Feed The Beast de Clyde Phillips: Séries Mania 2016

Festival Series Mania 7ème édition : fine bouche et guerres urbaines

En cette neuvième et avant-dernière journée, Clyde Philipps, grand ami de Séries Mania depuis sa création, est venu nous parler de sa toute dernière création AMC, Feed The Beast, réunissant David Schwimmer et Jim Sturgess dans un Bronx en pleine mutation. Utilisons le terme « création » qu’avec précaution, car il a acheté les droits notamment à la chaîne danoise DR1 pour adapter une dramédie de 16×25 en deux saisons. « Bankerupt/Broke«  ne viendra que plus tard, l’animatrice du débat et journaliste Charlotte Bloom, fermée dans ses propres intérêts, en ne pensant qu’à son plaisir et peu celui du public, n’énoncera que bien plus tard le nom de la série danoise comme si nous existions enfin. Les regards dans l’assemblée sont rassérénés. C’est avec un plaisir toujours affable que le showrunner développe ses réponses, en rentrant dans les détails.

Son père était boucher et passionné de cuisine. Après avoir travaillé dans une librairie, le jeune adolescent ballotté entre Boxton, Los Angeles pour retrouver sa mère et sa sœur, et Chicago, se retrouve assistant d’un producteur de jeu télévisé. Il a rapidement l’opportunité d’écrire et au début des années 1990, la trentaine, il crée sa première série qui durera 3 saisons, Parker Lewis Can’t Lose. Les questions reviennent sur Dexter, qu’il a quitté à la saison 5 et sur son avis sur le finale, puis sur celui de Nurse Jackie. On en arrive enfin à Feed The Beast, qui vient tout juste sortir du four, le tournage de l’épisode 7 se terminant actuellement et l’écriture du finale en version 1. Clyde nous avoue devoir le retravailler dans l’avion du retour, le lendemain. Feed The Beast a plusieurs significations : continuer d’alimenter un système, une organisation, une force que l’on ne peut contrôler / satisfaire un insatiable appétit, une envie ou besoin irrépressible. Le retour à la fine gastronomie comme réponse à un milieu fatalement perverti par le pouvoir et l’argent. Clyde Phillips nous parle de la série documentaire Chef’s Table sur Netflix (en mai 2016) comme une des références. Un spectateur lui rappelle son expérience de showrunner sur Get Real (première apparition de Anne Hathaway et Jesse Eisenberg) et Christina Pickles qui joue la mère de Ross dans Friends. David Schwimmer a en horreur d’être comparé à ce personnage maladroit qui le colle à la peau, nous confie Clyde, puis il a parlé de la frustration que ce dernier et son équipe sur Dexter ont ressenti face à Mad Men aux Emmy Award. AMC nous fait donc l’immense honneur d’être les premiers spectateurs du pilote de 45 minutes.

Tommy et Dion, deux amis, ouvrent à New-York le restaurant dont ils rêvent depuis des années. Mais Dion a de nombreux problèmes avec la pègre et la loi, tandis que Tommy se remet de la mort de sa femme en élevant seul son fils…

En effet, l’adaptation américaine est plus pêchue que la version danoise, correspondant plus à un horaire du dimanche après-midi sur TF1 qu’un vendredi soir sur Arte, mais le problème de ce pilote est dans sa résolution intrinsèque. 45 minutes pour défaire le nœud et l’arc narratif principal, l’amitié des deux hommes et la confiance que l’un porte à l’autre. La crédibilité en prend sévèrement un coup, au regard de ce qui les éloignait, lorsqu’ils décident finalement de s’unir à nouveau pour l’entreprise. Le personnage de Jim Sturgess, petite frappe plus maligne que féroce mérite plus de nuances que son propre charisme de womanizer. David Schwimmer s’en tire avec les honneurs, après le père Kardashian, entre roc et argile, fier mais friable, dans la saison 1 d’American Crime Story. Il incarne Tommy, sommelier de renom, veuf père de famille endeuillé qui s’est réfugié dans la boisson, et à présent vendeur de vin. Dion sort de prison, mais est loin d’en avoir fini avec ceux qui veulent sa peau. Sa relation avec son avocate est ambiguë et les retrouvailles avec son entourage manquent de relief. En allant droit au but, les intentions sont trop criardes, les dialogues calibrés, favorisant l’impression de déjà-vu au profit d’un réel regard innovant sur la réinsertion et la rédemption. Bien qu’attachante, Feed The Beast se doit de rehausser la barre et proposer une mise en scène plus audacieuse, une écriture plus originale si elle veut perdurer sur la durée. Des secrets vont être résolus à la fin de la saison 1, mais d’autres permettront d’alimenter la 2ème. Nous avons déjà notre petite idée sur le contenu de ces secrets, tant la subtilité n’est pas le principal ingrédient de ce plat loin d’être haut de gamme, mais très appréciable.

 

Feed The Beast : Fiche Technique

Créateur : Clyde Phillips
Réalisateurs : Jon S. Baird, Steve Shill
Interprétation : Jim Sturgess, David Schwimmer, Lorenza Izzo, Michael Gladis, Christine Adams
Vendeur international : Lionsgate
Diffuseur(s) : AMC
Version : VOSTFR
USA – 2016

Festival

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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