La saison des femmes, un film de Leena Yadav : Critique

Synopsis : Inde, Etat du Gujarat, de nos jours. Dans un petit village, quatre femmes osent s’opposer aux hommes et aux traditions ancestrales qui les asservissent. Portées par leur amitié et leur désir de liberté, elles affrontent leurs démons, et rêvent d’amour et d’ailleurs.

Péripéties indiennes

Pour son troisième long-métrage, la réalisatrice indienne Leena Yadav fait le choix de défendre la situation des femmes dans un petit village en Inde, et n’hésite pas à dénoncer les violences dont elles sont victimes, la manière dont elles sont considérées, et le peu de pouvoir qu’elles ont. Son nouveau film, que l’on peut aisément définir comme féministe, s’avère plutôt réussi, même si quelques travers propres au cinéma indien viennent noircir le tableau.
Le cinéma indien est un art à part entière, bien loin du cinéma occidental, la comédie musicale étant le seul genre se rapprochant de ce cinéma. Couleurs et musiques sont au rendez-vous à Bollywood, en déplaise à beaucoup de personnes, pour qui la joie constante qui se dégage de ces films est plutôt désagréable. Les productions indiennes dansantes et romantiques sont haut en couleurs, visuellement remarquables, avec cette certaine mièvrerie, ce côté fleur bleue toujours bien ancré, comme une marque de fabrication.
Malheureusement, ces éléments font du mal au film de Leena Yadav. En effet, le sujet, ô combien dramatique et préoccupant, est parfois décrédibilisé par un certain pathos, un amas de bons sentiments qui nuisent à la dureté des propos. A certaines scènes de violences viennent se juxtaposer des sourires et des plaisirs chantés, comme s’il fallait toujours sourire à la vie même si elle s’avère compliquée. Certes, c’est une mentalité de vie remarquable, mais le rythme effréné fait que le spectateur n’a pas le temps de se poser en un état d’esprit précis face aux faits qui lui sont racontés. On assimile sans prendre de réelles réflexions, et pourtant, les ambitions de la réalisatrice sont parfaitement compréhensibles. On perçoit le souhait de prouver que le cinéma indien n’est pas qu’un monde de comédies musicales, et pourtant, La saison des femmes est pourvu de lieux communs qu’il aurait été préférable de minimiser, tant le contexte scénaristiques est tendu.

Mais La saison des femmes, c’est une histoire de femmes fortes, qui bravent les interdits, qui cherchent à fuir des situations familiales, amicales ou professionnelles compliquées. Pour faire vivre des personnages aussi forts, il fallait un casting puissant, et le défi est relevé. La réalisatrice s’entoure de belles femmes qui nous livrent de très belles prestations, tantôt touchantes, tantôt plus ternes, mais toujours bien nuancées. On retiendra Tannishtha Chatterjee (Rani) qui se démarque par sa subtilité et les émotions qu’elle dégage. C’est de son personnage que l’on tirera le plus d’empathie, tant sa situation conjugale et familiale peut faire écho à celle de certaines femmes pas seulement indiennes mais également occidentales.

Le thème de la violence est un thème récurrent mis en scène de manière très réfléchie. Mais la violence n’est pas basée uniquement sur les coups qu’une femme peut recevoir, elle est également sexuelle est psychologique. En nous immergeant dans cette société, la réalisatrice nous fait voir le place du viol et des pressions morales, qui sont ancrées de manière ostentatoires dans les mœurs. Mais il serait trop simple de faire un catalogue de la violence. Ainsi, la réalisatrice indienne effectue un gros travail sur le hors champ, qui s’avère soigné et réfléchi, et qui ne fait que multiplier les images d’horreur, tant l’imaginaire du spectateur est mis à contribution.
Mais comment se défaire de cette violence dans une société où la femme peut être tuée si elle ne suit pas les règles ? La reponse de Leena Yadav est très judicieuse et emplie de réflexions. Pour les occidentaux que nous sommes, de petits éléments qui nous paraissent anodins sont de véritables actes révolutionnaires pour ces femmes. Ôter leur voile, partir en excursion entre filles, transformer des insultes pour qu’elles ne rabaissent plus la femme, rigoler, chanter, danser, ce sont toutes ces petites choses du quotidien qui témoignent du progressif rejet de leur situation. La réalisatrice embellit ses actrices dans leurs actes, et leur faire vivre des instants de grâce, qui ne peuvent que nous ravir. Malheureusement, le revers de la médaille est le retour de la violence et du mépris envers elles, qu’elles tentent d’oublier dans des petits moments hors du temps, qui les transportent dans un ailleurs un peu meilleur.

La saison des femmes est un long-métrage aux propos intéressants, qui méritent d’être vu pour son aspect militant. Malheureusement, les clichés de mise en scène et scénaristiques des films indiens Bollywoodiens sont encore trop appuyés pour que la crédibilité du film soit maximale. Toutefois, les actrices marquent les esprits et sont vraiment convaincantes.

La saison des femmes : Bande-annonce

La saison des femmes : Fiche Technique

Titre original : Patched
Réalisatrice : Leena Yadav
Scénario : Leena Yadav
Interprétation : Tannishtha Chatterjee, Radhika Apte, Surveen Chawla, Lehar Khan, Riddhi Sen, Mahesh Balraj…
Photographie : Russell Carpenter
Montage : Kevin Tent
Musique : Hitesh Sonik, Swanand Kirkire
Direction artistique : Armadeep Behl
Producteurs : Leena Yadav, Ajay Devgn, Aseem Bajaj, Gulab Singh, Rohan Jagdale
Sociétés de production : Shivalaya Media Entertainment, Blue Water Productions
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Durée : 116 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 20 avril 2016

Inde – 2016

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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