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Palmarès Séries Mania 2016 & Bilan

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Festival Séries Mania 2016 : Un 7ème anniversaire réussi

Dimanche 24 avril 2016. Le rideau tombe après une dernière journée de festival peu mouvementée. La dernière conférence sur la violence des séries/ violence du monde semblait être un prétexte à philosopher une heure et demi sur un concept trop universel pour provoquer le moindre intérêt sériephile. Malheureusement, le marathon est divisé en deux horaires et le choix des comédies est limité à peau de chagrin, d’autant que seules Crazy Ex-Girlfriend et Crashing justifient de véritables zygomatiques. Nous connaissions le show de Rachel Bloom et Aline Brosh McKenna, diffusé sur la CW depuis le 12 octobre 2015, qui bénéficiera d’une saison 2. La sitcom britannique nous était inconnue et la surprise est entière, mais nous ne comprenons toujours pas pourquoi les marathons sont devenus singuliers. Peu avant la cérémonie de clôture, avait lieu une lecture publique d’un scénario de websérie écrit en 48h par 10 auteurs du studio 4. L’intérêt premier de cette journée n’était pas la projection des deux premiers épisodes de 11.22.63, mais bel et bien la remise des prix après 10 longs et passionnants jours de Séries Mania. Comment les résumer?

Trop du genre policier, beaucoup de « thriller », peu d’exclusivité, mais l’occasion de faire (re)découvrir des séries déjà diffusées au(x) grand(s) public(s), comme Thirteen, American Crime Story, Show Me a Hero ou Casual etc. On remercie AMC pour Feed The Beast et Arte pour ce catalogue alléchant : Norskov, Au-Delà des murs, Jordskött (pas au programme de cette 7ème édition, mais le pilote a été dévoré et le rédacteur attend la suite en vostfr avec impatience)… David Chase, Matthew Penn, Tony Grisoni, Frank Spotnitz (The Man In The High Castle), Leïla Behkti, Cuba Gooding Jr. et tous les créateurs et créatrices venu(e)s présenter leurs séries ! La chaîne a gagné davantage notre estime que toutes les autres, plateforme Netflix et Hulu réunies. On rigole jaune de Marseille, se navre de Sam, s’indiffère face à Vinyl, mais pour les sériephiles que nous sommes, Séries Mania a su combler notre soif insatiable de découverte et séries du monde. Israël était notamment invité avec Mama’s Angel ou The Writer, les pays scandinaves avec Lola Upside Down, Spring Tide, Bordertown, Nobel ou Splitting Up Together, le Royaume-Uni maître en la matière avec London Spy, Capital, War & Peace, The Night Manager ou Close To The Enemy, c’est la Belgique qui a reçu les honneurs avec les trois séries primées. Les webséries font toujours événements. Il était impossible de tout couvrir, même à deux rédacteurs, tant le contenu était riche et varié, surtout avec des séances intéressantes superposées. On suppose une ouverture plus importante l’année prochaine avec un chiffre record de 38 000 visiteurs à dépasser (sur 22 000 l’année passée). Venons-en donc aux faits, car on parle, on parle… :

Le Palmarès Séries Mania 2016 :

PRIX DE LA COMPÉTITION INTERNATIONALE

Le jury s’est arrêté sur deux séries en remettant le Grand Prix à El Marginal, une création argentine créée par Sebastian Ortega et réalisée par Luis Ortega, Javier Perez et Alejandro Ciancio. Produite par Underground Producciones, elle est diffusée en Argentine par TV Pública. Il a remis un prix spécial à The Kettering Incident, série australienne créée par Victoria Madden et Vincent Sheehan et réalisée par Rowan Woods et Tony Krawitz. Produite par Porchlight Films et Sweet Potato Films, elle est diffusée en Australie par Foxtel et Showcase Channel.

PRIX DU PUBLIC

Deux séries en compétition internationale se partagent le (notre) coup de cœur des spectateurs. Beau Séjour, série belge créée par Nathalie Basteyns, Kaat Beels, Sanne Nuyens et Bert Van Dael et réalisée par Nathalie Basteyns et Kaat Beels. Produite par deMENSEN, cette série flamande sera diffusée en Belgique par VRT (Eén) et prochainement en France par ARTE. Jour Polaire, franco-suédoise créée et réalisée par Måns Mårlind et Björn Stein. Produite par Nice Drama et Atlantique Productions, cette série sera diffusée en Suède par SVT et prochainement en France par CANAL+ (création originale).

PRIX DU JURY DE LA PRESSE INTERNATIONALE

Cinq journalistes des médias suivants : The Guardian (Royaume-Uni), Der Spiegel (Allemagne), Le Temps (Suisse), Aftonbladet (Suède) et Cambio 16 (Espagne) ont remis, parmi les 6 séries francophones en lice, le prix de la meilleure série à La Trêve, créée par Benjamin d’Aoust, Matthieu Donck et Stéphane Bergmans et réalisée par Matthieu Donck. Produite par Hélicotron, cette série a été diffusée en Belgique par Proximus TV et la RTBF et prochainement par France 2.

La meilleure interprétation féminine revient à Laurence Leboeuf (vue dans Les Beaux Malaises), pour sa prestation dans la série canadienne Marche à l’ombre créée par Ian Lauzon et Ludovic Huot et réalisée par Francis Leclerc. Cette série produite par Avenue Productions a été diffusée au Canada sur la plateforme Super Écran.

Et celui de la meilleure interprétation masculine est décerné à Angelo Bison pour la série belge Ennemi public créée par Antoine Bours, Gilles de Voghel, Matthieu Frances et Christopher Yates et réalisée par Matthieu Frances et Gary Seghers. Produite par Playtime Films et Entre Chien et Loup, cette série sera diffusée en Belgique par Proximus TV et la RTBF.

PRIX DE L’ASSOCIATION FRANÇAISE DES CRITIQUES DE SÉRIES

Nouveau cette année, le prix de la meilleure série américaine a été remis par l’Association Française des Critiques de Séries à Mr. Robot (le résultat était serré avec American Crime),  créée par Sam Esmail et coréalisée avec Niels Arden Oplev. Cette série récompensée par le Golden Globe de la meilleure série dramatique a été diffusée par USA Network et prochainement par France 2.

PRIX DU JURY DES BLOGUEURS*

Composé de Nora Bouazzouni (Libération et Slate.fr), Christophe Chadefaud (Popandup.fr), Julia Ménez (vidéo-blog Les ShowRunners), Alexandre Letren (Season1.fr, Radio VL) et Arancha Sánchez (Tvspoileralert.com), le jury a décerné le prix à NSU German History X créée par Gabriela Sperl et réalisée par Christian Schwochow. Cette série allemande produite par Wiedemann & Berg est actuellement diffusée en Allemagne par ARD.

*Nous avions tenté notre chance

PRIX DES WEBSERIES

Les internautes ont pu voter en ligne ou sur place lors des deux séances dédiées, et ils ont élu, parmi les 16 sélectionnées, Dating Dali, meilleure web-série internationale. Espagnole, elle est réalisée par Alonso Laporta et produite par Alonsa Laporta et Gon Alonso.

https://www.youtube.com/watch?v=vVPr8mLCGiA

Feed The Beast de Clyde Phillips: Séries Mania 2016

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Festival Series Mania 7ème édition : fine bouche et guerres urbaines

En cette neuvième et avant-dernière journée, Clyde Philipps, grand ami de Séries Mania depuis sa création, est venu nous parler de sa toute dernière création AMC, Feed The Beast, réunissant David Schwimmer et Jim Sturgess dans un Bronx en pleine mutation. Utilisons le terme « création » qu’avec précaution, car il a acheté les droits notamment à la chaîne danoise DR1 pour adapter une dramédie de 16×25 en deux saisons. « Bankerupt/Broke«  ne viendra que plus tard, l’animatrice du débat et journaliste Charlotte Bloom, fermée dans ses propres intérêts, en ne pensant qu’à son plaisir et peu celui du public, n’énoncera que bien plus tard le nom de la série danoise comme si nous existions enfin. Les regards dans l’assemblée sont rassérénés. C’est avec un plaisir toujours affable que le showrunner développe ses réponses, en rentrant dans les détails.

