Arras Film Festival: Interview avec Virginie Efira et Grégoire Ludig pour les films « Le Goût des Merveilles », « Et ta soeur »

Rencontre avec l’équipe des films: « Le Goût des Merveilles », « Et ta soeur »….

     Pour cette quatrième journée du Arras Film Festival, retour sur les films Le Goût des Merveilles d’Eric Besnard, Et ta sœur de Marion Vernoux, puis sur nos rencontres avec la grande Michèle Mercier, et les équipes des films : Eric Besnard, Virginie Efira, Grégoire Ludig, et Marion Vernoux.

9h15 – Pour le pire et pour le meilleur :

Retour sur Le Goût des Merveilles d’Éric Besnard, avec Virginie Efira et Benjamin Lavernhe – de la Comédie Française –, sortie programmée le 16 Décembre 2015.

3/5

Synopsis : Au cœur de la Drôme provençale, Louise – incarnée par Virginie Efira – élève seule ses deux enfants et, poursuivie par les banques, tente de préserver l’exploitation familiale. Un soir, elle manque d’écraser un inconnu au comportement singulier, répondant au prénom de Pierre – interprété par Benjamin Lavernhe. Cet homme se révèle vite différent de la plupart des gens. Et sa capacité d’émerveillement pourrait bien changer la vie de Louise et de sa famille.

            Le Goût des Merveilles est le Rain Man (Barry Levinson, 1988), ou encore le As Good as it Gets (Pour le pire et pour le meilleur, James L. Brooks, 1997) français. En effet, on a le même schéma narratif, la personne différente, atteinte d’autisme ou d’une autre forme de trouble (psychologique, etc), rencontre une personne (son frère dans Rain Man, une serveuse dans As Good as it Gets, une exploitante fruitière ici) plongée dans les enfers de leur quotidien (loyer à payer, fils malade, etc), et les deux personnes vont au contact de chacun, s’aider, s’améliorer, se révéler, s’aimer. Et le film est déjà surpassé par ces deux grands films concernant ce schéma. Le Goût des Merveilles est beaucoup plus facile et rapide dans sa narration et la progression des personnages que les deux autres. La fin d’As Good as it Gets est emplie d’espoir, elle est une ouverture sur un avenir plus joyeux pour les deux personnages qui ont progressé, ont atteint certaines étapes, mais n’en sont pas à la fin ou presque de leur progression, alors que Louis et Pierre terminent leur petite épopée avec une fin joyeuse, avec aussi une ouverture, mais le plus gros des efforts à fournir ou des étapes à passer dans leurs progressions respectives est fait.

            Si Benjamin Lavernhe s’est inspiré de Rain Man entre autres (voir point presse plus bas) pour son rôle, il s’en est tout de même détaché. Il incarne un garçon « honnête, juste, loyal, qui ne sait pas mentir » explique Jules, son protecteur et parent – figure du vieux sage très bien interprétée par Hervé Pierre. Les seuls accidents provoqués par Pierre n’en sont pas vraiment, au contraire, puisqu’il est un génie des maths, il a su hacker la bibliothèque numérique nationale. Certes, il a des accidents (des crises) parfois, lorsque la situation autour de lui dérape, devient pour lui incontrôlable, notamment avec un surplus de sons – et de visuels – mécaniques et technologiques : des véhicules criards, etc, mais ce ne sont pas des accidents très violents, sauf pour Pierre lui-même, qui toutefois s’en remet relativement vite. En effet, là où Melvin Udall – incarné par Jack Nicholson – dans As good as it Gets était véritablement ordurier et vulgaire avec les gens qu’il croisait à cause de ses problèmes, là où Raymond – interprété par Dustin Hoffman – dans Rain Man avait des crises plutôt terrifiantes et intensément difficiles (on aurait pu aussi penser à l’enfant autiste dans Mercury Rising (Code Mercury), d’Harold Becker, sorti en 1998), Le Goût des Merveilles tend à faciliter, alléger, ou encore rendre plus agréable le handicap, beaucoup moins difficile ici qu’ailleurs. Dans Intouchables (2011), si les réalisateurs Éric Toledano et Olivier Nakache ont su créer un recul comique avec les deux personnages, leur relation, et ont fait une comédie, ils n’ont pas omis de montrer bien des difficultés présentes dans le quotidien d’une personne en situation de handicap. La comédie, la romance ou une autre forme de légèreté ne venaient pas cacher la réalité pas tous les jours évidente du handicap.

