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PIFFF 2015 : Soirée d’ouverture

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17 Novembre 2015, 20h: Soirée d’ouverture du PARIS INTERNATIONAL FANTASTIC FILM FESTIVAL

Pour sa cinquième édition, le toujours plus ambitieux PIFFF se délocalise dans la plus grande salle d’Europe, le Grand Rex. Alors que le maintien du festival a –courageusement– été annoncé la veille, il n’a pas réussi à faire salle comble comme les années précédentes quand il avait lieu dans les locaux, plus petits, du Gaumont Opéra.

Dans un court discours de bienvenue, le trio d’organisateurs de l’évènement, le Président Gérard Cohen accompagné de Cyril et Fausto, n’a pas pu s’empêcher d’évoquer les fréquents drames qui ont secoué notre Capitale et de faire, comme tous les ans, l’apologie du cinéma fantastique comme dernier bastion du non-conformisme et de la créativité cinématographique. Après cela, ils nous offert un court-métrage surprise : Portal to Hell !!! avec et dédié à Roddy Piper, l’acteur d’Invasion Los Angeles décédé cet été. Un court-métrage basé sur un point de départ tout simple, celui de confronter un concierge bricoleur à la porte vers une dimension infernale qu’ont ouvert dans sa cave deux des habitants de l’immeuble, adeptes d’un culte lovecraftien. Un délire radical à la mise en scène pleine d’idées.

Puis vint le tant attendu film d’ouverture : The Scream Girl. Les organisateurs eux-mêmes nous annoncèrent que le pitch et le passif du réalisateur dans le clip et la pub (et, en guise de seul long-métrage le très médiocre Joyeux Noël d’Harold et Kumar!) ne les convainquirent pas jusqu’à ce qu’ils se rendent compte du degré d’émotion que celui-ci y a mit. En effet, au-delà du concept de mêler des personnages « réalistes » à ceux issus d’un film dont ils sont spectateurs (une idée déjà parfaitement utilisé dans Last Action Hero ou, dans un genre tout différent, La Rose Pourpre du Caire), l’idée d’avoir inclus parmi les personnages la fille de l’actrice récemment disparue du fameux film apporte à ce méta-film une charge émotionnelle et un réflexion sur le deuil des plus surprenantes. Le fameux en question est un slasher qui répond aux codes les plus caricaturaux du genre, un sous-vendredi 13 pour dire vrai. Et c’est avec ces codes que le film va jouer, sans jamais sombrer dans la parodie moqueuse mais avec une intelligence cinéphilique qui rappelle celle des premier et quatrième Scream ou de La Cabane dans les Bois. De quoi réjouir les fans du genre mais aussi tous les amateurs de cinéma qui apprécieront de voir la confrontation pleine de gags et de répliques décalées entre des personnages caricaturaux issus de deux époques. En plus d’un amas de décalages filmiques  (notamment de constater que les effets spéciaux sont plus convaincant dans le film que dans la réalité!) et d’un détournement astucieux des nombreux clichés, avoir réussi à nous faire passer du rire aux larmes est l’aboutissement le plus remarquable de cette excellente surprise dont il n’est pas étonnant qu’il est été plébiscité par le public des autres festivals auxquels il a déjà été présenté et qu’il rencontrera un certain succès lors de sa prochaine distribution en VOD. Le film est justement disponible chez Sony Pictures Home Entertainment.

Jour 1 >

Une histoire de fou, un film de Robert Guédiguian : Critique

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Le génocide arménien est un thème compliqué à aborder. Certains tentent d’exposer des faits, d’exposer une période historique, alors que d’autres prennent un réel parti pris et défendent des idées, qu’elles soient arméniennes ou turques.
Une histoire de fou est le second long-métrage de Robert Guédiguian portant sur ce génocide, après Le voyage en Arménie, véritable quête des origines du réalisateur.

Synopsis : Berlin 1921, Talaat Pacha, principal responsable du génocide Arménien est exécuté dans la rue par Soghomon Thelirian dont la famille a été entièrement exterminée. Lors de son procès, il témoigne du premier génocide du 20ème siècle tant et si bien que le jury populaire l’acquitte. Soixante ans plus tard, Aram, jeune marseillais d’origine arménienne, fait sauter à Paris la voiture de l’ambassadeur de Turquie. Un jeune cycliste qui passait là par hasard, Gilles Tessier, est gravement blessé.

Reconnaissance intemporelle

La force du film de Robert Guédiguian réside dans sa narration. Une histoire de fou débute et nous voilà plongés dans un long-métrage en noir et blanc. On comprendra très rapidement qu’il s’agit de faits historiques reconstitués : l’assassinat de Talaat Pacha, reconnu comme l’un des principaux organisateurs du génocide arménien, par Soghomon Tehlirian (interprété par Robinson Stévenin). S’en suit un procès, mais pas n’importe lequel. Le procès qui permettra de rendre justice aux arméniens. Toutefois, la suite du film indique clairement que ces derniers n’ont pas pour désir d’en rester là, et qu’une rébellion continue à se construire, afin d’aller plus loin. Cette différenciation, Robert Guédiguian l’indique par le retour à la couleur, et le spectateur s’immisce dans la vie d’un couple, celui interprété par Ariane Ascaride et Simon Abkarian, accompagné de leur fille, et de leur fils, Aram, qui considère nécessaire le fait de prendre les armes, et de continuer la lutte.

Une histoire de fou n’est donc pas qu’une fresque historique de deux heures et quart. Ce film est également à prendre comme un film humain, un film sur la culpabilité d’une famille, et sur le combat perdu. Car oui, Aram s’engage, Aram lutte, mais Aram blesse. Il blesse, par l’intermédiaire d’un attentat, un civil, Gilles (Grégoire Leprince-Ringuet). Comment se reconstruire ? Comment cette famille, d’ordinaire unie, peut-elle faire pour rester insensible à de tels faits ? Impossible, en somme. C’est dans ces interrogations que Robert Guédiguian percute et agrippe le spectateur. Des questions d’hommes et de comportements citoyens, il y en a dans tous les films du réalisateur, comme dans Les neiges du Kilimandjaro, où tout est histoire du pardon. Et ce sont ces interrogations qui bâtissent la force des films de ce réalisateur.

Mais ces interrogations doivent être filmées et interprétées. Certains trouveront lassant de voir continuellement les mêmes acteurs dans les longs-métrages de Robert Guédiguian, mais c’est ce qui fait leur beauté.
Ariane Ascaride, dans la quête de son fils, et dans la quête du pardon, bouleverse le spectateur. Le temps d’un film, l’actrice, et femme du réalisateur, devient notre mère, cette mère aimante, mais qui, malgré l’amour, sait faire la part des choses. Quant à Simon Abkarian, même s’il tente d’évacuer ses démons, impossible de douter du fait qu’il est meurtri. Cela fait bien longtemps qu’il ne lutte plus. Cela fait bien longtemps qu’il a conscience du mal de ce combat, et il ne veut pas voir son fils là où il a échoué. Simon Abkarian nous bouleverse et grave dans nos esprits une interprétation touchante et juste.
Mais Une histoire de fou n’est pas qu’une histoire de couple. Tous les personnages sont exploités. L’histoire d’amour d’Aram apporte cette touche de romance à un récit sombre. Tous les personnages sont magnifiquement interprétés. La direction d’acteurs de Robert Guédiguian n’est plus à revoir, tellement elle s’avère juste et sans surplus.

D’un point de vue technique, Robert Guédiguian reste fidèle à ses précédents œuvres. Pas d’excès de mouvements de caméras ou d’effets en tous genres. Certains aimeraient un brin de folie et de partis pris plus osés, mais non, le réalisateur filme des faits de manière brute. Une histoire de fou ne dégage pas une compassion trop appuyée, car, même s’il se passionne pour son pays d’origine, l’Arménie n’est jamais mise sur un piédestal. Par sa caméra, Robert Guédiguian l’embellit, lui prouve son amour, mais a conscience qu’il s’agit d’un combat qu’il sera compliqué de contenter.

Oui, Une histoire de fou aborde des faits sujets à controverse, mais Robert Guédiguian réussit son coup, et nous offre une histoire qui passionnera le spectateur, et qui l’instruira. Et, une fois de plus, on remercie cette « bande » d’acteurs de nous offrir un jeu fort et empli d’émotions, mais qui ne chavire dans aucun pathos.

Une histoire de fou Extrait vidéo

Fiche Technique: Une histoire de fou

Date de sortie : 11 novembre 2015
Nationalité : Française
Réalisation : Robert Guédiguian
Scénario : Nicholas Pileggi, Martin Scorsese
Interprétation : Simon Abkarian, Ariane Ascaride, Grégoire Leprince-Ringuet, Syrus Shahidi, Robinson Stévenin…
Musique : Alexandre Desplat
Photographie : Pierre Milon
Décors : Michel Vandestien
Montage : Bernard Sasia
Producteurs : Robert Guédiguian, Marc Bordure, Sabine Sidawi Hamdan
Société de distribution (France) : Diaphana Distribution
Genre : Drame, Historique
Durée : 135 minutes

Francofonia, le Louvre sous l’Occupation, un Film d’Alexandre Sokourov : Critique

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Il faut oser. Commencer un film par un générique de fin et une voix off du réalisateur pensant avoir raté son film. Est-ce un aveu d’échec, le film étant terminé avant même d’avoir commencé ? Cette frustration fait sans doute resurgir les difficultés rencontrées avec la direction du musée du Louvre pour tourner le film. À moins qu’Alexandre Sokourov se soit vu dépassé par le projet cinématographique ambitieux et unique dans lequel il s’est lancé…

Synopsis : 1940. Paris, ville occupée. Et si, dans le flot des bombardements, la guerre emportait La Vénus de Milo, La Joconde, Le Radeau de La Méduse ? Que deviendrait Paris sans son Louvre ? Deux hommes que tout semble opposer – Jacques Jaujard, directeur du Louvre, et le Comte Franz Wolff-Metternich, nommé à la tête de la commission allemande pour la protection des œuvres d’art en France – s’allient pour préserver les trésors du Musée. Au fil du récit de cette histoire méconnue et d’une méditation humaniste sur l’art, le pouvoir et la civilisation, Alexandre Sokourov nous livre son portrait du Louvre.

Ce n’est pas la première fois que le cinéaste russe se lance un défi hors-norme. Rien n’est trop ambitieux pour rendre hommage à ces temples de la culture ! En 2002 Sokourov tourne L’Arche Russe dans les couloirs de l’Ermitage, premier long-métrage (réellement) tourné en un seul plan-séquence. Francofonia est, lui, un film-essai entremêlant des séquences documentaires, des images d’archives réelles et fictives avec de pures scènes oniriques. Tout cela pour parler du Louvre sous l’Occupation allemande. Une reconstitution historique est alors mise en œuvre pour expliquer comment le musée a pu survivre à l’invasion nazie.

