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Elser un héros ordinaire, de Oliver Hirschbiegel: Critique

Depuis quelques années, tout le cinéma allemand vole au secours de son histoire et de nombreux films sur des personnalités allemandes résistantes apparaissent (« Sophie Scholl, les derniers jours », de Marc Rothermund en 2005, « Walkyrie », film américano-allemand de Bryan Singer en 2008  etc.). Après le très beau « labyrinthe du silence » de Giulio Ricciarelli en 2014, qui évoquait le procès de Francfort, il est ici question de Georg Elser et de son attentat mené dans l’espoir de tuer Hitler.
Oliver Hirschbiegel, déjà réalisateur de « La Chute », en 2004, sur les derniers jours du Führer, s’attaque une nouvelle fois à cette période sombre de l’histoire allemande mais du point de vue de « la résistance ».  Si « la chute » avait déclenché une polémique (le film avait -entre autres- été accusé de trop humaniser le Führer), il avait aussi et surtout été l’un des plus gros succès de l’histoire au box office allemand, raflant un certain nombre de prix et une nomination à l’oscar du meilleur film étranger. Ainsi, les attentes autour de ce nouveau film étaient très importantes.

Après un passage pas vraiment réussi aux Etats-Unis avec « Invasion » en 2007 et « Diana » en 2013, Hirschbiegel renoue avec le cinéma de ses débuts.

Quand ils arrêtent Georg ­Elser, les hommes de la Gestapo demeurent perplexes : ce menuisier allemand vient de commettre un attentat à la bombe contre Hitler, qui n’en a réchappé que par miracle, en ayant écourté son discours de treize minutes. Plus ils le torturent, moins les nazis le comprennent : ni complices, ni alliés communistes ou anglais, ni groupe terroriste. Tout le pays se range derrière son Führer et un homme seul surgi de nulle part vient jouer le trouble fête.

Notons tout d’abord que dans les scènes de tortures, le refus du gros plan sur les coups et blessures est parlant. On nous épargne. De même, la secrétaire qui assiste à l’interminable interrogatoire et doit noter les aveux sort de la pièce pour ne pas faire face directement au supplice du résistant. C’est dit : l’une des qualités d’ Elser est d’être un film où perce l’humanité à chaque instant.

Elser se présente donc comme un biopic, un genre qu’on ne présente plus et qui n’a pas brillé dernièrement par son originalité.
Le film prend la forme d’un long flash-back mais le scénario est un peu trop mécanique, composé selon un schéma ultra classique en une suite d’allers retours ­—supposés éclairer la figure de l’héroïsme tout en l’humanisant—entre les séances d’interrogatoire et le passé d’Elser, un homme libre et amoureux de la vie. Ce portrait est enrichi par la performance de Christian Friedel (déjà aperçu en professeur dans « Le ruban blanc » d’Haneke en 2009 et en Heinrich von Kleist dans « Amour fou », de Jessica Hausner en 2014).

Mais le sujet lui-même (quoiqu’il arrive, cela reste le récit d’un échec) fait perdre toute efficacité à cette mécanique classique pourtant pas si mal huilée. Difficile de s’intéresser aux rouages d’une bombe après l’avoir vu manquer sa cible.

La mise en scène étant tout aussi classique que le scénario, le résultat est un éloge fade de la figure d’Elser, résumé à son absence d’appartenance politique et à ses talents d’artisan.

Il se considère lui-même comme un « homme indépendant ». Une indépendance d’esprit, d’abord, puisque qu’il n’est pas un militant politique. Il abhorre le régime dictatorial par humanité mais il n’est pas encarté, il affiche son soutien à l’union rouge mais ne se considère pas comme à la solde des communistes. Une indépendance dans son travail, ensuite, puisqu’il décide de se mettre à son compte et enfin une véritable indépendance de cœur car il n’hésite pas à suivre son instinct allant jusqu’à entretenir une relation avec une femme mariée. C’est cette attitude d’homme libre dans un pays contrit, qui va différencier Elser de n’importe quel autre résistant. (Pourtant le film laisse de côté la conviction de beaucoup d’historiens qu’Elser avait un lien avec les anglais. De plus, ici Georg affirme n’avoir jamais été qu’un sympathisant du parti communiste allemand alors qu’en réalité, il y a adhéré en 1928).

Si le film montre des événements qui ont marqué Georg pour lui faire prendre la décision de préparer cet attentat, il se concentre probablement trop sur son histoire d’amour avec Elsa. Ce choix scénaristique n’aide pas le film à devenir passionnant. La romance est comme l’ensemble du film, fade;  manque de réalisme, de profondeur et on se retrouve devant une oeuvre trop lisse, trop parfaite et trop ennuyeuse. L’absence d’empathie nuit complètement au film.

Oliver Hirschbiegel ne réussit pas à rendre son oeuvre intéressante. La petite histoire dans la grande histoire, ne trouve jamais le souffle dont elle a besoin. Cela permet au moins de découvrir ce personnage, ce « héros ordinaire », dans un film quelconque.

L’oeuvre, trop académique, présente un intérêt plus historique que cinématographique.

Au delà de l’histoire d’Elser et de ses amourettes, l’intérêt du film réside dans la peinture de l’Allemagne des années 30. Comment le nazisme est arrivé et a été vécu dans le quotidien par des citoyens lambda d’un petit village du fin fond du Württemberg. Comment les habitants se sont montrés enthousiastes, ou se sont simplement résignés. C’est cette mise en avant de ce pan de l’histoire, somme toute assez méconnu, qui est bien réussie dans ce film.

Synopsis :  Le 8 novembre 1939, en Allemagne, le modeste menuisier Georg Elser a failli changer l’histoire. Alors qu’Adolf Hitler vient de prononcer un discours devant les dirigeants de son parti dans la brasserie Bürgerbräu à Munich, une bombe explose. Elser est le seul auteur de cet attentat, indigné par la brutalité croissante du régime nazi. Mais il échoue dans sa tentative d’assassiner le Führer. Hitler et ses lieutenants ont déjà quitté les lieux. Rattrapé à la frontière suisse alors qu’il tentait de s’enfuir, Elser est arrêté puis transféré à Munich pour être interrogé par Heinrich Müller, le chef de la Gestapo, et Arthur Nebe, le directeur de la Kripo.

Elser, un héros ordinaire: Fiche Technique

Allemagne – 2015
Réalisation: Oliver Hirschbiegel
Scénario: Fred Breinersdorfer, Léonie-Claire Breinersdorfer
Interprétation: Christian Friedel (Elser), Burghart Klaußner (Arthur Nebe), Katharina Schüttler (Elsa), Johann von Bülow (Heinrich Müller)…
Distributeur: Sophie Dulac Distribution
Image: Judith Kaufmann
Décors: Thomas Stammer, Benedikt Herforth
Costumes: Bettina Marx
Son: Steffen Graubaum
Montage: Alexander Dittner
Musique: David Holmes
Producteur(s): Oliver Schündler, Boris Ausserer, Fred Breinersdorfer
Production: Lucky Bird Pictures
Date de sortie: 21 octobre 2015
Durée: 1H54
Genre: Drame, Film Historique

Auteur : Clement Faure

Les Voyages de Gulliver, un film de Charles Sturridge : critique du DVD

Le roman de Jonathan Swift, Les Voyages extraordinaires de Gulliver, est un des classiques de la littérature britannique écrit en 1721. Son caractère satirique a causé quelques difficultés à son auteur. Le caractère surnaturel de son récit, rappelant l’Odyssée d’Homère, l’a rendu (et le rend toujours) très populaire auprès des producteurs de cinéma, et il a été adapté au 7ème art dès 1902, sous la direction du génial Georges Méliès.

Enjeux philosophiques et politiques
L’adaptation présente dans ce DVD a été réalisée pour la télévision en 1996. Elle est constituée de deux parties de 90 minutes chacune et bénéficie d’une distribution prestigieuse : parmi les célébrités, il faut compter Peter O’Toole, Geraldine Chaplin, Warwick Davis (qui fut Willow dans un film de Ron Howard), Kristin Scott Thomas ou Omar Sharif, ainsi que l’immense sir John Gielgud et des abonnés aux seconds rôles comme James Fox, Edward Woodward ou Edward Fox.
Le film tente, dans la mesure du possible, de reprendre les enjeux philosophiques et politiques du roman : critique d’un système politique délirant, d’un système judiciaire inhumain, de scientifiques qui ne cherchent pas à faire avancer l’humanité mais s’enferment dans des questionnements abscons et ridicules, etc. Rien n’échappe à la critique, et le scénario est écrit avec assez d’habileté pour rendre cette satire actuelle.

Un récit en désordre
Par contre, la construction d’ensemble du film pose problème. Le récit est bâti en flashbacks, sur une série d’allers-retours entre le présent (Gulliver de retour chez lui et interné) et le passé (le voyage). Les deux temporalités en viennent à s’envahir mutuellement. Le procédé, répété pendant trois heures, se révèle assez lourd.
De plus, le film souffre de l’absence d’imagination de sa réalisation, trop plate pour être remarquable. Nous sommes ici dans une mise en scène typiquement « téléfilmée » qui ne parvient pas toujours à rendre le récit vivant. De fait, le spectateur met un certain temps avant de rentrer dans le film.
Mais malgré ces défauts, ces Voyages de Gulliver constituent une adaptation honnête, trop peut-être, mais qui fait de son mieux pour respecter l’esprit du roman. À voir donc.

Synopsis : après avoir disparu de longues années, Lemuel Gulliver rentre enfin chez lui. Son esprit semble tellement peuplé de ses découvertes extraordinaires qu’il paraît avoir perdu la raison.