            Bien sûr, on pourrait répondre à cela qu’il y a différents degrés de handicap et que le personnage est à un faible niveau de handicap, m’enfin Pierre n’est pas véritablement intégré à la société, il vit dans une petite pièce réaménagée dans l’arrière-boutique d’une librairie – dans laquelle il peut être certainement très heureux, après tout il est féru de lecture et connaît tous les livres du commerce par cœur mais il expliquait assez vite dans le film qu’il ne lisait plus, car ça ne lui plaisait plus –, on pense même à l’interner car il est potentiellement dangereux à cause de son génie mathématique, lié à ses grandes capacités de hacker, et c’est d’ailleurs Louise et ses enfants qui vont le « sauver ».

La capacité d’émerveillement du personnage est certes agréable, surtout lorsqu’il est dans les vergers de la Drôme. Si les plans sur ces mains progressant et caressant délicatement les feuilles, et autres cadeaux de la nature, avec un léger jeu de focus (flou et net) et de surexposition, sont jolis, ils remakent tout simplement ceux de Gladiator (Ridley Scott, 2000), qu’on peut voir lorsque Maximus se souvient de sa demeure, de sa famille, de ses terres, et lorsqu’il fantasme sur son retour dans sa famille, et aussi à la fin du film. Ces plans dans le film d’Éric Besnard perdent beaucoup de leurs puissances. On pourrait dire que le rapport est différent, mais non, il y a toujours cette idée d’émerveillement via le lien presque mystique de l’homme à la nature. Cette reprise malmenée est liée à une certaine artificialité présente dans le film, notamment dans le jeu des acteurs, plus précisément une actrice : Virginie Efira. Si c’est une bonne actrice, elle n’est pas excellente ici. Tout est trop joué, pas assez vécu. Tout respire l’artifice. Et pourtant parfois, elle réussit, comme à la fin du film, lorsqu’elle observe silencieusement Pierre. Et aussi quand elle sourit sans forcément le vouloir, lâchant alors une moue étrange et belle. Il lui manque donc plus d’humanité – de vérité – pour rendre son personnage aussi fort que celui de Benjamin Lavernhe. Car si son personnage handicapé est bon, gentil, doux, et avec peu de problèmes, la performance de l’acteur est à saluer, car il apporte bien plus, dans son regard, ses mouvements presque imperceptibles : une flamme. Comme si Pierre ne demandait qu’à se libérer de tous ses troubles, comme si derrière son regard, il criait silencieusement. Il y a donc vraiment une certaine violence, et comme dit précédemment, seul Pierre la vit, et elle est très vite mise de côté.

            Revenons sur la nature très bien filmée par le réalisateur. Votre serviteur étant originaire de la Drôme, il a su apprécié les images de son « pays », filmé avec une vraie passion, lui rendant toute sa beauté mais aussi sa sauvagerie : on peut penser à la scène où il faut ouvrir des centaines de bougies pour combattre le gel destructeur et ainsi protéger les arbres fruitiers. Ainsi Le Goût des Merveilles est un film joli, avec de bonnes intentions, de bons propos : le combat de la différence, et pour l’égalité entre tous les êtres humains ; les images de la nature ; le lien de la nature à l’homme qui tend à être effacé à cause du capital et son « efficacité » et surtout sa « soif » économique… Mais comme dit Pierre lorsqu’il mange des merveilles (biscuits) : « C’est bon mais la tarte aux poires, c’est meilleur ».

11h15 – Bref retour pour un film anecdotique : Et sa sœur.virginie-efira-Gregoire-Ludig-Geraldine-Nakache

Film réalisé par Marion Vernoux, avec Géraldine Nakache, Virginie Efira, Grégoire Ludig

2/5

       Synopsis : Pierrick est encore sous le coup de la disparition récente de son frère. Alors pourquoi ne pas accepter l’invitation de Tessa, sa meilleure amie, dans sa maison familiale afin de passer une semaine seul à méditer sur sa vie ? Mais à son arrivée, Pierrick trouve la maison déjà occupée par Marie, la demi-soeur de Tessa, venue y soigner une blessure amoureuse. Après une soirée très arrosée suivie de l’arrivée inopinée de Tessa elle-même, le trio va aller de situations délicates en révélations inattendues…

            Le film est ainsi un drame, empli de moments de comédie et d’émotion. Si la situation des personnages peut rappeler au spectateur celles de Carnage (de Roman Polanski, 2011) et Faces (Cassavetes, 1968), ne vous attendez pas à la mise en scène et l’acting de ces films grands et brillants. Non, rien que pour les révélations – les moments de vérité – qui arrivent très vite, s’enchaînent, sans qu’il y ait parfois de logique humaine et d’instinct humain là-dedans. Non, on ne comprend pas toujours les motivations du personnage et les enjeux du film. La réalisation cherche à capter ce moment de vérité, qui arrive dans l’attente. Mais il n’y a pas d’attente, pas de moment de latence. Tout est artificiel, si les acteurs ont été libres de jouer, ils auraient dû être poussés à bout, pour que ces moments de dispute collective arrivent logiquement, humainement, et pas au détour d’un dialogue sorti on ne sait pourquoi.