L’Histoire racontée est malheureusement assez sommaire. Sokourov se contentant d’un résumé condensé et un peu idéalisé des faits, notamment sur le rôle joué par la Kunstschultz dans la préservation des arts. Mais la portée historique du film est vite balancée par un autre versant, celui d’un hommage émouvant au rôle de la préservation de la culture des musées. L’entente entre le directeur du Louvre Jacques Jaujard et le comte Franz von Wolff-Metternich révèle le rôle de l’art pour la nation. Et seul celui-ci a eu le pouvoir de créer une vision commune entre allemands et français pendant la guerre. Main dans la main, au nom de l’art. Ce que Francofonia nous montre in fine, c’est que c’est avant tout l’aura du Louvre qui a permis sa survie.

La francophonie du titre ne fait sans doute pas allusion à la langue française, puisqu’on y entend davantage du russe et de l’allemand. Il désignerait davantage le poids de la France dans le monde culturel dont le Louvre est le principal étendard. Même si le film n’est pas exempt de multiples défauts, il reste un objet passionnant, repositionnant les musées au centre de notre civilisation. Loin de prendre son envol, la Victoire de Samothrace restera pour toujours à Paris, tout comme ses centaines de colocataires sauvées du vestige des siècles par la France. Et c’est ce qui fait, entre autres, l’importance politique du Louvre.

Alors, qu’Alexandre Sokourov se rassure. Son Francofonia est probablement raté eu égard à la grandeur de ses autre films. Mais il reste un objet passionnant qui, même dans ses maladresses, réussira à toucher le plus grand nombre pour son éloge de la culture, aussi imparfaite soit-elle.

Trailer de Francofonia, Le Louvre sous l’Occupation

Francofonia : Fiche Technique

Titre original : Francofonia
Date de sortie : 11 Novembre 2015
Nationalité : Russe, Français, Allemand, Néerlandais
Durée : 88 min.
Genre : Drame, Historique
Auteurs : Alexandre Sokourov
Réalisateur : Alexandre Sokourov
Casting : Louis-Do de Lencquesaing, Benjamin Utzerath, Vincent Nemeth, Johanna Korthals Altes
Chef opérateur : Bruno Delbonnel
Assistant réalisateur : Alexei Jankowski, Marina Koreneva
Chef opérateur son : André Rigaut, Jac Vleeshouwer
Montage son : Emil Klotzsch
Chef costumière : Colombe Lauriot Prevost
Monteur : Alexei Jankowski, Hansjorg Weissbrich
Producteur : Françoise Etchegaray
Distributeur : Sophie Dulac Distribution
Le film a été présenté en sélection officielle à la Mostra de Venise 2015.
Budget : xxx

Arras Film Festival: Soirée de clôture avec “La Vie est belge” et son équipe

Soirée de clôture: Le palmarès, la projection de « La Vie est belge » / « Brabançonne » et l’interview de son équipe

           La dixième et dernière journée du festival fut riche, intense et émouvante. Il s’agissait d’abord de terminer une éprouvante aventure humaine et cinématographique, d’abord en se réunissant tous ensembles une dernière fois avec la soirée de clôture, mais aussi en restant aussi nombreux passionnés et illuminés par les projecteurs afin de combattre les ténèbres qui se sont précipité sur la France vendredi.

            De grands discours humanistes ont ainsi été prononcé par des différents intervenants du festival, mais aussi par des cinéastes – on peut penser à Pierre De Clercq – pendant la cérémonie de remise des prix : prix des lycéens (prix Regards jeunes Région Nord-Pas-de-Calais constitué de lycéens en option cinéma), prix de la critique, prix du public et les deux Atlas (bronze, argent) avec les deux mentions spéciales du Jury, et du Jury à un comédien). Il y a eu aussi les deux récompenses des Arras Days dont une de cinq mille euros remise par la ville, et une autre de dix mille par le CNC, pour soutenir des projets prometteurs encore au stade du scénario. Vous pourrez retrouver tout le palmarès sur le site plan sequence.

La Vie est belge (Brabançonne), Vincent Bal, écrit par Pierre De Clercq, avec Arthur Dupont, 2015.

5/5

            Ensuite, le public a pu s’émerveiller et s’amuser avec La Vie est belge (Brabançonne) dont la sortie publique devrait être pour le mois de Décembre. L’histoire : deux orchestres belges, l’un wallon, l’autre flamand, se disputent le titre de meilleur orchestre d’Europe. Tout va se corser lorsque Hugues – interprété par le français Arthur Dupond –, s’engage dans l’orchestre rival pour pouvoir faire jouer ses pièces. Sa relation avec son frère, chef d’orchestre wallon, est alors mise à mal, et un amour va naitre entre le jeune homme et la belle flamande Elke, déjà promise en mariage au fils du sponsor de leur orchestre. L’amour réussira-t-il à tous les rassembler ?

            Le film de Vincent Bal, écrit par Pierre De Clercq – scénariste du très fort Hasta la vista (Geoffrey Enthoven, 2012) pour lequel il était venu au Arras Film Festival il y a quatre ans – est une véritable comédie musicale. De la romance, des chansons populaires, des musiques originales, de la danse, et beaucoup de couleurs… de Demy à Kelly, de Donen à Wise et son West Side Story (1962), Brabançonne, premier film wallon-flamand du genre, sonne comme un hymne à la comédie musicale, elle-même un genre apologique de l’humain, du mouvement, de l’amour. Aussi on retrouve cette naïveté touchante propre au genre. Le film n’est cependant pas totalement chanté, à l’image de Chantons sous la pluie (Singin’ in the rain, Stanley Donen, 1952), on alterne entre moments parlés et instants chantés. Cependant tel que dans le Sweeney Todd de Tim Burton (sorti en 2008), les transitions entre ces deux séquences tendent à être naturelles, les plus efficaces possibles, c’est-à-dire les plus invisibles possibles. Choix intéressant et qui fonctionne dans la majorité des cas. L’échec des deux ou trois transitions provient, il nous semble, du choix d’une des voix, celle du fiancé d’Elke. Si toutes les voix sont intéressantes musicalement, et investies d’un véritable jeu et d’une émotion, d’une humanité, la sienne paraît un peu hors-jeu, trop contrastée par rapport à la folie et l’humour du film. Elle a d’ailleurs fait rire par dépit, là où des chansons sont bien créées pour créer de l’humour, on pense notamment à celle d’un des membres de la chorale, toujours en panique.

            Comme les autres grandes comédies musicales, le film a un certain discours de fond sur notre réalité : le changement du cinéma « muet » au parlant dans Chantons sous la pluie, les gangs et le racisme dans West Side Story, la Belgique et ses confrontations internes entre Wallons et Flamands ici. Le scénariste et le réalisateur du film parlent d’une situation hélas bien existante avec beaucoup d’amusement. Ils s’emparent alors des clichés pour mieux s’en défaire, acceptant certains stéréotypes pour mieux en capturer la vérité essentielle, travaillant la réalité avec cet humour belge fou et absurde – qu’il nous manque tant en France – et la vitalité du genre pour mieux l’affronter, exposer sa bêtise. Et ainsi, ils proposeront presque naïvement une solution d’une grande simplicité et dont rien empêche vraiment la possibilité hormis quelques individus extrémistes des deux côtés : « ensemble », vivre ensemble, s’aimer ensemble, avancer ensemble. Vous imaginez bien que le film a créé véritablement des échos humanistes plus que bienvenus aux tragiques événements qui ont eu lieu vendredi, et qui touchent bien d’autres peuples depuis une bonne quinzaine d’année.

            S’il est une comédie musicale formidable, Brabançonne est ainsi un grand film, dont on n’a pas rapporté quelques ersatz de sa grande richesse. On pourrait revenir sur la mise en scène des danses à celle des moments chantés ou plus largement musicaux. Ou encore réfléchir toutes les anecdotes propres à la culture Belge pour en faire une étude sociologique…

Le festival ne pouvait se terminer cinématographiquement aussi bien. Quel brillante clôture du Arras Film Festival tout en contraste à son film d’ouverture –

Le Grand Jeu – qui n’avait pas mérité sa place. Merci à toute l’équipe – très modeste, drôle et plein de génie – du film pour ce merveilleux moment de cinéma. Cette première comédie musicale complètement belge est un coup de force, peut-être pas parfait, mais tellement génial qu’on ne peut que le célébrer, et se féliciter de l’avoir vu.

Revenons maintenant sur l’interview de votre serviteur avec Vincent Bal et Pierre De Clercq.

INTERVIEW – Avec Vincent Bal et Pierre De Clercq pour le film La Vie est Belge (Brabançonne) (Ci-dessous à droite : Arthur Dupont, votre humble serviteur, le réalisateur Vincent Bal et le scénariste Pierre De Clercq).  arrasfilm-festival-La-Vie-est-belge-equipe-film-Vincent-Bal-et-Pierre-De-Clercq

« La comédie musicale est un genre proprement américain, repris ensuite à travers le monde, notamment par les français… Faire un film de ce genre en Belgique, est-ce c’est une revanche contre les US ? Ou un pur hommage ? »

            Ce n’est pas une revanche répond Vincent Bal, mais un hommage aux comédies musicales des années trente, quarante, et cinquante qu’il chérit. Pour son quarantième anniversaire il a d’ailleurs projeté Singin’ in the Rain. Il s’agissait aussi de retrouver cette vivacité propre au genre, qui a tendance à disparaître dans les « musicals très sucrés ».

            Il a aussi beaucoup aimé les Chansons d’Amour de Christophe Honoré, ce film l’a beaucoup inspiré, notamment par rapport à l’idée des dialogues chantés. Il voulait aussi raconter une histoire d’amour.

            Brabançonne est exactement la première comédie flamande, explique le réalisateur, et la deuxième belge, Chantale Akerman ayant réalisé en 1986 Golden Eighties, comédie-musicale franco-belge.

« On retrouve dans votre film une imagerie à la fois très fluide, et très posée. J’ai eu l’impression de retrouver ce style propre aux comédies musicales des années cinquante, empli de beaucoup de références à Demy, Donen… »

            Oui ils l’ont beaucoup inspiré, continue le réalisateur. Il a essayé de faire quelque chose de digne du genre, avec peu d’argent et peu de temps, « trente-trois jours de tournage ». Du côté de Demy, il a beaucoup regardé de films, notamment Les parapluies de Cherbourg qu’il a montré à ses collaborateurs.

            Il pense aussi que comme son expérience du film de Demy, celle des dialogues chantés par le public sera quelque chose de choquant, difficile pendant les premières minutes, car ça ne serait pas un postulat évident à accepter : « naturellement, je ne suis pas un grand connaisseur pour le voir mais j’ai adoré Les parapluies de Cherbourg. Les dix premières minutes sont dures pour le voir mais il faut persister – il chantonne rapidement quelques paroles du film – la fin est magnifique. ». Sauf que dans le film tout est chanté, c’est véritablement chez Honoré qu’il a trouvé l’idée de passer du dialogue parlé au chanté naturellement.