Les voyages de Gulliver : fiche technique

Titre original : Gulliver’s Travels
Réalisation : Charles Sturridge
Scénario : Simon Moore
Pays : USA, Royaume-Uni
Interprétation : Ted Danson (Lemuel Gulliver), Mary Steenburgen (Mary Gulliver), James Fox (Docteur Bates), Peter O’Toole (empereur de Liliput), Phoebe Nicholls (impératrice de Liliput)
Musique : Trevor Jones
Montage : Peter Coulson
Photographie : William Atherton
Producteurs : Duncan Kenworthy, Chris Thompson
Société de production : Jim Henson productions, Channel 4 Television Corporation, Hallmark Entertainment
Société de distribution : L.C.J. Editions et productions
Année de sortie : 1996
Durée : 3h00

Jessica Jones, une série de Melissa Rosenberg : Critique du pilote

Qui dit Comic Con entend nécessairement exclusivités, AVP et contacts directs avec les acteurs et les studios. Ne nous attendons pas lors la première édition parisienne à autant de contenus, mais les surprises étaient au rendez-vous. Concernant cette première journée, Marvel et Netflix ont autorisé aux festivaliers la diffusion du pilote de la série tant attendue menée par Krysten Ritter (Veronica Mars, Breaking Bad, Don’t trust the b—- in apartment 23). Son nom est sur toutes les lèvres comme si celui de Charlie Cox était déjà loin. Ces deux héros se valent-ils ? Si la rédaction était divisée concernant Daredevil, (mon choix est directement positif), elle risque de ne pas trouver un terrain d’entente sur cette nouvelle création (et je me glisserai cette fois dans l’autre camp) créée et produite par Melissa Rosenberg qui a notamment officié sur Dexter, mais aussi Liz Friedman (Elementary) et Jeph Loeb (Agents of S.H.I.E.L.D). Il n’est guère prudent de s’avancer sur les 54 premières minutes réalisé par S. J. Clarkson (CasualtyHeroesHouseDexterUgly Betty), mais c’est tout ce que nous avons sous la main à l’heure actuelle. Si vous considérez que la présence de David Tennant, n’étant que suggérée par de courts profils sombres, est un spoiler, ne lisez pas la suite.

Résumons ce que l’on attend de Jessica Jones : une héroïne bad-ass, des thématiques gender, de l’action à la Marvel non sans une bonne dose d’humour à la Netflix (autant se l’avouer depuis Orange Is The New Black et American Hot Summer Camp, voire Grace & Frankie,  Unbreakable Kimmy Schmidt et Master of None, ils attachent une importance aux zygomatiques). Le tout tenu par deux duos et un solo (si on compte ça fait … attendez je sors ma calculatrice, 5 ?) d’acteurs semblants de haute volée : aux côtés de KR aka JJ, Mike Colter dans la peau de Luke Cage en tenancier de bar ambigu et « womanizer » à ses heures perdues, Rachael Taylor qui incarnera Trish Walker ou encore Carrie-Ann Moss dans la peau de l’avocate féline Jeryn Hogarth. Concernant le solo, le cultissime-et-à-juste-titre David Tennant pour le Dr. Zebediah Killgrave. J’ai volontairement employé le terme « semblant », car dès à présent, qu’on le veuille ou non, la série pâtit d’un déséquilibre au casting relativement flagrant. La coupe à la garçonne est plus féminine que jamais depuis Robin Wright dans House of Cards et Carrie-Ann Moss, aux allures similaires incarne sans aucun défaut une riche avocate lesbienne. L’arc narratif la concernant n’est développé que sur quelques courtes minutes malheureusement, il nous faut donc nous réconforter sur le personnage principale et ses maux personnels. Mais Krysten Ritter n’arrive que péniblement à nous produire une héroïne entre dénie et résolution, oiseau de nuit alcoolique. Le côté bad-ass reste très en-dessous d’une plate contrefaçon de Buffy. Il est difficile de croire à la force exceptionnelle de Jessica Jones, superhéroïne à la retraite alcoolisée, puisque trop de fraîcheur se dégage de ce teint de porcelaine et ces larmes de cristal simulées? Ce n’est pas en lui rajoutant un verre vide de whisky et une bouteille sur sa table de chevet que l’on acceptera le simulacre. Au contraire, il n’en est que plus visible.

Rappelez-vous du générique épuré et efficace de Daredevil, sang peinture électrique qui dégouline, laissant apparaître des monuments sur fond musical de piano et violon retouché à l’ordinateur pour une facture à la fois sombre et entêtante. Ce qu’on attend réellement d’un univers Comics en sommes… Le générique de Jessica Jones est travaillé graphiquement façon Comics aux traits de crayon secs avec impression de mouvement, mais la musique est guère singulière. Pourtant l’oeuvre de Sean Callery devrait être mémorable. On lui doit 24 heures chrono, Medium, Homeland… Mais il est va de même pour tout l’épisode. Les éclairages nocturnes de rue sont empruntés à Daredevil ainsi que la mise en scène, peu innovante. On suit d’un oeil moribond Krysten Ritter (oui j’ai du mal à lui apposer le nom de son personnage) qui soulève une voiture ou saute sur plus de 10 mètres, mais l’effet n’est jamais renforcé par le montage, qui se contente du minimum. Les super-pouvoirs sont peu visibles et peu nombreux, on se demandent même si l’alcool n’a pas affaibli ses capacités. Et puis, l’intérêt principal est vite annihilé par un effet de surprise vain, faute à des clichés scénaristiques qui sont répétés à l’infini. Ce fameux Dr. Killgrave a le don de contrôler l’esprit de ses jeunes victimes féminines et Jessica en fai(sai)t partie. Lorsque l’on apprend qu’il est censé être mort depuis un an et de voir toujours, les crises de Jessica (sur fond mauve néon, super idée au passage, couleur qui pourrait être une référence assez évidente au méchant de la série, à savoir Dr. Killgrave, aussi connu sous le nom de Purple Man, capable de plier quasiment n’importe qui à sa volonté*) répétée à la manière d’un automate, le spectateur rigole jaune. L’artifice est bien trop évident. Serait-ce par simple hommage au format du bande-dessinées que le fil se déroule quasi de manière linéaire ? Ce que l’on peut apprécier dans Daredevil, on le retrouve avec l’amère impression d’avoir été copié collé ou prémâché, la puissance d’une super héroïne en moins avec un passé qui semble presque anodin.

L’attente sera donc du côté des autres personnages, puisque ni la musique, ni l’humour surtout – car dans ce pilote, il n’y en a aucun – ni les intrigues ou la surprise n’est efficace. A trop battre les blancs, ils retombent. Ici, il restait un peu de jaune avant le mélange ou alors on ne les a pas battu assez. Non aucune allusion ethnique ou enfantine n’est à prendre en considération dans cette métaphore culinaire de bas étage. J’ai personnellement eu l’impression d’avoir assisté à un cocktail étrange entre les pires décoctions des remakes de Supernatural, GothamBuffy et Mr. Robot. C’est donc prudemment que nous baissons le pouce et tirons la moue pour un univers trop peu personnel, original et singulier qui se replie dans un conformisme pathétique plutôt que de miser l’audace sombre. Après Quantico, nous avons de nouveau affaire à une héroïne mal castée pour des attentes un peu trop élevées. Ce qui ne nous empêche pas d’attendre avec impatience la suite pour voir si nos craintes étaient justifiées ou isolées.

* Il a dans les comics Marvel fait subir huit mois d’asservissement à Jessica Jones

Trailer Marvel’s Jessica Jones

Fiche Technique : Jessica Jones

USA – 2015
Création : Melissa Rosenberg
Acteurs principaux : Krysten Ritter (Jessica Jones), Mike Colter (Luke Cage), Rachael Taylor (Trish Walker), Carrie-Ann Moss (Jeryn Hogarth), David Tennant (Dr. Killgrave), Eka Darville (Malcolm), Erin Moriarty (Hope)
Réalisé par S. J. Clarkson (pour les autres épisodes : S.J. Clarkson, David Petrarca, Stephen Surjik, Uta Briesewitz, Bill Gierhart, Rosemary Rodriguez)
Ecrit par Melissa Rosenberg (pour les autres épisodes : Brian Bendis, Michael Gaydos, Melissa Rosenberg, Jamie King, Micah Schraft)
Image : Manuel Billeter
Décors : Loren Weeks
Costumes : Alexandra Caulfield et Nadine Davern
Montage : Jonathan Chibnall, Tirsa Hackshaw, Michael N. Knue
Musique : Sean Callery
Genres : Super-héros, drame, judiciaire
13 épisodes de 60 minutes
Producteurs : Dana Baratta, Kevin Feige, Liz Friedman, Tim Iacofano, Stan Lee, Jeph Loeb, Joe Quesada, Melissa Rosenberg, S.J. Clarkson
Distributeur : Netflix

 

La Glace et le Ciel, un film de Luc Jacquet: critique

La Glace et le Ciel faisait figure d’évènement au dernier festival de Cannes, puisque pour la première fois un documentaire était projeté en clôture.

