Accueil Blog Page 679

Cannes 2016: Jury et Sélection « Un certain regard »

Entouré de la présidente du Jury en la personne de Marthe Keller, à l’affiche l’an dernier à Cannes du film de Barbet Schroeder Amnesia, présenté hors compétition.

Le Jury de la section parallèle Un Certain Regard sera composé cette année de la comédienne Céline Sallette (elle était en compétition sur la croisette avec les films: L’Apollonide – souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello en 2011, De rouille et d’os en 2012, Un Château en Italie en 2013 et Geronimo de Tony Gatlif  présenté en séance spéciale en 2014.), de l’acteur mexicain Diego Luna (qui partie de la distribution de Blood Father de Jean-François Richet avec Mel Gibson en séance de minuit et il sera au générique de Rogue One: A Star Wars Story de Gareth Edwards) et du cinéaste suédois Ruben Östlund, (Snow Therapy).

Marthe Keller succède à Isabella Rossellini

18 films sont en lice pour remporter les prestigieux Prix de cette section parallèle

Eshtebak de Mohamed Diab sera le Film d’ouverture de cette sélection et parmi les films très attendus on trouve Captain Fantastic, de Matt Ross, avec Viggo Mortensen, George Mackay, Samantha Isler et Annalise Basso., acclamé lors du dernier Festival de Sundance. La Danseuse de Stéphanie Di Giusto biopic dans lequel la chanteuse Soko incarne l’artiste Loïe Fuller. The Transfiguration, de Michael O’Shea film de vampires new-yorkais et La Tortue rouge, film d’animation poétique de Michael Dudok de Wit.

After The Storm de Kore-Eda Hirokazu
Apprentice de Boo Junfeng
Caini de Bogdan Mirica
Captain Fantastic de Matt Ross
Fuchi Ni Tatsu de Fukada Kôji
Hymyilevä Mies de Juho Kuosmanen
La Larga Noche De Francisco Sanctis de Francisco Márquez et Andrea Testa
Me’Ever Laharim Vehagvaot de Eran Kolirin
Omor Shakhsiya de Maha Haj
Pericle Il Nero de Stefano Mordini
Uchenik de Kirill Serebrennikov
Varoonegi de Behnam Behzadi
Voir du pays de Delphine Coulin et Muriel Coulin
Hell or High Water de David Mackenzie

L’année dernière le Prix Un Certain Regard avait été décerné au film islandais Béliers de Grimur Hakonarson et primés les films Soleil de plomb de Dalibor Matanić, Vers l’autre rive de Kiyoshi Kurosawa, Le Trésor de Corneliu Porumboiu, Masaan de Neeraj Ghaywan et Nahid d’Ida Panahandeh.

Le Jury Un Certain Regard décernera ses prix parmi les 18 films en compétition lors de la cérémonie de clôture qui se déroulera le samedi 21 mai.

 >>> Cannes 2016 : Kirsten Dunst dans le jury, avec Vanessa Paradis et Mads Mikkelsen

 

Les Habitants, un film de Raymond Depardon : Critique

Synopsis : Raymond Depardon part à la rencontre des Français pour les écouter parler. De Charleville-Mézières à Nice, de Sète à Cherbourg, il invite des gens rencontrés dans la rue à poursuivre leur conversation devant nous, sans contraintes en toute liberté.

Raymond Depardon est un cinéaste connu pour ses portraits et documentaires, mais aussi ses fictions, chacune de ses œuvres apportant une certaine innovation, reposant sur une nouvelle idée. Le concept de son nouveau film a rebuté bon nombre de personnes au premier abord. Le cinéaste s’est donné la tâche de recueillir les discussions de personnes rencontrées dans la rue, afin de dresser un portrait des habitants de la province, donner la parole à des inconnus afin d’extraire des témoignages plus ou moins intéressants. Mais la caméra n’est-elle pas un obstacle qui empêche la spontanéité des gens ? N’est-il pas impossible d’oublier la caméra et de reprendre des discussions du quotidien sans se sentir oppressé ou influencé ? Ce sont ces questions qui furent soulevées à de nombreuses reprises. C’est avec ces interrogations que l’on aborde Les Habitants, qui se révèle être une excellente surprise.

Témoigner du quotidien est un acte puissant, qui peut émouvoir et instaurer des réflexions. Le réel tour de force de ce documentaire est que tous les protagonistes sont attachants. Raymond Depardon illustre toutes les classes sociales, et toutes les générations. De jeunes ados parleront des filles de leur classe ou de leur avenir professionnel, des personnes âgées évoqueront l’impossibilité de voir des proches loin d’eux, alors que deux femmes discuteront de la difficulté à trouver un emploi.
Les relations présentées sont également très intéressantes car, lors de certains dialogues, les protagonistes n’ont pas le même âge, ce qui renforce l’aspect humain et touchant de la chose. Alors qu’une mère s’inquiétera de la vie de famille future de sa fille, une autre fera la morale à son fils. Tous apportent leur pierre à l’édifice, même si certains sont silencieux, voire quasi-muets, alors que d’autres monopoliseront la parole.
Aussi, énormément de thèmes sont abordés, certains étant récurrents, d’autres, de l’ordre de l’intime, compliqués à dévoiler. Ainsi, les discussions tourneront autour de l’amour, de l’entrée dans le monde adulte, du mariage, du divorce, de la justice. Mais certains feront également part de leur craintes à propos de leur avenir, un jeune homme ira jusqu’à aborder sa vision de l’avortement, en se basant sur sa relation amoureuse actuelle avec sa compagne.
Aussi, certains thèmes sont très peu abordés, comme la religion, avec seulement ces deux jeunes filles qui pensent que le pape peut changer la Bible à son aise, ou encore la politique, uniquement abordée par une habitante de la ville qui se plaint du manque d’intégration à Villeneuve. Deux thèmes redondant dans les médias, mais que les habitants français délaissent.

Ces inconnus se mettent à nu, s’offrent au spectateur et nous font part de bribes de vie, devant lesquelles on ne se lasse jamais. Le documentaire dure 1h24, et pourtant, une fois le film achevé, on en reprendrait bien encore un petit peu tant les dialogues sont parfois passionnants. On se surprend à aimer écouter ces hommes et ces femmes, sans jamais tomber dans le voyeurisme. Raymond Depardon monte les dialogues, afin de ne garder que le meilleur. Aucun jugement n’est émis sur ces personnes, l’image est brute, et le plaisir est savoureux.
La photographie peut paraître extrêmement simple, et pourtant, elle est révélatrice de beaucoup de choses. Les deux profils qui nous sont proposés finissent par ne former qu’une seule et même personne. Aussi, le plan est assez large, et il est intéressant d’étudier les postures, les petites manies, les différents jeux de mains de ces personnes. Tension, peur, malaise, crispation ou joie se dévoilent par le corps, et non plus uniquement par la parole. Par de petits gestes anodins, les Habitants se rendent attendrissants, parfois même poétiques, et cela malgré eux.

Le film de Raymond Depardon semble se diviser en chapitres, chacun étant marqué par de longs plans sur cette caravane sillonnant les routes de France. On peut voir ces plans comme une pause, un moment de répit, afin de nous remettre des émotions provoquées par les divers témoignages, mais aussi une explication du contexte dans lequel le réalisateur a décidé de travailler.
On notera également que c’est Alexandre Desplat, compositeur ayant travaillé avec Jacques Audiard et ayant plusieurs prix à son actif, qui signe la bande-originale du nouveau documentaire de Raymond Depardon. La composition musicale se juxtapose aux plans de cette caravane qui part à la rencontre des habitants, et se révèle être très puissante, en corrélation totale avec l’esprit du film. On ne se lasse pas de l’entendre, et c’est peut être aussi pour ça que ces longs plans nous paraissent aussi agréables à voir.

Les Habitants est un magnifique documentaire, qui dresse des portraits de vie uniques. Tous se distinguent mais forment un tout qui est une magnifique représentation des faits qui inquiètent, réjouissent ou attristent les français. Même si certains sont parfois un peu gênant ou plus limités, ils n’en restent pas moins superbes, et on reprendrait bien encore un peu de ces paroles d’inconnus qui nous donnent du baume au cœur.

