Jonathan Strange & Mr Norrell – mini-série: Critique

Adaptée d’un roman de fantaisie anglais à succès, Jonathan Strange & Mr Norrell de Susanna Clarke, et passée quasiment inaperçue dans nos contrées, cette mini-série britannique prouve une fois de plus qu’en matière de série télévisée, la perfide Albion n’a rien perdu de son savoir-faire.

Synopsis : Dans l’Angleterre des guerres napoléoniennes, le dernier vrai magicien, Gilbert Norrell, se rend à Londres pour offrir ses services à la Cour. De succès en victoires, il fait la connaissance du jeune Jonathan Strange qui aspire à devenir le plus grand des magiciens. Ensemble, ils parviennent à éblouir l’Europe de leurs exploits. Mais une erreur de Mr Norrell les amènera à affronter un redoutable adversaire immortel, le garçon-fée Lare, et à subir les douloureuses épreuves que sa folie leur infligera. La culpabilité de Mr Norrell découverte, Strange et lui se livrent une guerre sans merci pour le contrôle de la magie, animés l’un par la soif de connaissance et l’autre par la vengeance, mais tous deux manipulés par un ennemi aux plans tortueux et sinistres…

Orgueil & Sorcellerie

Adaptée avec rigueur et intelligence, l’histoire suit la relation amitié/ rivalité entre les deux derniers magiciens de l’empire. Dans un monde où la magie n’est plus qu’un vague souvenir tandis que la couronne de George IV affronte le bicorne de Napoléon, le combat des deux hommes aura des conséquences désastreuses.

Ce qui fait la force de la série, c’est de désarmer avec élégance les poncif de la fantaisie épuisées jusqu’à la moelles par des générations de simili-Tolkien. Pas de combat du bien contre le mal et de batailles épiques louant l’héroïsme guerrier et la pureté d’une époque médiévale fantasmée. Jonathan Strange & Mr Norrel choisie le camps de l’humain plutôt que celui du spectaculaire. Au travers de ses deux personnages principaux, l’histoire décrit plutôt la déchéance de deux hommes, d’abord amis, amenés à se détester suite à des divergences pratiques. Si l’opposition entre Norrell le théoricien consciencieux et Strange l’instinctif brillant semble déjà vue (l’ancien contre le novice), la série brouille méticuleusement les pistes. Le professeur veut faire table rase des pratiques ancestrales qu’il juge archaïques, l’élève est fasciné par cet héritage dangereux, ouvrant de multiples possibilités. Qui a tort, qui a raison ? La réponses n’est pas si évidente, ce sont surtout deux visions qui se confrontent à un niveau théorique. Un parti pris qui détonne dans l’univers balisé du merveilleux, qui préfère souvent le spontané et l’inexplicable a la réflexion universitaire. C’est toute l’originalité de l’intrigue : appréhender la magie comme une science complexe où le magicien apparaît comme un catalyseur de forces cosmiques que l’on ne manipule pas à la légère.

Bien que le point de départ soit déjà solide, la série n’en reste pas là. Nombre de personnages gravitent autour de ce duo flamboyant. A partir du moment ou la magie sort du cadre théorique et devient question politique, il ne faut pas longtemps pour voir arriver d’autres intéressés. Admirateurs transis, charlatans, aristocrates ruinés et manipulateurs, membres du gouvernement, généraux, éditeurs parvenus, princes et serviteurs… Le retour de la magie affecte finalement toutes les classes d’une société codifiée et rebat les cartes de façons anarchiques. De Londres à Venise en passant par Waterloo, la petite histoire se mêle à la grande. Difficile de savoir comment tout cela va finir, et surtout qui ramassera les morceaux avant de s’asseoir sur le trône du roi corbeau.

Dense, complexe, s’étalant sur une décennie, l’histoire de Jonathan Strange et Mr Norell ne souffre d’aucun temps mort. Servie par une distribution de grande classe (Eddie Marsan, Bertie Carvel et Marc Warren en tête) et utilisant avec parcimonie de belles trouvailles visuelles, tel les chevaux de sables ou le labyrinthe des miroirs, cette mini-série entre directement dans le panthéon de la fantaisie moderne sans avoir à rougir devant ses aînés cinématographiques.

Bande-annonce:

Jonathan Strange & Mr Norrell: Fiche technique

Genre : Fantaisie, Drame historique
Scénario : Peter Harness d’après le roman Jonathan Strange & Mr Norrell
de Susanna Clarke
Réalisation : Toby Haynes
Distribution : Bertie Carvel, Eddie Marsan, Marc Warren, Alice Englert, Samuel West, Charlotte Riley, Enzo Cilenti, Paul Kaye, Edward Hogg, Lucinda Dryzek
Musique : Benoît Charest, Benoît Groulx
Production : Cuba Pictures, Feel Films, BBC America, Screen Yorkshire, Space, Far Moor
Pays d’origine : Royaume-unis, Canada, États-Unis.
V.O : Anglais
Episodes : 7 (60 min)

Diffusion: BBC one

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.
Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.