Cette semaine le dernier film du réalisateur, oscarisé pour la Marche de l’empereur, est en salle ; à plus d’un mois de la COP21, sa résonance n’en est que plus forte. Si le film promettait des images magnifiques ; il était à craindre que Luc Jacquet se noie dans son propos, en s’enlisant dans un militantisme moralisateur. Et bien sans surprises, la forme et le récit subjuguent, le fond agace. Pour lier les deux : la découverte d’une carrière qui forge l’admiration, celle de Claude Lorius. Le glaciologue qui avait compris avant tout le monde. En effet, il découvre très tôt que le climat est en train de se dérégler, et que l’augmentation de la température sera une catastrophe qui affectera les générations à venir. L’alarme sera sonnée, mais jamais entendu. Parti pour la première fois en antarctique à l’âge de 23 ans, le scientifique y a passé depuis, 10 ans de sa vie. Une décennie là-bas (là-haut ?), au cœur du plus grand désert terrestre. Aujourd’hui âgé de 82 ans, il revient triomphant pour nous souffler un « je vous l’avais bien dit ». Le méritions-nous ? Sûrement.

Entre image d’archives et plans larges époustouflants, Luc Jacquet met en place un dispositif efficace, intelligent assez captivant. Car cette histoire est remarquable, imprégnée de mythes aventureux, à mi chemin entre l’épopée Vernienne et les expéditions de Cousteau.

Le documentaire relate ce souffle pionnier qui a recouvert l’antarctique au lendemain de la seconde guerre mondiale. Quand une fois la paix acquise, l’homme s’est tourné vers des territoires qu’aucun avant lui n’avait foulé, sans carte, sans GPS, sans internet. L’authenticité des images nous emmène au plus près de ces scientifiques, et témoignent de la douleur glaciale dans laquelle ils se sont plongés. Ces terres vierges sont un trésor inestimable pour la compréhension de notre planète, mais le prix à payer pour y cohabiter est lourd de conséquences.

L’antarctique c’est  des températures insoutenables,  un oxygène rare, une banquise stérile, bref une hostilité constante qui ne sera jamais domptée. Et pourtant Claude Lorius semble chez lui dans ses campements improvisés, à forer la glace. Cherchant inlassablement à prouver que l’être humain est en train de dérégler la planète. Une chose qu’il est certes bon de rappeler à l’heure où le climatosceptisme se médiatise. La leçon aurait pu s’arrêter là. Pourquoi surcharger les images avec cette voix off qui récite son élégie ? Pourquoi prophétiser à ce point Claude Lorius ?

Un manque de délicatesse dans le texte qui nous laisse un goût amère au moment de clore le film. Alors évidemment, il était difficile d’en faire autrement, l’histoire narrée ne pouvait que tourner en fable écologique, puisque c’est ce qu’elle est. Luc Jacquet avait fait le travail nécessaire, pour nous emmener sur le pôle sud, avec des plans contemplatifs saisissants de ce continent meurtri : le sous-texte était fort, l’explicite plus futile. Mais cette partie reste concentrée sur la conclusion ; la majorité du film poursuit les années et les découvertes, un coup avec les Ricains, un coup avec les Sovièts. Un cheminement aux airs épiques et intimes qui grave l’engagement d’une vie, et qui valait la peine d’être porté à l’écran.

Synopsis: Luc Jacquet met en scène l’aventure de Claude Lorius, parti en 1957 étudier les glaces de l’Antarctique. Il nous raconte l’histoire d’une vie extraordinaire de science et d’aventure, consacrée à percer au plus profond des glaces de l’Antarctique les secrets bien gardés du climat.

https://www.youtube.com/watch?v=SaIDxbEwL8w&feature=youtu.be

Fiche technique: La Glace et le Ciel

Réalisateur: Luc Jacquet
Scénario: Luc Jacquet
Acteurs: Claude Lorius
Photographie : Stéphane Martin
Musique: Cyrille Aufort
Montage: Stéphane Mazalaigue
Producteur: Richard Grandpierre
Distributeur: Pathé/ Wild Bunch
Origine: France
Genre: documentaire
Durée: 1h29
Date de sortie: 21 octobre 2015

Chronic, un film de Michel Franco : critique

Grands corps malades

Il y a quasiment exactement un an, dans un mois d’octobre durant lequel les esprits commencent à s’engourdir de froid en attendant les chaleurs des fêtes de Noël, un film terrible et dérangeant est sorti pour secouer le cinéphile : The Tribe, du réalisateur ukrainien Miroslav Slaboshpitsky. Un film qualifié de « merveille abrasive » par notre confrère d’Ecran large, et que nous avons jugé « important, dérangeant et expérimental » ici même (la critique de The Tribe ici).

Les mois passent, Octobre revient déjà, et le film terrible et dérangeant de l’année nous tombe dessus : Chronic, le nouveau film de Michel Franco, après le très éprouvant Después de Lucia, lui même précédé du difficile Daniel & Ana. Ce dernier, qui est le premier du mexicain, met en scène un frère et d’une sœur qui se reconstruisent difficilement, après des traumatismes suite à un kidnapping public dont ils ont été victimes. Un film peu commode, mais encensé par la critique, et sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2009. Después de Lucia a raflé deux prix à la sélection Un certain Regard à Cannes en 2012, avec une histoire d’humiliation et de harcèlements à l’école. Mais plus les films de Michel Franco se radicalisent, plus Cannes les aime. En effet, directement en Sélection Officielle, il en ressort avec le prestigieux prix du scénario. Un film dérangeant, donc, car il nous montre des choses que nous n’avons pas la force de regarder tous seuls.

Dès la première seconde, la première image, Chronic nous happe pour ne plus nous lâcher jusqu’à un final percutant comme on en voit rarement. Depuis ce pare-brise, le spectateur observe en caméra subjective une autre voiture, une femme de dos la rejoint pour la conduire. Nous partons à sa suite, dans un plan séquence assez conséquent, mort d’inquiétude déjà, car nous ne savons pas avec qui on voyage. Puis la caméra bouge légèrement, et on aperçoit le conducteur, interprété par Tim Roth, un acteur dont la vue va rassurer quelque peu le spectateur.

Dans le plan suivant, l’homme s’installe devant son ordinateur et épluche longuement les photos du compte Facebook d’une femme très jeune. Sans aucune musique et sans aucun dialogue à ce stade, le cinéaste a déjà installé une ambiance anxiogène. Et quand plus tard, on le voit nettoyer scrupuleusement une femme squelettique, les yeux clos, ne tenant pas debout sous la douche, on ne sait toujours pas si cet homme est bon ou mauvais, si ces gestes minutieux sont les gestes d’un parent attentif et aimant, ou au contraire ceux d’un pervers prêt à toutes les ignominies. Ainsi va le film de Franco, plein de mystère, ne livrant rien en pâture, laissant le spectateur se débrouiller avec les bribes d’information qu’il arrive à attraper ici ou là, s’il n’est pas totalement absorbé par le spectacle qui se déroule sous ses yeux, le spectacle de l’être humain dans son noyau le plus intime, l’être organique en train de vivre et en train de mourir.

David, puisque c’est ainsi qu’il s’appelle, est un infirmier qui s’occupe de malades chroniques en phase terminale. A la place des proches, il lave, nourrit, divertit ses patients, assiste à leur enterrement, sans que l’on comprenne ses motivations. Lorsque survient le décès de sa première patiente, David finit par évoquer celui de « sa femme », puis s’implique davantage auprès de son prochain patient, un certain John qu’il appelle « mon frère ». Ces mourants sont sa famille, ses semblables.

Le cinéaste donne à voir avec beaucoup de respect les relations intimes entre un homme qui veut donner des soins jusqu’au malaise et l’incompréhension (il sera accusé de harcèlement sexuel dans une des familles), et des hommes et des femmes qui doivent recevoir ces soins malgré eux. Il montre avec maestria à quel point cet homme, David, un mort vivant pour des raisons qui seront révélées parcimonieusement, est en communion avec ses patients, des vivants morts. Tim Roth, que Michel Franco a rencontré lorsqu’il fut le président du jury qui lui a remis un prix pour Después de Lucia, et pour qui le cinéaste a écrit sur mesure le rôle, est magistral dans sa manière d’embrasser son personnage. Hermétique et mystérieux comme le scénario, infiniment empathique sur le plan professionnel, perdu et vulnérable dans la vie privée. Très modeste dans son jeu, Tim Roth qui est de tous les plans se met en retrait pour être au service du film, du scénario, du réalisateur

Encore plus que dans ses précédents films, il n’y a pas une once de graisse  dans le Chronic de Michel Franco : aucune musique, quasiment aucun mouvement de caméra, des plans séquence sans coupe, la vérité nue de l’humanité filmée dans sa version la plus simple, sans fioritures. Seule, la magnifique lumière du français Yves Cape illustre son propos. On pense bien sûr à Haneke et son film Amour, mais en la personne de Franco, on a trouvé un cinéaste encore plus froid, encore plus minimaliste que Haneke. Ou alors, on pense au Haneke des premiers films, des films cliniques et froids, et pourtant aussi hypnotisants que Chronic.

Michel Franco confirme avec ce film très singulier, et émouvant à sa manière, qu’il devient un cinéaste incontournable, un réalisateur essentiel au cinéma pour la forme, mais aussi pour les thèmes qu’il choisit de développer. Un digne représentant du foisonnant cinéma mexicain.

