Si l’éternité est un fardeau, Unute, l’immortel imaginé par Keanu Reeves, nous rappelle qu’elle est aussi un prétexte inépuisable à l’aventure. Dans ce second volume de BRZRKR Bloodlines, les auteurs nous invitent une fois encore à feuilleter les pages sanguinolentes du passé de ce personnage fascinant. Après un premier spin-off prometteur mais quelque peu inégal, ce nouvel opus affiche une ambition plus affirmée, tant sur le plan narratif que graphique.
Le principe est désormais bien rôdé : deux récits complets, qui explorent chacun une époque marquante de l’existence de ce guerrier condamné à tuer et à survivre. Et c’est précisément cette mécanique – cette capacité à faire voyager le lecteur dans des contextes toujours renouvelés – qui donne tout son sel à cette déclinaison de l’univers BRZRKR.
Dans l’ombre de Gengis Khan : un démon au cœur de l’empire mongol
La première histoire nous ramène au XIIIe siècle, à la cour de Gengis Khan. Unute devient ici l’arme ultime d’un conquérant enivré de pouvoir. Sous la plume de Keanu Reeves et Matt Kindt, fidèles architectes de la série principale, l’intrigue s’inscrit dans la continuité thématique de la trilogie initiale : manipulation, lutte contre sa propre nature, questionnement sur l’usage de la force.
Ron Garney signe des planches musclées, où le trait sec et expressif accentue la brutalité des affrontements. L’anatomie déformée par la rage, Unute fend les rangs ennemis à mains nues, incarnation même du chaos, mais jamais simple marionnette. Car derrière les gerbes de sang et les membres arrachés, l’homme résiste à sa manière à sa propre déshumanisation.
On retrouve avec plaisir ce mélange de sauvagerie et de tragédie qui fait la singularité de BRZRKR. Plus qu’un simple défouloir graphique, cette première partie enrichit le portrait d’un personnage hanté, balancé entre instinct meurtrier et quête de sens.
Western crépusculaire : pour une poignée de balles et de regrets
Le second récit change radicalement de décor. Place au Far West, ses grands espaces poussiéreux, ses duels sous tension et ses figures archétypales. L’histoire adopte un ton plus introspectif. Unute y erre tel un revenant, traînant son immortalité comme une malédiction, confronté à une humanité corrompue par la cupidité. Les scènes de torture, de régénération douloureuse et de vengeance implacable confèrent à ce western une âpreté bienvenue, rappelant les grandes heures du genre.
Ici, Unute n’est plus une arme aux mains d’un tyran. Il est un être qui subit son éternité et tente, malgré lui, de naviguer parmi les hommes, quitte à laisser derrière lui un sillage de cadavres. B, errant dans le Missouri d’avant la guerre de Sécession, croise la route de Maybell, une jeune femme qui le supplie de l’aider à atteindre sa destination. Son désir de vengeance, contre un père qui a empêché son mariage avec violence, entre cependant en conflit avec la quête de paix de B, lui-même las de la violence qui jalonne son existence. Le père de Maybell lance des tueurs à leurs trousses, transformant leur fuite en véritable bain de sang. B doit alors choisir s’il sera le protecteur de la jeune femme ou s’il succombera à ses instincts destructeurs…
Un écrin soigné pour une série en pleine maturité
L’édition française proposée par Delcourt perpétue le soin apporté à cette série depuis ses débuts. Impressions impeccables, papier de qualité, couverture signée Matteo Scalera (bien plus inspirée que celle du premier spin-off) : rien à redire. Comme à l’accoutumée, une riche galerie d’illustrations et un bref cahier présentant les artistes viennent parachever l’ouvrage.
Mais c’est surtout sur le fond que Bloodlines Tome 2 convainc pleinement. En croisant des époques distinctes et des visions graphiques contrastées, il dresse un portrait nuancé d’Unute, oscillant entre bête de guerre et âme tourmentée. En attendant les prochains chapitres des aventures d’Unute, ce tome 2 s’impose comme un indispensable pour les amateurs de la série et, plus largement, pour les lecteurs de comics adeptes de récits épiques et sans concessions.
BRZRKR Bloodlines (Tome 2), Keanu Reeves, Matt Kindt et Ron Garney Delcourt, juin 2025, 112 pages
Les éditions Glénat publient Le Dernier vol de Dan Cooper, de Jean-Luc Cornette et Renaud Garreta. Un exercice d’imagination convaincant, qui donne une matérialité à Dan Cooper après son célèbre « casse aérien ».
Le 24 novembre 1971, à la veille de Thanksgiving, un homme en costume sombre, se faisant appeler « Dan Cooper », s’installe à bord du vol 305 de la Northwest Orient Airlines, entre Portland et Seattle. À première vue, rien qui ne distingue ce passager d’un autre. Mais très vite, il fait parvenir un message glaçant à l’équipage : il transporte une bombe et exige 200 000 dollars en petites coupures ainsi que quatre parachutes. Le FBI, soucieux de préserver les passagers, accède à sa demande.
Dans la nuit orageuse du Nord-Ouest américain, alors que l’appareil se dirige vers le Mexique, Dan Cooper ouvre la porte arrière du Boeing 727 et disparaît, parachute au dos, dans les ténèbres. On ne le reverra jamais. Malgré des décennies d’investigations méticuleuses – la plus longue enquête non résolue de l’histoire du FBI – l’identité et le sort du mystérieux pirate de l’air demeurent un mystère. Un maigre indice surgira en 1980 : quelques liasses de billets, identifiées par leurs numéros de série, retrouvées par une famille sur les berges du fleuve Columbia. Pour le reste, le néant. En 2016, le FBI finit par jeter l’éponge.
C’est sur ce canevas, à tout le moins fascinant, ce mythe en devenir, que se greffent Jean-Luc Cornette et Renaud Garreta. Leur album, Le Dernier vol de Dan Cooper, s’empare de cette matière brute pour en offrir une relecture palpitante, entre documentaire, fiction spéculative et thriller psychologique. Car si le fait historique est bien posé, le cœur du récit repose sur une savoureuse extrapolation : Cooper a-t-il survécu à ce saut suicidaire ? Et si oui, que lui est-il arrivé ?
Le scénario de Jean-Luc Cornette, finement ciselé, met en lumière un personnage ambigu, un cerveau criminel audacieux et méthodique, mû par une rage froide. À travers son périple post-saut, l’album dévoile un homme en fuite, traqué par ses propres démons et prisonnier d’une relation trouble avec sa maîtresse et complice. Leur duo fonctionne à merveille : les tensions sous-jacentes, parfois alimentées par les opinions tranchées de leurs proches, donnent une densité émotionnelle au récit, qui s’intéresse aux failles humaines de ses protagonistes, même s’il s’articule essentiellement autour de la cavale.
Visuellement, le dessin de Renaud Garreta joue la carte du réalisme. Le trait net, la mise en scène cinématographique, le soin apporté aux décors participent pleinement à la tension narrative. On tourne les pages comme on suivrait les plans d’un film noir, chaque case creusant davantage le mystère.
Les auteurs, inventifs, construisent un récit plausible, habile, qui laisse la part belle aux hypothèses et aux interrogations. Ils invitent le lecteur à prolonger lui-même l’histoire, à se prendre au jeu des spéculations. Et au final, l’album se dévore d’une traite. C’est un page-turner efficace, nourri d’une matière passionnante, dont le suspense, les ressorts psychologiques et le réalisme graphique en font une lecture hautement recommandable, que l’on soit passionné par les grandes énigmes criminelles ou tout simplement amateur de bonnes bandes dessinées.
Le Dernier vol de Dan Cooper, Jean-Luc Cornette et Renaud Garreta Glénat, juin 2025, 88 pages
Parmi les grands romans de Jane Austen, on trouve en bonne place Emma, publié en 1815. Moins sombre que Mansfield Park, moins romantique qu’Orgueil et Préjugés, ce texte, aujourd’hui adapté en roman graphique, se déploie telle une brillante comédie de mœurs, un tableau délicatement ironique de la société anglaise du début du XIXe siècle. Avec Emma, la romancière britannique atteint un équilibre subtil entre légèreté narrative et profondeur psychologique. Elle livre surtout un portrait de femme aussi agaçante qu’attachante, au cœur d’un monde régi par les conventions, les mondanités, le rang et l’argent.
Emma Woodhouse a en apparence tout pour elle : elle est belle, intelligente, riche, dotée d’une position sociale enviable. Mais elle apparaît aussi diablement entêtée, trop gâtée par la vie, prompte à juger les autres de haut, et dangereusement portée à jouer les marieuses. C’est précisément cette dernière imperfection qui va donner au roman – et à son adaptation – toute sa modernité : loin de l’héroïne idéalisée, Jane Austen esquisse le portrait d’une jeune femme en proie à ses illusions, contrainte de se confronter peu à peu à ses propres limites. Elle pense être Oracle des sentiments amoureux ; elle se fourvoie plus souvent qu’à son tour, causant du tort à ceux qui lui accordent du crédit.