Son père était boucher et passionné de cuisine. Après avoir travaillé dans une librairie, le jeune adolescent ballotté entre Boxton, Los Angeles pour retrouver sa mère et sa sœur, et Chicago, se retrouve assistant d’un producteur de jeu télévisé. Il a rapidement l’opportunité d’écrire et au début des années 1990, la trentaine, il crée sa première série qui durera 3 saisons, Parker Lewis Can’t Lose. Les questions reviennent sur Dexter, qu’il a quitté à la saison 5 et sur son avis sur le finale, puis sur celui de Nurse Jackie. On en arrive enfin à Feed The Beast, qui vient tout juste sortir du four, le tournage de l’épisode 7 se terminant actuellement et l’écriture du finale en version 1. Clyde nous avoue devoir le retravailler dans l’avion du retour, le lendemain. Feed The Beast a plusieurs significations : continuer d’alimenter un système, une organisation, une force que l’on ne peut contrôler / satisfaire un insatiable appétit, une envie ou besoin irrépressible. Le retour à la fine gastronomie comme réponse à un milieu fatalement perverti par le pouvoir et l’argent. Clyde Phillips nous parle de la série documentaire Chef’s Table sur Netflix (en mai 2016) comme une des références. Un spectateur lui rappelle son expérience de showrunner sur Get Real (première apparition de Anne Hathaway et Jesse Eisenberg) et Christina Pickles qui joue la mère de Ross dans Friends. David Schwimmer a en horreur d’être comparé à ce personnage maladroit qui le colle à la peau, nous confie Clyde, puis il a parlé de la frustration que ce dernier et son équipe sur Dexter ont ressenti face à Mad Men aux Emmy Award. AMC nous fait donc l’immense honneur d’être les premiers spectateurs du pilote de 45 minutes.

Tommy et Dion, deux amis, ouvrent à New-York le restaurant dont ils rêvent depuis des années. Mais Dion a de nombreux problèmes avec la pègre et la loi, tandis que Tommy se remet de la mort de sa femme en élevant seul son fils…

En effet, l’adaptation américaine est plus pêchue que la version danoise, correspondant plus à un horaire du dimanche après-midi sur TF1 qu’un vendredi soir sur Arte, mais le problème de ce pilote est dans sa résolution intrinsèque. 45 minutes pour défaire le nœud et l’arc narratif principal, l’amitié des deux hommes et la confiance que l’un porte à l’autre. La crédibilité en prend sévèrement un coup, au regard de ce qui les éloignait, lorsqu’ils décident finalement de s’unir à nouveau pour l’entreprise. Le personnage de Jim Sturgess, petite frappe plus maligne que féroce mérite plus de nuances que son propre charisme de womanizer. David Schwimmer s’en tire avec les honneurs, après le père Kardashian, entre roc et argile, fier mais friable, dans la saison 1 d’American Crime Story. Il incarne Tommy, sommelier de renom, veuf père de famille endeuillé qui s’est réfugié dans la boisson, et à présent vendeur de vin. Dion sort de prison, mais est loin d’en avoir fini avec ceux qui veulent sa peau. Sa relation avec son avocate est ambiguë et les retrouvailles avec son entourage manquent de relief. En allant droit au but, les intentions sont trop criardes, les dialogues calibrés, favorisant l’impression de déjà-vu au profit d’un réel regard innovant sur la réinsertion et la rédemption. Bien qu’attachante, Feed The Beast se doit de rehausser la barre et proposer une mise en scène plus audacieuse, une écriture plus originale si elle veut perdurer sur la durée. Des secrets vont être résolus à la fin de la saison 1, mais d’autres permettront d’alimenter la 2ème. Nous avons déjà notre petite idée sur le contenu de ces secrets, tant la subtilité n’est pas le principal ingrédient de ce plat loin d’être haut de gamme, mais très appréciable.

 

Feed The Beast : Fiche Technique

Créateur : Clyde Phillips
Réalisateurs : Jon S. Baird, Steve Shill
Interprétation : Jim Sturgess, David Schwimmer, Lorenza Izzo, Michael Gladis, Christine Adams
Vendeur international : Lionsgate
Diffuseur(s) : AMC
Version : VOSTFR
USA – 2016

Eddie The Eagle, un film de Dexter Fletcher : Critique

Eddie The Eagle (surnom d’Eddie Edwards) est un biopic qui se démarque par l’originalité du thème traité. En effet, Dexter Fletcher fait le choix de s’intéresser à un sportif aujourd’hui oublié. Finies les superstars, place aux souvenirs et aux hommes ayant fait la fierté, même durant une courte période, de leur nation.

Synopsis : Eddie Edwards n’a jamais rien eu d’un athlète, bien au contraire. Pourtant, depuis qu’il est petit, il n’a qu’un seul rêve : participer aux Jeux Olympiques. Au fil des années, ni son piètre niveau sportif, ni le manque de soutien, ni les moqueries n’ont entamé sa volonté. Et c’est ainsi qu’en 1988, celui qui n’a jamais lâché a réussi à se retrouver, on ne sait trop comment, aux Jeux Olympiques d’hiver de Calgary. Avec l’aide d’un entraîneur aussi atypique que lui, ce sauteur à ski pas comme les autres va secouer le monde du sport et conquérir le cœur du public en accomplissant une performance olympique aussi improbable qu’historique…

Le film nous dévoile le parcours d’un homme et son envie de réussir. Ainsi, on remonte à l’enfance de ce drôle de personnage afin de saisir tout l’enjeu des objectifs qu’il se fixe. La construction narrative est simple, fidèle à bon nombre de biopics, et permet au spectateur de ne pas rater un détail marquant ou à un fait clé de l’histoire du sportif. Mais parfois, faire dans le conventionnel est une bonne chose. Eddie The Eagle est un excellent feel-good movie, qui ne peut que faire naître un sourire sur le visage du spectateur ce dernier une fois sorti de la salle. On ne s’ennuie pas et on suit avec plaisir les péripéties du jeune homme. Meme s’il est parfois agaçant, voire tête à claques, on ne peut qu’éprouver de l’empathie pour lui, tant il est touchant et tant il veut prouver de quoi il est capable. Taron Egerton campe à la perfection Eddie Edwards, allant jusqu’à jouer la déformation faciale de ce dernier, celui ci etant prognathe. Son rôle se détache de celui qu’il nous avait proposé dans Kingsman, et le jeune homme prouve qu’il a plus d’une corde à son arc, car cette prestation n’est pas toujours des plus faciles, et a nécessité un jeu plus poussé qu’elle ne peut le laisser croire.

Mais la carrière de Eddie Edwards c’est également le travail d’un entraîneur, qui, lorsque l’on est confronté à lui, est désagréable au possible. Alcoolique et méprisant, Hugh Jackman endosse avec succès le rôle de Branson Peary. Au fur et à mesure de l’histoire, on apprend à le connaître, et son vrai visage s’offre à nous, ainsi, l’acteur américain fait preuve d’une réelle folie qui fait plaisir à voir. Rires, cris de joie et coups de gueule font de son personnage un individu haut en couleur qu’on apprend à aimer, même si on ne peut échapper au cliché de l’homme qui renie son passé et qui ne souhaite jamais en parler. Eddie the Eagle repose sur un duo d’acteurs génial qu’il est agréable de suivre. Chaque personnalité est différente, et pourtant, l’association est parfaite, laissant parfois place à de nombreuses scènes humoristiques, mais également à de réels moments de grâce. Aussi, les petites apparitions de Christopher Walken ne peuvent que faire plaisir, si on aime l’acteur, même si son personnage n’est pas des plus importants.

