Retrospective Martin Scorsese : Les Affranchis, critique du film

Resté dans les annales du cinéma avec Casino et bien d’autres films, Les Affranchis est considéré comme un chef d’oeuvre de Martin Scorsese. Le film retrace l’itinéraire d’un fils d’immigrés italiens à New York, embarqué par la Mafia dès son adolescence. Là où le propos est intéressant, c’est que ce long-métrage est basé sur une histoire vraie, ainsi, voire en Ray Liotta un mafieux ayant existé peut faire frémir, tout comme il peut fascine.

Martin Scorsese a ce don d’ouvrir d’une façon sublime la plupart de ses films, gravant dans les mémoires des spectateurs des répliques ou des plans considérés aujourd’hui comme cultes. Du film Les Affranchis, on ne peut que retenir cette accroche «Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être un gangster.» Dès les premières minutes, le ton est donné, Martin Scorsese ne fera pas dans la dentelle, et voilà le spectateur embarqué dans un univers mafieux, où la loi n’est plus la règle.

Durant près de deux heures et demie, Martin Scorsese nous propose une mise en scène des plus léchées, une mise en scène dont seul lui a le secret, accompagnée d’une bande-originale sur-jouissive. En résultent des performances d’acteurs incroyables. Robert de Niro, fidèle à lui-même, bien qu’assez discret, avec cette gueule qui respire rarement la joie de vivre, accompagné d’un Ray Liotta décontenancé, oscillant entre crime et raison, entre violence et lâcheté, comme si son implication dans la Mafia restait encore à prouver. Afin de compléter le trio de tête, on trouve Joe Pesci, un petit mafioso obsédé par le fric et le pouvoir, d’un mètre soixante-trois, bagarreur et susceptible, voulant jouer au dur, à se demander si tout cela n’est pas que du paraître. Joe Pesci agace et suscite la haine.

Peut-être sont-ce les caractéristiques du personnages, ce qui lui vaudra un Oscar pour sa prestation, ou est-ce seulement une interprétation du spectateur vis-à-vis de son jeu ? Difficile à déduire car Martin Scorsese confond et perd le spectateur, le poussant dans ses retranchements et dans ses propres émotions. Le spectateur virevolte au gré du récit, tantôt de l’empathie, de la haine ou de la colère. Le réalisateur joue avec nos émotions comme il dirige ses acteurs.

Avec Les Affranchis, une hiérarchie est construite et va dans le sens du propos. A tout moment le spectateur perçoit les rapports dominant/dominé, Martin Scorsese définit les rôles pour les hommes, mais également pour les femmes, personnages plus importants qu’il n’y paraît, car ces dames apparaissent comme des échappatoires, ce sont les bouffées d’air frais de ces hommes dangereux. Malheureusement, une fois de plus, la hiérarchie est définie car même si elles sont considérées par le clan composé par les hommes, elles ne sont que représentantes du sexe et de la domination à leurs yeux. L’homme domine et veille, la femme accepte et se plie aux règles, n’ayant pas le moindre mots à dire.

Mais, même si la violence et les rapports de force dominent, Martin Scorsese aiguise son image et nous livre des plans d’une rare beauté, sublimant des quartiers qu’il connaît depuis son enfance, pourtant infâmes, et sublimant ses acteurs, car Les Affranchis est un film sur le paraître de l’homme au sein de la société. La vie des mafiosos est régie par un paraître, une impression renvoyée à la population : il faut impressionner, mais faire preuve de classe, et cela, M.Scorsese le retranscrit parfaitement. Toutefois, impossible d’échapper à la violence dans un tel milieu. Avec les sautes d’humeur de Tommy DeVito (Joe Pesci), il faut s’attendre au meilleur, comme au pire. En résultent des crimes non justifiés et des mutilations qui crispent le spectateur. « HOW SO FUNNY ?! »

Mais l’histoire est-elle réellement passionnante ? Elle sait se rendre intéressante, par sa structure narrative, avec cette ascension d’Henry jusqu’à sa destruction, similaire à Loup de Wall Street, mais elle est compliquée par un problème de rythme, qui s’inscrit comme un bémol singulier. Entre ricanements et effroi, le spectateur se lasse de répétitions et de faits récurrents, face à une routine mafieuse que l’on n’envie pas aux protagonistes.

Les Affranchis de Martin Scorsese attire comme il rebute, et passionne comme il dégoûte. Alors que certains s’immisceront aux fins fonds de la mafia avec les personnages, d’autres resteront témoins d’une violence parfois gratuite, et d’un univers infâme, où les seules lois sont pouvoirs et domination.

Synopsis : L’histoire du hissement vers le haut dans la hiérarchie de la mafia d’Henry Hill et de ses amis, avec tous les bouleversements que cela comporte.

Les Affranchis: Fiche Technique

Titre français : Les Affranchis
Titre original : Goodfellas
Date de sortie : 12 septembre 1990
Nationalité : Américaine
Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : Nicholas Pileggi, Martin Scorsese
Interprétation : Robert De Niro, Ray Liotta, Joe Pesci, Lorraine Bracco, Paul Sorvino, Illeana Douglas, Frank Vincent, Catherine Scorsese…
Musique : Harry Nilsson
Photographie : Michael Ballhaus
Décors : Kristia Zea, Leslie Bloom
Montage : Thelma Schoonmaker, James Y. Kwei
Producteur : Irwin Winkler
Sociétés de production : Warner Bros.
Société de distribution (France) : Action Cinémas / Théâtre du Temple
Budget : 25 millions d’euros
Box Office France : 984 100 entrées
Genre : Policier, Judiciaire
Durée : 145 minutes
Distinctions : Oscar du Meilleur acteur dans un second rôle pour Joe Pesci ; Lion d’argent pour le meilleur réalisateur ; Meilleur Scénario adapté, Meilleur montage, Meilleurs costumes, Meilleur film, Meilleur Réalisateur aux BAFTA Awards.

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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