Les Habitants : Bande-annonce

Les Habitants : Fiche Technique

Réalisateur : Raymond Depardon
Photographie : Raymond Depardon
Montage : Pauline Gaillard
Musique : Alexandre Desplat
Productrice : Claudine Nougaret
Sociétés de production : France 2 Cinéma
Distribution (France) : Wild Bunch Distribution
Durée : 84 minutes
Genre : Documentaire
Date de sortie : 27 avril 2016

France – 2016

The Girlfriend Experience, une série de Lodge Kerrigan, Amy Seimetz : Critique des épisodes 1 à 4

Adapté du long métrage de 2009 de Steven Soderbergh, le show Starz, diffusé en US+24 sur OCS Max, nous fait suivre en 13 épisodes l’univers sous-terrain et dangereux des escorts girls.

Synopsis : Christine Reade est une étudiante en droit qui, en parallèle de ses études, réalise un stage dans un grand cabinet d’avocats. Sur conseils d’une amie, elle rentre petit à petit dans le monde très particulier des escorts girls pour financer ses études.

Sujet peu traité en France en vue de son caractère subversif et amorale, citons Jeune et jolie d’Ozon en 2013 ou le documentaire Escort d’Hélène de Crécy en 2011, la prostitution étudiante devient par la caméra de Lodge Kerrigan et la plume d’Amy Seimetz une lutte existentielle pour le pouvoir, et qui dit pouvoir dit bien souvent argent (et vice versa). Le réalisateur est un habitué des plateaux. Ayant déjà réalisé pour Homeland, Longmire, The Killing, The Americans ou Bates Motel, il a dirigé également la scénariste/coproductrice et comédienne. Amy Seimetz, qui joue la sœur de Christine Reade, et lui ont par ailleurs coproduit The Knick aux côtés de Philip Fleishman. Elle décrit la série de la manière suivante : « The Girlfriend Expérience va amener le public au plus près de ce milieu, au point de le bousculer. Il aura l’impression d’être témoin de scènes qu’il ne devrait pas voir. […] Nous l’avons tourné comme un film indépendant. C’est esthétique et très réaliste. » Donner la parole aux créateurs est aussi inutile que demander à un restaurant si sa nourriture est bonne ou à une mère quel est le plus beau des enfants, mais en effet, la photographie assombrie du show et la mise en scène soignée comme un thriller romantique lui donnent raison. Mais est-ce que cette « plongée sans filet dans un monde tabou et intriguant où règnent le sexe et l’argent », comme le décrit OCS, parvient-elle a ébaucher suffisamment d’intérêt pour créer l’addiction ?

« Quand trois millions et demi de gens regardent une série sur le câble, c’est un succès, mais qu’autant de gens voient un film n’en est pas un. Je pense simplement que les films ne comptent plus autant, culturellement. « 

Lodge Kerrigan met le doigt sur une problématique, certes culturelle, mais sociétale intéressante. Mais pour quel positionnement ? Vendre cette adaptation au format standard 45 minutes auraient été suicidaire, au nouveau format 60, la question aurait été légitime d’être posée, sur un nombre d’épisode réduit à 5 ou 6. D’autant plus que l’esthétique cinématographique est engageante. Le choix est porté sur l’ellipse et 13 épisodes de 30 minutes. Nous suivons la triple vie d’une belle et relativement jeune étudiante en droit / stagiaire dans l’un des plus gros cabinets d’avocats de Chicago et escort la nuit. Elle n’a qu’une amie, Avery Suhr (vu aussi dans House of Cards, sous le traits de Lisa Williams la petite amie de Rachel Posner) qui l’initie à ce mode de vie nocturne et singulier. Visage fermé, tailleur serré et courbes strictes et sensuelles, Christine incarné par Riley Keough, qui a débuté en tant que mannequin, ne dégage que peu d’empathie tant l’écriture de son personnage est en filigrane, par les conséquences de ses actes plus que par ses actes eux-mêmes. Si les 4 premiers épisodes ne posent que les bases maîtrisées de son périple vers plus de luxe, plus de conquêtes, plus de pouvoir, ils n’en restent pas moins partiellement attrayant. La faute à quoi ?

En faisant se succéder des bribes clichés du quotidien de Christine, bibliothèque, bureaux vitrés, canapés, la chronologie prend des allures pédantes d’un roman de gare et manque d’un souffle plus réaliste. Lorsque Shame de McQueen éblouit par son élégance invisible érotico-sensuelle, The GE peut séduire pour les mêmes raisons (beaucoup moins « invisible »), mais les 4 épisodes manquent de recul et de rythme, ce qui a pour effet de délaisser le spectateur qui pourrait tout à la fois vaquer à une autre occupation sans perdre le fil, peu trépidant, des activités de Christina Reade. Ses interactions avec Davis Tellis, associé au cabinet Kirkland & Allen, que l’on associe directement au pincé Mickey Doyle dans Broadwalk Empire et l’écrivain Thom Yates dans House of Cardsattisent le feu (courtes flammes et braises fragiles) d’un semblant de curiosité, mais c’est avant tout par son personnage joué par Paul Sparks que cela est dû. Cumulant les interactions à deux, Christine et Avery, Christine et son patron, Christine et la créatrice du site d’escorts, Christine et les hommes, l’échange bilatéral semble constituer à elle seule les tenants et les aboutissants du personnage trop lisse et parfait pour être du commun des mortels (entre Anne Hathaway et Linsay Lohan, bien loin de Mme Tout-le-monde).

Les 4 premiers épisodes ne suffisent pas à se faire un avis objectif sur l’ensemble de la série qui, nous n’en doutons point, doit être d’une excellente facture. The Girlfriend Experience ne joue que difficilement/rarement avec les nerfs du spectateur, mais prenons l’objet comme tel, une baignade en eaux tièdes à demi séditieuse dans l’excitation de se faire reconnaître. Bien que le show aurait gagné à être plus palpitant en jouant avec les codes du thriller, mais tout est encore possible…

The Girlfriend Experience : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=A2F4Drc15fM

The Girlfriend Experience, épisodes 1 à 4 : Fiche Technique

Création : Steven Soderbergh, Lodge Kerrigan et Amy Seimetz
Réalisation : Lodge Kerrigan et Amy Seimetz
Scénarios : Lodge Kerrigan et Amy Seimetz
Interprétation : Riley Keough, Paul Sparks, Mary Lynn Rajskub, Kate Lyn Sheil, Alexandra Castillo…
Photographie : Steven Meizler
Montage: Greg O’Bryant
Musique : Shane Carruth
Casting : Carmen Cuba, Wittney Horton
Producteurs délégués : Jeff Cuban, Philip Fleishman, Gary Marcus, Cuban Jeff, Steven Soderbergh, Lodge Kerrigan et Amy Seimetz
Genre : drame
Format : 13 épisodes de 30 minutes
Diffusion: Starz, OCS

The Girlfriend Experience qui sera diffusé en exclusivité en France sur la chaine OCS MAX du 11 avril au 20 juin en US + 24. L’intégrale de la saison sera disponible à la demande sur OCS Go dès la diffusion du 1er épisode.

Etats-Unis – 2016

Cannes 2016: Les Films Français en compétition

Sur vingt et un film en compétition, la 69e édition ouvre une voie royale au cinéma made in France, puisque quatre longs métrages sont en lice pour recevoir la prestigieuse palme d’or.

Les Films Français en compétition – Personal Shopper d’Olivier Assayas, Rester vertical d’Alain Guiraudie, Ma Loute de Bruno Dumont, Mal de pierres de Nicole Garcia et deux films francophones – La Fille inconnue et Elle.

Personal Shopper d’Olivier Assayas

Au Casting on retrouve Kristen Stewart l’héroïne du Café Society de Woody Allen, présenté dès le premier jour sur la Croisette. Elle retrouve le cinéaste Olivier Assayas après été l’assistante d’une star dans Sils Maria, elle incarne d’ailleurs dans ce nouveau long-métrage un rôle dans la même veine et donnera la réplique à Sigrid Bouaziz , Lars Eidinger, Anders Danielsen Lie, Ty Olwin, Hammou Graia et Benjamin Biolay.

Le Synopsis

Maureen est une jeune Américaine qui gagne sa vie à Paris comme « personal shopper » une assistante chargée de la garde robe d’une célébrité interprétée par l’Autrichienne Nora Waldstätten. Elle possède aussi une capacité aiguë à communiquer avec les esprits, qu’elle partageait avec son frère jumeau, Lewis, décédé récemment.

Le film sortira le 19 octobre.

Rester vertical d’Alain Guiraudie

Découvert lors de la Quinzaine des réalisateurs en 2001 pour son moyen métrage sur la classe ouvrière Ce vieux rêve qui bouge, le réalisateur au eu prix de la mise en scène de la sélection Un Certain Regard en 2013 avec L’Inconnu du lac. Au casting Damien Bonnard face à Gilbert Melki, India Hair, et Laure Calamy vue récemment dans le film  Un monde sans femmes de Guillaume Brac.

