Tirée du roman éponyme de Diana Gabaldon, la série Outlander est un excellent compromis entre le conte fantastique et la romance historique. Grâce au créateur de Battelstar Galactica et scénariste de Star Trek Generations, nous suivons Claire Randall (Caitriona Balfe), une infirmière de guerre, dans son voyage temporel au cœur l’Écosse du 18ème siècle. Cette série est certes une épopée imaginaire et un brin féministe mais c’est surtout une approche historique et réaliste de la période qui précéda la rébellion Jacobite en Écosse, ce qui la rend doublement intéressante.
Synopsis : 1945. Claire Randall, infirmière de guerre et herboriste à ses heures, s’offre une seconde lune de miel avec son époux. À Inverness, patrie des ancêtres de Mr Randall, ils découvrent d’étranges sites de culte et de sorcellerie. Revenue seule sur les lieux, Claire perd connaissance et se réveille à une toute autre époque…
Un peu d’Histoire…
Outlander est issue du roman de Le Chardon et le Tartan (titre original : Outlander) de Diana Gabaldon qui s’inspire d’une période clef dans l’histoire de l’Écosse et de l’Angleterre : la révolte Jacobite de 1745. Après l’avènement de l’église épiscopalienne, les descendants de la Dynastie des Stuart, catholiques et surtout d’origine écossaise, sont en exil en France. George II règne sur le trône d’Angleterre mais nombre d’écossais sont fidèles aux Stuart et conspirent pour le retour du roi Charles Edouard.
Parmi ces rebelles, on retrouve de célèbres clans des Highlands – porteurs de kilt mais redoutables guerriers – auxquels appartiennent les Clans Fraser et McKenzie de la série. Lors de la révolte Jacobite de 1745, le clan Fraser aura d’ailleurs un rôle prépondérant et notamment à Inverness. Ces événements mêlés à la fiction du roman suscitent l’intérêt de Ronald D. Moore pour les highlanders et la nécessité d’être au plus près de l’Histoire de l’Écosse. À ce sujet, le showrunner explique qu’il a mis tout en œuvre pour rendre le contexte authentique et crédible :
« Nous avons un historien qui lit tous les scripts et travaille avec les écrivains, il y a un herboriste, il y a un gaélique qui enseigne au casting à parler gaélique. (…) Notre mandat, mon mandat, était que je ne veux pas réinventer le 18ème siècle. Ce n’est pas une version cool, nouvelle ou branchée…elle doit juste être jouée pour ce qu’elle était. »
Beaucoup de romance et de Fantasy !
Dans Outlander, l’Histoire rencontre très vite l’imaginaire mais de façon sous-entendue et délicatement ambiguë au départ : la gouvernante du révérend lit l’avenir de Claire dans les lignes de sa main, elle participe à des rites étranges et paranormaux, une silhouette mystérieuse disparaît comme par magie sous les yeux de Mr Randal… Le premier épisode pose ainsi les bases du récit mais sème le doute aussi. Où se termine l’Histoire et où commence la fiction ? Tout est joliment métaphorisé et, lorsque Claire traverse cette porte du temps, il nous faut quelques instants afin de comprendre qu’il s’agit là d’un « voyage temporel ». D’ailleurs, Claire n’y croit pas non plus. Héroïne de la série et narratrice de l’aventure, elle nous accompagne et nous rassure par cette voix-off suave – mais jamais soporifique – qui est la sienne.
Surpris, curieux et surtout étrangers, nous le sommes finalement tout comme elle dans ce monde inconnu et hostile. Aussi, lorsqu’elle rencontre les premiers highlanders, Claire ne sait pas encore ce qui l’attend et ne comprend pas leur dialecte. Un dialecte en gaélique que Moore n’a volontairement pas sous-titré afin de nous laisser dans la même ignorance. Avec l’arrivée des guerriers du Clan Fraser commence alors un récit d’aventures fantastiques et charnelles aux allures de Game Of Thrones.
Dans un cadre sauvage, les clans des Highlands sévissent et parmi eux une multitude de personnages, seigneurs et barbares, aux instincts primaires. Mais aussi barbares soient-ils, ces personnages sont soignés et charismatiques. Beaucoup d’actions rythment cette série aux accents épiques de fantasy médiévale et les scènes de combats sont aussi violentes que les scènes d’amour sont osées. Pas un moment, dans Outlander, on ne s’ennuie. D’autant que l’on retrouve certains visages d’épopées fantastiques tels que Tobias Menzie alias Edmure Tully dans Game of Thrones ou Graham McTavish aka Dwalin de la saga Le Hobbit! On y croisera aussi des habitués de séries historiques comme The Borgias.
La beauté des décors et des costumes ainsi que la qualité de la mise en scène et la richesse des personnages font de Outlanderun spectacle visuel qui mérite largement d’être vu. Les fans attendent d’ailleurs avec impatience la saison 2 qui sera diffusée courant 2016 sur la chaîne américaine Starz.
Outlander, la bande-annonce de la saison 1
https://www.youtube.com/watch?v=NIBSn_M75OI
Fiche technique : Outlander
Création : Ronald D. Moore
Réalisation : John Dahl, Brian Kelly, Anna Foerster, Mike Barker, Richard Clark et Metin Hüseyin
Scénario : Ronald D. Moore, Matthew B. Roberts, Ira Steven Behr, Toni Graphia, Anne Kenney et Diana Gabaldon d’après sa série de romans Le Chardon et le Tartan (1991-)
Musique : Bear McCreary
Production : Matthew B. Roberts et David Brown
Producteurs exécutif : Ronald D. Moore, Jim Kohlberg et Andy Harries
Sociétés de production : Tall Ship Productions, Story Mining and Supply Company, Left Bank Pictures et Sony Pictures Television
Sociétés de distribution : Starz
Pays d’origine : États-Unis, Royaume-Uni
Lieu de tournage : Écosse
Langue originale : anglais, gaélique écossais
Genre : drame, fantasy, historique, romance, aventures
Durée : 60 minutes
Dates de diffusion :
États-Unis : 9 août 2014 sur Starz
Royaume-Uni : 26 mars 2015 sur Amazon Instant Video (internet)
Distribution : Caitriona Balfe : Claire Randall (née Beauchamp) / Fraser, Sam Heughan : James « Jamie » Fraser, Tobias Menzies : Frank / Jonathan « Jack » Randall, Graham McTavish : Dougal MacKenzie, Gary Lewis : Colum MacKenzie, Lotte Verbeek : Geillis Duncan, Bill Paterson : Ned Gowan, Laura Donnelly : Janet « Jenny » Fraser, Steven Cree : Ian Murray, Duncan Lacroix : Murtagh Fraser, Grant O’Rourke : Rupert MacKenzie, Stephen Martin Walters (en) : Angus Mhor
Après avoir vu La vie très secrète de Monsieur Sim et avant la rencontre avec l’équipe du film, l’acteur Jean-Pierre Bacri et le réalisateur Michel Leclerc, se tient une autre rencontre très importante pour moi, à 13h40, avec Éric Miot, délégué général du Arras Film Festival.
Co-créateur du Arras Film Festival avec Nadia Paschetto, Eric Miot a eu un parcours atypique. Il a notamment travaillé pour le service culturel de l’université d’Artois tout en travaillant dans le domaine du cinéma.
« Comment vient l’idée d’une rétrospective et pas d’une autre ? »
Tous les ans a lieu une sélection de films de genre. L’idée est d’associer des « films classiques et fun ». L’année dernière, il s’agissait de travailler l’Espion dans les années 60, rappelle-t-il.
C’est un vrai plaisir de voir un film de genre, c’est important même. Le film de genre est rarement mis en avant par les festivals, du moins pas assez, explique-t-il.
Le choix de Michèle Mercier n’est pas anecdotique, car elle a joué dans des films d’auteurs et dans des films de genre.
« Pourquoi ne trouve-t-on pas Heat, ou Ocean’s Eleven, films de braquage importants et plus récents, dans votre programmation ? »
Il s’agissait de plus se consacrer aux années 60 et 70. Aussi les gens connaissent plus ces films, dit-il. Ils auraient pu faire une programmation de films de braquage rien qu’avec les années 90, tant il y en a, ou démarrer à partir de cette décennie pour revenir sur la nouvelle vague de films de braquage. L’idée était aussi de s’amuser en revoyant ces premiers grands films du genre.
« Et concernant le choix de Jim Sheridan en tant qu’invité d’honneur du festival ? Et de son choix pour une rétrospective d’auteur ? »
L’idée est partie de la rétrospective sur l’Irlande, explique-t-il. Pourquoi ne pas prendre un réalisateur en rapport avec ce pays. Ils ont eu trois choix : Jim Sheridan, Paul Greengrass et Neil Jordan. Et le choix du réalisateur s’est présenté très rapidement. La facilité d’accès au réalisateur ou encore ses possibilités ou non de venir participent au choix.
« Est-ce que louer des film pour ce festival est compliqué ? Et les prix sont-ils élevés ? »
Pour les films classiques, en rétrospective, c’est relativement simple de les obtenir. Puis c’est un jeu d’enquête policière, on cherche le support physique, et puis on a affaire aux ayants droit.
« Ils posent souvent problème ? »
Ça dépend. L’année dernière, Stephen Frears a lui-même contacté la cinémathèque française pour leur demander le prêt de ses films alors libres de droit. Pour Jim Sheridan, il a fallu contacter la cinémathèque royale de Belgique, mais attention, il y a forcément des ayants droit.
« Vous connaissez beaucoup d’annulation chaque année ? »
Pas souvent, répond-il. Et puis, quand ils voient les efforts à fournir ou encore le prix à mettre pour pouvoir projeter un film, ils se demandent : « Est-ce que ça en vaut la peine ? ».
« Concernant Casanova ’70, vous l’avez projeté en dvd pour sa première diffusion… »
Oui, en effet, répond-il. La copie en 35 mm était bloquée en Ukraine à la frontière à cause des droits de douane. Et plutôt que de ne rien montrer, ils ont projeté le film en support dvd. « Chaque film peut avoir son aventure » dit-il, amusé.
« Êtes-vous satisfait des invités ? »
Oui, très satisfait des premiers invités, il a très rarement été déçu, dit-il.
« Et concernant ce rendez-vous de plus en plus important qu’est le Arras Film Festival, vous devez être content ? »
En effet, le rendez-vous du festival s’améliore, avec une marge de progression de dix pour cent chaque année, explique-t-il. Il s’agit donc de grandir tout en faisant attention à ce que la croissance ne les surpasse pas, et ne fasse pas perdre au festival son âme, son esprit. Il faut qu’il « reste un festival de proximité », et protéger les talents et les moments d’échanges.
L’Arras Film Festival compte trente à quarante mille spectateurs. Et de plus en plus de spectateurs viennent de l’extérieur. Mais il a fallu et faut d’abord préparer les spectateurs locaux.
« Une dernière question plus personnelle, un fantasme de cinéphile, est-ce que vous ferez un jour une rétrospective Sam Peckinpah ? »
Alors il s’agit plus de travailler sur un cinéaste vivant, car c’est l’idée d’une transmission de savoir. Et il faut respecter des quotas européens. Mais, personnellement explique-t-il, « c’est un très grand réalisateur » continue-t-il amusé.