            La réalisatrice Marion Vernoux expliquait lors du point presse qu’elle aimait voir trois personnages évoluer ensemble, et voir comme un élément pouvait tout bouleverser. On peut penser à ces dialogues dont la seule provenance n’est pas le personnage, mais la réalisatrice / scénariste. La maison et le lieu au bord de mer choisis pour le film sont d’excellents choix, mais pas toujours exploités. Si elle a plusieurs étages permettant un jeu : un étage pour chaque personnage – semble-t-il – qui peut se déplacer d’un niveau à l’autre et ainsi permettre la rencontre, les fenêtres ne sont pas utilisées. Il aurait pu y avoir tout un jeu sur les regards à travers les fenêtres.

            Si Grégoire Ludig s’en sort très bien avec son personnage, en l’interprétant de manière sobre, Géraldine Nakache joue la french pop modern young woman comme elle sait déjà bien le faire (voir les films Sous les jupes des filles, Audrey Dana, 2014 ; L’ex de ma vie, Dorothée Sebbagh, 2014, Les Infidèles, sketch du Prologue, 2012). Virginie Efira s’en sort relativement bien, mais ne semble pas correspondre physiquement au personnage qu’elle incarne : une femme lesbienne tatouée et hypster, expliquait l’actrice au point presse. Mais pourquoi ne pas avoir travaillé sur son visage, ses cheveux ? Car il ne suffit pas de montrer ses fesses et ses seins facilement devant la caméra, et surtout de sa balader à moitié nu dans la salle avec un verre de vin, de coucher rapidement avec un mec, et d’avoir ces habits et ce faux tatouage (à l’artificialité très visible), pour incarner ce personnage. Si elle tient probablement une partie de la psychologie du personnage – tels que ses paradoxes en terme de nourriture et d’action (elle fait du yoga tout en fumant), l’autre partie, concernant ses vêtements, certains de ses goûts (comme le tatouage), etc, ne sont pas compris.

            Le film travaille la représentation d’anecdotes du quotidien, mais le problème n’est pas là, il suffit de voir les films cités précédemment ou revoir Tempête projeté le vendredi 6 novembre. C’est toute la représentation qui transpire l’anecdotique, il n’y a rien d’essentiel, de vital, de puissant, dans cette imagerie de récits humains certes anecdotiques mais profonds : la perte d’un être cher n’est pas un événement léger. Voilà ce qui manque au film : l’expérience.

Interviews pour les films Le goût des Merveilles et Et ta sœur

17h40 – POINT PRESSE : avec le réalisateur Eric Besnard, et les acteurs Virginie Efira et Benjamin Lavernhe, du film Le Goût des Merveilles.

« Monsieur Lavernhe, est-ce que vous vous êtes inspiré d’autres personnages filmiques atteints d’autisme ou d’autres troubles, tels que les protagonistes de Rain Man et de Pour le pire et le meilleur de James L. Brooks ? »

            Il me répond que lorsqu’on lui a proposé le rôle, il s’est dit que c’était « l’occasion de la performance ». Il s’est inspiré de Rain Man et d’autres films qu’il a vu, notamment du docu-fiction Le Cerveau d’Hugo (Sophie Révil, 2012). Le syndrome d’Asperger touche beaucoup plus de personne qu’on le croit, explique-t-il. Il a fallu se débarrasser de soi et de ce qu’il a vu pour créer quelque chose de particulier, de beaucoup moins fort que Rain Man, qui passe plus par le phrasé, les yeux, le regard.

Sur l’idée de jouer dans un duo de personnages très différents, presque opposés

            En tant qu’acteur, c’était génial explique Virginie Efira. Elle était surprise. Les deux acteurs devaient s’écouter, l’un ayant des attitudes hors-normes, « ça génère des accidents », poursuit le réalisateur Eric Besnard.

Sur le choix du titre : Le Goût des Merveilles

            Il s’agissait pour le réalisateur de faire un film sur l’émerveillement. Il a travaillé avec des enfants « à problèmes », et qui étaient étonnés, explique-t-il. C’est de là qu’est venu le titre.

« Vous concernant Virginie Efira, est-ce que vous êtes allés chercher ce rôle, est-ce que vous cherchiez un rôle comme celui-ci ? Ou est-on venu vous chercher, vous l’a-t-on proposé et vous ne vous y attendiez pas ? »

            Au fond d’elle, elle avait envie de jouer un tel rôle, de telles scènes, me répond-elle. Elle voulait jouer un personnage courageux et mélancolique, léger et engagé. La détermination et les propos du réalisateur lui plaisaient. Le « mystère » lui plaisait.

