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Rencontre avec Olivier Marchal: Festival Séries Mania 2016

Rencontre avec Olivier Marchal, le cinéaste/créateur français de 36 Quai des Orfèvres et Braquo au festival Séries Mania

CineSeriesMag s’est rendu à la rencontre organisée par Séries Mania avec Olivier Marchal – cinéaste français de renom à qui l’on doit 36 Quai des Orfèvres, Les Lyonnais, MR73, Braquo entre autres -, à la suite de la projection du premier épisode de sa nouvelle série diffusée sur Canal +, Section Zéro.

Olivier Marchal explique avoir pris trois ans pour faire Section Zéro. Il en est venu à la série car c’est une forme qui lui plaît : « J’ai eu un vrai plaisir de créer la saison 1 de Braquo qui devait être un long métrage ». D’ailleurs les Lyonnais aurait dû être une série. Ici certes il s’agissait d’avoir l’efficacité de la télévision mais mine de rien il a eu tout de même douze jours et pas dix pour l’épisode I.

Dans la série, il rend hommage à Mad Max, Looper… Aussi il voulait essayer de faire autre chose, même si on retrouve ses obsessions : la crasse, la mort, les flics, les prostituées, la drogue… « Je trouve qu’on ne se détache jamais d’une œuvre, d’un cinéma qu’on construit ».

Après cette courte introduction s’en sont suivis des questions-réponses avec le public.

Quel est le budget de ce premier épisode par rapport au pilote de Braquo ?

« Sur Braquo on était à 1 million 2 en tournant en pellicule et ici à 2 millions en numérique. »

Vous vous êtes tourné vers l’Est pour vos décors ?

« On voulait vraiment jouer sur le bloc de l’ouest (…) et c’est vrai que j’ai eu le coup de foudre avec la Bulgarie, et on se croirait vraiment au bout du monde (…) tout est en désolation, même Sofia est une capitale grise éteinte, c’est très austère. Et évidemment pour des raisons économiques, les techniciens sont moins chers, les figurants sont moins chers (…) Tout est moins cher (…) À 30 pour cent du temps on était installé en studio (où ont été tournés 300, Expendables, entre autres) (…) Quand j’ai vu ça (le centre métallurgique) c’est vrai que j’avais mes décors de désolation. »

La femme est très présente dans vos récits…

« Une histoire sans femme n’est pas une histoire intéressante, j’ai essayé d’éviter les pièges de Braquo… je trouve que les rôles féminins sont plus importants. (…) les femmes me font peur, je suis assez timide malgré les apparences, les femmes me font peur car je ne les ai toujours pas comprises à 58 ans, et je les aime autant que je les hais… Je serais incapable (de faire une romance), ou alors ce serait très manichéen. (…) les femmes en prennent plein la gueule (…) et à la fin faut considérer que c’est un monde où on ne fait aucune différence entre les hommes et les femmes (…) c’est un monde très détraqué, très pessimiste mais c’est ma vision personnelle et c’est ce vers quoi on arrive »

Quel est votre rapport à la violence ?

« Je pense pas que la violence touche le public (…) j’ai pas de problème avec la violence, j’ai un problème avec la violence de rue. J’ai une de mes filles qui s’est faite tabasser et ça m’a traumatisé (…) avant c’était mieux, je pense que depuis les années 50, on est dans des rapports très violents (…) ce qui va arrriver est pire, (…) on le sait. (Ma monteuse) a un regard féminin sur ce que je propose. Dans la boite de nuit, on a essayé d’étouffer tous les sons, c’est stylisé. Dans l’épisode II, il y a Sacha Distel, La belle vie (…) voilà je m’inspire de Leone, de Peckinpah, de tous ces grands qui m’inspirent (…) Mais je crois que la critique a un problème avec la violence, car lorsque je fais MR73, qui est une histoire d’amour (…), les critiques ont dit « Enfin Olivier Marchal ne se balade plus avec un flingue », (…) autant qu’on me dégomme sur le plan cinéphilique ça me va, ça m’est déjà arrivé, mais la plupart des critiques agressent (…) La violence elle peut être belle, au cinéma. Après moi je préfère filmer une scène de violence qu’une scène de cul (…) car je suis gêné. (…) (Toutefois) la violence m’intéresse quand c’est justifié. »

« La bagarre (dans la boite de nuit) a été faite en deux fois, dit-t-il. On avait rempli les gobelets, les figurants en dansant ont tout renversé et l’acteur s’est détruit tous les ligaments. » Il y a eu d’autres accidents, malgré les préparations, explique-t-il.

« Je dois beaucoup aux équipes et aux acteurs (…) ils m’ont beaucoup porté car j’y croyais pas. » « J’avais peur d’aller dans ça », c’est-à-dire de tomber dans le registre du comique tel Qui a tué Paméla Rose explique-t-il. « Il y a des maladresses, après je suis jamais content de moi ».

Comment s’est déroulé le montage ?

Il a eu lieu en Belgique, explique le cinéaste, et c’est son frère Denis Marchal qui a supervisé tout l’étalonnage. Concernant l’image, il y a 80 pour cent du travail du chef opérateur et 20 pour cent du travail de montage.

Est-ce que vous pourriez expliquer les personnages et leurs nombreux tatouages ?

« Tout ce qui est maquillage coiffure c’est les Bulgares qui ont bossé avec les Américains. Le chef maquilleur a trouvé une méthode… Alors il y a eu de faux tatous, mais il y en a eu de vrais ! (…) (Au moment de choisir des Nazis) je vois des mecs tatoués, et je dis ah cool ils paraissent vrais et on m’a répondu « ce sont des vrais ! ». Aussi il explique que le chef maquilleur a inventé une technique qui permettait au tatouage de rester cinq six jours (en résistant aux douches) et il n’y avait qu’à le reprendre le lendemain. « Moi j’aime bien les tatous, je trouve ça sexy (…) je pense que dans quinze ans, vingt ans, ce sera complètement banal. C’est quelque chose qui va redevenir has been peut être ».

Section Zéro, une série d’anticipation…

Olivier Marchal explique qu’il avait 20 ans lorsqu’il a vu le premier Mad Max, le meilleur de la saga selon lui : « Je voulais faire mon Mad Max à moi ». Il enchaîne en disant que le genre « me permet surtout de dire (et faire) n’importe quoi (…) les looks (…) ça m’a permis d’assurer mes délires et mes fantasmes ». Aussi il ne s’agit pas de dire qu’il a fait une nouvelle œuvre digne de ses inspirations : « Ça n’est pas de la fausse modestie, c’est juste que je pense qu’il faut jouer dans sa cours ».

Quelle est votre relation avec votre chef-opérateur ?

« On a déjà une relation très alcoolisée avec mon chef op’… Non je plaisante ! On a fait un film et on s’est retrouvé sur (ses films suivants) (…) C’est un type qui travaille très vite sans matériel et qui est cinéphile (…) On travaille à partir de films et photos (…) Je vois un film à la télévision qui m’interpelle, hop, je lui dis de regarder (…) Parfois on s’engueule, il me dit « le plan tu le monteras pas » (…) Il est aussi artiste. »

Il explique ensuite que sur la série se trouvaient des techniciens qui ont travaillé avec Oliver Stone et Alejandro Inarritu. Le cinéaste ne programme pas tout à l’avance, et compte sur ses collègues pour lui faire des propositions et surtout l’aider à concrétiser sa vision : « Alors après je sais ce que je veux mais ne sais pas l’exprimer ».

CineSeriesMag – Vous parlez beaucoup de Mad Max comme inspiration, on voit aussi Blade Runner, et beaucoup Robocop.

« Ah oui complètement, dans le genre de l’anticipation complètement. »

CSM – Est-ce que vous vous êtes inspiré du jeu vidéo Tom Clancy’s The Division ?

« Alors non, pas du tout, j’en ai entendu parler, mais non. »

CSM – Parce-qu’on retrouve bien des similitudes entre vos décors post-apocalyptique et le New-York du jeu vidéo ?

« Ah oui ? Faudra que je vois ça alors. »

CSM – Vous vous êtes inspiré des films de David Ayer qui travaillent beaucoup les techniques policières, les gestes policiers ?

« Euh non, je ne connais pas. »

CSM – Vous placez l’action dans le futur, malgré tout on reconnaît de nombreuses techniques et gestuelles de policiers, d’ailleurs déjà aperçues dans certaines de vos précédentes œuvres. Est-ce que vous avez réfléchi à ce que serait la police dans l’avenir, à ses techniques, à ses gestes… ?

« Alors non, hélas, on n’a pas eu le temps. C’est qu’il faut que ça va très vite (…) et on s’est concentré sur l’écriture (…) donc quand on en est arrivé là, on a pris nos flics, nos commandos et hop c’était parti. Donc non hélas, je suis pas allé jusqu’à ce point, c’est dommage, mais on n’avait pas le temps. »

La rencontre toucha à sa fin. Nous avons aussi appris qu’Olivier Marchal travaillait sur l’adaptation d’un livre de son ami romancier Jean-Christophe Grangé (Les Rivières Pourpres), La Ligne Noire, avec possiblement Mickey Rourke au casting.

Ci-dessus une featurette promotionnelle sur le travail d’Olivier Marchal sur Section Zéro.

Section Zéro d’Olivier Marchal: Critique du pilote

Synopsis: En Europe, dans un futur proche, les Etats endettés ont renoncé à leur souveraineté au profit de multinationales, immenses agrégats économiques ultra-puissants. Parmi ces nouvelles « sociétés titans », Prométhée, l’une des plus puissantes et dangereuses, ne cesse d’étendre son emprise sur la Fédération. Son but : remplacer la police par une milice privée, le Black Squad, dirigée par le dangereux Munro, et créer une armée d’hommes robotisés, les Mékas. Sirius, flic idéaliste, veut se battre pour empêcher la disparition du monde dans lequel il a vécu. Il va entrer en résistance et diriger un groupe d’élite, la Section Zéro, qui utilise tous les moyens, y compris l’illégalité et la violence. Derrière ce combat politique se joue également pour lui le combat d’un père et d’un mari pour retrouver les siens.