Highbury se structure autour d’une petite communauté, au sein de laquelle Emma se plaît à imaginer les alliances possibles, à orchestrer des unions qu’elle juge souhaitables – souvent à tort. Le cœur du roman graphique tient à sa volonté de marier la naïve Harriet Smith. D’abord à Mr Elton, ce qui se solde par un fiasco. Puis à d’autres, révélant cruellement la vanité de ses projets. La trame narrative épouse ces cheminements : Emma, de stratège des cœurs, devient peu à peu lucide sur ses propres sentiments et sur la complexité des relations humaines.
Comme dans l’ensemble de son œuvre, Jane Austen circonscrit son récit à un espace restreint – ici, la bourgade de Highbury – pour mieux en observer les interactions. Dans cet univers en vase clos, chaque visite, chaque dîner, chaque promenade est l’occasion d’une scène où se jouent les ambitions, les désirs et les malentendus. Les unions semblent constituer l’alpha et l’oméga d’une bourgeoisie avant tout soucieuse des apparences et du statut social.
Sous les dehors légers de la comédie, le roman graphique de Claudia Kühn et Tara Spruit n’élude en rien les enjeux matériels et sociaux du mariage. L’avenir des femmes passe par l’union matrimoniale, ce qui signifie que les distinctions de rang et de fortune demeurent décisives. Le regard ironique de Jane Austen ne dissimule pas ces contraintes, bien au contraire.
Et dans ce contexte, le couple final que formeront Emma et Mr Knightley se caractérise par la sincérité des sentiments et par l’apprentissage mutuel qu’il suppose. Leur union se fonde sur une estime réciproque et authentique. Elle s’impose comme une forme d’idéal : c’est en acceptant ses erreurs et en mûrissant qu’Emma devient digne de ce bonheur. Ce dernier lui était inenvisageable tant qu’elle tirait des plans matrimoniaux sur la comète des conventions sociales.
Là où Orgueil et Préjugés suivait l’évolution parallèle d’Elizabeth Bennet et de Mr Darcy, Emma propose une trajectoire plus centrée sur la protagoniste, qui doit, seule, apprendre à mieux voir le monde… et elle-même. C’est peut-être ce qui confère au roman cette espèce de charme durable : sous le vernis de l’ironie et des diktats, il rend compte d’une quête de vérité intérieure. Emma, en ce sens, n’est pas un modèle figé mais un personnage en devenir : un être faillible, perfectible, auquel on ne peut que s’attacher, en dépit de ses nombreux défauts.
Relu aujourd’hui, Emma frappe par sa modernité narrative. Les biais de perception entraînent l’ironie dramatique, sa manière de mêler comédie légère et étude sociale en font un roman d’une grande richesse. On en trouve les traces dans cette adaptation réussie, mais plus fidèle qu’inventive.
Emma, Claudia Kühn et Tara Spruit Jungle, juin 2025, 256 pages
C’est par petites touches de grâce et de nostalgie qu’Amélie et la métaphysique des tubes parvient à faire ressurgir les premières sensations, souvenirs et émotions de l’enfance. Dans un récit initiatique balisé mais empreint de bienveillance, le film nous entraîne dans l’univers intérieur d’une petite fille en quête de sens et de repères. Une œuvre qui bouleverse par la richesse d’évocation de l’animation et le trouble persistant de la mémoire.
Présenté dans une relative discrétion au Festival de Cannes 2025, le film trouve son véritable public à Annecy, où il remporte le prix du public. Premier long-métrage de Maïlys Vallade et Liane-Cho Han, cette adaptation du roman autobiographique d’Amélie Nothomb séduit par sa sensibilité autant que par sa cohérence visuelle. Le style graphique — aplats de couleur, contours parfois absents, décors profonds et texturés — évoque inévitablement le travail de Rémi Chayé, avec qui les réalisatrices ont collaboré au story-board et à la conception des personnages (Tout en haut du monde, Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary). Mais loin d’un simple hommage, ce choix esthétique prolonge de manière organique un imaginaire foisonnant.
La naissance d’un enfant
Ce qui aurait pu n’être qu’un exercice de style animé gagne en densité grâce à une mise en scène attentive à l’étrangeté du regard enfantin. Le film adopte un dispositif en voix off : une Amélie plus âgée commente son enfance avec distance et philosophie, superposant à la naïveté sensorielle une conscience réflexive. Cette double perspective, entre immédiateté de l’expérience et mise en récit, constitue à la fois la force et la limite du film. La narration parlée structure le récit, là où un abandon plus radical à l’épure poétique aurait pu offrir une immersion encore plus viscérale de l’enfance.
Comme dans J’ai perdu mon corps, le point de vue d’Amélie nous donne à voir comment elle transforme la réalité avec son imaginaire. Un geste conscient et inconscient qui la protège et qui l’aide également à s’aventurer dans le monde caché et merveilleux de l’enfance. Son rapport au monde est d’ailleurs ici envisagé comme un flux d’informations que l’enfant ne sait pas encore interpréter. Amélie se considère comme un tube. Elle perçoit tout, mais ne comprend rien. L’image, simple et efficace, irrigue toute la mise en scène. À mesure qu’elle s’ouvre au monde – notamment grâce à la figure bienveillante de Nishio-san –, elle apprend à trier, formuler, nommer et canaliser ses sens. Cette jeune japonaise, à la fois femme de ménage et cuisinière, devient le cœur émotionnel du film. Elle ne se contente pas d’accomplir des tâches domestiques. Nishio-san panse les failles d’une famille débordée et incarne un Japon apaisé, chargé de mémoire, et offre à Amélie un modèle d’amour maternel implicite, loin de la froideur de ses parents biologiques.
Les couleurs de l’enfance
Mais si la relation entre Amélie et Nishio-san touche autant, c’est aussi grâce à l’attention portée à la bande-son. La compositrice Mari Fukuhara signe une partition délicate, discrète, en osmose avec les mouvements intérieurs de l’héroïne. La musique, comme le trait animé, enveloppe sans écraser, accompagnant chaque variation émotionnelle avec une justesse rare. Le film joue également avec la symbolique des couleurs, sans jamais l’imposer comme un code figé. Si certains personnages évoquent des humeurs par leur palette chromatique, l’ensemble évite le systématisme. L’eau, omniprésente dans le récit – jusqu’à devenir l’élément-symbole d’Amélie – cristallise cette approche : miroir de l’âme, frontière entre vie et mort, elle traverse le film comme un fil conducteur invisible. Elle structure la pensée de l’enfant tout en renvoyant à une spiritualité diffuse que le récit effleure plus qu’il ne théorise.
La réussite d’Amélie et la Métaphysique des tubes tient donc dans cet équilibre fragile entre l’abstraction poétique et l’ancrage sensoriel. En choisissant de s’adresser autant à l’intelligence qu’à la sensibilité du spectateur, Vallade et Han signent une fable universelle, où la métaphysique reste à hauteur d’enfant. Une œuvre bouleversante, où penser, ressentir et se souvenir ne font plus qu’un. À découvrir en famille.
Amélie et la métaphysique des tubes – bande-annonce
Amélie et la métaphysique des tubes – fiche technique
Réalisation : Maïlys VALLADE, Liane-Cho HAN Production : Nidia SANTIAGO (IKKI FILMS), Edwina LIARD (IKKI FILMS), Claire LA COMBE (MAYBE MOVIES), Henri MAGALON (MAYBE MOVIES), Jean-Michel SPINER, Mireille SARRAZIN Scénario : Liane-Cho HAN, Aude PY, Maïlys VALLADE, Eddine NOËL
Graphisme : Eddine NOËL, Marietta REN (CREATION GRAPHIQUE ET DESIGN DES PERSONNAGES), Liane-Cho HAN, Maïlys VALLADE (CREATION GRAPHIQUE ET DESIGN DES PERSONNAGES), Remi CHAYÉ, Marion ROUSSEL (CREATION GRAPHIQUE ET DESIGN DES PERSONNAGES), Justine THIBAULT, Simon DUMONCEAU Storyboard : Lucrèce ANDREAE, Olivier CLERT, Chloé NICOLAY, Alice BISSONNET, Jonathan DJOB NKONDO, Nicolas PAWLOWSKI, David CANOVILLE, Éléa GOBBÉ-MÉVELLEC, Alexander PETRESKI, Merwan CHABANE, Liane-Cho HAN, Marietta REN, Rémi CHAYÉ, Ahmed NASRI, Maïlys VALLADE Layout : Marion ROUSSEL (DIRECTION DU LAYOUT POSING), Hanne GALVEZ (DIRECTION DU LAYOUT POSING), Eddine NOËL (DIRECTION DU LAYOUT DECOR) Décors : Eddine NOËL, Camille LETOUZE (DESIGN PROPS), Marick QUEVEN (DESIGN PROPS), Justine THIBAULT (DIRECTION DU DECOR COULEUR) Animation : Juliette LAURENT (DIRECTION DE L’ANIMATION), Joanna LURIE (DIRECTION DESSIN D’ANIMATION) Musique : Mari FUKUHARA (MUSIQUE ORIGINALE ET ORCHESTRATION) Son : Kevin FEILDEL, Fanny BRICOTEAU Montage : Ludovic VERSACE Compositing : Tevy DUBRAY Direction artistique : Eddine NOËL Pays de production : France Distribution France : Haut et Court Durée : 1h17 Genre : Animation, Aventure, Comédie, Famille Date de sortie : 25 juin 2025
L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle a révolutionné la manière dont les contenus sont produits. Rédiger un article, créer des descriptions de produits ou générer des posts de blog n’a jamais été aussi rapide.
