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PIFFF 2015: Dofus, Southbound, L’enfant miroir, The 1000 eyes of Dr Maddin, Green Room et surtout le palmarès

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22 novembre 2015: Cinquième jour du Paris International Fantastic Film Festival

11 heures : Grande première dans la programmation du PIFFF, cette dernière journée débute par une séance jeunesse. Mais, en choisissant Dofus – Livre 1 : Julith, les selectionneurs étaient bien conscients de ne pas toucher que les enfants puisqu’il s’agit de l’adaptation du célèbre jeu vidéo édité par la société française Ankama  déjà dérivé sous format de livres et d’une série télé. Mais contrairement  ceux-ci, le long-métrage fait preuve d’une maturité qui vise un public plus âgé que la plupart des films d’animation, au point même de se risquer par moment sur le terrain d’un humour qui pourrait heurter les plus jeunes. Le scénario de Dofus profite également d’un anti-manichéisme rare et d’un don pour passer du rire aux larmes qui en font une excellente surprise. La qualité de l’animation et le design des personnages et des décors sont, eux-aussi, remarquables. Jubilatoire pour les gamers et parfaitement accessibles pour les non-initiés, ce petit bijou d’animation sera, à sa sortie en février prochain, à ne surtout pas rater.

14 heures : Les producteurs de la trilogie V/H/S reviennent avec leur concept de film à sketchs horrifiques en transposant cette fois-ci l’action dans le Sud désertique des Etats-Unis, où semblent errer les âmes damnés. Southbound se veut également à la croisée du film choral puisque chaque personnage d’un segment est connecté à ceux du segment suivant. Cinq courts métrages cauchemardesques donc qui vont du road-trip sectaire au huis-clos chirurgical éprouvant en passant par un remake démoniaque d’Une Nuit en Enfer ou encore un home invasion déstabilisant. De la diversité mais surtout une vraie générosité de la part des cinéastes dans ce déchaînement de violence. Si les effets spéciaux numériques laissent à désirer, les maquillages et effusions de sang sont bluffants et arrivent sans mal à donner la nausée. Certains courts bénéficient d’un véritable travail en profondeur et placent des enjeux psychologiques intéressants, chaque segment ayant pour point commun le pêché et la rédemption, faisant suite à un événement passé que les personnages doivent rattraper. Comme tout film à sketchs, il y a de l’inégalité dans les segments présentés mais Southbound, présenté ici hors-compétition, se regarde sans déplaisir.   –Kevin List

16 heures 30 : En guise de quatrième et dernière Séance culte, c’est le premier film d’un réalisateur malheureusement peu connu du grand public qui nous est proposé. L’enfant miroir de Philip Ridley est un drame psychologique dans ce que ce terme peut avoir de plus concret. Dans de vastes décors champêtres que n’auraient pas reniés Terrence Mallick, le rapport que le jeune Seth a au monde qui l’entoure est régi par une multitudes d’expériences traumatisantes et le regard que le réalisateur nous en propose, à travers le prisme des souvenirs qu’il a de son enfance, est propice à une poésie et à une mélancolie des plus troublantes. Dans le rôle du grand frère auquel le jeune héros aimerait se confier, Viggo Mortensen trouvait là son premier rôle important. La violence de certaines scènes (le suicide du père ou l’enlèvement) contrebalance la grande délicatesse qui imprègne la mise en scène, tout comme le fatalisme très sombre qui se dégage de l’ambiance contrebalance la flamboyance de la photographie. Un film plein de mystères aux interprétations interminables qui méritait d’être remis au gout du jour.

19 heures : Déjà réalisateur de nombreux portraits de cinéastes venus des quatre coins du monde, Yves Montmayeur a gagné avec The 1000 eyes of Dr. Maddin le Prix du meilleur Documentaire à la dernière Mostra de Venise. Composé d’images filmés depuis plus de quinze du réalisateur canadien Guy Maddin, ce film nous plonge dans les travers de l’œuvre particulièrement hermétique de cet autodidacte atypique dont les réalisateurs font fi de la grammaire filmique classique et se rapprochent davantage de l’expérimentation picturale que du cinéma tel qu’on l’entend. En comprenant ses inspirations, qui vont de Meliès à John Waters en passant par expressionnisme allemand, on comprend mieux la logique artistique de ce metteur en scène atypique et on se laisse tenter par l’envie de (re)découvrir son travail.

21 heures 30: Enfin de retour dans la prestigieuse grande salle du Grand Salle du Grand Salle du Rex cinq jours après la cérémonie d’Ouverture, ce fut, pour nos deux hôtes animateurs/sectionneurs Cyril et Fausto, le temps de remerciements et des au-revoirs. Mais, passée cette procession, le moment tant attendu du palmarès allait enfin mettre fin à plusieurs jours de spéculations houleuses entre les festivaliers.

  •  Le partenaire historique du festival, Ciné + Frisson a remis leurs prix au Long-métrage Evolution et au court-métrage Juliet, assurant au premier une promotion lors de sa sortie en salles et au second une diffusion sur la chaine.
  • Le jury a sélectionné le court-métrage Phantasms of the Living… qui pourtant n’a de mémorable qu’une petite scène de masturbation féminine.
  • Les « Œil d’Or » décernés par le public ont été décernés, pour le court-métrage étranger, à l’hilarant Ours Noir, et pour le court-métrage français à Of Men and Mice. Le long-métrage qui a reçu les meilleurs votes est Don’t Grow Up de Thierry Poiraud, une allégorie habile et assez subtile de l’entre-deux-âges adolescent via un survival horrifique à la photographie irréprochable.

Alors que le genre est particulièrement décrié en France et que la production y est particulièrement difficile, on peut être fiers que les deux longs-métrage vainqueurs soient deux réalisations françaises, qui partagent d’ailleurs le même producteur, Philippe Vidal, qui peut se considérer comme le grand vainqueur de cette semaine.

Pour finir en beauté, la diffusion du film Green Room (qui fut présenté à Cannes dans la Quinzaine des réalisateurs) allait nous laisser sur la découverte d’un long-métrage à la radicalité impressionnante. Après le magnifique Blue Ruin,  Jeremy Saulnier poursuit sa peinture acerbe et cruelle de l’Amérique en imaginant comment la rencontre entre deux idéologies opposées de la culture rock, des punks et des skinheads, peut aboutir à un jeu de massacre terriblement violent. Si le scénario ne répond nullement à la caution fantastique propre au Festival, ce survival en huis clos profite d’une mise en scène si oppressante et d’une photographie si claustrophobique qu’elles en font un film d’horreur parfaitement maitrisé. Rarement vu dans des rôles de méchants, Patrick Stewart est véritablement terrifiant dans la peau d’un impitoyable leader néo-nazi. Quand la dimension politique, l’action et l’épouvante font si bon ménage, on peut allégrement parler d’une pure réussite.

Pour finir, un petit bilan de cette cinquième édition du PIFFF. D’abord, le fait d’avoir pris place au Grand Rex a eu pour avantages de donner lieu aux cérémonies d’ouverture et de clôture dans une salle véritablement luxueuse, et de donner un accès gratuit aux détenteurs de la carte Illimité UGC. Coté inconvénient, ce cinéma a tout de même donné assez peu d’espace de travail aux bénévoles du Festival et à sa boutique, obligeant même les attachées de presse à se délocaliser dans le bar voisin, provoquant quelques petits problèmes de logistique les premiers jours. Force est de reconnaitre (selon les chiffres des organisateurs) que cette édition a eu une affluence de public plus importante que les années précédentes, preuve que le Festival prend de l’ampleur. La sélection était à la fois éclectique puisqu’aucun film ne ressemblant aux autres, même si une tendance –que les sélectionneurs nous ont dit être une coïncidence- s’est dégager autour de la thématique de la jeunesse. Autre constat de la sélection : La grande majorité des films était des premières réalisations (six sur les huit longs-métrages, les deux autres étant d’ailleurs ceux qui ont gagné un prix), affirmant le PIFFF comme un important découvreur de talents. Vivement l’an prochain !

< Jour 4

El Club, un film de Pablo Larrían: critique

En forte résonance avec l’actualité récente du Chili, où un évêque accusé d’avoir couvert des agissements pédophiles vient pourtant d’être confirmé dans ses fonctions par le pape François, et ce malgré de très fortes protestations des catholiques eux-mêmes, au Chili comme dans les autres parties du globe, en forte résonance avec tous les pays du monde où l’église catholique a été montrée du doigt pour de faits similaires, El Club est une histoire née presque accidentellement lorsque le cinéaste Pablo Larraín est tombé sur un article de presse montrant le sort de Mgr Francisco Cox, un autre évêque du très pieux et conservateur Chili, « élargi » par sa hiérarchie vers une maison luxueuse en Europe au lieu de faire face à la justice de son pays.

SynopsisDans une ville côtière du Chili, des prêtres marginalisés par l’Eglise vivent ensemble dans une maison. L’arrivée d’un nouveau pensionnaire va perturber le semblant d’équilibre qui y règne…

Sin City

Une genèse accidentelle donc, mais une exploitation méthodique et glaçante de son sujet par le réalisateur, malgré un temps de tournage très limité. Commençant par une image aux tonalités tellement éteintes que l’on croirait voir un métrage en noir et blanc, El Club montre un homme (Alfredo Castro, un habitué des films de Pablo Larraín) au bord de l’océan qui joue avec son chien, un lévrier – « la seule espèce de chien mentionnée dans la Bible » -. Plus tard, il rejoint une maison un peu en retrait, où une femme nettoie la terrasse à grande eau, et un autre homme donne à boire à un vieillard sénile. Plus tard encore, on voit ces mêmes hommes assister de loin à une course de lévriers, à l’écart de la population. Seule la femme est au bord du champ de courses. Les scènes d’intérieur frappent par leur grain qui apporte encore plus d’opacité à film qui ne livre aucune de ses recettes à ce stade. Cette épaisse granulosité, et le gris bleu triste qui baigne la plus grosse partie du film sont le résultat du choix du cinéaste d’utiliser des filtres d’anciennes caméras soviétiques, de son choix de poser d’emblée une chape sur ces personnages.