Projection au festival Séries Mania du pilote de Section Zéro, la série d’Olivier Marchal : grandes inspirations et manque d’originalité, inventivité française, clichés, et acteurs/personnages plus ou moins bons.

             Olivier Marchal, cinéaste/créateur français à qui l’on doit 36 Quai des Orfèvres ou encore Braquo, s’est attaqué à un genre presque méprisé – du moins laissé de côté – en France, la science-fiction. Il s’est précisément attaqué à son sous-genre, l’anticipation. Quel culot de la part d’un Français et même deux – puisque la série a été co-créée avec l’écrivain de polars Laurent Guillaume – de tenter une nouvelle expérience dans ce genre qui effraie la majorité des producteurs de l’hexagone, fonctionnant au risque zéro. Mais si on encourage l’initiative, on ne peut s’arrêter de réfléchir et de travailler une œuvre sur ce principe de pavé jeté dans la marre. Alors, Section Zéro est-elle un objet réussi ?

            Il nous faut rappeler que cet écrit se fonde sur le pilote de la série. S’il a été le seul épisode à avoir été présenté au festival, il y a bien des choses à dire. Olivier Marchal, créateur, scénariste, showrunner et réalisateur du show, s’est beaucoup inspiré de films qu’il adule: Mad Max (George Miller, 1979), Blade Runner (Ridley Scott, 1982), RoboCop (Paul Verhoeven, 1987). Si le créateur a beaucoup parlé de l’importante influence du premier dans notre rencontre (que vous pouvez retrouver ici), les autres sont bien ici, dans de nombreux décors (cyber)punks (tels que la boite de nuit ou la ruelle en pleine nuit au début de l’épisode), ou encore dans l’image même : l’image grisâtre et les entrepôts désaffectés tels ceux de Détroit de RoboCop ; ses voitures de polices qui ressemblent fortement à celles du même film (et saga), modifiées pour être plus Mad Max-isées ; d’ailleurs il reprend au plan près ceux des deux premiers films de la licence, notamment les arrivées dans des zones industrielles désaffectées. Voir autant de cinéphilie dans une des rares séries françaises de science-fiction a quelque chose de plaisant et grisant même, toutefois on peut voir cela dans un tout autre sens. En effet, on peut appréhender toutes ces références comme un manque d’originalité de cet univers. Dans le fond, Prométhée est l’équivalent de l’OCP de RoboCop. Dans la saga, l’entreprise, si elle tend à servir l’ordre et la justice, veut en fait contrer la grève des policiers et baisser leurs effectifs en les remplaçant par des robots, puis des cyborgs. On peut même aller du côté de Blade Runner avec les conglomérats créant des androïdes « plus humains qu’humains ». Quant à la séparation des villes en deux zones : pauvres / riches, Elysium et Trepalium (série diffusée sur Arte) sont déjà passées par là. Ce caractère est présenté de manière très anecdotique sans qu’on le voie bien concrétisé à l’écran.

            L’anecdotique est d’ailleurs très présent dans la série. Un exemple, on retrouve Sirius dans le quartier chinois à une baraque à bouffe asiatique, digne de Blade Runner. D’ailleurs plusieurs plans en sont repris, sinon inspirés. La cuisinière n’a rien d’asiatique et mieux, pas un seul figurant asiatique dans la séquence qui, dans le fond, ne sert qu’à introduire la maîtresse du personnage et à exposer son collègue comme un bon raciste-xénophobe du village. Les figurants sont peu nombreux et bougent à peine. La majorité des éléments de SF semblent vides, comme si dans le fond, ce qui compte, l’essentiel, la chair du show, c’est le trio de flics ténébreux dans une affaire politique qui les dépasse, et en proie à leurs doutes et problèmes personnels, notamment familiaux. En somme, l’essence Marchal donc. Et pourtant, on ne peut s’empêcher d’être fasciné par ce monde de science-fiction concocté par Marchal aux nombreuses règles présentées dans l’introduction, un univers véritablement inspiré et qui nous présente un avenir hypothétique peu fantaisiste et plutôt crédible, peut-être probable même. Notons toutefois que les œuvres qui ont inspiré la série ne l’étaient pas moins, bien au contraire.

            Ensuite deux gros problèmes ont perturbé notre séance, le jeu des acteurs et l’écriture des personnages. On ne saurait dire si le chef des gangsters russes a été bien ou mal écrit, mais les dialogues sont bien là, et tout de même, après Braquo, on était en droit d’attendre un certain niveau. En effet, le personnage tel qu’il apparaît à l’image est un tissu embourbé dans le cliché pur et dur. Et il n’est pas le seul, le collègue de Sirius est le second couteau sympatoche mais lourdaud et raciste, et menteur (ce qui annonce probablement de futures divisions au sein du groupe) ; le troisième larron, qui est une jeune femme lesbienne, tentera hélas de combler un manque certain de crédibilité, charisme et de présence à l’écran, en assurant un lot de séquences sexuelles hyper-érotiques et physiques (attention la Vie d’Adèle n’est pas loin). Un dernier exemple, le personnage de Sirius, flic déterminé, intelligent, taciturne et ténébreux, sobrement et justement incarné (et non joué) par Ola Rapace, a une fille adolescente. Devinez, elle est en rébellion avec l’autorité, s’habille en noir avec du maquillage noir, joue de la guitare et sort avec un futur (et possible ancien) taulard impliqué dans du trafic de drogue.

Enfin, si la réalisation n’est pas toujours des plus efficaces (les poursuites en voitures manquent de punch malgré les nombreuses références au RoboCop de Verhoeven, ce qui est assez ironique lorsqu’on repense à l’influence criée haut et fort par Olivier Marchal de Mad Max) malgré une bande-son irréprochable et si l’on regrette le passage de la pellicule (qui était utilisée dans Braquo) au numérique ici, Section Zéro n’a pas un démarrage raté mais plutôt en dents de scie. Remarquons toutefois que le pilote ne nous amène pas à la Section Zéro telle qu’elle est décrite dans la synopsis de la série, mais met en place ses prémices. Affaire à suivre.

Section Zéro: Bande-annonce

Section Zéro: Fiche Technique

Créateurs : Olivier Marchal & Laurent Guillaume
Showrunner : Olivier Marchal
Réalisation : épisodes 1 à 7 : Olivier Marchal ; épisode 8 : Ivan Fégyveres
Casting : Ola Rapace, Catherine Marchal, Pascal Gregory, Tchéky Kario, Francis Renaud, Constantin Balsan, Hilde De Baerdemaeker, Inès Spiridonov, Juliette Dol, Steve Driesen, Maud Jurez, Stefan Ivanov
Directeur de la photographie : Denis Rouden
Composition : Erwann Kermorvant
Producteurs : Thomas Amargyros et Edouard de Vésinne
Production : Canal +, Bad Company, Europacorp Télévision, Umedia
Diffusion : Canal + à partir du 4 Avril 2016
Genre : science-fiction d’anticipation

Format : 52 minutes (x 8 épisodes pour la saison 1)
Année de lancement : 2016

La saison des femmes, un film de Leena Yadav : Critique

Synopsis : Inde, Etat du Gujarat, de nos jours. Dans un petit village, quatre femmes osent s’opposer aux hommes et aux traditions ancestrales qui les asservissent. Portées par leur amitié et leur désir de liberté, elles affrontent leurs démons, et rêvent d’amour et d’ailleurs.

Péripéties indiennes

Pour son troisième long-métrage, la réalisatrice indienne Leena Yadav fait le choix de défendre la situation des femmes dans un petit village en Inde, et n’hésite pas à dénoncer les violences dont elles sont victimes, la manière dont elles sont considérées, et le peu de pouvoir qu’elles ont. Son nouveau film, que l’on peut aisément définir comme féministe, s’avère plutôt réussi, même si quelques travers propres au cinéma indien viennent noircir le tableau.
Le cinéma indien est un art à part entière, bien loin du cinéma occidental, la comédie musicale étant le seul genre se rapprochant de ce cinéma. Couleurs et musiques sont au rendez-vous à Bollywood, en déplaise à beaucoup de personnes, pour qui la joie constante qui se dégage de ces films est plutôt désagréable. Les productions indiennes dansantes et romantiques sont haut en couleurs, visuellement remarquables, avec cette certaine mièvrerie, ce côté fleur bleue toujours bien ancré, comme une marque de fabrication.
Malheureusement, ces éléments font du mal au film de Leena Yadav. En effet, le sujet, ô combien dramatique et préoccupant, est parfois décrédibilisé par un certain pathos, un amas de bons sentiments qui nuisent à la dureté des propos. A certaines scènes de violences viennent se juxtaposer des sourires et des plaisirs chantés, comme s’il fallait toujours sourire à la vie même si elle s’avère compliquée. Certes, c’est une mentalité de vie remarquable, mais le rythme effréné fait que le spectateur n’a pas le temps de se poser en un état d’esprit précis face aux faits qui lui sont racontés. On assimile sans prendre de réelles réflexions, et pourtant, les ambitions de la réalisatrice sont parfaitement compréhensibles. On perçoit le souhait de prouver que le cinéma indien n’est pas qu’un monde de comédies musicales, et pourtant, La saison des femmes est pourvu de lieux communs qu’il aurait été préférable de minimiser, tant le contexte scénaristiques est tendu.

