« Le Dernier vol de Dan Cooper » : l’éternelle énigme d’un pirate du ciel

Les éditions Glénat publient Le Dernier vol de Dan Cooper, de Jean-Luc Cornette et Renaud Garreta. Un exercice d’imagination convaincant, qui donne une matérialité à Dan Cooper après son célèbre « casse aérien ».

Le 24 novembre 1971, à la veille de Thanksgiving, un homme en costume sombre, se faisant appeler « Dan Cooper », s’installe à bord du vol 305 de la Northwest Orient Airlines, entre Portland et Seattle. À première vue, rien qui ne distingue ce passager d’un autre. Mais très vite, il fait parvenir un message glaçant à l’équipage : il transporte une bombe et exige 200 000 dollars en petites coupures ainsi que quatre parachutes. Le FBI, soucieux de préserver les passagers, accède à sa demande.

Dans la nuit orageuse du Nord-Ouest américain, alors que l’appareil se dirige vers le Mexique, Dan Cooper ouvre la porte arrière du Boeing 727 et disparaît, parachute au dos, dans les ténèbres. On ne le reverra jamais. Malgré des décennies d’investigations méticuleuses – la plus longue enquête non résolue de l’histoire du FBI – l’identité et le sort du mystérieux pirate de l’air demeurent un mystère. Un maigre indice surgira en 1980 : quelques liasses de billets, identifiées par leurs numéros de série, retrouvées par une famille sur les berges du fleuve Columbia. Pour le reste, le néant. En 2016, le FBI finit par jeter l’éponge.

C’est sur ce canevas, à tout le moins fascinant, ce mythe en devenir, que se greffent Jean-Luc Cornette et Renaud Garreta. Leur album, Le Dernier vol de Dan Cooper, s’empare de cette matière brute pour en offrir une relecture palpitante, entre documentaire, fiction spéculative et thriller psychologique. Car si le fait historique est bien posé, le cœur du récit repose sur une savoureuse extrapolation : Cooper a-t-il survécu à ce saut suicidaire ? Et si oui, que lui est-il arrivé ?

Le scénario de Jean-Luc Cornette, finement ciselé, met en lumière un personnage ambigu, un cerveau criminel audacieux et méthodique, mû par une rage froide. À travers son périple post-saut, l’album dévoile un homme en fuite, traqué par ses propres démons et prisonnier d’une relation trouble avec sa maîtresse et complice. Leur duo fonctionne à merveille : les tensions sous-jacentes, parfois alimentées par les opinions tranchées de leurs proches, donnent une densité émotionnelle au récit, qui s’intéresse aux failles humaines de ses protagonistes, même s’il s’articule essentiellement autour de la cavale.

Visuellement, le dessin de Renaud Garreta joue la carte du réalisme. Le trait net, la mise en scène cinématographique, le soin apporté aux décors participent pleinement à la tension narrative. On tourne les pages comme on suivrait les plans d’un film noir, chaque case creusant davantage le mystère.

Les auteurs, inventifs, construisent un récit plausible, habile, qui laisse la part belle aux hypothèses et aux interrogations. Ils invitent le lecteur à prolonger lui-même l’histoire, à se prendre au jeu des spéculations. Et au final, l’album se dévore d’une traite. C’est un page-turner efficace, nourri d’une matière passionnante, dont le suspense, les ressorts psychologiques et le réalisme graphique en font une lecture hautement recommandable, que l’on soit passionné par les grandes énigmes criminelles ou tout simplement amateur de bonnes bandes dessinées.

Le Dernier vol de Dan Cooper, Jean-Luc Cornette et Renaud Garreta 
Glénat, juin 2025, 88 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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