Le Dernier Chasseur de Sorcières, un film de Breck Eisner – Critique

Le Dernier Chasseur de Sorcières : Au programme, un concentré de testostérone contre des féministes écolos

Synopsis : Au moyen-âge, un groupe de guerriers ecclésiastiques est envoyé combattre contre une reine des sorcières maléfiques qui a lancé sur l’Europe une épidémie de peste. Le seul survivant, Kaulder, est touché par un sort qui le condamne à l’immortalité. Huit siècles plus tard, il continue de lutter, au nom de l’Eglise, pour préserver la paix entre humains et sorcières. La mort suspecte de l’un de ses proches va toutefois lui faire comprendre qu’une nouvelle guerre entre le bien et le mal se prépare à éclater et que c’est à lui seul qu’incombe la mission de sauver le monde.

Jusqu’à présent, la filmographie de Breck Eisner nous a prouvé que son seul talent de cinéaste est de savoir digérer ses références pour satisfaire les exigences miniums des amateurs du genre auquel il s’attaque : le film d’aventure avec son sous-Indiana Jones (Sahara) et son film de zombis-qui-n’en-sont-pas-vraiment avec son remake d’un Roméro (The Crazies), mais aussi ses projets qui ne sont rien d’autres qu’une suite à Karaté Kid et un remake de Flash Gordon. Avec Le Dernier Chasseur de Sorcières, les modèles ne sont pas aussi aisément identifiables mais l’inspiration de tous les derniers succès d’héroic-fantasy vient croiser celle des séries B d’action les plus vintages. Le voir à la barre de ce scénario qui traînait depuis des années dans les cartons de l’écurie hollywoodienne n’a strictement rien de vendeur, mais en apprenant que l’odieux Timur Bekmambetov était prédestiné sur ce projet, on peut s’estimer heureux d’avoir échappé au pire et même tenter de donner sa chance à ce film qui, dès son trailer, s’annonce comme un plaisir coupable sans prise de tête. En misant sur la présence de Vin Diesel, les décideurs des studios Summit Entertainment (la frange « pop-corn movies décérébrés » de Liongate) ont pensé que la popularité de la star allait assurer au long-métrage une certaine visibilité médiatique ainsi que l’adhésion de ses fans. Mais la première conséquence de ce choix de casting est que, en accédant à la production, la star vampirise complètement la mise en scène, qui devient – à l’image de celle des franchises Fast & Furious et Riddick – une bête apologie de son physique imposant. Devant cette démonstration de narcissisme de mauvais goût, on en viendrait presque à regretter les anciennes stars du cinéma d’action, de l’acabit de Sylvester Stallone, ou même Arnorld Schwarzenegger, qui avaient, en plus de leur musculature bien découpée, un minimum de talent d’acteur et de charisme. L’incapacité de Vin Diesel à dégager autre chose que sa grosse voix grave devient rapidement gênante. Toutefois, la présence de l’acteur n’est pas le seul argument de vente du film : il nous propose également une ribambelle d’effets spéciaux aguicheurs. Mais, là encore, l’étalage tape-à-l’œil vire à la catastrophe has-been.

Inutile d’accabler le réalisateur de tous ces défauts rédhibitoires, puisque la véritable source du problème est indubitablement le scénario lui-même. Ouvertement pensée comme une origin-story en vue de lancer une nouvelle franchise, cette aventure délaisse sans vergogne les enjeux de son sujet fantastique qu’est la coexistence entre des êtres humains et des personnes dotées de pouvoirs magiques. Le trio de scénaristes (déjà responsables de l’écriture tout aussi peu inspiré de Dracula Untold) à l’origine de ce script mollasson a clairement préféré, à l’élaboration d’une intrigue surprenante, faire se répéter en boucle sa scène d’introduction expliquant l’histoire de son héros, en appuyant outrageusement sur le pathos de ses flashbacks auprès de sa famille, et sans jamais réussir à donner le souffle épique requis à l’affrontement contre la vilaine sorcière. Les quelques rebondissements, aussi convenus que prévisibles, qui ponctuent ce combat ultra-manichéen entre le bien et le mal ne reposent en fait que sur deux éléments : la naïveté bigote et le machisme pesant avec lesquels sont représentés les rapports hommes-femmes sous l’égide d’une sacro-sainte église, apparaissant comme seule institution capable à dispenser la justice Divine. Aucun suspense ne ressort de cet amas de clichés dépassés et de ressors scénaristiques usés jusqu’à l’os. L’héroïsme et la classe qui caractérisent le personnage de Vin Diesel sont représentés de manière si outrancière (digne d’un John Wick) qu’ils ne laissent même aucun doute quant à sa victoire triomphale sur les méchantes sorcières et leurs disciples. Quant au système narratif qui nous fait découvrir, à travers le regard des personnages secondaires, l’existence secrète des sorcières dans le New-York moderne, il montre vite ses limites en ajoutant constamment des éléments qui permettent de contrecarrer les embauches du scénario pour permettre à son héros invincible d’atteindre son objectif.