De son côté, Dexter Fletcher ne fait pas le travail à moitié et s’approprie l’histoire du sportif anglais. Les décors sont majestueux, et pourtant attendus, vu qu’ils sont essentiellement composés de pistes de saut à ski. La photographie est réfléchie, et surprend. Ainsi, les sauts à ski seront en gros plan sur Taron Egerton, à la manière des décors déroulants des films de Hitchcock, lorsque les protagonistes sont au volant de leur voiture. Certes, la photographie reste toutefois classique, mais elle n’en est pas moins plaisante. Enfin, il est vrai que le scénario est prévisible, surtout si l’on connaît l’histoire du sportif, et les musiques extra-diégetiques accentuent parfois un côté mélo un peu pompeux mais ce n’est pas ca qui nous empêche de passer une bon moment.

Eddie the Eagle est donc une bonne comédie, et permet de passer un bon moment de cinéma. Le duo d’acteurs remplit parfaitement son travail et fait des personnages des êtres attachants, que l’on aimerait connaître davantage.

Eddie The Eagle : Bande-annonce

Eddie The Eagle : Fiche technique

Réalisateur : Dexter Fletcher
Scénario : Simon Kelton, Sean Macaulay
Interprétation : Taron Egerton, Hugh Jackman, Christopher Walken, Keith Allen, Jim Broadbent…
Photographie : George Richmond
Montage : Martin Walsh
Musique : Matthew Margeson
Direction artistique : Tim Blake
Producteurs : Matthew Vaughn, Adam Bohling, David Reid, Rupert Maconick
Sociétés de production : Marv Films, Saville Productions
Distribution (France) : Twentieth Century Fox France
Durée : 95 minutes
Genre : Comédie dramatique, biopic
Date de sortie : 4 mai 2016

Royaume-Uni, États-Unis, Allemagne – 2016

Everybody wants some !! , un film de Richard Linklater : Critique

Synopsis : Dans les années 80, suivez les premières heures de Jake sur un campus universitaire. Avec ses nouveaux amis, étudiants comme lui, il va découvrir les libertés et les responsabilités de l’âge adulte. Il va surtout passer le meilleur week-end de sa vie….

High School Musical

Après le tonitruant retentissement de son dernier film, Boyhood, original dans son procédé et remarquable dans les risques qu’il a pris (le jeune Mason Jr. est filmé depuis l’âge de 6 ans jusqu’à l’orée de l’université, avec exactement les mêmes acteurs, à raison de quelques jours de tournages tous les étés pendant douze ans), Richard Linklater a suscité l’engouement, et son nouveau film, Everybody Wants Some !! était attendu. Après la trilogie sur le couple formé par Julie Delpy/Ethan Hawke, filmée à dix ans d’intervalle, on se doutait que le film ne serait pas sans rapport avec sa précédente œuvre, l’homme étant donc coutumier du fait.

Selon les déclarations du cinéaste lui-même,  Everybody wants some !! est un film très fortement apparenté à Dazed and Confused, une de ses précédentes oeuvres : Alors que ce dernier a lieu en 1976 dans le cadre du lycée, le nouveau film se passe en 1980, la veille ou presque de l’entrée à l’université. Tourné vingt-trois ans après Dazed and Confused, il fait office de sequel bien tardif.

En effet, Richard Linklater a mis longtemps avant de pouvoir tourner cette suite écrite plus de dix ans auparavant, et d’une certaine manière, cela se sent. Sa reconstitution de l’année 1980 est pourtant irréprochable : des costumes aux décors, des dialogues à l’ambiance musicale, tout est rigoureusement collé à son époque. Non, ce qui semble anachronique, c’est véritablement la pertinence d’un tel film : le choix du sujet, de la forme et des moyens utilisés pour le film sont en décalage avec l’époque de sa réalisation.

Tout d’abord, le genre du film : Sports comedy, comme il est précisé dans le dossier de presse. Le récit concerne de jeunes bacheliers (pour des raisons inconnues joués par des acteurs visiblement plus âgés) qui vont entrer à l’université, dans la future équipe de baseball : une thématique rétrograde par rapport à sa filmographie récente, surtout parce qu’elle est traitée d’une manière différente, avec des personnages caricaturaux, évoluant en boucle dans un environnement finalement assez loin du baseball (quinze minutes d’entraînement sportif sur l’ensemble du film) mais qui comporte son lot de sexe, drogue, clubbing, sexe, drogue, clubbing… Dans le genre films « sportifs », il y eut l’excellent Bliss de Drew Barrymore en 2009, sur le thème du roller derby et qui partage le même background texan. Il y était également question de la constitution d’une équipe sportive et d’une amitié, cette fois-ci entre filles, mais le film était très intelligemment truffé de la vie quotidienne des protagonistes et de leurs relations interpersonnelles, les rendant totalement attachantes, avec la présence de quelques stars comme Ellen Page, Juliette Lewis ou encore Marcia Gay Harden. Par comparaison, le film de Richard Linklater manque singulièrement de profondeur. L’absence de têtes connues dans la distribution de Everybody wants some !!, mixée à l’inexistence d’une vraie intrigue enlève de l’intérêt au film.

Pourtant virtuose de l’art de raconter un quotidien qui n’a pas besoin d’une intrigue forte pour séduire, Richard Linklater a raté le virage cette fois-ci. L’histoire est celle d’une frat house hors campus qui abrite les futurs stars du campus (entrées gratuites et open bar dans les clubs du coin), une dizaine de garçons que réunit l’amour et la pratique du baseball. L’humour potache du film paraît démodé au regard des nouvelles références américaines. Même si on admet que le cinéaste ne joue évidemment pas dans le même bac à sable, le thème fait penser à un film comme Nos pires voisins de son compatriote Nicholas Stoller, avec Seth Rogen en tête de pont : les frasques d’une frat house également hors campus devenue folle et ingérable, aux yeux des voisins notamment, un film beaucoup plus drôle que celui de Linklater, et qui, comme tous les films de ce genre depuis Judd Appatow, allie férocité et dynamisme comiques , malheureusement absents d’Everybody Wants Some !! Et venant du Royaume-Uni, le récent Riot Club de Lone Scherfig est un tout autre autre exemple de film impliquant des étudiants rassemblés en cooptation plus ou moins amicale, une charge violente mais plutôt réussie sur la conscience de classe des grands bourgeois britanniques qui se passent les piaules d’Oxbridge de père en fils.

Ces exemples sont énumérés pour montrer à quel point il y avait mille façons plus pertinentes d’explorer ce sujet, et que Richard Linklater n’en a choisi aucune, en se cantonnant à la surface des choses, alors qu’il tenait une poignée de solides personnages. Plutôt que d’exploiter les failles des protagonistes (Willoughby au lourd secret, Beuter le texan psycho-rigide, Jay le caractériel fou, ainsi que tous les autres qu’il a pourtant pris la peine d’affubler de caractères bien distinctifs), failles qui auraient pu nous introduire dans l’intimité de ces personnages, dans leurs rêves et leurs désirs, il a préféré les suivre de loin dans leurs fêtes, leurs dragues, leurs beuveries, leurs entraînements sportifs, laissant du coup le spectateur à distance.