Mais La saison des femmes, c’est une histoire de femmes fortes, qui bravent les interdits, qui cherchent à fuir des situations familiales, amicales ou professionnelles compliquées. Pour faire vivre des personnages aussi forts, il fallait un casting puissant, et le défi est relevé. La réalisatrice s’entoure de belles femmes qui nous livrent de très belles prestations, tantôt touchantes, tantôt plus ternes, mais toujours bien nuancées. On retiendra Tannishtha Chatterjee (Rani) qui se démarque par sa subtilité et les émotions qu’elle dégage. C’est de son personnage que l’on tirera le plus d’empathie, tant sa situation conjugale et familiale peut faire écho à celle de certaines femmes pas seulement indiennes mais également occidentales.

Le thème de la violence est un thème récurrent mis en scène de manière très réfléchie. Mais la violence n’est pas basée uniquement sur les coups qu’une femme peut recevoir, elle est également sexuelle est psychologique. En nous immergeant dans cette société, la réalisatrice nous fait voir le place du viol et des pressions morales, qui sont ancrées de manière ostentatoires dans les mœurs. Mais il serait trop simple de faire un catalogue de la violence. Ainsi, la réalisatrice indienne effectue un gros travail sur le hors champ, qui s’avère soigné et réfléchi, et qui ne fait que multiplier les images d’horreur, tant l’imaginaire du spectateur est mis à contribution.
Mais comment se défaire de cette violence dans une société où la femme peut être tuée si elle ne suit pas les règles ? La reponse de Leena Yadav est très judicieuse et emplie de réflexions. Pour les occidentaux que nous sommes, de petits éléments qui nous paraissent anodins sont de véritables actes révolutionnaires pour ces femmes. Ôter leur voile, partir en excursion entre filles, transformer des insultes pour qu’elles ne rabaissent plus la femme, rigoler, chanter, danser, ce sont toutes ces petites choses du quotidien qui témoignent du progressif rejet de leur situation. La réalisatrice embellit ses actrices dans leurs actes, et leur faire vivre des instants de grâce, qui ne peuvent que nous ravir. Malheureusement, le revers de la médaille est le retour de la violence et du mépris envers elles, qu’elles tentent d’oublier dans des petits moments hors du temps, qui les transportent dans un ailleurs un peu meilleur.

La saison des femmes est un long-métrage aux propos intéressants, qui méritent d’être vu pour son aspect militant. Malheureusement, les clichés de mise en scène et scénaristiques des films indiens Bollywoodiens sont encore trop appuyés pour que la crédibilité du film soit maximale. Toutefois, les actrices marquent les esprits et sont vraiment convaincantes.

La saison des femmes : Bande-annonce

La saison des femmes : Fiche Technique

Titre original : Patched
Réalisatrice : Leena Yadav
Scénario : Leena Yadav
Interprétation : Tannishtha Chatterjee, Radhika Apte, Surveen Chawla, Lehar Khan, Riddhi Sen, Mahesh Balraj…
Photographie : Russell Carpenter
Montage : Kevin Tent
Musique : Hitesh Sonik, Swanand Kirkire
Direction artistique : Armadeep Behl
Producteurs : Leena Yadav, Ajay Devgn, Aseem Bajaj, Gulab Singh, Rohan Jagdale
Sociétés de production : Shivalaya Media Entertainment, Blue Water Productions
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Durée : 116 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 20 avril 2016

Inde – 2016

Vivre dans la peur, un film d’Akira Kurosawa : critique DVD

Synopsis : Le professeur Harada, dentiste de profession, est consultant auprès d’un tribunal. Il est appelé pour donner son avis sur un cas particulier : des enfants veulent placer leur père, Kiichi Nakajima, sous tutelle en le déclarant irresponsable. En effet, depuis un moment, celui-ci, terrorisé par la bombe atomique, déclare qu’il veut fuir au Brésil en amenant toute sa famille.

Juste après Les Sept Samouraïs, Akira Kurosawa signe un film politique et un drame émouvant sur le péril nucléaire

En 1955, Akira Kurosawa est un cinéaste mondialement connu. Le Lion d’or et l’Oscar du meilleur film étranger attribués à Rashômon ont fait de lui le premier réalisateur japonais dont les films sont présentés en Occident. Ses œuvres connaissent un succès rare.

La place de Vivre dans la peur, coincé chronologiquement entre Les Sept Samouraïs et Le Château de l’Araignée (c’est-à-dire entre deux des plus grands chefs-d’œuvre du cinéaste, et ce n’est pas peu dire), fait que ce film est souvent considéré comme mineur actuellement, dans l’ombre de deux monuments. Pourtant, malgré quelques maladresses, Vivre dans la peur est un très bon film et son sujet peut toujours toucher les spectateurs actuels.

Qui est le plus fou ?

Dès la fin de la guerre, le Japon est occupé par les Américains. La censure officielle est finie depuis 1949, mais il reste des sujets tabous. Les bombes atomiques en font partie. Généralement, les grands studios refusent de produire des films traitant directement d’Hiroshima ou Nagasaki. Mais le sujet, encore présents dans bien des esprits, ne peut être tu trop longtemps. Et, en ce milieu des années 50, on le voit resurgir de façon indirecte. En 1954, Ishirô Honda (qui avait été l’assistant réalisateur de Kurosawa sur Chien enragé) réalise Godzilla, l’histoire d’un monstre qui ravage les villes nippones après avoir été réveillé par des essais nucléaires.

Un an plus tard, Akira Kurosawa s’attaque au sujet, mais pas frontalement. Lui qui était si humaniste, si proche de ses personnages, va parler de la bombe à travers le portrait d’un personnage particulier, un chef d’entreprise que la peur d’une attaque nucléaire va entraîner dans la folie.

Et au lieu de faire de longs discours, Kurosawa va plutôt employer les moyens que lui offre le cinéma pour implanter une ambiance anxiogène et nous faire partager cette peur. La chaleur étouffante, les éclairs violents, la pluie quasiment incessante, tout rappelle ces explosions qui peuvent survenir à chaque instant.

Car, dans ce film, il n’est pas question de se souvenir d’Hiroshima ou Nagasaki (comme ce sera le cas dans un des derniers films du cinéaste, Rhapsodie en août, film sur la mémoire de ces catastrophes). Ici, il s’agit plutôt de prévenir un peuple jugé trop insouciant que le cataclysme nucléaire peut resurgir à chaque instant. Comme le dit un médecin à la fin du film : « Est-ce vraiment lui le fou, ou est-ce nous, qui restons impassibles en ces temps de folie ? ». Le film se veut donc un cri d’alerte face à un peuple nippon que Kurosawa juge inconscient, trop occupé à reconstruire un pays et à profiter du grand boom économique que vit alors l’archipel.

Peuple sous tutelle

« Vous ne pouvez rien faire », dira un personnage en parlant à Nakajima. La mise sous tutelle de ce père de famille présente deux aspects essentiels à l’histoire. D’un côté, elle montre bien les changements sociaux survenus au Japon. Depuis l’ère Meiji et son ouverture à l’Occident, mais surtout avec l’occupation américaine, la société nippone s’est fortement occidentalisée et s’est éloignée de ses valeurs traditionnelles. Ici, Kurosawa montre bien la disparition du respect dû aux anciens, qui était pourtant une part essentielle de la culture japonaise. Voir Nakajima s’agenouiller et s’humilier pour supplier ses enfants, c’est bien assister à la déchéance honteuse d’un père de famille, quelque chose qui était inconcevable dans le Japon classique.

Et c’est bien là une des sources d’incompréhension entre le père et ses enfants. Kiichi vit dans le passé. Avec sa femme et les maîtresses qu’il entretient au vu et au su de tout le monde, il se comporte en seigneur médiéval et paraît complètement décalé aux yeux de ses enfants, ce qui justifie, en partie, la mise sous tutelle.

Mais cet acte est aussi symbolique de l’état du Japon en 1955, pays toujours occupé par les Américains où le gouvernement n’est pas totalement libre de faire ce qu’il veut. Aux yeux de Kurosawa, c’est comme si tout le peuple japonais était mis sous tutelle, ne pouvant décider souverainement de l’attitude à tenir en cette période de Guerre Froide (alors que la guerre de Corée s’est déroulée à quelques encablures seulement).

En bref, Kurosawa, avec sa maîtrise habituelle de la mise en scène, fait un film émouvant et effrayant à la fois, non dénué d’enjeux politiques. Et si on pourrait lui reprocher d’avoir abusé du maquillage pour vieillir Mifune, il faut quand même recommander ce très beau film qui s’inscrit pleinement dans les thématiques du génial cinéaste.

Vivre dans la peur est édité aux éditions Wild Side ; le coffret DVD+ Blu-ray + livret sort le 27 avril 2016

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Vivre dans la peur – Extrait

Vivre dans la peur- Fiche technique

Titre original : ikimono no kiroku
Réalisateur : Akira Kurosawa
Scénario : Shinobu Hashimoto, Hideo Oguni
Interprètes : Toshiro Mifune (Kiichi Nakajima), Takashi Shimura (Harada), Kyoko Aoyama (Suê), Minoru Chiaki (Jiro)…
Photographie : Asakazu Nakai
Musique : Masaru Satô, Fumio Hayasaka
Production : Sôjirô Motoki
Société de production : Toho Company
Société de distribution : Toho Company
Durée : 100 minutes
Genre : Drame
Date de sortie (France) : avril 1956

Japon- 1955

 

Good luck Algeria, un film de Farid Bentoumi : Critique

Pour son premier long métrage, Farid Bentoumi a décidé de nous présenter une comédie drôle et attendrissante. Étonnant, ce film est pourtant inspiré d’une histoire vraie, celle du frère du réalisateur.