L’histoire de ces hommes et de cette femme reste mystérieuse jusqu’à ce qu’un nouveau « pensionnaire », le père Lazcano, rejoigne le « Club » : il s’agit là en fait de curés écartés de leurs paroisses respectives pour diverses lourdes fautes, et qui vivent ici pour « prier et se repentir ». Les règles de vie, sommaires mais édifiantes –pas de douche prolongée, pas de masturbation, entre autres interdictions-, sont expliquées au nouveau venu par la femme, Sœur Monicá (époustouflante Antonia Zegeres, épouse complice du réalisateur à la ville, toute en sourires dangereusement naïfs), de manière assez abrupte, quasi surréaliste, conférant un humour noir et grinçant à la situation. On comprend petit à petit que ces hommes, sous la férule de cette femme, sont confinés dans cette maison isolée d’un village côtier isolé (la Boca de Navidad) , autant pour faire pénitence qu’en réalité pour se cacher.

A l’issue d’évènements dramatiques suivant l’arrivée de Lazcano, un autre prêtre, le père Garcia (Marcelo Alonso) est dépêché à la maison : un de ces « nouveaux curés » comme dit Sœur Monicá , un prêtre « très instruit… et très beau » comme dit comiquement le supérieur hiérarchique venu l’emmener ici. Il est là pour « gérer les situations de crise », autrement dit pour étouffer les scandales possibles liés aux évènements récents, sous couvert de thérapie psychologique en fouillant les âmes pour mieux les sauver. On découvre avec incrédulité les méfaits de ces prêtres et de cette sœur, car tous ont un lourd passé, et on observe avec encore plus d’incompréhension leur déni : déni de viol, de pédophilie, de rapt de bébé, de complicité de torture et de moult turpitudes humaines. Même leur homosexualité, mise au rang de crime, est niée.  Ce faisant, Pablo Larraín ne verse pas dans la condescendance :  il n’excuse rien, la crudité et le détail des accusations égrenées par une des victimes étant suffisamment explicites et accusateurs, mais il laisse le champ aux « délinquants » d’exposer leur point de vue candide, un point de vue façonné pour eux par leur église.

Le film du jeune chilien est une charge contre la grande hypocrisie de cette église, la pénitence et la prière étant la réponse divine et unique aux crimes commis, et en aucun cas la confrontation à la justice humaine. L’impunité et l’absence de culpabilité sont au centre du film. De fait, la prison dorée où on peut parier sur des courses de chien et boire à volonté n’est pas une vraie pénitence. La maison des prêtres, ce club d’un genre nouveau, symbolise l’église qui couve l’indéfendable en son sein, et le père Garcia quant à lui représente une vague conscience vite étouffée par la peur du scandale. Il est évident qu’à aucun moment, le souci de cet « homme instruit », qui veut incarner « la nouvelle église », n’a été de ramener ses frères à la Justice.

Les dernières scènes du film ne font que confirmer la détermination de tous à échapper au jugement des hommes, les protagonistes allant jusqu’à perpétrer les crimes les plus cruels.

Intelligemment construit, El club montre toutes les facettes de son sujet, l’impunité de certains prêtres fautifs, essentiellement pédophiles, depuis le point de vue presque insoutenable des victimes (personnifiées par le ténébreux Sandokan, lui même interprété par Roberto Farías, vu également dans No, le précédent film du réalisateur), jusqu’aux positions de l’église et des défroqués eux-mêmes, dans une mise en scène très stylisée malgré une fadeur apparente. Un film cathartique dans un des pays les plus conservateurs de l’Amérique, et qui ne fait pas toujours la part belle aux victimes de nombreux actes de pédophilie de la part de prêtres pas très catholiques, avec une vingtaine de prêtres recensés à ce jour…

El Club – Bande annonce 

El club – Fiche technique

Titre original : El Club
Date de sortie : 18 Novembre 2015
Réalisateur : Pablo Larraín
Nationalité : Chilien
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 98 min.
Scénario : Guillermo Calderón, Pablo Larraín, Daniel Villalobos
Interprétation : Roberto Farías (Sandokan), Antonia Zegers (Hermana Mónica), Alfredo Castro (Padre Vidal), Alejandro Goic (Padre Ortega), Alejandro Sieveking (Padre Ramírez), Jaime Vadell (Padre Silva), Marcelo Alonso (Padre García)…
Musique : Carlos Cabezas
Photographie : Sergio Armstrong
Montage : Sebastián Sepúlveda
Producteurs : Juan de Dios Larraín, Pablo Larraín
Maisons de production : Fabula
Distribution (France) : Wild Bunch Distribution
Récompenses : Grand Prix du jury (Ours d’Argent) : Berlinale de Février 2015
Budget : –

L’Hermine, un film de Christian Vincent: critique

C’était notre petit cocorico à la dernière Mostra, et pourtant le nouveau film de Christian Vincent (Les Saveurs du palais, La discrète) sort dans un anonymat immérité. Auréolé du meilleur scénario et du prix d’interprétation pour un Fabrice Luchini exécrable mais amoureux; L’Hermine est une des bonne surprise française de cette fin d’année.

Synopsis: Michel Racine est un Président de cour d’assises redouté. Aussi dur avec lui qu’avec les autres, on l’appelle  » le Président à deux chiffres « . Avec lui, on en prend toujours pour plus de dix ans. Tout bascule le jour où Racine retrouve Ditte Lorensen-Coteret. Elle fait parti du jury qui va devoir juger un homme accusé d’homicide. Six ans auparavant, Racine a aimé cette femme. Presque en secret.

One lovely man

Christian Vincent s’installe dans le Palais de Justice de Saint Omer (Pas de Calais) pour ne peu le quitter, et déroule une dramaturgie douce amère, dans laquelle les errances sentimentales s’entremêlent avec une affaire judiciaire morbide. Luchini (Michel Racine) endosse la cape régalienne d’un président de Cour d’Assise dont l’état grippal, et le divorce qu’il traverse, n’excusent jamais sa misanthropie ; un personnage forcément savoureux donc, et qui encore une fois témoigne du talent du comédien.

Clé de voûte et plaque tournante du récit, Michel Racine conduit le procès d’un jeune homme accusé d’avoir tué sa jeune fille à coups de rangers. Mais lorsqu’une des jurés se révèle être une ancienne désillusions amoureuses, c’est une cour discrète et hantée qui s’engage entre les deux pièces de cette douloureuse procédure pénale. Car c’est avant tout un procès que filme le réalisateur, et plus qu’un procès c’est la justice qui est mise sur un piédestal ; incarnée par ce vieux président grincheux qui rappelle constamment son titre, mais aussi par l’avocat de la défense, le procureur de la République etc…. Autant d’étiquettes qui s’animent dans un ballet très rigoureux, où la théâtralisation contraste davantage avec la réalité des enjeux, et où ce jury de néophytes détonne forcément sur cet appareil judiciaire, dans l’inconfort de leur position et l’effritement de leur intime conviction. Ce sont eux qui trancheront. Alors évidemment, on touche au classique ici, Sidney Lumet et ses 12 Angry men trotte dans notre tête, mais le refus du huis clos et la prolétarisation des jurés nous en éloignent aussi.

Tout comme Henry Fonda avait réussi à rendre les débats captivants, suffocants; l’Hermine produit des effets similaires. Notamment grâce à ce contrôle du procès, à ce protocole qui nous inonde, aux témoignages qui s’enchainent et qui se contredisent, à ces expertises crues nous rappelant la noirceur du sujet. Et toujours ce Michel Racine, vêtu de son hermine en chef d’orchestre routinier, qui suspend l’audience lorsque ses réminiscences l’emportent, mais dont l’acuité avec laquelle il porte son regard sur l’affaire, et de façon plus générale sur le rôle de la justice, est très intelligente. Dans ses dialogues avec les jurés, ou plutôt ses discours, le film nous touche de toute sa finesse; sur la nuance entre le  verdict et la vérité et la frustration qu’il en ressort, sur la place des faits vis à vis  des droits.  Des monologues  discrets et courts, dont l’écriture est à montrer dans les écoles de droit comme de cinéma.

Le film aurait d’ailleurs pu tomber dans une mélasse de démonstrations judiciaires, et de misérabilisme social déprimant. Mais Christian Vincent prend tout cela à contrepied, et sans dédramatiser pour autant, il nous emmène sur un terrain beaucoup plus doux, celui du souvenir heureux, du badinage, et de la poésie interrompue par les sms. L’actrice danoise Sidse Babett Knudsen (Borgen), révélation du film; contraste avec son adorateur, plus humaniste et empathique. Cette francophone convertie  nous amadoue immédiatement et rend la langue française délicieusement musicale, comme avait pu le faire Anna Karina par le passé. Luchini joue aussi beaucoup avec sa voix, faussement intéressée voir franchement désintéressée avec ses collègues, impérieuse et sûre dans le tribunal, mais très fébrile dès qu’il s’agit de parler avec cette docteur. Tout l’intérêt du film réside dans cette alternation de moments graves puis légers, toujours présidé par cet homme triste, mais drôle à son insu. Un clair obscur touchant et subtil, porté par deux formidables acteurs.  