Le Synopsis

Les errances d’un jeune homme, cinéaste incarné par Damien Bonnard en mal d’inspiration et en quête de paternité, à travers la France…

Sortie estivale prévue le 24 août.

Mal de pierres de Nicole Garcia

Nicole Garcia adapte un roman de l’Italienne Milena Agus, pour son quatrième passage en tant que réalisatrice après son court (15 août, en 1986, L’adversaire, en 2002, et Selon Charlie, en 2006). Elle été également en compétition comme actrice avec (Mon oncle d’Amérique, en 1980, Les uns et les autres et Beau-père en 1981 et La petite Lili en 2003). Au côté de Marion  Cotillard, Louis Garrel, sixième participation sur la croisette en tant qu’acteur (Les chansons d’amour en 2007, La frontière de l’aube en 2008, Un château en Italie en 2013, Saint Laurent en 2014 et Mon roi en 2015), Pierre Niney et Alex Brendemühl, qui jouait Mengele dans Le médecin de famille, projeté à Un Certain Regard 2013.

Le Synopsis

Ce drame met en scène, Gabrielle, une jeune femme qui a grandi dans la petite bourgeoisie agricole où son rêve d’une passion absolue fait scandale. A une époque où l’on destine d’abord les femmes au mariage, elle dérange, on la croit folle. Ses parents la donnent à José, un ouvrier saisonnier, chargé de faire d’elle une femme respectable. Gabrielle dit ne pas l’aimer, se voit enterrée vivante. Lorsqu’on l’envoie en cure thermale pour soigner ses calculs rénaux, son mal de pierres, un lieutenant blessé dans la guerre d’Indochine, André Sauvage, fait renaître en elle cette urgence d’aimer. Ils fuiront ensemble, elle se le jure, et il semble répondre à son désir. Cette fois, on ne lui prendra pas ce qu’elle nomme « la chose principale ». Gabrielle veut aller au bout de son rêve.

Au cinéma le 19 octobre.

Ma Loute de Bruno Dumont

Sixième sélection pour Bruno Dumont au Festival de Cannes. Sa série policière burlesque P’tit Quinquin avait fait sensation lors de la Quinzaine des réalisateurs en 2014. A l’affiche de Ma Loute, Fabrice Luchini, Juliette Binoche et Valeria Bruni-Tedeschi.

Le Synopsis

Été 1910, baie de la Slack, dans le nord de la France, de mystérieuses disparitions mettent en émoi la région. L’improbable inspecteur Machin et son sagace adjoint Malfoy (mal)mènent l’enquête. Ils se retrouvent, bien malgré eux, au cœur d’une étrange et dévorante histoire d’amour entre Ma Loute, fils aîné d’une famille de pêcheurs aux mœurs particulières, et Billie Van Peteghem, la benjamine d’une famille de riches bourgeois lillois décadents.

Juste la fin du monde de Xavier Dolan

Après l’éblouissant Mommy, le réalisateur Xavier Dolan revient pour la deuxième fois en compétition avec le film franco-canadien, Juste la fin du monde adapté de la pièce de théâtre éponyme de Jean-Luc Lagarce. Au casting de ce drame familial  une pléiade de stars Gaspard Ulliel («Saint Laurent»), Léa Seydoux («La vie d’Adèle»), Nathalie Baye, Vincent Cassel et Marion Cotillard, qui sera également sur l’affiche de Mal de pierres, réalisé par Nicole Garcia. L’actrice obtiendra t elle cette année la seule récompense qui manque à son palmarès ?

Le Synopsis

Le film raconte l’après-midi en famille d’un jeune auteur qui, après 12 ans d’absence, retourne dans son village natal afin d’annoncer aux siens sa mort prochaine.

Sortie le 21 septembre.

La Fille inconnue des frères Dardenne

C’est la septième fois que Jean-Pierre et Luc Dardenne sont de retour sur la Croisette, les frères ont décrochés 2008 le Prix du Scénario pour Le Silence de Lorna; en 2011, ils repartent avec le Grand Prix pour Le gamin au vélo et la Mention Spéciale du Jury pour Deux jours, une nuit en Après avoir reçu deux fois la palme d’or (Rosetta et L’Enfant), les deux réalisateurs européens tentent un triplé avec ce thriller burlesque.

Le Synopsis

Adèle Haenel (révélée par Les Combattants) incarne Jenny, une jeune médecin généraliste qui se sent coupable de ne pas avoir ouvert la porte de son cabinet à une jeune fille retrouvée morte peu de temps après. Apprenant que l’identité de cette personne est inconnue, elle se met en tête de découvrir son nom. L’actrice donnera la réplique à Jérémie Renier (Cloclo).

Sortie de ce nouveau long-métrage le 12 octobre.

Elle de Paul Verhoeven

Le néerlandais Paul Verhoeven est un cinéaste protéiforme, il a tourné des films comme (RobocopTotal RecallBasic Instinct) et des flops (Starship Troopers, Showgirls, l’homme sans ombre…). Le réalisateur fait son grand retour avec son premier film français, Elle, adapté du roman de Philippe Djian avec Isabelle Huppert, Virginie Efira, Anne Consigny, Charles Berling, Laurent Lafitte…

Le Synopsis

Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.

Au cinéma dans la foulée de Cannes, le 25 mai.

 

Cop car, un film de Jon Watts : Critique

Lorsque son distributeur a fait le choix de priver ce film de Jon Watts de projection en salles pour le limiter à une sortie direct-to-video, il ne devait pas encore savoir que le réalisateur allait être adoubé par Kevin Feige pour signer le re-reboot de Spider-man, devenant ainsi un objet de curiosité pour quelques dizaines de milliers de fans.

Synopsis : Deux enfants, Travis et Harrison,  viennent de fuguer de chez eux et tombent, à l’orée de la forêt, sur une voiture de police qu’ils pensent abandonnée. D’abord effrayés, ils commencent à jouer avec et, de fil en aiguilles, en viennent à la voler. Lorsque son propriétaire, un flic ripoux et violent, s’en rend compte, il se lance à la poursuite des jeunes voleurs qui sont loin d’imaginer la menace qui plane sur eux.

Une auto-patrouille comme boite de Pandore.

Quoi qu’il en soit, celui qui l’on doit le sympathiquement horrifique –et déjà minimaliste dans son dispositif– Clown, produit par Eli Roth, confirme par cette chasse à l’homme sa maitrise du cinéma de genre et sa capacité à tirer profit de scénarios simplistes et de budgets limités. Evidemment, le premier argument de Cop Car est la présence de Kevin Bacon, dont le cabotinage est ici tout simplement jouissif, autour de qui se concentre d’ailleurs l’affiche du film. Or la bonne idée du scénario est justement de ne pas avoir fait de son personnage le point de focalisation de la narration, mais d’avoir au contraire su créer un équilibre entre son point de vue et celui des deux gamins. C’est de cette alternance que va naitre le mélange de genres qui fera de ce long-métrage un objet filmique assez particulier et pour le moins intéressant.

Débutant par le récit de ces deux bambins en quête d’aventures, l’ouverture du film prend des allures de quête initiatique, qu’il est d’autant plus facile de rapprocher de Stand by me (Rob Reiner, 1986) que les deux gamins en question font preuve d’une innocence que l’on aurait du mal à trouver crédible chez des gosses de notre époque, et ce malgré le naturel du duo de jeunes comédiens. Après un quart d’heure de péripéties ludiques pleines d’insouciance, la même action va être perçue à travers le contre-champ de ce shérif redneck et sur-cocaïné. Dès lors, le ton va alors radicalement changer, délaissant la légèreté enfantine pour une violence virile que n’aurait pas reniée Jeremy Saulnier (Blue Ruin, Green Room). Cette façon habile de nous multiplier les enjeux d’une intrigue au postulat minimaliste en en adoptant deux points de vue radicalement opposés pose les bases d’un suspense va se révéler étonnamment intense. Un tel procédé ne pouvait toutefois qu’être voué à perdre son effet dans l’irrémédiable télescopage des deux axes narratifs. Et c’est justement ce qui arrive dans le dernier acte, une fusillade entre le shérif et son prisonnier dont les enfants ne seront que les témoins impuissants. Evidemment, certains ne pourront s’empêcher de considérer que cet échange de coups de feu est la seule action et donc le climax de ce film, qu’ils jugeront de fait ostensiblement trop long à se mettre en place, alors que cette séquence s’avère être moins inspirée que tout ce qui l’a précédé car, si la dualité entre ces deux effrayantes figures maléfiques parvient à exploser toute notion de manichéisme lourdaud, elle ne réussit pas à imposer le regard naïf des enfants sur la brutalité du monde qui les entoure.