Synopsis: Amis d’enfance et associés dans une petite entreprise de fabrication artisanale de skis de fond, Sam (Sami Bouajila) et Stéphane (Franck Gastambide) sont sur le point de tomber dans une crevasse financière qui va couler leur boîte. Pour sauver leur petite entreprise, Stéphane a une idée de génie: inscrire son pote aux prochains J.O d’hiver sous les couleurs de l’Algérie. Il faut dire que, par ses origines, ce savoyard posséde la double nationalité. Seul hic, il n’a pas pratiqué la compétition depuis 15 ans, et il n’a jamais demandé de passeport aux autorités algériennes. Autant dire qu’entre les soucis administratifs, le scepticisme de sa femme (Chiara Mastroianni) et le rêve de son père (Bouchakor Chakor Djaltia) de le voir retourner au bled pour s’occuper de ses oliviers, Sam n’a pas fini de slalomer entre les embûches…

Premier bémol du film : son affiche. Lorsqu’on la contemple, on s’attend à une comédie 100% humoristique et lourde, ce qui est loin d’être le cas. Une surprise fort agréable qui change de la caricature gauche et clichée habituelle des diverses ethnies dans le cinéma français. Il mélange le drôle au triste, le sourire aux larmes, ce qui apporte un certain charme au film.

Ce mélange entre le comique et le sentimental permet au réalisateur d’aborder plusieurs sujets sérieux comme l’entreprise ou encore le dépassement de soi. Par ailleurs, les points de départ du film, la chute de l’entreprise ainsi que la supercherie comique des Jeux Olympiques, ne sont que des prétextes utilisés par le réalisateur pour traiter d’autres sujets tels que les liens familiaux ou encore le retour aux racines. Ce n’est qu’au bout d’un certain moment que l’on comprend la réelle intention du réalisateur, apportant un élément de surprise appréciable. Malheureusement, cette quantité massive d’intrigues finit par affaiblir l’impact du film.

Aussi, Farid Bentoumi profite de ce film afin de nous montrer la beauté du paysage algérien ainsi que de sa capitale. D’un point de vue subjectif, la caméra longe le trajet de Sam traversant les rues d’Alger. Ne parlant même pas l’arabe, il a l’air de découvrir pour la première fois ce pays et sa vie très active, aux antipodes de sa vie paisible à la montagne. On nous laisse également découvrir le mode de fonctionnement des algériens, corrompu mais chaleureux. Face à cette découverte Sam se retrouve confronté pour la première fois sans doute à une injustice contre laquelle il ne peut lutter.

Enfin, le point le plus important dans ce film est sans aucun doute la relation père/fils entre Sam et son père. Le père de Sam, empli de bonté, est le maillon fort de la famille entière. D’un air naïf presque innocent, il ne cherche que le bonheur de ses proches. On a l’impression que sa gentillesse lui fait souvent défaut notamment auprès de ses frères qui ont l’air de profiter de lui. La venue de Sam en Algérie lui a permis de comprendre cette situation, mais aussi de constater la tristesse de son père. Ces moments sont d’ailleurs les plus émouvants du long métrage, laissant un pincement au cœur.

Quant au reste de la famille, nous pouvons constater une acceptation assez simple du métissage. Cela est sûrement dû à la mère de Sam qui est elle même d’origine française. Elle réalise une sorte d’intégration dans le sens inverse ce qui devient de plus en plus commun de nos jours dans les familles occidentales. Bien qu’elle soit mariée au père de Sam depuis plus de quarante ans, elle commence à peine à devenir une Zitouni aux yeux de sa belle famille.

En somme, malgré la maladresse de la mise en place de l’intrigue, l’histoire reste intéressante et agréable. Plus qu’un objectif sportif, Good Luck Algeria dresse le portrait d’une famille multiethnique presque idéale. Farid Bentoumi nous affiche presque un exemple de sa conception d’une famille parfaite, celle que tout le monde devrait avoir.

Good Luck Algeria : Bande-annonce 

Good Luck Algeria : Fiche technique 

Réalisation: Farid Bentoumi
Scénario: Farid Bentoumi
Interprétation: Sam: Sami Bouajila, Stéphane: Franck Gastambide, Bianca: Chiara Mastroianni, Françoise: Helène Vincent, Kader: Bouchakor Chakor Djaltia, Stella: Coralie Avril, Sarah: Fadila Belkebla
Directeur De Casting: Antoine Carrard
Photographie: Isabelle Dumas
1er Assistant Opérateur: Loïc Bovon
Musique : Robin Foster
Décoration: David Faivre
Montage Image: Jean-Christophe Bouzy
Montage Son: Ingrid Ralet
Société de production: Les Films Velvet, Les Films du Fleuve, France 3 Cinéma, Voo eT Betv, RTBF
Distribution : Ad Vitam
Durée 90 minutes
Genre: Comédie
Date de sortie: 30 mars 2016

France – 2015

Series Mania 2016: Milk & Honey, The Family Law et La Trêve

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Festival Series Mania 7eme édition : trois séries passées à la loupe Milk & Honey, The Family Law et La Trêve

Pour cette septième journée, on rattrape le retard grâce à la Video Library et c’est ainsi que nous découvrons 3 séries, israélienne, sino-australienne et belge.

Milk & Honey 

A son retour de l’armée, un jeune homme découvre que son entreprise de miel, qu’il a confié en son absence à un ami, est devenu également un service d’escort boys. Dans le rôle de l’ami, Yousef Sweid qui tient le rôle principal de la sitcom israélienne, The Writer. Mais ce qui dérange le plus dans ce court format aux allures de dramédies décomplexées, c’est le regard portée sur la gente féminine. Le sexe masculin quasi-héroïque est mis sur un piédestal relativement douteux contre la femme qui apparaît lubrique et aguicheuse. Peut-on envisager d’autres rapports entre les deux que la séduction et le passage à l’acte? Bref un regard machiste pour une création qui se voudrait pourtant tendre et plein de sympathie. Au moins dans Entourage, la gente féminine ne semblait pas méprisée…

Milk & Honey : Fiche Technique

Créateurs : Dani Rosenberg, Tom Shoval
Réalisateur : Dani Rosenberg
Interprétation :  Oz Zehavi, Oshri Cohen, Yoav Levi, Yousef Sweid
Vendeur international : Keshet International
Diffuseur(s) : YES DBS
Version : vosten
Israël – 2016

The Family Law 

Fresh Off The Boat à la sauce The Goldberg pour une énième immersion familiale aux contours de sitcom. Pas indispensable… Tout comme Basket, présents au marathon de comédies 1ère partie. Qu’il est agréable cependant d’avoir un rythme moins soutenu avec un humour calibré et chronométré, mais on se demande si là on aurait pas préféré ! On a entendu plusieurs fois sur ce festival (et pas que cette année) « c’est en parlant du plus intime qu’on touche l’universel ». A croire qu’il manque d’autres facteurs essentiels. L’inédit en fait-il partie?

The Family Law : Fiche Technique

Créateur : Benjamin Law
Scénaristes : Benjamin Law, Marieke Hardy
Réalisateur : Tony Ayres
Interprétation: Trystan Go, Fiona Choi, Anthony Brendon Wong, Shuang Hu
Vendeur international : Matchbox Pictures
Diffuseur(s) : SBS TV
Version : vosten
Australie – 2016

La Trêve 

Pour instaurer du conflit, le genre policier est le genre le plus facile pour les scénaristes de créer du soi-disant suspense. C’est donc probablement par lâcheté que nous assistons à une tantième investigation policière mené par un comédien aux contours mal définies. Son jeu peu solide va de paire avec le cheminement peu cohérent de l’intrigue et le duo énerve plus que de raison. Imaginez Clovis Cornillac chauve au jeu encore moins nuancé, avec Tex (« Les Z’amours ») pour mener une enquête déjà peu captivante au départ ! Il faut tenir plus d’une demi-heure pour enfin voir clairement les intentions de cette série. On les applaudit sur papier, on respecte visuellement, mais on oublie très vite. 3 hommes pourtant à la création. On donne raison à Marie-Pierre Thomas

La Trêve : Fiche Technique

Créateurs et scénaristes : Benjamin d’Aoust, Matthieu Dunck, Stéphane Bergmans
Réalisateur : Matthieu Dunck
Interprétation: Yoann Blanc, Guillaume Kerbusch, Jean Henri Compère, Anne Coesens
Vendeur international : Ella Productions
Diffuseur(s) : RTBF, Proximus TV
Version : vf
Belgique-  2016

Festival Séries Mania : Rencontre avec Matthew Penn

Rencontre avec le réalisateur Matthew Penn au festival Séries Mania

Ce vendredi 22 avril 2016, CineSeriesMag s’est rendu à la rencontre avec Matthew Penn organisée par le festival Séries Mania. Penn est un réalisateur conséquent de séries connu pour ses travaux sur Law & Order, NYPD Blue, Royals Pains ou même la nouvelle série Queen of the South sur USA Network.

 La rencontre démarra sur le nouvel âge d’or de la télévision lancé à partir des années 90s, notamment avec HBO :

« Le monde a changé, il n’y a pas si longtemps (au début des années 90’s) on n’avait que 4 networks (grandes chaines nationales américaines) ce qu’on voit maintenant s’est passé avec HBO. Avant, ils montraient les films d’autres personnes, puis ont voulu faire leurs propres créations, David Chase est ici, on pense aux Soprano. Puis d’autres s’y sont mis (…) : Netflix, Hulu… Soudainement on a eu un monde où il y a tellement d’histoires à voir (…). Et il y a des choses risquées. Il y a tellement d’opportunités aujourd’hui, et il y a des séries géniales partout. (…) C’est le second âge d’or de la télévision. Dans les années 90s, on voyait la télévision telle qu’on ne l’avait jamais vue avant (…) des gens filmaient avec des longs objectifs (…) on invitait des cinéastes (…) Regardez Star Trek aujourd’hui et vous vous dites « Hum…  » (tout en basculant la tête). La télévision a radicalement changé ». 