Toutefois, une question cruciale persiste : comment Google perçoit-il ces textes générés par l’IA ? Sont-ils favorisés, pénalisés ou simplement traités comme les autres ? Pour les professionnels du marketing digital et les créateurs de contenu, comprendre la position de Google sur ce sujet est indispensable pour rester performant en SEO.
L’évolution de la position de Google face au contenu IA
Google n’a jamais été opposé à l’intelligence artificielle en soi. En réalité, l’entreprise l’utilise elle-même pour classer les pages via des technologies comme RankBrain ou BERT. Cependant, lorsqu’il s’agit de contenu généré automatiquement, les choses sont plus nuancées.
Pendant longtemps, Google a déclaré que tout contenu généré de manière automatisée et sans intervention humaine risquait d’enfreindre ses consignes. La raison est simple : le contenu de mauvaise qualité nuit à l’expérience utilisateur. Or, la mission première de Google est de proposer des résultats pertinents, utiles et fiables.
Cependant, avec les progrès impressionnants des modèles de langage comme GPT, Gemini ou Claude, la qualité des textes générés par l’IA a considérablement augmenté. Google a donc ajusté sa position : ce n’est pas la manière dont le contenu est créé qui compte, mais sa qualité, sa pertinence et son utilité pour l’utilisateur.
IA et qualité de contenu : les critères SEO toujours valables
Même si vous utilisez une IA pour générer vos textes, il est impératif de respecter les fondamentaux du SEO. Google continue d’évaluer les contenus selon plusieurs critères clés :
1. L’utilité du contenu
Le texte doit répondre à une intention de recherche claire. Un contenu qui informe, explique ou guide l’utilisateur sera mieux classé qu’un texte générique et creux.
2. L’expérience utilisateur (UX)
Le contenu doit être bien structuré, facile à lire, agréable à parcourir. Une bonne mise en page, des titres clairs et une navigation intuitive sont des éléments indispensables.
3. L’expertise, l’autorité et la fiabilité (E-E-A-T)
Google accorde beaucoup d’importance à ces trois critères. Un contenu qui montre de l’expertise (même générée avec l’aide d’une IA) et qui est publié sur un site reconnu dans son domaine aura plus de chances de bien se positionner.
4. L’originalité et l’unicité
Même si une IA peut produire des textes rapidement, attention à l’uniformité. De nombreux contenus IA se ressemblent et manquent de personnalité. C’est là qu’intervient la nécessité de humaniser un texte.
Humaniser un texte IA : une étape cruciale pour le SEO
Les textes produits par l’IA peuvent être grammatiquement parfaits, mais ils sont souvent reconnaissables par leur ton neutre, leur manque d’émotion ou leur redondance. Pour qu’ils soient plus efficaces, il est nécessaire de les retravailler pour leur donner une touche humaine.
Humaniser un texte ne signifie pas seulement corriger la syntaxe. Il s’agit d’ajouter de la nuance, des exemples concrets, un style éditorial propre à votre marque et, surtout, une valeur ajoutée que l’IA ne peut pas deviner.
Des plateformes commeHumaniser un texte permettent justement d’adapter un contenu généré par l’IA pour le rendre plus naturel, fluide et conforme aux attentes des lecteurs… et de Google.
Le rôle croissant des détecteurs IA
Un autre aspect à considérer est la détection des contenus IA. Google, tout comme d’autres outils spécialisés, est de plus en plus performant pour identifier les textes générés automatiquement.
Certaines entreprises, notamment dans l’éducation ou les médias, utilisent des outils comme ledétecteur IA pour vérifier l’origine d’un contenu. Ces détecteurs s’appuient sur des schémas linguistiques, des métriques de perplexité ou encore des comparaisons statistiques pour évaluer si un texte est “humain” ou non.
Cela pose une question importante : faut-il craindre que Google pénalise un contenu détecté comme étant généré par l’IA ? La réponse est non… tant que le contenu reste utile, original et qu’il respecte les consignes de qualité.
Bonnes pratiques pour optimiser du contenu IA pour le SEO
Voici quelques recommandations concrètes pour tirer le meilleur parti de l’IA tout en respectant les critères de référencement naturel :
Utilisez l’IA comme assistant, pas comme rédacteur principal. Elle peut aider à structurer, suggérer des idées ou produire un brouillon, mais l’humain doit toujours avoir le dernier mot.
Personnalisez vos textes. Ajouter des anecdotes, des données spécifiques, des liens internes pertinents et un ton cohérent avec votre marque.
Évitez les répétitions et les phrases génériques. L’un des signes les plus visibles d’un contenu IA est la redondance. Reprenez vos textes et reformulez les passages trop prévisibles.
Analysez vos contenus avec un détecteur IA pour vérifier leur naturel avant publication. Cela permet de corriger les passages trop robotiques ou suspects.
Pensez à l’intention de recherche. Ne vous contentez pas de produire du texte. Posez-vous la question : “ce contenu répond-il réellement à ce que cherche mon audience cible ?”
Conclusion : IA et SEO, un duo prometteur… mais sous conditions
L’intelligence artificielle ne doit pas être vue comme un ennemi du SEO, mais comme un outil puissant à condition d’être bien utilisée. Google ne pénalise pas automatiquement les contenus générés par IA, mais il reste intraitable sur la qualité, l’utilité et la pertinence du contenu.
Pour rester compétitif, il faut apprendre à conjuguer technologie et expertise humaine. L’idéal est de s’appuyer sur l’IA pour gagner du temps, tout en humanisant le résultat pour qu’il réponde pleinement aux attentes des utilisateurs et aux exigences des moteurs de recherche.
N’oubliez pas : un contenu bien référencé aujourd’hui est avant tout un contenu authentique, engageant et de qualité. Et dans ce contexte, savoir humaniser un texte généré par IA, tout en vérifiant sa naturalité avec un bon détecteur IA, est un atout stratégique majeur pour les marques et les créateurs de demain.
Sous ses abords de comédie romantique hollywoodienne avec triangle amoureux, Materialists pourrait sembler prévisible et académique. Mais ce serait oublier que c’est Celine Song à l’écriture et la mise en scène, la cinéaste révélée par le magnifique Past Lives. On est finalement face à un film certes un peu romantique mais bien plus dramatique et doux-amer, qui décortique avec beaucoup de justesse les rapports amoureux contemporains. C’est enveloppé dans un mille-feuilles d’images à la fois chic et élégant. Et c’est surtout dialogué à la perfection, les paroles constituant le noyau dur et émotif d’un film étonnant, beau et d’une finesse rare. Pour ne rien gâcher, le trio d’acteurs qui mène la danse est impeccable, tout comme la musique. Second essai, second coup de maître !
Synopsis : Une jeune et ambitieuse matchmakeuse new-yorkaise se retrouve dans un triangle amoureux complexe, tiraillée entre le match parfait et son ex tout sauf idéal.
Si on sait peu de choses concernant Materialists avant de rentrer dans la salle, on se dit que le film se positionne comme la comédie romantique hollywoodienne de l’été. Banale, prévisible et formatée mais qui peut être tout à fait charmante si on est client. Le résumé en forme de triangle amoureux, l’affiche très conforme à ce genre codifié entre tous, le casting ultra glamour et à la mode ou encore le contexte new-yorkais ne nous contrediront d’ailleurs pas. On pourrait donc se préparer à deux heures partagées entre les rires et une bonne dose de sentimentalisme tendance mielleuse avec en bonus le micro suspense de savoir lequel, des deux protagonistes masculins, le personnage féminin va finir par choisir. Sauf que non. Materialists est un tout petit peu ça mais il est surtout beaucoup plus.