Il est difficile de ne pas percevoir dans cette réalisation l’influence des frères Coen, que se soit dans la caractérisation ambiguë de ce shérif ou dans la façon qu’a le réalisateur de filmer la violence d’une façon presque absurde et les vastes plaines de Colorado Springs à grands coups de travellings latéraux. Mais les références ne s’arrêtent pas là, puisque sont indirectement cités Spielberg (maitre s’il en est des récits sur le passage de l’état d’enfant à adulte) via la fameuse voiture de police dont la plaque d’immatriculation est la même que celle du camion de Duel, un inévitable maitre-étalon en terme de chasse à l’homme automobile, mais aussi Orson Welles, le nom du comté, tel qu’il apparait une fois encore sur la voiture, étant Quinlan, patronymedu commissaire de La soif du mal, une figure incontournable du flic ripoux. Autant dire que John Watts maitrise ses classiques, sans pour autant repomper sur le travail de ses modèles. On peut même dire que, à l’heure où la mode est aux montages ultra-rapides, Watts prend un soin fou à étirer ses scènes sans les rendre trop longues, parvenant ainsi à accentuer soit l’effet comique quand il s’agit des enfants, soit la tension lorsqu’il s’agit du shérif ou de son prisonnier. Et même si la fusillade finale est moins enthousiasmante scénaristiquement, elle n’en demeure pas moins un moment d’une rare intensité, grâce notamment à cette mise en scène épurée de tout effet de style visuel ou musical.

Du fait de son tournage fait à l’arraché (à peine neuf jours !), Cop Car n’est pas exempt de défauts, et en particulier de faux raccords, mais sa volonté de revenir aux fondamentaux du cinéma de genre pour en tirer une œuvre radicale, plutôt que de succomber aux sirènes des superproductions édulcorées et dialectiques, en fait une proposition de cinéma absolument réjouissante. Comme il est triste de penser que son réalisateur sera d’ici peu absorbé par l’industrie hollywoodienne…

Cop car : Bande-annonce

Cop Car : Fiche technique

Réalisation : Jon Watts
Scénario : Jon Watts, Christopher D. Ford
Interprétation : Kevin Bacon (Shérif Kretzer), James Freedson-Jackson (Travis),  (Harrison), Shea Whigham (le prisonnier) Camryn Manheim  (Bev)…
Photographie : Larkin Seiple, Matthew J. Lloyd
Montage : Megan Brooks, Andrew Hasse
Production : Jon Watts, Cody Ryder, Alicia Van Couvering, Sam Bisbee, Andrew Kortschak…
Société de production : End Cue, Dark Arts Film, Park Pictures Features
Distribution : M6 Vidéo
Festival : Compétition officiel du festival de Deauville 2015
Genre : Thriller
Durée : 88 minutes
Date de sortie : Le 20 avril 2016 en DVD
Etats-Unis – 2015

 

Maggie a un plan, un film de Rebecca Miller: Critique

Plus de cinq ans après son précédent film, les Vies privées de Pippa Lee,  un hommage à un beau personnage féminin qui a révélé Robin Wright (et Blake Lively dans une moindre mesure) dans un rôle nouveau pour elle, La cinéaste Rebecca Miller revient derrière la caméra avec Maggie a un plan, en mettant en scène un autre personnage féminin haut en couleurs.

Synopsis : Maggie, trentenaire, éternelle célibataire et new-yorkaise, a bien l’intention de faire un bébé toute seule, mais elle rencontre John, professeur d’anthropologie et écrivain en devenir, dont elle tombe immédiatement amoureuse.

John, lui, n’est pas très heureux en mariage avec la tumultueuse Georgette qui ne vit que pour sa carrière. Il la quitte pour Maggie, qui attend désormais un bébé, mais après quelques années de vie commune, Maggie a un autre plan en tête et aimerait jeter à nouveau John dans les bras de Georgette…

Maris et femmes

La trentaine un peu hagarde, Maggie (Greta Gerwig) a un premier plan : faire un bébé toute seule. Ainsi commence le film de Rebecca Miller : alors qu’elle se promène avec son meilleur ami Tony (Bill Hader, le casting idéal pour le rôle), Maggie se demande ce qu’elle attend pour avoir un bébé. Son ami lui répond : « A father, perhaps ?* » . Voilà exactement le ton que la cinéaste donne à son film : drôle et plein d’esprit, à la manière de Woody Allen, agréablement bavard…à la manière de Woody Allen.

Campée par une Greta Gerwig emprisonnée désormais dans un rôle unique qu’elle joue en pilotage automatique, Maggie est une fille exaltée, prête, par conviction darwinienne, à faire un bébé avec le premier matheux venu, quand bien même celui-ci a fini sa carrière prometteuse à vendre des pickles géants sur les marchés. Toute la première partie du film la met en situation dans la stature de cette même fille encombrée d’elle-même jouée par la même actrice dans les films de son mari Noah Baumbach, Mistress America, Frances Ha ou encore Greenberg… Maggie est donc de tous les plans, maladroite et exubérante, drôle malgré elle, virevoltant dans ses habits improbables de fille de Quakers, jusqu’au jour où elle rencontre John, un homme dont elle va tomber amoureuse, un « anthropologue ficto-critique », en même temps qu’il s’essaie à écrire un roman.

La comédie est assez enlevée, et une méta-citation du film qui évoque le roman de John comme étant du surréalisme screwball traduit assez bien les situations loufoques que seule une actrice comme Greta Gerwig peut porter sans friser le ridicule. L’acmé de cette partie est une scène en plein dans ce surréalisme : telle l’héroïne de l’Exorciste de William Friedkin dans le Director’s cut, Maggie se met à marcher en crabe sur ses quatre fers pour aller ouvrir à John qui arrive chez elle à un moment crucial de son plan, un délire aussi bien visuel que verbal, avec un timing parfait dans le récit, clôturant idéalement sa partie la plus légère.

Dans une deuxième partie, la gravité se fait davantage sentir dans le film de Rebecca Miller. S’appuyant sur une ellipse temporelle de 3 ans, elle met en scène une Maggie plus tout à la même, mais pas tout à fait une autre. Mère d’une petite fille, mariée à John, elle apparaît comme un vaillant petit soldat, au four et au moulin pendant que John s’escrime sans succès et inlassablement sur son roman. Les tiraillements de la difficile vie moderne de la femme sont esquissés ici et là.  Et c’est ici que Greta Gerwig donne toute la mesure de son talent, en emmenant une gradation subtile dans l’érosion de ses sentiments et dans son désenchantement. Même si la trame du récit reste résolument la comédie, puisque Maggie a de nouveaux plans, la saveur douce-amère qui en émane désormais libère enfin l’émotion qui n’arrivait pas vraiment à éclore au début du film.

Reposant en priorité sur Greta Gerwig, Maggie a un plan est formidablement servi par les autres acteurs. Ethan Hawke est lui aussi toujours égal à lui-même, en tout cas à cette version de lui-même que l’on rencontre notamment dans les films de Richard Linklater, dont Boyhood récemment : un père, éternel « adulescent », cheveux aux quatre vents et yeux endormis, dans une attitude cool prisée par le cinéma indépendant. Quant à Julianne Moore, qui interprète l’ex-femme de John, une danoise au doux nom de Georgette, elle est tout simplement parfaite. Tout comme Greta Gerwig, mais dans un autre genre, elle a ce petit grain de folie qui pimente ses rôles d’une touche très personnelle. Que ce soit dans Still Alice de Richard Glatzer qui lui a valu un oscar en 2015, dans Maps to the stars de David Cronenberg, pour lequel elle a raflé la palme cannoise de la meilleure actrice en 2014, dans The Hours de Stephen Daldry (Ours d’argent à Berlin en 2003) ou encore dans Loin du paradis de Todd Haynes (Meilleure comédienne à Venise en 2002), Julianne Moore a une présence folle, discrète et distinguée, qu’ici elle dynamise avec la drôlerie de cette femme prétentieuse et froide qu’elle affuble d’un irrésistible accent « danois ».