Puis Matthew Penn a poursuivi la réflexion sur le changement de la télévision en parlant de la venue et l’investissement des cinéastes à la télévision. Soderbergh lui a expliqué que la télévision lui permet une immédiateté, et que les séries lui permettent de faire les films qu’il voulait. L’artistique et la volonté de toucher les gens est allée à la télévision, loin des films popcorn. « On voit Scorsese et Soderbergh à la télévision et on se dit que c’est la forme finale de la réalisation, de raconter les histoires. C’est un sacré changement ». D’ailleurs, « si Scorsese et Soderbergh viennent à la télévision américaine, c’est parce qu’il y a une certaine dose de liberté et un certain appétit ! »

 Ensuite la conversation a avancé sur les relations entre réalisateur et scénariste :

« Vous avez toutes sortes de personnalités et en tant que réalisateur vous devez respecter ses volontés (…) ils connaissent l’histoire, ils connaissent les personnages (…) ce sont deux différents jobs (scénariste & réalisateur), certains sont des scénaristes-réalisateurs doués. Le mariage (entre scénariste et réalisateur) peut être différent (…). Il peut bien se passer ou non ».

Matthew Penn arrive sur l’exemple de Matthew Weiner qui « est apparu avec une idée extraordinaire (Mad Men), (…) il a vraiment capturé les pré-60’s/60’s. La chose la plus difficile pour un réalisateur est qu’un showrunner dise : « Peut-être bleue… c’est difficile… ». Voyons ! Le réalisateur doit se dire « Voici l’histoire que je raconte ». D’autres réalisateurs sont plus… Les networks veulent quelque chose, ils disent « Okay  » ». Il explique que Steven Bochco (scénariste du premier Columbo réalisé par Steven Spielberg et d’autres épisodes de la série) a refusé un ordre d’un network concernant NYPD Blues (qu’il a créée). Il y a une chose que tous ont, « ils ont une vision ». « Quand un producteur dit qu’il n’est pas sûr de pouvoir gérer cette vision, c’est fini ».

Il ajoute : « Ça ne compte pas si vous avez été scénariste et réalisateur avant, si vous réussissez c’est le plus important (…) bien sûr si vous échouez on vous ferme des portes »

Une panne de courant survient dans l’ensemble du Forum des Halles. La salle est plongée dans le noir, Matthew Penn n’a pas perdu de sa répartie : « I’m still here ! » (Je suis encore là !).festival-series-mania-rencontre-avec-matthew-penn

La lumière rallumée, Penn enchaîne sur la nouvelle série sur laquelle il travaille en tant que réalisateur et producteur exécutif : Queen of the South, diffusé sur USA Network. Le show suit l’histoire d’un personnage féminin « qui va s’enfoncer dans le milieu de la drogue et qui va devenir une femme extraordinaire ».

Après l’instant de promotion de son prochain projet, Matthew Penn revient sur le travail de réalisation dans une série télévisée et son rôle en tant que producteur (notamment sur Queen of South) : « Quand c’est fait, on ne peut pas revenir en arrière. On ne peut venir le lendemain et demander un reshoot. (…) Il n’y a pas la possibilité de merder, de faire une terrible erreur (…) Et j’ai eu plusieurs jeunes réalisateurs sur Queen of the South (…) et je les ai aidés, conseillés ». « Ils se demandent comment faire une scène… Ils s’inquiètent de tous les problèmes. Alors qu’il faut s’intéresser à ce qui s’y passe, ce qui est raconté (…) Le dialogue est secondaire. Ça n’est pas difficile à filmer. (…) Il faut comprendre l’essence de la scène. C’est mon travail de ne pas les voir faillir, (…) donc je ferai tout pour que cette personne ne fasse pas un épisode correct, mais un superbe épisode. Vous ne pouvez pas dire qu’un épisode est affreux, vous ne le pouvez pas ». « C’est rare qu’on rende bon un mauvais script (…) on a besoin de chacun, parfois on peut avoir un terrible script et l’acteur en fait quelque chose de génial. (…) Mr Robot, c’est de grands scénaristes, de grands acteurs…

Il enchaîne sur les Sopranos :

« J’ai vu le pilote avant qu’il soit diffusé, je me suis dit que je n’avais jamais vu quelque chose comme ça. (…) HBO était furieux car l’heure était trop longue, ils avaient dépensé beaucoup d’argent, mais le show a été béni par David Chase, les acteurs… ». « Je n’avais jamais vu quelque chose comme ça et c’était extraordinaire ». Il continue sur le tournage d’épisodes de Sopranos : « C’étaient trois dirigeants sur trois épisodes (NDLR : à nuancer puisqu’on trouve dans la série plusieurs épisodes réalisés par un même réalisateur) donc Gandolfini savait qu’il ne tombera pas sur la même tête ». « Les acteurs comme Gandolfini, (…), Glen Close, sont des gens très intelligents et ont des idées brillantes, ils ont un grand sens de ce qui marche et ne marche pas ».

 Il y eu enfin deux dernières questions : peut-on réinventer l’image d’un show, peut-on imposer sa marque ?

 « Vous devez être capables de travailler sur le style visuel du show, mais même s’il y en a un, c’est rare que vous fassiez toujours la même chose. Il y a la possibilité d’inscrire sa marque sur la série. »

 Et comment se déroule le recrutement ?

« Vous engagez des personnes avec des capacités spécifiques, pour qu’ils aident le réalisateur à réaliser sa vision, mais comme je l’ai dit, il y a une certaine latitude. (…) Sur NYPD Blue, le réalisateur a fait un énorme travail (…) et c’était juste parfait. »

  Ce fut alors la fin de cette rencontre avec Matthew Penn.

Series Mania 2016 : Beau Séjour

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Festival Series Mania 7eme édition : Revenir à la mort

Imaginez le versant féminin de Kieren Walker (In The Flesh) dans un univers à la Stieg Larsson (Millénium) et vous obtiendrez cette surprenante nouveauté tournée aux frontières germano-danoises. Kato, adolescente presque majeure se réveille d’entre les morts dans la chambre 108 de l’hôtel Beau Séjour. Son corps repose dans la baignoire et nous assistons, nous-aussi, impuissants, à ses côtés, à la découverte de sa propre inexistence. Pendant ce temps, sa mère, qui a refait sa vie avec un autre homme, s’inquiète de son absence. L’image la plus proche est celle de Beth Latimer dans Broadchurch. Un énième récit de disparition sur fond policier, se dit-on. Il en est tout autre. Peu à peu, elle se rend compte que son entourage ne peut plus la voir, à l’exception de 5 personnes. Dans ce drame fantastico-existentiel s’insère une investigation policière originale, car au travers le regard du jeune personnage principal.

Ce microcosme relationnel, savamment développé, permets aux connexions et à l’empathie qui s’en découle de progresser. Chacun des caractères, considéré comme une entité singulière, est un rouage de cette intrigue pour laquelle on se passionne, de la même manière que l’on s’est attaché pour le show de Chris Chibnall. Le défaut principal tient dans la cohérence à l’être invisible, mais qui peut cependant toucher et interagir avec la matière, de ne jamais essayer d’exister auprès des personnes qui ne l’a voit pas. L’écriture se distille dans des intentions fictionnelles qui mériteraient davantage de réalisme. Après Au Nom du fils de Vincent Lannoo (Trépalium), les belges nous prouvent une fois de plus l’étendue de leur talent, entre polar nordique et drame britannique. Après ces deux épisodes introductifs, l’enquête peut vraisemblablement commencer. Découvrez Beau Séjour sur Arte dans les mois à venir.

Extraits séries à venir Arte

(Beau Séjour à 1′) Cannabis fait partie de la compétition internationale, tandis que Au-delà des murs disponible à partir du 23 avril est très attendue par la rédaction, de même que Jordskött.

https://www.youtube.com/watch?v=Xw9ZTQk2prE

Beau Séjour : Fiche Technique

Créateurs: Nathalie Basteyns, Kaat Beels, Sanne Nuyens, Bert Van Dael
Scénaristes: Sanne Nuyens, Bert Van Dael, Benjamin Sprengers
Réalisateur: Nathalie Basteyns, Kaat Beels
Avec Lynn Van Royen, Johan Van Assche, Kris Cuppens, Reinhilde Decleir
Vendeur international : Lagardère Studio Distribution
Diffuseur(s) : VRT (Be), Arte (Fr)
Année de production 2016
Version vostfr – 10×52′
Pays Belgique

Quelle place pour les réalisateurs dans les séries ? : Festival Séries Mania

Séries Mania : Table ronde sur la place des réalisateurs dans les séries avec Bobby Roth, Cathy Verney, Per-Olav Sorensen, Ulrika Bengts, et Rodolphe Tissot.

Le vendredi 22 avril 2016 au festival Séries Mania, CineSériesMag s’est rendu à la table ronde intitulée Quelle place pour les réalisateurs dans les séries ?, animée par Marianne Behart avec Cathy Verney, journaliste et créatrice de Hard, réalisatrice sur la saison 6 de Fais pas ci fais pas ça, Per-Olav Sorensen, créateur et réalisateur de Nobel ; Ulrika Bengts créatrice et réalisatrice de Lola Upside Down, Rodolphe Tissot, un des 4 co-créateurs et réalisateur sur la série sur Arte Ainsi soit-il ; Bobby Roth, réalisateur Prison Break, Lost ou encore Numbers.

            En quoi consiste mettre des images sur une œuvre non créée ? Quelle est la place d’un réalisateur guest ?