Après plusieurs films très attachants, Richard Linklater déçoit avec son Everybody Wants Some !!, un titre emprunté à un morceau de Van Halen présent sur une bande-son vraiment excellente et éclectique, ainsi que Fearless des Pink Floyd sur l’une des scènes les plus intéressantes du film, ou encore Cars de Gary Numan ou Heart of Glass de Blondie pour ne citer qu’eux. Une bande-son exploitée à bon escient et qui permet au film de sauver quelques plumes.

Everybody wants some !! : Bande annonce

Everybody wants some !! : Fiche technique

Titre original : Everybody Wants Some !!
Réalisateur : Richard Linklater
Scénario : Richard Linklater
Interprétation : Blake Jenner (Jake), Juston Street (Jay), Ryan Guzman (Roper), Tyler Hoechlin (McReynolds), Wyatt Russell (Willoughby), Glen Powell (Finnegan), Temple Baker (Plummer), J. Quinton Johnson (Dale), Will Brittain (Beuter), Zoey Deutch (Beverly), Austin Amelio (Nesbit)…
Musique : Meghan Currier, Randall poster (Superviseurs musicaux)
Photographie : Shane F. Kelly
Montage : Sandra Adair
Producteurs : Sean Daniel, Megan Ellison, Stephen Feder, Richard Linklater,
Ginger Sledge, John Sloss
Maisons de production : Annapurna Pictures, Detour Film production, Paramount Pictures
Distribution (France) : Metropolitan Filmexport
Récompenses : /
Budget : 10 000 000 USD
Durée : 117 min.
Genre : Comédie
Date de sortie : 20 Avril 2016
Etats-Unis – 2015
 

Black Book un film de Paul Verhoeven : critique

Synopsis : Pays-Bas, lors de la Seconde Guerre Mondiale. Rachel, ayant échappé de justesse à des bombardements et au massacre perpétré par une patrouille nazie, s’engage dans la Résistance. Elle reçoit la mission d’entrer en contact (et plus si affinités) avec un des responsables locaux de la Gestapo, Müntze.

En abordant la période de la Seconde Guerre Mondiale, Paul Verhoeven signe un film décapant et brutal

Lorsque l’on jette un coup d’œil extérieur à la filmographie de Paul Verhoeven, on en ressort avec l’impression d’une œuvre disparate. Entre un thriller érotique, un film de guerre médiévale et un polar futuriste, quel rapport ?

Et pourtant, rarement une œuvre aura été aussi cohérente. Les thèmes développés par le réalisateur né à Amsterdam tournent à l’obsession. Les procédés également se retrouvent de film en film, sans jamais devenir répétitifs cependant.

Bestialité humaine

Parmi ces thèmes, il y a celui de la brutalité des humains livrés à leurs pulsions. Et peut-on rêver meilleure période, pour montrer la bestialité des hommes, que les guerres ? Que ce soit une guerre médiévale (La Chair et le sang) ou une guerre de science-fiction (Starship Trooper), elles ont toutes ce même point commun.

La Seconde Guerre Mondiale est donc le théâtre idéal pour que Verhoeven développe ses idées. Et personne n’y échappe. Bien entendu, il y a la violence des Nazis, avec la Gestapo et les S.S., mais l’une des forces du cinéaste est de ne pas s’arrêter aux découpages manichéens trop faciles. Ainsi, le spectateur est amené à trouver Müntze plutôt sympathique, pour un Nazi. Ce n’est que pour mieux montrer ses obsessions sexuelles, celles d’un homme qui laisse libre cours à sa libido la plus débridée.

L’une des bases du film est cependant là : Rachel utilise cette libido pour approcher et accrocher Müntze. Sous cet angle, elle n’est pas très éloignée de Catherine Trammell (Sharon Stone dans Basic Instinct), mais plus naïve, n’allant pas au bout. Une Catherine Trammell qui commet l’erreur de tomber amoureuse.

Ce film permet à Verhoeven de signer un magnifique portrait de femme. Là aussi, il échappe à toute caractérisation facile : même si Rachel est souvent dans la position de victime, elle se fait aussi manipulatrice. Comme le personnage de Jennifer Jason Leigh dans La Chair et le sang, elle représente une forme d’innocence souillée, avilie par le contact de la guerre et de la monstruosité.

Film électrochoc

Loin des films habituels sur le sujet, Verhoeven signe une œuvre qui échappe à la sempiternelle ritournelle du Bien contre le Mal. Gentils résistants contre méchants Nazis ? Si c’était aussi simple…

La guerre, c’est le déchaînement autorisé de la violence et des plus bas instincts, quel que soit le côté. D’ailleurs, il n’y a souvent pas vraiment de convictions personnelles, juste des appartenances opportunistes. Ainsi, le Général nazi rejoint allègrement les Alliés et se fait le champion du retournement de veste.

Quant aux exactions commises à la « Libération », elles n’ont rien à envier à ce qui s’est passé sous l’Occupation. Renvoyant dos à dos les deux camps, Verhoeven renouvelle en profondeur un genre figé et livre un film sous forme d’électrochoc.

Il faut dire que sa mise en scène ne nous cache rien des horreurs de l’époque. Ce n’est pas le genre du cinéaste, qui a largement mérité son surnom de Hollandais Violent. Avec une technique parfaitement maîtrisée et un sens du rythme rare (les 145 minutes du film défilent à une vitesse folle), Verhoeven instaure une tension permanente. Le danger peut venir de n’importe quel côté. Les Alliés sont aussi dangereux que les ennemis (et les appellations peuvent varier d’un moment à l’autre).

À cela, ajoutons une interprétation irréprochable, et nous obtenons un grand film, qui sait être brutal et romantique, caustique et lucide. Une œuvre de plus à l’actif d’un des plus grands cinéastes contemporains.

Black Book : Bande Annonce

Black Book : Fiche Technique

Titre original : Zwartboek
Réalisateur : Paul Verhoeven
Scénario : Gerard Soeteman, Paul Verhoeven
Interprétation : Carice Van Houten (Rachel Stein), Sebastian Koch (Ludwig Müntze), Thom Hoffman (Hans Akkermans), Halina Reijn (Ronnie), Waldemar Kobus (Günther Franken).
Photographie : Karl Walter Lindenlaub
Montage : Job ter Burg, James Herbert
Musique : Anne Dudley
Production : Jeroen Beker, Teun Hilte, San Fu Maltha, Jens Meurer, Frans van Gestel
Sociétés de production : Fu Woreks, Egoli Tossell Film, Clockwork Pictures, Studio Babelsberg, Motion Investment Group, Motel Films, Hector BV, ContentFilm International.
Société de distribution : ContentFilm International
Budget : 21 millions de dollars
Date de sortie (France) : 29 novembre 2006
Genre : drame, guerre
Récompenses : Meilleur film, meilleure actrice et meilleure réalisation au Festival du cinéma néerlandais d’Utrecht
Rembrandt Awards 2007 (équivalent néerlandais des Césars) : meilleur film, meilleure actrice
Durée : 145′

Pays-Bas – 2006

Criminal, une bande originale de Brian Tyler et Keith Power : critique

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Criminal – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

Bande-originale sans originalité, ces compositions de Brian Tyler et Keith Power pour le film Criminal, semblent confirmer les espoirs que l’on peut placer à travers elles, dans un film au casting incroyable : Kevin Costner, Tommy Lee Jones et Gary Oldman. Bien loin de la musique classique adaptée pour le cinéma, les compositeurs des bandes-originales de Fast And Furious, Tokyo Drift, The Expendables ou encore Hawaii 5.0, privilégient une musique électronique à l’efficacité indéniable. Après une ouverture détendue (presque évanescente) sur Drift And Fall Again (interprétée par Lola Marsh), les morceaux survitaminés aux rythmes appuyés, presque martelés s’enchaînent, laissant à peine le temps de souffler. Si l’on imagine que des compositeurs s’inspirent du film sur lequel ils travaillent pour créer des partitions, alors Criminal pourrait être une bonne surprise.