Avec Maggie a un plan, Rebecca Miller, fille du brillantissime Arthur Miller, femme du brillantissime Daniel Day-Lewis apporte sa propre quote-part dans le sérail, et fait le pari réussi d’un récit deux-en-un qui allie légèreté et émotion avec un scénario bien écrit servant des acteurs en forme et bien dirigés. Alors oui, le rapprochement avec Woody Allen n’est ni usurpé, ni exagéré ; Maggie pourrait être la fille d’Annie ou d’Hannah…

* Traduit par « Trouve un père d’abord ». La question de Maggie était précisément : « I need a baby, I just don’t see why I should wait ? » – J’ai besoin d’un bébé, je ne vois vraiment pas pourquoi je dois attendre –

Maggie a un plan: Bande annonce

Maggie a un plan: Fiche technique

Titre original : Maggie’s plan
Réalisation : Rebecca Miller
Scénario : Rebecca Miller, d’après le roman (inachevé) de Karen Rinaldi
Interprétation : Greta Gerwig (Maggie), Travis Fimmel (Guy), Ethan Hawke (John), Julianne Moore (Georgette), Bill Hader (Tony), Maya Rudolph (Felicia), Wallace Shawn (Kliegler), Mina Sundwall (Justine), Jackson Frazer (Paul)…
Musique : Michel Rohatyn
Photographie : Sam Levy
Montage : Sabine Hoffman
Producteurs : Rachael Horovitz, Damon Cardasis, Rebecca Miller, Jonathan Shoemaker
Maisons de production : Freedom Media, Hall Monitor, Locomotive, Rachael Horovitz Productions, Round
Films Distribution (France) : Diaphana Films
Récompenses : –
Budget : ND
Durée : 98 min.
Genre : Comédie
Date de sortie : 27 Avril 2016
Etats-Unis – 2015

 

Carmina !, un film de Paco Léon : Critique

Synopsis : Dans son petit appartement sévillan, Carmina doit faire le deuil de son mari Antonio qui vient de mourir en plein milieu du salon. Elle fait le choix de rester tout le week-end à veiller sur le cadavre avant de le déclarer aux autorités, et ce afin de s’assurer de toucher ses indemnités de fin de mois. Bien qu’elle ait entrainé sa fille Maria dans cette petite entreprise de divulgation, le secret va être difficile à garder.

Paco Léon signe une comédie un peu décousue mais dresse surtout un portrait de femme fracassant.

Ne vous en faites pas si son nom ne vous dit rien, c’est uniquement parce que la sitcom qui a fait connaitre Paco Léon en Espagne, Aída, n’a jamais été diffusée en France. Son premier film, Carmina o revienta, n’a d’ailleurs pas non plus eu droit à une distribution dans l’Hexagone, alors qu’il avait, en 2012, créé en certain tumulte dans le petit monde local des professionnels de la distribution audiovisuelle en étant le premier film hispanique à y sortir à la fois en salles, en DVD et en VOD. Deux ans plus tard, Léon signe une suite à son film qui, elle, sera en revanche exploitée dans quelques salles de cinéma de l’Hexagone. Plus de deux ans après sa sortie en Espagne soit, mais mieux vaut tard que jamais. Mais est-ce que cette suite –dont le titre français se limite d’ailleurs au nom de son héroïne, anaphorique dans les titres originaux, laissant supposer qu’un éventuel troisième opus s’appellera paradoxalement chez nous Carmen 2– peut se voir sans avoir préalablement vu le premier film ? Oui, sans aucun doute.

Il est même fondamentalement moins intéressant de connaitre le background des personnages principaux que l’identité de leurs interprètes. Les deux actrices principales sont en effet pas moins que la mère et la sœur du réalisateur. Autant dire que le tournage s’est fait en famille mais surtout que le rôle-titre, et très probablement certaines situations, sont directement inspirés de souvenirs très personnels. Et les deux femmes font preuve d’une telle liberté de jeu que l’on a, en particulier dans le premier quart d’heure, le sentiment qu’elles sont en plein exercice d’improvisation… et s’en sortent fabuleusement bien. Le personnage de Carmina est clairement une figure féminine très forte, au bagout irrésistible, représentation tout à la fois des rapports de force hommes/femmes post-féministes et d’une classe moyenne prête à tout pour joindre les deux bouts. C’est cette sincérité dans la peinture d’une galerie de personnages aussi attachants que détestables qui rend cette comédie si piquante. Car le scénario ne se contente pas d’observer Carmina parler à son défunt mari, elle donne une place importante aux personnages secondaires.

Même si cela a déjà été dit de quasiment tous les jeunes réalisateurs espagnols de ces vingt dernières années, il est impossible de ne pas rapprocher le film de Léon du cinéma d’Almodovar, et en particulier de son premier long-métrage Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier avec lequel il partage son goût pour les querelles de voisinage et les personnages hauts en couleurs. On remarquera surtout Yolanda Ramos, dans le rôle de l’amie et confidente de Carmina. Les scènes de dialogues entre ces deux grandes gueules sont ainsi tout simplement exquises, probablement les meilleures du long-métrage, malgré leur durée parfois un peu étirée. Cependant, la construction explosée de Carmina apparait comme son défaut majeur. En plus des nombreuses saynètes très drôles tournées en intérieur, où défilent de nombreux voisins invasifs et autres invités de fortune dans cet appartement où Carmina essaye tant bien que mal de garder son lourd secret, le film comporte quelques scènes en extérieur, certes amusantes mais qui brisent la dynamique. Autant l’enterrement de fin était inévitable, et est même le moment où la mise en scène trouve toute sa grâce par le biais d’une bande son habilement décalée, autant toute la partie où Carmina fait appel à son fils pour déloger des squatteurs du salon de coiffure de Maria vient complétement parasiter le mécanisme mis en place. Peut-être est-ce là le sentiment d’un spectateur français habitué des comédies de boulevard, et donc par nature en huis-clos, mais ici la structure éclatée et la volonté d’aller tourner à ciel ouvert nuisent au principal ressort comique et amoindrissent ce sentiment d’émancipation qui rend la conclusion si agréablement troublante.

Bien que très inégale, Carmina est une nouvelle bonne surprise venue de nos chers voisins d’outre-Pyrénées. Portée par une actrice dont on regrettera de ne découvrir l’immense talent qu’à 60 ans, cette pure  comédie dramatique noire profite également de dialogues brillamment écrits, tour à tour cyniques et graveleux.

Carmina ! : Bande-annonce

Carmina ! : Fiche technique

Titre original : Carmina y amén
Réalisation : Paco León
Scénario : Paco León
Interprétation : Carmina Barrios, María León, Yolanda Ramos, Paco Casaus…
Photographie : Juan González
Montage : Ana Álvarez Ossorio
Son : Diana Sagrista
Direction artistique : Antonio Estrada
Production : Álvaro Augustín, Ghislain Barrois, Paco León
Société de production : Andy Joke
Distributeur : Bodega Films
Festivals et récompenses : Biznagas de Plata pour le meilleur scénario et la meilleure actrice secondaire pour Yolanda Ramos au festival de Málaga
Genre : Comédie dramatique
Durée : 94 minutes
Date de sortie : 27 juillet 2016

Espagne – 2014

Captain America: Civil War, un film de Anthony & Joe Russo: Critique

Captain America: Civil War, un pop-corn movie aux allures de pot (pas trop) pourri

Synopsis: Suite aux événements d’Avengers: L’Ère d’Ultron, Steve Rogers forme une nouvelle équipe de super-héros et après un énième incident international, l’ONU fait adopter les Accords de Sokovie  avec l’aide de Tony Stark et du Général Ross. Ces accords divisent les Avengers, anciens comme nouveaux tandis que Rogers cherche encore son ancien ami Bucky, porté disparu, et qu’un certain Zémo semble comploter dans l’ombre. 

Début de la phase 3 du bulldozer Marvel. C’est donc Captain America qui s’y colle pour lancer les premières bases d’une nouvelle ère dans l’Univers Cinématographique Marvel. Mais avant ça, pas mal de choses ont bougées en interne. Dans les films, l’Hydra n’est plus vraiment une menace, sauf pour les Agents du S.H.I.E.L.D qui continuent à ramasser les miettes, Ultron s’est fait atomiser après avoir soulevé une ville dans les airs et le Captain cherche encore son Bucky d’amour, en fuite après avoir été lobotomisé. Derrière la caméra, ce n’est pas moins intéressant. Peu de temps après son intronisation, le roi Whedon tombe de haut en accusant le semi-échec artistique dAvengers : L’ère d’Ultron et choisi de claquer la porte, laissant le siège vacant aux frères Russo. Les deux ayant fait du bon boulot sur Le soldat de l’hiver, le grand patron Kevin Feige leur laisse les clés pour chapeauter cette nouvelle phase, en démarrant donc avec la suite des aventures du Super Soldat. Avec moins d’ambitions littéraires que leur prédécesseur mais un goût marqué pour le cinéma nerveux qui cogne sec, les frangins décident alors de s’attaquer à l’un des plus gros crossover de l’univers Marvel, l’arc Civil War de Mark Millar et Steve McNiven, et en profitent pour faire du pied à DC en proposant eux aussi leur choc des titans entre deux héros populaires.