En effet, la personne qui a écrit et réalisé le long-métrage n’est autre que la géniale Celine Song qui nous avait littéralement enchantés avec son premier film, nommé aux Oscars : le magnifique et mélancoliquePast Lives. Une œuvre qui touchait au sublime et qui montrait l’amour comme rarement, notamment les traces qu’il peut laisser lorsqu’il est empêché par le destin. Song passe à la vitesse supérieure ici puisqu’elle choisit de faire tourner des stars pour son second film et avec un budget bien plus important. Son art et son talent auraient pu être vidés de leur substance au sein du broyeur hollywoodien mais elle reste chez A24 qui est – avec Neon – le distributeur indépendant le plus pointu et en vue à l’heure actuelle. La cinéaste ne perd rien de ses aptitudes à parler de l’amour et des rapports amoureux dans son nouveau film et confirme ainsi tout le bien que l’on pense d’elle.
Pour qu’un tel projet fonctionne, il fallait un casting au diapason. Que l’alchimie entre les comédiens passe ou que la mayonnaise prenne. On n’aurait pas forcément misé sur une telle association mais on avait tort. Dakota Johnson irradie encore une fois le film de son charme et de sa classe. Son timbre de voix si singulier et sa beauté glamour convaincront ces messieurs. Pedro Pascal, nouveau sex symbol contemporain, est d’une justesse incroyable et nous propose son premier vrai grand rôle de love interest avec brio. Il n’en fait jamais trop et sa classe naturelle fait le reste. Enfin, Chris Evans nous prouve encore qu’il sait faire autre chose que des rôles musclés dans le MCU. Et ce serait oublier qu’il nous avait déjà fendu le cœur dans le magnifique Mary. Ici, en ex fauché, il est particulièrement touchant. Les deux acteurs masculins devraient chacun dans leur genre enchanter ces dames.
La grande force de Materialists réside clairement et en premier lieu dans son écriture. Song décrit l’amour comme une marchandise (étonnant prologue qui signifie beaucoup) et tisse son film autour de cela par le biais du personnage de Johnson, qui travaille dans une start-up faisant se rencontrer des célibataires. Un postulat idéal pour disséquer la manière dont on appréhende le mariage, les liaisons, le sexe, les rapports hommes-femmes et l’amour tout simplement. C’est d’une finesse et d’une acuité incroyable. Et au sein de ce script très bien pensé et écrit, les dialogues sont d’une puissance phénoménale et presque le moteur du film, comme le prouve la magistrale scène où Johnson explique à Pascal comment elle voit leur potentielle relation. Des répliques qui s’égrènent pendant deux heures en forme de caviar auditif. Un must !
Il y a peut-être quelques petites longueurs, on aurait aimé quelques touches d’humour plus présentes (le film est bien plus grave et triste que drôle), et il y a surtout un coup de mou dans la dernière ligne droite. Mais c’est tellement charmant, pertinent et agréable à écouter et regarder qu’on passe outre. Car, oui, il faut aussi préciser que la mise en scène est élégante, tirant parfaitement parti du décor citadin new-yorkais, mais aussi d’un final rural qui fait un clin d’œil au premier film de Song. La musique du film, nourrie de morceaux parfaitement choisis, est également réussie. Materialists est un excellent opus, chic dans son enveloppe et choc dans ce qu’il dit sur l’amour dans nos sociétés. Sous ses allures de film romantique, il est bien plus profond et puissant qu’il n’y paraît. On attendra donc la troisième proposition de la réalisatrice avec impatience.
Bande-annonce – Materialists
Fiche technique – Materialists
Réalisateur : Celine Song.
Scénaristes : Celine Song.
Production : A24.
Distribution: Sony Pictures Releasing.
Interprétation : Dakota Johnson, Pedro Pascal, Chris Evans, Marin Ireland, Lindsey Broad, …
Genres : Drame – Romantisme.
Date de sortie : 2 juillet 2025.
Durée : 1h49.
Pays : USA.
Sortie en plein cœur des années 80, premier grand rôle de Juliette Binoche, prix de la mise en scène au Festival de Cannes, Rendez-vous d’André Téchiné est un poison pour tous les protagonistes du long métrage. Entre conquête difficile de la vie de bohème, érotisation du corps malmené, vie rêvée, voici une œuvre particulièrement imprégnée par la notion d’auteur, où les suicidaires sont humiliants et fantomatiques, et où les vertueux ne le sont plus à moyen terme. Le désir de la chair peut déclencher une frustration. La frustration, une obsession. Et l’obsession, une déperdition.
Passion destructrice, élan suicidaire, théâtre et mise en scène de soi, initiation féminine par l’utilisation des corps, Rendez-vous utilise plusieurs thèmes dans un souci de synthèse et d’articulation (la durée du film n’excède pas 1 h 20). Quête initiatique dans un Paris nocturne et troublé : le long métrage casse quelques codes moraux qui sont caractéristiques de cette époque.
Du pluralisme sexuel à la quête perdue du grand amour
La façon d’anticiper, de concevoir la vie avec ergonomie dépend de plusieurs facteurs : respect de la vie privée, de l’intimité, connaissance fine de l’être humain, accomplissement de soi, stabilité psychologique, réussite, sexualité, amour, etc.
Des trois personnages principaux, ces éléments leur font plus ou moins défaut, et les mènent jusqu’au bout d’eux-mêmes.
Juliette Binoche, d’abord, éblouissante (Nina). Elle sort de sa province pour Paris afin d’accéder à son rêve : devenir actrice, en débutant dans le théâtre. Son comportement volage, son papillonnage, ses élans de vie spontanés laissent vite place à des états de crise, des doutes perpétuels. Son instabilité vient de l’attitude de son amant, Quentin (Lambert Wilson) suicidaire, humiliant, puis fantomatique. Amoureuse, elle est victime du syndrome du sauveur. Quentin se laisse volontairement agresser dans la rue sans se défendre. Il y a une désinvolture morbide entre Nina et Quentin.
– Répète-moi que tu ne m’aideras pas.
Ce dernier est à la fois vivant (provocant, plein d’énergie) et presque mort (son âme s’éteint.) Son suicide rapprochera Nina de sa première rencontre, Paulot (Wadeck Stanczak), trop gentil pour être attirant, pudique, sensible, etc. Mais il sera pour elle la promesse d’un refuge, malgré un dénouement difficile.
Scrutzler, enfin, interprété par Jean-Louis Trintignant, incarne un metteur en scène qui a foi en Nina pour jouer dans la pièce la plus célèbre de Shakespeare, Roméo et Juliette. Ce dernier possède une autorité douce et sera comme une figure paternelle.
– Tu devrais faire l’amour – Avec Paulot ? Il est gentil, mais ça ne suffit pas.
Le théâtre : un ailleurs à soi difficile
L’art peut être une échappatoire, permettre de sortir du réel, devenir un purgatoire, son centre de gravité, un ailleurs à soi. Rongée par des conflits intérieurs, Nina a besoin d’un choc salvateur pour continuer à croire en son rêve, perturbé par sa vie personnelle. Roméo et Juliette est comme en écho à son passé avec Quentin, qui avait joué dans cette même pièce. En ce sens, c’est aussi une mise en danger dans son ascension sociale.
Mise en scène vivante, minimalisme sonore
Formellement réussi, le film profite d’une caméra nerveuse pendant les moments de crise et au plus près des acteurs, pour favoriser l’intimité. Les décors urbains traduisent les conflits et l’errance des personnages. La photographie exploite des jeux d’ombres et de lumières, avec des contrastes forts. La musique, peu présente, met à nu les dialogues. Lorsqu’elle est utilisée, elle est orchestrale, majestueuse, et souligne des éléments clefs et déterminants qui parsèment le récit.
Les pieds dans la boue et la tête dans les étoiles
Désir, érotisation, autodestruction, deuil, théâtre, obsession, fuite, errance, nuit, surnaturel, présence spectrale : le champ lexical du film joue sur plusieurs tableaux et témoigne de la difficulté des relations humaines qui peut corrompre un idéal, un rêve. Rendez-vous porte sur une double façade masculine : l’amour, la fougue et la déperdition, ou la sécurité, la banalité, la stabilité, la gentillesse qui peut être perçue comme ennuyeuse. Le tout s’achève sur une ambiguïté, dans une note entre tragédie et espoir.
Le réalisateur dira du personnage de Nina « qu’elle a les pieds dans la boue et la tête dans les étoiles. » Jolie formule.
