Captain America: Civil War, un film de Anthony & Joe Russo: Critique

Captain America: Civil War, un pop-corn movie aux allures de pot (pas trop) pourri

Synopsis: Suite aux événements d’Avengers: L’Ère d’Ultron, Steve Rogers forme une nouvelle équipe de super-héros et après un énième incident international, l’ONU fait adopter les Accords de Sokovie  avec l’aide de Tony Stark et du Général Ross. Ces accords divisent les Avengers, anciens comme nouveaux tandis que Rogers cherche encore son ancien ami Bucky, porté disparu, et qu’un certain Zémo semble comploter dans l’ombre. 

Début de la phase 3 du bulldozer Marvel. C’est donc Captain America qui s’y colle pour lancer les premières bases d’une nouvelle ère dans l’Univers Cinématographique Marvel. Mais avant ça, pas mal de choses ont bougées en interne. Dans les films, l’Hydra n’est plus vraiment une menace, sauf pour les Agents du S.H.I.E.L.D qui continuent à ramasser les miettes, Ultron s’est fait atomiser après avoir soulevé une ville dans les airs et le Captain cherche encore son Bucky d’amour, en fuite après avoir été lobotomisé. Derrière la caméra, ce n’est pas moins intéressant. Peu de temps après son intronisation, le roi Whedon tombe de haut en accusant le semi-échec artistique dAvengers : L’ère d’Ultron et choisi de claquer la porte, laissant le siège vacant aux frères Russo. Les deux ayant fait du bon boulot sur Le soldat de l’hiver, le grand patron Kevin Feige leur laisse les clés pour chapeauter cette nouvelle phase, en démarrant donc avec la suite des aventures du Super Soldat. Avec moins d’ambitions littéraires que leur prédécesseur mais un goût marqué pour le cinéma nerveux qui cogne sec, les frangins décident alors de s’attaquer à l’un des plus gros crossover de l’univers Marvel, l’arc Civil War de Mark Millar et Steve McNiven, et en profitent pour faire du pied à DC en proposant eux aussi leur choc des titans entre deux héros populaires.

Autant le dire d’entrée de jeu, la tâche n’est pas aisée. Le comics original affichant au compteur un nombre démentiel de figures mythiques (des Quatre Fantastiques aux Avengers) avec des batailles titanesques dans les rues de New-York, quand l’univers ciné-Marvel en compte pour l’instant une dizaine. Rappelons que Hulk et Thor sont aux abonnés absents, ce qui n’est pas une mauvaise chosescar les deux mastodontes auraient plié le combat en deux-deux (appelons cela l’équilibre des puissances). Casting réduit donc pour cette adaptation, ce qui n’aura pas manqué d’amuser même les fans les plus acquis à la cause avec des bandes annonce qui promettait plutôt un championnat du monde de la savate qu’une véritable « guerre civile ». Ne soyons pas de mauvaise foi, l’ensemble tient plutôt la route. La mise en scène sobre mais maîtrisée des Russo laisse aux personnages assez d’espace pour exister et ne pas se réduire à de simples caméos rigolos. On est loin de l’emphase boursouflée à la testostérone d’un Zack Snyder sous amphétamines. Les effets spéciaux restent spectaculaires sans en faire trop (à part un Tony Stark jeune en numérique qui pourrait donner des cauchemars aux âmes sensibles). Idem coté scénario qui s’éloigne du modèle de la psychologie de comptoir à la David S. Goyer pour proposer des enjeux plus rationnels et plus logiques. Content de voir qu’ici, en deux heures trente, les personnages prennent d’abord le temps de discuter avant de s’en mettre pleins la tronche, chacun donnant son avis ou son ressentit sur la question. Cela reste sommaire, car il y a beaucoup de personnages impliqués, mais en général les actions de chacun semblent logiques et mesurée, là où l’Ère d’Ultron était déséquilibré tandis que Batman v Superman se vautrait dans la caricature de ses propres symboles.

Bref, le film n’est pas honteux pour Marvel. De là, dire que tout est parfait serait un peu optimiste. Le titre, pour commencer, pose problème. Civil War est un film tiraillé entre ses multiples fonctions, démarrer la phase trois, mettre en scène cet affrontement dantesque et revenir sur les conséquences des événement de l’Ère d’Ultron. Mais aussi terminer l’arc narratif amorcé dans Le Soldat de l’hiver. Compliqué tout ça. Si les scénaristes font ce qu’ils peuvent pour relier le tout de façon cohérente, on hésite souvent devant le film. Est-ce un Captain America ou une extension d’Avengers qui introduit de nouveaux personnages ? S’il semble dans un premier temps reprendre les grandes lignes du récit de Mark Millar, on a rapidement l’impression que cette nouvelle loi visant à contrôler les justiciers, élément déclencheur du conflit, n’est finalement qu’un prétexte pour justifier le début des hostilités. Le projet est exposé en début de film pour lancer un premier débat et ne revient jamais vraiment sur la table. Le Captain et Iron Man sont en désaccord, soit, mais rien de grave pour l’instant. Ce qui déclenche vraiment l’intrigue, c’est l’obstination du super soldat à défendre son ancien ami Bucky qui semble incontrôlable, tandis que Tony Stark souhaite l’arrêter. Là se situe vraiment le fond du problème. Aussi la sensation de voir deux films en un est palpable.