« Oui, il y a eu une rétrospective Peckinpah à la cinémathèque française, mais l’exposition était consacrée à Scorsese… »
« Oui puis c’est beaucoup plus étalé » répond-il.
« Complètement. C’est vraiment dommage.
Merci beaucoup Eric Miot ! »
« Merci à vous. » répond-il souriant.
Ce fut alors la fin de cette intéressante interview avec Éric Miot, un homme passionné, intelligent, accessible et gentil.
Rencontres avec Jean-Pierre Bacri et Michel Leclerc pour le film La vie très privée de Monsieur Sim
Pour cette cinquième journée du festival, un programme à nouveau intéressant et riche : un film La Vie très privée de Monsieur Sim, la rencontre avec son équipe : l’acteur Jean-Pierre Bacri et le réalisateur Michel Leclerc (respectivement à gauche et à droite sur la photographie de couverture), et l’interview d’Éric Miot, délégué général du Arras Film Festival.
11h15 – Entre histoire et Histoire :
La vie très privée de Monsieur Sim, de Michel Leclerc, avec Jean-Pierre Bacri, Mathieu Amalric, Valeria Golino, Isabelle Gélinas, Félix Moati & Vincent Lacoste, sortie le 16 Décembre 2015.
5/5
Synopsis : Monsieur Sim n’a aucun intérêt. C’est du moins ce qu’il pense de lui-même. Sa femme l’a quitté, son boulot l’a quitté et lorsqu’il part voir son père au fin fond de l’Italie, celui-ci ne prend même pas le temps de déjeuner avec lui. C’est alors qu’il reçoit une proposition inattendue : traverser la France pour vendre des brosses à dents qui vont « révolutionner l’hygiène bucco-dentaire ». Il en profite pour revoir les visages de son enfance, son premier amour, ainsi que sa fille et faire d’étonnantes découvertes qui vont le révéler à lui-même.
On peut voir le film comme un Road Movie. En effet, le personnage, de par son travail, voyage. Un road trip géographique accompagné d’un voyage spirituel et historique. Car il s’agit pour Monsieur Sim de se retrouver, de se « révéler à lui-même » comme le dit très bien le synopsis. Michel Leclerc, à travers ces trois « voyages, reconstruit devant nos yeux ébahis par la beauté des images, ou encore par la prestation de Jean-Pierre Bacri, l’identité de Monsieur Sim, homme décomposé.
Cette reconstruction se fait notamment par la mise en place d’histoires personnelles, familiales, et d’autres collectives, qui vont être liées par le réalisateur. D’un côté, Sim réveille des souvenirs personnels, liés à l’histoire de son père qu’il découvre véritablement à plus de cinquante ans. À ces histoires est rapprochée l’Histoire, c’est-à-dire la « grande histoire », collective, celle du marin solitaire Donald Crowhurst. Ce dernier, marin du dimanche, s’est engagé dans une course perdue d’avance. Vendu par son agent de communication comme futur gagnant et l’un des meilleurs navigateurs au monde, Crowhurst perdra la tête et se jettera en mer. Son navire sera retrouvé, son corps, jamais. Il aura tenu un journal vidéo et écrit, que Michel Leclerc a repris dans son film. Ainsi les images d’archive côtoient celles du Sim. L’histoire collective permet à Sim de comprendre la sienne.
Et justement, à l’inverse de Crowhurst, Sim n’abandonne pas; après avoir accepté toutes ces vérités, avoir accepté la réalité, il est plus fort que jamais, et est prêt à vivre véritablement le reste de sa vie. Cette construction est double, en effet : Michel Leclerc construit une histoire universelle dans laquelle tous peuvent se retrouver de part et d’autre, de la solitude extrême dans une société hyper-connectée, de la famille décomposée à celle rongée par les secrets, de l’emprisonnement de l’individu dans son travail à sa libération d’autres cadres.
L’originalité de ce road-movie tient de la réussite de ces entrecroisement d’histoires et d’Histoire, permise grâce à la réalisation de Michel Leclerc, à Jean-Pierre Bacri – brillant dans son personnage triste, absurde, parfois drôle, perdu, un peu fou, essayant de se raccrocher à n’importe quoi –, et au reste du casting extrêmement bien conçu : on reconnaît directement les personnages à n’importe lequel de leur âge, on a clairement l’impression de voir un acteur dans sa jeunesse et sa vieillesse. On peut penser à Valeria Golino, toujours aussi belle et douée, et l’actrice choisie pour incarner le personnage dans sa jeunesse, aux ressemblances de physique et de jeu frappantes. Autre acteur essentiel au casting et pourtant physiquement peu présent pendant le film : le génial Mathieu Amalric à la voix si passionnante et enivrante, et au personnage humain, aimant véritablement les autres, sans méchanceté, et sincère : il avouera son obsession pour Crowhurst à François Sim très vite par exemple.
La vie très privée de Monsieur Sim l’est à la fin beaucoup moins et se révèle ainsi comme une histoire universelle – adressée à tous – et collective – constituée avec d’autres et ouverte aux autres. En cela, Michel Leclerc a réalisé un vrai film de cinéma, art populaire, art du partage, art du collectif et de l’individu.
18h30 – Rencontre avec Jean-Pierre Bacri et Michel Leclerc pour La vie très privée de Monsieur Sim.
Sur le choix de cette histoire, que le réalisateur a trouvé dans le roman éponyme
« Ça fait du bien de rentrer dans une autre histoire. », explique Michel Leclerc. Le roman l’a bouleversé. Et il a essayé de faire un film qui lui ressemble tout en allant ailleurs.
Il avait aussi ces obsessions sur le paradoxe de l’existence de nombreux moyens de communications et de la grande solitude de nos vies. De plus, il s’agissait pour lui de travailler un personnage qui a une forme de dépression altruiste. Et c’est un film qui parle des secrets de famille, des névroses qui habitent une famille.
Sur l’écriture du film et le choix de Jean-Pierre Bacri
Le réalisateur explique s’être forcé à ne pas se fixer sur quelqu’un, pour avoir une rencontre avec l’acteur. Il a très vite pensé à J-P Bacri, mais n’était pas sûr que le comédien réponde positivement.
Dans le personnage, il y a une forme de candeur, d’enfance, une absence de cynisme, remarque une collègue.
Au début, il y a une comédie puis vient une certaine mélancolie
Michel Leclerc explique ça lui plaisait de faire une comédie sociale dont on n’arrive plus à cerner la suite, « on ne sait plus où on va ». Un film allant vers une dimension métaphysique.
Concernant la construction du personnage
Il ne croit pas beaucoup en ça, explique Bacri, ni sur l’idée d’avoir du mal à sortir du personnage. Il travaille, lit beaucoup, puis ajoute sa musique personnelle. Même il s’intéresse à la scène seulement trois à quatre jours avant, il n’improvise pas, l’acteur n’aime pas ça. L’idée est que lui et le réalisateur connaissent toutes les étapes. Michel Leclerc lui rappelait les points importants, l’état du personnage. Il explique aussi qu’il travaille beaucoup la continuité, la logique de la psyché du personnage.
« Je veux une cohérence d’ensemble » ajoute le réalisateur, mais dans une même scène, l’acteur peut changer d’état bien sûr.
Sur le rôle de François
Ce qui a attiré Jean-Pierre Bacri, c’est le fait que ce personnage soit changeant, ait plusieurs teintes, à l’inverse des rôles qu’il a interprété, où il n’avait que deux ou trois teintes.
Sur notre société hyper-technologique
L’acteur explique ne pas avoir « le syndrome Finkielkraut », c’était mieux avant », non : «c’est toujours mieux aujourd’hui ». « Par contre, aujourd’hui, on est suivi (…) il n’y a quasiment plus d’endroits où on n’est pas suivi à la trace » poursuit le réalisateur.
Sur l’écriture du scénario avec sa femme, Baya Kasmi.
Le réalisateur a d’abord fait seul un débroussaillage du roman, pour voir ce qui l’intéressait notamment. Puis il s’est mis au travail avec sa femme.
Sur la rencontre avec Jonathan Coe, comment il l’a convaincu de le laisser adapter son roman, et sur la fin très différente
Michel Leclerc n’a pas gardé la fin du roman qui est une mise en abîme de l’écrivain qui aurait tout imaginé. Il ne comprenait pas cette fin. Puis le réalisateur a eu la chance de rencontrer l’auteur, avec qui il a « bu des coups », et montré ses films. Alors l’auteur lui a accordé le droit d’adapter son roman. De plus, il était présent aux étapes du film, au tournage, au montage. La relation a été très facile.
A l’inverse du roman qui fait déplacer le personnage en Angleterre, Michel Leclerc le fait notamment voyager en Auvergne, à cause du côté angoissant du lieu, de la solitude qu’il inspire. « C’est très français » a dit l’auteur après avoir vu le film. Un commentaire qui a plus au réalisateur mais il ne savait pas si c’était un compliment, explique-t-il, amusé.
Jean-Pierre Bacri n’a pas lu le roman, étant scénariste, il n’aurait pu éviter de comparer le film au livre.
Sur la difficulté de porter un film
L’acteur est en effet sur quasiment tous les plans. Est-ce difficile à porter ? Non répond celui-ci, il ne se regarde pas, car il se trouve mauvais; quand les gens disent qu’il est bon, il les « croit sur parole ».
Sur le fait de travailler avec un seul acteur, et pas un groupe
Cela dépend de la relation entretenue avec l’acteur, explique Michel Leclerc. Bacri continue en expliquant qu’on quitte les acteurs trop tôt, en effet ces derniers finissaient leur travail rapidement et partaient, alors qu’il aime tourner avec d’autres personnes.
Sur le choix du casting, notamment vocal
Les voix doivent marquer, explique Michel Leclerc : le personnage de Samuel, porté Mathieu Amalric a touché l’importance de la scène rien qu’avec sa voix.
Éviter les clichés, comment fait-on ?
Le « scénario contourne des scènes qu’on a beaucoup vues dans beaucoup de films » accorde Bacri. Michel Leclerc, amusé, enchérit en expliquant qu’on lui avait dit : « il vaut mieux partir d’un cliché que d’y revenir ».
« Michel Leclerc, votre film est un road movie, et comme dans ce genre de films, le personnage fait un parcours multiple, un voyage physique, historique et spirituel… Plus il avance, plus il se trouve, plus il reconstruit l’identité, car c’est aussi de ça qu’il s’agit dans le film, de la reconstruction d’une identité… Pourriez-vous nous en dire plus ? »
En effet, il s’agit d’un voyage en trois dimensions : spatial (d’ailleurs il parcourt peu de road au final, il tourne beaucoup sur lui-même), dans sa propre vie (via son histoire, ses récits), et aux confins de sa propre raison. En se perdant géographiquement, le personnage va se retrouver. A la fin du film, il est au soleil, il prend le bras de son père, et il est prêt à affronter la suite de sa vie, me répond-il.