C. Verney : « Normalement je suis scénariste, créatrice… Pour la première fois, sur Fais pas ci fais pas ça, j’ai pas écrit du tout… C’est un exercice complètement différent, les acteurs sont déjà choisis… Le ton a déjà été établi et confirmé au fur et à mesure des saisons… Il faut prendre en compte les histoires et intrigues développées. Il faut respecter les règles de la série. Par exemple, pour Fais pas ci fais pas ça, il faut garder l’équilibre des familles… Et respecter le texte écrit par d’autres auteurs. Ça s’est très bien passé car les auteurs avaient envie de partager avec moi. Il y a des réécritures de séquences ensemble, j’ai fait des propositions… Il y avait un échange. Ensuite tout ce qui est décor, costume, ça existe depuis le début, il faut le respecter mais on peut y mettre sa touche. Et finalement ceux qui tiennent la série ce sont les acteurs, ce sont ceux qui la connaissent le mieux. Et les garants sont les producteurs et les acteurs. Le secret pour un réalisateur c’est d’arriver en amont et de pouvoir avoir le temps d’échanger et mettre l’ensemble en place. »

B. Roth : « Je pense que vous devez trouver le show… Quand vous venez sur un show après son début, comme pour Lost, (…) le truc est d’être un chef et un invité. Sur Numbers, la façon dont ils tournaient le show, la façon dont ils s’habillaient, ça n’était pas mon goût personnel… Sur Lost oui, je suis revenu.

U. Bengts : « Je n’ai jamais été un réalisateur invité. (…) Je pense que j’ai le même rôle que lorsque je crée. Quand j’entre sur un projet, je prends toutes les responsabilités, je travaille toujours avec mes monteurs. Je travaille toujours sur un projet depuis son début. »

Accepteriez-vous de rentrer sur un épisode ou deux ?

U. Bengts : « Je devrais dire oui, je pense que ça devrait être très intéressant, je ne sais pas comment ça marcherait, mais je pense que ça serait assez intéressant… Oui, juste engagez-moi et on verra ».

R. Tissot : « Avant Ainsi soit il j’avais déjà réalisé pour France 3. Je n’avais pas la direction artistique on va dire du projet. J’étais un réalisateur qui devais suivre des lignes. Sur Ainsi soit il, j’étais directeur artistique et j’ai eu des réalisateurs qui devaient suivre ma ligne. (…) dans les deux cas, des choses se recoupent. La place du réalisateur-invité dépend de celle qu’on lui donne et varie à chaque projet. Si on a des réalisateurs invités, ce n’est pas juste pour le plaisir de les faire venir. Les créateurs n’ont pas le temps de tout réaliser. Ils font le lien des gens, mais il reste toujours un espace de liberté. Peut-être que ça va être sur le décor, peut-être que ça va être sur le casting… Là où on nous dit rien, on la prend, la place. Souvent sur le découpage, il y a une ligne générale un peu à tenir, mais on n’a jamais storyboardé pour dire : « on tourne ça ». (…) Dans l’ensemble on a quand même un petit espace de liberté. Dans un cas comme dans l’autre, le plus délicat est le montage. (…) C’est vrai que là, quand le film prend forme, soit quand on a la direction artistique et qu’on a des réalisateurs qui respectent ce qu’on veut c’est compliqué, soit on doit suivre des lignes et on prend des libertés… »

P-O. Sorensen : «  Je ne sais pas, je suis toujours investi du début du projet à la fin. Je dirais oui (…) car c’est le job. Si je ne l’écris pas, je dois rentrer dans la tête du réalisateur. (…) Je dois connaître tous les petits détails, tous les enjeux. Nous n’avons pas le budget américain, c’est donc très compliqué de construire ça… »

            Sur le rôle de l’auteur total : comment vit-on le conflit interne entre le soi scénariste et le soi réalisateur qui sont des fois traversés par des défis contradictoires ?

C. Verney : « je ne sais pas si c’est un conflit… De savoir que c’est moi qui va être sur le plateau pour diriger les acteurs aller où je veux. Je sais tellement ce que je veux obtenir donc j’ai une plume qui est plus libre. (…) Je suis rassurée car je sais que je le dirai avec mes mots aux acteurs, au chef op à toute l’équipe, du coup je suis plus libre. Je suis rassurée de ça, je m’autorise plus de trucs, à être un peu débile, osée, je me freine moins, je me regarde moins, plus comme un enfant qui n’a pas les parents derrière… Je me dis que je l’expliquerai au producteur, à tout le monde et j’y vais. »

Avec Hard, vous avez connu une contrainte budgétaire très forte ? À la télévision française de manière générale, on connait d’importantes contraintes budgétaires ?

C. Verney : « J’essaie de ne pas penser à l’argent trop vite, je pense d’abord à l’histoire, puis je me rends compte que c’est trop long, trop… C’est de la cuisine… Je ne me le mets pas dans la tête tout de suite, je le fais en général dans un deuxième temps. Et je trouve ça plus facile sachant que derrière je vais réaliser et c’est moi qui choisis les priorités. (…) J’ai le sens des priorités pour mon récit. Si ce n’est pas moi la réalisatrice, je sais très bien que cette scène là sera retournée en une heure. Une scène gratuite peut être essentielle, et inversement (…) »

Sur les compétences ? Déjà arrivé de réaliser ce qu’il a déjà écrit ?

B. Roth : « J’ai démarré scénariste/réalisateur. Je pense que c’est un travail différent de réaliser ce qu’on n’a pas écrit. A la télévision nous devons travailler de manière très efficace. Les scénaristes imaginent l’image, ils l’ont dans la tête et ça peut être un problème. Je pense que c’est deux jobs différents que de réaliser ses propres scripts et de tourner ceux d’autres.»

U. Bengts : « Je ne suis pas seulement en train d’écrire, je créé les acteurs, j’imagine les décors, ce qui sera la photographie… C’est beaucoup de temps, c’est un long processus. Mais ça m’aide en tant que réalisateur, quand j’arrive sur le plateau, je la connais par cœur, je l’ai dans la peau. Mais quand vous lisez un script, vous l’imaginez, puis quand vous arrivez sur le plateau qu’il pleut, que vous avez tous ces problèmes c’est très bien d’avoir une équipe qui (…) élève vos pensées. Le réalisateur pourrait penser que la scénariste est la déesse, mais on travaille ensemble, on le fait ensemble. Sinon ça pourrait impacter le projet. »

R. Tissot : « J’ai adoré réaliser quelque chose que je n’avais pas écrit. (…) Avec les (autres réalisateurs-créateurs), on voulait la même chose. (…) Je connaissais les textes comme si je les avais écrits moi-même. Peut-être qu’il y a quelque chose de plus intime, de soi (…) c’est normal, mais j’ai l’impression d’avoir le même plaisir. »

P-O. Sorensen : « Le projet a besoin de se réaliser de différentes façons. L’histoire a besoin de différentes touches, goûts. (…) Le réalisateur ouvre la porte pour tels acteurs, il peut anticiper, les guider. Il faut être aussi pragmatique que possible. (…) Donc pour moi c’est trois jobs, donc je dois essayer de rester aussi concentré que je le peux pour (…) l’histoire. »

Le scénario la partie la plus compliquée du travail ?

C. Verney : « Oui je pense que c’est plus compliqué d’écrire une bonne série que de la réaliser. (…) il faut des co-auteurs, mais il faut une vision. (…) Et il faut essayer de la garder sur le plateau. (…) plus une histoire viendra d’un désir très fort, (et non d’un groupe) plus elle touchera la personne. (…) Je crois beaucoup au collectif pour une seule vision. »

B. Roth : « Oui je dois dira ça, quand vous restez avec un script blanc, c’est la merde. (…) Je pense les scénaristes ont ce don, ils doivent avoir la capacité de toucher les gens. »

Donc pour résumer, les scénaristes doivent donner le meilleur de soi pour toucher les gens.

C. Verney : « L’écriture est difficile, (alors que) sur un plateau, tout se règle ».

U. Bengts : « Écrire c’est l’enfer. (…) Mais la bonne chose dans l’écriture, c’est que vous avez le temps (…) Une journée de tournage est comme un festival, j’adore être sur le plateau, c’est la meilleure partie pour moi. Je n’aime pas la pré-production, c’est marcher… se demander : « aurai-je le job ou non ? »…

R. Tissot : « Je conçois que c’est une étape la plus douloureuse (…) je sais que c’est une étape compliquée, douloureuse, et incertaine. (…) J’ai eu une expérience différente sur Ainsi Soit-il, il n’y a jamais eu personne pour porter une vision. Le producteur nous mettait en garde, d’effroi quand qu’on s’éloignait d’une certaine vision. Il y avait un couple d’auteurs, (…) et il y avait moi qui arrivais comme vision. (…) C’est pour ça qu’on décrit notre expérience de showrunning à quatre têtes. (…) C’est l’addition de nos visions intimes sur nos séries ».

Sur cette longue souffrance de l’auteur qui marche dans la lande, qui a envie de jeter son ordi…

P-O. Sorensen : « C’est là, mais ce n’est pas là, on doit le filmer, différents réalisateurs le feraient de manière différente, ça coûterait autrement… Les réalisateurs sont différents. (…) Je pense vraiment que le talent a besoin d’être là. (…) ça doit faire partie de votre machinerie, de votre respiration, ça a besoin de faire partie de vous, car le plateau est grand, et vous avez quatre cents questions par jour et c’est difficile. Si vous n’avez pas d’ambition (…), c’est terminé. Donc je suis là, je ne réalise pas juste

B. Roth : « Quand vous êtes sur le plateau et que plein de choses se passent, vous n’êtes pas dans la writer’s room, tout se passe vite, je pense que vous écrivez en réalisant… Le directeur de la photographie, les acteurs, le réalisateur doivent avoir une certaine intensité. (…) Je suis sûr que certains (…) pensent pouvoir réaliser, mais ils n’en sont pas capables. »

P-O. Sorensen : « C’est un travail (…) c’est amusant, mais c’est un travail, et tout va très vite. »

R. Tissot : « je crois aussi à la solitude du réalisateur (…) par exemple sur Ainsi soit-il j’avais des messes à filmer… On peut s’apercevoir au tournage qu’une scène écrite ne fonctionne pas, qu’une scène ne décolle pas. Si vous avez choisi un comédien qui vous pourrit le dialogue, c’est vous le responsable. (…) il y a une question d’écriture créative et tout le monde vous regarde. »

Une génération a appris à écrire en regardant la télévision, est-ce qu’on apprend à réaliser en regardant la télévision ?