Les nombreux effets numériques et incrustations sur fonds verts ne relèvent aucunement le niveau spectaculaire puisque la post-production est à l’image de la mise en scène et de la direction artistique, parfaitement impersonnelles et déjà-vues. Le montage des scènes d’action est souvent trop aléatoire pour être facilement lisible, alors que les effets de ralentis sont, une de fois de plus, utilisés avec une surabondance qui frôle le risible. Mais les producteurs, visant un succès commercial à leur nanar, ont su investir dans un casting attirant pour incarner les rôles secondaires. Le machisme inhérent au scénario redevient la norme de cette distribution dont chaque rôle féminin se doit d’être tenu par une poupée sexy (Rose Leslie, Lotte Verbeek, Dawn Olivieri…). Côté masculin, le duo de prêtres formé par Michael Caine et Elijah Wood est en revanche bien plus encourageant, mais la prestation désincarnée des deux acteurs ne fait que nous rappeler à quel point l’écriture de leur personnage respectif a bâclé tout approfondissement psychologique. Malgré le talent dont ils ont déjà fait preuve, aucun interprète ne sauve son rôle de la caractérisation stéréotypée dont ils souffrent et de la bêtise dans laquelle les plonge la crétinerie des dialogues. Ni le réalisateur ni les scénaristes n’ont semblé capable de retrouver le souffle des modèles datant des années 80-90 dans lesquels ils piochent allègrement, ne réussissant leur Last Witch Hunter à n’être comparé qu’aux plus récents mais bien plus ringards L’Apprenti Sorcier (2010) ou la saga Underworld (entamée en 2003). Peu flatteur.

Dénué de la moindre originalité, Le Dernier Chasseur de Sorcières n’est qu’une banale série B qui repose moins sur sa dimension fantastique que sur la glorification de la brutalité écervelée dont sa star, Vin Diesel, est devenue l’emblème hollywoodien. Un peu plus de rythme et d’originalité auraient fait de ce film un  divertissement susceptible de combler les amateurs de cinéma de genre les moins exigeants, mais leur absence transforme le visionnage de ce pop-corn movie très fade en une longue traversée du désert à peine digne d’un DTV.

Le dernier Chasseur de sorcières : Fiche Technique

Titre original : The Last Witch Hunter
Réalisation : Breck Eisner
Scénario : Cory Goodman, Matt Sazama, Burk Sharpless
Casting: Vin Diesel (Kaulder), Rose Leslie (Chloé), Elijah Wood (Dolan 36), Michael Caine (Dolan 35), Ólafur Darri Ólafsson (Belial), Julie Engelbrecht (La reine des sorcières), Isaach de Bankolé (Schlesinger)…
Décors : Julie Berghoff
Costumes : Luca Mosca
Montage : Chris Lebenzon, Dean Zimmerman
Musique : Steve Jablonsky
Production : Mark Canton, Bernie Goldmann, Vin Diesel
Sociétés de production : Atmosphere Entertainment MM LLC, Summit Entertainment
Sociétés de distribution : SND
Pays d’origine : États-Unis
Budget : 90 000 000$
Langue : Anglais
Durée :  107 minutes
Genre : Action, Fantastique
Dates de sortie : 28 octobre 2015

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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