« Par rapport à cette idée des dialogues chantés, on peut penser au Sweeney Todd de Burton… Lorsque je l’ai vu à sa sortie, j’étais bien plus jeune, j’étais extrêmement surpris, par choqué, mais surpris au début, car c’était inattendu pour moi, mais les transitions du dialogue parlé à celui chanté étaient très naturelles finalement… »

            « Oui, voilà ». Pour que ça fonctionne, il s’agit de mettre en place un accord avec le public, il faut que les gens se mettent en accord avec le film, et ces idées.

« Êtes-vous satisfait des premiers retours ? »

            Il est très content des retours, explique-t-il. Les gens semblent amusés et émus, c’est un feel-good-movie sur un sujet sensible – ces problèmes entre wallons et flamands –. Il s’agissait d’ailleurs de faire des allusions, de jeux sur les détails, sur les préjugés belges que chacun a les uns sur les autres. Et il veut que les gens sortent de la salle en chantant, moins amers. Il s’agissait de parler de cette situation belge via les deux orchestres en compétition.

            Aussi il est content et très honoré d’avoir été invité au Arras Film Festival, et d’avoir son film comme film de clôture. Il a hâte de voir les lectures des spectateurs qui seront différentes de celles belges, dit-il.

            Certains retours « négatifs » du film critiquaient l’idée qu’apparemment, le film aurait été plus gentil avec les wallons et « plus méchant » avec les flamands, explique Vincent Bal. Le film a mieux fonctionné chez les flamands pas habitués à voir des films wallons, dit-il.

« Ne pensez-vous pas que les films belges soient plus funs ? Vous avez cette folie, cet humour qui nous manque tellement en France… »

            En effet, il y a une sorte d’absurdité et de folie dans le cinéma belge. Il pense que c’est lié aux images du pays. Notamment à la bande dessinée et au peintre Magritte : « nous sommes tous les enfants de Franquin (auteur de Gaston, créateur du Marsupilami et de Spirou et Fantasio) » dit-il.

À Pierre de Clercq – « Comment avez-vous écrit les dialogues chantés ? »

            Il s’est dit qu’il fallait penser les chansons comme dialogues. Ils n’ont repris que des chansons pré-existantes, leurs chansons belges préférées, qu’ils ont réemployées dans un autre contexte, leur donnant une autre signification sans pour autant leur changer un seul mot.

            Le réalisateur poursuit en expliquant qu’il avait au début une base iTunes de quatre cents chansons. Revisiter les chansons était intéressant, les changements pouvaient provoquer de purs effets comiques, par exemple en rendant déprimant, en donnant du prozac, à une chanson à l’origine hyper-vive.

            Concernant les orchestres du film, il s’agissait de vrais musiciens mêlés à des acteurs. Les solos de Trompette ont été enregistrés à part. Et les enregistrements des compositions orchestrales ont été faite en une journée.

Toujours au scénariste – « D’où vous est venue l’idée de faire une comédie musicale ? »

            L’idée vient du réalisateur, explique-t-il. Il a notamment apporté le concept des deux orchestres wallons et flamands qui se « combattent ».

            Le scénariste est toujours étonné qu’on vienne le voir pour écrire, aussi ce qui est important pour lui est de raconter des histoires et de rencontrer des gens, tous ces collaborateurs.

À nouveau Monsieur de Clercq – « Et par rapport à votre humour qui nous manque tant en France, où tout est très dramatique, très sérieux, sans folie, est-ce purement belge ou cela vient-il aussi de vous ? »

            C’est « un humour de chez nous » et aussi « un humour que j’aime » dit-il, amusé. « C’est belge… Et aussi à moi. ».

Sur le personnage au drapeau belge, qui chante

            « Pour la petite blague », ce qui est drôle c’est qu’il chante en français, et « on trouvait ça drôle, qu’il est d’origine marocaine et qu’il est le « plus belge d’entre tous ». »

Le meilleur souvenir de tournage de Vincent Bal

            Moins un souvenir précis, plus ce souvenir de l’ambiance du plateau de tournage, sur lequel la musique semblait rassemblait tout le monde.

            Un grand merci au réalisateur, au scénariste et à l’acteur pour leur grande sympathie, leur proximité, leur modestie, leur amusement et leur folie bon enfant. Après l’interview nous avons chanté tant bien que mal des airs musicaux, du Parrain à Chantons sous la Pluie, Arthur Dupont s’occupant de l’instrumentalisation avec un petit piano à air. Vous pourrez retrouver deux vidéos captées sur l’instant ici :

            Avant de conclure sur ce formidable festival, je me dois de dire à quel point les personnes du festival ont été accueillants, chaleureux, et professionnels, malgré les problèmes rencontrés : du simple retard, aux tragiques événements survenus vendredi soir. Je pense notamment à Cathy Gervois et Hélène Debreyne (voir la photographie ci-à droite, la première à droite, la deuxième à gauche) qui ont été véritablement géniaux. J’ai même pu obtenir l’affiche d’un film important à mes yeux et dont je vous ai parlé dans le texte introductif : Shadow Dancer. Félicitations et merci à l’équipe de Plan-Séquence, à tous les bénévoles, à Nadia Paschetto et Éric Miot, et bien sûr aux spectateurs passionnés, aux cinéphiles et aux curieux, pour avoir fait de cette édition 2015 une formidable expérience. À l’année prochaine.

Les Suffragettes, un film de Sarah Gavron : Critique

Bien avant son premier long métrage en 2007, Rendez-vous à Brick Lane, Sarah Gavron nourrissait l’ambition de mettre en scène le combat des suffragettes, terme inventé par la presse britannique pour tourner en dérision les activistes du mouvements en faveur du suffrage des femmes. Elle trouve en les personnes de Abi Morgan (emmy award pour The Hour, Shame de Steve McQueen, La Dame de Fer), scénariste, Alison Owen et Faye Ward, productrices, des collaboratrices d’exception pour travailler sur une oeuvre engagée durant plusieurs années jusqu’en 2014, date à laquelle Pathé accepte de financer et distribuer le film.

Par ailleurs, Cameron McCracken, producteur exécutif et directeur général de Pathé UK, annonce: « Ce qui m’a immédiatement attiré dans ce projet, c’est son caractère impérieux et viscéral. Il ne s’agit pas d’un film d’époque nostalgique qui célèbre avec calme les avancées majeures des droits des femmes, mais d’un rappel brutal des sacrifices consentis et du chemin qu’il reste à parcourir aux femmes pour atteindre l’égalité. » Sarah et Abi se sont plongées dans les journaux intimes et les mémoires inédits de ces femmes, dans les dossiers de la police et dans les textes universitaires pour recontextualiser au mieux cette lutte pour les droits en 1912.

Synopsis: Au début du siècle dernier, en Angleterre, des femmes de toutes conditions décident de se battre pour obtenir le droit de vote. Face à leurs revendications, les réactions du gouvernement sont de plus en plus brutales et les obligent à entrer dans la clandestinité pour une lutte de plus en plus radicale. Puisque les manifestations pacifiques n’ont rien donné, celles que l’on appelle les suffragettes finissent par avoir recours à la violence pour se faire entendre. Dans ce combat pour l’égalité, elles sont prêtes à tout risquer: leur travail, leur maison, leurs enfants, et même leur vie. Maud est l’une de ces femmes. Jeune, mariée, mère, elle va se jeter dans le tourbillon d’une histoire que plus rien n’arrêtera…

De gauche à droite : Abi Morgan, Sarah Gavron, Anne-Marie Duff, Helen Pankhurst (arrière petite fille d’Emmeline Pankhurst), Meryl Streep, Laura Pankhurst (arrière arrière petite fille d’Emmeline Pankhurst), Carey Mulligan, Helena Bonham Carter, Alison Owen, Faye Ward

On n’arrête pas une révolution en marche

La viscéralité est donc l’atout premier de cette oeuvre brute et pleine d’énergie, mais au détriment d’autres atouts qui auraient été nécessaires. En effet, en se concentrant sur cette ouvrière Maud, épouse et mère de famille, l’intrigue suit de manière trop linéaire les convictions de ce groupuscule, qui apparaît isolé dans un société encore bien trop ancrée dans un patriarcalisme conservateur. La durée d’une heure et quarante six minutes semble bien trop courte pour l’ampleur scénaristique et les choix sont portés sur un seul personnage, Maud alias Carey Mulligan, qui perd ce qu’il a de plus cher, son époux et son fils pour un combat qui peine encore à être gagné aujourd’hui notamment en Arabie Saoudite. Les autres personnages secondaires, mais pourtant primordiaux, incarnés par Anne-Marie Duff, Helena Bonham Carter et Meryl Streep ne sont que des pions d’un échiquier plus ou moins maladroitement agencé. L’émotion reste souvent en surface malgré des performances extraordinaires. La réalisatrice raconte qu’elle ne désirait pas écrire le biopic d’un personnalité publique. Elle décide donc d’explorer comment l’injustice peut mener à la radicalisation et comment les gens peuvent être attirés par le fondamentalisme et tout sacrifier à un idéal. En cette période de crise, cette volonté n’en paraît que plus juste et l’écho est retentissant. Il est pourtant regrettable de constater que l’évolution de cette femme établie et qui ne connaissait rien de ce mouvement, puisse en si rapidement se rallier à cette cause qui n’est plus à remettre en question. Le parti-pris est alors un facteur évident pour l’adhésion empathique. Aucune surprise notoire cependant, le récit ne surprend guère et par conséquent, finit par se rattacher à cette individualité reconstituée. Cette naïveté pure et abstraite qui nous fait ressentir en même temps que les personnages, qui nous inclut dans les événements racontés, est retransmise par le regard de ces actrices, figures de proue isolées par des gros plans instantanés, qui se veulent être pris sur le vif. Il est difficile dans l’ensemble de faire abstraction du maquillage, des costumes et de la reconstitution, tant l’effet peut paraître criard.