Autant le dire d’entrée de jeu, la tâche n’est pas aisée. Le comics original affichant au compteur un nombre démentiel de figures mythiques (des Quatre Fantastiques aux Avengers) avec des batailles titanesques dans les rues de New-York, quand l’univers ciné-Marvel en compte pour l’instant une dizaine. Rappelons que Hulk et Thor sont aux abonnés absents, ce qui n’est pas une mauvaise chosescar les deux mastodontes auraient plié le combat en deux-deux (appelons cela l’équilibre des puissances). Casting réduit donc pour cette adaptation, ce qui n’aura pas manqué d’amuser même les fans les plus acquis à la cause avec des bandes annonce qui promettait plutôt un championnat du monde de la savate qu’une véritable « guerre civile ». Ne soyons pas de mauvaise foi, l’ensemble tient plutôt la route. La mise en scène sobre mais maîtrisée des Russo laisse aux personnages assez d’espace pour exister et ne pas se réduire à de simples caméos rigolos. On est loin de l’emphase boursouflée à la testostérone d’un Zack Snyder sous amphétamines. Les effets spéciaux restent spectaculaires sans en faire trop (à part un Tony Stark jeune en numérique qui pourrait donner des cauchemars aux âmes sensibles). Idem coté scénario qui s’éloigne du modèle de la psychologie de comptoir à la David S. Goyer pour proposer des enjeux plus rationnels et plus logiques. Content de voir qu’ici, en deux heures trente, les personnages prennent d’abord le temps de discuter avant de s’en mettre pleins la tronche, chacun donnant son avis ou son ressentit sur la question. Cela reste sommaire, car il y a beaucoup de personnages impliqués, mais en général les actions de chacun semblent logiques et mesurée, là où l’Ère d’Ultron était déséquilibré tandis que Batman v Superman se vautrait dans la caricature de ses propres symboles.

Bref, le film n’est pas honteux pour Marvel. De là, dire que tout est parfait serait un peu optimiste. Le titre, pour commencer, pose problème. Civil War est un film tiraillé entre ses multiples fonctions, démarrer la phase trois, mettre en scène cet affrontement dantesque et revenir sur les conséquences des événement de l’Ère d’Ultron. Mais aussi terminer l’arc narratif amorcé dans Le Soldat de l’hiver. Compliqué tout ça. Si les scénaristes font ce qu’ils peuvent pour relier le tout de façon cohérente, on hésite souvent devant le film. Est-ce un Captain America ou une extension d’Avengers qui introduit de nouveaux personnages ? S’il semble dans un premier temps reprendre les grandes lignes du récit de Mark Millar, on a rapidement l’impression que cette nouvelle loi visant à contrôler les justiciers, élément déclencheur du conflit, n’est finalement qu’un prétexte pour justifier le début des hostilités. Le projet est exposé en début de film pour lancer un premier débat et ne revient jamais vraiment sur la table. Le Captain et Iron Man sont en désaccord, soit, mais rien de grave pour l’instant. Ce qui déclenche vraiment l’intrigue, c’est l’obstination du super soldat à défendre son ancien ami Bucky qui semble incontrôlable, tandis que Tony Stark souhaite l’arrêter. Là se situe vraiment le fond du problème. Aussi la sensation de voir deux films en un est palpable.

Le premier est axé sur une course poursuite haletante entre Tony Stark, Steve Rogers, le soldat de l’hiver et Black Panther, manipulés dans l’ombre par Zémo. Interprété avec sobriété par l’allemand Daniel Brühl (Goodbye Lenine, Inglorious Basterds), ce dernier se révèle, contre toute attente, être un adversaire réussi, aux motivations classiques mais crédibles, avec un plan qui tient la route. Le genre que l’on attendait plus dans une production super-héroïque, très éloigné de son modèle papier (un scientifique nazi un peu timbré) mais plus ambigu que prévu. Le deuxième en revanche s’acharne à justifier le titre du film, en faisant rentrer le plus de combattants possible dans la boite. Si cela permet des scènes d’actions dantesques probablement amenées à devenir cultes, comme la séquence de l’aéroport plutôt prenante et bien fichue, ce deuxième développement semble de trop. Comme dit précédemment, les enjeux relatifs à la loi de contrôle des super-héros sont sommairement traités, le film Captain America: Civil War reste une divergence d’opinion entre deux personnages phares, auquel des secondaires viendront prêter main forte (d’un côté ou de l’autre). Aussi a-t-on du mal à croire en cette « guerre civile » devant des affrontements qui ressemblent plutôt à des batailles de chatouilles entres copains. Chaque personnage ne pouvant s’empêcher de rappeler à son adversaire que, même s’ils se battent entre eux, ils restent toujours amis. Seul le combat final entre Iron Man et Captain America se reconnectera avec le ton plus sombre voulu par le film. Pour le reste, les autres personnages semblent de trop, en particulier Ant-Man, dont la présence est à peine justifiée par le scénario (bien qu’il réserve tout de même son moment surprise) et bien sûr Spiderman.

Cas particulier celui-ci, car attendu par les fans. Le problème ne vient pas du personnage en lui même, son coté ado agaçant étant rattrapé par les réactions irritées de ses collègues, ce qui nuance son côté cool et Tom Holland ne s’en sort pas trop mal dans le rôle. C’est juste qu’il débarque un peu comme ça, Tony Stark annonçant sans prévenir qu’il connaît un type qui peut les aider et va chercher un ado de quinze ans inexpérimenté pour participer à une bataille rangée entre super-héros chevronnés. On sait que Stark est un peu cintré sur les bords mais quand même ! Cette mise en place un peu rapide débouche sur une relation non pas de mentor a élève mais plutôt de patron à stagiaire de troisième. En ajoutant à cela les blagues idiotes du tisseur, les apparitions réduites du personnage deviennent de purs moments de comédie qui n’auraient pas fait tâche dans un film Iron Man, mais semblent légèrement hors de propos par rapport au ton mélancolique et plus sombre que Marvel voulait appliquer aux Captain America. Une rupture de registre qui entraîne des baisses de rythme fort regrettables.

Deux poids et deux mesures donc pour ce nouvel opus. Loin d’être la claque annoncée, le film reste moins chaotique que Batman v Superman et plus mesuré que Avengers : l’Ère d’Ultron. Dommage du coup que l’ambition des producteurs force le film dans plusieurs directions opposées, étirant le tout plus que de raison et provoquant parfois l’ennui. S’il n’est pas un échec, Civil War reste l’aventure la moins intéressante du super soldat.

Captain America: Civil War : Bande-annonce

Captain America: Civil War : Fiche Technique

Réalisateurs: Anthony & Joe Russo
Scénario: Christopher Markus et Stephen McFeely, d’après les personnages de Joe Simon et Jack Kirby, d’après Civil War de Mark Millar
Interprétation : Chris Evans (Steve Rogers), Robert Downey Jr. (Tony Stark), Sebastian Stan (Bucky), Daniel Brühl (Baron Zemo), Scarlett Johansson (La veuve noire), Anthony Mackie (Le faucon), Don Cheadle (Rhodey)…
Musique: Henry Jackman
Photographie: Trent Opaloch
Producteur: Kevin Feige
Producteur délégué: Alan Fine
Producteur associé: Lars P. Winther
Sociétés de production: Marvel Studios et Marvel Entertainment
Société de distribution: Walt Disney Studios Motion Pictures
Genre : Action, science-fiction, super-héros
Durée: 147 minutes
Date de sortie: 27 avril 2016

Etats-Unis – 2016

Tracks, un film de John Curran : Critique

Cette adaptation, qui reprend les mémoires de l’australienne Robyn Davidson (interprétée par Mia Wasikowska), nous propose un réel voyage initiatique, elle cherche à exister par elle-même, et montre ce besoin de parcourir ce territoire, presque inhabité.
Tracks se construit en deux temps.