L’Hermine: Bande-annonce

Fiche Technique : L’Hermine

Réalisateur: Christian Vincent
Scénario: Christian Vincent
Interprétation: Fabrice Luchini, Sidse Babett Knudsen, Eva Lallier, Corinne Maserio, Sophie Marie Larrouy, Fouzia Guezoum, Simon Ferrante, Abdallah Moundy
Musique: Claire Denamur
Producteurs: Matthieu Tarot, Sidonie Dumas
Photographie: Laurent Dailland
Montage: Yves Deschamps
Sortie: 18 novembre 2015 (Mostra de Venise 6 septembre 2015)
Genre: Comédie dramatique

Crazy Amy, un film de Judd Apatow : Critique

« Pourriez-vous réaliser un film avec une femme dans le rôle principal ? »

C’est la question que pose Emmanuel Burdeau à Judd Apatow dans le livre d’entretien (avec un texte d’introduction à la vie comique) Judd Apatow, Comédie Mode d’Emploi (disponible par Capricci), page 88. « Absolument » répondait le cinéaste en 2010. En ce mois de Novembre de l’année 2015 est sorti son nouveau film, Crazy Amy (Trainwreck), qui conte justement le récit d’un personnage féminin.

Amy Schumer interprète Amy dans Crazy Amy, écrit par Amy Schumer… Et réalisé par Judd Apatow…

Amy est incarnée par une actrice tout aussi crazy voire plus, Amy Schumer. Une humoriste et même plus que ça, puisqu’elle est l’auteur, et notamment la créatrice de son propre show sur la chaîne câblée Comedy Central : Inside Amy Schumer…décidément son nom est partout. Car Amy Schumer est devenue une véritable marque, un concept fructueux basé sur un personnage génial et drôle, ancré dans notre quotidien avec des situations universelles – d’où le choix d’un film à regarder en couple –, et d’autres beaucoup plus folles et quelque peu incroyables liées à sa situation de « star ». Elle incarne d’autres ambivalences : elle peut être la jolie et gentille fille – très sexualisée tout de même – tout en étant hyper-vulgaire et « garce ». L’actrice/créatrice interprète ainsi son propre statut de « star », ou alors parodiera nombre de publicités et de films, ou encore se présentera comme Amy, l’américaine moyenne rencontrant des situations qu’on peut connaître dans notre quotidien.

Et toutes ces facettes d’Amy Schumer se retrouvent dans Crazy Amy, qu’elle a scénarisé. On a la situation de départ un peu hors du commun : une journaliste people – rédactrice au Snuff Magazine (vous avez compris l’attaque du film contre ce type d’écrits) – ayant accès facilement aux stars et gagnant très bien sa vie en écrivant des bêtises monstres telles qu’on en trouve en France dans Voici et Paris Match entre autres. Et le « love interest », Aaron – interprété par l’excellent Bill Hader avec qui elle a travaillé sur sa série (voir vidéo ci-dessous) – est un médecin du sport responsable de la réussite de bon nombre des plus grands sportifs du monde. Terre à terre, Amy est perdue sentimentalement lorsqu’elle rencontre Aaron, elle qui a été habitué à des aventures sexuelles très rapides. Elle sortait ainsi avec un bodybuildé homosexuel refoulé – interprété par le très drôle et juste John Cena – sans s’attacher à lui.

Son père est un type bien, dans le fond, mais souvent blessant et notamment raciste et homophobe, aimant provoquer. C’est aussi un homme qui aurait aimé l’unité familiale qu’il a lui-même détruite pour satisfaire de simples désirs. Il a continué à aimer la mère de ses deux filles, regrettant certainement ses actes. En même temps, s’il apprécie Aaron énormément, plus que tous les autres, son « bad side » rappliquera et il dira à Amy qu’elle est comme lui, son père, suggérant ainsi qu’elle serait volage et que son couple ne tiendra pas. Aussi la sœur d’Amy ne veut plus lui payer une maison de repos aussi chère. Elle en veut encore à son père pour avoir autant blesser leur mère et pour avoir mené cette vie délurée.

Ci-dessus, un sketch d’Inside Amy Schumer, Celebrity Interview avec Bill Hader, Comedy Central, 2015.

Les déplacements entre le quotidien et l’« upground » alimenteront tout le film…

…jusqu’à la réconciliation finale, trop cool, pop, et fun pour être réalisable dans nos vies. On aurait préféré une fin plus honnête, plus humaine, plus crédible, plus douce-amère à la manière d’un film de Nancy Meyers ou même de Judd Apatow. On peut penser à la fin en délire de comédie-musicale de 40 toujours puceau (40 years old virgin, 2005) lorsqu’après avoir consommé son mariage, Cal – interprété par Steve Carell – se met à chanter l’amour. La caméra alterne alors plans sur le lit et plans sur toute la joyeuse bande d’acteurs et d’invités du mariage dansant, chantant, s’amusant tels des enfants inconséquents. Il s’agissait réellement d’une séquence qu’on a pu / qu’on pourrait vivre entre amis / en famille.

Mais ici, la danse et le chant avec Amy n’ont pas lieu dans un contexte quotidien, ou encore cette idée d’amusement enfantin et généreux. Elle danse avec les cheerleaders des Knicks de New-York, véritable chorégraphie sportive, pour laquelle elle s’est relativement entraînée mais elle reste la star du show, mise en avant par les danseuses. Après tout, c’est sa réconciliation. Et même lorsqu’elle rate ses pas et gestes, car mal entraînée physiquement ou peu souple, elle ne le fait pas pour s’amuser, elle rate involontairement. Et c’est ça qui manque à Crazy Amy, cette force des personnages à rater, s’amuser de leur échec pour mieux mettre en avant leur caractère, leurs autres qualités et leurs réussites. A de nombreuses reprises, Judd Apatow a dit s’intéresser aux perdants, aux malchanceux de la vie… Ainsi, il leur donnait une chance d’explorer leur potentiel tout en restant eux-mêmes, des personnes gentilles, imparfaites, ne menant pas le rêve américain mais rencontrant les facettes grises de la vie américaine où rien ne semble totalement ni blanc ni noir. Chez ses héros, le blanc se révélait au-delà de leur part obscure, et même, mieux que ça, leur gris s’élevait héroïquement.

Ci-dessus la chanson favorite d’Aaron, qu’il écoute à pleine puissance notamment lorsqu’il opère

« Une chanson nulle » dira Amy, ratée, probablement détestée par son auteur poursuivra-t-elle. C’est parce qu’il ne se rend pas compte de sa qualité, répondra le personnage de Bill Hader, un personnage véritablement Apatow-ien, prêt à assumer son côté « gris », voir le paragraphe ci-dessous.

Amy est justement « trop géniale » dès le début, même en étant vulgaire et trash, elle arrive à être « sexy » et brillamment drôle. Dans ses pires moments, Amy reste drôle, fun et jolie, la « crazy weird but so cool woman » – aussi popularisée par Zooey Deschanel – qu’on aimerait tous connaître dans nos vies et qu’on tend à beaucoup trop rencontrer au cinéma et à la télévision : Rita (2012), New Girl (2011), etc. On peut citer un moment exemplaire : lorsqu’elle se prépare à tromper l’amour de sa vie avec un jeunot de seize ans, une blague survient et on sympathise avec, ou presque. Même lorsqu’elle ne respecte pas Aaron, il y a une autre raison derrière qui pourrait justifier son acte. Ainsi Amy n’est pas si crazy que ça, beaucoup moins que Cal, ou encore que les protagonistes de Freaks and Geeks (1999) et En Cloque, Mode d’Emploi (Knocked Up, 2007). Si Apatow n’a pas perdu ses talents de conteur et de réalisateur de comédie humaniste, s’il n’a pas perdu ses images formidables tournées en pellicule ou son sens du gag et de l’humour à échelle humaine – ancré dans notre réalité emplie de références, de comique assumé et passionné par ses personnages, et de gags purement cinématographiques –, il semble que beaucoup de ses réflexions en terme de personnages et d’histoires soient relativement contrées par l’actrice-scénariste-créatrice. L’irrévérencieuse et provocante Amy Schumer a finalement révélé ses limites ou plutôt explicité ses caractéristiques, ses trucs et astuces à travers le cadre trop humain pour elle de Judd Apatow.

« La comédie vient de là. Je n’ai aucune envie de voir un film sur deux personnes qui s’entendent à merveille. Ce n’est pas drôle. Je n’aime pas les comédies romantiques sur deux personnes délicieuses apprenant à se connaître. La comédie romantique m’ennuie. Je préfère voir les choses s’effondrer. Je sais qu’il existe d’autres types de femmes, j’y viendrai dans les films à venir… »

Ainsi parlait Apatow en 2010 à Emmanuel Burdeau toujours dans le même ouvrage cité précédemment. Et pourtant, Crazy Amy est plus une comédie romantique (avec son lot d’épreuves et ses étapes classiques) – certes « burnée », très drôle, excellemment réalisée avec certaines nuances et tout de même ce regard propre au réalisateur – qu’une comédie dans le sens d’Apatow finalement. On pourrait même aller jusqu’à dire que c’est La comédie romantique d’Amy Schumer imaginée, écrite, interprétée, et coproduite par Amy Schumer – ainsi, plus que multifonctionnelle, nos yeux se tournent vers les personnalités d’Orson Welles et d’Edward Norton –, qu’un film du grand Judd Apatow. En reste un bon film – à l’introduction purement parfaite – qui mériterait plus de réflexion et surtout d’informations à son égard afin de pouvoir mieux le comprendre, notamment vis-à-vis du travail du cinéaste sur celui-ci et de la place du film dans sa carrière.

Synopsis : Depuis sa plus tendre enfance, le père d’Amy n’a eu de cesse de lui répéter qu’il n’est pas réaliste d’être monogame. Devenue journaliste dans un magazine masculin frivole, Amy vit selon ce crédo – appréciant sa vie de jeune femme libre et désinhibée loin des relations amoureuses, qu’elle considère étouffantes et ennuyeuses ; mais en réalité, elle s’est un peu enlisée dans la routine. Quand elle se retrouve à craquer pour le sujet de son nouvel article, un brillant et charmant médecin du sport nommé Aaron Conners, Amy commence à se demander si les autres adultes, y compris ce type qui semble vraiment l’apprécier, n’auraient pas quelque chose à lui apprendre.

