Madame Bovary, un film de Sophie Barthes : Critique

Madame Bovary est un des romans les plus adaptés au cinéma, mais aussi à la télévision. Quelle tâche bien compliquée, le roman de Gustave Flaubert étant connu pour ne rien raconter, si ce n’est les mœurs d’une provinciale rêvant de grandeurs et de la capitale.

Synopsis : Emma Rouault, épouse Charles Bovary, médecin de campagne qui se réjouit d’avoir trouvé la compagne parfaite. Emma occupe ses journées à aménager sa nouvelle demeure, joue du piano et reçoit avec élégance les visiteurs. Cette vie monochrome auprès d’un époux sans raffinement est bien loin des fastes et de la passion auxquels elle aspire…

C’est donc Sophie Barthes qui fait le choix de s’approprier ce roman. En projet depuis 6 ans, ce n’est qu’en 2015 que le film sort sur grand écran, et malheureusement, voici une adaptation que l’on peut qualifier d’échec.
Si, de prime abord, Mia Wasikowska semble avoir le physique pour cette héroïne, il en résulte un jeu fade et sans ambition. Emma Rouault est un personnage à qui il est compliqué de donner vie, mais le jeu terne et sans émotion de la jeune actrice américaine fait dégager aucune empathie envers ce personnage. Impossible de s’immiscer dans son histoire, le spectateur garde son statut et se retrouve face à une progressive descente aux enfers qui ne fait que s’éterniser. Si l’histoire d’Emma Bovary se termine par la panique et un abandon d’elle même, il n’en est rien dans le film.

Mia Wasikowska ne creuse pas son personnage et se contente d’un jeu superficiel (comme peut l’être le personnage), aux émotions restreintes. Le reste du casting ne tient pas non plus la route. Ezra Miller en Léon nous offre un personnage difficile à cerner, et Henry Lloyd-Hughes est ce fameux Charles Bovary, des plus déplaisants, aucune sympathie et empathie pour un homme qui, dans le livre, arrive parfois à rallier le lecteur à son sort. Toutefois, Paul Giamatti et Rhys Ifans tirent leur épingle du jeu, mais leurs personnages ne sont malheureusement pas assez abordés. Homais (Paul Giamatti), est présent 10 minutes, alors qu’il s’agit d’un des personnages principaux de l’ouvrage. Lheureux (Rhys Ifans), est quant à lui plus présent, mais on aurait aimé détester davantage ce personnage, qui s’avère être un des pires escrocs qui soit.

Il est également dommage, pour un récit de la sorte, que la réalisation ne suive pas. Sophie Barthes filme son héroïne à la manière d’une mauvaise adaptation télévisuelle diffusée le samedi après-midi de 14h30 à 16h00 sur France 3. Images bruitées et choix de cadrages des plus mauvais ponctuent le film. La réalisatrice ne suit pas l’intensité dramatique de son récit et propose une réalisation monotone, sans saveur. Même la fin apocalyptique que connaît Madame Bovary n’est pas relevée par rapport au reste du film. Le montage n’apporte rien et ne joue pas avec le spectateur. Une nouvelle adaptation de Madame Bovary est un espoir de redécouverte du roman, mais il n’en est rien. Certes les décors sont bien choisis, tout comme les costumes, magnifiquement travaillés, mais impossible d’en rester là pour espérer apporter une quelconque crédibilité à ses personnages.

Mais le problème fondamental réside dans la notion même d’adaptation. Madame Bovary de Sophie Barthes n’est pas une adaptation du roman de Gustave Flaubert, c’est une réécriture, une interprétation. Quand l’adaptation se résume à user des mêmes noms de personnages, et de placer ces derniers dans les mêmes décors, on ne peut parler d’adaptation. Les éléments clés propres à l’oeuvre de Flaubert sont perdus, initialement, Emma Bovary se suicide par un vol chez Homais, elle a un enfant, elle a des rêves de grandeurs. A en voir le long-métrage, on se dit que Sophie Barthes a omis quelques détails lors de l’écriture de son adaptation. Si Flaubert était là pour voir ça, il fermerait les yeux et partirait de la salle. A l’heure qu’il est, il doit se retourner dans sa tombe. On peut ne pas être fan de l’oeuvre de Flaubert, mais ça n’en reste pas moins une œuvre complexe et riche. « Librement inspiré de l’oeuvre de Gustave Flaubert » aurait été plus adéquat que le terme « adapté ».

Madame Bovary est donc un long-métrage sans réel intérêt, un bourbier de soi-disant bons sentiments, avec une intrigue des plus superficielles, et qui puise (péniblement) sa force dans deux acteurs : Paul Giamatti et Rhys Ifans.

https://www.youtube.com/watch?v=viw6MypyPmQ

Fiche Technique: Madame Bovary

Réalisateurs : Sophie Barthes
Scénario : Sophie Barthes, Felipe Marino, d’après l’oeuvre de Gustave Flaubert
Casting : Mia Wasikowska, Henry Lloyd-Hughes, Ezra Miller, Paul Giamatti, Rhys Ifans, Logan Marshal-Green…
Genre : Drame
Nationalité : Britannique, Belge
Date de sortie : 4 novembre 2015
Durée : 119 minutes
Création graphique des personnages : Jean-Loup Felicioli
Photographie : Andrij Parekh
Montage : Mikkel E.G. Nielsen
Costume : Christian Gasc
Musique : Evgueni, Sacha Galperine
Producteurs : Felipe Marino, Joe Neurauter
Production : A Company Filmproduktionsgesellschaft, Scope Pictures
Distributeur : Jour2fête

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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