Le premier est axé sur une course poursuite haletante entre Tony Stark, Steve Rogers, le soldat de l’hiver et Black Panther, manipulés dans l’ombre par Zémo. Interprété avec sobriété par l’allemand Daniel Brühl (Goodbye Lenine, Inglorious Basterds), ce dernier se révèle, contre toute attente, être un adversaire réussi, aux motivations classiques mais crédibles, avec un plan qui tient la route. Le genre que l’on attendait plus dans une production super-héroïque, très éloigné de son modèle papier (un scientifique nazi un peu timbré) mais plus ambigu que prévu. Le deuxième en revanche s’acharne à justifier le titre du film, en faisant rentrer le plus de combattants possible dans la boite. Si cela permet des scènes d’actions dantesques probablement amenées à devenir cultes, comme la séquence de l’aéroport plutôt prenante et bien fichue, ce deuxième développement semble de trop. Comme dit précédemment, les enjeux relatifs à la loi de contrôle des super-héros sont sommairement traités, le film Captain America: Civil War reste une divergence d’opinion entre deux personnages phares, auquel des secondaires viendront prêter main forte (d’un côté ou de l’autre). Aussi a-t-on du mal à croire en cette « guerre civile » devant des affrontements qui ressemblent plutôt à des batailles de chatouilles entres copains. Chaque personnage ne pouvant s’empêcher de rappeler à son adversaire que, même s’ils se battent entre eux, ils restent toujours amis. Seul le combat final entre Iron Man et Captain America se reconnectera avec le ton plus sombre voulu par le film. Pour le reste, les autres personnages semblent de trop, en particulier Ant-Man, dont la présence est à peine justifiée par le scénario (bien qu’il réserve tout de même son moment surprise) et bien sûr Spiderman.

Cas particulier celui-ci, car attendu par les fans. Le problème ne vient pas du personnage en lui même, son coté ado agaçant étant rattrapé par les réactions irritées de ses collègues, ce qui nuance son côté cool et Tom Holland ne s’en sort pas trop mal dans le rôle. C’est juste qu’il débarque un peu comme ça, Tony Stark annonçant sans prévenir qu’il connaît un type qui peut les aider et va chercher un ado de quinze ans inexpérimenté pour participer à une bataille rangée entre super-héros chevronnés. On sait que Stark est un peu cintré sur les bords mais quand même ! Cette mise en place un peu rapide débouche sur une relation non pas de mentor a élève mais plutôt de patron à stagiaire de troisième. En ajoutant à cela les blagues idiotes du tisseur, les apparitions réduites du personnage deviennent de purs moments de comédie qui n’auraient pas fait tâche dans un film Iron Man, mais semblent légèrement hors de propos par rapport au ton mélancolique et plus sombre que Marvel voulait appliquer aux Captain America. Une rupture de registre qui entraîne des baisses de rythme fort regrettables.

Deux poids et deux mesures donc pour ce nouvel opus. Loin d’être la claque annoncée, le film reste moins chaotique que Batman v Superman et plus mesuré que Avengers : l’Ère d’Ultron. Dommage du coup que l’ambition des producteurs force le film dans plusieurs directions opposées, étirant le tout plus que de raison et provoquant parfois l’ennui. S’il n’est pas un échec, Civil War reste l’aventure la moins intéressante du super soldat.

Captain America: Civil War : Bande-annonce

Captain America: Civil War : Fiche Technique

Réalisateurs: Anthony & Joe Russo
Scénario: Christopher Markus et Stephen McFeely, d’après les personnages de Joe Simon et Jack Kirby, d’après Civil War de Mark Millar
Interprétation : Chris Evans (Steve Rogers), Robert Downey Jr. (Tony Stark), Sebastian Stan (Bucky), Daniel Brühl (Baron Zemo), Scarlett Johansson (La veuve noire), Anthony Mackie (Le faucon), Don Cheadle (Rhodey)…
Musique: Henry Jackman
Photographie: Trent Opaloch
Producteur: Kevin Feige
Producteur délégué: Alan Fine
Producteur associé: Lars P. Winther
Sociétés de production: Marvel Studios et Marvel Entertainment
Société de distribution: Walt Disney Studios Motion Pictures
Genre : Action, science-fiction, super-héros
Durée: 147 minutes
Date de sortie: 27 avril 2016

Etats-Unis – 2016

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Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

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