Crazy Amy: Bande annonce

Crazy Amy: Fiche Technique

Titre original : Trainwreck
Date de sortie française : 18 Novembre 2015
Date de sortie U.S. : 17 Juillet 2015
Réalisateur : Judd Apatow
Scénariste : Amy Schumer
Casting : Amy Schumer, Bill Hader, Brie Larson, Colin Quinn, John Cena, Vanessa Bayer, Ezra Miller, Lebron James (dans son propre rôle), Mike Birbiglia…
Directeur de la photographie : Jody Lee Lipes
Chef monteur : William Kerr
Directeur artistique : Deborah Jensen
Chef décorateur : Kevin Thompson, accompagné de la décoratrice Nithya Shrinivasan
Musique : Jon Brion
Production : Judd Apatow, Barry Mendel, Joshua Church, Amy Schumer
Société de production : Apatow Productions, Universal Pictures
Société de distribution : Universal Pictures International

 

Enfin, on vous conseille de lire l’intéressant article de l’Express sur le film et le phénomène Schumer, disponible ici.

PIFFF 2015: Don’t Grow Up, Bridgend, des japanimés et des courts métrages au programme

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21 novembre 2015 : 4ème jour du Paris International Fantastic Film Festival, en compétition les films Don’t Grow Up, Bridgend, des japanimés et des courts métrages

11 heures : Pour commencer cette cinquième journée, les organisateurs nous ont proposé un panel de huit courts-métrages réalisés à l’étranger, le but étant –comme pour les longs en compétition– de voter pour son préféré. Deux d’entre eux (le britannique Edmond et le canadien Day 40) étaient des animations assez trashs tandis que deux autres offraient une relecture, de Shining avec un poulet en plastique en guise de tueur dans The Chickening, et des slashers dans le cadre d’une dispute conjugale dans Night of the Slasher. Davantage que ces deux farces américaines ultra-référencées, c’est le belge L’ours Noir, et son guide de survie face à un gros nounours serial killer, qui a le plus fait rire le public. Dans un genre tout autre, Turned fut également très apprécié pour sa vision originale des zombis grâce au point d’une victime en pleine métamorphose. Résultat des courses, demain !

14 heures: Le septième film de cette compétition est l’œuvre du français Thierry Poiraud qui, dans Don’t Grow Up, réutilise la figure de l’infecté qu’il a déjà employé dans la comédie Goal of The Dead dont il a réalisé la « seconde mi-temps ». Cette fois-ci, en imaginant une île sur laquelle les adultes sont subitement atteints d’une rage meurtrière et en prenant le point de vue d’un groupe d’adolescents entre deux âges, il met au point une métaphore fantastique saisissante de la peur du passage à l’âge adulte. Dans une mise en scène, parfois proche du contemplatif, qui transcende la beauté des paysages, ce survival peut sembler manquer d’enjeux dramatiques et souffrir de personnages trop peu attachants mais il réussit néanmoins à instiguer un certain suspense grâce à des pointes d’action elles-aussi bien filmées et pose surtout les bonnes questions sur ce qu’est la maturité.

16 heures 30 : C’est cette fois au tour du panel de court-métrages français d’être soumis au public. Deux observations s’imposent aussitôt : Une tendance qu’ont beaucoup de jeunes réalisateurs français à tourner leurs courts-métrages en anglais et un ton moins comique que les étrangers. La seule comédie est en fait Juliet, qui se construit sur un faux zapping pour alerter des dérives potentielles de la robotique. Autres courts très remarqués, The Cure qui met en scène une toxicomane face à une menace fantastique, Of Men and Mice qui, sur fond de crise à Détroit, mêle un hold-up à une étrange menace bactériologique, ou bien encore l’étonnant Splintertime, une animation psychédélique au final tragique. Encore une fois, le résultat des votes se fera connaitre demain.

19 heures 30 : Pour finir la compétition, Bridgend du danois Jeppe Rønde est tiré d’un fait divers macabre, celui d’une vague de suicides inexpliqués survenus il y a moins de dix ans dans un petit village gallois. C’est donc sur les lieux de ce drame dont les conséquences se font encore ressentir dans lequel il est allé en filmé une fiction en se donnant pour consigne de ne pas donner d’explication au phénomène. Pour cela il utilise le point de vue d’une jeune adolescente, fille d’un policier nouvellement arrivé en ville. Alors que, dans la première partie au moins, certains plans filmés en forêt renvoient à la poésie du cinéma de Tarkovski et que des scènes entre ados à celui de Larry Clark (une rencontre pleine de potentialité), Rønde ne prend jamais ni la voie de la métaphysique ni celle de la transgression, préférant se concentrer sur le drame humain vécu par cette gamine qui se sent impuissante face à la névrose de ses nouveaux amis et la peur qu’a son peur de l’influence qu’ils peuvent avoir sur lui. Le résultat est un film austère et plein de longueurs mais qui, avec un peu recul, fait froid dans le dos.

L’heure est donc aux pronostics. Force est de constater que la compétition est très ouverte tant certains ont divisé le public, c’est notamment le cas de Blind Sun, Evolution et The Survivalist, qui partagent tous les trois une importance donnée aux images et au pouvoir sensoriel à l’écriture d’un scénario élaboré. S’il fallait tout de même donner un favori, ce serait sans doute  Der Nachtmahr qui semble avoir fait consensus auprès de la majorité des spectateurs.

22 heures: Véritable événement dans l’évènement, la nuit-marathon consacré à des films de japanimation a attiré de nombreux fans. Le véritable moment fort de cette nuit blanche est l’avant-première nationale du nouveau film de Mamoru Hosoda, qui nous avait offert il y a 4 ans le magnifique Les Enfants Loups, Ame & Yuki. Sa nouvelle fable Le Garçon et la Bête  sera sujet d’une critique complète sur ce site à sa sortie en salles en janvier prochain.

La nuit se poursuit avec deux œuvres qui à elles-deux synthétisent parfaitement toute la potentialité créatrice de l’animation nippone : Le très haut perché Mind Game suivi du film à sketchs Short Peace, lui-aussi très attendu par les fans puisqu’encore complètement inédit en France et qui, au final se révèle à la hauteur de la renommée des réalisateurs qui y participent (aussi dire que le nom de Katsuhiro Ôtomo permet à lui seul de place la barre très haut!).

La nuit se termine parla diffusion de  Jin-Roh, la Brigade des Loups, la superbe version du Chaperon Rouge sur fond de cyberpunk adaptée d’un manga de  Mamoru Oshii par Hiroyuki Okiura.

< Jour 3                                                                                                                                                            Jour 5 >

Actualités cinéma et séries du 15 au 20 novembre

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Actualités cinéma et séries du 15 au 20 novembre 2015 : une semaine riche en trailers !

Cinéséries-Mag revient sur les actualités à ne pas manquer cette semaine mais vous invite surtout à entrer dans cette vaste ronde des bandes-annonces : Insaisissables 2, Gods of Egypt, Zoolander 2, The Huntsman : Winters War, A Monster Calls, Midnight Special et tant d’autres encore dans cet article récapitulatif !

 Actualités cinéma : la bande-annonce magique d’Insaisissables 2 

Daniel Radcliffe s’est joint au casting composé de Woody Harrelson, Jesse Eisenberg, Dave Franco, Mark Ruffalo, Michael Caine et Morgan Freeman pour nous offrir un trailer enchanteur. La sortie cinéma d’Insaisissables 2 est prévue pour le 10 juin 2016.

 The Huntsman : Winters War : un trailer féerique !

The Huntsman (Chris Hemsworth) reviendra en avril 2016 pour affronter la Méchante Reine (Charlize Theron) et la Reine des Glaces (Emily Blunt) dans ce Préquel à Blanche Neige et le Chasseur. En attendant, découvrez ce fantastique trailer :

 Actualités cinéma : Gods of Egypt, le Péplum qui donne des ailes !

La Bande-annonce de Gods of Egypt réunit de belles figures masculines pour incarner ces dieux : Gerard Butler (La Chute de la Maison Blanche), Nikolaj Coster Waldau  aka Jaime Lanister de Game Of Thrones et Brenton Thwaites vu dans Maléfique. Le film est prévu pour février 2016.

 

 Actualités séries : le casting du western Frontier bientôt sur Netflix !

 Actualités séries : Snowpiercer en série télé ?

 

 Actualités cinéma : le trailer de A Monster Calls…

Adapté du roman éponyme de Patrick Ness et réalisé par l’ami et fidèle de Guillermo del Toro, Juan Antonio Bayona (L’Orphelinat, Penny Dreadful), A Monster Call nous conduit dans le monde sombre et fantasmagorique d’un jeune garçon avec  Liam Neeson, Toby Kebbell et Sigourney Weaver.

La sortie du film est prévue pour octobre 2016 mais découvrez dès à présent le premier Trailer :

 

 Zoolander 2 : la bande-annonce qui ridiculise gentiment les stars !

Le sequel de Zoolander promet un film totalement azimuté au casting décomplexé : Penelope Cruz, Benedict Cumberbatch, Will Ferrell (Légendes Vivantes), Kristen Wiig (Seul sur Mars) et même Justin Bieber ! Réalisé par Ben Stiller et co-écrit avec Justin Theroux, Zoolander 2 sortira le 16 mars 2016 en France.

 Actualités cinéma : la fabuleuse bande-annonce de Midnight Special

Avec Midnight Special, Jeff Nichols a souhaité recréer l’ambiance de E.T. et Rencontres du Troisième Type. Après une affiche très réussie, il dévoile aujourd’hui le trailer du film sur cet enfant étrange doté de pouvoirs surnaturels et pourchassé par des scientifiques et des  religieux.