« Prenez conscience du clivage genré »

Certaines scènes sont époustouflantes et la déflagration résonne par ellipses. L’effet yo-yo perturbe les sens. Entre ennuis et admiration, Les Suffragettes ne cesse d’osciller entre deux émotions contraires. La faute à l’agencement trop ordonné de l’intrigue qui elle-même manque de spontanéité. Lorsque la bande annonce épate et émeut par la grandiloquence historique, le film manque de relief ou plutôt fait preuve de trop fortes irrégularités. Le décor sublime est mal exploité par des gros plans hasardeux. La caméra ne vient jamais cueillir l’émotion profonde chez l’acteur qui lui est pourtant excellent, avec un bémol pour Anne-Marie Duff qui parfois grimace. Carey Mulligan prouve une fois de plus l’étendue de son talent et mérite amplement une récompense pour sa performance, malgré l’écriture superficielle de son personnage qui aurait gagné à être moins « joli ». Le personnage d’Helena Bonham Carter, arrière petite fille du premier ministre qui à l’époque était le pire ennemi des suffragettes, est inspirée d’Edith Garrud qui a enseigné le ju-jitsu à ces femmes en pleine rébellion et a formé le groupe des gardes du corps qui entouraient et protégeaient Emmeline Pankhurst. Ben Whishaw réussit avec sympathie à devenir l’époux macho qui peine à s’occuper seul de son fils. Il commente: « Les hommes du film sont pris au piège d’une masculinité en voie d’extinction, ils n’ont aucun autre modèle auquel se raccrocher quant à l’avenir. » Puis, il y a le mari d’Edith Ellyn entièrement rallié à la cause. Pire qu’un pion, il n’est qu’un faire valoir invisible. Pour terminer le trio stéréotypés, l’inspecteur Arthur Steed aka Brendan Gleeson effectue, au contact de femmes qui se battent, un revirement de conscience trop peu discret pour être remarquable. Trois partout et le genre occupe le devant de la scène, quitte à devenir tape à l’oreil. « Prenez conscience du clivage hommes/femmes » nous avertit l’équipe à majorité féminine avec peu de subtilité ni de profondeur. On regrette que de si grands acteurs puissent remplir des cases aussi abruptement.protesting-suffragettes-early-1900sSarah Gavron avoue que « les actrices ont été séduites, à la lecture du scénario, par la découverte des actions coup de poing menées par les suffragettes, cette nécessité de se battre comme les hommes pour se faire entendre, car il serait très rare pour des femmes d’incarner des personnages aussi passionnés. » D’une cela est défendable, il suffit de voir la filmographie de Martin Provost, le dernier Much LovedThelma et Louise… De deux, le choix de se concentrer sur cette femme ordinaire régi par cette prise de conscience soudaine dans une spirale décisive permet à cette histoire un virement vers l’intime relativement surprenant. L’impression de ne savoir où se placer entre épopée historique et récit ordinaire, ampleur sans précédent et intime combat configure aux troisième long métrage de Sarah Gavron un goût d’inachevé. Il est étrange de se rendre compte cependant qu’un même film puisse être apprécié différemment en fonction du contexte socio-politique. L’avant et l’après d’un événement marquant participe au revirement d’appréciation. L’intérêt se gonfle et la sensibilité s’aiguise à la deuxième vision. Sensible(s) à la dominance esthétique, violet, blanc, vert, couleurs associées au mouvement des suffragettes. Sensible(s) à la photographie de l’espagnol Edu Grau, qui a éclairé A Single Man (et qui a dû surmonter son aversion pour le vert!), au format Super 16, jusqu’à 4 caméras portées simultanément pour conférer du réalisme et du dynamisme au lieu de styliser comme le film historique a tendance à le faire. Sensible(s) à cette d’époque d’avant-guerre, où la femme n’était qu’une ouvrière esclave et épouse fidèle. Mais par dessus tout, sensible(s) à la musique d’Alexandre Desplat qui propose un accompagnement orchestral aucunement nostalgique, une métamorphose musicale en somme, qui confère l’urgence au cœur du film avec des accords non résolus, des progressions via des impulsions, des percussions, cordes, piano, et des cornes. De la valse doucement sinistre de « Demonstration » jusqu’au tremblement des cordes aigus de « Children Taken« , la bande son est calme et tendue. Finalement, les dates qui défilent au crédit, sur les pays autorisant le vote aux femmes, participent à cette prise de conscience que le spectateur finit nécessairement par effectuer au sortir de la salle.

Toucher en plein cœur, malgré une mise en scène qui manque certainement de relief et de singularité, Les Suffragettes fait de l’intime un combat universel pour nos droits fondamentaux, transformant pourtant le singulier en pluriel apolitique. Libertés, Égalités, Sexualités. On a dit « apolitique » !

Les suffragettes extrait vidéo

Fiche Technique: Les suffragettes

Réalisation : Sarah Gavronles-suffragettes-affiche
Scénario : Abi Morgan
Casting : Carey Mulligan (Maud Watts), Helena Bonham Carter (Edith Ellyn), Brendan Gleeson (L’inspecteur Arthur Steed), Anne-Marie Duff (Violet Miller), Ben Whishaw (Sonny Watts), Meryl Streep (Emmeline Pankhurst)
Genre : Drame, historique
Nationalité : Royaume-Uni
Date de sortie : 18 novembre 2015
Durée : 1h46
Directeur de la photographie : Edu Grau
Chef monteur : Barney Pilling
Chef décoratrice : Alice Normington
Maquillages et Coiffures: Sian Grigg
Compositeur : Alexandre Desplat
Producteurs : Faye Ward, Alison Owen
Production : Ruby Films, Film4, BFI, en association avec Ingenious Media, avec la participation de Canal+ et Ciné+
Distributeur : Pathé

Arras Film Festival: « Legend », Tom Hardy, Steve McQueen et « The Thomas Crown Affair »

Tom Hardy dans Legend, Steve McQueen dans The Thomas Crown Affair : double séance de film de gangster

            Malgré les malheureux événements survenus la veille, la neuvième journée du Arras Film Festival fut très riche. Si une rencontre a été annulée – avec Edouard Baer et Benoît Graffin du film Encore Heureux –, on a pu voir à 19h00 le nouveau film écrit et réalisé par Brian Helgeland : Legend, dont la sortie est programmée au 20 Janvier 2016. La synopsis : Londres, les années 60. Les jumeaux Ronnie et Reggie Kray – tous deux incarnés par Tom Hardy –, célèbres gangsters du Royaume-Uni, règnent en maîtres sur la capitale anglaise. A la tête d’une mafia impitoyable, leur influence parait sans limites. Pourtant, lorsque la femme de Reggie, Frances – interprétée par Emily Browning –, incite son mari à s’éloigner du business, la chute des frères Kray semble inévitable  ; et la critique du film ici.

          Pour aller rapidement sur long métrage d’Helgeland, Legend est un film de genre qui à l’inverse d’autres plus récents – Gangster Squad (Ruben Fleischer, 2013) entre autres –, tendent à défaire les légendes de ces grands bandits pour tenter de les comprendre, eux et leurs époques, qui, encore aujourd’hui en 2015, ne cessent de fasciner leurs spectateurs. On notera aussi que, malheureusement ou heureusement, le film continue à les construire, ces épopées et tragédies modernes nées dans le sang de ses « héros ».

           À 21h30, on a pu revoir un chef d’œuvre du cinéma : The Thomas Crown Affair de Norman Jewison – à qui l’on doit les non moins géniaux The Cincinnati Kid (1965) et Rollerball (1975) – avec les magnifiques Steve McQueen et Faye Dunaway, avec la formidable musique de Michel Legrand. L’un des plus grands films sorti au cinéma en 1968 a connu la projection la plus mauvaise du festival : beaucoup de retard, un format non cinéma utilisé pour la projection, un blu ray a-t-on dit, un dvd ont pensé plusieurs spectateurs cinéphiles et grands connaisseurs et admirateurs du film tels que votre serviteur. Ou alors ce fut un très mauvais master blu ray que nous n’avons pas connu. Cependant l’expérience collective que permet le cinéma fut très bonne, le public était là pour savourer ce film, ce grand, magnifique et intemporel chef-d’œuvre du cinéma. La synopsis du film : Thomas Crown, riche et séduisant homme d’affaires, organise le braquage d’une banque pour tromper l’ennui et satisfaire son goût du risque. Il engage quatre hommes de main qui exécutent parfaitement son plan, puis il récupère le butin déposé dans une poubelle après le hold-up. Vickie Anderson, détective dans une compagnie d’assurances, se rapproche de Crown pour les besoins de son enquête. Le milliardaire, qui se croyait hors de danger, est inquiété par les soupçons de la jeune femme. Un jeu du chat et de la souris commence alors entre eux, mêlant séduction et intimidation…

            Après la séance mouvementée, la soirée était loin d’être terminée. Chaque soir ou presque du festival a eu lieu un concert de musique. Rock, pop, « comédie » musicale… Tout y est passé. Ce qui a permis au Festival de proposer différentes bonnes ambiances et humeurs à chacune de ces journées. On regrettera cependant un travail du son pas toujours « harmonieux ». Attention, nous ne parlons pas de musique, mais de la régie. En effet, certains soirs ont été bien plus bruyants que musicaux, nous entendions davantage les basses que le son des instruments et la voix du / des chanteurs / ses, étouffés par celles-ci. D’autres événements nous ont gardé réveillés pour mieux éveiller notre imaginaire et nous amuser tels que les ciné-concerts. Vous pouvez retrouvez l’intégrale du ciné-concert de L’Homme d’Aran de Robert Flaherty, mené par le Conservatoire d’Arras ci-dessous :

          Nous tenons aussi à féliciter le festival pour sa réussite – notamment son nombre d’entrée ayant augmenté – en ses dernières journées, jours de deuil national. Ce n’est pas seulement une réussite pour le festival, c’est un succès pour les arts, la culture, et donc la civilisation, contre la barbarie obscurantiste meurtrière qui s’est abattue la nuit dernière. Nous vous conseillons à ce propos de (re)lire le formidable édito de Chloé Margueritte ici.

           Le jour suivant promettait une riche dixième journée de clôture du festival notamment avec le film La Vie est Belge (Brabançonne) et la rencontre avec son équipe.

Insidious Chapitre 3, un film de Leigh Whannell : critique du DVD

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Le cinéaste James Wan s’était fait connaître au plan international avec Saw, extraordinaire thriller horrifique qui deviendra une série à succès. Sa maîtrise du glauque et sa capacité à instaurer une ambiance angoissante ont alors été remarquées. Quelques années plus tard, après quelques échecs commerciaux, il renoue avec le succès en réalisant les deux premiers films de la série Insidious (entrecoupés de l’excellent Conjuring).

Wan and Whannell
Insidious, c’est une trilogie (pour le moment) qui joue sur la frontière entre notre monde et celui des morts. Rien de révolutionnaire dans le genre, mais, une fois de plus, le cinéaste savait faire preuve d’une grande maîtrise de ses effets et éviter les pièges des films d’horreur.
Succès oblige, un troisième chapitre a donc été produit, et confié au fidèle collaborateur de Wan, Leigh Whannell, scénariste et acteur dans Saw et Insidious, entre autres, et dont ce sera la première réalisation. Mais qu’est-ce que Whannell va pouvoir apporter à la série ? Et sera-t-il à la hauteur de son désormais célèbre prédécesseur ?

Un épisode de série
Ce Chapitre 3 reprend des caractéristiques de l’ensemble de la série, histoire de rappeler aux spectateurs qu’on est en terrain connu. Ainsi, au bout d’une minute de film, on voit apparaître le personnage d’Elise, medium qui parvient à entrer en contact avec les morts, et un des personnages centraux des Insidious. Vers la fin, nous retrouverons aussi Specs et Tucker, deux autres personnages importants de la trilogie. Le thème de l’esprit d’un mort qui s’attaque à une personne vivante s’impose très vite, ce qui entraîne l’inévitable petite promenade dans le monde des morts. Enfin, le film est émaillé de références et de clins d’œil à ceux qui connaissent les deux premiers films (ce qui n’est pas indispensable pour pouvoir suivre celui-ci, il faut le préciser).