SynopsisAide-soignant, David travaille auprès de personnes en phase terminale. Méticuleux, efficace et passionné par son métier, il noue des relations qui vont bien au-delà du cadre médical et instaure une véritable intimité avec ses patients. Mais dans sa vie privée, David est inefficace, maladroit et réservé. Il a besoin de ses patients tout autant qu’ils ont besoin de lui…

Chronic – Fiche technique

Titre original : Chronic
Date de sortie : 21 Octobre 2015
Réalisateur : Michel Franco
Nationalité : Mexique, France
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 92 min.
Scénario : Michel Franco
Interprétation : Tim Roth (David), Rachel Pickup (Sarah), Robin Bartlett (Marta), Michael Cristofer (John), Sarah Sutherland (Nadia), Nailea Norvind (Laura)
Tate Ellington (Greg), Bitsie Tulloch (Lidia), Kari coleman (La sœur de Sarah), Maribeth Monroe (la nièce de Sarah), Claire van der Boom (Alice), David Dastmalchian (Bernard)
Musique : –
Photographie : Yves Cape
Montage : Julio Perez IV
Producteurs : Michel Franco, Gina Kwon, Gabriel Ripstein, Moisés Zonana, Grégoire Lassalle
Maisons de production : Stromboli Films, Vamonos films, Lucia films, Videocine
Distribution (France) : Wild Bunch
Récompenses : Prix du scénario : Michel Franco, Cannes 2015, Sélection officielle,
Budget : –

Code Momentum, un film de Stephen S. Campanelli

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Une série B efficace…

A son arrivée, l’E-cinema nous a été présenté comme un nouveau mode de distribution n’ayant rien à voir avec une sortie directe en vidéo. Il était tout au plus une occasion de découvrir plus facilement des productions dotées d’une vraie légitimité malgré un avenir commercial peu assuré dans l’encombrement des sorties cinéma. Quelques mois plus tard, on commence à y voir un peu plus clair : si les films distribués par TF1 Vidéo bénéficient toujours d’un très bon casting, il ne s’agit pas forcément de leurs productions les plus prestigieuses et on a déjà eu l’occasion de voir Pierce Brosnan, Ewan McGregor, Salma Hayek ou ici Olga Kurylenko dans des films plus riches en argent et en talent.

Ce n’est pas grave. Il existe un vrai plaisir à regarder une bonne série B : un film qui trace son chemin dans les limites de son budget, que l’on regarde en sachant à quoi s’attendre et dont on ressort satisfait. Code Momentum fait partie de ces films et tire un parti intéressant des ressources dont il dispose.

Son premier atout est d’être divertissant, gardant un tempo élevé durant au moins la première heure. Si nous sommes restés volontairement très vagues dans le synopsis et si nous vous déconseillons de regarder la bande-annonce, c’est qu’une bonne partie du plaisir tient aux nombreux rebondissements qui s’y enchaînent. Parti pour être un film de braquage qui tourne mal, le film devient vite un thriller d’autant plus haletant que l’on ne sait pas qui est l’ennemi et ce qu’il cherche. Les scènes d’action musclées se suivent de manière très rapprochées, et si aucune d’entre elles n’est extraordinaire en elle-même, leur accumulation en est fort appréciable.

Son deuxième atout est d’avoir des personnages plutôt badass. Avec ses braqueurs en tenue high-tech, son méchant en costume so-british, et ses sbires aux looks et aux poses travaillées, le film crie constamment au spectateur son désir de coolitude. On pense régulièrement à Mi$e à prix pour cette arrivée constante de nouveaux personnages tous plus frimeurs les uns que les autres mais à l’espérance de vie pas forcément énorme pour autant, à la différence que Code Momentum donne à chacun une vraie bonne scène d’action pour exister.

Son troisième atout enfin est bien sûr Olga Kurylenko. Peu vêtue durant une bonne partie du film, elle joue pourtant un rôle de femme forte capable de se sortir des pires situations, de sauter dans des gaines d’aération, de frapper de l’agent secret, ou de survivre aux poursuites en voiture les plus périlleuses tout en conservant un certain sens de l’éthique. On comprend l’intérêt de l’actrice pour ce rôle : après avoir joué la James Bond Girl, c’est elle qui mène ici l’action dans un rôle bien plus proche de ceux de Milla Jovovich que de celui qu’elle tenait dans le A la merveille de Terrence Malick.

Trois atouts qui, combinés, procurent un vrai plaisir de série B, celui d’un film pas forcément très intelligent, mais rythmé, avec des acteurs qui en font un peu trop mais dont le plaisir est assez communicatif.

… Mais une série B néanmoins

Le charme opère une heure durant. Le film dure malheureusement 90 minutes, et tel le carrosse de Cendrillon voué à redevenir citrouille, la réalité rattrape peu à peu Code Momentum.

Rendant par le nom de code de ses méchants autant hommage à Point Break (pour le côté présidents américains) qu’à Reservoir dogs (pour le côté Mister), le film bascule dans son dernier acte de l’action de l’un à la psychologie et aux dialogues de l’autre. Malheureusement, n’est pas Quentin Tarantino qui veut, et les tirades de James Purefoy se transforment bien vite en cabotinage assez inintéressant. Le rythme ainsi brisé, la fusillade finale aura un goût de trop peu trop tard, le film ayant en plus l’idée assez douteuse de se terminer par une fin ouverte.

Cette mauvaise note finale a le mauvais goût de faire remonter à l’esprit les défauts que l’enthousiasme initial occultait. En cameraman réputé, Stephen S. Campanelli multiplie les plans et les axes de caméras, pour un résultat pas toujours heureux et peu mis en valeur par une image numérique parfois assez laide. Les détails de production typiques d’une série B deviennent plus apparents aussi : la localisation en Afrique du Sud que rien ne justifie à part la nationalité des producteurs, un Morgan Freeman déconnecté de l’action et qui n’a pas dû avoir plus d’un jour de tournage, ou une musique des plus standards.

Le film d’une Olga sûre ?

Deux âmes se partagent le corps d’Olga Kurylenko : l’une recherche les productions Hollywoodiennes prestigieuses, l’autre se contente de séries B comme ce Code Momentum.
Contrairement à un The raid qui transcendait son peu de moyens par une inventivité et une puissance rarement vues, Code Momentum est un film d’action moyen mais sympathique, qui étonne et séduit dans sa première heure avant que le soufflé ne retombe gentiment sur la fin. On reste tout de même sur une bonne impression, et sur l’idée que ce film ferait un parfait complément au premier Hitman dans une de ces soirées thématiques – action dont les chaînes de la TNT ont le secret.

Synopsis : Après un braquage qui ne s’est pas déroulé sans accrocs, Alex (Olga Kurylenko) découvre bien vite que la police n’est pas son ennemi le plus redoutable, et que toute son équipe est menacée.

Code Momentum – Bande annonce :

Code Momentum: Fiche technique

Titre original :Momentum
Date de sortie : 13 novembre 2015 (E-cinema)
Nationalité : Etats-Unis, Afrique du Sud
Réalisation : Stephen S. Campanelli
Scénario : Adam Marcus, Debra Sullivan
Interprétation : Olga Kurylenko, James Purefoy, Colin Moss, Shelley Nicole
Musique : Laurent Eyquem
Photographie : Glen MacPherson
Décors : Thomas Gubb
Montage : Doobie White
Production : Donald A. Barton , Anton Ernst
Sociétés de production : Azari Media, Thaba Media
Sociétés de distribution : TF1 Vidéo
Budget : 20 000 000 €
Genre : Action
Durée : 01h36

Retrospective Martin Scorsese : Les Infiltrés, critique du film

Adapté du film hongkongais Infernal Affairs, d’Andrew Lau et Alan Mak, Les Infiltrés est beaucoup plus qu’un simple remake. En effet, Scorsese reprend le cadre de l’histoire mais l’adapte à son propre univers, avec ses thématiques personnelles et ses réflexions sur la morale et la violence, sujets qui traversent toute son œuvre.

Synopsis : à Boston, en plein conflit entre la police de l’état et la mafia, l’agent William Costigan (Leonardo DiCaprio) est chargé d’infiltrer la mafia et devient l’un des bras droits du parrain Frank Costello (Jack Nicholson) qui, de son côté, a sa propre taupe, Colin Sullivan (Matt Damon), au sein des forces de l’ordre.

Confusion d’indentité
Le film est d’emblée marqué du sceau de la confusion. Confusion d’identité des personnages, pour commencer. Scorsese s’amuse du paradoxe qui consiste à transformer les deux traitres en « personnes de confiance », au point que Sullivan, l’agent mafieux infiltré dans la police, est chargé de découvrir qui est la taupe (donc de se découvrir lui-même).
Mais c’est avec le personnage de Costigan que le problème de l’identité devient essentiel. Le dossier de police le concernant, qui contient les véritables renseignements à son sujet, fait l’objet d’un chantage et Costigan est menacé de perdre définitivement sa personnalité, disparaissant à tout jamais des rangs de la police pour rester enfermé dans son rôle de truand.
Confusion morale
Cette menace est d’autant plus grave qu’elle se rajoute à une autre confusion, morale celle-là. En effet, à force d’assister, voire de participer aux exactions du parrain Costello, Costigan sombre dans la violence et risque de se perdre lui-même. En mélangeant les rôles, le film brouille la frontière entre police et mafia, entre Bien et Mal. Costello le dit lui-même : « que l’on soit flic ou criminel, quand on est face à un flingue, quelle est la différence ? »
Et c’est bien là l’une des grandes forces de ce film : quelle différence y-a-t-il entre les mafieux et les policiers ? Où se situe précisément la frontière morale qui sépare le criminel du gardien de la paix ? Si, comme Costigan, dans le cadre du métier de flic, on doit commettre des actions criminelles, de quel côté se trouve-t-on ? Et y a-t-il un retour possible à la « normalité » ? C’est bien là ce qui se cache derrière cette histoire d’identité perdue : peut-on côtoyer le Mal sans subir son influence durablement ?