 Actualités cinéma : Emma Stone dans Battle of Sexes

C’est finalement l’actrice Emma Stone qui interprétera la tenniswoman Billie Jean King et fera face à Steve Carell dans le rôle de Bobby Riggs dans la reconstitution du match légendaire de 1973. Ce match avait démontré qu’une femme était capable d’affronter un homme sur un court de tennis. Simon Beaufoy (Slumdog Millionaire) sera en charge du scénario. Battle of Sexe entrera bientôt en production et sera réalisé par Jonathan Dayton et Valerie Faris (Little Miss Sunshine).

 The Benefactor : le premier trailer du drame qui révèle Richard Gere !

Dans Benefactor, Richard Gere est incroyable et bouleversant en père de famille marqué par un accident de voiture. Il donne la réplique à Dakota Fanning et Theo James dans ce film de Andrew Renzi qui sortira le 15 janvier 2016.    

 La bande-annonce de la comédie How to be Single :

How to be Single se présente comme une comédie déjantée pour célibattantes. Le film sortira le 12 février 2016 et réunit Dakota Johnson (Fifty Shades of Grey) et Rebel Wilson (The Hit Girls) qui se lâchent totalement dans la bande-annonce :  

 Fifty Shades of Black : une parodie pour Cinquante Nuances de Grey !

Marlon Wayans, le créateur de Scary Movie a osé : la parodie de Fifty Shades of Grey devrait sortir en janvier 2016.  

 Actualités cinéma : le Paris International Fantastic Film Festival

Jusqu’au 22 novembre, Cinéséries-Mag vous entraîne à l’intérieur du PIFFF au Grand Rex de Paris. Vous pouvez suivre toutes les actus et la programmation ici.

PIFFF 2015: Der Nachtmahr, The Thing, The Survivalist et Deathgasm

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20 novembre 2015: Troisième jour du Paris International Fantastic Film Festival

14 heures: Artiste plasticien reconnu, Akiz utilise pour la première fois le cinéma comme un nouveau média pour son art majoritairement porté sur l’organique. Il s’en sert ici pour incorporer une de ses œuvres dans une narration et un univers esthétique absolument remarquable. Der Nachtmahr c’est l’histoire déconcertante de Tina, une fille qui va faire la rencontre d’une créature et va développer un lien très (trop ?) étroit avec elle. Tout le film joue sur la psychologie de ce personnage principal, fille de son époque ancrée dans des soirées électro dopées à l’adrénaline, l’alcool et la drogue. C’est une représentation à la fois terrible et sensible d’une génération désenchantée et dont le seul assouvissement est de se remuer au son d’une électro démente et bruyante. On ressent le gout de l’artiste pour le pictural grâce à un montage épileptique et d’une photographie envoûtante. Sans oublier le travail sonore titanesque tant la bande originale et les bruitages sont d’un magnétisme et d’une brutalité radicale. Il s’agit, pour un premier long métrage, d’une réalisation maîtrisée et bluffante ainsi qu’une expérience hybride fascinante.    –Kevin List

16 heures 30: La troisième séance culte de ce PIFFF est sans conteste celui qui mérite le mieux le statut de « culte ». Considéré par beaucoup comme un des meilleurs films d’horreur de tous les temps, The Thing de John Carpenter fut pourtant un film tourmenté dès sa production chaotique jusqu’à son accueil frileux à sa sortie. Depuis, il est devenu une référence en terme de huis-clos horrifique grâce à un rythme soutenu et une mise en scène oppressante qui rendent communicatif le sentiment de paranoïa que ressent les personnages. De plus, la montée crescendo de la tension s’accorde à merveille avec la musique signée par Ennio Morricone. Et sans parler des effets spéciaux qui, plus de trente ans plus tard, restent impressionnants. Indiscutablement, il s’agit là d’un chef d’œuvre irréprochable qu’il fait bon revoir sur grand écran, et d’ailleurs, bonne nouvelle, une ressortie est programmée pour 2016 !

19 heures 30: Le sixième film en compétition cette année est encore une fois le premier long-métrage de son réalisateur, celui de l’irlandais Stephen Fingleton. The Survivalist est un choix surprenant de la part des sélectionneurs du Festival dans le sens où il ne comprend aucun élément fantastique mais n’en reste pas moins du cinéma de genre puisqu’il s’agit d’un film pos-apocalyptique. Mais là où le genre, conditionné par ses deux maitres-étalons que sont Mad Max et La Route, implique souvent des scènes épiques dans des décors dépourvus de verdure, la proposition qui est faite ici est celle d’un scénario intimiste filmé en pleine forêt. Même si cette petite histoire ne mène finalement à rien de concret (le réalisateur nous a ensuite expliqué que son sujet était les relations hommes/femmes dans un univers privé de toute superficialité) il faut lui reconnaître d’être bien filmée et de profiter d’un excellent traitement sonore, ce qui explique que Fingleton se soit déjà fait mettre le grappin dessus par Hollywood.

22 heures: Un autre moment-clef du PIFFF est sa séance interdite, qui nous permet de découvrir chaque année un film trop peu mainstream pour espérer une distribution en salles. Cette année, les organisateurs se sont assurés d’attirer un public bien ciblé, celui des métalleux qui ont rempli la salle dans la bonne humeur qu’on leur connait. Venu tout droit de Nouvelle-Zélande, où il a été financé grâce à un jeu-concours, Deathgasm se revendique en effet comme le premier film moulé dans l’esprit hardcore propre à la musique métal, dont il reprend allégrement et sans complaisance tous les clichés. Mais, plus qu’un hommage à ce son qui envoie du lourd, cet OFNI est également une comédie dans la droite lignée des premières réalisations de Peter Jackson (un clin d’œil à Bad Taste y est d’ailleurs glissé), ce qui implique des flots de sang et un humour noir qui ne s’interdit rien. Malgré son écriture scénaristique qui se révèle assez classique, Deathgasm s’impose comme une excellente surprise qui fera autant hurler de rire les plus chevelus des rockeurs qu’il réjouira les amateurs d’extravagances violemment trashs.

< Jour 2                                                                                                                            Jour 4 >

 

 

      

PIFFF 2015: Some Kind of Hate, Evolution, Incidents de parcours et The Virgin Psychics au programme

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19 novembre 2015: Deuxième jour du Paris International Fantastic Film Festival

14 heures : Premier film de la journée, Some kind of hate est une autre production indépendante américaine et une première réalisation de la part d’Adam Egypt Mortimer. En voulant s’essayer au sous-genre ultra-balisé du slasher, ce jeune metteur en scène fait le choix audacieux de prendre pour support narratif un sujet malheureusement bien réaliste, le harcèlement scolaire. Alors que l’horreur de cette thématique réussit, dans la première demi-heure, à se suffire à elle-même, l’intervention de la dimension surnaturelle du film, à travers un boogeyman véritablement effrayant (interprété par une ancienne starlette estampillée Diney Channel !) sera le déclencheur d’une explosion de violence sanglante qui trouvera son paroxysme dans un final cauchemardesque. Une violence que le volume poussé jusqu’au bord de la saturation du son a rendu d’autant plus palpable et sensorielle. Sans doute le film le plus radical de la compétition.

16 heures 30: La séance culte de ce deuxième jour du PIFFF 2015 est une œuvre, encore une fois mésestimée, de George A. Roméro. Alors qu’il venait d’achever la trilogie des mort-vivants à laquelle son nom sera à jamais associé, Incidents de Parcours est son premier film de studio, une expérience qui, comme souvent pour une réalisateur ayant fait leurs gammes dans le ciné indé, sera compliquée, au point que ce titre français semble mieux approprié que jamais. C’est sans doute sous la pression de producteurs aux velléités uniquement commerciales que sa mise en scène s’est édulcorée au point que le film semble impersonnel. Heureusement, alors que le scénario aurait pu être propice à une fable enfantine pétrie de bon-sentiments, l’amoralité que le réalisateur met dans cette réflexion sur la part d’animalité qui repose en l’Homme (une thématique déjà perceptible dans sa conception des zombis) lui apporte une part de subversion assez mesquine.

19 heures 30 : C’est encore une fois devant une salle pleine à craquer que les animateurs du Festival présentèrent la séance de ce soir. Evolution est le second long-métrage de Lucile Hadzihalilovic, une réalisatrice française peu connue du grand public mais que les amateurs et les habitués du PIFFF connaissent bien puisque, en plus d’être la femme de Gaspar Noé, elle était membre du jury lors de la première édition.  Ce film dérangeant tourné dans les îles Canaries débute à la manière d’une œuvre contemplative profitant de magnifiques plans sous-marins mais tourne au huis-clos cauchemardesque dans une clinique terriblement glauque. Mais, là encore, c’est le rapport entre humain et animal qui est au centre du récit puisque le mystère que devra résoudre un jeune garçon n’est rien de moins que l’origine du lien qui l’unit à certains animaux maritimes qui l’entourent. Un film véritablement perturbant sur le fond comme sur la forme dont la réalisatrice nous a expliqué que sa gestation date d’il y a plus de dix ans.

22 heures: Parce que le PIFFF ne serait pas complet sans sa part de cinéma japonais et que les sélectionneurs du Festival apprécient tout particulièrement le fétichisme détraquée dont les nippons sont spécialistes, c’est cette année un film de Sono Sion qui a rempli la tâche. Le plus prolifique des réalisateurs japonais (au point que même ses fans reconnaissent que certains de ses films sont bâclés !) signe avec The Virgin Psychics l’adaptation d’un manga complètement allumé. Et pourtant, dans cette comédie érotique autour d’un jeune homme qui acquiert des pouvoirs en se masturbant et devra canaliser ses érections face à des armadas de nymphettes en petites tenues, une pointe de romantisme semble, par instants pointer le bout de son nez. Toutefois, les outrances vulgaires reprendront toujours le dessus, au point de rendre crédibles les rumeurs comme quoi Sion désire en revenir au porno dans lequel il avait autrefois fait ses débuts.