Bande-annonce : Rendez-vous
Fiche technique : Rendez-vous
Synopsis : Une jeune comédienne, Nina, monte à Paris, et trouve à se loger chez deux jeunes gens, Paulot et Quentin. Elle s’éprend de Quentin, un homme ténébreux et ambigu, avec des manies suicidaires, qui joue dans des spectacles érotiques, tandis que Paulot l’aime en secret. Alors qu’elle se lance dans le projet de monter Roméo et Juliette au théâtre avec Quentin, celui-ci meurt brutalement.
Titre : Rendez-vous
Scénario : André Téchiné et Olivier Assayas
Réalisation : André Téchiné
Production : Alain Terzian
Assistants réalisateur : Michel Béna, Bruno Herbulot et Philippe Landoulsi
Musique : Philippe Sarde
Photographie : Renato Berta
Montage : Martine Giordano
Direction artistique : Jean-Pierre Kohut-Svelko
Costumes : Christian Gasc
Son : Dominique Hennequin et Jean-Louis Ughetto – Jean Gargonne (montage son)
Dans la fournaise douce d’un été avignonnais, les corps suent, les voix résonnent, les affiches se déchirent au vent. Une troupe vacille entre espoirs froissés et éclats de rire, portée par le pouls vibrant du théâtre de rue. Johann Dionnet y glisse une romance fragile, prise entre des tréteaux de fortune, des bouffonneries de boulevard et de nobles cadences classiques. Le charme opère en partie, même lorsque le maquillage fond et que les masques, doucement, se fissurent.
Pour son premier long-métrage, Johann Dionnet prolonge le sujet de son court métrage de 2022, Je joue Rodrigue, qui se situe déjà pendant le festival d’Avignon. Le réalisateur nous immerge ainsi dans la réalité de ce magnifique festival, qu’il connaît très bien, créé en 1947 par Jean Vilar, et devenu aujourd’hui l’une des plus importantes manifestations internationales du spectacle vivant contemporain.
Dans une ville d’Avignon magnifiée par une mise en scène au cordeau, avec des images de ses remparts et de son célèbre pont (le dernier Lelouch, Finalement, y faisait également une superbe référence), l’atmosphère chaude et fébrile vécue par les troupes de théâtre en recherche de spectateurs et de notoriété dans les rues bondées de la ville et dans les salles, est très bien rendue. Les séances de tractage et de parade dans la ville, avec une scène envoûtante devant le fameux Palais des Papes, montrent ainsi parfaitement la lutte pour la différenciation des pièces de théâtre, clé pour l’avenir de leurs représentations et des financements associés.
A la fois film choral et film de troupe, vu sous l’angle d’une comédie romantique estivale, Avignon nous fait suivre particulièrement les vicissitudes et autres complications d’une équipe de comédiens, qui joue une pièce de boulevard au nom caricatural de Ma sœur s’incruste. Une troupe qui tire le diable par la queue et menace de se faire expulser en raison de la faible fréquentation de sa pièce, disons-le, de qualité médiocre. Le réalisateur nous fait aimer cette bande de comédiens, et notamment Serge le metteur en scène (interprété par un Lyes Salem très convaincant), Coralie sa compagne (jouée par une excellente Alison Wheeler qui crève l’écran par son sens des relations humaines) et Patrick campé avec brio par Johann Dionnet lui-même !
Dans ce groupe soudé, Stéphane est un acteur en mal de reconnaissance dans ses rôles actuels. Ami proche de Coralie, il rencontre par hasard Fanny, une ancienne connaissance, qui joue elle dans Ruy Blas de Victor Hugo, ce grand classique ! Tombant instantanément amoureux d’elle, il lui fait croire, pour tenter d’être à la hauteur, qu’il joue Rodrigue dans Le Cid de Corneille. Par un concours de circonstances, et certains quiproquos plutôt drôles, une sorte de jeu de dupes va s’installer entre eux, leur interdisant de se voir jouer pendant tout une partie du film. Cela fait naître une ambiguïté, dont on sort, comme on le sait, toujours à son détriment.
Introduire cette dimension romantique dans le scénario est plutôt bien vu; elle apporte une forme de suspens sur l’avenir de cette relation, mais ce n’est que partiellement réussi :
D’abord le casting de ce couple est décevant : ni Baptiste Lecaplain dans le rôle de Stéphane (bien meilleur tout de même que dans Jamais sans mon Psy), ni Elisa Erka (vue dans Tendre et Saignant en 2021) n’arrivent à être à la hauteur de leur rôle central, par un jeu manquant cruellement de relief dans les sentiments exprimés;
La deuxième limite est d’opposer les grands classiques et le théâtre de boulevard, le second trop au détriment du premier alors que ces genres de théâtre ont leur public spécifique, comme au cinéma les films dramatiques et les comédies. Cela donne l’impression que le réalisateur accentue ce manichéisme uniquement pour faire rire, et ce n’est pas toujours réussi, comme le spectateur pourra en juger.
Malgré ces limitations, le réalisateur adresse une question essentielle de la relation amoureuse : doit-on se montrer plus beau que l’on paraît pour plaire, au risque de décevoir ? Et subtilement une scène très réussie fait une métaphore avec le personnage du valet Ruy Blas de Victor Hugo et son amour pour la reine d’Espagne, pour lequel il doit se fait passer pour le noble Don César; la fin est hélas dramatique pour Ruy Blas, lors de la découverte du pot aux roses ; en sera-t-il de même pour Stéphane et Fanny dans Avignon ?
Conclure le film hors des murs d’Avignon est par ailleurs assez décevant, voire un peu bâclé, même si on est soulagé pour l’avenir de la troupe de Ma Sœur s’incruste ! Mais on aura passé un bon moment devant cette belle comédie estivale, à quelques jours du démarrage du festival d’Avignon 2025. Et ce film est davantage une déclaration d’amour au théâtre dans sa dimension spectacle vivant, plutôt qu’une comédie romantique qui restera au fond presque anecdotique.
Bande annonce – Avignon
Fiche technique – Avignon
Réalisation : Johann Dionnet
Scénario : Johann Dionnet, Benoît Graffin, Francis Magnin
Année de production : 2025, date de sortie en France : 18juin 2025
Genre : Comédie romantique, film choral
Pays d’origine : France
Durée : 1h43
Lieu de tournage : Avignon (Vaucluse)
Production : Nolita Cinema
Co-production : TF1 Studio, France 2 Cinéma
Distribution : Warner Bros. France
Attachées de presse : Audrey Le Pennec, Leslie Ricci, Camille Madelaine
Avec Peacock, Bernhard Wenger donne à voir le parcours résilient d’un individu qui avait perdu tout contact avec son intériorité. Sur un mode ironique et avec un bel art de la mise en scène. Réjouissant.
Matthias, un ami que tout le monde loue
« Suis-je réel ? » Le sous-titre autrichien est la question que se pose Matthias. On pourrait dire aussi « Qui suis-je ? ». Lorsqu’on a pour profession d’être un ami que l’on peut louer pour toutes sortes d’usages, le danger guette de voir se diluer son identité. Sophia, sa compagne, va encore le dire autrement : Matthias, tu n’es plus « vrai ».
Qui est le paon du titre ? Matthias, comme on le lit partout, ou plutôt tous ces clients qui l’engagent pour briller en société ? L’affiche ne montre-t-elle pas notre homme levant un verre devant une multitude de ces yeux constellant la parure de l’animal ?
Matthias a une palette variée. Il peut être engagé pour aider une jeune femme à éteindre un incendie de voiture de golf, transformant celle-ci en héroïne. Pour valoriser une dame âgée en se faisant passer pour son amant doté d’une belle culture musicale à l’issue d’un concert de violoncelle expérimental. Pour coacher une épouse qui veut apprendre à bien se mettre en colère, afin de pouvoir quitter son mari violent. Pour faire couple avec un homo qui veut obtenir un splendide appartement. Pour rendre fier un jeune garçon dont le père est au chômage ou exerce un job honteux, lors d’une présentation des métiers des papas de la classe, en se présentant en uniforme comme pilote de ligne. Pour aider un riche sexagénaire à se faire élire président d’une fondation en se faisant passer pour son fils débitant un beau discours. Un vrai caméléon.
Nulle prostitution dans cet emploi : la dame âgée lui proposera bien de prendre un dernier verre, mais l’agence ne parle que de louer un ami. On ne cherche pas des comédiens, précise le patron, mais des gens ayant un bon relationnel. Pour cela, Matthias est le meilleur : il s’adapte, ne se met jamais en colère, encaisse lorsque la situation se gâte.