Ce film fait donc bien partie de la série des Insidious, il n’y a aucun doute là-dessus. Le problème, c’est qu’il n’a rien à apporter aux précédents. Cette histoire est indépendante des deux autres films, il ne s’agit pas d’un préquel et il n’y a ici aucune révélation à attendre sur les personnages principaux.
Du côté de l’histoire, rien de nouveau là non plus. Nous avons l’éternel lieu commun de l’adolescente possédée, que les amateurs du genre ont déjà tellement vu que ça en perd tout intérêt. Seule Elise peut garder les spectateurs en suspens au milieu de toute cette banalité.
La réalisation, enfin, cumule les effets classiques du genre : les coups dans le mur et les bruits au plafond, les ombres dans le lointain, les lampes qui ne fonctionnent pas, les appartements abandonnés et poussiéreux dont les meubles sont recouverts de draps, et les sempiternels jump-scares, devenus le fléau des films d’horreur actuels.
Car, au lieu de passer son temps à tenter d’instaurer une ambiance pour vraiment faire peur, Whannell préfère faire sursauter ses spectateurs avec quelques effets que l’on voit venir de loin.
Clairement en-dessous des opus signés Wan, ce Chapitre 3 n’est pas une catastrophe cinématographique, c’est juste un énième film anonyme où le spectateur ne peut se départir de son impression de déjà-vu.

Synopsis : quelques années avant les événements des films précédents, Quinn Brenner, une jeune adolescente sans histoire, demande à la medium Elise de rentrer en contact avec sa mère, décédée d’un cancer.

Insidious Chapitre 3 : Bande Annonce

Insidious Chapitre 3 : fiche technique

Titre original : Insidious Chapter 3
Scénariste et réalisateur : Leigh Whannell
Avec Stefanie Scott (Quinn Brenner), Lin Shaye (Elise), Dermot Mulroney (Sean Brenner), Leigh Whannell (Specs), Angus Sampson (Tucker), Hayley Kiyoko (Maggie)
Producteurs : Jason Blum, Oren Peli, James Wan.
Photographie : Brian Pearson.
Montage : Tim Alverson
Musique : Joseph Bishara
Société de production : Blumhouse
Société de distribution : Sony Picture Releasing
Budget : 10 000 000 $
Pays : Etats-Unis
Date de sortie (aux USA) : 5 juin 2015
Date de sortie du DVD : 25 novembre 2015
Durée : 1h37
Film interdit en salles aux moins de 12 ans

Soirée Spéciale: La censure à Hollywood de Clara et Julia Kuperberg

Sur OCS Géants, le 3 décembre, soirée Spéciale Censure à Hollywood

Jeudi 3 décembre 2015, OCS diffusera le film Lolita de Stanley Kubrick suivi du documentaire  La censure à Hollywood  de Clara et Julia Kuperberg.
Synopsis : Ce documentaire analyse l’évolution de la censure aux Etats-Unis. Si de 1930 à 1934, les films dits « Pré-Code » abordent ouvertement des thèmes comme l’adultère, l’homosexualité, la drogue ou encore le crime organisé, la mise en place du Code Hays change la donne. Chargé de préserver la moralité du monde du spectacle, le Sénateur Will Hays établit en effet une liste d’interdits auxquels les cinéastes doivent obéir. Désormais, seuls des standards de vie dits « moraux » doivent être présentés. ce film revisite plus d’un demi-siècle de censures dans le cinéma.

Préambule du Code Hays:

« Principes généraux :

  1. Aucun film ne sera produit qui baissera les standards moraux de ceux qui le voient. La sympathie du spectateur ne doit jamais être jetée du côté du crime, des méfaits, du mal ou du péché.
  2. Seuls des standards corrects de vie soumis aux exigences du drame et du divertissement seront présentés.
  3. La Loi, naturelle ou humaine, ne sera pas ridiculisée et aucune sympathie ne sera accordée à ceux qui la violent »

Il est difficile de croire que l’une des périodes les plus fastes de la (courte) histoire du cinéma était aliénée à ce point par une administration qui contrôlait tout ce qui était dit, tout ce qui était montré. Difficile de croire également, que pesait sur chaque réalisateur, sur chaque scénariste cette épée de Damoclès faite de morale et de bienséance. D’autant plus avec notre perception actuelle où les libertés d’expression, de pensée, et de création sont sacralisées, parfois même au détriment de principes tout aussi défendables… Pourtant, il faut admettre que la production de l’époque n’a pas forcément subi économiquement et artistiquement le diktat quasi prosélyte imposé à Hollywood. Car malgré cela, des années 30 à la fin des années 60, les grands studios accouchent des films les plus mythiques : les actrices ont réussi à rendre la pudeur suave, et les auteurs ont maquillé la violence et la débauche. C’est dans ce numéro d’équilibriste que nous entraînent Clara et Julia Kuperberg ; réalisatrices et productrices à la tête de  WichitaFilms This is (Orson Welles, présenté à Cannes et à Deauville). Les deux sœurs continuent leur exploration du cinéma américain ; ici avec une approche sociétale : entre studios, politique, et population. Puisque ce que l’on acceptait de voir sur les toiles n’était que le reflet des dynamiques tantôt libérales tantôt conservatrices, qui agitaient les Etats-Unis

Le documentaire n’a à peine le temps de balayer ces 3 décennies de censure qu’il prend déjà fin, un film presque trop court donc (52 min), mais qui à le mérite d’être digeste en plus d’être éclairant. Le dispositif est simple : deux historiens du cinéma, des images d’archives, et des extraits des plus grands classiques, le tout retraçant chronologiquement l’influence de la censure sur la production hollywoodienne. Du pré Code à la déliquescence des tabous. Il nous est donc compté comment les cinémas ont été désertés à la fin des années 20, obligeant les auteurs à rendre leurs films plus subversifs, plus érotiques, plus attractifs pour le grand public. Au grand dam des instances religieuses et des populations très pieuses du pays, des ligues sont organisées qui entament une résistance endiguant réellement la fréquentation des salles, boostée par un cinéma plus corrosif. La réaction des studios ne se fait pas attendre, effrayés par la possibilité du boycott ou de la censure de leurs investissements (le cinéma n’était pas protégé par le premier amendement à l’époque, qui défendait la liberté d’expression), Hollywood accepte de se museler en interne. En mars 1930, le sénateur, et président de la Motion Pictures Producers and Distributors Association, William Hays établit le Code de Censure, un texte écrit un an plus tôt par deux ecclésiastiques. Un Code qui mettra du temps à s’imposer, puisque c’est seulement quatre ans plus tard qu’il deviendra vraisemblablement effectif, une application stricte qui coïncide avec l’arrivé à la tête de la Production Code Administration de Joseph Breen. Il dirigera d’une main de fer l’organisation pendant vingt ans, faisant prôner la sainte morale catholique sur le cinéma américain, prohibant tout ce qui pouvait choquer ou déranger l’audience. Une mise sous tutelle du 7ème art au bénéfice de l’ordre public et des bonnes mœurs.

Mais le documentaire s’affaire surtout à démontrer comment cette censure a finalement desservi le cinéma. Puisqu’un film ne pouvait sortir en salle sans le tampon de Joseph Breen, il fallait évidement se plier au Code ; mais cela n’empêchait en rien de s’aventurer sur le terrain du non-dit, et de l’implicite ! Les auteurs, les réalisateurs ont redoublé d’ingéniosité dans leurla-censure-a-hollywood-documentaire-code-hays-marylin-monroe dialogue et leur mise en scène pour finalement améliorer considérablement la qualité de leurs œuvres, et contourner l’interdit. De Lubitsch à Hitchcock, de Wyler à Wilder, les plus grands cinéastes ont sévi durant l’apogée du Code Hays ; les sœurs Kuperberg nous proposent de découvrir comment leurs œuvres n’ont jamais pâtit des barrières dressées par la censure. De la même façon, les actrices parmi les plus sublimes du cinéma ont fleuri durant cette période, parfois même sans se conformer aux canons de la femme au foyer, bonne épouse et bonne mère. Le beau sexe devient mauvais genre, alors que la morale catholique tient toujours de main de fer les studios Hollywoodiens ! Les Audrey, Ingrid, Grace et autres Marylin trônent sur les affiches et deviennent des symboles de grâce et de disgrâce, dans leurs rôles de femmes fatales, irrévérencieuses, ou volages.

Un documentaire captivant mais auquel on peut reprocher un brièveté quelque peu frustrante, mais qui tombera sans doute à point lorsqu’il sera diffusé après Lolita de Stanley Kubrick, le 3 décembre sur OCS.

La censure à Hollywood – documentaire sur OCS géants

LA CENSURE A HOLLYWOOD : de l’hyper sexualisation des films « pré-code » au Code Hays, écrit et réalisé par Clara et Julia Kuperberg, documentaire de 52 minutes diffusé sur OCS Géants le 3 décembre à 22h30 dans le cadre d’une soirée spéciale Censure à Hollywood.

Avec : Thomas Doherty, Craig Detweiler
Montage : Julia Kuperberg, Clara Kuperberg
Production : Wichita Films
Photographie et Son : Peter Krajewski, Mitch Espe
Mixage : Thierry Moizan
Distribution à l’étranger : Poorhouse International
Avec la participation de OCS et du CNC

 

Code Hays

I- Crimes

Ceux-ci ne seront jamais présentés d’une telle façon à créer la sympathie avec le criminel ou inspirer d’autres avec un désir d’imitation. 

  1. Meurtre

a. La technique du meurtre doit être présentée de manière à ne pas encourager l’imitation.

b. Des meurtres brutaux ne doivent pas être présentés en détail.

c. La vengeance n’est pas justifiée dans un film où l’action se passe dans l’époque actuelle (moderne).

  1. Les méthodes criminelles ne doivent pas être explicitement présentées.

a. Les techniques pour le vol, le cambriolage et le dynamitage de trains, de mines, de bâtiments, etc., ne doivent pas être présentées en détail.

b. L’incendie criminel doit être soumis aux mêmes sauvegardes

c. L’utilisation d’armes à feu doit être limitée.

d. Les méthodes utilisées dans la contrebande ne doivent pas être présentées.

  1. Le trafic de la drogue ne doit jamais être présenté.
  1. On ne montrera pas la consommation de spiritueux dans la vie américaine, sauf dans les cas où cela fait partie intégrante du scénario ou des caractéristiques d’un personnage.

II- Sexe

L’institution du mariage et l’importance de la famille sont primordiales.

  1. L’adultère, parfois nécessaire dans le contexte narratif d’un film, ne doit pas être présenté explicitement, ou justifié, ou présenté d’une manière attrayante.