D’autant que par moments, l’électronique de la musique de Criminal rappelle certaines partitions de Jean-Michel Jarre, pape mondial de ce genre musical. C’est particulièrement vrai sur le morceau Regress, qui ramène des décennies en arrière, du temps de l’album Oxygène. Autre influence que l’on pourrait imaginer, celle d’Éric Serra, également référence de la musique électronique de film. Mais au final, c’est bien le travail de Brian Tyler et Keith  Power que l’on écoute car, si elle n’est pas originale, cette musique fait l’effort d’être plus qu’une bande sonore. Il y a ici de vraies compositions, un authentique travail créatif pour au final, produire une œuvre qui se suffit à elle-même, capable de vivre sans le film dont elle serait l’alter-ego sonore. Une réussite.

Sortie : 15 avril 2016

Distribution : Lakeshore Records

Durée : 72’24

Tracklist :

1. Drift and Fall Again (featuring Lola Marsh) 4:06
2. Criminal (Madsonik Remix) 3:54
3. Pope 3:17
4. Division 4:12
5. Distant Memories 4:46
6. By The Sword 3:21
7. Chained 3:54
8. Waves of Intuition 2:48
9. Regress 2:28
10. Chrono 4:16
11. You Remember 3:39
12. Jericho 4:57
13. Time and Adoration 2:15
14. Fixer 8:30
15. Resilience 2:30
16. The Real Jericho 3:54
17. Inexorable 2:36
18. Culmination 3:19
19. Drift and Fall Again (featuring Lola Marsh) [Kill the Noise Remix] 3:42

Irresponsable et The Night Manager: Séries Mania 2016

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Festival Series Mania 7eme édition : Tanguy devient papa / John Le Carré par la caméra de Susanne Bier

Irresponsable

Première série émanant du cursus séries tv de la Fémis, sur fond générationnel, Irresponsable dépeint avec un excès de tendresse la dépendance post-adolescente. Julien, la trentaine revient chez sa mère, après avoir été expulsé de chez lui et perdu son emploi. Bien sûr, elle ne le sait pas. Entre la mère déluré Kitty Forman du 70’s show et Sabine Azéma, on ne peut que penser à Tanguy d’Étienne Chatiliez. On a d’ailleurs du mal à s’éloigner de cette principal référence, tant l’humour chatiliezesque ne repose que sur le duo débridé parent/enfant. Sébastien Chassagne se voit offrir son premier rôle télévisé et Stephen Cafiero (Les Dents de la nuit, Looking for BarcelonaTempleton) est derrière la caméra, mais le ton issu d’une bande dessinée pour la jeunesse -même Le P’tit Spirou est plus drôle et Cédric plus attachant- manque de nuances et l’intrigue linéaire s’enferme dans une conception rincée du réapprentissage de soi. On hésite encore entre applaudir ou bailler l’initiative !

 

Irresponsable : Fiche Technique

Créateur: Frédéric Rosset
Scénaristes: Frédéric Rosset et Camille Rosset
Réalisateur: Stephen Cafiero
Avec Sébastien Chassagne
Vendeur international : 100% Distribution
Diffuseur(s) : OCS Signature
Version vf – 10×26′
France – 2016

The Night Manager

Adapté du roman d’espionnage du même nom de John Le Carré de 1993 et réalisé par Suzanne Bier (Revenge, A Second Chance, Serena) qui assit sa réputation de cinéaste à l’européenne, cette minisérie en six épisodes d’une heure sur fond romanesque distille un parfum bon marché entre James Bond et OSS 117, l’humour en moins. C’est ce qui manque principalement à l’écriture qui manque de recul sur elle-même en abordant frontalement, au risque de paraître par moments kitsch (la faute à Aure Atika?), le surpassement de soi et la vengeance liée à la perte d’un être cher. On salue toujours autant la prestation d’Olivia Coleman, enceinte jusqu’aux dents et celle d’Elizabeth Debicki (The Kettering Incident). L’équilibre bancal fait que l’on est, à la manière d’un yo-yo, ballotté entre sévère passion pour l’élégance et relatif désintérêt pour le déchaînement pailleté des émotions et ce dans un même épisode. L’effet était semblable avec La Taupe de Tomas Alfredson en 2012 avec Gary Oldman. Le Carré, inadaptable ?

The Night Manager : Fiche Technique

Créateurs et scénaristes: David Farr / John Le Carré
Réalisateur : Susanne Bier
Musique : Víctor Reyes
Avec Tom Hiddleston, Hugh Laurie, Olivia Colman, Aure Atika, Elizabeth Debicki, Tom Hollander
Vendeur international :  WME/ IMG, The Ink Factory
Diffuseur(s) :  BBC One / AMC
Version vostfr- 06×58′
Etats-unis, Royaume-Uni- 2016

Séries Mania 2016 : Au-delà des murs

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Festival Series Mania 7eme édition : sortir de la maison

Déjà plus d’une semaine que Séries Mania ne cesse de remplir les salles comme l’on remplit un distributeur de bonbons et l’attente Au-delà les murs, poussée par une expérience inédite en box close au Foyer du Forum (ce n’est qu’un Ipad et un point and click assez basique pour permettre de s’inscrire à un tirage au sort et gagner un escape game), est enfin comblée. Avec Jordskött, maintenant Norskov et Beau Séjour, Arte a gagné beaucoup dans l’estime des meilleurs sériphiles. La minisérie en 3×52 minutes est diffusée ce vendredi 23 avril à 20h30, avec plus d’une demi-heure de retard. On vous raconte l’expérience.

Synopsis : Au décès de son voisin, Lisa apprend à sa stupéfaction que cet inconnu lui a légué sa maison. Installée dans sa nouvelle demeure, elle rend compte que les murs renferment des secrets. 

Après Pigalle, la nuit, Les Oubliés ou Les Témoins (relatif échec sur France 2 avec Thierry Lhermitte), nous retrouvons le duo français Hervé Hadmar et Marc Herpoux, associés à la scénariste Sylvie Chanteux (Un village français, Section de recherche, Plus belle la vie) pour une visite immobilière aux frontières du réel. Papier peint Rorschach, couloirs sombres et silhouettes désarticulées, Stéphane Plaza pourra toujours essayer mille et un numéro de cirque, pour rien au monde quiconque s’aventurerait dans cette maison. Elle n’a rien d’hanté, et pourtant la référence au film d’Aménabar, Les Autres est une évidence. Le huis-clos n’est pas intégral et le dédale provoque une légère narcose sur le premier épisode, mais l’intérêt pour ce récit initiatique mêlant merveilleux et fantastique ne nous quitte plus dès le deuxième. Revisitant le mythe de La Belle et la Bête et d’Orphée et vu par Cocteau en 1946 et 1950 au prisme d’un personnage féminin merveilleusement interprété par Veerle Baetens (Alabama Monroe, Les Ardennes), méconnaissable en femme solitaire qui se fait passer pour mariée afin de fuir la gente masculine, Au-delà des murs est une immersion silent-hillesque sur l’accomplissement de soi et le deuil à faire. A la fois poétique, philosophique et labyrinthique, la minisérie en trois épisodes ne provoque que quelques frissons par son atmosphère brillamment reconstituée dans des châteaux abandonnés en Wallonie. Mais la comparaison avec L’Hôpital et ses fantômes (qui a fait découvrir au rédacteur le genre de l’horreur) de Lars Von Triers mérite bien un arrêt sur image. Visuellement, peu de choses semblent ne réunir ces deux séries hors du commun. Aucune photographie sépia, peu ou pas de mouvements de caméra flottants, guère de personnages rocambolesques, et pourtant la même impression de terreur s’en dégage.