« Vous avez utilisé la voix extraordinaire de Mathieu Amalric qu’on entend en off lorsque Jean-Pierre Bacri lit, il me semble qu’il y a quelque chose d’ambigu derrière, qui annonce la fin. »
Il faut rappeler que c’est le personnage de Mathieu Amalric qui lui a donné le livre, me répond-il, mais en effet, en lisant, le personnage de Bacri doit penser inconsciemment au personnage de Samuel qui l’a « initié » plus que François ne le croit.
Sur la rencontre des spectateurs à Arras
C’est un vrai plaisir, c’est super, « la rencontre avec les gens qui voient le film est essentielle (…) quel que soit leur avis, leur pensée. ».
« Quand on voit tous ces allers-retours entre présent et passé(s), on ne peut qu’être étonné du travail de continuité que vous assurez entre les acteurs, leur physique, leur jeu… Jean-Pierre Bacri, avez-vous échangé avec les versions plus jeunes de vos personnages ? »
« Non on ne s’est pas rencontré pour travailler, mais on s’est vu oui. » me dit l’acteur. Le jeune acteur qui l’incarne adolescent, Daniel Di Grazia, a travaillé pour tenter de jouer comme l’aurait fait Bacri à son âge. « Il a potassé son Bacri » continue le réalisateur, rieur.
Pour la continuité, c’est très effrayant explique-t-il, car il faut réussir à tout mettre en place afin que le spectateur arrive à reconnaître tel personnage jeune ou plus âgé, à reconnaître l’acteur aux différents âges de sa vie.
Cependant, il y a eu un très bon casting ici, poursuit Jean-Pierre Bacri. La fille qui incarne le personnage de Valeria Golino jeune, Lucile Krier, est très forte, dans ses gestes, ou encore avec sa ressemblance physique, la continuité est très forte, expliquent l’acteur et le réalisateur.
Puis il s’agit aussi de quelques phrases, d’attitudes de personnages qu’on retrouve aux différents âges de leur vie.
Enfin, quelques mots face caméra pour inviter le public à se rendre au Arras Film Festival de l’année 2016
Après quelques hésitations humoristiques, des questions telles que : « À la caméra ? Pour 2016 ? Les spectateurs de 2015 ? », sortirent les deux grandes dernières répliques de cette fin de journée :
Michel Leclerc – « Les films de 2016 seront meilleurs que de ceux de 2015. »
Musique du film Black, le West Side Story bruxellois
Ce mercredi 11 Novembre, sort sur les écrans Belge, le film Blackd’Adil El Arbi et Bilall Fallah, adapté des romans Black et Back de Dirk Bracke, ce second long-métrage après «Image» montre la réalité multiculturelle d’une ville rarement exposée sous cet angle. Une peinture de la capitale de l’Europe propulsant au cœur des bandes urbaines, mettant en scène des acteurs noirs ou maghrébins, un cinéma inhabituel dans ce pays, ancré encore dans une certaine tradition cinématographique plutôt bourgeoise.
Une virée dans les ghettos hallucinante explosant les clichés en les caricaturant
Un film politiquement incorrect contant à travers une Love Story moderne, les rapports ultra violents entre bandes ethniques, leurs codes, leurs batailles pour le moindre pavé, bout de trottoir….Black est un film teinté d’influences américaines, il rapproche les deux réalisateurs de cinéastes comme Martin Scorsese (Mean Streets), Spike Lee (Do the Right Thing), Mathieu Kassovitz (La Haine) avec des scènes trash comme dans Irreversible de Gaspar Noé. Cette manière de filmer explicitement la violence sans aucun complexe avec ses gros plans sur des blessures par balle, scène de viol dans une église désaffectée peut choquer des cinéphiles en raison de son hyper action esthétisée. Un film polémique raciste pour certaines associations, un film coup de poing intelligent pour d’autres, éclatant par l’extrême caricature cette image de voyous, de gangs urbains associée aux citoyens de ses quartiers.
Black: La B.O./Trame sonore/Soundtrack
Générique Divin et musique hip-hop
Le générique du film Black est une reprise du tube de la chanteuse d’Amy Winehouse Back To Black, divinement interprété par l’artiste belge Oscar & The Wolf et la chanteuse Tsar B.
On retrouve dans cette BO orchestrée par Hannes De Maeyer des artistes belges comme le groupe Soul’Art groupe dont fait partie l’actrice Martha Ganga Antonio, le rappeur Romano Daking…
Playlist du film Black
1. Chronology (feat. Nixon) – Bringhim
2. Black – Damso
3. Boma Ye -Negatif Clan
4. Crack and Weed – Jones Cruipy
5. Gros Son – Romano Daking
6. Pocahontas – Bringhim
7. Dans un Bar à 5 – La Smala
8. Can’t Lose – Gangthelabel
9. Problèmes – Romano Daking
10. Can You Hear Me – Aboubakr & Martha
11. Back to Black (Film Black Version) [feat. Tsar B] – Oscar and the Wolf
Synopsis: Dans les rues de Bruxelles, la guerre des gangs fait rage entre les Black Bronx, et leurs rivaux, les 1080. Mavela, 15 ans, fait partie de la première bande quand elle rencontre Marwan, un adolescent dévoué à la seconde. Entre eux, c’est le coup de foudre. Mais ils vont vite être tiraillés entre les frissons du premier amour et la loyauté au groupe…
Black: Fiche Technique
Réalisateurs: Adil El Arbi, Bilall Fallah
Scénario: Nele Meirhaeghe, Adil El Arbi et Bilall Fallah
Casting: Martha Ganga Antonio: Mavela, Aboubakr Bensaih: Marwan, Emmanuel Tahon, Sanaa Alaoui, Claude Musungayi, Bwanga Pilipili, Issaka Sawadogo…
Genre: Drame, ACtion, Thriller
Durée: 95 min
Date de sortie (en Belgique): le 11 novembre
Durée: 1h 35m
Bande originale: Hannes De Maeyer
Photographie: Robrecht Heyvaert
Décors: Stijn Verhoeven
Costumes: Nina Caspari
Maquillage: Dorien Biesmans
Montage: Adil El Arbi, Bilall Fallah
Son: Joeri Verspecht
Production: Caviar
Producteurs: Frank Van Passel, Bert Hamelinck, Ivy Vanhaecke
Productrice Associée: Charlotte Van Hassel
Coproduction: a team productions, Climax Films, RTBF
Coproducteurs: Olivier Rausin, Arlette Zylberberg
Producteurs Exécutifs: Hendrik Verthé, Kobe Van Steenberghe
Cinématographie: Robrecht Heyvaert
Les deux réalisateurs ont été récompensé par le Prix Dropbox Discovery lors du 40ème Festival International du Film de Toronto et intégrer l’agence Creative Artists Agency (CAA) et Management 360.
Un film qui pour le moment n’a pas de date de sortie dans les salles obscures en France.
Marthe Villalonga est une actrice de second rôle à la carrière impressionnante. Longtemps relayée au personnage de la mère juive depuis Un éléphant, ça trompe énormément d’Yves Robert sorti en 1976, alors qu’elle est pied-noir (rôle qu’elle endosse dans Le Coup de sirocco d’Alexandre Arcady en 1979), l’actrice octogénaire habituée à la comédie* renoue avec le drame dans La Dernière leçon de Pascale Pouzadoux, qui elle-aussi, effectue un virage dans un nouveau registre.
Synopsis : Madeleine, 92 ans, décide de fixer la date et les conditions de son décès. En l’annonçant à ses enfants et petits-enfants, elle veut doucement les préparer à sa future absence. Mais pour sa famille, c’est le choc. Tous ont du mal à accepter ce choix sauf Diane, sa fille, qui partagera avec humour et complicité ces derniers moments.
« Les morts ne sont vraiment morts que lorsque les vivants les ont oubliés. » – proverbe malgache
Avec 3 comédies très inégales, on ne peut pas affirmer que la réalisatrice, qui s’était fait remarquer au festival d’Alpe d’Huez en 2003 avec son premier long-métrage Toutes les filles sont folles (mention spéciale du Jury), possède une réelle patte singulière. Le problème se généralise avec l’émergence d’une multitude de films oubliables dont on ne mémorisera probablement jamais le nom de ses réalisateurs/trices. De nouveau, la déception devient pain commun.
Si l’on peut saluer la performance de Sandrine Bonnaire, dont le talent n’est plus à contester, le reste de la distribution, des choix de mise en scène et presque des intentions est cependant à remettre sérieusement en question. Comment se fait-il que Marthe Villalonga puisse autant réciter son texte sans la moindre émotion? Son personnage de grand-mère qui décide d’en finir avec la vie devient quasi-antipathique, alors qu’il est censé attirer sympathie et compassion tant le caractère est linéaire et le jeu monotone. Il en va de même d’Antoine Duléry (époux de la réalisatrice) qui radicalise son jeu tant l’écriture manque de profondeur et d’originalité. L’acteur ne propose aucune variation et ne semble pas capable de sortir de son personnage du commissaire Larosière dans les séries Petits meurtres en famille et Les Petits Meurtres d’Agatha Christie qui l’a fait découvrir au grand public. C’est en effet le problème, en se fixant comme objectif de toucher le « grand public », Pascale Pouzadoux se perd dans les clichés habituels. Un personnage de l’ado bouclé qui se rebelle qui aurait pu sortir de Nos Chers Voisins, un voisin noir Monsieur Propre plus-avenant-tu-meurs, une femme de ménage toujours souriante aux formes généreuses, des enfants prétextes, un mari cabotin. Les articles sont indéfinis, conséquence directe de cette généralité fumeuse qui annihile l’adhésion et l’émotion en sus. La faute à l’écriture qui n’est jamais développée au-delà des apparences. L’ensemble reste donc à la surface sur la terrible acceptation des proches face à la volonté de mourir. Le paradoxe se crée et le spectateur est tendu entre ennui pathétique et rigidité solennelle. Le deuil se veut universel et les personnes concernées ne peuvent être touchées que par Sandrine Bonnaire qui représente à elle seule toute le désespoir et l’incompréhension face à l’absence appréhendée.
Le deuxième principal défaut est du côté de la photographie, claire et sans aucun contraste, elle s’apparente à un énième épisode d’un soap made in TF1, plutôt que d’appuyer sur la gravité du sentiment en soulignant les clairs obscurs qui auraient été plus agréables à regarder. Ne soyons cependant pas aussi radical, car La Dernière leçon, malgré l’amateurisme déconcertant, peint un portrait mère/fille des plus touchants et amorce quelques poésies, notamment grâce à la bande son composée par Eric Neveu, mais elles finissent toujours mal équilibrées. Le bon sentiment dégoulinant isole donc malheureusement l’objet du reste de la réalité et rejoint le panthéon des pseudo drames trop bien construits pour être crédibles.
La Dernière leçon n’invente pas l’eau chaude et tire la larme peut-être jusqu’à l’excès maladroitement déjà-vu, mais grâce à Sandrine Bonnaire, elle finit par couler, à la seule raison de vivre présentement une situation similaire.