      2. Scène de passion:

a. Ils ne doivent pas être présentées sauf s’ils sont essentielles au scénario

b. Des baisers excessifs ou lascifs, des caresses sensuelles, des positions et des gestes suggestifs ne doivent pas être montrés

  1. Séduction et viol :

a. La suggestion est permise (rien de plus) et seulement lorsqu’il s’agit d’un élément essentiel du scénario

b. Ils ne sont jamais un sujet approprié pour la comédie.

  1. Toute référence à la perversion sexuelle est formellement interdite.
  1. L’esclavage de personnes de race blanche ne doit pas être présenté.
  1. La présentation de rapports sexuels entre les personnes de race blanche et celles de race noire est interdite.
  1. L’hygiène sexuelle et les maladies vénériennes ne sont pas des sujets appropriés au cinéma.
  1. La naissance d’un enfant (même en silhouette) ne doit jamais être présentée.
  1. Les organes sexuels d’un enfant ne doivent jamais être visibles à l’écran.

III. Grossièreté

La présentation de sujets vulgaires, répugnants et désagréables doit être soumise au respect des sensibilités des spectateurs et aux préceptes du bon goût en général.

IV. Obscénité

L’obscénité dans le mot, dans le geste, dans la chanson, dans la plaisanterie, ou même simplement suggérée est interdite.

V. Blasphème

Le blasphème (incluant les mots « God », « Lord », « Jesus », « Christ », « Hell », « S.O.B », « damn », « Gawd ») est strictement interdit.

VI. Costume

  1. La nudité (réelle ou suggérée) est interdite ainsi que les commentaires d’un personnage à ce sujet (allusions à…).
  1. Les scènes de déshabillage sont à éviter sauf lorsqu’il s’agit d’un élément essentiel du scénario.
  1. L’indécence est interdite.
  1. Les danses lascives et les costumes trop révélateurs sont interdits.

VII. Danses

  1. Les danses qui suggèrent ou représentent des relations sexuelles sont interdites.
  1. Les danses qui comportent des mouvements indécents doivent être considérées comme obscène.

VIII. Religion

  1. Aucun film ne doit se moquer de la religion sous toutes ses formes et de toutes les croyances.
  1. Les ministres ne peuvent pas être dépeints comme des personnages comiques ou comme des bandits.
  1. Les cérémonies de n’importe quelle religion définie doivent être présentées avec beaucoup de respect.                                                                                               

IX. Emplacement

La présentation de chambres à coucher doit être dirigée par le bon goût et la délicatesse.

X. Fierté nationale

  1. La présentation du drapeau se fera toujours de manière respectueuse.
  1. L’histoire des institutions, des gens connus et de la population en général d’autres nations sera présentée avec impartialité.

XI. Titres

Des titres licencieux, indécents ou obscènes ne seront pas employés.

XII. Sujets Répugnants

Les sujets suivants doivent être traités avec beaucoup de prudence et de bon goût :

  1. Les pendaisons et les électrocutions légales (punition d’un criminel).
  1. La brutalité et l’horreur.
  1. Le tatouage (marquer au fer) d’animaux et d’êtres humains.
  1. La cruauté envers les enfants ou les animaux.
  1. La vente des femmes et la prostitution.
  1. Les opérations chirurgicales.

Les Anarchistes, un film d’ Elie Wajeman: Critique

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Les Anarchistes : Un film d’époque ambitieux mais superficiel

Synopsis : Paris, 1899. Jean Albertini est un gardien de la paix embauché par le préfet de Police  pour infiltrer une bande d’anarchistes. Etant lui-même très pauvre, il n’a pas d’autre choix que d’accepter, quitte à devoir quitter sa petite-amie, son dernier lien affectif puisqu’il est lui-même orphelin. En approchant le groupe, Jean va faire la rencontre de Judith, une jeune femme pleine de rage, et à laquelle il va rapidement s’attacher. De là va naitre un profond dilemme moral vis-à-vis de sa mission de délation.

La reconstitution que nous propose Elie Wajeman, à l’occasion de son second long-métrage après le polar Alyah en 2012, nous renvoie dans le Paris de la fin du 19ème siècle, à l’époque où les premiers anarchistes étaient les ennemis publics. C’est en utilisant le schéma scénaristique du film d’infiltration que le réalisateur nous fait découvrir les coulisses de ces groupuscules clandestins. L’enjeu du choix entre la mission d’espionnage et la culpabilité de dénoncer des personnages auxquels le héros va s’attacher apparait alors comme le cœur de l’intrigue. Et alors que l’histoire d’amour nait, sans surprise, entre ce policier et une belle idéaliste à la tête du groupe, la dramaturgie semble toute tracée. Mais Wajeman réussit à nous surprendre en ne se focalisant pas sur le dilemme moral de ce policier. Au contraire, l’ambiguïté quant à sa volonté d’aller jusqu’au bout de sa mission reste tenace jusque dans la conclusion. L’interprétation irréprochable de Tahar Rahim aide beaucoup à imposer ce doute relatif autour des motivations réelles de son personnage d’anti-héros, et le doux mélange de brutalité et de sensualité dont fait une nouvelle fois preuve Adèle Exarchopoulos apporte du piquant à la romance qui sert de moteur mélodramatique à ce scénario au déroulé somme toute assez convenu.

L’élément qui semble intéresser le jeune cinéaste n’est donc pas, comme pouvaient l’être Claude Sautet ou Martin Rett quand ils réalisaient respectivement Max et les Ferrailleurs et Traître sur commande (deux modèles du genre auxquels le contexte des Anarchistes fait immanquablement penser), la difficulté de l’infiltré à composer pour se faire une place parmi les brigands. Le choix de la structure du film, alors qu’il aurait pu être propice à un véritable suspense, est davantage un prétexte pour poser un regard extérieur sur les doutes internes d’un groupe d’activistes, hésitant entre négociations politiques et actions terroristes. En cela, le film réussit à atteindre une thématique parfaitement d’actualité puisque, si l’on peut reprocher au scénario de ne pas développer son contexte socio-politique, la problématique du bien-fondé d’une action brutale pour imposer ses idées et le sentiment d’affirmation que la jeunesse peut trouver en se rebellant contre l’Etat se retrouvent bel et bien être le nœud de l’intrigue. Et c’est là que l’on s’aperçoit que les rôles secondaires sont tous d’excellents choix. D’abord, le très attachant Biscuit, incarné par Karim Leklou (déjà brillamment remarqué cet été dans Coup de Chaud), puis les deux « pôles idéologiques » du groupuscule que sont le très modéré Elisée et le plus radical Eugène, le premier sous les traits de Swann Arlaud et le second de Guillaume Gouix, deux jeunes acteurs de plus en plus visibles dans le cinéma français, et enfin le chef de la Police est interprété par Cédric Kahn, plus connu pour son travail de réalisateur que d’acteur (même s’il était déjà présent dans le premier film d’Elie Wajeman), qui apporte à son rôle une rigueur suffisamment nuancé pour ne pas en faire une caricature manichéenne.

Et pourtant, malgré un casting plein de talent et un sujet prometteur traité de façon émouvante, Les anarchistes laisse derrière lui un certain gout d’inachevé. Ce sentiment est en partie la faute à un décalage entre le fond et la forme. Aussi belles qu’elles puissent être, la mise en scène naturaliste très épurée et la photographie nimbée de filtres bleus d’une incroyable froideur vont à contre-sens avec les causes et conséquences de l’esprit de révolte de ses personnages. Ni l’ambiance sordide des conditions de travail dans l’usine ni la violence des actes de terrorisme ne se font ressentir dans cette réalisation éthérée. De plus, l’écriture reste constamment évasive sur les revendications profondes de ces anarchistes, délaissant la dimension politique au profit d’un souffle romantique dans la description du mouvement subversif. Le rapport de force entre les militants pacifistes et les militants violents auraient pu être un excellent moyen de cristalliser troubles sociaux et les contradictions intellectuelles de cette période  charnière de l’ère industrielle, mais le parti-pris de donner à leurs débats un écho contemporain fait passer le film à coté de cet enjeu historique.

Les images léchées et les dialogues très littéraires font des Anarchistes une œuvre pleine d’élégance, mais ils sont paradoxalement un frein à la force subversive propre à l’idéologie anarchiste qu’elle prend pour support. Trop édulcorée et prévisible, la trame de ce film d’infiltration ne vaut finalement que pour la passion électrique et le mélodrame qui naitra de la relation entre les deux anti-héros au cœur de ce récit inoffensif.

Les anarchistes : Bande-annonce

Les Anarchistes : Fiche technique

Date de sortie : 11 novembre 2015
Réalisateur : Elie Wajeman
Nationalité : France
Genre : Historique, Drame, Thriller
Année : 2015
Durée : 101 minutes
Scénario : Elie Wajeman, Gaëlle Macé
Interprétation : Tahar Rahim (Jean Albertini), Adèle Exarchopoulos (Judith Lorillard), Swann Arlaud (Elisée Mayer), Karim Leklou (Biscuit), Guillaume Gouix (Eugène Levèque)…
Musique : Gloria Jacobsen
Photographie : David Chizallet
Montage : François Quiqueré
Producteur : Lola Gans
Maisons de production : 24 Mai Production
Distribution (France) : Mars Distribution
Récompenses : Chistera de la meilleure interprétation masculine pour Tahar Rahim au Festival international des jeunes réalisateurs de Saint-Jean-de-Luz 2015
Budget : NR

Arras Film Festival: Interview du cinéaste Jim Sheridan

Rencontre avec un grand Monsieur du Cinéma : Jim Sheridan

            Au programme de la septième journée du Arras Film Festival, la rencontre avec l’invité d’honneur Jim Sheridan, réalisateur des grands My Left Foot (1989), In the Name of the Father (1994), et In America (2003) entre autres. On peut aussi citer le beau Brothers réalisé en 2009.

Il est 19h40, place à l’interview. À noter que celle-ci a été réalisée avec une collègue de la Voix du Nord. Aussi votre serviteur n’a pas repris ses questions posées en anglais, préférant avant tout mettre en avant les propos originaux de l’Irlandais Jim Sheridan (à droite sur l’image de couverture ci-dessus). De plus, il faut dire que Maxence Gasiecki (à gauche), notre traducteur, s’il a facilité la conversation, a participé avec passion à celle-ci.

Sur sa première fois à Arras

            En effet, c’est la première fois qu’il vient à Arras. Une ville qui pourrait l’inspirer pour un film, un peu comme Bruges. « I’d want to do a movie in France » : Je voudrais faire un film en France.

Ce qu’il pense des films français

            Le problème majeur du cinéma français et même de la majorité des films, est la domination d’Hollywood, répond-il. C’est un vrai problème que cet « huge business in America ». Il faut qu’on mette en place une stratégie européenne, « an european strategy » dit-il.

Un problème que le réalisateur lie à une certaine idée des spectateurs et des gens : « People don’t believe films exist out of America. » / Les gens ne croient pas que les films existent en dehors de l’Amérique.