Film politique
L’autre aspect du film est plus politique. Comme bien d’autres (Les Affranchis, Casino…), Les Infiltrés est un film sur le pouvoir. Ainsi, on comprend vite que si Sullivan est une taupe de Costello, c’est parce que cela lui permet d’assouvir son ambition. Car le personnage est avide de pouvoir ; deux preuves nous le montrent : d’abord sa rapide ascension au sein de la police, puis le choix très judicieux de son appartement, avec vue sur le lieu de pouvoir de Boston. À ce titre, l’image finale du film est très significative : un rat, symbole de trahison, passe devant le siège du gouvernement du Massachussetts.
L’information se révèle vite être un principe du pouvoir. Le vainqueur, celui qui domine les autres, c’est celui qui maîtrise l’information. Cela signifie connaître à l’avance les mouvements des adversaires, d’où l’importance des infiltrés. Mais cela nécessite aussi de verrouiller ses propres informations. Ainsi, Costello cache certains détails le concernant, que l’on apprendra tard dans le film.

Violence omniprésente
Comme souvent chez Scorsese, dans ce film, il est question de violence. Le monde du cinéaste est un monde de la violence, d’où son intérêt pour les mafieux, dont l’univers est une reproduction en miniature du monde dans lequel nous vivons.
La violence de Scorsese est partout. Elle ne se contente pas d’être physique, elle est morale, psychologique, sociale, etc. Tous les rapports sont violents. Costello n’est pas le seul à user de violence. Les propos de Sean Dignam (Mark Whalberg, excellent, comme d’habitude) envers Costigan sont très significatifs de rapports sociaux basés sur la domination violente. L’idée que Costigan, né dans un quartier pauvre, ayant des membres de sa famille affiliés à la mafia, ne peut pas être policier malgré ses bons résultats, et qu’il sera plus crédible en mafieux, en dit long sur une Amérique où l’égalité des chances n’est qu’une illusion.
Bien entendu, dans un tel contexte, la violence physique éclate régulièrement. Comme toujours chez Scorsese, elle arrive d’un coup, d’autant plus brutale qu’elle est explosive. Les Infiltrés est un film brutal et c’est un film sur la brutalité.

Maîtrise technique
Les qualités techniques de Scorsese ne sont plus à prouver. Ici, on les retrouve toutes : cadrage, sens du rythme (le film avoisine les 2h30 mais défile à toute vitesse), construction rigoureuse, personnages complexes et magnifiquement interprétés, et bande son exceptionnelle. Une fois de plus, le réalisateur travaille avec la monteuse Thelma Schoonmaker (veuve du cinéaste Michael Powell, avec laquelle il a fait quasiment tous ses films et qui a remporté trois Oscars du meilleur montage, pour Raging Bull, Aviator et Les Infiltrés).
Quant à la photographie, elle est confiée à Michael Ballhaus (qui était le directeur de la photo attitré de Fassbinder), avec lequel Scorsese avait déjà travaillé sur After Hours, Les Affranchis et Le Temps de l’innocence.
En bref, le cinéaste s’entoure de ses techniciens favoris et revient à un de ses sujets de prédilection, la mafia employée comme symbole de notre monde, pour faire un grand film qui dépasse largement le cadre du simple remake pour devenir une œuvre personnelle passionnante et une des grandes réussites du cinéaste.

Les Infiltrés : bande annonce

Les Infiltrés : fiche technique

Titre original : The Departed
Date de sortie originale : 26 septembre 2006
Nationalité : Etats-Unis
Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : William Monahan, d’après le scenario de Infernal Affairs, écrit par Alan Mak et Felix Chong
Interprétation : Leonardo DiCaprio (William Costigan), Matt Damon (Colin Sullivan), Jack Nicholson (Frank Costello), Martin Sheen (Queenan), Mark Whalberg (Sean Dignam), Alec Baldwin (Ellerby), Vera Farmiga (Madolyn), Ray Winstone (Mr. French)
Musique : Howard Shore
Photographie : Michael Ballhaus
Décors : Leslie Rollins
Montage : Thelma Schoonmaker
Production : Brad Grey, Graham King, Gianni Nunnari, Brad Pitt
Société de production : Warner Bros, Plan B Entertainment, Initial Entertainment Groupe, Vertigo Entertainment
Société de distribution : Warner Bros
Budget : $ 90 000 000
Genre : film mafieux, drame
Durée : 150’
Récompenses : Oscars 2007 du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur montage, meilleur scénario adapté.
Golden Globe 2007 du meilleur réalisateur.

Made in France, un film de Nicolas Boukhrief: Critique

Déjà avant l’affaire Merah, Nicolas Boukhrief s’intéressait à la question du cheminement psychologique qui pouvait mener des « enfants de la république » à une dérive islamiste, mais c’est bel et bien cette triste actualité qui, en 2012, sera le déclencheur qui va le pousser à en tirer un long-métrage. Débutera alors une longue traversée du désert en quête d’une source de financement pour un film qui aborderait aussi frontalement le sujet de l’islamisme en France. Finalement Canal+ a été l’un des rares à jouer le jeu. En janvier 2015, alors que surviendront les attentats de Charlie Hebdo, le film était encore en post-production. Dès lors, le réalisateur devra lutter pour trouver un distributeur qui accepterait de diffuser un film devenu « sensible ». On peut donc remercier la société britannique Pretty Pictures d’avoir accepté de faire de Made In France le tout premier film français de son catalogue et de nous permettre de découvrir en salles ce long-métrage à la gestation compliquée. Reprenant le schéma du film d’infiltration sur lequel reposait son plus gros succès à ce jour, Le Convoyeur (que le réalisateur sait être populaire dans les banlieues, là où se trouve le public visé par son nouveau film), il est parvenu à établir un scénario qui nous immerge, via le regard désabusé d’un journaliste musulman, dans une cellule de jeunes radicaux menés par un leader charismatique vers le terrorisme. L’ancien rédacteur de chez Starflix prouve sa maîtrise des codes du cinéma de genre en installant un suspense à couper le souffle, mais surtout un regard humain et étonnamment subtile sur le parcours de ses personnages.

Il est important de saluer le parti-pris de s’interdire tout jugement moral ainsi que les interprétations irréprochables des cinq acteurs principaux, grâce auxquels les membres de cette cellule djihadiste évitent de tomber dans le piège de la caricature qu’aurait pu entraîner leur identification assez marquée. Outre Sam, le journaliste, dont la narration emprunte le point de vue (Malik Zidi), et Hassan, le meneur au passé trouble, mais suscitant l’admiration de ses compères grâce à son voyage d’entrainement au Pakistan (Dimitri Storoge), les trois autres personnages sont rendus socialement passionnants par la façon dont sont pensées leurs motivations respectives: Driss, un maghrébin, ancien boxeur au sang chaud, en qui brûle une rage envers les institutions françaises (Nassim Si Ahmed), Sidi, un malien très attaché à sa famille et désireux de venger la mort de son cousin au pays (Ahmed Dramé) et enfin Christophe, issu de la petite bourgeoisie catholique, mais qui voit en l’islam radical la façon de vivre l’aventure et la rébellion dont il rêve (François Civil). Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que c’est parce que ce dernier est, comme Hassan, un converti, qu’il est celui qui va le suivre le plus aveuglément. Débutant par le prêche d’un imam ultra-radical pour s’achever sur la préparation d’un attentat (et en précisant que tout a commencé par la radicalisation de Driss et Hassan en prison), toutes les étapes de l’endoctrinement sont décortiquées avec un réalisme remarquable. Réussir à comprendre ces criminels et la raison de leurs actes est le défi qu’a relevé Boukhrief et qui fait de son polar, un véritable film politique.

La peur que ressent Sam tout le long du film, d’abord en voyant son groupe passer de la fréquentation de mosquées secrètes à des crimes de sang froid, puis en retrouvant pris en porte-à-faux entre la Police qui le considère comme un complice et Hassan qui n’hésiterait pas punir sa traitrise d’une balle en pleine tête, rend l’ambiance du film oppressante du début à la fin. La mise en scène nerveuse de Nicolas Boukhrief profite pour cela de l’appui de la bande-originale composée par Rob qui, pour avoir travaillé sur de nombreux films d’horreur, sait installer par la musique une réelle tension. Ce sentiment de paranoïa est donc un des principaux vecteurs de la réalisation, sans pour autant que cela imprègne le discours tenu sur la radicalisation djihadiste. Le fait d’avoir fait de Sam un « vrai » musulman absout cette démarche scénaristique de toute accusation d’islamophobie. Davantage que la folie criminelle qui semble animer Hassan et le machiavélisme de ceux dont il reçoit les ordres, ce que Boukhrief pointe du doigt  comme étant la première cause de l’embrigadement autodestructeur de ces jeunes français n’autre autre que la situation socio-économique de la France. On en viendrait presque à comprendre que, délaissés par une société ravagée par la crise et n’ayant pour unique repère moral que la violence des médias (incluant le cinéma, puisque Christophe est, comme beaucoup de jeunes de sa génération un fan de Scarface), certains adolescents veulent fuir leur quotidien morose en se tournant vers une autre forme de reconnaissance individuelle qu’une réussite professionnelle devenue inconcevable. En se plaçant en bas de l’échelle du groupuscule (en l’occurrence Al-Qaida puisque, encore une fois, le script est antérieur à l’avènement de Daesh), plutôt qu’en imaginant les coulisses d’une vaste et nébuleuse organisation criminelle internationale, le film réussit à aborder quelque chose de concret, un drame humain qui réussit à nous toucher comme il touche Sam, cet antihéros auquel il est si aisé de s’identifier.

