Arras Film Festival: Rencontre avec Michèle Mercier

Pour cette quatrième journée du Arras Film Festival, rencontre avec une Lady du cinéma: Michèle Mercier

            L’interview commence en retard, on nous annonce qu’on a qu’une demi-heure avec la Dame mais pas grave car on y est enfin, devant la légende, la beauté formidable qui a concurrencé Bardot depuis les années cinquante et qui à son âge, soixante-seize ans, continue d’en concurrencer pas mal.

           michelle-mercier-interview-arras-film-festival On entre à quatre dans la salle, une dame âgée, mais belle et d’une élégance presque rétro, se tient assise, devant nous, fumant une cigarette (voir la photographie ci-dessus avec votre fidèle serviteur). Elle dit « au revoir » aux personnes de France 5 qui partent. Elle nous accueille telle une « grand-maman », de laquelle nous sommes les enfants chéris, les nouveaux mais rares héritiers d’une culture de plus en plus oubliée, mais que l’Arras Film Festival a décidé de réveiller, comme on refait jaillir un feu qui était resté caché sous la braise.

            On s’assoit, elle nous propose -une collègue, Ophélie Louis, m’accompagne – de se resserrer devant elle. « Faut pas être timide jeune homme » me dit-elle. Son paquet de cigarette est vide, elle en demande un nouveau à l’un de ses deux peu agréables assistants. Elle en a encore une à la main, peu commencée.

            Nous sommes venus avec des questions, pas forcément avec les réponses attendues, au contraire, avec d’autres beaucoup plus enfouies, presque cachées dans toutes ces dernières années, dans la mémoire de notre Reine, Michèle Mercier. Une question éveille un souvenir, puis toute une ligne mémorielle, une autre un détail, qui lui fait revenir sur un autre, ou alors qu’elle laisse de côté sans y revenir, restant sur un point qui l’a marqué. Elle ne divague pas, elle digresse, car la princesse passée Reine est bien vivante, fatiguée et vieillie certes, certainement trop encadrée par ses nounous, mais son élan de liberté n’est pas éteint, la femme libre n’est pas loin derrière la Reine.

            La première question la fait revenir sur le début de sa carrière au cinéma, démarrée par hasard. Elle ne savait pas ce qu’était le cinéma. Elle le découvre d’ailleurs en voyant le film Les Chaussons Rouges, réalisé par Michael Powell en 1949. La musique et surtout la danse composaient sa vie. La jeune femme, après avoir travaillé avec Roland Petit, arrive dans une troupe de danse et œuvre dans les Ballets de la tour Eiffel. Elle est danseuse, et donc heureuse. Elle obtient un rôle important dans un spectacle chanté et dansé de Charles Aznavour. Débarqué dans une soirée mondaine, elle croise Chaplin, Aznavour, Pagnol, et le pianiste Paul Weston. La « petite provinciale », comme elle s’appelle, est au paradis : « C’était un rêve » pour la princesse.

            Alors qu’elle attendait son père, l’un des amis de celui-ci lui dit qu’elle devrait aller faire du cinéma. Il ne cessait de la regardait, explique-t-elle, la princesse pensait que l’ami la prenait d’abord pour une « pute ». Son père aime l’idée, il veut la voir bouger, s’amuser, projetée sur un grand écran au moins une fois.

            Une nouvelle question actionne une nouvelle piste mémorielle, celle des réalisateurs et artistes rencontrés dans sa longue, formidable et trop méconnue carrière. « Truffait était timide. ». Elle avait peur de tourner des scènes de nu, mais parce-que c’était le nouveau maître du cinéma François Truffaut qui réalisait le film, mettait en scène la princesse, elle accepta. Dans Angélique, il s’agissait de suggestion rappelle-t-elle.

            Elle doit arrêter la danse qu’elle a travaillée pendant quinze ans. Pourquoi continuer à vivre alors qu’elle avait du abandonner son grand amour au féminin, la danse ? Aussi elle devait changer de vie, accepter sa nouvelle vie d’images et d’ombres d’elle-même projetée sur grand écran. Elle est aussi déçue du comportement des gens du spectacle qui l’ont insulté, blessé, elle, la princesse, alors dans la détresse.

            Son plus grand souvenir de cinéma ? Impossible à choisir, elle en a eu de si beaux et grands, pourquoi choisir ? En Italie, pays créateur de beaucoup des plus grands, beaux, et originaux films réalisés au monde, la princesse travaille encore et toujours. Elle tourne dix films en une année, diffusés l’année suivante, en Italie, on peut voir la sublime Michèle sur tous les écrans.

            Éprise de beaucoup de ses expériences, la dame revient sur Angélique, la fameuse Marquise des Anges. Un rôle complet dit-elle : elle jouait une femme riche, amoureuse, forte et fragile. Le film et ses suites sont de grands succès. Ce dernier est suivi de commentaires méchants et extrêmement puissants. Le cinéma français ferme les portes de son empire, nous explique-t-elle. La princesse est devenue une Reine, mais une reine déchue.

            L’Arras Film Festival permet de la sauver, de la réhabiliter. Le public l’a « sauvé » dit-elle. Celle qui a côtoyé Jack Arnold, Marcello Mastroianni, Charlton Heston dans Call of the Wind (l’Appel de la Foret, 1972) de Ken Annakin – un beau film dit-elle –n’a pas été oubliée et n’est pas prête de l’être.

La rencontre avec Michèle Mercier est certainement l’une des plus fortes du festival. Une rencontre passionnante et passionnée, notamment grâce à la Reine, qui aime ses fans, les cinéphiles, et autres curieux, et qui ira jusqu’à remettre à l’ordre ses deux encadreurs (trop) pressés, voulant terminer notre entrevue quinze minutes avant l’heure de fin prévue afin de faciliter la transition avec la présentation du Tonnerre de Dieu (Denys De La Patellière, 1965) un peu moins de deux heures plus tard. La rencontre aura pris fin à l’heure prévue. Car malheureusement pour eux, heureusement pour nous, la Reine est encore là et bien vivante.

 (Ci-dessous un hommage en images qui pourra vous donner une idée de ses nombreux rôles et donc de sa grande carrière.)

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