Sur l’un des thèmes majeurs du cinéaste : l’adversité

            La vie est emplie d’adversité, répond-il. Tous ont leurs épreuves, et les personnages les dépassent. Ses films peuvent inspirer les gens : « can inspire people ».

« Pourriez-vous revenir sur votre transition dans le cinéma américain, et nous parler notamment de votre relation avec Fox Searchlight ? »

« For In America ? »

« Oui. »

            « It was good (…), great work, a good job » répond-il. Il a pu travailler avec des gens très talentueux et faire son film. Cependant, « I’d like to see not american movies work in America » dit-il. Selon le réalisateur, la majorité des films créés en dehors de l’Amérique (notamment de ses majors) n’ont pas de succès là-bas. La collègue de la Voix du Nord dit qu’il y a eu The Artist (Michel Hazanavicius, 2011) – film qui parle tout de même (passionnément) d’Hollywood –, on peut aussi citer Les Intouchables (Nakache/Toledano, 2011) qui a très bien fonctionné aux US – et même à l’internationale – malgré des critiques très partagées.

            Il faut réussir à s’insérer directement en Amérique, notamment avec l’installation de cinémas européens : « find a way to do that in Major America Cities (…) need an European buisiness plan for properties. »

            Le cinéaste explique aussi être effrayé de Netflix, d’Amazon… de ces autres modèles de production et distribution qui quittent la salle de cinéma.

« Ne pensez-vous pas que les cinéastes qui réussissent en Europe et vont en Amérique sont souvent avalés par la machine Hollywoodienne ? Je pense notamment au réalisateur irlandais Steve McQueen ? »

            « He’s a good visuel artist » me répond-il. Il dit ensuite que Spike Lee n’avait pas fait Twelve Years A Slave (2014), personne n’avait fait un tel film sur cette partie de l’histoire américaine. « Mais il y a eu Alan Parker avec Mississipi Burning (1988) ». En effet, mais ça parlait de blancs aussi, et c’était fait par un blanc.

« What do you think about this movie ? » me demande-t-il.

« En le voyant, j’ai justement pensé que c’était le film à oscars – qu’il a d’ailleurs remporté -, oui c’est un artiste visuel, mais il me semble qu’on a repris sa force esthétique pour l’appliquer sur un film qui n’est pas le sien, loin de Shame ou d’Hunger. »

Il acquiesce : « Oh yes, i understand » et le lie à un film de sa carrière Brothers. Si Brothers est un bon film, il est fac-similé de son art. Selon lui, en Amérique, il s’agit moins de créer un être jusqu’à l’os, de s’inventer, de se réinventer, d’user son art, mais d’en faire le fac-similé.

            « I don’t have seen his movie », « I think it’s his better with Hunger » lui réponds-je, « Yeah, think Hunger is his best movie », enchérit-il.

« Vous avez produit Bloody Sunday (Paul Greengrass, 2002), que pensez-vous du réalisateur (irlandais) Paul Greengrass ? »

            « It’s a force movie, a great movie (…) there isn’t close-up except on Bourne (…) but with landscape (…), but, he’s a great director, isnt’ he ? »

« Complètement. »

 Qu’est-ce qu’un bon film ?

            « (It’s) when we believe », c’est presque lié à quelque chose de religieux. « Do you believe the movie ? » dit le cinéaste.

            Jim Sheridan pense que c’est aussi lié à l’aspect limité des films, comme Hunger. S’il est bon, c’est parce-qu’il a été limité dans son processus de fabrication. Plus un film a de moyens, plus il a de chance de s’égarer, pense le réalisateur.

Comme pour J.-P. Bacri et Michel Leclerc, il a été demandé à Jim Sheridan de participer au lancement de la prochaine édition (2016).

            « Fuyez Paris et allez à Arras, c’est une belle ville, les rues sont magnifiques et les gens, charmants. »*

* traduit de l’anglais au français.

            C’est sur ces derniers mots que termina cette interview-Jim-Sheridan-cineaste-scenariste-arras-film-festivalinoubliable rencontre avec un grand monsieur du cinéma, humaniste et artiste passionné ouvert vers le monde et l’humanité, empli d’humilité et de gratitude… Bref, un cinéaste à l’image de ses films dont on a plus que besoin en ce moment. Votre serviteur reviendra sur ses films prochainement, dont deux d’entre eux très vite à l’occasion de leur diffusion au Arras Film Festival.

(À droite, au-dessus, votre jeune serviteur avec un humble et grand homme : Jim Sheridan)

Arras Film Festival: Interview de Jean-Hugues Anglade et Laurent Larivière pour le film « Je suis un soldat »

Rencontre avec l’équipe de « Je suis un soldat »

           En cette sixième journée du Arras Film Festival, un programme intéressant : la projection du film Je suis un soldat, dont la sortie est programmée au 18 novembre 2015, et la rencontre avec deux membres importants de son équipe, le réalisateur Laurent Larivière, et l’acteur Jean-Hugues Anglade.

            Je vous invite d’abord à (re)découvrir la critique du film déjà existante ici. Mais ne vous inquiétez pas, je vais revenir rapidement sur le film, sans en faire une critique, mais juste quelques remarques.

            Je suis un soldat, c’est justement l’histoire d’un « soldat » de l’ombre, Sandrine – interprétée par Louise Bourgoin –, servant une armée mafieuse oeuvrant dans le trafic canin. Un personnage qui obéit aux ordres, sans « broncher », sans poser de questions (ou alors très rarement) et qui va être le maillon d’une chaîne déjà bien huilée.

            C’est un récit social et familial : Sandrine vient de perdre son boulot, et ne trouve aucun nouvel emploi, elle retourne alors chez ses parents dans le Nord-Pas-de-Calais. Dans sa famille, elle n’est la seule à connaître des drames : sa mère est humiliée au travail, mais elle n’en dit rien ; sa sœur et son compagnon habitent chez la mère car les travaux de leur maison n’avancent pas, et l’homme ne dit pas qu’il est complètement à bout ; son oncle, Henri – interprété par Jean-Hugues Anglade –, aide toute la famille mais cache de sombres secrets.

            Le film est aussi un récit du mal, du bien, et surtout de l’entre-deux : Henri sert à la fois ses propres objectifs tout veillant la famille. Il est à la fois un salaud et un homme bienveillant, un homme empli par la solitude et un chef de « groupe », un solitaire et un amant…

            La musique composée par Martin Wheeler (Michael Kolhaas, 2013) n’est pas sans rappeler celle composée par Cliff Martinez pour Only God Forgives (Nicolas Winding Refn, 2013) ou encore la bande-originale d’Enemy (Denis Villeneuve, 2014) de Danny Bensi et Saunder Jurriaans. Des sons ténébreux qui cherchent à capter la noirceur des individus, leur vide, leur obscurité, et aussi leur solitude et mélancolie.

            Je suis un soldat est aussi la représentation d’un monde obscur et violent rarement dépeint au cinéma ou à la télévision (on peut toutefois trouver certains reportages sur le sujet), le trafic canin, d’êtres vivants, véritable mafia franco-belge dans le film.

            C’est enfin le premier long métrage de Laurent Larivière, qui avait déjà fait six courts métrages auparavant, et un film sélectionné au festival de Cannes dans la catégorie Un certain regard.

INTERVIEW – avec le réalisateur Laurent Larivière et l’acteur Jean-Hugues Anglade

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Sur le rôle de Jean-Hugues Anglade

            L’acteur incarne une image de patriarque charismatique plus rugueux que les personnages qu’il a précédemment incarné, est-ce un défi en terme d’incarnation ? questionne un collègue.

            Quand il a lu le script, il a tout de suite vu le potentiel là, cette possibilité de faire autre chose que ce qu’il a l’habitude de faire, explique-t-il. Si dans Braquo, il incarnait un personnage plongé dans des situations de violence, il est ici bien plus dans l’incertitude, dans une autre complexité. On lui a aussi demandé de ne pas tailler sa barbe, rajoute-t-il amusé.

            C’était le « potentiel (d’incarner un personnage qui ne peut) pas être forcément situé, jugé ». D’ailleurs : « mon grand rêve, jouer la chose et son contraire » explique l’acteur.

Sur l’idée d’un renouveau de l’acteur grâce à Braquo, alors qu’on l’imaginait souvent dans des rôles de rugueux, jusqu’à ce tournant

            « De toute façon, forcément, soixante ans, c’est déjà un tournant » répond-il en riant. Dans son premier film avec Patrice Chéreau (L’Homme Blessé, 1983), il jouait un personnage nommé Henri, ici aussi : « on est presque à l’extrémité du parcours de l’acteur ». C’était un personnage qui lui faisait peur, car très compliqué à gérer, mais aujourd’hui, avec l’expérience qu’il a acquise, ça ne lui fait plus peur. D’ailleurs « ma silhouette incite, invite les réalisateurs à me donner des rôles très éloignés de moi » explique-t-il. « J’ai l’impression de voir un autre acteur jouer (…) c’est très très agréable. », poursuit-il.

Sur le point de départ du film

            La trafic de chiens n’était pas le point de départ du film, c’était la honte sociale, notamment « qu’est-ce que ça signifie d’avoir trente ans et de sentir qu’on a rien accompli ? ». Le personnage repart alors chez elle, dans le Nord-Pas-de-Calais « très très loin de ses rêves de parisienne ».

            Le film bascule de la question sociale dans le genre thriller avec cette plongée dans le milieu du trafic de chien, allégorie de la violence contemporaine. Un travail documentaire a été fait par l’équipe pour rendre crédible tout ce milieu dans le film. Ils expliquent aussi qu’ils ont découvert une réalité qu’ils ne soupçonnaient pas. Et le film travaille aussi la question : « Jusqu’où on est prêt à aller pour trouver une place dans la société ? ».

Sur la fin « positive » pour Sandrine, et « négative » pour Henri

            « Va-t-il vraiment sombrer ? » répond le réalisateur, amusé. « Henri est très très malin  dit-il. Il y a une forme de rédemption pour lui à la fin du film, mais qu’il marchande. C’est quelqu’un d’inconséquent, qui ne pense aux conséquences de ses actes, il est aussi très attaché à sa famille », explique Laurent Larivière.

« En voyant le film, et en écoutant notamment sa musique, je n’ai pu m’empêcher de penser aux bandes-son des films de Refn, notamment Only God Forgives, et à celles d’Enemy et Sicario de Denis Villeneuve, qui travaillent le mal latent en chacun d’entre nous, mais l’obscurité de l’espace environnant… Concernant Henri, vous avez dit qu’il était inconséquent, tout en étant très malin, et une aura ténébreuse semble se dégager de lui, prête à exploser mais se cachant le plus possible… Pourriez-vous nous en dire plus ? »

            Les personnages ne sont pas tout blancs ni tout noirs, me répond-il. Il s’agissait de donner des éléments très contradictoires et contrastés. Le réalisateur est persuadé qu’Henri aime profondément sa famille, tout en étant cruel dans un même temps. Tous les personnages du film ont une complexité, poursuit-il.

