Retrospective Martin Scorsese: Raging Bull, critique du film

Raging Bull est le fruit de la quatrième collaboration de Martin Scorsese avec Robert De Niro, jeune étoile montante du Nouvel Hollywood et de ce cinéma contestataire et subversif qui a pris son essor au milieu des années soixante-dix.

Synopsis: Raging Bull retrace les moments forts de la carrière flamboyante de Jack La Motta, champion de boxe poids moyen. Issu d’un milieu modeste, il fut le héros de combats mythiques, notamment contre Robinson et Cerdan. Autodestructeur, paranoïaque, déchiré entre le désir du salut personnel et la damnation, il termine son existence bouffi, en tant que gérant de boîte de nuit et entertainer. Quand l’ascension et le déclin d’une vie deviennent épopée…

De Niro à fleur de peau

En 1980, De Niro n’est déjà plus un débutant et s’est notamment illustré dans Taxi Driver (1976) du même Scorsese, énorme succès public et critique, le Parrain 2, second volet de la trilogie Coppola, ou encore Voyage au bout de l’enfer (1978) de Michael Cimino. Ces rôles ont un point commun, celui de présenter des personnages écorchés vifs, loin des héros aux valeurs positives adulés par le Hollywood de l’âge d’or. Jake Lamotta, le protagoniste de Raging Bull, fait lui aussi partie de ces gueules cassées.

L’idée scénaristique qui soutient ce film a été éprouvée de nombreuses fois avec succès : mettre en scène l’ascension et la chute d’un héros, ambitieux et passionné, de ceux qui, à vouloir côtoyer le soleil, s’y brûlent les ailes. Ce scénario rappelle celui du film de gangsters qui a essaimé dans les années trente, à l’image du Scarface (1932) d’Howard Hawks, ayant d’ailleurs fait l’objet d’une reprise en 1984 par Brian de Palma. On retrouve de nombreuses similitudes, à commencer par le profil du héros, un personnage brutal, machiste et colérique, souvent déclassé socialement et qui parvient très vite à atteindre des sommets. La contrepartie de la réussite met en jeu des questionnements moraux qui trouvent leur résolution dans le dénouement de l’histoire, généralement tragique. Raging Bull, c’est la chronique de la vie de Jake Lamotta, prolo sanguin et sensuel du Bronx, qui devient l’un des plus grands boxeurs de son temps avant qu’une jalousie passionnelle ne lui fasse tout perdre. Si ce type de récit fonctionne toujours aussi bien auprès du public, c’est parce qu’il explore les grandeurs et les bassesses de l’humanité. De Niro, nous apparaît plutôt antipathique pendant la majeure partie du film, mais progressivement, Scorsese parvient à en faire un personnage plus complexe et ambigu.

Les choix d’images et de mises en scène opérés par le réalisateur tendent à rendre compte des multiples facettes de l’âme humaine. Raging Bull est un film très sensuel, une oeuvre où les cadrages nous amènent au plus près de la peau. Le cinéaste fait le choix d’une esthétique en noir et blanc qui érotise sans rendre obscène ce corps qui vit, sue et saigne. Le héros est un passionné qui se bat comme il fait l’amour ; la Cavalleria Rusticana de Beethoven qui vient ponctuer les scènes de combat sur le ring ne dit pas autre chose : l’animalité brutale est transcendée par la musique. Point d’orgue du film et coup de maître en matière de mise en scène, la séquence de la garde à vue de Lamotta. Au cours de cette nuit, Scorsese dévoile superbement le caractère duel de son personnage. Enfermé dans sa cellule, le boxeur à bout de nerfs s’abîme, au propre comme au figuré, révélant à quel point la situation le dépasse. Cette scène à corps et à cris, Martin Scorsese choisit de la filmer entre ombre et lumière, l’image dit tout. Si l’on ne peut espérer d’issue heureuse aux tribulations de Jake Lamotta, son créateur parvient à lui insuffler, l’espace d’un instant, l’aura d’un perdant magnifique.

Raging-Bull : Bande-annonce

Raging Bull : Fiche technique

Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : Joseph Carter, Peter Savage, Paul Schrader, Mardik Martin d’après l’autobiographie de Jake Lamotta
Interprétation : Robert De Niro (Jake Lamotta), Cathy Moriarty (Vickie Lamotta), Joe Pesci (Joey), Frank Vincent (Salvy), Nicholas Colasanto (Tommy Como), Theresa Saldana (Lenore), Mario Gallo (Mario)
Photographie: Michael Chapman
Montage : Thelma Shoonmaker
Musique : Pietro Mascagni
Décors : Kirk Axtell, Alan Manser (Los Angeles), Sheldon Haber (New York)
Produit par : Robert Chartoff, Hal W. Polaire, Peter Savage, Irwin Winkler
Distribution : United Artists
Genre : Drame, Biopic
Durée : 129 minutes
Date de sortie : 25 mars 1981

 Etats-Unis – 1980

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Constance Mendez-Harscouët
Constance Mendez-Harscouëthttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières amours de cinéma, c'est aux films d'animation que je les dois. La poésie du dessin animé est incomparable à mes yeux. J'ai ensuite élargi mes perspectives et ai découvert à quel point le champ du septième art était vaste et beau. Mon envie de films ne s'est jamais tarie. J'en ai vus et je continue d'en voir autant que je peux, car, au-delà d'être un divertissement, le cinéma façonne ma manière de voir le monde.

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