Accueil Blog Page 572

Brooklyn Nine-Nine s’amuse toujours avec sa quatrième saison en DVD

Ce mardi 26 septembre débarque en DVD chez Universal la quatrième saison de Brooklyn Nine-Nine. La joyeuse bande devra faire face à un mafieux revanchard, aux abominables horaires de nuit ainsi qu’à un nouveau chef formidablement incompétent. Bref, au programme : du fun, encore du fun, et toujours du fun dans un système narratif qui tend à se renouveler.

Synopsis : Amorçant sa quatrième saison, Brooklyn Nine-Nine suit les exploits de l’hilarant détective Jake Peralta, ses dévoués et adorables collègues, et leur chef plus-sérieux-qu-un-bloc-de-granit, le Capitaine Raymond Holt, alors qu’ils oeuvrent dans le 99ème district de New-York.

Attention, cet article contient des révélations sur les troisième et quatrième saisons. L’avertissement donné, bonne lecture à vous.

Un début de saison empli de promesses

La fin de la troisième saison de Brooklyn Nine-Nine était emplie de promesses quant au début de la quatrième. Pour rappel, menacés de mort par un chef mafieux, Peralta et Holt sont placés dans le programme de protection des témoins. La saison se terminait sur les deux bonshommes vivant en Floride sous les faux noms de Greg et Larry. La quatrième saison proposait de fait un début prometteur, dans lequel nos héros dépaysés devraient s’habituer à la vie ensoleillée et loin de leurs badges. On pouvait même se demander si toute la brigade n’allait pas, dans un élan de surprise humoristique, suivre les deux héros dans leur déménagement.

Le premier épisode de la saison 4 installe hélas rapidement la résolution de l’intrigue. Les deux compères s’habituent comme ils peuvent à leur nouvelle vie démarrée six mois plus tôt. Une agent chargée de leur protection (interprétée par la géniale Maya Rudolph) les contacte de temps en temps. Elle veille, à l’aide d’un questionnaire absurde, à ce qu’ils ne trahissent pas leur vraie identité. En effet, le mafieux n’a toujours pas été arrêté, le danger rode toujours ! Mais en cachette, Perralta enquête, il veut retrouver sa collègue et petite amie Amy Santiago, et surtout quitter la vie infernale de la Floride. Ainsi on devine déjà comment le récit va avancer : Holt va apprendre ce que fait Jake, soit il accepte, soit il refuse de l’aider ; au final, le tueur les retrouve (et tombe dans un piège relativement préparé), et autre fausse surprise, la bande vient en Floride les sauver. Enfin on peut alors supposer que Brooklyn Nine-Nine va reprendre son train-train.

Remises en question, chocs et sujets d’actualité pour une saison réussie

On pourrait ainsi être déçu de ce début de saison. Cependant, un autre élément introduit va nous saisir : l’arrivée d’un nouveau capitaine plus idiot et incompétent que jamais. Ce qu’on aurait pu considérer comme un objet humoristique utile à un running gag va dépasser cette simple attente. À la fin de l’héroïque mission en Floride, que fait l’officier ? Il crée le gag suprême en suivant les conseils du lieutenant Terry : l’officier devient autoritaire. À tel point qu’il va être sévère quant à la punition du groupe pour leur sauvetage non autorisé. La brigade passe en horaires de nuit. Catastrophe, crient les inspecteurs. Pour eux oui, mais pas pour la série. En effet, le schéma « quotidien – épisodes spéciaux (finalement inconséquents) – reprise du quotidien » est brisé. Ce premier événement en annonce d’autres tout aussi importants pour notre équipe de flics new-yorkais : la brigade risque d’être fermée si elle est moins efficace qu’une de ses consœurs. Pourquoi ? Explicitement, il est dit que le crime aurait baissé grâce aux efforts de tous les commissariats. Implicitement, l’épisode traite de la réduction des budgets alloués aux services de polices et à ses conséquences. Autre événement choc, Perralta et Diaz sont piégés par un officier ripoux (Gina Gershon toujours aussi talentueuse lorsqu’il s’agit d’interpréter les manipulatrices) sur lequel ils enquêtaient. Et bien sûr, le personnage interprété par Gershon est considéré par tous comme un brillant et infaillible agent de police. Puis toutes les preuves se retournent contre nos héros. Par ailleurs, certaines sont inventées. Même Holt qui dirigeait officieusement l’enquête des deux loustics ne réussit pas à les aider. Au final, la sentence est levée : quinze ans  de prison attendent nos deux inspecteurs. Qu’adviendra-t-il ?

On trouve aussi dans cette formidable saison un épisode traitant d’un problème d’actualité aux États-Unis. Terry est en effet arrêté par un agent de police blanc dans son propre quartier. La raison est raciste : Terry est noir de peau. Le récit va alors traiter avec un équilibre de gravité et d’humour la volonté de Terry de punir le policier. Et via plusieurs échanges avec Holt, la série rappellera à nouveau à quel point le racisme et l’homophobie ont été et sont encore combattus dans la police américaine (des années 70s à nos jours).