*1985 : Trois hommes et un couffin de Coline Serreau – 2004 : Les Dalton de Philippe Haïm – 2013 : Turf de Fabien Onteniente – 2014 : Supercondriaque de Dany Boon.
La Dernière leçon: Extrait vidéo
Fiche Technique: La Dernière leçon
Réalisation : Pascale Pouzadoux
Scénario : Pascale Pouzadoux, Laurent de Bartillat, Noëlle Châtelet
Casting : Sandrine Bonnaire (Diane), Marthe Villalonga (Madeleine), Antoine Duléry (Pierre), Gilles Cohen (Clovis), Grégoire Montana-Haroche (Max), Sabine Pakora (Victoria), Manon Matringe (Diane), Emmanuelle Galabru, Charles Gérard
Genre : Drame
Nationalité : France
Date de sortie : 4 novembre 2015
Durée : 1h45
Photographie : Nicolas Brunet
Montage : Sylvie Gadmer
Décors : Laurent Avoyne
Costumes: Charlotte Betaillole
Musique : Eric Neveux
Producteurs : Olivier Delbosc, Marc Missonnier, Christine de Jekel
Production : France 2 et Wild Bunch
Distributeur : Wild Bunch
Rencontre avec l’équipe des films: « Le Goût des Merveilles », « Et ta soeur »….
Pour cette quatrième journée du Arras Film Festival, retour sur les films Le Goût des Merveillesd’Eric Besnard, Et ta sœur de Marion Vernoux, puis sur nos rencontres avecla grande Michèle Mercier, et les équipes des films : Eric Besnard, Virginie Efira, Grégoire Ludig, et Marion Vernoux.
9h15 – Pour le pire et pour le meilleur :
Retour sur Le Goût des Merveilles d’Éric Besnard, avec Virginie Efira et Benjamin Lavernhe – de la Comédie Française –, sortie programmée le 16 Décembre 2015.
3/5
Synopsis : Au cœur de la Drôme provençale, Louise – incarnée par Virginie Efira – élève seule ses deux enfants et, poursuivie par les banques, tente de préserver l’exploitation familiale. Un soir, elle manque d’écraser un inconnu au comportement singulier, répondant au prénom de Pierre – interprété par Benjamin Lavernhe. Cet homme se révèle vite différent de la plupart des gens. Et sa capacité d’émerveillement pourrait bien changer la vie de Louise et de sa famille.
Le Goût des Merveilles est le Rain Man (Barry Levinson, 1988), ou encore le As Good as it Gets (Pour le pire et pour le meilleur, James L. Brooks, 1997) français. En effet, on a le même schéma narratif, la personne différente, atteinte d’autisme ou d’une autre forme de trouble (psychologique, etc), rencontre une personne (son frère dans Rain Man, une serveuse dans As Good as it Gets, une exploitante fruitière ici) plongée dans les enfers de leur quotidien (loyer à payer, fils malade, etc), et les deux personnes vont au contact de chacun, s’aider, s’améliorer, se révéler, s’aimer. Et le film est déjà surpassé par ces deux grands films concernant ce schéma. Le Goût des Merveilles est beaucoup plus facile et rapide dans sa narration et la progression des personnages que les deux autres. La fin d’As Good as it Gets est emplie d’espoir, elle est une ouverture sur un avenir plus joyeux pour les deux personnages qui ont progressé, ont atteint certaines étapes, mais n’en sont pas à la fin ou presque de leur progression, alors que Louis et Pierre terminent leur petite épopée avec une fin joyeuse, avec aussi une ouverture, mais le plus gros des efforts à fournir ou des étapes à passer dans leurs progressions respectives est fait.
Si Benjamin Lavernhe s’est inspiré de Rain Man entre autres (voir point presse plus bas) pour son rôle, il s’en est tout de même détaché. Il incarne un garçon « honnête, juste, loyal, qui ne sait pas mentir » explique Jules, son protecteur et parent – figure du vieux sage très bien interprétée par Hervé Pierre. Les seuls accidents provoqués par Pierre n’en sont pas vraiment, au contraire, puisqu’il est un génie des maths, il a su hacker la bibliothèque numérique nationale. Certes, il a des accidents (des crises) parfois, lorsque la situation autour de lui dérape, devient pour lui incontrôlable, notamment avec un surplus de sons – et de visuels – mécaniques et technologiques : des véhicules criards, etc, mais ce ne sont pasdes accidents très violents, sauf pour Pierre lui-même, qui toutefois s’en remet relativement vite. En effet, là où Melvin Udall – incarné par Jack Nicholson – dans As good as it Gets était véritablement ordurier et vulgaire avec les gens qu’il croisait à cause de ses problèmes, là où Raymond – interprété par Dustin Hoffman – dans Rain Man avait des crises plutôt terrifiantes et intensément difficiles (on aurait pu aussi penser à l’enfant autiste dans Mercury Rising (Code Mercury), d’Harold Becker, sorti en 1998), Le Goût des Merveilles tend à faciliter, alléger, ou encore rendre plus agréable le handicap, beaucoup moins difficile ici qu’ailleurs. Dans Intouchables (2011), si les réalisateurs Éric Toledano et Olivier Nakache ont su créer un recul comique avec les deux personnages, leur relation, et ont fait une comédie, ils n’ont pas omis de montrer bien des difficultés présentes dans le quotidien d’une personne en situation de handicap. La comédie, la romance ou une autre forme de légèreté ne venaient pas cacher la réalité pas tous les jours évidente du handicap.
Bien sûr, on pourrait répondre à cela qu’il y a différents degrés de handicap et que le personnage est à un faible niveau de handicap, m’enfin Pierre n’est pas véritablement intégré à la société, il vit dans une petite pièce réaménagée dans l’arrière-boutique d’une librairie – dans laquelle il peut être certainement très heureux, après tout il est féru de lecture et connaît tous les livres du commerce par cœur mais il expliquait assez vite dans le film qu’il ne lisait plus, car ça ne lui plaisait plus –, on pense même à l’interner car il est potentiellement dangereux à cause de son génie mathématique, lié à ses grandes capacités de hacker, et c’est d’ailleurs Louise et ses enfants qui vont le « sauver ».
La capacité d’émerveillement du personnage est certes agréable, surtout lorsqu’il est dans les vergers de la Drôme. Si les plans sur ces mains progressant et caressant délicatement les feuilles, et autres cadeaux de la nature, avec un léger jeu de focus (flou et net) et de surexposition, sont jolis, ils remakent tout simplement ceux de Gladiator (Ridley Scott, 2000), qu’on peut voir lorsque Maximus se souvient de sa demeure, de sa famille, de ses terres, et lorsqu’il fantasme sur son retour dans sa famille, et aussi à la fin du film. Ces plans dans le film d’Éric Besnard perdent beaucoup de leurs puissances. On pourrait dire que le rapport est différent, mais non, il y a toujours cette idée d’émerveillement via le lien presque mystique de l’homme à la nature. Cette reprise malmenée est liée à une certaine artificialité présente dans le film, notamment dans le jeu des acteurs, plus précisément une actrice : Virginie Efira. Si c’est une bonne actrice, elle n’est pas excellente ici. Tout est trop joué, pas assez vécu. Tout respire l’artifice. Et pourtant parfois, elle réussit, comme à la fin du film, lorsqu’elle observe silencieusement Pierre. Et aussi quand elle sourit sans forcément le vouloir, lâchant alors une moue étrange et belle. Il lui manque donc plus d’humanité – de vérité – pour rendre son personnage aussi fort que celui de Benjamin Lavernhe. Car si son personnage handicapé est bon, gentil, doux, et avec peu de problèmes, la performance de l’acteur est à saluer, car il apporte bien plus, dans son regard, ses mouvements presque imperceptibles : une flamme. Comme si Pierre ne demandait qu’à se libérer de tous ses troubles, comme si derrière son regard, il criait silencieusement. Il y a donc vraiment une certaine violence, et comme dit précédemment, seul Pierre la vit, et elle est très vite mise de côté.
Revenons sur la nature très bien filmée par le réalisateur. Votre serviteur étant originaire de la Drôme, il a su apprécié les images de son « pays », filmé avec une vraie passion, lui rendant toute sa beauté mais aussi sa sauvagerie : on peut penser à la scène où il faut ouvrir des centaines de bougies pour combattre le gel destructeur et ainsi protéger les arbres fruitiers. Ainsi Le Goût des Merveilles est un film joli, avec de bonnes intentions, de bons propos : le combat de la différence, et pour l’égalité entre tous les êtres humains ; les images de la nature ; le lien de la nature à l’homme qui tend à être effacé à cause du capital et son « efficacité » et surtout sa « soif » économique… Mais comme dit Pierre lorsqu’il mange des merveilles (biscuits) : « C’est bon mais la tarte aux poires, c’est meilleur ».
11h15 – Bref retour pour un film anecdotique : Et sa sœur.
Film réalisé par Marion Vernoux, avec Géraldine Nakache, Virginie Efira, Grégoire Ludig
2/5
Synopsis : Pierrick est encore sous le coup de la disparition récente de son frère. Alors pourquoi ne pas accepter l’invitation de Tessa, sa meilleure amie, dans sa maison familiale afin de passer une semaine seul à méditer sur sa vie ? Mais à son arrivée, Pierrick trouve la maison déjà occupée par Marie, la demi-soeur de Tessa, venue y soigner une blessure amoureuse. Après une soirée très arrosée suivie de l’arrivée inopinée de Tessa elle-même, le trio va aller de situations délicates en révélations inattendues…
Le film est ainsi un drame, empli de moments de comédie et d’émotion. Si la situation des personnages peut rappeler au spectateur celles de Carnage (de Roman Polanski, 2011) et Faces (Cassavetes, 1968), ne vous attendez pas à la mise en scène et l’acting de ces films grands et brillants. Non, rien que pour les révélations – les moments de vérité – qui arrivent très vite, s’enchaînent, sans qu’il y ait parfois de logique humaine et d’instinct humain là-dedans. Non, on ne comprend pas toujours les motivations du personnage et les enjeux du film. La réalisation cherche à capter ce moment de vérité, qui arrive dans l’attente. Mais il n’y a pas d’attente, pas de moment de latence. Tout est artificiel, si les acteurs ont été libres de jouer, ils auraient dû être poussés à bout, pour que ces moments de dispute collective arrivent logiquement, humainement, et pas au détour d’un dialogue sorti on ne sait pourquoi.
La réalisatrice Marion Vernoux expliquait lors du point presse qu’elle aimait voir trois personnages évoluer ensemble, et voir comme un élément pouvait tout bouleverser. On peut penser à ces dialogues dont la seule provenance n’est pas le personnage, mais la réalisatrice / scénariste. La maison et le lieu au bord de mer choisis pour le film sont d’excellents choix, mais pas toujours exploités. Si elle a plusieurs étages permettant un jeu : un étage pour chaque personnage – semble-t-il – qui peut se déplacer d’un niveau à l’autre et ainsi permettre la rencontre, les fenêtres ne sont pas utilisées. Il aurait pu y avoir tout un jeu sur les regards à travers les fenêtres.
