The Killing (US) – Saisons 1-4 : Critique de la série

The Killing est l’adaptation de la série danoise Forbrydelsen, écrite par Soren Sveistrup. Il devient ici producteur, laissant le soin à Veena Sud, de retranscrire l’atmosphère sombre de son œuvre originale. Durant 4 saisons, nous allons suivre les enquêtes et états d’âmes, du duo Sarah Linden (Mireille Enos) et Stephen Holder (Joel Kinnaman), dans la ville pluvieuse de Seattle.

Synopsis : Sarah Linden et Stephen Holder sont coéquipiers et inspecteurs à Seattle. Une ville froide et pluvieuse, ou ils vont enquêter sur divers crimes, tout en luttant contre leurs démons.

Le soleil ne brille jamais à Seattle

Sarah Linden ne vit que pour son travail. Les horreurs qu’elle affronte au quotidien, elle les garde en elle. Au point de mettre en péril son couple, tout comme sa relation avec son fils Jack (Liam James). Ses douleurs se lisent sur son visage. Elle est obsédée par ses enquêtes, par les victimes qu’elle croise. Elle semble en croisade contre le mal, qui contamine sa ville, et se voue corps et âme à la justice.

Stephen Holder est une sorte d’Eminem avec un insigne. Il est en lutte permanente contre son addiction pour la drogue, tout en étant manipulé par ses supérieurs. Un esprit faible, qui se semble se foutre de tout et surtout de lui-même. Sa relation avec Sarah Linden, va lui permettre d’évoluer, même si ses démons intérieurs ne sont jamais bien loin.

Le duo marche à merveille. Les deux protagonistes sont aussi sombres que leurs enquêtes et le climat de cette ville, qui est un personnage à part entière dans le déroulement de l’histoire.

La première enquête s’étale sur 2 saisons. Il s’agit du viol et meurtre de Rosie Larsen (Katie Findley), dont le corps a été retrouvé dans le coffre d’une voiture de campagne du conseiller municipal Darren Richmond (Billy Campbell), candidat à la mairie de Seattle. Nous allons découvrir les deux inspecteurs dans leur enquête, mais aussi les répercussions de cette perte au sein de sa famille, et les conséquences sur la campagne politique.

Rosie Larsen, fait penser à Laura Palmer dans Twin Peaks. Une jeune femme avec ses nombreuses zones d’ombre, qui n’est pas vraiment celle qu’elle prétendait être. Mais il en est de même de ses parents (Michelle Forbes et Brent Sexton). Le passé ressurgit face à ce meurtre et les pistes se multiplient… Les apparences sont trompeuses et l’on va nous mener, ou plutôt nous balader, dans toutes les directions. Les coupables sont nombreux. C’est un jeu de piste, ou nous sommes autant mis à contribution, que les deux inspecteurs. Cela ne se regarde pas, cela se vit. L’enquête ne se résout pas en un clin d’œil. Le fait qu’elle se passe durant deux saisons, démontre l’exigence demandée au spectateur (ce qui a failli coûter à la série une annulation à la fin de la saison 2). Ce n’est pas du CSI, les personnages ont une profondeur psychologique et leurs zones obscures, ne sont pas occultées.

Après avoir été sauvée par la Fox, par le biais de Netflix, une saison 3 démarre, tout comme une nouvelle enquête. Cette fois-ci, Veena Sud nous emmène à la rencontre de jeunes SDF vivant dans le centre-ville de Seattle. Des enfants sans repères, en quête d’identité, mais aussi plein de rêves, se retrouvant comme cible d’un tueur en série. Problème, celui-ci est censé être derrière les barreaux. C’est Tom Seward (Peter Sarsgaard), arrêté par Sarah Linden, des années auparavant. Il a avoué ses crimes, mais en se retrouvant dans le couloir de la mort, il décide de revenir sur ses aveux. Une course contre la montre s’engage pour les deux inspecteurs, qui doivent trouver le vrai coupable, avant que son exécution ait lieu. Mais dit-il vraiment la vérité ?

Comme lors de l’enquête précédente, on suit divers pistes, tout en découvrant davantage Stephen Holder, qui s’identifie à ses jeunes, étant lui-même issu de ce milieu. Il va s’attacher à Bullet (Bex Taylor-Klaus), une jeune fille amoureuse de son amie Lyric (Julia Sarah Stone), qui va disparaître, certainement victime de ce tueur qui erre dans les rues de Seattle au volant de son véhicule, ramassant ses victimes qui se prostituent pour un billet.