C. Verney : « La réalisation c’est une deuxième écriture, et le montage une troisième. (…) Le réalisateur est une espèce de guide d’acteurs. (…) Je crois beaucoup à la magie du moment, et celles que j’ai préférées ce n’était pas celles écrites. (…) Non, je pense qu’on n’apprend pas en regardant mais en faisant. J’ai appris à réaliser au théâtre. (…) Après il y a le découpage, rendre ça en image, ça oui on l’apprend plus en regardant des films, mais la mise en scène de l’acteur, j’ai appris ça au théâtre (…) »

B. Roth : « Tout ce que vous voulez, les intrigues… Il y a une vision. Il y a tellement de façons de filmer… Tout revient à vos choix, c’est une mentalité. (…) si vous tentez de surdigérer les acteurs, ça n’ira pas, l’idée est d’avoir confiance en les autres… »

Qu’avez-vous appris depuis le début ?

B. Roth : « Tout. Tous les shows que j’ai faits (…) j’ai appris quelque chose, vous travaillez aussi avec d’autres personnes qui vous apprennent (…) J’ai aussi appris à écouter.. Vous devez vous ouvrir et écouter (…) Si vous avez trop en tête, vous foutez en l’air le show. (…) Je veux être capable d’amener tous les gens ensemble et de travailler avec. »

P-O. Sorensen : « Amen »

R. Tissot : « Oui bien sûr… On apprend en faisant. Je pense qu’on a à apprendre de choses en regardant des séries. (…) Ça peut nous aider sur le plateau (…) Ce que j’ai appris en regardant les séries et en en aimant (…), ce que j’ai découvert, c’est à quel point finalement, le plus important, 90/100, ça va être le personnage et point barre. (…) Si on rate ça, la série sera ratée, même avec tout le talent de réalisateur qu’on peut avoir. (…) Ce que j’ai appris c’est que tout se jouait là dessus et ce que j’essaye d’avoir en tête quand je réalise. »

P-O. Sorensen : « N’y allez pas en sécurité, n’y allez pas confiant (…) (Puis les Soprano sont venus, avant ça n’était pas ça mais) Je pense que beaucoup étaient courageux. (…) Aujourd’hui c’est une place différente de ce qu’il y avait il y a dix ans maintenant ».

            Puis il y eut une intervention de Charlotte Blum pour présenter sa série documentaire sur les showrunners des séries américaines. Il sera construit en six portraits. Elle a choisi des réalisateurs, des réalisateurs producteurs, ou encore des personnes « au service de ». Son film présentera leurs outils de travail, leurs parcours professionnel mais aussi de vie. . S’en est suivie la projection du teaser de The Art of Télévision : les réalisateurs de Série, série documentaire qui sera diffusée sur OCS l’année prochaine. La séance a ensuite repris son cours avec cinq questions du public.

Réaliser un long métrage est-ce bien différent ? On sait que le temps est déjà une sacrée différence.

C. Verney : « C’est différent de réaliser un long métrage. » (Elle explique le temps : Cinéma 1 min par jour ; télévision : 4 min par jour) « On n’a pas du tout le même temps »

B. Roth : « Je pense que quand on fait un film on met l’équipe tous ensemble, on choisit le directeur de la photo, le casting… à la télé, ils sont déjà castés avant moi. Le temps est presque le même, quand on fait un film indépendant, c’est le même temps. Mais pour moi, mettre l’équipe tous ensemble (…), c’est une sacrée différence. »

C. Verney : « on créé une série on peut choisir tout le monde »

P-O. Sorensen : « je choisis toujours mon équipe (…) ce sont les mêmes gens (…) je suis tellement chanceux d’être en Norvège où je choisis mon équipe tout le temps. »

R. Tissot : « J’ai pas fait de long métrage pour le cinéma mais j’ai fait unitaire pour Arte (…) j’ai plutôt l’impression de l’avoir fait comme un film de cinéma fauché. Je ne sens pas une vraie différence (…) Après il y a effectivement deux petites différences, j’en vois deux (…) vous n’avez pas fondamentalement besoin qu’un spectateur s’attache à un personnage sur les 1h30 à l’inverse d’une série et il y a une autre différence : le réalisateur de cinéma ne peut pas tout faire sur une série. Donc c’est vraie que la série est un travail collaboratif, ne serait-ce que pour cette raison de temps. »

Cette nouveauté de voir des grands cinéastes démarrer une série et lancer une marque, pouvez-vous en parler ?

Quand on est réalisateur-invité, est-ce qu’il y a d’autres personnes qui peuvent bouger ?

B. Roth : « Souvent vous êtes le seul qui vient d’arriver. (…) J’ai le même montage depuis 18 films. (…) J’aime vraiment le fait d’aller d’un show à un autre. (…) Quand vous arrivez sur un show, vous devez le comprendre, l’apprendre, rien que retenir les noms des gens ! (…) Vous avez sept jours pour tourner et apprendre qui sont les gens. Si vous ne faites que vos propres shows, vous serez limités, (…) parce-que vous ne vous exposez pas ».

C. Verney : « Pour la question de Scorcese, (…) c’est bien, car il a imprimé sa vision et les autres arrivent et se fondent dans sa empreinte. »

Sur la monstration de scènes, refus des réalisateurs ?

Cathy Verney a déjà refusé de filmer un accouchement live : « Je ne l’ai pas pris en traître, je l’ai prévenu, mais je refusais de filmer ça. »

P-O. Sorensen : « Ce n’est pas à propos de goûts ou de ce que les gens ont du mal à voir, c’est hors de propos, il faut le montrer, c’est ce qu’est le monde. »

            Ce fut alors la fin de la table ronde.

Les malheurs de Sophie, un film de Christophe Honoré : Critique

Synopsis : Depuis son château, la petite Sophie ne peut résister à la tentation de l’interdit et ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est faire des bêtises avec son cousin Paul. Lorsque ses parents décident de rejoindre l’Amérique, Sophie est enchantée. Un an plus tard, elle est de retour en France avec son horrible belle-mère, Madame Fichini. Mais Sophie va pouvoir compter sur l’aide de ses deux amies, les petites filles modèles, et de leur mère, Madame de Fleurville pour se sauver des griffes de cette femme….

La petite Comtesse aux pieds nus

Le moins que l’on puisse dire est que Christophe Honoré aime le cinéma, qu’il aime la littérature (il a écrit une dizaine de romans Jeunesse pour l’Ecole des Loisirs), et qu’il aime la musique (au moins celle d’Alex Beaupain, pour ses films). Il aime toucher à tous les genres, pondre un scénario original ou faire du neuf avec du vieux. Onze longs métrages  à ce jour et presqu’aucun pareil à un autre.

Passant par exemple du soft porn gay et minimaliste de l’Homme au bain à une merveilleuse adaptation des Métamorphoses d’Ovide, il montre qu’il aime et qu’il sait faire le grand écart. Rien d’étonnant alors qu’il se soit ainsi attaqué aux fameux Malheurs de Sophie, littérature enfantine iconique s’il en est.

D’emblée, le parti pris de l’originalité est annoncé. Comme on le sait, Madame de Réan, la mère de Sophie est calquée sur la propre mère de la comtesse de Ségur, Catherine Rostopchine, née Protassova, une aristocrate russe aux cheveux et aux yeux sombres. Il n’en fallait pas davantage pour Honoré, pour choisir Golshifteh Farahani dans le rôle de cette femme étrangère qui a épousé un comte français. Un choix esthétique mais aussi malicieux, judicieux, pas neutre en tout cas. Et un choix qui en amène un autre tout aussi radical, car de blonde aux yeux gris décrite par la romancière, la petite Sophie de Réan hérite des traits de la délicieuse Caroline Grant, aussi brune aux yeux sombres que l’héroïne de My sweet Pepperland (Hiner Saleem, 2013) qui joue le rôle de sa mère.

Et tout est à l’avenant dans le traitement du cinéaste. Sur fond d’un scénario qui en surface respecte assez fidèlement les histoires racontées à la fois dans Les Malheurs de Sophie et dans Les Petites Filles modèles, le film distille ses petites touches qui en font plus qu’un film pour enfants. Ainsi, par exemple, les dialogues sont tout sauf enfantins (jusque dans le oups anachronique mais tellement bien à propos que Sophie lâche après avoir fait fondre les jambes de sa poupée) ; ils sont souvent drôles tout en amenant à se demander s’il n’y a pas un deuxième sens caché que l’on ne voudrait surtout pas rater. Les enfants eux-mêmes sont extraordinairement bons, apparaissant vraiment comme des enfants, ne singeant jamais les adultes, tout en étant graves , sérieux et appliqués dans l’exécution de ce que les adultes attendent d’eux (le petit Paul, le cousin de Sophie, par exemple qui refuse qu’une punition soit levée, afin dit-il « de réfléchir encore à sa faute », puis à peine retourné dans sa chambre, et après avoir  -quand même – lu quelques pages de Emile ou de l’Education de Rousseau, se jette par terre pour se débattre dans tous les sens et crier toute sa frustration, un vrai bonheur de scène très bien équilibrée). Les enfants sont sérieux, mais espiègles aussi, complices, ou au contraire envieux ou jaloux les uns des autres, une vraie éducation affective qui naît sous nos yeux, une palette de caractères fabuleusement interprétée par chacun des petits acteurs.