Quand la machine s’enraye
De quoi finir par se perdre. Tout se détraque dans la vie de notre héros, signe que quelque chose ne va pas : sa chaudière émet un bruit inquiétant, une plombière se présente alors qu’il n’a rien demandé, l’assistant vocal de sa voiture n’exécute plus les ordres qu’il lui lance, le toit ouvrant ne veut plus se refermer. La question de Sophia le remet profondément en cause. Le couple n’allait pas très bien, en tout cas sexuellement : pour le figurer, Bernhard Wenger se contente de montrer à plusieurs reprises Matthias plongé dans un livre alors que sa compagne s’est endormie. On peut voir aussi l’achat (ou la location ?) d’un gros chien aux testicules pendants comme une discrète allusion à l’insatisfaction de madame. Ce n’est pas le seul problème : Sophia aimerait briser la placidité constante de son compagnon. Elle fait ainsi manger le chien sur le canapé du salon pour qu’il réagisse. En vain. Alors elle le quitte.
La solitude subie de Matthias représente celle du monde contemporain, où tout est devenu artificiel. Son seul ami est David, son patron : il accourt dès que Matthias est saisi d’angoisse, le conseille, le réconforte en lui faisant un câlin. Mais cette amitié a ses limites : lorsque Matthias voudra tout arrêter, David lui signifiera que ce contrat-là est trop important.
Se frotter au réel
Pour briser sa solitude, Matthias loue un yorkshire, qui ne s’appelle par Matthias mais Aaron. Lorsqu’il le retrouvera noyé dans sa piscine, l’agence lui en fournira un autre puisqu’il avait contracté une assurance tous risques. Dans le monde de Matthias, tout est confortable mais rien n’est vrai. D’où la frayeur qui va le saisir le jour où il va être confronté au mari de la femme qu’il a coachée pour qu’elle le quitte. Là, on est dans le concret, avec ces armes aux murs au milieu de trophées de chasse. Face à ce fou furieux qui le pourchasse, Matthias va être contraint de se frotter au réel : en le repoussant il le blesse et l’envoie à l’hôpital. Une autre scène participe de la conversion de notre homme : au restaurant, alors qu’un candidat que David et lui auditionnaient manque de s’étouffer, Matthias le saisit au thorax et parvient à le sauver. La conversion de notre héros s’achèvera dans l’ultime scène du film.
À la recherche de l’âme sœur
Avant cela, il va devoir passer par d’autres péripéties. Sur les conseils de David, il expérimente un centre de remise en forme à base de yoga, de chi qong et de diverses activités douces. Le gourou des lieux, au visage recouvert de tatouages, l’accueille en lui recommandant une méditation… en écoutant l’herbe sur laquelle on s’est allongé. C’est là que Matthias va retrouver une jeune femme croisée au concert de violoncelle. Ina semble intéressée par une liaison, suggérant qu’elle aimerait avec lui rejoindre un cercle de personnes nues. Il la retrouve en boîte de nuit, pour la mettre comme prévu dans son lit, en un plan troublant : le coït, flou, est relégué en fond d’écran, le point étant fait sur le chien sur le canapé, la piscine qui va bientôt le noyer apparaissant à gauche, façon split screen. Superbe.
Au petit matin, Ina a disparu : décidément, toute relation « vraie » se dérobe à Matthias. Il finit par la retrouver, pris d’un doute : et si Ina avait été embauchée par David ? Ne venait-il pas de lui présenter une fille dans la boîte, celle qui s’avèrera être la copine du DJ ? « Do you suggest that I would be… a prostitute ? » lui lance cette Norvégienne qui s’exprime en anglais. Ina est simplement une femme qui ne cherche pas une relation sérieuse. Pas de chance pour Matthias qui, du coup, tente de reconquérir Sophia, à l’aide d’une mise en scène bien préparée : deux vieux se font agresser dans la rue, Matthias vole à leur secours. On reconnaît le candidat du restau dans l’un des deux malfrats. Cette scène répond à une séquence précédente, où David racontait qu’il avait assisté à une agression dans la rue sans se décider à intervenir. Devant Sophia, Matthias enfonce grossièrement le clou : « je n’ai pas hésité une seconde ». Sophia ne sera pas dupe.
Une mise en scène tout en finesse
C’est toute l’intelligence de Bernhard Wenger que de donner ainsi sens à certaines scènes après coup. Ainsi la performance d’art contemporain dans un théâtre annonce-t-elle celle du banquet final. Dans la première, un vieil homme nu se couvre de peinture et vient percuter violemment des pans immaculés de mur pour y laisser son empreinte multicolore, sur fond d’une (magnifique) musique contemporaine. Matthias ressent un malaise face à ce spectacle, tente de sortir du rang, suscitant l’ire du public. On avait pu assister à ce type de relation glaciale dans une scène précédente, au restaurant avec Sophia, alors qu’on cherchait le propriétaire d’un break noir : les voisins de table avaient tôt fait de condamner Matthias, finalement à tort. Lorsque Matthias et Ina avait entamé une conversation au centre de remise en forme, ils s’étaient également fait fusiller du regard par l’un des pensionnaires. L’irritabilité de la société autrichienne, qui ne supporte plus le moindre dérangement, est ici dénoncée.
Dans la scène du banquet final, le programme du jour proposé par le sauna à base de bain de boue va trouver un débouché : alors qu’on a enjoint à Matthias de changer de chemise car celle-ci a été légèrement souillée par sa collègue maladroite (scène là aussi annoncée par une autre équivalente au bureau), notre homme fait mine de s’y résoudre, pour finalement choisir de débouler dans la salle du banquet entièrement nu et recouvert d’argile. Stupeur, scandale, qui interrompt même la harpiste. Jusqu’à ce que quelqu’un suggère qu’il s’agit d’une performance, vraiment réussie.
Bernhard Wenger, le Ruben Östlund autrichien ?
Impossible de ne pas penser à The Square. Comme la première Palme d’Or de Ruben Östlund, Peacock comporte une satire de l’art contemporain. Des œuvres d’art au mur de l’agence où l’on accroche une veste à l’ours polaire positionné à l’entrée de l’appartement de Matthias, en passant par l’usage de l’électro dans un concert classique et la performance du vieil homme évoqué ci-dessus, les deux films se rejoignent.
Comme le Suédois, Wenger fait preuve d’un joli sens de la composition, et ce, dès le plan d’ouverture, ironique, avec cette voiturette de golf en feu et ces éoliennes en arrière-plan (photo). Dans toutes les scènes de groupe ensuite, au centre desquels trône Matthias : parmi l’auditoire du concert, au sein d’une photo de groupe, avec les pères qui attendent de témoigner dans la classe… à chaque fois Matthias ressort comiquement de la foule. C’est encore la composition qui provoque le rire avec ce gros chien immobile dans le salon que Matthias découvre, avant de lancer, toujours placidement : « Nous avons donc un chien ? ». Un peu plus tôt, Sophia avait suggéré une sculpture de chien plutôt que d’ours polaire. Le chien ne bouge pas d’une oreille, laissant croire à une statue.
On saluera également le choix des couleurs : le bleu de la chemise de notre homme s’accorde parfaitement à l’eau de sa piscine, le rouge qu’il revêt pour retourner voir Ina est assorti aux boiseries de son immeuble. L’image est lisse, soignée, en phase avec le propos. On pense au Little Joe de la compatriote de Wenger Jessica Hausner, qui présentait le même type de caractéristiques.
Mais c’est surtout Östlund qui s’impose, au visionnage de Peacock. Les scènes dont on ne comprend le sens qu’après coup sont une caractéristique du Suédois, ainsi que le goût pour tout ce qui suscite le malaise et la dénonciation d’une société devenue incapable d’empathie. Comme le dit Télérama, voilà pour le trublion Ruben un sérieux concurrent, qui sait imposer sa patte personnelle.
Long en bouche, suscitant suffisamment de mystères pour stimuler le spectateur après coup (pourquoi cette chaudière aux bruits étranges ? cet appartement où l’on descend lorsqu’on entre ? cette collègue qui ne cesse de renverser du liquide sur Matthias ?), surprenant par ses embardées loufoques (le canard qui est entré dans la voiture par le toit ouvrant, l’imitation de la démarche d’un caméléon d’abord par Sophia puis par Matthias), impeccablement servi par Albrecht Schuch dans le rôle principal, le film de Wenger s’achève en beauté : un homme nu, sorti d’une rivière, marche tranquillement vers les bois. Nu, donc authentique. Enfin vrai.