Par le biais d’un film très sombre et d’un thriller haletant, Nicolas Boukhrieff tente avec maestria de démystifier l’image que la télévision nous renvoie des martyrs terroristes, en rappelant qu’ils sont, malgré tout, des êtres humains pathétiques, manipulés par des individus mille fois plus condamnables, et en proie à des doutes face à l’irréversibilité de l’engagement qu’ils ont pris et dont ils se retrouvent être les premières victimes. Cette approche politiquement incorrecte fera immanquablement polémique mais sera sans doute plus efficace que la diabolisation surinée par les chaines d’infos continues pour décourager certains spectateurs de suivre le même chemin.

Synopsis: Infiltré dans une mosquée clandestine pour écrire un article, Sam s’est rapproché d’une bande de jeunes islamistes radicaux. Le retour en France de l’un d’eux, revenu d’un rude entrainement au Pakistan, va rapidement transformer le groupe en une cellule de terroristes. Sam n’aura dès lors plus le temps de faire marche arrière avant que le point de non-retour soit franchi.

Made in France: Bande-annonce

Made in France : Fiche Technique

Réalisation : Nicolas Boukhrief
Scénario : Nicolas Boukhrief, Eric Besnard
Interprétation: Malik Zidi (Sam), Dimitri Storoge (Hassan), François Civil (Christophe), Nassim Si Ahmed (Driss), Ahmed Dramé (Sidi), Franck Gastambide (Dubreuil), Judith Davis (Laure), Nailia Harzoune (Zora)…
Photographie : Patrick Ghiringhelli

Décors : Arnaud Roth
Costumes : Florence Sadaune
Son : Dana Farzanehpour
Montage : Lydia Decobert, Sébastien Pierre, Aymeric Devoldère
Musique : ROB
Producteurs: Clément Miserez, Matthieu Warter, James Velaise
Production: Radar Films, Pretty Pictures
Distribution: Pretty Pictures
Genres : Thriller, Policier, Drame
Durée : 94 minutes
Date de sortie en salle: 20 janvier 2016

France – 2016

Jonathan Strange & Mr Norrell – mini-série: Critique

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Adaptée d’un roman de fantaisie anglais à succès, Jonathan Strange & Mr Norrell de Susanna Clarke, et passée quasiment inaperçue dans nos contrées, cette mini-série britannique prouve une fois de plus qu’en matière de série télévisée, la perfide Albion n’a rien perdu de son savoir-faire.

Synopsis : Dans l’Angleterre des guerres napoléoniennes, le dernier vrai magicien, Gilbert Norrell, se rend à Londres pour offrir ses services à la Cour. De succès en victoires, il fait la connaissance du jeune Jonathan Strange qui aspire à devenir le plus grand des magiciens. Ensemble, ils parviennent à éblouir l’Europe de leurs exploits. Mais une erreur de Mr Norrell les amènera à affronter un redoutable adversaire immortel, le garçon-fée Lare, et à subir les douloureuses épreuves que sa folie leur infligera. La culpabilité de Mr Norrell découverte, Strange et lui se livrent une guerre sans merci pour le contrôle de la magie, animés l’un par la soif de connaissance et l’autre par la vengeance, mais tous deux manipulés par un ennemi aux plans tortueux et sinistres…

Orgueil & Sorcellerie

Adaptée avec rigueur et intelligence, l’histoire suit la relation amitié/ rivalité entre les deux derniers magiciens de l’empire. Dans un monde où la magie n’est plus qu’un vague souvenir tandis que la couronne de George IV affronte le bicorne de Napoléon, le combat des deux hommes aura des conséquences désastreuses.

Ce qui fait la force de la série, c’est de désarmer avec élégance les poncif de la fantaisie épuisées jusqu’à la moelles par des générations de simili-Tolkien. Pas de combat du bien contre le mal et de batailles épiques louant l’héroïsme guerrier et la pureté d’une époque médiévale fantasmée. Jonathan Strange & Mr Norrel choisie le camps de l’humain plutôt que celui du spectaculaire. Au travers de ses deux personnages principaux, l’histoire décrit plutôt la déchéance de deux hommes, d’abord amis, amenés à se détester suite à des divergences pratiques. Si l’opposition entre Norrell le théoricien consciencieux et Strange l’instinctif brillant semble déjà vue (l’ancien contre le novice), la série brouille méticuleusement les pistes. Le professeur veut faire table rase des pratiques ancestrales qu’il juge archaïques, l’élève est fasciné par cet héritage dangereux, ouvrant de multiples possibilités. Qui a tort, qui a raison ? La réponses n’est pas si évidente, ce sont surtout deux visions qui se confrontent à un niveau théorique. Un parti pris qui détonne dans l’univers balisé du merveilleux, qui préfère souvent le spontané et l’inexplicable a la réflexion universitaire. C’est toute l’originalité de l’intrigue : appréhender la magie comme une science complexe où le magicien apparaît comme un catalyseur de forces cosmiques que l’on ne manipule pas à la légère.

Bien que le point de départ soit déjà solide, la série n’en reste pas là. Nombre de personnages gravitent autour de ce duo flamboyant. A partir du moment ou la magie sort du cadre théorique et devient question politique, il ne faut pas longtemps pour voir arriver d’autres intéressés. Admirateurs transis, charlatans, aristocrates ruinés et manipulateurs, membres du gouvernement, généraux, éditeurs parvenus, princes et serviteurs… Le retour de la magie affecte finalement toutes les classes d’une société codifiée et rebat les cartes de façons anarchiques. De Londres à Venise en passant par Waterloo, la petite histoire se mêle à la grande. Difficile de savoir comment tout cela va finir, et surtout qui ramassera les morceaux avant de s’asseoir sur le trône du roi corbeau.

Dense, complexe, s’étalant sur une décennie, l’histoire de Jonathan Strange et Mr Norell ne souffre d’aucun temps mort. Servie par une distribution de grande classe (Eddie Marsan, Bertie Carvel et Marc Warren en tête) et utilisant avec parcimonie de belles trouvailles visuelles, tel les chevaux de sables ou le labyrinthe des miroirs, cette mini-série entre directement dans le panthéon de la fantaisie moderne sans avoir à rougir devant ses aînés cinématographiques.

Bande-annonce:

Jonathan Strange & Mr Norrell: Fiche technique

Genre : Fantaisie, Drame historique
Scénario : Peter Harness d’après le roman Jonathan Strange & Mr Norrell
de Susanna Clarke
Réalisation : Toby Haynes
Distribution : Bertie Carvel, Eddie Marsan, Marc Warren, Alice Englert, Samuel West, Charlotte Riley, Enzo Cilenti, Paul Kaye, Edward Hogg, Lucinda Dryzek
Musique : Benoît Charest, Benoît Groulx
Production : Cuba Pictures, Feel Films, BBC America, Screen Yorkshire, Space, Far Moor
Pays d’origine : Royaume-unis, Canada, États-Unis.
V.O : Anglais
Episodes : 7 (60 min)

Diffusion: BBC one

Seul sur Mars, un film de Ridley Scott: Critique

Seul sur Mars, le retour fantasque et léger du grand Ridley Scott

Ridley Scott et la SF, c’est une belle et grande histoire. Le patriarche a marqué le genre par des chefs d’œuvres intemporels tels que  Alien, le huitième passager  ou Blade Runner. Cependant, aussi talentueux soit-il, cela faisait 8 ans et la pépite American Gangster que le britannique n’avait pu retrouver sa grandeur, enchaînant les déceptions critiques (Prometheus) et/ou commerciaux (Cartel). Malgré tout, Scott réussit à proposer un nouveau regard sur la Science-Fiction avec Seul sur Mars et prouve qu’il en a encore sous le capot, malgré ses 77 ans.

Scott nous convie à une véritable épopée interstellaire : l’aventure de Mark Watney, un naufragé spatial laissé pour mort sur une planète rouge sang, à plusieurs centaines de millions de kilomètres de sa terre natale. Par chance, l’homme est botaniste de formation chez la NASA et va tenter de survivre en installant une culture agricole viable dans sa base, tout en tentant de contacter Houston, son dernier espoir de quitter cette planète. Adapté du roman The Martian d’Andy Weir, Seul sur Mars est une vision nouvelle de la science fiction et du genre humain. Digne feel good movie, le long métrage propose un camaïeu d’émotions, du rire aux larmes, du bonheur au désespoir. Imparfait sur son fond, survolant notamment l’ingrédient philosophique, Seul sur Mars réussit néanmoins à glorifier l’Homme dans son génie le plus pur, par un humour enthousiasmant et des effets visuels plus vrais que nature.

Une adaptation détonante

Seul sur Mars est une adaptation extrêmement fidèle, à la limite de la transposition. Scott se contentant d’adapter à la virgule près les événements les plus marquants du bouquin. Pour les autres, il sera question de rebondissements rocambolesques, dans une intrigue des plus prenantes, signé Drew Goddard (l’excellente série Daredevil). On se prend immédiatement d’affection pour Watney, interprété avec maestria par le discret et talentueux Matt Damon. Ses actes, son humour, son audace nous inspire une formidable sympathie. Le récit n’est tout de même pas aussi tourné vers Watney que l’on pourrait le croire. On jongle ainsi entre les points de vue du discret équipage d’Arès 3, composé d’une belle brochette de second rôle talentueux (Jessica Chastain, Kate Mara, Sebastian Stan, Michaël Pena et Aksel Hennie) et les hauts dirigeants de la NASA (Jeff Daniels, Sean Bean, Chiwetel Eijefor, tous investis). Le spectateur pourrait être perdu par cette farandole de seconds rôles si l’aspect étonnamment divertissant et enthousiasmant ne prenait le pas sur un scénario assainit de toute lourdeur notable. Un aspect étonnant tant il est à totale contre courant des délires kubrico fatalistes actuels, à l’image du fantastique mais déprimant Interstellar. Ainsi, Scott dérive vers une glorification du génie humain, des connaissances savantes pour une robinsonnade ultime, quitte même à tomber dans une discrète puérilité.