            La composition de Martin Wheeler est proche du sang. C’est une musique qui vient de l’intérieur des personnages. Pour ce faire, le compositeur a utilisé une clarinette basse avec laquelle il a joué des gammes aiguës pour créer ces sons étranges.

Quelle version le réalisateur a tourné ?

            Le film a connu plusieurs versions de scénarios. Ils ont tourné la cinquième ou sixième version.

Sur la scène du bar où Sandrine se retrouve complètement seule, et où un vide se crée

            C’était un moyen cinématographique de dire l’extrême solitude du personnage. Et ces idées de mise en scène étaient déjà pensées à l’écriture.

Sur l’usage de la chanson de Johnny Hallyday  Quand revient la nuit  avec ces fameuses paroles : « Je suis un soldat »… Ne serait-ce pas trop didactique ?

« Non, je peux vous dire que cette chanson est située très exactement au milieu du film, répond Laurent Larivière au collègue. Il s’agit d’une chanson fédératrice pour la famille, et en même temps, tous sont extrêmement seuls, ils ne disent pas leurs humiliations et leurs violences subies. »

https://www.youtube.com/watch?v=RsSFQ8kogwI

Ci-dessus, la chanson « Quand revient la nuit » de Johnny Hallyday

Sur le prénom « Henri »

            Ce n’est pas un hommage rendu au personnage incarné par Jean-Hugues Anglade dans le film de Chéreau, c’est un hasard qui a touché le réalisateur, qui aime d’ailleurs le cinéma de Patrice Chéreau.

Le personnage a souvent les yeux baissés, remarque une collègue de la Voix du Nord, est-ce difficile de regarder les autres acteurs ?

            Ça fait partie des questions que les acteurs se posent. Un regard baissé en dit plus qu’une phrase dite. Un regard baissé en dit plus qu’un regard direct.

            Lors de la scène de repas entre Henri et Sandrine, le premier dit « C’est bien que tu sois là, j’aime pas être seul » tout en mangeant et baissant les yeux, rappelle le réalisateur. C’est une vraie forme de pudeur, et en même temps, Sandrine ne comprend pas où il veut en venir.

« Comme (dans) un gâteau, il faut garder la petite pellicule de chantilly qu’on appelle ambiguïté » dit l’acteur.

Sur un éventuel projet de tournage d’un nouveau Adamsberg (commissaire créé par Fred Vargas enquêtant sur des meurtres, que votre serviteur conseille vivement de découvrir, autant les romans que les films) à Arras ? « On trouve évoqué Robespierre dans un des romans, natif d’Arras, alors peut-on imaginer un tournage ici ? » remarque la collègue de la Voix du Nord.

            Il s’agit d’une petite collection de films, dirigés par Josée Dayan, qui s’est arrêté avec ce qui semble être la volonté de l’auteur, Fred Vargas, d’arrêter de vendre ses droits, explique Jean-Hugues Anglade, qui a interprété Adamsberg à la télévision à quatre reprises.

            Aussi à « un moment donné, il faut que la porte s’ouvre et me laisse sortir. C’est très bien pour moi que Braquo se termine » déclare-t-il. « Je serais très content de revenir à un cinéma de long métrage et d’auteur, de grande qualité ».

            Ce fut sur ces mots que termina la rencontre avec le très agréable Laurent Larivière et le très gentil, modeste, et génial acteur, Jean-Hugues Anglade. On se dit à demain, pour l’importante rencontre avec Jim Sheridan.

Bad Boy Bubby, un film de Rolf de Heer: critique

Voilà une image du film de Rolf de Heer qui justifie les éloges dithyrambiques à son égard : une étrange Pietà composée de Bubby (Nicholas Hope), un enfant enfermé dans un corps d’adulte qui tient dans ses bras Rachael (Rachael Huddy), une femme amoureuse enfermée dans un corps tourmenté, empêché… une image forte, violente même, dans ce qu’elle suscite comme émotions.

Synopsis: Séquestré depuis sa naissance par sa mère, Bubby ignore tout du monde extérieur qu’il croit empoisonné. L’arrivée de son père, dont il était tenu éloigné, va bouleverser sa vie. Le jour de ses 35 ans, Bubby va enfin sortir. Il découvre un monde à la fois étrange, terrible et merveilleux où il y a des gens, de la pizza, de la musique et des arbres…

Pietà

20 ans après sa sortie en France et suite à la présence du cinéaste Rolf de Heer au festival Lumières de Lyon au mois d’Octobre dernier, Bad Boy Bubby ressort dans les salles françaises pour le plus grand bonheur des cinéphiles qui aiment les chemins de traverse, les expériences insolites, les œuvres déjantées et les films cultes.

Le cinéaste australien (36 œuvres à son compteur) est connu pour ne jamais refaire la même chose, et sa filmographie est protéiforme ; par exemple, son dernier opus en date, Charlie’s Ccountry, ne peut pas être plus éloigné de Bad Boy Bubby, son quatrième film qu’il a mis 10 ans à tourner. Tandis qu’au travers de Charlie (David Gulpilil), un aborigène las de se battre contre un système auquel il ne veut pas se plier et parti se réfugier dans le bush de ses origines, Charlie’s Country fait la part belle à la nature dans un rythme lent et presque lancinant, Bad Boy Bubby évoque davantage des paysages sombres ou lugubres, post-industriels dans une ambiance généralement frénétique. Et c’est véritablement un film expérimental que le cinéaste a voulu livrer au spectateur, avec un travail considérable sur le son et la lumière.

Victime d’une mère, puis plus tard d’un père éminemment abusifs, Bubby est un homme de 35 ans qui ne connaît rien de la vie en dehors des 4 murs sans fenêtre du taudis dans lequel sa mère Florence le tient emprisonné.  Tel l’Enfant sauvage de François Truffaut, il vit souvent au ras du sol avec les rats et cafards qui écument leur logement. Assez suffocant, le début du film ne laisse aucun répit au spectateur qui, en faisant face à tout ce que Bubby subit (et la palette est large !), se trouve rapidement acquis à sa cause. Supervisé par le directeur de la photographie Ian Jones, 31 de ses collègues chefs opérateurs vont se succéder pour mettre en lumière les différentes scènes du film, et dans ces premières séquences, les ambiances se suivent et se ressemblent pour dessiner un univers très glauque à l’image des horreurs qui se succèdent à l’écran. Et pourtant, à aucun moment on n’approche du voyeurisme, car le cinéaste montre infiniment de respect pour son personnage. Bubby nous émeut déjà, avec son franc sourire qui quitte rarement son visage.  Même si elle est assez éprouvante, la description de cette famille extrêmement dysfonctionnelle est réalisée sans pathos par Rolf de Heer, qui opte pour un regard quasi-documentaire.

Lorsqu’enfin le protagoniste sort de ce cloaque, le cinéaste donne le ton, car c’est sur une nuit noire que Bubby débouche, signe de la noirceur, de la laideur ou de la complexité de la vie du dehors qu’il ne va cesser de rencontrer au long de son voyage immobile dans cette ville d’Adélaïde. Des rencontres, il va en faire, de l’accorte soldate de l’armée du salut à la gironde infirmière d’un centre de polyhandicapés, du groupe de rockers qui profite de lui autant qu’il profite du groupe, au scientifique athée (« an inferior being, maybe » dit-il, en parlant de Dieu), des gamins violents avec un chaton (une des raisons qui limitent l’audience du film dans des pays comme les USA), et des féministes violents avec lui-même, sans parler du traumatisme de « la Bête » rencontrée en prison ; des multiples polyhandicapés qui sont comme lui dans la souffrance, tous se montrent à lui avec la violence du monde moderne, et pourtant tous, couche par couche,  le refaçonnent pour qu’il devienne enfin l’homme qui n’a pas pu surgir de l’enfant qu’il est resté…

Il est intéressant de voir combien le cinéaste réussit à appliquer à cet homme adulte l’apprentissage enfantin qui consiste à répéter inlassablement ce qui est dit et fait par les autres autour de lui, sans rien comprendre de ce que cela signifie, créant ainsi les quiproquos et les situations «comiques» du film. L’acteur Nicholas Hope, sorti de l’anonymat par ce très grand rôle, a bénéficié d’un tournage chronologique qui lui a permis de reproduire à la perfection les expressions entendues dans les séquences précédentes ; c’est ce genre d’astuce et tellement d’autres idées qui confèrent à Bad Boy Bubby son rang de film culte. Ainsi, le splendide travelling arrière lors du fameux discours antireligieux du scientifique (une belle métaphore de l’infiniment petit –les atomes-  vers l’infiniment grand), le premier aperçu par Bubby des lumières de la ville sur fond de chants «célestes», ou encore cet extraordinaire plan de coucher de soleil après un double meurtre qu’on ose rapprocher d’une image fordienne. Soulignons enfin la place primordiale de la musique dans le film, puisque beaucoup des déplacements de Bubby dans la ville sont précédés de la découverte par lui de chants, de morceaux d’orgue, de violon ou de cornemuse, ou encore de rock and roll dans un ensemble très cohérent.

Bad Boy Bubby est à la fois une satire féroce et un conte poétique, avec donc cette fameuse Pietà où Bubby concentre toute l’humanité : la compassion, l’amour, la tristesse mais la joie aussi, des sentiments qui, petit à petit, lui rendent une consistance d’être humain à l’égal des autres, en même temps qu’un but dans une vie initialement vouée à n’être que végétative.

Une très belle expérience de cinéma, pour un public averti, dont il faut profiter de la ressortie française sur grand écran pour l’apprécier pleinement dans sa version restaurée.

Bad Boy Bubby – Bande annonce

Bad Boy Bubby – Fiche technique

Titre original : Bad Boy Bubby
Date de sortie : 11 Novembre 2015 (Reprise)
Réalisateur : Rolf de Heer
Nationalité : Australie, Italie
Genre : Comédie, Drame
Année : 1993
Durée : 114 min.
Scénario : Rolf de Heer
Interprétation : Nicholas Hope (Bubby), Claire Benito (Mam, la mère), Ralph Cotterill (Pop, le père), Natalie Carr (La soldate Armée du salut), Carmel Johnson (Angel), Norman Kaye (Le scientifique), Racahel Huddy (Rachael)…
Musique : Graham Tardif
Photographie : Ian Jones (Et 31 autres…)
Montage : Suresh Ayyar
Producteurs : Rolf de Heer, Hijiri Taguchi
Maisons de production : Bubby, Fandango
Distribution (France) : Nour films (pour la reprise)
Récompenses : Grand prix du Jury : Rolf de Heer – Mostra de Venise 1993,
Meilleur acteur : Nicholas Hope, Meilleur réalisateur : Rolf de Heer, Meilleur scénario : Rolf de Heer, Meilleur montage : Suresh Ayyar – Australian Film Institute 1994
Meilleur réalisateur : Rolf de Heer : festivals de Venise, Valenciennes et Seattle.
Budget : 700 000 AUD