Elias Koetas complète un casting, toujours aussi impeccable dans ses choix, en endossant la tenue du commissaire Ed Skinner, qui va devenir l’amant de Sarah Linden, malgré son statut d’homme marié. Cette dernière continue de se détruire dans des relations sans avenir, tout en devenant de moins en moins présente pour son fils. Elle se refuse au bonheur. Le duo va continuer à lutter contre leurs démons, tout en tentant de trouver ce tueur et de sauver Tom Seward. Toujours aussi sombre et complexe, la série perpétue ce qui en fait son excellence, au cours de cette saison 3, tout aussi palpitante que les 2 précédentes.

Une nouvelle fois sauvée par Netflix, la saison 4 sera plus courte que les autres, avec seulement 6 épisodes. Toute la famille de Cameron Stanton (Tyler Ross) a été assassinée dans leur maison, lui-même est blessé à la tête. Il est entre la vie et la mort à l’hôpital. Sarah Linden et Stephen Holder se retrouvent au cœur de l’enquête, mais ils vont devoir composer avec Margaret O’Neal (Joan Allen), qui dirige l’école militaire, dans laquelle étudie Cameron Stanton. Mais comme souvent, la vie personnelle des inspecteurs vont perturber le cours des événements. L’enquête précédente, n’étant pas vraiment résolue selon l’inspecteur Carl Reddick (Gregg Henry), une paranoïa s’installe au sein du duo.

Nous sommes en terrain connu, la recette est éprouvée, elle fonctionne toujours aussi bien, même si des raccourcis sont pris, la faute à une saison trop courte, mais qui se conclut par un final étonnant, qui pourra surprendre et faire référence à une autre série exceptionnelle, True Detective.

Ce fût 4 saisons exceptionnelles. The Killing a permis et inspiré la création de nouvelles séries policières, aussi sombres, voire glauques. Mireille Enos et Joel Kinnaman sont parfaits et le cinéma ne s’est pas trompé en leur offrant divers rôles dans de grosses productions, comme Millenium et Robocop pour lui, Gangster Squad et World War Z pour elle.

Veena Sud a tenu le show sur ses jeunes épaules peu expérimentées avec succès, s’offrant même le luxe de diriger un épisode. Mieux encore, Jonathan Demme est à la réalisation du dernier épisode. Une nouvelle preuve de l’excellence de cette série, qui aura vécu une production compliquée, mais aura réussit à survivre et à nous offrir une fin exceptionnelle.

The Killing US – Trailer Saison 4

Fiche technique – The Killing :

The Killing – USA
Années : 2011 – 2014 (4 saisons – 44 épisodes)
Créatrice : Veena Sud
Réalisateurs : Ed Bianchi, Nicole Kassell, Phil Abraham, Daniel Attias, Keith Gordon, Agnieszka Holland, Lodge Kerrigan, Brad Anderson, Patty Jenkins, Jonathan Demme
Scénaristes : Dan Nowak, Dawn Prestwich, Nicole Yorkin, Eliza Clark, Jeremy Doner, Aaron Zelman, Wendy Riss, Soo Hugh, Nic Pizzolatto
Casting : Mireille Enos, Joel Kinnaman, Billy Campbell, Michelle Forbes, Brent Sexton, Kristin Lehman, Eric Ladin, Jamie Anne Allman, Liam James, Elias Koetas, Amy Seimetz, Bx Taylor-Klaus, Julia Sarah Stone, Max Fowler, Peter Sarsgaard, Annie Corley, Gregg Henry, Tyler Ross, Sterling Beaumon, Levi Meaden, Joan Allen, Jewel Staite, Patti Smith, Frances Fisher
Genre: Drame, Policier, Thriller
Producteurs : Veena Sud, Ron French, Nicole Yorkin, Dawn Prestwitch, Craig Forrest, Soren Sveistrup, Shana Fisher Huber, Ingolf Gabold, Kristen Campo, Mikkel Bondensen, Piv Bernth
Musique : Frans Bak
Productions : KMF Films, Fuse Entertainment, Fox Television Studios, The Killing Production
Distributeurs : AMC, FOX, FX, Netflix

Auteur de la critique : Laurent Wu

 

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Englouti : le ventre de la mer

Avalé par un cachalot avec une heure d’oxygène, Austin Abrams livre un survival viscéral et bluffant, entre huis clos organique et décors palpitants. Dommage que des flashbacks trop bavards et un final lourdingue lui coupent le souffle, là où le film aurait pu rester en apnée jusqu’au bout.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.