Le Fan, un film de Tony Scott : Critique

Dans le cadre de la rétrospective prenant pour thématique les psychopathes sur OCS, revenons sur Le Fan, un thriller signé Tony Scott sur l’obsession maladive se perdant derrière ses airs de clip dégénéré.

Synopsis : Gil Renard, fan de baseball, idolâtre les Giants de San Francisco, et tout particulièrement sa nouvelle recrue Bobby Rayburn. Mais alors que sa vie professionnelle et sentimentale se présente comme un véritable désastre, une seule chose l’inquiète : la petite forme de son héros, sur lequel il centre désormais toute son existence…

Pas de quoi être fan de ce clip sans intérêt !

Dans l’inconscient collectif, un psychopathe est forcément un fou dangereux, un tueur à la limite de l’inhumanité. Et des exemples, le cinéma ainsi que d’autres domaines culturels en proposent à foison : Hannibal Lecter, le Joker, Patrick Bateman (American Psycho), la famille Sawyer (Massacre à la tronçonneuse)… Mais en s’intéressant bien plus à la définition de ce terme, vous verrez qu’il désigne généralement un être atteint d’un trouble de la personnalité. Un mal qui découle principalement d’un comportement antisocial, un côté instable et un manque de remord. Le meurtre, bien que souvent attaché à la psychopathie, n’est pourtant qu’une facette de cette défaillance psychologique. L’obsession peut également se présenter telle une cause de cela, comme en témoigne Le Fan, long-métrage du regretté Tony Scott (frère de Ridley Scott).

Le Fan avait sur le papier tout pour plaire. À commencer par son réalisateur Tony Scott, qui sortait tout juste des succès de True Romance et d’USS Alabama, et qui possédait un talent de mise en scène certain bien que discutable par moment. Ensuite, l’affiche du film proposait un face-à-face pour le moins inédit entre deux célébrités charismatiques, à savoir Robert De Niro et Wesley Snipes. Et enfin, c’est surtout par le biais de son histoire que Le Fan pouvait se présenter sous la forme d’un très bon divertissement. Adaptation d’un best-seller de Peter Abrahams, le tout suivait la déchéance d’un commercial, fanatique de base-ball qui, à trop se concentrer sur sa passion, en est venu à perdre son travail, sa famille et surtout une vision saine et humaine de la vie. Au point de bousculer son jeune garçon d’à peine 8 ans juste pour rattraper une balle. Ou encore d’en venir à vouloir tabasser quelqu’un avec une batte juste pour qu’on le laisse montrer à son fils comment bien jouer. Base-ball par-ci, base-ball par-là… Jusqu’à ce qu’il décide de venir en aide à sa star, une nouvelle recrue devant faire face à une vilaine blessure et à un rival. La suite, vous la devinez, va très vite dégénérer ! Bref, vous aviez tout pour faire de ce long-métrage un thriller fort sympathique, voire même prenant. Malheureusement, Le Fan est bien loin du home run…

Premier coupable à la barre : le scénario. Celui-ci, qui a pourtant nécessité l’intervention non créditée de Frank Darabont (celui qui sera connu comme le réalisateur du triplé Les ÉvadésLa Ligne VerteThe Mist et le créateur de la série The Walking Dead), se révèle être bien trop simpliste pour marquer les esprits. D’autant plus qu’il se divise en deux parties bien distinctes. Une moitié durant laquelle les deux personnages principaux (le fan et le joueur) vous sont présentés et ce par le biais d’un parallélisme évident : ils sont divorcés, obsédés par quelque chose (l’un par le base-ball, l’autre par son chiffre porte-bonheur qu’est le 11) et au bord du gouffre niveau carrière (le fan sur le point d’être viré à cause de son côté agressif et antisocial, le joueur voyant son talent chuté à cause d’une blessure et de sa rivalité avec un membre de son équipe). Un jeu de miroir qui aurait été des plus passionnants si l’ensemble ne paraissait pas aussi décoratif, donnant l’impression qu’il s’agit simplement d’une introduction et de rien d’autre… L’autre moitié s’éloigne du drame pour entrer (enfin) dans le thriller, durant celle-ci le fan va se rapprocher un peu trop de sa star jusqu’à commettre l’impensable. Le divertissement pointe enfin le bout de son nez, mais oublie la première partie comme si de rien n’était, témoignant d’un manque flagrant de complexité et de travail d’écriture. Le tout en présentant des personnages secondaires inutiles de bout en bout (la journaliste jouée par Ellen Barkin en est le parfait exemple). L’intrigue suit bien paisiblement son cours jusqu’au générique de fin, sans jamais parvenir à capter pleinement l’attention du spectateur.