< Jour 1                                                                                                                                                              Jour 3 >

Hunger Games, La Révolte partie 2, un film de Francis Lawrence: Critique

Fort d’une troisième partie qui s’affranchissait finalement du divertissement faussement exaltant proposé jusque alors, et qui donnait enfin à voir le cœur de son sujet politico-tyrannique, autant dire que Hunger Games : La Révolte Partie 2 était attendu. Autant pour la conclusion qu’il mettrait un point d’honneur à apporter que pour cette révolte qui gronde et qui n’attendait que d’éclater depuis le premier métrage en 2012, le film disposait ainsi d’un certain potentiel dont il se devait d’user pour enfin donner à voir cette révolte promise par le titre. Une seule question demeurait pourtant et non des moindres : celle du ton employé !

Synopsis: Alors que Panem est ravagé par une guerre désormais totale, Katniss et le Président Snow vont s’affronter pour la dernière fois. Katniss et ses plus proches amis – Gale, Finnick, et Peeta – sont envoyés en mission pour le District 13 : ils vont risquer leur vie pour tenter d’assassiner le Président Snow, qui s’est juré de détruire la jeune femme. Les pièges mortels, les ennemis et les choix déchirants qui attendent Katniss seront des épreuves bien pires que tout ce qu’elle a déjà pu affronter dans l’arène…

Poursuivra-t-il sur la lancée esquissée par le dernier qui prenait à bras le corps les composantes de son sujet, entre guerre de perception et d’influence, propagande et rébellion, ou suivra-t-il la veine de ces nombreux divertissements faisant fi du contexte dans lequel ils s’insèrent pour finalement relâcher les gaz et donner à voir une conclusion en forme de chevauchée des Walkyries sous acide où la bienséance ne trouve plus sa place ?

Une conclusion à la tonalité confuse

Un choix ayant visiblement infusé la vision du metteur en scène Francis Lawrence qui, non soucieux de faillir à son statut d’homme à tout faire du studio, embrasse les deux tableaux à la fois, quitte à faire perdre à son film un élément non négligeable : son feu sacré. Conséquence directe de la division du roman final en deux films, cet épisode de la saga paie ainsi par son absence flagrante de faits à apposer sur ses images.

Fort d’un sous-texte politique déjà éludé dans le précédent long-métrage, le film ne pouvait et même ne devait qu’alors embrasser cette veine rebelle et héroïque qu’on était en droit d’attendre. Malheureusement pour nous, cette rébellion, sans doute pour épouser l’étonnante sobriété qui habite l’ensemble, se paie le luxe de ne figurer qu’en filigrane de l’œuvre. Un comble quand le film en vient à désigner cet événement comme le faire valoir du métrage qui aurait de fait gagné à améliorer son titre ou son ambition, c’est selon. Mais outre ce choix curieux mais pas forcément répréhensible, c’est vers le scénario même que les principaux reproches peuvent se tourner. Si l’on sait gré à ce dernier d’inclure en son sein toutes les thématiques qu’un sujet de la trempe d’HG dispose, à savoir gestion de l’après dictature, jeux de pouvoirs et d’influence, sans pour autant prendre le pas sur le reste, on ne peut qu’être consterné de voir le scénario préférer étayer la romance entre Peeta (campé par un Josh Hutcherson lobotomisé), et Katniss (jouée par une Jennifer Lawrence curieusement bien en deçà de ses dernières interprétations du Geai Moqueur) que donner à voir l’intrigue de ce volet qu’on attendait bien plus frondeuse et héroïque.

Un scénario au diapason de ce désordre

Pour autant, le script n’est pas forcément le seul fautif dans l’histoire. S’il demeure cohérent et se couple parfaitement aux oripeaux techniques déployés par le film (que dire de la photographie et de la musique impeccable, ou des références disséminées çà et là), reste que le trop-plein de personnages, privé d’une ossature solide et viable qui fragilise l’ensemble. Jusqu’alors vecteur de l’étonnante réussite de l’ensemble de la saga, le casting semble ici plat, quitte à s’effondrer comme un château de cartes, l’intrigue ne leur permettant plus une ossature digne de ce nom. Et au jeu des interprétations ratées, personne ne semble ainsi épargné entre une Julianne Moore surjouant les traits de la présidente Coin, un Philip Seymour Hoffman en retrait, un Woody Harrelson reconverti en side-kick du personnage de Katniss ou encore une Elizabeth Banks, dont la prestation n’a jamais été aussi immonde que ses tenues. Conséquence malheureuse de la division en deux films du roman conçu pour clore les pérégrinations du Geai Moqueur, cette deuxième partie n’aura servi en réalité qu’à alimenter la cash-machine hollywoodienne pour un résultat relativement décevant puisque obligeant à voir un récit non dénué de qualités accuser le coup d’une division ayant amoindri ses enjeux et par extension sa surprise.

Hunger Games, La Révolte partie 2 : Bande-annonce

Hunger Games, La Révolte partie 2 : Fiche Technique

Titre original : The Hunger Games: Mockingjay – Part 2
Réalisation : Francis Lawrence
Scénario : Danny Strong, d’après Hunger Games : La Révolte de Suzanne Collins
Interprétation: Jennifer Lawrence (Katniss Everdeen), Josh Hutcherson (Peeta Mellark), Liam Hemsworth (Gale Hawthorne), Elizabeth Banks (Effie Trinket), Woody Harrelson (Haymitch Abernathy), Julianne Moore (Présidente Alma Coin), Donald Sutherland (Président Coriolanus Snow)…
Direction artistique : Philip Messina
Décors : Philip Messina
Costumes : Kurt and Bart
Photographie : Jo Willems
Montage : Alan Edward Bell et Mark Yoshikawa
Musique : James Newton Howard
Production : Nina Jacobson et Jon Kilik
Sociétés de production : Color Force et Lions Gate Film
Sociétés de distribution : Lions Gate Film (États-Unis), Metropolitan Filmexport (France), Entertainment One (Canada)
Budget : 125 millions $
Genre : action, drame, science-fiction dystopique
Durée : 137 minutes
Date de sortie : 18 novembre 2015

Etats-Unis – 2015

PIFFF 2015: Curtain, Blind Sun et Darkman au programme

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PIFFF 2015: Premier jour du Paris International Fantastic Film Festival

14 heures 30: Dans la petite salle du Grand Rex, le jury se réunit pour la première fois pour découvrir le premier des huit films en compétition, Curtain, une petite série Z autofinancée par l’américain Jaron Henrie-McCrea, preuve que le cinéma indépendant reste le meilleur terreau du fantastique. Alors que les deux présentateurs du Festival nous l’avaient présenté une « comédie urbaine et cradingue », c’est en fait à un film relativement sage et aseptisé (et dont les plans en extérieur sont essentiellement en forêt !) que nous avons eu affaire. Un manque de jusqu’au-boutisme assez décevant donc, mais que le pitch complètement capilotracté et l’écriture approfondie des personnages nous permettent d’oublier pour entrer de plein pied dans cette élucubration dont chaque rebondissement se révèle une idée surprenante de la part de son auteur. A défaut de pousser assez loin les aspects fun et gore qu’aurait pu entrainer son scénario, la meilleure réussite est de rendre palpable le calvaire psychologique de son héroïne (interprétée par une excellente actrice que l’on peut espérer revoir) et la panique dont laquelle la plonge cette aventure rocambolesque.

16 heures 30 : Le deuxième film de cette journée est l’occasion d’une des fameuses « Séances cultes » qui contribuent au succès du PIFFF. La première de cette édition 2015 est Darkman, un film mésestimé de Sam Raimi mais néanmoins important dans sa filmographie, dans le sens où il s’agit à la fois de son premier film de studio après les deux premiers Evil Dead ou encore Mort sur le grill, et de son premier film de super-héros, laissant présager le futur Spider-man. Personnage original et non pas adapté d’un quelconque comic-book, Darkman (interprété par Liam Neeson, à l’époque encore estimable, bien avant qu’il ne s’égare dans de piètres films d’action) s’apparente, de par sa figure de vengeur défiguré, à celui de Phantom of the paradise, tandis que le film en lui-même est dans le même esprit que le Batman de Batman sorti un an plus tôt et avec qui il partageait le même compositeur Danny Elfman. Mais Darkman se caractérise aussi par l’usage que fait Raimi d’effets spéciaux du même acabit que ceux de ses précédents, ce qui dans le cas dans d’Evil Dead donnait une touche d’artificialité amusante, mais qui ici aboutit à un visuel kitsch qui a participé à la mauvaise réputation du film.

16 heures 30:  Pour la première partie soirée, horaire qui attire le plus de spectateurs, et en présence de tout le gratin du cinéma fantastique français, les animateurs du PIFFF nous présentèrent le second film en compétition de cette année : Blind Sun, le premier long-métrage de Joyce A. Nashawati. Après quelques courts primés dans divers festivals, dont La Morsure découvert à Gerardmer, la réalisatrice grecque y délivre une œuvre singulière où se croisent Wake In Fright et Le Locataire, offrant un film d’horreur solaire qui n’hésite pas à invoquer les œuvres de Ballard ou bien encore le film Mirages de Tahlal Selhami pour livrer une sorte d’instantané socio-politique de son pays, et plus largement de tout le bassin méditerranéen. Malgré un scénario difficilement abordable aux multiples éléments peu exploités, on se laissera littéralement envouter par la photographie flamboyante qui appuie la solitude du personnage principal (l’israélien Ziad Bakri), encore plus isolé de par son statut d’immigré, et nous donne soif…d’en voir plus.

19 heures 45:   Pour clore la soirée, Le Complexe de Frankenstein est un documentaire réalisé par le duo français Gilles Penso et Alexandre Poncet  qui avaient signé, il y a quatre ans, un excellent portrait du génie Ray Harryhausen. Autant dire que leur nouveau film était attendu au PIFFF serait un doux euphémisme. Et qu’on se le dise, ce voyage dans l’histoire du maquillage FX et des animatronics est un enchantement pur. Interviews des grands noms des effets spéciaux pratiques et de réalisateurs connus et passionnants, tel que Guillermo Del Toro ou Christophe Gans, démonstrations de certaines techniques ainsi que véritable galerie hallucinée et hallucinante de monstres et autres bizarreries magnifiques; tout y est pour offrir un passionnant récit sur un art mais aussi plus généralement notre médium favori: le cinéma.