Une philosophie sacrifiée au profit d’une technique transcendée

Ténor de l’image, Ridley Scott ne faillit encore une fois pas à sa réputation, et donne à voir un condensé d’image des plus saisissantes, sachant rendre avec réalisme et inquiétude les détails de cette planète, véritable fantasme de l’être humain. Seul sur Mars ne déroge en aucun cas à la règle et nous gratifie d’une planète rouge aussi majestueuse que mortelle, à l’atmosphère dangereusement envoûtante, symbole de découverte et de danger. Cette alchimie est fort bien retranscrite à l’écran, avec la sensation qu’à à chaque actes du héros, une épée de Damoclès trône au dessus de sa tête. L’ambiance sonore facilite également cette ambiance stressante, aussi bien pour Watney que pour le spectateur, qui s’immerge totalement dans la tentative de survie du héros. Ainsi, le film décline totalement des codes du genre et s’inscrit dans une lignée plus proche d’Apollo 13 que de Gravity. On se retrouve passionné par les boires et les déboires du héros et ayant cru à cette extraordinaire bonté humaine, qui paraîtrait illusoire dans bon nombre de production Hollywoodienne.

Nonobstant à cette farandole quantitative et qualitative, il manque d’une certaine manière, la clé d’un chef d’oeuvre Scottien, en l’occurrence l’ingrédient philosophique. Que ce soit les théories cartésiennes sur la conscience et l’inconscience dans Blade Runner ou la vision matricielle et du viol dans Alien, la part philosophique de la filmographie de Scott est essentielle. Dans ce métrage, l’aspect humaniste n’est que survolé, surtout sur la partie solitude qui semblerait plutôt bien se passer alors que tout philosophe et/ou psychanalyste moderne affirmerait que la solitude est affreusement inhumaine. Ridley Scott, en athée convaincu, dissèque son sujet au travers de données scientifiques certifiées, au point d’entrer en contact avec la NASA pour affiner sa vision. Ainsi, Seul sur Mars reste une épure marquante, un éloge à la connaissance humaine, l’antithèse parfaite à la vision mystique et divine, développée par ce misanthrope de Christopher Nolan dans Interstellar. Certes, les lourdeurs sont amoindries et le film n’en est que plus agréable mais il change ainsi de statut. Nous ne sommes donc plus en présence d’un chef d’œuvre intemporel mais d’un excellent divertissement.

Seul sur Mars se présente donc comme la quintessence qualitative du blockbuster américain contemporain. Il condense à lui seul l’ensemble des qualités attendues pour le genre de la science fiction de nos jours, à savoir une technique à proprement parlé parfaite, une vision enthousiasmante du genre humain et des décors majestueux. Il est cependant dommage que cette prouesse soit faite au travers d’un récit lissé de toute vertu philosophique majeure, pourtant concentré du talent de Ridley Scott, sans pour autant être une coquille vide. L’augure cinématographique de Scott s’est donc fortement éclaircie auprès des spectateurs et du public, qui retrouve avec ce long métrage, un niveau inespéré.

Synopsis: Lors d’une expédition sur Mars, l’astronaute Mark Watney est laissé pour mort par ses coéquipiers, une tempête les ayant obligés à décoller en urgence. Mais Mark a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile. Il va devoir faire appel à son intelligence et son ingéniosité pour tenter de survivre et trouver un moyen de contacter la Terre. A 225 millions de kilomètres, la NASA et des scientifiques du monde entier travaillent sans relâche pour le sauver, pendant que ses coéquipiers tentent d’organiser une mission pour le récupérer au péril de leurs vies.

Seul Sur Mars : Fiche Technique

Titre original : The Martian
Réalisation : Ridley Scott
Scénario : Drew Goddard d’après le roman « The Martian » d’Andy Weir
Casting: Matt Damon (Mark Watney), Jessica Chastain (Melissa Lewis), Kate Mara (Beth Johanssen), Sebastian Stan (Dr Chris Beck), Michael Pena (Rick Martinez), Aksel Hennie (Alex Vogel), Kristen Wiig (Annie Montrose), Jeff Daniels (Teddy Sanders), Naomi Scott (Ryoko), Sean Bean (Mitch Henderson), Mackenzie Davis (Mindy Park), Chiwetel Eijefor (Venkat Kapoor).
Direction artistique : Mónika Esztán et Matt Wynne
Décors : Arthur Max
Costumes : Janty Yates
Montage : Pietro Scalia
Musique : Harry Gregson-Williams
Production : Mark Huffam, Simon Kinberg, Michael Schaefer, Ridley Scott et Aditya Sood
Sociétés de production : Kinberg Genre et Scott Free Productions ; International Traders, Mid Atlantic Films et 20th Century Fox (coproductions)
Sociétés de distribution : Drapeau : États-Unis 20th Century Fox
Pays d’origine : États-Unis
Budget : 108 000 000$
Langue : anglais
Durée :  141 minutes
Genre : Film de science-fiction
Dates de sortie : 21 octobre 2015
Box office : 329 893 151$ au 23/10/15

Pan, un film de Joe Wright: Critique

Ces dernières années, on a pu constater un certain attrait pour les Origins Story à Hollywood. Une frénésie qui va parfois tellement loin que certains se sentent obligés de raconter les origines de personnages qui n’en ont pas besoin et ne sont certainement pas attendus par le public. C’est le cas avec le prequel des aventures de Peter Pan : malgré l’équipe talentueuse qui a travaillé dessus, Pan n’a finalement pas convaincu le Box-office.

Un échec commercial assez retentissant car la critique spécialisée, surtout aux Etats-Unis l’avait froidement accueilli. Ce projet est au final une mauvaise idée de la part du studio qui a investi beaucoup trop d’argent dans une histoire au principe aussi dérisoire, car, au final, rares sont ceux à s’intéresser vraiment aux débuts de Peter Pan. Malgré tout, le film ne sera pas totalement inintéressant sur le plan artistique, rejoignant le rang des longs-métrages mal-aimés sans véritablement de raisons. Reçu avec un peu plus de clémence en France par la critique, Pan est une oeuvre qui sait prendre des risques et qui, par moment, sait même se montrer admirable.

Smells Like Teen Spirit 

Le film ne brille pas par son scénario cependant, bien trop classique pour laisser un souvenir intarissable. La caractérisation des personnages est extrêmement stéréotypée, faisant du méchant un dandy excentrique proche du ridicule, avec des indiens braves et courageux qui maîtrisent les arts martiaux ainsi qu’une réinterprétation à la cool du personnage de Hook – qui devient ici un anti-héros à mi-chemin entre Han Solo et Indiana Jones. Cette simplicité dans les personnages tend à rendre l’ensemble caricatural et parfois même agaçant car on veut absolument nous montrer des protagonistes iconiques et attachants mais, par manque de mesure, ils n’en deviennent que des coquilles vides qui n’existent qu’à travers l’oeuvre de J. M . Barrie (auteur des aventures originelles de Peter Pan), sans pour autant en respecter son essence. Au final, sur le plan scénaristique, on se retrouve face à une succession appuyée de clins d’œil à l’univers de Barrie et de ressorts habituels des gros blockbusters de notre époque.

Ainsi, on a le droit à l’habituelle histoire de l’élu avec un héros qui traverse les mêmes doutes que dans ce genre de récit. On nous sert le personnage qui vient sauver la situation au dernier moment de manière lourde et prévisible, la romance inconsistante, etc. Tout y passe, nous donnant l’impression d’être devant un film que l’on a déjà vu. L’ensemble ne se montre cependant pas déplaisant mais manque cruellement de surprises et d’audace sur ce point. Cela dit, le scénario sera aussi en mesure de proposer de bonnes choses, surprenantes par leurs noirceurs et leurs profondeurs mais il n’ira jamais au bout de ses idées. Ces élans de noirceur sont proposés par le personnage de Blackbeard (le méchant du film) qui, malgré son aspect too much un peu ridicule, arrive lors de quelques scènes à offrir une psychologie et une réflexion beaucoup plus creusées et pertinentes, touchant du doigt par moment le cœur même de ce que faisait transparaître Barrie dans son récit. Néanmoins, il est dommage que le long métrage préfère l’infantilisation au profit d’un blockbuster familial alors qu’ici une approche beaucoup plus noire aurait été indéniablement plus stimulante. Le réalisateur va même jusqu’à oublier d’injecter un peu de cette noirceur lors d’un prologue sans imagination et pathétique dans un orphelinat, qui est la seule vraie erreur impardonnable de l’oeuvre.

Le casting est ici très prestigieux mais pas nécessairement toujours convaincant. Levi Miller, qui signe son premier rôle arrive à en imposer avec facilité car, même s’il manque quelque peu de charisme, il compense par la justesse de son jeu et de son intensité. Rooney Mara se montre elle aussi impeccable, offrant une interprétation mineure par rapport à ce à quoi elle nous habitue généralement. Grâce à son charisme naturel et sa prestance, elle crève toujours autant l’écran. Pour ce qui est des interprétations de Garrett Hedlund et Hugh Jackman, les choses ne seront pas si simples. Les deux acteurs sont très talentueux, ils l’ont déjà prouvé à maintes reprises mais, ici, ils versent dans un cabotinage qui pourrait vite agacer. En réponse, i y a deux écoles : les spectateurs qui adhèrent à l’excentricité de l’ensemble et apprécieront leurs rôles cabotins, et les autres spectateurs plus terre à terre et qui ne se laisseront pas prendre au jeu. Néanmoins, Hugh Jackman fait preuve par moment d’une intensité assez admirable et d’une belle retenue notamment dans un face-à-face avec Levi Miller.