Si Grégoire Ludig s’en sort très bien avec son personnage, en l’interprétant de manière sobre, Géraldine Nakache joue la french pop modern young woman comme elle sait déjà bien le faire (voir les films Sous les jupes des filles, Audrey Dana, 2014 ; L’ex de ma vie, Dorothée Sebbagh, 2014, Les Infidèles, sketch du Prologue, 2012). Virginie Efira s’en sort relativement bien, mais ne semble pas correspondre physiquement au personnage qu’elle incarne : une femme lesbienne tatouée et hypster, expliquait l’actrice au point presse. Mais pourquoi ne pas avoir travaillé sur son visage, ses cheveux ? Car il ne suffit pas de montrer ses fesses et ses seins facilement devant la caméra, et surtout de sa balader à moitié nu dans la salle avec un verre de vin, de coucher rapidement avec un mec, et d’avoir ces habits et ce faux tatouage (à l’artificialité très visible), pour incarner ce personnage. Si elle tient probablement une partie de la psychologie du personnage – tels que ses paradoxes en terme de nourriture et d’action (elle fait du yoga tout en fumant), l’autre partie, concernant ses vêtements, certains de ses goûts (comme le tatouage), etc, ne sont pas compris.
Le film travaille la représentation d’anecdotes du quotidien, mais le problème n’est pas là, il suffit de voir les films cités précédemment ou revoir Tempête projeté le vendredi 6 novembre. C’est toute la représentation qui transpire l’anecdotique, il n’y a rien d’essentiel, de vital, de puissant, dans cette imagerie de récits humains certes anecdotiques mais profonds : la perte d’un être cher n’est pas un événement léger. Voilà ce qui manque au film : l’expérience.
Interviews pour les films Le goût des Merveilles et Et ta sœur
17h40 – POINT PRESSE : avec le réalisateur Eric Besnard, et les acteurs Virginie Efira et Benjamin Lavernhe, du film LeGoût des Merveilles.
« Monsieur Lavernhe, est-ce que vous vous êtes inspiré d’autres personnages filmiques atteints d’autisme ou d’autres troubles, tels que les protagonistes de Rain Man et de Pour le pire et le meilleur de James L. Brooks ? »
Il me répond que lorsqu’on lui a proposé le rôle, il s’est dit que c’était « l’occasion de la performance ». Il s’est inspiré de Rain Man et d’autres films qu’il a vu, notamment du docu-fiction Le Cerveau d’Hugo (Sophie Révil, 2012). Le syndrome d’Asperger touche beaucoup plus de personne qu’on le croit, explique-t-il. Il a fallu se débarrasser de soi et de ce qu’il a vu pour créer quelque chose de particulier, de beaucoup moins fort que Rain Man, qui passe plus par le phrasé, les yeux, le regard.
Sur l’idée de jouer dans un duo de personnages très différents, presque opposés
En tant qu’acteur, c’était génial explique Virginie Efira. Elle était surprise. Les deux acteurs devaient s’écouter, l’un ayant des attitudes hors-normes, « ça génère des accidents », poursuit le réalisateur Eric Besnard.
Sur le choix du titre : Le Goût des Merveilles
Il s’agissait pour le réalisateur de faire un film sur l’émerveillement. Il a travaillé avec des enfants « à problèmes », et qui étaient étonnés, explique-t-il. C’est de là qu’est venu le titre.
« Vous concernant Virginie Efira, est-ce que vous êtes allés chercher ce rôle, est-ce que vous cherchiez un rôle comme celui-ci ? Ou est-on venu vous chercher, vous l’a-t-on proposé et vous ne vous y attendiez pas ? »
Au fond d’elle, elle avait envie de jouer un tel rôle, de telles scènes, me répond-elle. Elle voulait jouer un personnage courageux et mélancolique, léger et engagé. La détermination et les propos du réalisateur lui plaisaient. Le « mystère » lui plaisait.
« Est-ce que vous avez engagé une part de vous-même dans ce personnage ? Est-ce qu’il y a Virginie Efira en Louise ? »
Il y a toujours une partie de soi, explique-t-elle. Il y a sa sensibilité, son regard, le recul dans l’existence.
Sur le lieu du film, la Drôme
Il s’agissait du lien entre la nature et la contemplation. Et si le réalisateur s’attache à la nature, notamment dans ce film, c’est parce que c’est un lieu qui raconte beaucoup.
La rencontre agréable et courte prit alors fin. On remercie les acteurs et le réalisateur.
19h30 – POINT PRESSE : avec les acteurs Grégoire Ludig (à gauche sur l’image de couverture), Virginie Efira (à droite), et la réalisatrice Marion Vernoux (au centre), du film Et ta sœur.
Et ta sœur, un remake
Remaker un film a changé sa manière de travailler, explique la réalisatrice. Le remake est un fantasme de réalisateur qui veut refaire un film qu’il aime, qui l’intéresse.
Le film original était en partie improvisé. Son film l’est aussi en parti, explique Marion Vernoux. Elle a choisi une solution intermédiaire. (Ci-dessus le casting du film.)
Sur le tournage
Il s’agissait de s’approprier le lieu, explique-t-elle, de voir ce que ce que les acteurs pouvaient amener.
C’était l’inverse de quelque chose de figé, poursuit Grégoire Ludig : « on a eu la chance d’être libre ».
Le film se concentre aussi sur deux sœurs, une blonde, une brune, deux caractères différents, des personnalités différentes, mais qui vont se réunir.
Sur le personnage de Grégoire Ludig, Pierrick
Dès le départ, l’acteur a cherché à mettre une certaine distance entre lui et le drame tout en le liant à sa propre vie. Il est très proche de ses deux frères, explique l’acteur, et ce que son personnage vit, il l’aurait pas vécu autrement en perdant l’un de ses frères. On se perd, on perd une partie de soi, mais il fallait rester normal quand même. Le personnage se cache, il est drôle, il ne cherche pas à montrer qu’il est mal. C’est un personnage toutefois à fleur de peau, prêt à lâcher ou exploser. Ce personnage lui a permis de faire tout autre chose que de la comédie (qu’il a beaucoup travaillé avec le Palmashow), c’était « un vrai travail de comédie (à comprendre comme vrai travail d’acteur) ».
Virginie Efira poursuit et explique que le film lui a permis de se donner réellement.
Sur le choix de la maison du film, qui se trouve dans le Limousin
C’était un vrai « coup de bol de pure réalisatrice » dit Marion Vernoux. Elle ne s’y attendait pas. À vrai dire, elle n’avait rien trouvé et rentrait sur Paris quand elle l’a trouvée.
« En voyant votre film, j’ai trouvé qu’il y avait dans les scènes en trio, dans la maison, une vraie justesse. J’ai pensé à Faces (1968) de Cassavetes et Carnage (2011) de Polanski, dans lesquels les personnages se retrouvent ensemble, dans un seul lieu, dans une unité de temps et d’action ou presque, et ils sont usés, à bout, ils s’énervent, se révèlent, puis redeviennent silencieux et tranquilles pour exploser à nouveau et ne montrer que leur pure vérité, leur essence… Vous avez dit que vous leur aviez laissé de l’espace, une part de liberté, mais est-ce que vous n’avez pas cherché à les pousser aussi un peu à bout, dans leurs retranchements, pour faire surgir leur vérité ? »
Après avoir bondi de son siège pour me faire la bise afin de me remercier pour ma remarque, la réalisatrice nous a révélé son chiffre magique : le 3. Un trio de personnages permet d’avoir un vrai casse-tête à représenter, et ça permet d’obtenir ce moment où ça se passe, lorsqu’il s’agit d’observer ce qui est latent, prêt à surgir.
Ça n’était pas une manière confortable de travailler explique Virginie Efira, c’était même parfois perturbant. « C’est la vie quoi ! » dit l’actrice. Ils n’étaient pas poussés mais libres, redit Grégoire Ludig. Aussi il n’y avait « pas de faire-valoir » continue-t-il. Les trois personnages sont différents mais égaux les un par rapport aux autres, aucun d’entre eux n’est le faire-valoir de l’autre. Ils ont la même importance et se complètent.
Cette journée de festival fut très forte émotionnellement notamment grâce aux rencontres. Les jours suivants promettent des expériences tout aussi intéressantes.
Pour cette quatrième journée du Arras Film Festival, rencontre avec une Lady du cinéma: Michèle Mercier
L’interview commence en retard, on nous annonce qu’on a qu’une demi-heure avec la Dame mais pas grave car on y est enfin, devant la légende, la beauté formidable qui a concurrencé Bardot depuis les années cinquante et qui à son âge, soixante-seize ans, continue d’en concurrencer pas mal.
On entre à quatre dans la salle, une dame âgée, mais belle et d’une élégance presque rétro, se tient assise, devant nous, fumant une cigarette (voir la photographie ci-dessus avec votre fidèle serviteur). Elle dit « au revoir » aux personnes de France 5 qui partent. Elle nous accueille telle une « grand-maman », de laquelle nous sommes les enfants chéris, les nouveaux mais rares héritiers d’une culture de plus en plus oubliée, mais que l’Arras Film Festival a décidé de réveiller, comme on refait jaillir un feu qui était resté caché sous la braise.
On s’assoit, elle nous propose -une collègue, Ophélie Louis, m’accompagne – de se resserrer devant elle. « Faut pas être timide jeune homme » me dit-elle. Son paquet de cigarette est vide, elle en demande un nouveau à l’un de ses deux peu agréables assistants. Elle en a encore une à la main, peu commencée.
Nous sommes venus avec des questions, pas forcément avec les réponses attendues, au contraire, avec d’autres beaucoup plus enfouies, presque cachées dans toutes ces dernières années, dans la mémoire de notre Reine, Michèle Mercier. Une question éveille un souvenir, puis toute une ligne mémorielle, une autre un détail, qui lui fait revenir sur un autre, ou alors qu’elle laisse de côté sans y revenir, restant sur un point qui l’a marqué. Elle ne divague pas, elle digresse, car la princesse passée Reine est bien vivante, fatiguée et vieillie certes, certainement trop encadrée par ses nounous, mais son élan de liberté n’est pas éteint, la femme libre n’est pas loin derrière la Reine.
La première question la fait revenir sur le début de sa carrière au cinéma, démarrée par hasard. Elle ne savait pas ce qu’était le cinéma. Elle le découvre d’ailleurs en voyant le film Les Chaussons Rouges, réalisé par Michael Powell en 1949. La musique et surtout la danse composaient sa vie. La jeune femme, après avoir travaillé avec Roland Petit, arrive dans une troupe de danse et œuvre dans les Ballets de la tour Eiffel. Elle est danseuse, et donc heureuse. Elle obtient un rôle important dans un spectacle chanté et dansé de Charles Aznavour. Débarqué dans une soirée mondaine, elle croise Chaplin, Aznavour, Pagnol, et le pianiste Paul Weston. La « petite provinciale », comme elle s’appelle, est au paradis : « C’était un rêve » pour la princesse.
