Les Voyages de Gulliver, un film de Charles Sturridge : critique du DVD

Le roman de Jonathan Swift, Les Voyages extraordinaires de Gulliver, est un des classiques de la littérature britannique écrit en 1721. Son caractère satirique a causé quelques difficultés à son auteur. Le caractère surnaturel de son récit, rappelant l’Odyssée d’Homère, l’a rendu (et le rend toujours) très populaire auprès des producteurs de cinéma, et il a été adapté au 7ème art dès 1902, sous la direction du génial Georges Méliès.

Enjeux philosophiques et politiques
L’adaptation présente dans ce DVD a été réalisée pour la télévision en 1996. Elle est constituée de deux parties de 90 minutes chacune et bénéficie d’une distribution prestigieuse : parmi les célébrités, il faut compter Peter O’Toole, Geraldine Chaplin, Warwick Davis (qui fut Willow dans un film de Ron Howard), Kristin Scott Thomas ou Omar Sharif, ainsi que l’immense sir John Gielgud et des abonnés aux seconds rôles comme James Fox, Edward Woodward ou Edward Fox.
Le film tente, dans la mesure du possible, de reprendre les enjeux philosophiques et politiques du roman : critique d’un système politique délirant, d’un système judiciaire inhumain, de scientifiques qui ne cherchent pas à faire avancer l’humanité mais s’enferment dans des questionnements abscons et ridicules, etc. Rien n’échappe à la critique, et le scénario est écrit avec assez d’habileté pour rendre cette satire actuelle.

Un récit en désordre
Par contre, la construction d’ensemble du film pose problème. Le récit est bâti en flashbacks, sur une série d’allers-retours entre le présent (Gulliver de retour chez lui et interné) et le passé (le voyage). Les deux temporalités en viennent à s’envahir mutuellement. Le procédé, répété pendant trois heures, se révèle assez lourd.
De plus, le film souffre de l’absence d’imagination de sa réalisation, trop plate pour être remarquable. Nous sommes ici dans une mise en scène typiquement « téléfilmée » qui ne parvient pas toujours à rendre le récit vivant. De fait, le spectateur met un certain temps avant de rentrer dans le film.
Mais malgré ces défauts, ces Voyages de Gulliver constituent une adaptation honnête, trop peut-être, mais qui fait de son mieux pour respecter l’esprit du roman. À voir donc.

Synopsis : après avoir disparu de longues années, Lemuel Gulliver rentre enfin chez lui. Son esprit semble tellement peuplé de ses découvertes extraordinaires qu’il paraît avoir perdu la raison.

Les voyages de Gulliver : fiche technique

Titre original : Gulliver’s Travels
Réalisation : Charles Sturridge
Scénario : Simon Moore
Pays : USA, Royaume-Uni
Interprétation : Ted Danson (Lemuel Gulliver), Mary Steenburgen (Mary Gulliver), James Fox (Docteur Bates), Peter O’Toole (empereur de Liliput), Phoebe Nicholls (impératrice de Liliput)
Musique : Trevor Jones
Montage : Peter Coulson
Photographie : William Atherton
Producteurs : Duncan Kenworthy, Chris Thompson
Société de production : Jim Henson productions, Channel 4 Television Corporation, Hallmark Entertainment
Société de distribution : L.C.J. Editions et productions
Année de sortie : 1996
Durée : 3h00

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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