Synopsis : En 1977, Robyn Davidson décide d’accomplir un exploit, traverser tout le désert Australien de la ville d’Alice Springs à l’océan Indien, soit 2700 kilomètres, accompagné de son chien et de quatre dromadaires. Elle sera suivie tout le long de son parcours par le photographe Rick Smolan afin de faire un reportage pour National Geographic…

Le voyage de la fille aux dromadaires.

Pour commencer, Robyn cherche à obtenir des dromadaires pour l’accompagner dans le but de transporter sa cargaison pour ce voyage qui pourrait durer entre six et sept mois. Elle enchainera les petits boulots avant d’apprendre concrètement le métier d’éleveur pendant plusieurs mois, elle travaillera gratuitement pour obtenir en échange son dromadaire. Après un certain temps, elle obtiendra ses animaux, et avec le soutien financier du magazine National Geographic, elle pourra se lancer dans ce périple qu’elle a toujours rêvé d’accomplir, qui constitue l’autre partie du long-métrage.

La réalisation est efficace avec de superbes plans panoramiques et des plans d’ensembles en plongées et en mouvements qui servent à la contemplation de ces terres désolées. Tout ce voyage est magnifié par ces paysages et ces immenses étendues désertiques. Par ailleurs, la bande sonore et la musique favorisent ce pèlerinage et renforcent notre envie de suivre le parcours de Robyn. Ainsi, la photographie est vraiment le principal point fort de cette aventure.
De plus, cette histoire nous permet de mieux comprendre le comportement du dromadaire, un animal qui nous est peu familier. Le rapprochement autour de ces bêtes est filmé de telle manière que l’on retrouve un caractère ludique et documentaire.
Cette traversée est très réaliste dans l’observation de la vie de ses animaux, mais aussi de la culture des aborigènes qui est sacrée, et qu’ils cherchent à préserver.

Nous avons un attachement pour Robyn qui va devoir comprendre son voyage, mais surtout lutter et survivre dans ce désert surplombé par la chaleur et la lumière du soleil qui brûlent son corps. Certaines scènes sont poignantes, sincères, mais aussi cruelles, notamment envers certains animaux sauvages, renforçant d’autant plus cet effet réaliste.
Le personnage d’Adam Driver, Rick Smolan, présent pour photographier Robyn, est touchant et attendrissant. En effet, son rôle permet de casser la sévérité du personnage de Mia Wasikowska qui s’isole, préférant la solitude plutôt que de s’ouvrir aux autres. Mais, on pourra peut-être reprocher la trop grande simplicité du rapprochement entre ces deux personnages. Il est prévisible de les imaginer ensemble, mais il n’y a aucune nuance dans leur relation quant à la manière qu’elle a de tomber dans ses bras, surtout lorsqu’on constate son refus d’aborder les touristes et les journalistes.

Pour terminer, on pourra reprocher un rythme trop peu soutenu. Les flashbacks sur l’enfance de Robyn servent probablement à mieux comprendre son mal être, son besoin de liberté, et cela permet aussi de faire le parallèle entre ses deux chiens, celui de son passé et celui présent pendant son trajet. Néanmoins, la plupart de ses flashs sont trop courts pour qu’on s’y implique et ne sont pas forcément utiles à la narration, au contraire. Nous comprenons facilement que Mia joue un personnage qui veut se prouver quelque chose, la présence de ces passages n’est donc pas forcément nécessaire et casse le rythme du film et de son voyage également.

De même, la mise en scène joue plus sur la contemplation plutôt que sur l’expédition en elle-même. Ainsi, la longueur et la lenteur accentuent cette réflexion autour de ce désert qui donne l’impression de ne jamais finir. Nous aurons donc plaisir à découvrir ces sites naturels, ces habitations en ruines, et ces terres arides, très réelles. L’atmosphère du film se trouve par conséquent essentiellement dans la photographie de Mandy Walker qui immortalise tous ces panoramas, inspirés des vraies photos de Rick Smolan.
Ce biopic reste très fidèle à la réalité et à l’incroyable histoire de Robyn, que l’on appelait la fille aux dromadaires.

Tracks : Bande-annonce

Tracks : Fiche Technique

Réalisation : John Curran
Scénario : Marion Nelson
Interprétation : Mia Wasikowska (Robyn Davidson), Adam Driver (Rick Smolan), Emma Booth (Marg), Rainer Bock (Kurt), Jessica Tovey (Jenny)…
Costumes : Marriott Kerr
Photographie : Mandy Walker
Montage : Alexandre de Franceschi
Musique : Garth Stevenson
Producteurs : Iain Canning, Emile Sherman
Société de production : See-Saw Films
Date de sortie : 27 Avril 2016
Durée : 112 minutes
Genre : Aventure, biopic
Australie – 2013

Cromo, un Eco-Thriller venu d’Argentine : Séries Mania

Cromo : Un thriller scientifique sur fond de problématiques environnementales

Synopsis : Valentina, biologiste, prélève des échantillons d’eau dans une réserve naturelle du nord de l’Argentine. Elle est retrouvée sans vie le lendemain.. Son mari et son amant mènent l’enquête…

Le fait est qu’aujourd’hui, la série tient une place centrale dans le médium télévisuel. Puisque le cinéma est plus que jamais infortunément une affaire de gros sous et que l’innovation scénaristique ne s’agrège plus qu’au seul grand écran, il faut bien alors considérer ce format audiovisuel pour ce qu’il est devenu depuis une dizaine d’années : un véritable écrin où brillent l’audace et l’intégrité de cinéastes en manque de liberté chez leurs voisins du 7 ème art.

Sans revenir sur l’avènement des chaines câblées américaines qui ont permis l’émergence d’une nouvelle lignée de créateurs  majeurs (cela a été disséqué et analysé un peu partout), il faut bien comprendre l’impact que cela caractérise chez les tenants de l’auteurisme mondialisé. Notre consommation effrénée de nouveaux programmes a poussé des chaines telles que Arte et Canal+ à acquérir d’illustres compagnons : Jane Campion s’est ainsi récemment démarquée avec son Top Of The Lake tandis que les nordiques débarquaient en force dans L’Hexagone avec Bron, The Killing, Borgen ou encore Real Humans. Les israéliens n’ont pas été en reste puisque sont venues dans nos contrées Hatufim et Hostages entre autres. Mais il fallait un événement encore plus conséquent pour entériner définitivement l’avènement du format.

On le sait, Paris est précurseur de bien des choses culturelles. Et son appétence pour le défrichage se vérifie fréquemment. Pas surprenant donc que le premier grand festival international de séries prenne place dans notre bonne vieille capitale. En place depuis sept ans, il accueillait pour la toute première fois dans cette édition 2016 une compétition débordant largement des frontières européennes. L’occasion de vérifier et de confirmer que l’incursion de la star néo-zélandaise n’était pas qu’un feu de paille.

Lucia Puenzo, reconnue des amateurs de films argentins, n’est pas une débutante dans l’industrie. Également écrivaine de romans à l’audience ténue mais de plus en plus affirmée, elle a su se faire un nom grâce au Festival de Cannes. Récompensée du Grand Prix de la Semaine de la Critique en 2007 pour son premier (et sensible) long-métrage XXY ainsi que d’un Goya espagnol du meilleur film étranger, elle y est depuis revenue régulièrement. Cromo, son nouveau projet, était présenté en première européenne pour ce « Séries Mania » en ce mois d’avril 2016.

Il est évidemment ardu d’argumenter un avis pertinent sur deux épisodes d’une série qui en compte douze. Tenons-en nous alors à une simple chronique détaillée. Aidée de ses complices Nicolas Puenzo et Pablo Fendrick (ce dernier étant pareillement un habitué de la Croisette), la scénariste-romancière semble tisser une intrigue sentimentalo-écologique tendue et épurée. L’enjeu dessine en creux un portrait kaléidoscopique des clivages de la société argentine sur les questions de l’environnement. Il faudra en voir bien plus pour comprendre quel destin lie tous les personnages. Mais la piste meurtrière qui parait se dessiner autour de la figure centrale de la scientifique Valentina indique une orientation de thriller aux contours encore flous.

