Mon Roi, un film de Maïwenn : critique

Cinq ans après le succès de Polisse qui avait reçu le prix du Jury sous la présidence de De Niro au festival de Cannes 2011, Maïwenn revient cette année avec une histoire d’amour possessive, plus mature et plus personnelle encore.

Tony (Emmanuel Bercot), récemment divorcée, doit se réadapter à tous les niveaux après un sérieux accident de ski qui lui a brisé le ligament du genou (ce qui vaudra le jeu de mots : je-nous). Pendant sa période de convalescence, elle se remémore comment sa relation amoureuse et passionnelle avec son ex, Georgio (Vincent Cassel), a chamboulé sa vie de fille « normale ».
Une histoire de rencontre amoureuse digne d’un conte de fée, mais aussi une passion paradoxale et destructrice pour ce pervers narcissique.

Rien ne sert de courir (titre d’origine avant Mon Roi)

La mise en scène de leur rencontre est convaincante et touchante, même hilarante. Pourtant il est difficile de ne pas rendre les histoires d’amour trop niaises ou trop clichées. Ici, Georgio la prévient dès le début qu’il est « Le roi des connards ». Un charme dangereux émane de cet homme séduisant. Impudent et capricieux, il obtient tel un Prince toutes les filles qu’il veut. Et Marie-Antoinette, fille insécure, ne comprend pas son intérêt pour elle, mais se livre à lui corps et âme, sans condition.

Il était une fois … la réalité

Le récit est parfois troublant par ses flashbacks déliés. On revient à la fois sur l’évolution de leur relation mais aussi sur la destruction de l’âme à travers les maux du corps. On retrouve la même image que dans De rouille et d’os.  Dans Tony, il y a cette femme qui tente de se réadapter à la vie dans la douleur et la persévérance. Elle a souffert depuis si longtemps que la douleur est devenue sa drogue et sa manière de se sentir en vie. Comment vivre après la cicatrisation ? C’est le sujet qu’aborde le film.

Et après ? Le conte de fée qui tourne au cauchemar. La réalité rattrape les beaux rêves de Tony et Georgio. Les promesses n’étaient que mensonges et les dettes s’accumulent.
Le combat de Tony entre rêve et réalité reste le point central du film. Elle se révèle et s’illumine dans la folie d’une femme abandonnée et fragilisée émotionnellement. C’est aussi ce qui aura valu son prix d’interprétation féminine à Emmanuel Bercot.

Vincent Cassel, Roi de cœur

Quant à Vincent Cassel, il interprète avec brio ce « salaud » dont on tombe sous le charme malgré nous. Jusqu’à la fin, on croit à l’innocence de ce personnage qui n’est rien d’autre qu’un homme égoïste, insouciant et poussé par la folie des grandeurs. Son réel défaut est que, contrairement à Tony, il n’évolue pas et ne s’adapte pas aux autres. Le couple Bercot-Cassel reste explosif et merveilleux. A ses cotées, Louis Garrel impressionne de plus en plus pour ses choix de personnages. Dans Mon Roi, il joue un beau-frère protecteur et conciliant que l’on rêve d’avoir.

Film d’amour doux et amer

Malgré l’élévation durant le film du personnage de Tony, la fin reste décevante. Comme inachevée, ouverte et laissée à l’interprétation du spectateur. Pour un personnage aussi fort que Tony, la résolution aurait davantage mérité une apothéose qu’un retour à la normale des choses. Dans Mon Roi, les dialogues francs, et la mise en scène naturelle peuvent parfois ralentir le rythme, mais c’est aussi cette approche qui nous touche.

Aussi dur et bouleversant que PolisseMon Roi est une œuvre plus achevée et centrée sur ces deux personnages. Comment Tony est désarticulée pour passer d’une fille normale,  épouse passive et détruite à une femme forte et indépendante.
Alors, est-ce que cette histoire très personnelle pour Maiwenn ne révélerait pas un pan de sa propre vie?  Peu importe qui est la Reine, le conte est convaincant et blesse tout autant.

Synopsis : Tony est admise dans un centre de rééducation après une grave chute de ski. Dépendante du personnel médical et des antidouleurs, elle prend le temps de se remémorer l’histoire tumultueuse qu’elle a vécue avec Georgio. Pourquoi se sont-ils aimés ? Qui est réellement l’homme qu’elle a adoré? Comment a-t-elle pu se soumettre à cette passion étouffante et destructrice ? Pour Tony c’est une difficile reconstruction qui commence désormais, un travail corporel qui lui permettra peut-être de définitivement se libérer…

Mon Roi : Extrait du film de Maïwenn

Mon Roi : Fiche Technique

Mon Roi de Maïwenn en salles le 21 octobre 2015.
Avec : Vincent Cassel, Emmanuelle Bercot, Louis Garrel, Isild Le Besco, Marie Guillard, Norman Thavaud, Ludovic Berthillot…
Scénario : Etienne Comar et Maiwenn
Production : Alain Attal, Xavier Amblard
Photographie : Claire Mathon
Décors : Dan Weil
Montage : Simon Jacquet
Musique : Stephen Warbeck
Distribution : StudioCanal
Durée : 2h10

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Nous l’orchestre : au cœur d’un ensemble symphonique

Le documentariste Philippe Béziat nous propose une plongée au sein du célèbre Orchestre de Paris. Multipliant les approches et les gestes de mise en scène, il permet de lever un coin de ce grand mystère : comment des individualités parviennent à faire corps, au service de la musique. Captivant.

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

The Lobster, un film de Yorgos Lanthimos : Critique

Dans la droite veine de son cinéma qui dissèque l'espace social par l'absurde, Yorgos Lanthimos nous livre avec The Lobster une nouvelle représentation des contradictions et absurdités de notre société. Mais est-ce-que cela en fait un Prix du Jury cannois mérité ?

Macbeth, un film de Justin Kurzel : Critique

Derrière une retranscription très textuelle de l’œuvre, Justin Kurzel fait preuve d’une vraie proposition de cinéma et offre à cette pièce une modernité insoupçonnée [...] Le Macbeth de Justin Kurzel atteint la noirceur et la grandeur du texte, tout simplement.

Le Tout Nouveau Testament, de Jaco Van Dormael : Critique, Quinzaine des Réalisateurs Cannes 2015

L'histoire est une parodie du Nouveau Testament racontée au travers de la fille de Dieu, Ea. Elle est l’héroïne de cette épopée et part en quête de six nouveaux apôtres. Entre alors en scène des personnages hauts en couleurs et pourtant banaux, interprétés par des acteurs de renom.