La réalisation technique est ébouriffante tout en étant la plus grosse réussite du film et devrait mettre tout le monde d’accord. On sent que le budget a été utilisé avec intelligence, les effets spéciaux sont prodigieux, vivants et très colorés. On est vraiment face à un émerveillement visuel audacieux et inventif qui offre de magnifiques visions, probablement parmi les plus belles que l’on ait vues dans un blockbuster cette année. On se retrouve même assez proche de ce que l’on a pu voir dans Mad Max Fury Road, étant aussi face à une oeuvre qui n’a pas peur du grandiose et de la démesure avec un amour partagé des couleurs qui explosent littéralement. La mise en scène de Joe Wright se montre aussi très habile et maîtrisée, offrant des scènes d’actions lisibles et picturalement ambitieuses notamment lors du climax homérique. D’ailleurs, l’ensemble se fait très théâtral et grandiloquent par moment ce qui peut perturber, notamment dans les premières scènes à Neverland qui semblent proches du ridicule surtout quand le méchant du film reprend du Nirvana. On assiste aussi quelques flashbacks visuellement inventifs et des panoramas somptueux où il est parfois difficile de discerner les fonds verts à l’exception de quelques gros plans sur les personnages, cassant un peu la magie de l’ensemble. Dommage aussi que la musique de John Powell ne soit pas plus inspirée et qu’elle tende à devenir pompeuse sur le final.

Pan est un film plutôt appréciable malgré ses gros défauts car il arrive vraiment à offrir un spectacle visuel grandiose et innovant qui parlera à l’enfant qui sommeille en vous. Il est juste dommage que cette prouesse visuelle se face au sein d’un récit classique et sans imagination qui, dans certaines de ses extrémités tend au ridicule. Mais Joe Wright va jusqu’au bout de ses idées parfois même les plus farfelues au point d’offrir un film étrange et bancal mais qui s’assume jusqu’au bout. On est face à un délire d’enfant attachant et ambitieux qui même s’il ne convainc pas pleinement, divertit et se montre assez sympathique. Surtout qu’en terme de film-live qui s’adresse à toute la famille et plus précisément aux enfants, cela faisait très longtemps que l’on avait pas vu aussi stimulant et abouti, ce qui se montre donc précieux.

Synopsis : Peter est un orphelin qui se fait enlever avec ses amis, au Pays Imaginaire. Mais la vie n’y est pas aussi féerique qu’elle semble le promettre. Là-bas, il devra attendrir des pirates au cœur dur pour sauver les enfants perdus et devenir un héros légendaire.

Fiche Technique : Pan

Etats-Unis – 2015
Réalisation : Joe Wright
Scénario : Jason Fuchs, d’après l’œuvre de J. M. Barrie
Interprétation :  Levi Miller (Peter Pan), Hugh Jackman(Blackbeard), Rooney Mara  (Tiger Lily), Garrett Hedlund (James Hook), Amanda Seyfried (Mary)…
Décors : Mark Scruton
Costumes : Jacqueline Durran
Montage : Paul Tothill
Musique : John Powell
Photographie : Seamus McGarvey
Production : Greg Berlanti, Sarah Schechter et Paul Webster
Société de production : Berlanti Productions
Société de distribution : Warner Bros.

Retrospective Martin Scorsese : Les Affranchis, critique du film

Resté dans les annales du cinéma avec Casino et bien d’autres films, Les Affranchis est considéré comme un chef d’oeuvre de Martin Scorsese. Le film retrace l’itinéraire d’un fils d’immigrés italiens à New York, embarqué par la Mafia dès son adolescence. Là où le propos est intéressant, c’est que ce long-métrage est basé sur une histoire vraie, ainsi, voire en Ray Liotta un mafieux ayant existé peut faire frémir, tout comme il peut fascine.

Martin Scorsese a ce don d’ouvrir d’une façon sublime la plupart de ses films, gravant dans les mémoires des spectateurs des répliques ou des plans considérés aujourd’hui comme cultes. Du film Les Affranchis, on ne peut que retenir cette accroche «Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être un gangster.» Dès les premières minutes, le ton est donné, Martin Scorsese ne fera pas dans la dentelle, et voilà le spectateur embarqué dans un univers mafieux, où la loi n’est plus la règle.

Durant près de deux heures et demie, Martin Scorsese nous propose une mise en scène des plus léchées, une mise en scène dont seul lui a le secret, accompagnée d’une bande-originale sur-jouissive. En résultent des performances d’acteurs incroyables. Robert de Niro, fidèle à lui-même, bien qu’assez discret, avec cette gueule qui respire rarement la joie de vivre, accompagné d’un Ray Liotta décontenancé, oscillant entre crime et raison, entre violence et lâcheté, comme si son implication dans la Mafia restait encore à prouver. Afin de compléter le trio de tête, on trouve Joe Pesci, un petit mafioso obsédé par le fric et le pouvoir, d’un mètre soixante-trois, bagarreur et susceptible, voulant jouer au dur, à se demander si tout cela n’est pas que du paraître. Joe Pesci agace et suscite la haine.

Peut-être sont-ce les caractéristiques du personnages, ce qui lui vaudra un Oscar pour sa prestation, ou est-ce seulement une interprétation du spectateur vis-à-vis de son jeu ? Difficile à déduire car Martin Scorsese confond et perd le spectateur, le poussant dans ses retranchements et dans ses propres émotions. Le spectateur virevolte au gré du récit, tantôt de l’empathie, de la haine ou de la colère. Le réalisateur joue avec nos émotions comme il dirige ses acteurs.

Avec Les Affranchis, une hiérarchie est construite et va dans le sens du propos. A tout moment le spectateur perçoit les rapports dominant/dominé, Martin Scorsese définit les rôles pour les hommes, mais également pour les femmes, personnages plus importants qu’il n’y paraît, car ces dames apparaissent comme des échappatoires, ce sont les bouffées d’air frais de ces hommes dangereux. Malheureusement, une fois de plus, la hiérarchie est définie car même si elles sont considérées par le clan composé par les hommes, elles ne sont que représentantes du sexe et de la domination à leurs yeux. L’homme domine et veille, la femme accepte et se plie aux règles, n’ayant pas le moindre mots à dire.

Mais, même si la violence et les rapports de force dominent, Martin Scorsese aiguise son image et nous livre des plans d’une rare beauté, sublimant des quartiers qu’il connaît depuis son enfance, pourtant infâmes, et sublimant ses acteurs, car Les Affranchis est un film sur le paraître de l’homme au sein de la société. La vie des mafiosos est régie par un paraître, une impression renvoyée à la population : il faut impressionner, mais faire preuve de classe, et cela, M.Scorsese le retranscrit parfaitement. Toutefois, impossible d’échapper à la violence dans un tel milieu. Avec les sautes d’humeur de Tommy DeVito (Joe Pesci), il faut s’attendre au meilleur, comme au pire. En résultent des crimes non justifiés et des mutilations qui crispent le spectateur. « HOW SO FUNNY ?! »

Mais l’histoire est-elle réellement passionnante ? Elle sait se rendre intéressante, par sa structure narrative, avec cette ascension d’Henry jusqu’à sa destruction, similaire à Loup de Wall Street, mais elle est compliquée par un problème de rythme, qui s’inscrit comme un bémol singulier. Entre ricanements et effroi, le spectateur se lasse de répétitions et de faits récurrents, face à une routine mafieuse que l’on n’envie pas aux protagonistes.

Les Affranchis de Martin Scorsese attire comme il rebute, et passionne comme il dégoûte. Alors que certains s’immisceront aux fins fonds de la mafia avec les personnages, d’autres resteront témoins d’une violence parfois gratuite, et d’un univers infâme, où les seules lois sont pouvoirs et domination.

Synopsis : L’histoire du hissement vers le haut dans la hiérarchie de la mafia d’Henry Hill et de ses amis, avec tous les bouleversements que cela comporte.

Les Affranchis: Fiche Technique

Titre français : Les Affranchis
Titre original : Goodfellas
Date de sortie : 12 septembre 1990
Nationalité : Américaine
Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : Nicholas Pileggi, Martin Scorsese
Interprétation : Robert De Niro, Ray Liotta, Joe Pesci, Lorraine Bracco, Paul Sorvino, Illeana Douglas, Frank Vincent, Catherine Scorsese…
Musique : Harry Nilsson
Photographie : Michael Ballhaus
Décors : Kristia Zea, Leslie Bloom
Montage : Thelma Schoonmaker, James Y. Kwei
Producteur : Irwin Winkler
Sociétés de production : Warner Bros.
Société de distribution (France) : Action Cinémas / Théâtre du Temple
Budget : 25 millions d’euros
Box Office France : 984 100 entrées
Genre : Policier, Judiciaire
Durée : 145 minutes
Distinctions : Oscar du Meilleur acteur dans un second rôle pour Joe Pesci ; Lion d’argent pour le meilleur réalisateur ; Meilleur Scénario adapté, Meilleur montage, Meilleurs costumes, Meilleur film, Meilleur Réalisateur aux BAFTA Awards.