Le réalisateur et créateur, Hervé Hadmar nous confie avoir partagé toutes ses références avec la productrice d’Arte et Alien est soulevé durant le questions/réponses, notamment par le travail sonore, pensé dans la narration. « La difficulté dans le cinéma fantastique en France, c’est qu’on ne sait plus en faire. Tous les corps de métier doivent réapprendre ce genre » nous avance ce dernier. Et il n’a pas tord, l’âge d’or français ne se limite que d’après-guerre et depuis, peu osent franchir le pas. Le nom de Polanski est évoqué, mais la paranoïa n’est malheureusement jamais aussi bien retranscrit. Le Locataire, Répulsion ou Rosemary’s baby, seul le deuxième avec Catherine Deneuve est vraisemblablement justifié à la comparaison. Relativement anxiogène (« On ne fait pas The Descents« ), le spectateur s’embarque dans une expérience psychanalytique post-romantique, néo-gothique, à la frontière du survival horror lissée par la voix suave d’Agnès Obel et son titre The Curse au générique immersif. Les non-amateurs du genre se laisseront prendre au jeu, les afficionados trouveront ça peut-être trop épuré, mais Arte ne cesse d’innover et donc, on applaudit !

Bande annonce pour Arte

https://www.youtube.com/watch?v=Xw9ZTQk2prE

Au-delà des murs : Fiche Technique

Créateurs: Hervé Hadmar et Marc Herpoux
Scénaristes: Hervé Hadmar, Marc Herpoux et Sylvie Chanteux
Réalisateur: Hervé Hadmar
Avec Veerle Baetens, Géraldine Chaplin, François Deblock
Musique: Eric Demarsan
Vendeur international : NeweN Distribution
Diffuseur(s) : Arte
Version VF- 3×52′
France – 2016

Dough, un film de John Goldschmidt : Critique

Synopsis : Nat Dayan est un vieil homme juif qui tient seul la boulangerie familiale, au bord de la faillite. Privé du soutien de sa propre famille, il embauche comme apprenti le fils de sa femme de ménage, Shaun, un jeune musulman. Celui-ci ne cherche en fait qu’une couverture pour revendre de la marijuana. D’abord réticents l’un envers l’autre, ces deux hommes qui n’ont en commun que leurs problèmes d’argent respectifs vont finir par sympathiser, jusqu’à ce que le petit commerce de Shaun soit découvert par Nat.

Consommez des space cakes, ça rend plus joyeux !

Même si on l’a aperçu dans la saga Pirates des Caraïbes, et plus récemment dans la série Game of Thrones, cela faisait plus de vingt ans Jonathan Pryce ne trouvait plus que des rôles secondaires, c’est donc un réel plaisir que de retrouver l’acteur principal de Brazil en tête d’affiche d’un nouveau film ! Derrière la caméra, c’est également un come-back qu’effectue John Goldschmidt, dont le précédent long-métrage remonte à 1987. Le réalisateur anglo-autrichien n’a toutefois pas chômé pendant tout ce temps puisqu’il fut très prolifique à la télévision britannique, y enchainant aussi bien des téléfilms que des documentaires. Et justement, on ressent dans sa façon de filmer son nouveau film qu’il s’est imprégné des mécanismes propres à une approche très vintage de la télévision, au point de lui faire perdre beaucoup de son potentiel cinégénique. Sans doute peut-on également imputer la mollesse du rendu à un budget réduit que les producteurs ont dû aller chercher jusqu’en Hongrie, où se sont d’ailleurs tournées la plupart des scènes en intérieur.

Démarrant par une banale présentation des personnages en montage alterné, il est dans un premier temps difficile de savoir dans quelle direction veut aller le scénario : le dispositif ressemble à celui d’un Snatch, l’énergie en moins, tandis que la sous-intrigue naissante autour des brioches rappelle celle de An de Naomie Kawase, la poésie en moins, et que, à l’inverse, celle autour du cannabis rappelle plutôt celle d’une comédie sous influence telle que How High… l’irrévérence en moins. Bref, dès les premières minutes, on sent qu’il manque quelque chose à la recette de ce long-métrage un peu fouillis. Mais rapidement, les deux personnages principaux sont amenés à se rencontrer et dès lors, les choses se mettent en place. Et alors que la relation entre ce vieux Juif et ce jeune Musulman se développe de la façon la plus prévisible qui soit, on en vient à regretter ces quelques minutes d’ouverture où l’on ignorait encore à quel point le scénario serait attendu.

La question que l’on peut alors se poser est la suivante : un film se voulant feel-good-movie et porteur d’un appel à la tolérance peut-il sortir des carcans d’un certain traditionalisme un peu gnian-gnian ? Il semble évident que la bien-pensance inhérente à un tel message a tout intérêt à profiter d’un scénario qui sache lui donner un certain degré de sympathie (Intouchables, inattaquable grâce au label « histoire vraie »), un humour en décalage avec cette thématique candide (outrancier comme Ted 2 ou cynique comme Men & Chicken) ou enfin un double-discours subtil et bien moins politiquement correct (n’oublions pas que Zootopie tire sa maturité du regard très nuancé qu’il porte sur le rapport entre individualisme et vivre-ensemble). Mais le plus souvent, c’est l’apport de poésie par la réalisation qui permet de voir les meilleurs feel-good-movie sans être gêné ni par la naïveté de leur message sociologique ni par la prévisibilité d’un happy-end assuré. Malheureusement, dans le cas de Dough, ni le scénario ni la mise en scène ne parviennent à élever le film à la hauteur de ses bonnes intentions.

Car de bonnes intentions, il n’en manque pas. Une histoire d’amitié entre deux personnages que tout oppose est forcément quelque chose de touchant, et la façon qu’a le film de jouer avec les clichés sur les Juifs est assez drôle. A ce propos, on sent tout de suite que l’idée de rire des clichés sur les Musulmans rend le réalisateur moins à l’aise, préférant concentrer les situations caricaturales sur sa propre communauté. Quelques répliques et situations sont amusantes, en particulier lorsque les clients de la boulangerie se régalent de brioches épicées à la ganja. Outre le décalage interculturel, de nombreuses thématiques sont mises sur la table : le trafic de drogue, le mal-logement, la difficulté de faire prospérer un petit commerce face à la grande distribution, l’héritage… Mais aucune de ces pistes, qui permettent de rapprocher le film de ces comédies sociales dont on sait les Anglais friands, ne sera traitée avec autant d’attention que la relation entre les deux héros. D’abord méfiants l’un envers l’autre, y projetant les pires a priori qu’ils puissent avoir, ils vont peu à peu se rapprocher, leurs vannes devenant alors plus bon-enfant, avant de se disputer à nouveau pour enfin se réconcilier afin de faire face à un méchant… Comment imaginer schéma narratif plus convenu ? Et la banalité de cette écriture en manque d’inspiration est encore amplifiée par la caractérisation caricaturale des personnages secondaires et leur utilisation qui en font de simples « astuces ». En guise d’exemple, le plus frappant est celui de la petite-fille, qui ne sert qu’à rendre Nat attachant aux moments où il apparaît comme le moins sympathique, ou, pire encore, les deux méchants, aussi grotesques l’un que l’autre dans leur représentation négative du mâle protestant anglo-saxon que véhicule le film (preuve qu’il n’y a peut-être pas que de bonnes intentions).