Alors qu’elle attendait son père, l’un des amis de celui-ci lui dit qu’elle devrait aller faire du cinéma. Il ne cessait de la regardait, explique-t-elle, la princesse pensait que l’ami la prenait d’abord pour une « pute ». Son père aime l’idée, il veut la voir bouger, s’amuser, projetée sur un grand écran au moins une fois.
Une nouvelle question actionne une nouvelle piste mémorielle, celle des réalisateurs et artistes rencontrés dans sa longue, formidable et trop méconnue carrière. « Truffait était timide. ». Elle avait peur de tourner des scènes de nu, mais parce-que c’était le nouveau maître du cinéma François Truffaut qui réalisait le film, mettait en scène la princesse, elle accepta. Dans Angélique, il s’agissait de suggestion rappelle-t-elle.
Elle doit arrêter la danse qu’elle a travaillée pendant quinze ans. Pourquoi continuer à vivre alors qu’elle avait du abandonner son grand amour au féminin, la danse ? Aussi elle devait changer de vie, accepter sa nouvelle vie d’images et d’ombres d’elle-même projetée sur grand écran. Elle est aussi déçue du comportement des gens du spectacle qui l’ont insulté, blessé, elle, la princesse, alors dans la détresse.
Son plus grand souvenir de cinéma ? Impossible à choisir, elle en a eu de si beaux et grands, pourquoi choisir ? En Italie, pays créateur de beaucoup des plus grands, beaux, et originaux films réalisés au monde, la princesse travaille encore et toujours. Elle tourne dix films en une année, diffusés l’année suivante, en Italie, on peut voir la sublime Michèle sur tous les écrans.
Éprise de beaucoup de ses expériences, la dame revient sur Angélique, la fameuse Marquise des Anges. Un rôle complet dit-elle : elle jouait une femme riche, amoureuse, forte et fragile. Le film et ses suites sont de grands succès. Ce dernier est suivi de commentaires méchants et extrêmement puissants. Le cinéma français ferme les portes de son empire, nous explique-t-elle. La princesse est devenue une Reine, mais une reine déchue.
L’Arras Film Festival permet de la sauver, de la réhabiliter. Le public l’a « sauvé » dit-elle. Celle qui a côtoyé Jack Arnold, Marcello Mastroianni, Charlton Heston dans Call of the Wind (l’Appel de la Foret, 1972) de Ken Annakin – un beau film dit-elle –n’a pas été oubliée et n’est pas prête de l’être.
La rencontre avec Michèle Mercier est certainement l’une des plus fortes du festival. Une rencontre passionnante et passionnée, notamment grâce à la Reine, qui aime ses fans, les cinéphiles, et autres curieux, et qui ira jusqu’à remettre à l’ordre ses deux encadreurs (trop) pressés, voulant terminer notre entrevue quinze minutes avant l’heure de fin prévue afin de faciliter la transition avec la présentation du Tonnerre de Dieu (Denys De La Patellière, 1965) un peu moins de deux heures plus tard. La rencontre aura pris fin à l’heure prévue. Car malheureusement pour eux, heureusement pour nous, la Reine est encore là et bien vivante.
(Ci-dessous un hommage en images qui pourra vous donner une idée de ses nombreux rôles et donc de sa grande carrière.)
Le titre du film fait forcément penser aux Expendables de Sylvester Stallone. La base du scénario est la même: les anciens reprennent les armes. On retrouve au générique quelques vieilles gloires: Louis Gossett Jr (Officiers et gentleman, Les Dents de la mer 3, Le Temple d’or avec Chuck Norris), Margot Kidder (celle qui fut Lois Lane aux côtés de Christopher Reeve dans les Superman des années 80) ou Seymour Cassel (un des acteurs fétiches de John Cassavetes).
Synopsis : quatre vétérans du Vietnam et un universitaire partent en Afghanistan pour récupérer leurs petits-enfants retenus prisonniers par un chef de guerre
Le réalisateur lui-même n’en est pas à ses premières œuvres, loin de là. Auteur de quelques films remarqués dans les années 60 et 70, on lui doit L’Homme de la Sierra (avec Marlon Brando), IPCRESS danger immédiat ou L’emprise (un film d’horreur plutôt réussi dans son genre). Par la suite, il se perdra dans des films d’action de série B sans grand intérêt.
Donc, nous avons une ressemblance certaine avec la désormais fameuse série de films d’actions de Stallone : des anciens reprennent le service pour montrer qu’avec l’âge, on ne perd rien de ses facultés. Cette similitude est d’ailleurs recherchée : le titre original devait être Pride of Lions et a été changé à la dernière minute pour devenir The Dependables. Mais de quel côté faut-il placer ce film ? Est-ce une parodie (un « mockbuster », pour reprendre un terme à la mode qui désigne des versions fauchées et souvent parodiques des grands blockbusters du moment) ?
Hélas, ce film n’a même pas l’humour pour le sauver de la ruine. Tout y sonne faux. L’Afghanistan est filmé au Canada, manifestement dans une carrière. Le scénario est rempli d’incohérences (il suffit de mettre un autocollant de Médecins du Monde pour rentrer en pleine zone de guerre avec toute une cargaison d’armes à feu). Les acteurs manquent de la plus complète vivacité. L’humour est au ras des pâquerettes, n’ayant pas peur de s’enfoncer dans la misogynie s’il le faut.
Mais le pire se situe dans les scènes d’actions, qui cumulent tous les défauts. Extrêmement lentes et irréalistes, elles sont engoncées dans une réalisation tellement plate qu’elles en deviennent ridicules. Le résultat pourrait éventuellement être vu dans le but de s’en moquer, mais franchement, malgré le capital sympathie des acteurs, il n’y a pas grand-chose à sauver dans ce film.
The Depndables : Bande annonce
The Dependables : Fiche technique
Réalisateur : Sidney J. Furie
Scénario : Richard Watson
Interprètes : Bo Svenson (Mick Skinner), Margot Kidder (Jean Dempsey), Louis Gossett Jr. (Lou Jones), Seymour Cassel (Cedric Smith)
Directeur de la photographie : Curtis Petersen
Musique : Craig McConnell
Montage : Saul Pincus
Décors : Keith Bowser
Production : Gary Howsam, Bill Marks
Société de production : Pride of lions films
Société de distribution : Moonstone Entertainment
Année de production : 03 juin 2014
Durée : 101 minutes
Le choix du titre est un passage obligé déterminant dans la diffusion d’un film. Qu’il soit informatif ou bien plus opaque, il influe sur l’envie que l’on peut avoir, ou pas, de découvrir une œuvre. A la lecture de ce titre, Bang Gang (une histoire d’amour moderne), je me suis interrogée sur le sens d’un sous-titre comme celui-ci : à croire qu’il fallait adoucir le ton afin de justifier les images qui peuvent venir à l’esprit à la lecture des deux premiers mots. Au-delà de l’intitulé oxymorique, que trouve t-on dans ce film ? L’histoire emprunte aux codes du teen movie : rien de singulièrement neuf, la fascination du sexe pour des jeunes qui en font la découverte, le fait de tester ses limites, l’individu face à la pression du groupe… Les plus prolifiques dans le genre ont longtemps été les Américains, mais le film d’adolescents s’est développé en dehors du Nouveau Monde, et on en compte un certain nombre en France notamment.
L’intrigue de Bang Gang se déroule à Biarritz, une ville de taille moyenne qui aurait pu être n’importe quelle autre ville. Les protagonistes sont des lycéens, chacun porteur d’un stéréotype plus ou moins marqué : George, la blonde sexy, Laeticia, la copine faire-valoir, Alex, le beau gosse indélicat ou Gabriel, le sombre mélomane. Que le film crée des personnages facilement identifiables pour les besoins d’un genre codifié, très bien, mais cela doit-il signifier que l’on doive marcher sur les mêmes sempiternels sentiers balisés ? Pourquoi les filles sont-elles toujours les victimes d’un appétit sexuel masculin versatile, et pourquoi lorsque celles-ci décident de s’immerger à corps perdu dans une sexualité débridée, elles jettent nécessairement l’opprobre sur elles-mêmes et ceux qu’elles côtoient ? (c’est George la première, que l’on identifie porteuse de la syphilis). L’expérience atteint ses limites physiques, avec l’apparition de la maladie, et morales aussi : on ne sort pas de la traditionnelle dichotomie la maman ou la putain. Une fille qui couche avec des partenaires multiples, c’est une pute et la sentence viendra d’Internet qui porte le coup de grâce à cette vie de perdition. Eva Husson dit s’être appuyée sur un fait divers qui s’est déroulé en 1999. « Ce n’est pas tant le côté sexuel qui m’intéressait – devoir l’affronter me terrorisait – mais j’étais surtout curieuse de comprendre pourquoi ces jeunes, sans prédisposition particulière pour ce genre d’expérience, avaient pu aller aussi loin ? » C’est de cette façon que la réalisatrice décrit les motifs qui l’ont amenée à ce film. C’est bien comme ça que l’on comprend les choix scénaristiques qui ont été faits : le sexe, érigé en Grand Méchant Loup doit être affronté et vaincu par le retour de la norme. Ce pan de vie, intense et dégénéré se dissout dans la recherche d’une petite vie tranquille. Quand Gabriel en voix off à la fin du film nous dit que quelque chose devait exploser pour qu’émerge le nouveau, on se dit qu’il y a tromperie.
Néanmoins, les personnages ne sont pas marqués à vie et de façon indélébile par ce qui leur est arrivé. Laeticia résume bien cet état de fait : « un peu de pénicilline et hop, plus de maladie, une pilule et hop, plus de bébé : un conte de fées moderne. » Cet aspect contemporain, la réalisatrice ne fait que l’effleurer. Dommage.
Si scénaristiquement le film est convenu, sur le plan de l’image, le film est plutôt beau, la réalisatrice bannit les lumières crues et rend la nudité de ces adolescents belle et sans obscénité. L’image rend la condamnation portée par le scénario moins rude, moins évidente. Elle nous permet d’élaborer une réflexion plus nuancée sur le devenir des personnages.
Bang Gang (une histoire d’amour moderne) vient s’ajouter aux autres films d’adolescents en y apportant peu de nouveauté. Certes, cette période charnière qu’est l’adolescence est vécue de façon universelle dans les grandes lignes, mais il est dommage qu’Eva Husson n’ait pas davantage exploité les spécificités contemporaines de son histoire, avec tout ce que peut apporter Internet. Par ailleurs, la réalisatrice évoque en entretien sa volonté de « mettre à mal le paradigme patriarcal ». Si George est l’incarnation de cette évolution, elle reste encore timorée, car même si elle affronte ce qui lui arrive, que la honte ne la brise pas, elle est en définitive « sauvée » par son prince charmant.