« Est-ce que vous avez engagé une part de vous-même dans ce personnage ? Est-ce qu’il y a Virginie Efira en Louise ? »

            Il y a toujours une partie de soi, explique-t-elle. Il y a sa sensibilité, son regard, le recul dans l’existence.

Sur le lieu du film, la Drôme

            Il s’agissait du lien entre la nature et la contemplation. Et si le réalisateur s’attache à la nature, notamment dans ce film, c’est parce que c’est un lieu qui raconte beaucoup.

            La rencontre agréable et courte prit alors fin. On remercie les acteurs et le réalisateur.

19h30 – POINT PRESSE : avec les acteurs Grégoire Ludig (à gauche sur l’image de couverture), Virginie Efira (à droite), et la réalisatrice Marion Vernoux (au centre), du film Et ta sœur

Et ta sœur, un remake

            Remaker un film a changé sa manière de travailler, explique la réalisatrice. Le remake est un fantasme de réalisateur qui veut refaire un film qu’il aime, qui l’intéresse.

            Le film original était en partie improvisé. Son film l’est aussi en parti, explique Marion Vernoux. Elle a choisi une solution intermédiaire. (Ci-dessus le casting du film.)

Sur le tournage

            Il s’agissait de s’approprier le lieu, explique-t-elle, de voir ce que ce que les acteurs pouvaient amener.

C’était l’inverse de quelque chose de figé, poursuit Grégoire Ludig : « on a eu la chance d’être libre ».

            Le film se concentre aussi sur deux sœurs, une blonde, une brune, deux caractères différents, des personnalités différentes, mais qui vont se réunir.

Sur le personnage de Grégoire Ludig, Pierrick

            Dès le départ, l’acteur a cherché à mettre une certaine distance entre lui et le drame tout en le liant à sa propre vie. Il est très proche de ses deux frères, explique l’acteur, et ce que son personnage vit, il l’aurait pas vécu autrement en perdant l’un de ses frères. On se perd, on perd une partie de soi, mais il fallait rester normal quand même. Le personnage se cache, il est drôle, il ne cherche pas à montrer qu’il est mal. C’est un personnage toutefois à fleur de peau, prêt à lâcher ou exploser. Ce personnage lui a permis de faire tout autre chose que de la comédie (qu’il a beaucoup travaillé avec le Palmashow), c’était « un vrai travail de comédie (à comprendre comme vrai travail d’acteur) ».

            Virginie Efira poursuit et explique que le film lui a permis de se donner réellement.

Sur le choix de la maison du film, qui se trouve dans le Limousin

            C’était un vrai « coup de bol de pure réalisatrice » dit Marion Vernoux. Elle ne s’y attendait pas. À vrai dire, elle n’avait rien trouvé et rentrait sur Paris quand elle l’a trouvée.

« En voyant votre film, j’ai trouvé qu’il y avait dans les scènes en trio, dans la maison, une vraie justesse. J’ai pensé à Faces (1968) de Cassavetes et Carnage (2011) de Polanski, dans lesquels les personnages se retrouvent ensemble, dans un seul lieu, dans une unité de temps et d’action ou presque, et ils sont usés, à bout, ils s’énervent, se révèlent, puis redeviennent silencieux et tranquilles pour exploser à nouveau et ne montrer que leur pure vérité, leur essence… Vous avez dit que vous leur aviez laissé de l’espace, une part de liberté, mais est-ce que vous n’avez pas cherché à les pousser aussi un peu à bout, dans leurs retranchements, pour faire surgir leur vérité ? »

            Après avoir bondi de son siège pour me faire la bise afin de me remercier pour ma remarque, la réalisatrice nous a révélé son chiffre magique : le 3. Un trio de personnages permet d’avoir un vrai casse-tête à représenter, et ça permet d’obtenir ce moment où ça se passe, lorsqu’il s’agit d’observer ce qui est latent, prêt à surgir.

            Ça n’était pas une manière confortable de travailler explique Virginie Efira, c’était même parfois perturbant. « C’est la vie quoi ! » dit l’actrice. Ils n’étaient pas poussés mais libres, redit Grégoire Ludig. Aussi il n’y avait « pas de faire-valoir » continue-t-il. Les trois personnages sont différents mais égaux les un par rapport aux autres, aucun d’entre eux n’est le faire-valoir de l’autre. Ils ont la même importance et se complètent.

    Cette journée de festival fut très forte émotionnellement notamment grâce aux rencontres. Les jours suivants promettent des expériences tout aussi intéressantes.

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.