The Walk, un film de Robert Zemeckis: Critique

Hommage au Twin Towers

Robert Zemeckis est un cinéaste qui a bercé l’enfance de toute une génération et qui continue encore à travers des films intemporels devenus cultes. Il a même parfois construit et alimenté des passions, posant les bases de la cinéphilie chez certains comme beaucoup de ses confrères dans les années 80. Se spécialisant dans un cinéma populaire de qualité, ils touchèrent beaucoup de monde au cœur, une chose importante pour Zemeckis qui décida de faire de la passion le centre de sa filmographie. Ces personnages sont souvent des passionnés en quête d’aventures et qui aspirent à des choses exceptionnelles dans des œuvres où la barrière entre le rêve et la réalité se brouille, où l’impossible devient possible. L’histoire de Philippe Petit est donc du pain bénit pour lui, étant totalement dans la thématique qu’il véhicule depuis des années, lui permettant, après l’intense drame Flight, de revenir à un cinéma plus personnel.

De prime abord ce qui va perturber c’est le ton choisi pour retranscrire cette histoire. Celui-ci est d’un burlesque assumé qui parait assez étrange et qui demande un certain temps pour s’y acclimater, ce qui pourrait avoir raison d’une partie des spectateurs. Il faut pourtant reconnaître que c’est un partie pris audacieux et assez rafraîchissant qui permet d’éviter les écueils classiques du biopic académique et pompeux. Mais ce ton sera finalement transmis en majeur partie par le travail des acteurs, livrant volontairement des prestations très théâtrales et parfois exagérées. Dans cet exercice, c’est Joseph Gordon-Levitt qui s’en sort le mieux, le film lui porte toute son attention et il en profite pour véritablement irradier l’écran. Il arrive à toujours être dans l’exagération, pour refléter l’excentricité de son personnage, sans pour autant perdre la justesse et la nuance grâce à son jeu intense dont l’énergie et la jovialité sont contagieuses. Par contre on ne peut pas en dire autant pour le reste du casting qui reste globalement impeccable mais aussi effacé face à l’acteur. Charlotte Le Bon en fait malheureusement les frais à cause de la sous-exploitation de son personnage tout comme pour Ben Kingsley malgré un jeu cabotin assez drôle.

Mais le problème ne viendra pas des acteurs, tous très bon ici, mais de l’approche choisie par le récit. Zemeckis n’est pas intéressé par la psychologie des personnages ni même de leurs relations, ce qui fait que ceux-ci sont bien trop survolés et que l’on peine à s’attacher à eux. Il porte un regard américain sur son film, et ne s’intéresse pas à la même chose que nous français. Ce qui l’intéresse c’est de rendre un hommage au Twin Towers à travers cet exploit et non pas de s’intéresser à ceux qui ont fait cet exploit. Et malgré toute la première partie qui s’intéresse à la jeunesse de Philippe Petit et à la poursuite de sa passion, on reste in fine face à une œuvre un peu désincarnée qui s’intéresse plus à l’âme de deux bâtiments qu’à l’âme humaine. On peut donc être relativement déçu par cette approche même si, lors de la conclusion, elle trouve un sens assez joli et touchant mais c’est insuffisant surtout que l’on insiste bien sur l’importance de la relation qu’entretient Petit avec sa petite amie sans jamais nous la montrer. On s’en désintéresse donc assez vite et celle-ci n’a pas l’impact émotionnel qu’elle devrait. Pour maintenir l’attention du spectateur, Zemeckis à choisi l’angle du suspense et a structuré l’ensemble comme un film de casse, ce qui est l’idée brillante de l’œuvre. Même si on peut après coup se questionner sur la pertinence de ce point de vue, étant donné que l’on sait comment cette histoire se termine, mais dans le moment la tension des scènes lors de la préparation avant la traversé est palpable et offre une ou deux sueurs froides. De plus cette gestion du suspense offre de très bon enjeux et un rythme impeccable. On se retrouve aussi face à quelques problèmes d’écriture comme la narration qui joue la facilité en brisant le quatrième mur ou encore lorsque le film prend un faux départ lorsqu’il ne fait pas un mais deux bonds dans le passé de Petit.

Mais plus important que le reste, c’est sur sa réalisation que le film ne doit pas décevoir, étant donné que toute la promo s’est essentiellement concentré sur l’aspect vertigineux de la traversé de Petit. De ce côté, c’est techniquement assez impressionnant on ne distingue que très rarement les fonds verts ou les trucages numériques et la gestion de la 3D est admirable, jouant habilement sur les effets de profondeurs offrant souvent de belles sensations de vertiges. C’est un procédé douteux et souvent mal employé mais il faut reconnaître qu’ici il rajoute une grosse plus-value à l’ensemble. Surtout qu’elle est au service d’une mise en scène prodigieuse de Robert Zemeckis, qui n’a pas peur des mouvements de caméras ambitieux à l’image de travellings aériens maîtrisés et impeccables. Toute la séquence finale, de la mise en place du câble jusqu’à la fin de la traversé, est un bijou de mise en scène. Le début n’est aussi pas en reste avec des transitions habiles entre les différentes étapes de la vie de Petit ainsi qu’une séquence en noir et blanc du plus bel effet. Le tout étant englobé par une photographie soignée et une sélection musicale sympathique même si, sur les compositions originales, on a connu Alan Silvestri plus inspiré et marquant.

The Walk est un bon film mais qui fait parfois des choix étranges et qui ne parlent pas vraiment à nous français. Cette histoire est avant tout la nôtre et il est un peu dommage de voir qu’elle est totalement réappropriée à la sauce américaine même si c’est pour faire un constat touchant sur l’insouciance et la poursuite des rêves à travers nos passions. Cependant on est aussi face à une œuvre qui sait faire des choix intelligents, préférant le côté fun et décomplexé d’un film de casse entre potes à l’approche académique débordant de pathos des biopics faisant souvent office de vent de fraîcheur et arrivant à être drôle. Surtout que la mise en scène exaltante vaut le coup d’œil et l’énergie de l’acteur principal est vraiment contagieuse, il nous embarque dans ce joyeux délire et nous fait indéniablement passer un bon moment.

Synopsis : En 1974, le funambule français Philippe Petit tente illégalement une traversée entre le sommet des deux tours du World Trade Center…

Fiche Technique : The Walk

Etats-Unis – 2015
Réalisation : Robert Zemeckis
Scénario : Christopher Browne et Robert Zemeckis, d’après l’autobiographie To Reach the Clouds de Philippe Petit
Interprétation : Joseph Gordon-Levitt (Philippe Petit), Charlotte Le Bon (Annie Allix), Ben Kingsley (Papa Rudy), James Badge Dale (Jean-Pierre), …
Décors : Ann Smart
Montage : Jeremiah O’Driscoll
Musique : Alan Silvestri
Photographie : Don Burgess
Production : Jack Rapke, Tom Rothman, Steve Starkey et Robert Zemeckis
Société de production : ImageMovers, Sony Pictures Entertainment et TriStar Productions
Société de distribution : Sony Pictures Releasing France

 

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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