Synopsis : Les faubourgs aisés d’une ville sur la côte atlantique. George, jolie jeune fille de 16 ans, tombe amoureuse d’Alex. Pour attirer son attention, elle lance un jeu collectif où sa bande d’amis va découvrir, tester et repousser les limites de leur sexualité. Au milieu des scandales et de l’effondrement de leur système de valeurs, chacun gère cette période intense de manière radicalement différente
Bang Gang : Fiche technique
France
Genre : Drame
Écrit et réalisé par : Eva Husson
Distribution : Marilyn Lima (George), Finnegan Oldfield (Alex), Lorenzo Lefèbvre (Gabriel), Daisy Broom (Laeticia), Fred Hotier (Nikita)
Photographie : Mattias Troelstrup
Montage : Emilie Orsini
Musique : Clément Souchier, Jeanne Trellu
Produit par : Laurent Baudens, Didar Domehri, Gaël Nouaille
Distribué par : Ad Vitam
Date de sortie : 13 janvier 2016
Arras Film Festival: Rencontre avec Dominique et Matteo Leborne
Au programme de ce retour quotidien de la troisième journée du Arras Film Festival, trois films et une rencontre forte avec deux des acteurs principaux de Tempête : Dominique et Mattéo Leborne (voir photo ci-dessus).
14h : « Au burin ! »
Crie Louis de Funès avant de percer le mur qui sépare sa famille de la banque menée par l’escroc sans scrupules André Durand-Mareuil, interprété par Jean-Pierre Marielle, dans le film Faites sauter la banque !.
Dans le long métrage de Jean Girault – à qui l’on doit notamment l’intégrale des films du Gendarme (1964 – 1982) avec Louis de Funès –, un honorable vendeur de produits de chasse et pêche se fait arnaquer par son banquier qui lui fait placer toute sa fortune en bourse, sur un objet notamment. Le cours chute au plus bas possible, pire, l’objet du placement est nationalisé par le pays. En colère, inspiré par le discours de l’évêque à l’église différenciant la bonté et la fragilité – c’est-à-dire l’acte charitable de celui fait envers une personne qui nous trompe –, le sauvetage d’une âme et l’encouragement d’une personne dans le mal – en l’aidant naïvement, en se laissant escroquer –, Victor Garnier, interprété par De Funès, décide mettre en place le hold-up de la banque de Durand-Mareuil. En effet, il s’agit « juste » de reprendre ce qu’on lui a pris, et ainsi de participer à sauver l’âme du banquier !
Comment faire ? Un braquage de camion ? Non, déjà fait et ayant 75 pour cent de possibilité d’échec, explique sa fille cadette Corinne. Rester enfermé dans la banque ? « Tu es trop vieux papa » poursuit Corinne. Un tunnel ? Oui ! Et c’est alors que commence une aventure emplie de retournements de situation – les cousins belges qui débarquent ; une grande tante qui décède ; un tuyau d’eau touché dans le creusement du tunnel – très drôle, avec certainement l’une des performances les moins exubérantes de De Funès. D’ailleurs, ce dernier en parlait dans l’interview de l’INA, diffusée avant le film – très bonne initiative du festival à souligner et qu’on retrouve avec la majorité des films « âgés » projetés –, il expliquait qu’il était sérieux dans le film, il jouait la comédie certes, mais d’abord le drame.
Il faut enfin souligner le casting, la réalisation et la musique du film. Un casting riche, très bon, on retrouve notamment Jean Lefebvre, ou encore Guy Grosso présent dans les Gendarmes ou apparu encore dans la Grande Vadrouille (Gérard Oury, 1966). La musique du film, si elle n’est pas signée par Michel Magne mais par Paul Mauriat, n’est pas sans rappeler celle des Tontons Flingueurs ou de Ne nous fâchons pas avec un caractère très jazzy (et pop, pour la scène de fête). Revoir ce film a permis de réévaluer sa réalisation très maligne : on joue sur le langage du cinéma muet au début du film notamment, ou encore sur le film policier lors des scènes de transfert de la terre dans les sacs et valises. Le film parodie le genre du braquage, détourne ses situations, s’amuse avec, pour en faire une comédie familiale du genre, à laquelle on peut associer un modèle plus moderne avec Fun with Dick and Jane (Braqueurs Amateurs), réalisé par Dean Parisot en 2005 et écrit par Judd Apatow. À l’image du film de Parisot, Faites sauter la banque ! est un film ayant une certaine portée social, il s’agit d’exposer une certaine lutte des classes et des idéologies : famille / serial dragueur, le petit commerçant honorable contre le grand banquier escroc.
Enfin, la projection fut formidable, le public était ensemble dans le film, le rire était présent. L’image et le son étaient formidables, il faut noter qu’il a été projeté en pellicule 35 mm. Un grand petit moment du festival !
https://www.youtube.com/watch?v=pXVMrPKhr9A
16h : INTERVIEW – avec Dominique et Mattéo Leborne (voir photographie de couverture), acteurs principaux du film Tempête, de Samuel Collardey, projeté au festival pour la première en projection presse le vendredi 6 novembre.
Ci-dessus, un court clip de présentation du film, du réalisateur, et des deux acteurs.
Il faut d’abord dire que l’interview a été un grand moment d’échange, pour l’instant le plus fort du festival. Dominique et Mattéo Leborne, acteurs et personnages du film Tempête, sont d’une modestie formidable et assez unique dans le monde du cinéma, et même dans le milieu de l’Art. Ne parlons même pas de modestie, car ils sont tels qu’on les voit dans le docu-fiction de Samuel Collardey, des êtres humains, des gens que l’on peut croiser ici et là. Nous avons donc eu de vrais moments d’échange, de rire, de complicité. Aussi notre entretien fut le plus long réalisé jusqu’ici sur le festival, il dura en effet plus d’une heure. Je fus accompagné de ma collègue journaliste Ophélie Louis de L’Observateur de l’Arrageois. Ci-après sont retracés la majorité des propos échangés.
Après le film
Dominique Leborne est toujours marin pêcheur, son fils Mattéo est plasturgiste et veut retourner à la mer et être marin pêcheur, notamment avec son père, mais il doit attendre ses vingt ans pour pouvoir passer un brevet nécessaire. Ce dernier a reçu le prix d’interprétation à la Nostra de Venise, le film a reçu d’autres prix, explique-t-il, mais ça ne change rien. Ça ne paye pas toutes les factures, et sa première passion est restée la mer : « Je me lève le matin et je suis heureux d’aller en mer. ». « La mer, c’est hard. (…) Il y a quinze ans, il n’y avait pas de télé dans le bateau, pas de téléphone » et il n’était « qu’avec des vieux », explique-t-il mais il ne s’est jamais découragé, et il est le membre d’une famille de marins. Il n’a jamais le mal de mer, répond-il à ma collègue en rigolant.
« Avec tous ces prix, vous avez encore de la place sur l’étagère ? »
« Ah ah, oui, j’en ai mis que deux ! » me répond-il en rigolant.
Les deux acteurs ne se cachent de rien, expliquent-ils. Aussi Dominique Leborne ne dirait pas non à un autre tournage. L’égo n’a-t-il pas changé tout de même ? N’ont-ils pas peur ou n’ont-ils pas déjà pris un peu la grosse tête ? Que nenni, « Pour quoi faire ? » répond Dominique Leborne, Mattéo enchérit : « Il aurait pu l’avoir dès Venise ». Les tournées, les festivals… « On prend tout à la rigolade » dit le père. « On habite dans un bled total ! » dit-il amusé, s’ils sont les stars locales, ils n’ont pas changé, et les gens du village n’ont pas changé d’attitude envers eux. Tant mieux pour eux, et pour nous ! Le fils nous explique aussi qu’il aimerait bien faire un film d’horreur. Aussi la projection de Tempête à Arras est la deuxième française. Le film devrait être projeté dans le village des acteurs, en effet, le Maire souhaiterait organiser une avant-première.
Leur arrivée sur le projet
Le père Leborne a vu il y a six ans le premier film du réalisateur, L’Apprenti, sorti en 2008, et dont il connaissait la scénariste. C’est elle qui a leur parlé du projet de Tempête.
Il n’y a pas eu d’audition, la scénariste et le réalisateur avaient une confiance totale envers les interprètes. Aussi, ils ne sont pas partis d’un scénario, et concernant les dialogues, ils improvisaient. Ils avaient juste quelques directions données par le réalisateur sur les enjeux de la scène.
Le personnage, qui connaît tout ce mal dans sa vie, tous ces drames, le touchait. « C’est la vie » dit le père, mais il ne se faut pas se décourager, le père et le fils vont jusqu’au bout, avancent toujours : « La maison qu’on a tous les deux, on la refait tous les deux. ». « Toutes les routes mènent à Rome » poursuit son fils.
Sur la part documentaire et la part fiction
À l’inverse de ce que montre le film, dans la réalité, Dominique Leborne n’a jamais fait les démarches pour acheter un bateau, même si, bien sûr, il aimerait bien en avoir un jour. « Tout le reste est vrai. » nous dit-il, de sa belle-fille enceinte, et qui va accoucher d’un bébé déjà trop malade pour pouvoir vivre plus de quelques heures au mieux après la naissance. Par contre, dans la vie réelle, ils ne se parlent plus. Sa fille n’a plus aucun contact avec lui, Mattéo ou sa mère. Ils se sont donc retrouvés pour le tournage.
« Il y a un côté télé-réalité là-dedans » remarque Ophélie Louis.
« Un peu de télé-réalité, ouais c’est ça. » répond Dominique Leborne.
De plus, le tournage ayant lieu sept à quinze jours par mois, la production a demandé au marin pêcheur et à son fils qui venaient d’acheter leur maison à rénover, de ne pas poursuivre les travaux afin d’assurer une continuité narrative.
Il y a seulement trois comédiens sur le film : le patron sur le bateau, choisi pour sa capacité à jouer le méchant ; la mère des enfants ; et le banquier. Tout le reste du casting est composé de « vrais gens », dont des « potes » à Dominique Leborne. Le réalisateur voulait avoir des gens qui ont vraiment vécu et vivent réellement leur métier, leurs drames…
Dans le film, lorsqu’il arrive chez sa mère (incarnée par sa vraie mère), Dominique Leborne est encore saoul de sa soirée, et pleure dans les bras de sa mère. Cette scène est l’une des plus émotionnellement puissantes du film, l’acteur ne s’en souvient pas, il avait réellement bu et était tellement « bourré » qu’il n’en a aucun souvenir. Concernant l’intervention du père dans une classe d’enfants en primaire, c’était une vraie classe d’enfants, et Dominique Leborne intervient ainsi depuis quatre, cinq ans. La scène a été filmée en plusieurs prises.
Il faut toutefois noter que les âges des personnages du film ne correspondaient aux âges réels des interprètes.
Nous revenons sur la scène très drôle et touchante du père et du fils repeignant la chambre de sa fille, alors repartie chez sa mère. Est-ce que jouer avec un autre garçon aurait été la même expérience, le même jeu ? – questionne Ophélie Louis. « Oui, je fais chier tout le monde » répond Dominique Leborne, amusé.
Enfin, au cours de cette grande conversation, nous avons entendu « vérole » à de multiples reprises. « Vérole » questionne-t-on ? « Ouais c’est notre mot » répond Dominique Leborne, amusé. Le mot est aux habitants de leur région ce que « Schtroumpf » est aux Schtroumpfs.
Notre meilleure interview ? Certainement. Une grande rencontre ? Assurément. Merci à Dominique et Mattéo Leborne.
