mondaine, un contrat à Washington et se fait droguer, puis kidnapper, en 1841. Il est vendu comme esclave dans les champs de coton d’un Sud ségrégationniste. Face à la cruauté d’un propriétaire de plantation de coton, Solomon se bat pour rester en vie et garder sa dignité. Douze ans plus tard, il va croiser un abolitionniste canadien et cette rencontre va changer sa vie…

12 years a slave : Bande-annonce

12 Years A Slave : Fiche Technique

Réalisateur : Steve McQueen
Scénaristes : Steve McQueen, John Ridley
Interprétation : Chiwetel Ejiofor (Solomon), Michael Fassbender (Mr Epps), Benedict Cumberbatch (Ford), Brad Pitt (Bass), Garret Dillahunt (Armsby), Paul Dano (Tibeats), Paul Giamatti (Freeman), Scoot McNairy (Brown), Sarah Paulson (Mme Epps), Lupita Nyong’o (Patsey)…
Direction artistique : David Stein
Décors : Adam Stockhausen (en) et Alice Baker (en)
Costumes : Patricia Norris
Photographie : Sean Bobbitt
Montage : Joe Walker (en)
Musique : Hans Zimmer
Budget : 20 000 000 $
Producteurs : Dede Gardner, Anthony Katagas, Brad Pitt,Jeremy Kleiner
Studio de production : New Regency Pictures, Plan B Entertainment, River Road Entertainment, Summit Entertainment, Film4, Regency Enterprises
Genre : Drame, reconstitution historique
Durée : 2h13
Date de sortie : 22 janvier 2014

Etats-Unis – 2013

 

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