A noter que ces deux séances furent suivies par des questions-réponses entre le public et les réalisateurs des films qui revinrent sur la genèse et les difficultés de confection de leur film respectifs.

 

< soirée d’ouverture                                                                                                                                 Jour 2>

Edito : le cinéma comme réponse au 13 novembre 2015

Relever-la tête, croiser des visages, partager des solitudes : le cinéma comme réponse au 13 novembre 2015

Prendre la plume pour réagir à l’actualité brutale (ici celle du 13 novembre dernier) aura été mon credo comme journaliste. L’objectif était d’informer, de tenir à distance les événements, de les donner à comprendre, à analyser. L’objectivité, l’efficacité et la rapidité ont été mes maîtres mots pendant plus de deux ans. Lassée par d’impitoyables entretiens d’embauche (dont la perspective ne dépassait jamais le simple stage), j’ai délaissé ce métier pourtant si beau à mes yeux pour me tourner vers l’éducation. Là aussi il faut informer, prendre du recul, trier, donner à comprendre. Mais d’une autre manière certainement, avec un public parfois « piégé » dans des murs qu’il n’a pas toujours choisi de fréquenter. Avec le cinéma, j’ai découvert très vite une autre écriture, critique (mais pas forcément négative), qui se rangeait aussi du côté de l’objectivité. Pourtant, j’ai vite délaissé, là encore, cette forme objective pour lui préférer l’émotion. Ma sensibilité si souvent décriée me servait enfin à rendre hommage à des films qui avaient réussi à me toucher, à me transporter. Mes « dieux » à moi sont nombreux, ils s’appellent Almodovar, Scorsese, Sciamma, Blier, Farhadi, Panahi, Wenders, Anderson, Honoré, Dolan, Maïwenn, Kore-Eda, Miyazaki, Kurosawa, Brizé, Truffaut, Hitchcock, Corsini, Erguven, Audiard, Lanthimos, Eastwood, Tarantino, Gianolli, Bonnell, Satrapi, Haneke, Allen, Hansen-Love, Fox, Kubrick, Jeunet, Fillière, Jaoui, Gray, Jacoulot, Dupontel, Mouret, Lvosky, Bonello, Kechiche, Sautet, Garrel, Nicloux, Kusturica, Kar-Wai, Lynch, Yimou, Lubitsch, Carax, Resnais, Nichols, Murnau, Kolirin, Coen, Begnini, Jarmusch, Constanzo, Campion, Godard, Zhangke, Moretti, Welles, Ghobadi, Al-Mansour, Petzold, Visconti, Malick, ect…. Leur point commun ? Être de tous les coins du monde (ou presque) et réaliser des films avec les tripes. Ces « dieux »-là ne me forcent à aucune discipline (à part celle de les découvrir au fur et à mesure des films qu’ils portent à mon regard), à aucun rejet (puisque leur crédo c’est la diversité). En fait, ce ne sont pas des « dieux », ce sont des humains qui parlent à d’autres humains. Ils me proposent de « partager des solitudes », de sortir dans la rue pour aller au cinéma, de croiser des visages, de les voir rire ou pleurer. J’ai goûté à l’attente fébrile un soir d’avant-première, où chacun guette le visage de la star annoncée, mais aussi celle plus banale de ceux qui arrivent toujours en avance avant une séance. Avant d’accéder aux images des films pour lesquels nous nous déplaçons, d’autres images nous sont offertes, promotionnelles, consommables, joyeuses, friandes, gourmandes. Des images qui disent « revenez-vite ». On les oublie souvent au détour de la première image d’un film, celle qui sait ou non nous embarquer pour quelques heures.

Des films pour découvrir, comprendre l’autre

Aujourd’hui je reprends donc cette plume, en tant que rédactrice sur cinéséries et pour la première fois j’utilise la première personne du singulier, je m’identifie. Non pas par égocentrisme, mais parce que j’ai bien souvent vu les résistances s’écrire au cinéma, dans les livres, dans la vie aussi, pour avoir envie de le faire également, à mon échelle, sur mon clavier. Une actrice iranienne invitée cette année à Cannes a dit en peu de mots ce que je pensais : « en Iran, les femmes vivent dans des prisons, mais ce sont les femmes les plus libres que j’ai connu ». Prisonnières, mais libres ? Pourtant, brimées, détruites, assassinées et sans droit à la parole. Mais ce sont dans ces espaces confinés, on le sait, que nos forces se déploient le plus. L’Iran je l’ai découvert au cinéma, avec cette même actrice. Ce n’est pas le seul pays que j’y ai connu. Bien sûr, je n’oublie jamais de vivre et de rencontrer, car c’est encore important d’aller au dehors, d’observer et de ressentir vraiment. Mais ma résistance s’est souvent écrite au cinéma, où j’ai découvert qu’on pouvait aimer sans barrière, qu’on pouvait tuer sans raison aussi. Toute une palette d’émotions m’a été ouverte. Les films m’ont appris à mieux accepter la parole de l’autre, à l’entendre, à l’interroger. Parfois, ils m’ont montré que l’incompréhensible n’avait pas forcément de réponse. Parfois, les réponses m’ont déçue, révoltée ou apaisée. Je suis toujours sortie des bons films avec une opinion différente de celle que j’avais en entrant, ou du moins différente car l’indifférence me glace.

Une fragile bulle de bonheur…

C’est donc étrange la manière dont me sont arrivées les images du 13 novembre 2015. Des images que j’étais si habituée à voir dans des zones dites en « guerre » (comme nous le sommes désormais semble-t-il), et dans les films donc, ceux qui montrent une réalité, la fantasment ou l’exorcisent. Étrangeté d’images brutales qui ne m’ont pas parues étonnantes, mais surtout qui se sont d’abord détachées de moi. J’ai vu la colère, la tristesse et la peur. J’ai partagé tous ces sentiments. D’autant plus que des noms connus se sont ajoutés à ceux des inconnus tombés sous les balles. J’ai pleuré comme je l’avais si souvent fait au cinéma. J’ai pensé à ces mères en larmes, comme celle qu’a filmée Almodovar, sous la pluie et un parapluie multicolore, dans Tout sur ma mère. J’ai pensé à cette jeunesse sacrifiée que j’avais vu si souvent rire, déconner, s’ennuyer, se libérer, se révolter. J’ai vu les élans de solidarité, mais aussi ceux qui voulaient se distinguer en refusant l’émotion et en choisissant une raison personnelle, une opposition franche. Je me suis souvenue en voyant ces gens résister en allant boire un verre, à ceux que j’avais vu continuer à vivre dans une «bulle » fragile mais vitale en Israël**. Un film, encore.

La haine ?

J’ai voulu fermer ma porte, rester chez moi, prendre dans mes bras tous ceux que j’aime, croire que le monde allait périr. J’ai surtout eu envie de penser à tous ceux que j’avais vu se rapprocher malgré leurs différences. J’ai rejeté ce cinéma si idéaliste qui me disait que c’était possible. Et je me suis souvenue de ce père qu’on découvrira bientôt au cinéma et qui cherche sans répit sa fille partie rejoindre le Djihad***. Lui qui vivait enfermé dans sa petite communauté cowboy, quelque chose de violent s’abat sur son rêve. Pourtant, le film n’oublie pas l’espoir. Peu de films l’ont complètement rejeté d’ailleurs, même les plus apocalyptiques. Certains ont cru bon d’alerter, d’envoyer des électrochocs. On se souviendra longtemps de la métaphore de La Haine sur une société qui tombe, qui tombe et qui répète « jusqu’ici tout va bien ». Jusqu’à ce soir du 13 novembre 2015, où la chute, la seule qui compte, intervient. Comment ? Pourquoi ? La haine doit-elle trouver la haine en retour ? Parmi toutes les œuvres visionnées, j’aurai presque peur de chercher une réponse tant elle est diffuse, multiple. La mienne sera de choisir de retourner dans les salles, de pester quand on retire un film comme Made in France des cinémas. Certes, l’affiche, le sujet portent à confusion en ces temps « difficiles ». Mais une telle œuvre éclaire aussi, donne un nouveau faisceau à nos attentes. Ce n’est peut-être pas ce qu’on y cherche, certes.

« J’ai rêvé de planètes où le bonheur s’inspire, où rien ne disparaît sinon pour revenir »*

Le cinéma est aussi une féerie, un divertissement, une fraternité, un monde « où le bonheur s’inspire, où rien ne disparaît sinon pour revenir »*. Rapporté à l’échelle du rêve, le cinéma nous donne souvent le choix. On y voit notre passé, notre futur, notre présent, l’imaginaire. On détourne souvent les yeux, on s’indigne… Mais on s’émerveille aussi. C’est cette capacité-là que j’interroge souvent au cinéma : l’émerveillement. Celle aussi de ressentir autrement. Et je formule mes utopies, celles où l’on prend son temps, où l’autre est à explorer. L’autre qui nous ressemble et nous fait peur en même temps. Celui qui en à peine quelques jours peut devenir essentiel à nos vie. Il aura fallu une soirée à moins de dix hommes pour dévaster tout un pays, des intimités aussi. Et cette nuit-là, peinant à m’endormir, j’ai formulé un rêve à double tranchant, celui qu’un petit garçon fasse revenir tous ceux qui étaient partis si vite…. Les Revenants m’ont envahie toute entière et je me suis demandée quelle apparence j’aurai voulu leur offrir.