19h30 : Bloody Sunday et Mélodie en Sous-Sol
Des retours analytiques et critiques sur ces deux films seront faits plus tard, à l’occasion de la rétrospective de Paul Greengrass par votre serviteur par exemple, ou encore avec un écrit à propos de Michel Audiard (dialoguiste) ou Henri Verneuil (le réalisateur), pour Mélodie en sous-sol. Voici leur intrigue, Bloody Sunday, sorti en 2002: le dimanche 30 janvier 1972, à Derry, en Irlande du Nord, Ivan Cooper est l’organisateur d’une marche pacifique pour l’égalité des droits entre catholiques et protestants, farouchement déterminés à éviter toute violence entre les différents protagonistes. Mais malgré son dialogue avec les autorités unionistes et ses tentatives de négociation avec les forces de l’ordre britanniques, la manifestation se transforme en émeute : treize personnes sont tuées par l’armée. Cette journée, désormais inscrite dans l’Histoire sous le nom de Bloody Sunday, marque le début de la guerre civile. Et pour Mélodie en sous-sol, réalisé par Henri Verneuil en 1963 : A peine sorti de prison, Charles, un truand à la retraite, refuse de s’acheter une bonne conduite. Ce dernier décide de monter un gros casse: Le cambriolage du casino Palm Beach à Cannes. Pour mener à bien ce projet, Charles aura à ses côtés Francis, un jeune voyou sans scrupules et Louis, beau-frère de celui-ci. Chacun aura un rôle bien défini : Charles surveillera les salles du casino, Francis utilisera ses charmes pour visiter les coulisses du lieu et Louis sera le chauffeur des deux compères.
Le premier a profondément touché et mouvementé le spectateur – le style de Paul Greengrass et son écriture n’y sont pas pour rien –, le deuxième l’a amusé, intrigué, et surpris – il faut dire que Verneuil, l’un des réalisateurs français les plus sous-estimés, propose des mises en scène toujours passionnantes, on remarquera notamment la scène de la piscine lorsque les deux gangsters, interprétés par Gabin et Delon, doivent sortir deux sacs emplis d’argent du lieu tout en étant entouré de nombreux policiers, et du propriétaire du Casino braqué (qui explique qu’il saurait reconnaître les sacs d’un coup, tout en étant à côté d’eux), bref, du grand suspense empli de l’ironie (mêlé à un certain cynisme) Verneuil-ienne !
00h00 : La journée s’est terminée sur un concert avec une bonne entente. Une journée de festival intense et riche comme à son habitude, hâte d’être à demain pour rencontrer Michèle Mercier, Virginie Efira et Grégoire Ludig.
On se quitte avec Bloody Sunday de U2, qui clôt le film de Greengrass et accompagne le générique, avec ses paroles – sous-titrées dans le métrage – extrêmement significatives et émouvantes, parfaites pour finir le film éponyme.
Univers hip-hop des années 90, Zoë Kravitz, hommage au clips musicaux et l’émergence de la musique électronique… Comment pourrait-on passer à côté de cette « nouvelle » sortie (4 novembre 2015) qui a secoué Sundance et remporté le prix du public à Deauville. D’autant plus qu’au générique, on peut lire deux noms à la composition musicale : Germaine Franco et Pharrell Williams ! Si le point fort du film de Rick Famuyiwa, hommage au teen-movie des nineties est la musique, le superviseur musical et producteur délégué que l’on vient d’énoncer ci-dessus y est peut-être pour beaucoup. Les trois jeunes personnages principaux, condensés de toutes « minorités » (homosexualité, geek, couleur de peau ou origines latino) made in Hollywood (oui car personne n’est moche!) forment un groupe de hip-hop/punk nommé Awreeoh. Prêts à faire les 400 coups ensemble, Malcolm leader timide, se transforme en Walter White lorsque lui vient l’opportunité de dealer pour faire pression sur celui qui peut l’accepter à Harvard. L’univers musical, décomplexé et toujours entraînante, est en totale inadéquation avec le véritable contexte sous-jacent, problématique sociale qui touche beaucoup plus de jeune que l’on ne le croit, l’intégration dans une société moulée différemment. Et malheureusement le film ne développe jamais assez les personnages pour se concentrer sur une intrigue superficielle peu intéressante, mais il a le mérite d’injecter du sang neuf notamment grâce à l’OST. Derrière Awreeoh se cache Pharrell Williams et ses 4 compositions originales : « Don’t Bring Me Down », « Go Head », « Don’t Get Deleted » et « It’s My Turn Now » qui par ses beats saturés et son crescendo hip hop/électro reconstitue l’espoir urbain et la joie décomplexée que cherche à véhiculer le film.
Soundtrack Dope
Interprétée par
01. « Rebirth of Slick » Digable Planets
02. « Can’t Bring me Down » Awreeoh
03. « The World Is Yours » Nas
04. « Go Head » Awreeoh
05. « Rebel Without a Pause » Public Enemy
06. « Don’t Get Deleted » Awreeoh
07. « Scenario, » A Tribe Called Quest
08. « Cocaina Shawty » Kap G
09. « Poppin’ Off » Watch the Duck
https://www.youtube.com/watch?v=M-1Qt-7_xq0
10. « The Humpty Dance, » Digital Underground
11. « New Money » Buddy
12. « Hip Hop Hooray » Naughty by Nature
13. « Dirty Feeling » LolaWolf
14. « Home Is Where the Hatred Is » Gil Scott-Herron
15. « It’s My Turn Now » Awreeoh
Pour ouvrir sur l’univers hip hop des années 90, la rédaction attend avec impatience The Get Down de Baz Luhrmann prévu pour 2016 sur Netflix.
Pour avoir accès au site du film Dope : cliquez ici
Madame Bovary est un des romans les plus adaptés au cinéma, mais aussi à la télévision. Quelle tâche bien compliquée, le roman de Gustave Flaubert étant connu pour ne rien raconter, si ce n’est les mœurs d’une provinciale rêvant de grandeurs et de la capitale.
Synopsis : Emma Rouault, épouse Charles Bovary, médecin de campagne qui se réjouit d’avoir trouvé la compagne parfaite. Emma occupe ses journées à aménager sa nouvelle demeure, joue du piano et reçoit avec élégance les visiteurs. Cette vie monochrome auprès d’un époux sans raffinement est bien loin des fastes et de la passion auxquels elle aspire…
C’est donc Sophie Barthes qui fait le choix de s’approprier ce roman. En projet depuis 6 ans, ce n’est qu’en 2015 que le film sort sur grand écran, et malheureusement, voici une adaptation que l’on peut qualifier d’échec.
Si, de prime abord, Mia Wasikowska semble avoir le physique pour cette héroïne, ilen résulte un jeu fade et sans ambition. Emma Rouault est un personnage à qui il est compliqué de donner vie, mais le jeu terne et sans émotion de la jeune actrice américaine fait dégager aucune empathie envers ce personnage. Impossible de s’immiscer dans son histoire, le spectateur garde son statut et se retrouve face à une progressive descente aux enfers qui ne fait que s’éterniser. Si l’histoire d’Emma Bovary se termine par la panique et un abandon d’elle même, il n’en est rien dans le film.
Mia Wasikowska ne creuse pas son personnage et se contente d’un jeu superficiel (comme peut l’être le personnage), aux émotions restreintes. Le reste du casting ne tient pas non plus la route. Ezra Miller en Léon nous offre un personnage difficile à cerner, et Henry Lloyd-Hughes est ce fameux Charles Bovary, des plus déplaisants, aucune sympathie et empathie pour un homme qui, dans le livre, arrive parfois à rallier le lecteur à son sort. Toutefois, Paul Giamatti et Rhys Ifans tirent leur épingle du jeu, mais leurs personnages ne sont malheureusement pas assez abordés. Homais (Paul Giamatti), est présent 10 minutes, alors qu’il s’agit d’un des personnages principaux de l’ouvrage. Lheureux (Rhys Ifans), est quant à lui plus présent, mais on aurait aimé détester davantage ce personnage, qui s’avère être un des pires escrocs qui soit.
Il est également dommage, pour un récit de la sorte, que la réalisation ne suive pas. Sophie Barthes filme son héroïne à la manière d’une mauvaise adaptation télévisuelle diffusée le samedi après-midi de 14h30 à 16h00 sur France 3. Images bruitées et choix de cadrages des plus mauvais ponctuent le film. La réalisatrice ne suit pas l’intensité dramatique de son récit et propose une réalisation monotone, sans saveur. Même la fin apocalyptique que connaît Madame Bovary n’est pas relevée par rapport au reste du film. Le montage n’apporte rien et ne joue pas avec le spectateur. Une nouvelle adaptation de Madame Bovary est un espoir de redécouverte du roman, mais il n’en est rien. Certes les décors sont bien choisis, tout comme les costumes, magnifiquement travaillés, mais impossible d’en rester là pour espérer apporter une quelconque crédibilité à ses personnages.
Mais le problème fondamental réside dans la notion même d’adaptation. Madame Bovary de Sophie Barthes n’est pas une adaptation du roman de Gustave Flaubert, c’est une réécriture, une interprétation. Quand l’adaptation se résume à user des mêmes noms de personnages, et de placer ces derniers dans les mêmes décors, on ne peut parler d’adaptation. Les éléments clés propres à l’oeuvre de Flaubert sont perdus, initialement, Emma Bovary se suicide par un vol chez Homais, elle a un enfant, elle a des rêves de grandeurs. A en voir le long-métrage, on se dit que Sophie Barthes a omis quelques détails lors de l’écriture de son adaptation. Si Flaubert était là pour voir ça, il fermerait les yeux et partirait de la salle. A l’heure qu’il est, il doit se retourner dans sa tombe. On peut ne pas être fan de l’oeuvre de Flaubert, mais ça n’en reste pas moins une œuvre complexe et riche. « Librement inspiré de l’oeuvre de Gustave Flaubert » aurait été plus adéquat que le terme « adapté ».
Madame Bovary est donc un long-métrage sans réel intérêt, un bourbier de soi-disant bons sentiments, avec une intrigue des plus superficielles, et qui puise (péniblement) sa force dans deux acteurs : Paul Giamatti et Rhys Ifans.
https://www.youtube.com/watch?v=viw6MypyPmQ
Fiche Technique: Madame Bovary
Réalisateurs : Sophie Barthes
Scénario : Sophie Barthes, Felipe Marino, d’après l’oeuvre de Gustave Flaubert
Casting : Mia Wasikowska, Henry Lloyd-Hughes, Ezra Miller, Paul Giamatti, Rhys Ifans, Logan Marshal-Green…
Genre : Drame
Nationalité : Britannique, Belge
Date de sortie : 4 novembre 2015
Durée : 119 minutes
Création graphique des personnages : Jean-Loup Felicioli
Photographie : Andrij Parekh
Montage : Mikkel E.G. Nielsen
Costume : Christian Gasc
Musique : Evgueni, Sacha Galperine
Producteurs : Felipe Marino, Joe Neurauter
Production : A Company Filmproduktionsgesellschaft, Scope Pictures
Distributeur : Jour2fête