Autres défauts, bien plus formels cette fois : d’une part, la photographie grisonnante avec laquelle est tournée cette petite aventure rend difficile à rendre compte de la bonne humeur qu’elle souhaiterait dégager. Ne sachant pas tirer profit des décors assez réduits, en taille comme en nombre, auxquels il est astreint, le réalisateur enferme le déroulement du film dans des milieux où il ne fait pas bon vivre, faisant des quelques scènes de danse de véritables respirations dans cet univers un peu terne. D’autre part, l’autre grande maladresse de Goldschmidt vient de son montage qui manque fondamentalement de l’énergie propre à toute comédie. La lenteur de l’action noie la plupart des gags dans des longueurs souvent inutiles, qui leur font perdre beaucoup de leur impact comique. Seuls quelques passages, tels que le montage alterné des entretiens d’embauche, profitent d’assez d’énergie pour assurer à chaque réplique d’être percutante.

Sympathique téléfilm à la morale bien-pensante digne d’une publicité Coca-Cola et à l’humour juif ultra-light, Dough est une réalisation sans prétention bâtie sur un scénario baigné de clichés et de grosses ficelles, mais qui se laisse agréablement regarder pour oublier ses soucis le temps d’un après-midi pluvieux. A long terme, il semble cependant évident qu’il ne restera pas dans les annales de la comédie sociale britannique.

Dough : Bande annonce (VOSTFR)

https://www.youtube.com/watch?v=uBV9RNNI10s

Dough : Fiche technique

Réalisateur : John Goldschmidt
Scénario : Jonathan Benson, Jez Freedman
Interprétation : Jonathan Pryce (Nat Dayan), Malachi Kirby (Shaun), Philip Davis (Sam Cotton), Ian Hart (Victor Gerrard), Pauline Collins (Joanna), Daniel Caltagirone (Stephen Dayan)…
Photographie : Peter Hannan
Montage : Michael Ellis
Musique : Lorne Balfe
Décors : Jon Bunker
Producteurs : Wolfgang Esenwein, György Gattyán, John Goldschmidt, András Somkuti
Sociétés de production : Docler Entertainment, Three Coloured Dog Films, Docler DProd, Dough Film, Viva Films
Distribution (France) : Margo Cinéma
Durée : 94 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 4 mai 2016

Grande-Bretagne/Hongrie – 2015

American Crime saison 2 : Series Mania 2016

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Festival Series Mania 7eme édition : au-delà des apparences

La deuxième saison du show de John Ridley a ouvert cette 7ème journée de festival avec les deux premiers épisodes (as usual / « comme d’habitude »). Les Américains semblent avoir boudé les péripéties de Taylor Blaine et les accusations de viol, qui changeront définitivement sa vie et celle des élèves du lycée privé Leyland et de leurs parents. De 5 millions d’audience en moyenne pour la saison 1 d’American Crime, on passe à 3 millions pour la deuxième qui s’approprie une problématique sociale majeure. Après les faiblesses du système judiciaire américain, John Ridley explore la question de l’éducation. Sujet qui lui est personnel, puisque sa femme est au conseil d’administration d’une école et que sa mère et sa belle-mère sont enseignantes. Deux établissements, deux classes sociales opposées accompagnent le récit pour faire surgir de cette confrontation un examen complet de la réalité sociale du système éducatif.

Le cadre se focalise sur un seul personnage, généralement en gros plan, pour accentuer les forces contradictoires qui l’agitent, à la limite de l’insoutenable, presque. À la différence de la saison 1, la réalisation s’adoucit tout en gardant la brutalité du propos. Par exemple, Gregg Araki, ayant réalisé le troisième volet, s’est prêté à l’exercice formel en s’effaçant davantage au profit d’une sobriété stupéfiante. La thématique homosexuelle passée au prisme de l’agression juvénile, dans une société conservatrice qui scande encore de nos jours « Boys don’t get raped! » (les garçons ne se font pas violer) n’en apparaît que plus cinglante. En particulier dans l’épisode 7, où l’arroseur se retrouve arrosé. Sans oublier une pléiade d’acteurs sensationnels que l’on retrouve ou redécouvre : Felicity Huffman, Lili Taylor, Timothy Hutton, Regina King (Emmy Award l’année dernière pour le meilleur second rôle dans AC saison 1), Richard Curtal (son personnage, de père de famille hacker informaticien reste à ce jour le plus incompréhensible, aux raisons obscures…). American Crime, en 10 épisodes, construit donc des conflits humains d’une force époustouflante, créant rapidement une addiction singulière

American Crime : Trailer

American Crime : Fiche Technique

Créateur : John Ridley
Scénaristes : John Ridley, Ernie Pandish
Réalisateurs : John Ridley, Clement Virgo (Gregg Araki…)
Interprétation : Felicity Huffman, Lili Taylor, Timothy Hutton, Regina King, Richard Curtal, Connor Jessup, Trevor Jackson, Joey Pollari
Vendeur international : The Walt Disney Company
Diffuseur(s) : ABC (US), Canal + (Fr)
Version : vostfr
USA – 2016

Festival Séries Mania : The Writer, créée par Sayed Kashua

The Writer : entre réalité et fiction, comédie et drame, un génie du quotidien et de l’humain

Synopsis : Un père de famille et scénariste de renom d’une série populaire ressent un besoin de changement.

            À l’occasion de la diffusion de ses quatre premiers épisodes au festival Séries Mania, CineSeriesMag a découvert The Writer. La série israélienne créée par Sayed Kashua suit ses propres aventures. L’ensemble du casting ou presque est composé des personnalités réelles jouant leur propre rôle. Excepté pour son propre rôle, car Sayed Kashua a choisi un acteur pour l’incarner, Yousef Sweid. La synopsis est très loin d’annoncer la forme particulière de la série qui n’est pas une simple fiction. Partagée entre la fiction et la réalité, The Writer s’inscrit dans la tradition aujourd’hui importante du mockumentaire.

            D’Arrested Development à Un Petit Brin de Vie et Modern Family en passant par les nombreuses télé-réalités qui ont envahies nos écrans, le mockumentaire se présente comme un faux documentaire, ou le documentaire fictif d’une réalité elle-aussi fictive, ou d’une fiction dont les frontières avec le réel sont rendues ambiguës, avec son inscription dans notre réalité par exemple. Il manque toutefois à The Writer un élément essentiel du mockumentaire, la présence consciente de la caméra dans l’univers. La série est davantage une captation d’une réalité mise en scène -fictionnelle dira-t-on- qui ne casse pas le quatrième mur du téléviseur à coup de regards et adresses aux caméra. Fiction inspirée de la réalité du créateur et de son quotidien, The Writer est alors à rapprocher de Platane, la série d’Eric Judor et Hafid F. Benamar, qui suit le nouveau parcours d’Éric dans le cinéma après un accident de voiture.

            Avec cette forme, l’auteur Sayed Kashua s’interroge sur son quotidien professionnel et familial. Mais surtout, il permet à sa thérapie d’être abordable et accessible par tous. On aurait pu se questionner quant à la force de l’intérêt des spectateurs face à un pur mockumentaire de cette période de la vie de Sayed Kashua. N’y aurait-il pas déjà eu un trouble déjà provoqué par la trop forte ambiguïté des rapports réalité /fiction ? D’ailleurs la présence de l’acteur – Yousef Sweid, formidable de justesse – et non de l’auteur dans son propre rôle permet de fictionnaliser et probablement de rendre abordable au plus large public cette histoire. Elle permet aussi au créateur de prendre du recul sur lui même et ainsi véritablement de mettre en place un travail thérapeutique sur cette crise qu’il traverse.