La nature y trouve une place conséquente et les paysages filmés en panorama sont d’autant plus resplendissants qu’ils résonnent à nos yeux comme de possibles métaphores de la sauvagerie humaine. Située pour l’instant autour d’un axe fort montagne arctique castratrice-marécage aquatique carnassier (les crocodiles y rôdent patiemment dans l’attente de chair fraîche), l’intrigue installe une rivalité amoureuse qui pourrait bien éviter l’écueil du roman-photo. L’activité annexe de la cinéaste se ressent en ce sens qu’elle influe une dynamique d’écriture particulière pour faire vivre ce petit monde en quasi autarcie. La réalisation en épouse consciencieusement le rythme et en dicte le tempo « mezzo-vocce ». Car nous ne sommes pas ici dans la caricature frénétique des homologues US. Il faut appréhender la lenteur du schéma comme une volonté explicite de chercher en notre compagnie les indices clefs de l’enquête.

En somme, un point de départ très attrayant pour Cromo qu’il nous tarde de découvrir plus en profondeur. Puisse nos chaines moins généralistes daigner bousculer leurs antennes pour faire de la place à cette petite pépite en devenir.

Cromo : Bande-annonce

Présenté au Festival de Toronto, le drame réalisé par Pablo Fendrik (El Ardor), est basé sur les histoires vraies d’une équipe de scientifiques qui a exposé les crimes environnementaux dans le nord de l’Argentine. Lucía Puenzo et son frère Nicolás Puenzo sont maintenant en pourparlers pour adapter la série en un long métrage après avoir obtenu un accord avec la production et la distribution basées sur Paris.

Cromo : Fiche Technique

Réalisateurs: Lucía Puenzo, Nicolás Puenzo, Pablo Fendrik
Créateurs: Lucía Puenzo, Nicolás Puenzo, Pablo Fendrik
Scénaristes: Lucía Puenzo, Nicolás Puenzo, Sergio Bizzio, Leonel D’Agostino
Interprétation : Emilia Attias, German Palacios, Guillermo Pfening, Emilia Attias, Moro Anghileri
Producteurs : Historias Cinematográficas
Vendeur international Pyramide
Diffuseurs Argentine : TV Pública
Genre : Drame
Format : 12 épisodes de 45 minutes environ
Argentine – 2015

Auteur : Le Cinéphile Dijonnais

Cannes 2016, le jury du 69ème Festival: Mads Mikkelsen, Kirsten Dunst…

Le président du jury George Miller succède ainsi aux Frères Coen, ils avaient décernés la Palme d’Or à Jacques Audiard pour son film Dheepan. Aux côtés du cinéaste australien, huit personnalités du cinéma mondial venues d’Iran, du Danemark, des États-Unis, d’Italie, de France, du Canada et de Hongrie. Ils devront choisir parmi les vingt-et-un films en compétition celui qui recevra la prestigieuse Palme d’or.

Ce 25 avril, le jury de la 69ème édition du Festival de Cannes a officiellement été dévoilé. Quatre femmes et quatre hommes formeront le jury.

Le jury du 69ème Festival au complet

Mads Mikkelsen l’acteur danois a eu le prix d’interprétation masculine en 2012 pour La Chasse de Thomas Vinterberg, il sera présent dans les blockbusters Doctor Strange prévu pour le 26 octobre en France et Star Wars Rogue One.

Kirsten Dunst l’actrice américaine fait ses premiers pas au cinéma en 1989 dans le film à sketches New York stories de Woody Allen. A 11 ans elle donnera la réplique à Tom Cruise et à Brad Pitt dans « Entretien avec un vampire » de Neil Jordan. En 2011, elle remporte le prix d’interprétation féminine pour Melancholia de Lars Von Trier. Elle est actuellement à l’affiche du film Midnight spécial.

Laszlo Nemes dont le premier film Le Fils de Saul, a été récompensé du Grand Prix au dernier festival de Cannes.

Arnaud Desplechin César 2016 du meilleur réalisateur pour 3 souvenirs de ma jeunesse.

Valeria Golino l’actrice italienne était présente en tant que réalisatrice, en 2013 dans la catégorie “un certain regard“ avec le film Miele

Vanessa Paradis chanteuse et comédienne, elle avait en 1995 sur la scène du palais des festivals interprétée Le Tourbillon de la vie (la chanson du film Jules et Jim) avec Jeanne Moreau.

Katayoon Shahabi fondatrice de la société Sheherazad Media International et Noori Pictures société de distribution basée à Paris, elle s’occupe notamment des films d’Asghar Farhadi, en compétition cette année avec The Salesman.

Donald Sutherland l’acteur canadien est un habitué des tapis rouge, il a incarné Casanova pour Federico Fellini et joué l’un des premiers rôles dans le film culte,  MASH de Robert Altman, palme d’or en 1970. Nous avons pu le voir récemment dans la peau du Président Snow dans la saga Hunger Games

La palme d’or sera remise lors de la cérémonie de clôture le 22 mai.

Sélection Cannes Classics 2016

Programme 2016 de La sélection de Cannes Classics dédiée à l’histoire du cinéma : Bertrand Tavernier dévoile en avant-première un documentaire de 3h15 « Voyage à travers le cinéma français« , une leçon de cinéma animée par William Friedkin, un documentaire sur Bernadette Lafont

Créée à l’initiative de Thierry Frémaux, la section Cannes Classics met en lumière des copies restaurées de films anciens pour ainsi permettre leur redécouverte.

Retrouvez cette belle sélection ci-dessous.

Documentaires
• Voyage à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier
• The Cinema Travelers de Shirley Abraham et Amit Madheshiya
• The Family Whistle de Michele Russo
• Cinema Novo de Eryk Rocha
• Midnight Returns: The Story of Billy Hayes and Turkey de Sally Sussman
• Bright Lights: Starring Carrie Fischer and Debbie Reynolds de Alexis Bloom et Fisher Stevens
• Gentleman Rissient de Benoît Jacquot, Pascal Mérigeau et Guy Seligmann
• Close encounters with Vilmos Zsigmond de Pierre Filmon
• Et La femme créa Hollywood de Clara et Julia Kuperberg
• Bernadette Lafont et Dieu créa la femme de Esther Hoffenberg

Copies restaurées
• Die letzte Chance (La Dernière chance) de Leopold Lindtberg (1945, Suisse)
• Farrebique de Georges Rouquier (1946, France)
• Dolina Miru (La Vallée de la paix) de France Stiglic (1956, Slovénie)
• Ikarie XB 1 de Jindřich Polák (1963, République Tchèque)
• Jago hua savera (Quand naîtra le jour) de Aaejay Kardar (1958, Pakistan)
• Memorias del subdesarrollo (Mémoires du sous-développement) de Tomás Gutiérrez Alea (1968, Cuba)
• Santi-Vina de Thavi Na Bangchang (1954, Thaïlande)
• Szerelem (Amour) de Károly Makk (1971, Hongrie) • Howards End (Retour à Howards End) de James Ivory (1992, Royaume-Uni/Japon)
• Le Décalogue 5 (Tu ne tueras point) et 6 (Tu ne seras pas luxurieux) de Krzysztof Kieślowski (1989, Pologne)
• Momotarô, Umi no shinpei (Momotaro, le divin soldat de la mer) de Mitsuyo Seo (1945, Japon)
• One-Eyed Jacks (La Vengeance aux deux visages) de Marlon Brando (1961, Etats-Unis)
• Solyaris (Solaris) de Andreï Tarkovski (URSS, 1972, Fédération de Russie)
• Ugetsu monogatari (Les Contes de la lune vague après la pluie) de Kenji Mizoguchi (1953, Japon)
• Dragées au poivre de Jacques Baratier (1963, France)
• Valmont de Milos Forman (1989, France)
• Gueule d’amour de Jean Grémillon (1937, France)
• Masculin féminin de Jean-Luc Godard (1966, France)
• Indochine de Régis Wargnier (1992, France)
• Adieu Bonaparte de Youssef Chahine (1984, France/Egypte)
• La Chambre des tortures de Roger Corman (1961, Etats-Unis)
• Rendez-vous de juillet de Jacques Becker (1949, France)

Séances spéciales
• Terrore nello spazio (La Planète des vampires) de Mario Bava (1965, Italie/Espagne)
• Tiempo de morir de Arturo Ripstein (1966, Mexique)

Programme anniversaire double Palme d’or 1966
• Signore & signori (Ces messieurs dames ou Belles dames, vilains messieurs) de Pietro Germi (1966, Italie/France)
• Un Homme et une femme de Claude Lelouch (1966, France)

Hommages croisés à Raymond Depardon et Frederick Wiseman
• Faits divers de Raymond Depardon
• Hospital de Frederick Wiseman

Retrouvez toute la sélection de Cannes Classics