« Ceux qui restent »

Ce sont de nouvelles étoiles qui nous guident aujourd’hui, pour lesquelles on est à genoux quelques heures, peut-être toute une vie, mais pour lesquelles nous choisissons aussi de nous relever, « c’est ce qu’il/elle aurait voulu » se persuade-t-on. On voudrait pouvoir choisir sa mort, un peu comme dans Arizona dream, ce rêve-là avait des allures de réincarnation en tortue, de bain de vodka glacée, de scènes mythiques d’Hitchcock et de simplicité aussi. Pourtant, la mort nous surprend toujours, on a peine à décider quand c’est le bon moment, car il n’existe pas. La plus grande menace, c’est celle-là : qu’elle surgisse. C’est pour ça que j’ai décidé d’écrire, pour me souvenir que j’étais en vie, qu’on a écrit des livres sur les 1001 films à voir avant de mourir. Je n’aurai certainement pas le temps de tous les voir, car je repousserai toujours l’échéance, préférant me dire « je serai encore-là demain » pour les voir, pour rêver, pour rire ou pleurer. Pour les partager aussi. Et pour avoir la satisfaction après un film extraordinaire de pouvoir se dire « maintenant je peux mourir tranquille », j’ai vu ça.

Relever la tête, enfin …

Mais il y aura toujours une bonne raison de rester du côté de la vie. La preuve, tous les mercredis, de nouveaux films sortent comme autant de destins à partager. Comme autant de façons de voir le monde, de l’explorer. Parfois, il y a des répétitions, des trébuchements, des erreurs, des flops. Mais il y a aussi des surprises, des éclats et des perles qui s’inscrivent en nous. Une résistance factice me direz-vous et bouleversée par les plans d’une poignée d’hommes ce vendredi. J’appelle alors tous ceux qui le veulent et le peuvent à remplir de nouveau les salles de cinéma, à vibrer, à apprendre, à comprendre. J’espère croiser vos visages avant les séances, dans le noir, et aussi quand la lumière se rallume, voir cette petite lueur qui me relance dans la vie. Bref, voir vos visages ailleurs que sur les affiches-hommages aux victimes et pouvoir répondre un sourire à vos sourires, une larme à vos larmes. Les questions viennent, les analyses aussi. L’émotion reste pourtant intacte chez moi, car je laisse à ceux dont c’est le métier le soin d’analyser. Je vous ai partagé ma solitude, rien de plus. A bientôt dans les salles, dans la rue, avec mes critiques, mes découvertes… Relevons la tête, allons au cinéma !

*citation tirée d’une très belle chanson du groupe Ex Nihilo Vox
**The Bubble, d’Eythan Fox
*** Les Cowboys de Thomas Bidegain, sortie prévue le 25 novembre 2015
L’image en Une est tirée du film
Cinema Paradisio de Giuseppe Tornatore

Au Nom de toute la rédaction du site

 

L’étage du dessous, film de Radu Muntean: critique

Sandu Patrascu (Teodor Corban) est un homme tranquille, bon, rigoureux, à la manière du Serious Man des frères Coen : bon mari, bon père, bon fils. Quand par exemple il prend conscience de sa silhouette qui commence à s’enrober légèrement, c’est sans tergiversation que Patrascu prend le chemin du jogging avec son chien Jerry.

Synopsis: En rentrant chez lui, Pătrașcu perçoit derrière une porte au deuxième étage de son immeuble les bruits d’une violente dispute amoureuse. Quelques heures plus tard le corps d’une femme est découvert. Ses soupçons se portent sur Vali, le voisin du premier. Et pourtant Pătrașcu ne se rend pas à la police… même lorsque Vali commence à s’immiscer dans sa vie et dans sa famille…

A serious man

Quand ensuite il rentre chez lui, il refuse les bons petits plats de sa femme Olga (Oxana Moravec) pour se  cantonner à une petite salade propre à son régime, tout ça entre des gestes affectueux envers sa femme, et des gestes protecteurs envers son fils Matéi (Ionut Bora). Sandu Patrascu est rigoureux et bon. Il sait ce qu’il à faire, il fait ce qu’il a à faire.

Mais un jour, en revenant de son jogging quotidien, il entend une dispute éclater entre Laura, sa jeune voisine du dessous et Vali (Iulian Postelnicu), de toute évidence son amant. En sortant de l’appartement, ce dernier, un voisin également, surprend Patrascu, oreille tendue vers la porte, faisant mine de remettre le collier du chien. Le soir même, on apprend le décès de la jeune femme, dans des circonstances troubles et peu définies. Quand la police vient faire son enquête de routine dans le voisinage, Patrascu ne dit rien au commissaire, comme il n’a rien dit à sa femme non plus.

Le film de Radu Muntean est un étrange thriller tendu de bout en bout, alors même que ce qui y est raconté ne sort jamais de l’ordinaire. Cette sorte de naturalisme très caractéristique du nouveau cinéma roumain (Cristian Mungiu, Cristi Puiu ou Corneliu Porumboiu pour ne citer qu’eux), souvent utilisé pour mettre en avant les dysfonctionnements de la société roumaine, et sa tristesse aussi (Bucarest est rarement filmé de manière avantageuse), ce penchant pour le réalisme est ici à son comble, allant jusqu’à citer les meilleures marques de disque dur pour l’ordinateur familial ou le nom des pires attaquants dans le club de football du coin. Des détails qui se rajoutent aux détails, des scènes d’une vie quotidienne roumaine quasi-bourgeoise et qui pourtant installent cette tension qui ne quitte jamais l’écran.

Voilà en effet un homme (merveilleusement joué par Teodor Corban que l’on a déjà vu cette année dans un registre autrement plus verbeux, avec l’excellent Aferim de Radu Jude), voilà un homme qui tait un lourd secret, mais qui continue de vaquer à ses occupations (avec sa femme Olga, ils possèdent une société qui s’occupe de prendre en charge les tracasseries administratives d’immatriculation de voitures), à la fois comme si de rien n’était, mais en même temps, avec une inquiétude grandissante que l’on lit dans ses yeux et son corps tout entier. De tous les les plans, Patrascu ne peut pas échapper au spectateur, et probablement pas à sa conscience. Ayant pris soin de brosser jusque-là un portrait plutôt flatteur du protagoniste, Radu Muntean écarte le risque d’un jugement trop hâtif de la part du spectateur pour le laisser au contraire s’interroger pendant tout le film sur la motivation de Patrascu à ne pas livrer l’assassin. Est-ce la peur de complications administratives dont il connaît les arcanes pour en avoir fait son métier ? Est-ce la peur d’envoyer un innocent dans les griffes de la justice ? Est-ce plus globalement l’héritage d’une société post-Ceaușescu qui fuit les « histoires » autant que faire se peut ?

Fait de petits riens (la silhouette inquiétante de Vali, le présumé assassin, derrière une vitre, sa mère qu’il découvre familière de ce dernier, un fils qui joue à Street fighter avec le même dans son propre domicile, Vali lui-même qui veut utiliser ses services professionnels, etc.), le récit semble faire du surplace tout en étant pourtant efficace dans sa capacité à nous tenir en haleine. De plus, le cinéaste arrive avec cette ambiance très minimaliste à montrer des bribes de la société roumaine : un machisme ambiant par-ci («Si elle est morte, c’est parce que c’est une pute» dit-on en parlant de Laura, la victime) ; de la bureaucratie quasi-kafkaïenne par-là (le travail de Patrascu est disséqué de manière clinique dans ses moindres détails, et le résultat fait froid dans le dos); et toujours cet humour noir propre au cinéma de son pays (Patrascu a choisi  la voix de Ceaușescu comme sonnerie de son téléphone).

Mais à force de faire dans le low-key, Muntean finit par raser le bitume et se prendre les pieds dans le tapis, car la tension qu’il préserve tout au long du film accouche d’un non-événement. Même s’il assiste à une sorte d’explosion finale vers la fin du récit, filmée par ailleurs avec beaucoup de maîtrise, le spectateur va au-devant d’une certaine déconvenue à l’image de celui qui allume un pétard mouillé.

Radu Muntean représente l’avant-garde du nouveau cinéma roumain qui est en passe de verser dans l’académisme, tant le chemin en est balisé, et tant il est institutionnalisé avec la pluie de récompenses festivalières qu’ils glanent année après année. Il s’est affranchi de ses aînés, par exemple en limitant les dialogues interminables et surtout le périmètre de ses films aux bornes du sordide qu’on pourrait rencontrer dans les films comme le récent Au-delà des collines de Cristian Mungiu. Si son film précédent, Mardi après Noël, a été un vrai succès d’estime, L’étage du dessous perd un peu trop de matière et devient une pâle copie de ce qu’il aurait dû être…Une semi-déception donc pour le dénouement, mais une réussite indéniable pour le chemin qu’il a pris pour aller jusque-là…

L’étage du dessous – Bande annonce 

L’étage du dessous – Fiche technique

Titre original : Un etaj mai jos
Date de sortie : 11 Novembre 2015
Réalisateur : Radu Muntean
Nationalité : Français , roumain , allemand , suédois
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 93 min.
Scénario : Alexandru Baciu, Radu Muntean, Razvan Radulescu
Interprétation : Teodor Corban (Sandu Patrascu), Iulian Postelnicu (Vali), Oxana Moravec (Olga), Ionut Bora (Matéi), Tatiana Iekel (la mère de Sandu), Vlad Ivanov (Sorin)…
Musique : Cristian Stefanescu / Electric Brother
Photographie : Tudor Lucaciu
Montage : Andu Radu
Producteurs : Dragos Vilcu, François d’Artemare, Alexander Ris, Anna Croneman, Christine Haupt
Maisons de production : BLECK FILM & TV AB, Cine Plus Filmproduktion, Film i Väst, Les Films de l’Après-Midi, Multimedia Est, Neue Mediopolis Filmproduktion
Distribution (France) : Epicentre films
Récompenses : Prix de la production : Festival de cinéma de Hamburg
Budget : 1 000 000 € (est.)