            La prise de recul permet aussi une certaine autodérision quand à son propre personnage. A l’instar de Platane ou Derek, la série est drôle, même si l’humour absurde, souvent porté par situations, n’est pas des plus écrits. C’est-à-dire que le créateur forge la comédie sur des situations de la vie, moins sur des situations inventées ou fictives. Il faut dire The Writer raconte précisément l’histoire d’un scénariste arabe à succès en Israël, et le créateur nous fait par exemple rire et sourire en nous exposant les différences qui rassemblent et séparent les juifs et les arabes (aussi entre eux) dans des situations quotidiennes et souvent absurdes (dans le sens de la comédie) – ou alors qui le deviennent – du héros : il conduira son fils au lycée et s’étonnera et s’énervera presque qu’il soit fermé et on lui apprendra alors que ce même jour a lieu une fête juive sacrée. C’est ainsi un humour très naturel qui se dégage ici. Rappelons qu’il s’agit de réfléchir sa vie et de la travailler dans la série. Ainsi un humour du vivant n’est pas surprenant, mais sa rigueur et sa justesse sont remarquables. Car on pouvait s’attendre un dosage mal géré entre humour du vivant, et situations dramatiques par le quotidien peu enjoué des personnages, à l’image de nos vies en somme. L’œuvre aurait également pu être trop centrée sur le quotidien extraordinaire du scénariste dans le monde de la télévision et du cinéma. Mais non, The Writer a véritablement réussi à capter le drame du réel, de l’humain, de son quotidien familial et professionnel, banal, surprenant, désagréable, heureux et qui avance comme un cours d’eau inarrêtable. Ainsi Sayed Kashua ne nous présente pas juste une histoire personnelle destinée à lui seul, il nous propose d’avancer avec lui dans ce récit universel, pour nous permettre nous aussi d’exorciser des problèmes communs, de faire notre propre thérapie, pour au final, avancer tous ensemble.

            La série n’a pas encore de date de diffusion en France.

The Writer : Fiche Technique

Créateur : Sayed Kashua
Scénariste : Sayed Kashua
Casting : Yousef Sweid, Ruba Blal-Asfour, Yasmin Churi, Adham Bachus
Réalisateur : Shay Capon
Producteur : Dori Media Paran
Production : Keshet Broadcasting et IBA
Distributeur international : Keshet International
Diffusion :
Israël : Keshet Broadcasting IBA
France : /
Format : 25 minutes (x 10 épisodes pour la saison 1)
Genre : comédie dramatique

Israël – 2015

Mékong stories, un film de Phan Dang Di : critique

Au début de Mékong stories, on a l’impression de voir se dessiner le portrait choral d’une certaine jeunesse vietnamienne.

Synopsis : Saïgon, début des années 2000. Vu est apprenti photographe, Thang vit de petits trafics et Van rêve de devenir danseuse. Réunis par le tumulte de la ville, ils vont devoir affronter la réalité d’un pays en pleine mutation.

Dans la moiteur de la nuit

Ce sont quatre jeunes hommes d’une vingtaine d’années que l’on rencontre, et le choix est fait de nous les présenter en bande, les comportements de groupe sont plus évidents à percevoir, et le réalisateur n’a pas l’intention de développer la psychologie de chaque rôle ; il s’agit plutôt ici d’élaborer une chronique de l’éros. On n’en saura donc pas plus sur Vu, étudiant en photographie, plus juvénile que ses comparses et qui est celui par lequel on entre dans le film. Il a le profil du poète, du doux rêveur pas vraiment à sa place dans le monde. En retrait, il observe l’agitation qui émane de ce groupe comme s’il en était un élément exogène. En bon admoniteur, à l’image de ce personnage qui dans un tableau apostrophe le spectateur, Vu fait la jonction entre eux et nous à travers son activité de photographe. C’est particulièrement limpide quand il décide de prendre pour terrain d’observation la boîte de nuit où travaille son ami Thang. Extérieur au tumulte des noctambules qui se déhanchent sur la piste de danse, Vu assis seul à une table photographie des scènes fugitives dans ce tourbillon de musique et de lumière. Le retour dans le monde est brutal : il est molesté par un policier qui le prenait pour un journaliste… Vu est tout de suite désigné comme un être particulier, et sa singularité dérange. Cette singularité se traduit dans ses aspirations artistiques (ce n’est pas « un vrai travail » disent les autres) mais aussi dans le désir qu’il ressent pour le musculeux Thang, chose vécue comme une humiliation par le père de Vu. Les tabous d’une société sont de puissantes entraves. Parfois, l’enfer, c’est les autres.

Phang Dang Di réalise un instantané de la vie de cette jeunesse, sans s’intéresser à l’antériorité de leur existence ou à ce qu’il adviendra après, et ce cliché unique transpire le désir. Tout dans ces histoires du Mékong concourent à rendre palpable cette envie de l’autre. Néanmoins, le cinéaste privilégie la suggestion à l’affirmation et élabore son discours avec finesse et subtilité. Il ne confond pas désir et excitation et ne cède pas à la facilité d’une surenchère du corps nu. Le réalisateur choisit de parsemer son film d’éléments évocateurs, à nous ensuite de faire travailler notre imagination. Mékong stories est peu bavard, c’est visuellement que l’intrigue se joue. La quasi totalité des scènes se déroulent dans la torpeur moite de la nuit vietnamienne. La chaleur est suggérée à plusieurs reprises : on s’évente, on s’asperge d’eau, on retire un vêtement trempé de sueur, les corps se dévoilent à peine dans le clair-obscur de la nuit, rien n’est jamais montré crûment. Naturellement, la photographie aussi est une métaphore : à travers l’image, c’est un peu le corps aimé que l’on possède.

Cette jeunesse amoureuse multiplie les histoires, venant justifier le pluriel de ce titre. Les filles sont des personnages plutôt discrets dans Mékong stories, mais elles jouent aussi leur rôle dans cette chronique du désir. Ainsi, Vu qui aime Thang est aimé de Van qui elle est aimée de Thang. Dans l’enchevêtrement des envies, chacun n’y trouve pas son compte ; le désir s’adosse toujours à la frustration.

Mékong stories déconcerte : la grande partie des films que nous avons l’habitude de voir – issus pour beaucoup de la production américaine – nous sont d’un accès simple et fluide parce que leurs techniques de narration nous sont familières. L’œuvre de Phang Dang Di nous semble singulière parce que le cinéaste décide de maintenir une opacité et de ne pas expliciter. Les dialogues sont peu nombreux, le montage déroute parfois ; ce film ne se dévoile pas si facilement. Il est agréable de pouvoir être encore surpris, perplexe et séduit devant une cinématographie qu’on ne connaît pas, la découverte n’en est que plus belle.

Mékong stories : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=A10srBi7sQE

Mékong stories : Fiche technique

Titre original : Cha và con và
Réalisation : Phan Dang Di
Scénario : Phan Dang Di
Interprétation : Cong Hoang Le (Vu), Truong The Vinh (Thang), Do Thi Hai Yen (Van), Quoc Viet Mai (Tung), Thien Tu Nguyen (Mai) Ha Phong Nguyen (M. Sau), Thi Kieu Trihn Nguyen (Mme Phung)
Photographie : K’Linh Nguyen
Montage : Julie Béziau
Son : Frank Desmoulins
Musique : Louis Warynski
Production : Paolo Bertolin, Markus Halberschmidt, Claire Lajoumard, Tran Thi Bich Ngoc, Diep Hoang Nguyen
Distribution : Memento Films

Durée : 1h42

Genre : Drame
Date de sortie : 20 avril 2016
Vietnam/France/Allemagne/Pays-Bas – 2016