Christophe Honoré augmente encore son récit avec l’introduction de l’animation pour tous les petits animaux (écureuil, grenouille, hérisson). Même sommaires, et pour tout dire, pas fameuses, ces petites animations apportent un vrai plus pour le premier public visé, celui des enfants, et repositionnent son film dans un contexte plus parlant pour les jeunes spectateurs. Car lorsque dans une des scènes les plus émouvantes du film, il anime un tableau façon Radeau de la méduse, accroché jusque là au mur, avec en fond sonore une mélodie d’adieu chantée à Sophie par Madame de Réan qui va périr en mer lors de leur traversée de l’Atlantique, il élargit à nouveau son public vers une audience plus âgée, plus cinéphile aussi, qui y retrouvera le goût du cinéaste pour les comédies musicales pour ne citer qu’elles.

Il est difficile de dire précisément pourquoi cette adaptation des Malheurs de Sophie par Christophe Honoré séduit. Sans doute cette ambiance qui mélange le tumulte dû aux frasques de Sophie et l’harmonie d’une vie domestique paisible, ou ce casting impeccable (Muriel Robin en belle-mère acariâtre est tout simplement impayable, Anaïs Demoustier qui lui fait le contrepoint parfait à force de douceur, le mannequin-comédien David Prat qui joue le jeune et beau domestique Joseph, déjà  convoité par tous les jeunes personnages féminins du film, troublant aussi la vieille Madame Fichini – sa petite phrase  « Il faut bénir le ciel de la laideur des petites gens » étant plus équivoque qu’elle n’en a l’air…), ou encore ce générique de fin où les acteurs sont face caméra pour décliner leur identité, une jolie trouvaille…

Tout comme pour Métamorphoses, filmé par le même cinématographe André Chemetoff, Les Malheurs de Sophie profite d’une photo lumineuse, été comme hiver, et même de nuit lors des nombreuses scènes où Sophie s’échappe à la poursuite d’une chimère ou d’une autre. Le film profite aussi de la musique d’Alex Beaupain, le compositeur de toujours du cinéaste, qui mélange des moments classiques avec des passages plus modernes et primesautiers. Il n’est pas sûr que tous les enfants soient sensibles à toutes ces finesses, mais il est probable que ceux qui le sont sauront faire la différence entre ce film subtil et la moyenne des autres films pour enfants qui ont tendance à les prendre pour des abrutis…Une belle relecture de l’œuvre de la Comtesse de Ségur qui ravira petits et grands….

Les malheurs de Sophie – Bande annonce

Les malheurs de Sophie – Fiche technique

Réalisateur : Christophe Honoré
Scénario : Christophe Honoré et Gilles Taurand, d’après les romains de la Comtesse de Ségur (Les malheurs de Sophie & Les petites filles modèles)
Interprétation : Caroline Grant (Sophie de Réan), Anaïs Demoustier (Mme de Fleurville), Golshifteh Farahani (Madame de Réan), Muriel Robin (Madame Fichini), Céleste Carrale (Camille de Fleurville), Aélys Le Nevé (Marguerite de Rosbourg), Tristan Farge (Paul d’Aubert), Justine Morin (Madeleine de Fleurville), Marlene Saldana (Madame de Rosbourg), Jean-Charles (Baptistin), David Prat (Joseph), Laetitia Dosch (Noémie), Michel Fau (Père Huc)
Musique : Alex Beaupain
Photographie : André Chemetoff
Montage : Chantal Hymans
Producteurs : Philippe Martin, David Thion, Sidonie Dumas, Francis Boespflug
Maisons de production : Les films Pelléas, Gaumont Films, France 3 Cinéma
Distribution (France) : Gaumont Distribution
Récompenses : –
Budget : ND
Durée : 106 min.
Genre : Comédie
Date de sortie : 20 Avril 2016
France – 2016

Le Fils de Joseph, un film d’Eugène Green : Critique

Synopsis : Vincent, un adolescent, a été élevé avec amour par sa mère, Marie, mais elle a toujours refusé de lui révéler le nom de son père. Vincent découvre qu’il s’agit d’un éditeur parisien égoïste et cynique, Oscar Pormenor. Le jeune homme met au point un projet violent de vengeance, mais sa rencontre avec Joseph, un homme un peu marginal, va changer sa vie, ainsi que celle de sa mère. 

Le Sacrifice de Vincent

Rares sont les cinéastes qui peuvent se targuer d’avoir inventé une nouvelle manière de faire du cinéma. Dans la lignée d’un système Bresson ou d’une méthode Pialat, Eugène Green mériterait un nom pour qualifier son approche du cinéma qui se base, un peu comme ses illustres prédécesseurs, sur le jeu de l’acteur. Comme le réalisateur de L’Argent, Green demande à ses comédiens de ne pas jouer, de garder le visage inexpressif et de tout miser sur l’articulation sans forcer sur les intonations de la voix. Les acteurs déclament leurs dialogues où, sous une apparente monotonie, transpire leur voix intérieure.

Après le très beau La Sapienza vu l’année dernière, le réalisateur franco-américain revient avec Le Fils de Joseph, une réinvention contemporaine du mythe du Sacrifice d’Abraham dans le Paris de notre époque. Vincent, lycéen introverti élevé avec amour par sa mère Marie vit dans la frustration de n’avoir jamais connu de père. L’illustration de la toile de Caravage, Le Sacrifice d’Isaac, qui orne sa chambre cultive sa colère envers ce père qui l’a abandonné.
Alors qu’il découvre l’identité de son géniteur, Oscar Pormenor, un éditeur à succès cynique et méprisable, la vengeance de Vincent se prépare. Pour avoir abandonné son fils après avoir mis sa mère enceinte , Oscar se doit de recevoir la punition qu’il mérite, à savoir la mort. Mais lorsque le jeune homme s’introduit dans les bureaux de son éditeur de père pour l’assassiner dans une relecture inversée du mythe d’Abraham, Vincent/Isaac se reprend et est sauvé par un ange nommé Joseph, qui n’est autre que son oncle. Puis, comme le fils de Dieu, Vincent/Jésus trouvera un père en Joseph sans qu’aucun lien de sang ne les réunisse.

Sans se départir de son système formel, Eugène Green revisite le Nouveau et l’Ancien Testament de ses yeux amoureux d’Histoire et d’art. Plus que dans ses autres films, on ressent ici le geste d’un passionné, s’arrangeant toujours pour filmer une chanteuse d’opéra italien sans que ce ne soit saugrenu. On repense à la séquence chantée de Monteverdi dans Le Pont des arts lorsque Domenico Mazzocchi entonne son air sous l’éclairage d’une centaine de bougies dans une Église. C’est ainsi qu’Eugène Green évite la caricature, en s’autorisant à sortir d’un cadre strict d’une adaptation biblique pour étoffer son film de ce qu’il le passionne : l’art et la culture. De plus, loin d’être austère, l’exigence de sa mise en scène cache toujours une forme d’humour qui surgit là où ne l’attend pas, au détour d’une demande de don de sperme ou de ressorts d’un divan en mouvement.

Le Fils de Joseph, même s’il ne nous transporte pas autant qu’aurait pu le faire La Sapienza l’année dernière, témoigne de la trajectoire rectiligne d’un cinéaste unique porté par ses seules passions et convictions cinématographiques. Un réel vent de fraîcheur pour les cinéphiles.

Le Fils de Joseph d’Eugène Green : Bande-annonce

Le Fils de Joseph : Fiche Technique

Réalisateur : Eugène Green
Scénariste : Eugène Green
Acteurs : Victor Ezenfis, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione, Mathieu Amalric, Maria de Medeiros
Chef opérateur : Raphaël O’Byrne
Monteur : Valérie Loiseleux,
Chef décorateur : Paul Rouschop
Chef costumier : Agnès Noden
Producteurs : Didier Jacob, Francine Jacob
Distributeur : Les Films du Losange
Durée : 115 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 20 Avril 2016

France – 2016

 

Cannes 2016: Asghar Farhadi revient au festival avec The Salesman

Comme annoncé lors de la Conférence de presse du 14 avril dernier, les films suivants, pour la plupart vus tardivement, viennent compléter la composition de la Sélection officielle. The Salesman, s’ajoute aux 20 films annoncés le 14 avril dernier par le délégué général, Thierry Frémaux, vingt et un seront donc en lice pour la Palme d’or.

Le réalisateur iranien Asghar Farhadi en compétition avec The Salesman.

Le cinéaste avait remporté le prix d’interprétation pour le long-métrage Le Passé, avec Bérénice Bejo et Tahar Rahim.

The Salesman raconte l’histoire d’un couple d’acteurs qui se délite alors qu’il joue Mort d’un commis voyageur, la célèbre pièce d’Arthur Miller. Avec Shahab Hosseini et Taraneh Alidoosti dans les rôles principaux.

Pour ce Festival de Cannes 2016, 69e édition, qui se déroulera du 11 au 22 mai 2016 s’ajoutent dans la section:

UN CERTAIN REGARD

Film d’ouverture : ESHTEBAK (CLASH)  de Mohamed DIAB (Egypte)
HELL OR HIGH WATER  du britannique David Mackenzie (My Name Is Hallam Foe, Les poings contre les murs) Scénarisé par Taylor Sheridan (Sicario) et mettant en vedette Chris Pine, Ben Foster et Jeff Bridges.

SÉANCES SPÉCIALES

WRONG ELEMENTS 
de Jonathan Littell (l’écrivan des Bienveillantes) (Etats-Unis)
LA FORÊT DE QUINCONCES  de Grégoire Leprince-Ringuet (France)
CHOUF  de Karim Dridi (France / Tunisie)

SÉANCE DE MINUIT BLOOD FATHER de Jean-François Richet, le réalisateur français de Mesrine met en scène dans ce thriller Mel Gibson dans le rôle d’un ancien taulard.

A noter qu’Iggy Pop assistera à la projection de GIMME DANGER,  le film que Jim Jarmusch lui a consacré. De fait, il sera programmé en Séance de Minuit, le jeudi 19 mai.