Peacock – bande-annonce
Peacock – fiche technique
Titre original : Pfau – Bin ich echt? Scénario et réalisation : Bernhard Wenger Interprètes : Albrecht Schuch, Julia Franz Richter, Anton Noori, Theresa Frostad Eggesbø, Salka Weber, Maria Hofstätter Image : Albin Wildner Montage : Rupert Höller Production : NGF Geyrhalterfilm, CALA Filmproduktion Distribution : Pyramide Distribution Pays de production : Autriche Genre : Comédie, Drame Durée : 1h42 Date de sortie : 18 juin 2025
Dans le genre suite que l’on n’attendait pas (dans tous les sens du terme), 28 ans plus tard se pose là. Mais le duo initial à la barre (Alex Garland au scénario et Danny Boyle à la réalisation) réinvente le premier opus et le surpasse grâce à une ribambelle d’idées folles, aussi bien dans la narration que dans la mise en scène. Encapsulé entre un prologue et un épilogue dingues, le film ose tout et se positionne comme l’un des meilleurs (si ce n’est le meilleur) films de zombies de la décennie. L’horreur est extrême et graphique, et paradoxalement ancrée dans des paysages naturels d’une splendeur stupéfiante.
Synopsis :Cela fait près de trente ans que le Virus de la Fureur s’est échappé d’un laboratoire d’armement biologique. Alors qu’un confinement très strict a été mis en place, certains ont trouvé le moyen de survivre parmi les personnes infectées. C’est ainsi qu’une communauté de rescapés s’est réfugiée sur une petite île seulement reliée au continent par une route, placée sous haute protection. Lorsque l’un des habitants de l’île est envoyé en mission sur le continent, il découvre que non seulement les infectés ont muté, mais que d’autres survivants aussi, dans un contexte à la fois mystérieux et terrifiant…
L’étincelle créative
Si 28 jours plus tard n’avait pas forcément cartonné en salles — loin s’en faut —, il avait acquis une belle petite réputation critique à sa sortie et s’était fait un nom dans le cinéma horrifique avec le temps. Danny Boyle avait ajouté une pierre notable à l’édifice assez populeux du film de zombies. Bien gore, avec beaucoup d’idées, un Cillian Murphy génial encore peu connu en tête d’affiche, et un Londres plein d’images chocs, infesté de contaminés au virus, pour une bonne série B qui fonctionne encore à l’heure actuelle.
Pour la suite, 28 semaines plus tard a été confié au réalisateur espagnol Juan Carlos Fresnadillo, qui avait conféré son savoir-faire à ce second opus dans la même lignée. Un temps évoqué, 28 mois plus tard ne s’est jamais fait. Plus de vingt ans après, on passe directement à ce 28 ans plus tard. Une suite qu’on n’attendait pas vraiment : parce que trop tardive et aux velléités apparaissant mercantiles, tout autant qu’elle s’avère inattendue.
Bien mal nous en a pris, car Danny Boyle reprend les rênes de la réalisation et Alex Garland fait une pause entre ses propres réalisations (pour rappel, on lui doit des pépites comme Men ou Annihilation dans l’horreur, et des œuvres moins convaincantes dans l’action telles que Civil War ou Warfare) pour revenir à ses fondamentaux d’écriture. Leur association fait de nouveau des étincelles, tant ce troisième opus est impeccablement scénarisé et réalisé. L’intrigue est surprenante et ose des détours passionnants comme des sorties de route audacieuses, quand, de son côté, la mise en scène enchaîne fulgurances visuelles et expérimentations tordues, mais souvent incroyables. Alors bien sûr, dans les deux cas, il y a quelques ratés, mais c’est le prix à payer de l’originalité et du risque. Et que c’est bon de voir un film qui essaie constamment des choses et cherche à surprendre son auditoire.
Les petites failles d’un grand film
Au rayon des moins bonnes choses, on pourra surtout citer un arc narratif peu passionnant, qui fait le pari de l’émotion. Il s’agit de celui autour du personnage de Jodie Comer et, par ricochet, celui de Ralph Fiennes. Ce dernier incarne un protagoniste passionnant et dingue qu’on aurait voulu voir davantage évoluer, avec d’autres enjeux que ceux personnifiés par Comer. La tentative d’insérer une dose de tragique est méritoire, mais c’est clairement le moins palpitant du film, et cela fait fortement redescendre la tension dans le dernier acte. Ensuite, on aurait souhaité un bouquet final horrifique et d’action plus impressionnant. Peut-être que, bercés par des schémas hollywoodiens ou prémâchés, on s’est trop habitués à voir les scènes les plus impressionnantes dans le final. Ce qui peut apparaître un peu frustrant quand ce n’est pas le cas… mais rien de grave.
En effet, la toute dernière séquence rattrape cela comme il faut : un épilogue complètement dingue, imprévisible et what the fuck, comme le diraient les anglophones. Une conclusion qui répond à un prologue tout aussi dingue, vu dans les bandes-annonces, où l’on n’hésite pas à massacrer des enfants. Ces deux morceaux de bravoure extrêmes encapsulent admirablement le long-métrage, le faisant commencer sur les chapeaux de roue avec du gore sans concession, pour l’achever sur un cliffhanger prometteur pour une probable suite, en cas de succès. On n’en dira pas plus…
Si le film de zombies est un sous-genre horrifique qui peut paraître galvaudé — entre les blockbusters à la World War Z, la version found footage espagnole REC ou l’interminable série phare du genre The Walking Dead —, 28 ans plus tard parvient à renouveler le genre. Et Danny Boyle se surpasse et se dépasse avec cet opus. Inédit dans le traitement, visuellement comme sur le fond, on pense parfois au méconnu The Last Girl – Celle qui a tous les dons, tant, malgré le côté extrême des séquences avec les infectés, il se dégage parfois ici une certaine poésie. Celle-ci se manifeste notamment par la grâce du décor rural des côtes anglaises verdoyantes. Les paysages bucoliques sont magnifiques, et ça tranche avec l’horreur de ce qui se joue, donnant un cachet délicieusement singulier au film.
Un trip sensoriel
Et Boyle en profite pour nous gratifier de multiples scènes d’une beauté formelle stupéfiante : entre plans aériens sur des aurores boréales, jeux d’ombres avec des silhouettes d’infectés sur une colline, ou cadrages champêtres en contre-plongée. Le réalisateur anglais tente plein de choses, s’amuse, et nous régale. Son montage étrange fonctionne à plein régime, la bande sonore et sa voix off bizarre rendent le tout épique, et la manière dont il opère les séquences sanglantes et les mises à mort de zombies s’apparente à du jamais vu. 28 ans plus tard regorge d’idées folles, et mon Dieu, que c’est bon.
Le casting est véritablement limité à cinq acteurs ici, tous excellents. Aaron Taylor-Johnson a une sacrée carrure, comme l’a prouvé le récent Kraven, le chasseur, tandis que Ralph Fiennes rassure en n’en faisant pas trop dans un rôle qui faisait craindre un jeu en roue libre. On retrouve aussi le jeune acteur suédois de la série Young Royals, Edvin Ryding, dans un contre-emploi étonnant et probant. Jodie Comer se débrouille bien également, malgré un rôle ingrat, mais c’est le jeune Alfie Williams qui remporte tous les suffrages en s’emparant avec panache du rôle principal. Encore un jeune acteur prometteur.
Vous l’aurez compris : ce troisième opus est, malgré quelques petits défauts, une petite bombe, et probablement le film de zombies de la décennie ! Vivement la suite !
Bande-annonce – 28 ans plus tard
Fiche technique – 28 ans plus tard
Réalisateur : Danny Boyle.
Scénaristes : Alex Garland.
Production: Sony Pictures.
Distribution: Sony Pictures Releasing France.
Interprétation : Alfie Williams, Aaron Taylor-Johnson, Jodie Comer, Ralph Fiennes, …
Genres : Horreur – Anticipation.
Date de sortie : 18 juin.
Durée : 1h55.
Pays : Royaume-Uni.
Dans l’univers des médias visuels, la frontière entre réalité et fiction s’estompe parfois, particulièrement dans les contenus liés aux sports de combat. Cette distinction devient cruciale pour les spectateurs qui cherchent à comprendre ce qu’ils regardent. Entre les combats réels retransmis en direct et les affrontements chorégraphiés du cinéma, les différences techniques et artistiques méritent d’être visitées pour mieux apprécier ces deux formes d’expression.
Caractéristiques fondamentales des combats réels et scénarisés
La différence la plus évidente entre un combat sportif authentique et une scène de fiction repose sur l’intention. Dans un combat réel, l’objectif des participants est de gagner en respectant un ensemble de règles, tandis que dans une fiction, le but est de raconter une histoire et susciter des émotions chez le spectateur.
Les combats réels se caractérisent par leur imprévisibilité et leur spontanéité. Les athlètes doivent réagir en temps réel aux mouvements de leur adversaire, ce qui crée une dynamique unique impossible à reproduire parfaitement dans un contexte scénarisé. Les analyses de combats MMA révèlent souvent ces moments d’adaptation stratégique qui font toute la richesse du sport.
À l’inverse, les combats fictionnels sont minutieusement chorégraphiés pour maximiser l’impact visuel. Les acteurs et cascadeurs travaillent ensemble pour créer l’illusion du danger tout en minimisant les risques réels. La caméra joue également un rôle crucial, utilisant des angles spécifiques pour amplifier l’impact des coups.