 

Du minimum syndical déconcertant qui va se retrouver encore plus bâclé avec la mise en scène de Tony Scott. Si le cinéaste a su livrer des films marquants car ayant une personnalité propre, cette dernière va pourtant être le principal défaut du Fan. Pour ceux qui ne connaissent pas très bien le frère de Ridley Scott, sa signature se remarque fortement au montage, présentant les scènes comme dans un clip (ralentis, gros plans, musique en fond, accélération de l’image…), et au visuel, ce dernier arborant souvent des teintes chatoyantes (l’utilisation d’un filtre qui jaunit ou rougit l’image). La bande-originale en prend également pour son grade, composée principalement de chansons rock ou bien hip-hop. Si cela ne dérangeait pas dans d’autres films comme Top Gun, ici, Tony Scott en abuse beaucoup trop à tel point que son film ne ressemble plus à grand-chose. La première partie de l’intrigue perd en complexité (le parallélisme entre les personnages est finalement effacé), en dramaturgie et surtout en intérêt, ayant plus l’air d’un gloubiboulga indigeste de séquences filmées dans le seul but de meubler l’ensemble. Une introduction décousue au possible ! La seconde, censée être tendue, ne peut finalement compter que sur la prestation de De Niro pour attiser les plus curieux. Sinon, il ne s’agit que d’un thriller clipesque sans aucune ambiance ni qualité, qui trouve la tension nécessaire au divertissement mais bien trop tardivement (lors de son dernier quart d’heure) pour intéresser le public comme il se doit. Et ce n’est pas la musique électro-rock de Hans Zimmer qui aidera à faire passer la pilule, alors que le bonhomme avait déjà à son actif des compositions mémorables (Le Roi Lion, USS Alabama et Rock).

Décousu, ne ressemblant à rien et à la limite du trip hystérique question montage, Le Fan démolit ses bonnes intentions, ses promesses et son cahier des charges à coups de batte. Un film psychopathe (ce qui correspond tout de même au thème de cette rétrospective, non ?) qui ruine sans remord son postulat pourtant intrigant. À déconseiller vivement ! Si vous vous intéressez à la filmographie de Tony Scott, il vous est vivement conseillé de vous tourner vers True Romance, Ennemi d’État, Spy Game ou encore Man on Fire. Et si vous voulez un long-métrage parlant d’obsession maladive à tendance psychopathe, Photo Obsession en reste l’un des meilleurs exemples modernes !

Le Fan : Bande-annonce

Le Fan : Fiche technique

Titre original : The Fan
Réalisation : Tony Scott
Scénario : Phoef Sutton et Frank Darabont, d’après le roman de Peter Abrahams
Interprétation : Robert De Niro (Gil Renard), Wesley Snipes (Bobby Rayburn), Ellen Barkin (Jewel Stern), John Leguizamo (Manny), Benicio Del Toro (Juan Primo), Patti D’Arbanville (Ellen Renard), Chris Mulkey (Tim), Andrew J. Fechland (Richie Renard)…
Photographie : Dariusz Wolski
Décors : Ida Random
Costumes : Daniel Orlandi et Rita Ryack
Montage : Claire Simpson et Christian Wagner
Musique : Hans Zimmer
Producteur : Wendy Finerman
Productions : TriStar Pictures, Mandalay Entertainment et Scott Free Productions
Distribution : AMLF
Budget : 55 M$
Durée : 116 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie : 9 juillet 1997

États-Unis – 1996

 

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.
Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.