Voici les éléments distinctifs entre ces deux types de contenus :
Intention (victoire sportive vs narration)
Rythme et timing des échanges
Réactions physiologiques aux impacts
Conséquences visibles des coups
Durée et intensité des séquences
Cette distinction s’illustre parfaitement dans le traitement cinématographique du MMA, qui a connu une popularité croissante ces dernières années. Des films comme « Warrior » (2011) témoignent de cette fascination tout en soulevant la question : comment représenter fidèlement un sport aussi technique tout en créant un divertissement captivant ?
Impact du cinéma sur la perception des arts martiaux mixtes
Le septième art a joué un rôle déterminant dans la popularisation du MMA auprès du grand public. Des productions comme « Warrior » avec Tom Hardy et Joel Edgerton ont contribué à humaniser ce sport souvent perçu comme brutal. Ces œuvres ont mis en lumière les parcours personnels des combattants et les sacrifices consentis pour atteindre l’excellence.
Toutefois, ces représentations cinématographiques créent parfois des attentes irréalistes. Dans les films, les combattants encaissent des coups qui mettraient instantanément fin à un combat réel. Le tableau ci-dessous illustre quelques différences notables entre fiction et réalité :
Aspect
Combat réel
Fiction scénarisée
Durée des échanges
Courte et explosive
Prolongée pour l’effet dramatique
Conséquence des coups
Immédiate et déterminante
Souvent minimisée ou exagérée
Rythme cardiaque
Visible fatigue progressive
Endurance surhumaine
Stratégie
Adaptative et prudente
Risquée et spectaculaire
L’intérêt grandissant pour les pronostics et analyses techniques témoigne d’une maturation du public, désireux de comprendre les subtilités du sport au-delà du spectacle. Les amateurs éclairés cherchent à décrypter les stratégies, à anticiper les issues possibles et à apprécier la finesse technique des athlètes.
La représentation fictionnelle des combats continue néanmoins d’influencer notre perception du réel. Les entraîneurs rapportent régulièrement que de nouveaux pratiquants arrivent avec des idées préconçues issues des films, qu’il faut ensuite déconstruire pour permettre un apprentissage authentique.
Outils pour identifier un combat authentique d’une mise en scène
Pour le spectateur non initié, distinguer un combat réel d’une fiction peut parfois s’avérer complexe, particulièrement avec l’évolution des techniques cinématographiques. Voici une approche en cinq étapes pour aiguiser son regard critique :
Observer la mécanique des impacts et leurs conséquences physiologiques
Analyser le rythme et les temps de récupération entre les séquences intenses
Évaluer la cohérence des réactions aux coups reçus
Porter attention aux mouvements de caméra qui peuvent masquer l’absence de contact
Examiner la progression logique du combat (fatigue, blessures, etc.)
Les combats authentiques présentent une économie de mouvement caractéristique que les fictions tendent à négliger au profit du spectaculaire. Dans un contexte réel, chaque geste superflu représente une dépense d’énergie inutile et une opportunité pour l’adversaire.
La fascination pour l’authenticité des affrontements sportifs explique en partie l’engouement croissant pour le MMA ces dernières années. Ce sport offre une expression brute et sans filtre de l’opposition physique, tout en étant encadré par des règles précises garantissant la sécurité relative des athlètes.
Cette recherche d’authenticité alimente également l’intérêt pour les analyses techniques et les pronostics, permettant aux spectateurs d’approfondir leur compréhension du sport au-delà du simple divertissement. Les combattants deviennent alors des athlètes dont on apprécie la maîtrise technique plutôt que de simples figures de spectacle.
L’œil averti saura reconnaître que même les représentations fictionnelles les plus réussies ne peuvent reproduire parfaitement la dimension imprévisible et chaotique qui fait toute la beauté des sports de combat. Cette reconnaissance n’enlève rien au plaisir cinématographique, mais enrichit l’expérience du spectateur en lui permettant d’apprécier chaque médium pour ses qualités propres.
A la façon dont il est orthographié, on sent d’emblée que le titre de ce roman est à prendre au second degré. Il correspond au nom d’une propriété immobilière qui se veut d’un luxe… paradisiaque. Mais le titre prend pleinement son sens avec tout ce que la Mexicaine Fernanda Melchor décrit ici, puisque bêtise, arrogance, vulgarité et violence se partagent la vedette.
Le narrateur, Polo, est un jeune homme peu courageux régulièrement en contact avec Franco qui doit avoir à peu près le même âge que lui. Franco vient d’un milieu relativement aisé (son père est avocat) alors que Polo est issu d’un milieu modeste. C’est sa mère qui, au vu de ses résultats scolaires désastreux, a forcé Polo à postuler pour un emploi de jardinier à la résidence Paradaïze. La faiblesse du caractère de Polo apparaît clairement du fait qu’il passe le plus clair de son temps avec Franco, alors qu’il ne l’apprécie pas particulièrement (il le désigne comme le gros, par rapport à son physique). Franco est également très vulgaire, consommateur régulier de chips mais également de films porno, ce qui en dit long sur sa mentalité et sa vision des femmes. Et, celle qui lui a tapé dans l’œil, c’est une des résidentes de Paradaïze, madame Marián, une riche bourgeoise mariée et mère de deux enfants, qui se pavane régulièrement dans des tenues sexy sans réaliser l’effet qu’elles produisent sur Franco. Comme il le dit régulièrement quand ils évoquent madame Marián, le gros ne pense qu’à se la faire. Polo le laisse parler en considérant que ce ne sont que des paroles en l’air.
Des intentions au passage à l’acte
Le roman est partagé en trois parties. La première nous présente les personnages et leurs conditions d’existence, ainsi que les relations qui existent entre eux. La seconde fait évoluer la situation, car Franco ne pense qu’au moyen de parvenir à ses fins vis-à-vis de madame Marián. Quand Polo réalise que le gros a tout prévu et qu’il est prêt à passer à l’action, il est déjà trop tard pour tenter de le dissuader. Le faible Polo ne trouve même pas le moyen de lui refuser sa coopération. Avec Polo, on comprend que Franco est complètement déconnecté de la réalité, puisqu’il n’envisage même plus d’obtenir le consentement de madame Marián. Seule compte à ses yeux sa satisfaction personnelle qui va bien au-delà de la domination. Ce que les autres pensent ou penseront, les conséquences qui deviennent de plus en plus lourdes au fur et à mesure de ce qu’il prévoit comme déroulé des opérations ne lui font ni chaud ni froid. Le fantasme ne lui suffit plus et il ne réalise pas l’énormité de ce qu’il organise. Dans ces conditions, la troisième partie ne peut que tourner à la catastrophe.
Rejet
Ce court roman (217 pages dans une police de caractères assez gros) fait froid dans le dos. L’objectif de Fernanda Melchor est probablement de marquer les esprits en alertant sur les dérives produites par le fonctionnement de nos sociétés où la banalisation de la violence fait son effet en particulier sur les jeunes générations. L’édition française adoube cette vision par une phrase très révélatrice de Virginie Despentes bien en évidence au-dessus du titre sur la jaquette « Chef-d’œuvre de concision dans sa cadence, Paradaïze est un monologue labyrinthique sur la violence banale d’un adolescent d’aujourd’hui. » Malheureusement, il faut quand même dire que ce roman n’apporte aucun plaisir de lecture, avec cette omniprésence de la bêtise, de la vulgarité et de la violence. Puisqu’il est question de cadence, on relève de nombreuses phrases qui n’en finissent pas. Mais Fernanda Melchor n’est pas Marcel Proust et ne décrit pas un univers en enchainant les pages à déguster. Que penser de ses phrases à rallonge ? La meilleure hypothèse serait qu’elle cherche à retranscrire l’enfermement de Franco dans un raisonnement où il tourne en rond, imperméable à toute autre vision des choses que celle qu’il s’est fabriquée. D’autre part, en ne localisant pas son action (période et lieux jamais précisés), Fernanda Melchor refuse la description sociale du Mexique qui pourrait faire la force de son roman par son aspect désespéré. On devine juste qu’elle considère que ce qu’elle décrit pourrait se passer un peu partout dans le monde. Mais, finalement, son titre qui joue sur les faux-semblants, peut en devenir un pour le lecteur appâté par la phrase d’accroche. Comme quoi, dans ce monde obnubilé par la rentabilité, il faut garder à l’esprit que le choix d’une lecture ne doit jamais se faire à la va-vite.
Paradaïze, Fernanda Melchor Grasset (collection En Lettres d’Ancre) : sorti le 9 mars 2022. Traduit de l’espagnol (Mexique) par Laura Alcoba