Les policiers du 99ème district sont fatigués. On les fait travailler de nuit, puis on discute de leur efficacité. Enfin leur loyauté est remise en question. Hélas pour nos héros, leurs vies ressemblent aux nôtres, avec – il faut le dire – une dose d’extraversion et de comédie (burlesque, absurde, grossière, etc) qui n’appartient qu’à la série. En cela, la série a réussi à avancer comme jamais. Et malgré un caméo aussi inattendu que raté de l’héroïne de New Girl (interprétée par Zooey Deschanel), la saison 4 de Brooklyn Nine-Nine est une réussite. Celle-ci promet enfin un début de saison 5 aussi fou que celui mis en place à la fin de la saison 3. Espérons toutefois une meilleure introduction que celle obtenue dans ce quatrième volet.

Brooklyn Nine-Nine : Bande-annonce de la saison 4

BROOKLYN NINE-NINE – une série créée par Dan Goor et Michael Schur en 2013

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Image : 16/9 1.78:1 / Durée : 7h56

Audio : Français, Anglais Dolby Digital 5.1

Sous-titres : Français, Anglais et Néerlandais

Bonus : Scènes coupées inédites / Episode crossover avec New Girl

4 DVD : 22 épisodes de 22 minutes

Prix public indicatif : 19,99 €

 

FEFFS 2017 : film en carton, kaleidoscope et contamination qui tourne au carnage

0

La veille de la cérémonie de clôture de cette 10ème édition du FEFFS nous a permis de découvrir les derniers titres en compétition. On y retrouve Dave made a maze, un film fait avec des bouts de carton et Kaleidoscope, un récit de serial killer avec le grand Toby Jones. Tandis que la section Midnight Movies finit en beauté avec Mayhem, un gros défouloir.

[Compétition internationale] – Dave made a maze

Réalisé par Bill Watterson (USA, 2017)

Sur le papier, Dave made a maze donnait l’impression d’être le film le plus particulier de la compétition. Après avoir vu cette pépite indépendante, on ne peut que le confirmer. Dave a construit dans son appartement une maison en carton qui abrite un gigantesque labyrinthe. Malheureusement, le jeune homme se retrouve piégé. Sa petite amie lance alors une expédition à l’aide de plusieurs de ses amis pour lui porter secours. Véritablement inclassable, Dave made a maze fait preuve d’un talent créatif sans borne de la part son auteur Bill Watterson. La construction du labyrinthe, les différentes pièces qui le composent, les milliers d’idées pour mettre le tout en scène : le film est un véritable plaisir qui ressemble à un terrain de jeu immense pour le jeune réalisateur américain.

Mais Dave made a maze ne se résume pas un simple exercice de style à l’aide de carton, il apporte une véritable réflexion sur la relation entre un artiste et son oeuvre. Comment celle-ci peut prendre le dessus sur son créateur comme le démontre ce labyrinthe qui commence à prendre vie et à s’amuser de Dave et de ses amis. Une obsession qui commence à devenir dangereuse, et qui entraîne la nécessité de sacrifices. Empilant des références à foison allant du jeu vidéo à la mythologie avec ce sublime minotaure au costume génial, Bill Watterson arrive à faire passer son message de façon très ludique. Dave made a maze est une belle surprise, un film qui montre l’originalité du cinéma indie et qui joue habilement de ses influences pour en faire une œuvre à part.

[Compétition internationale] – Kaleidoscope

Réalisé par Rupert Jones (Royaume-Uni, 2017)

Dernier film à être présenté en compétition internationale, Kaleidoscope marque les débuts à la réalisation de Rupert Jones, frère de l’acteur Toby Jones. C’est d’ailleurs son frère qu’il choisit pour jouer le rôle principal du film, celui d’un quinquagénaire perturbé qui commet un meurtre et qui voit l’arrivée de sa mère tout chamboulé. Kaleidoscope est un film qui sait prendre son temps et qui va se concentrer quasi exclusivement sur une unité de lieu, l’appartement de Craig, incarné par Toby Jones. Kaleidoscope s’amuse à tisser un véritable labyrinthe avec les perceptions du spectateur et de son personnage principal renvoyant à l’objet qui donne son nom au film. Effet accentué par de belles idées de mise en scène, comme ces plans sur les escaliers particuliers de l’immeuble.

S’intéressant davantage à la psychologie d’un Toby Jones qui délivre une très bonne performance, Kaleidoscope donne cependant une impression de lenteur très pesante. Peu de véritable rebondissements ; le film peine à captiver sur la longueur. Même si Rupert Jones installe une certaine atmosphère et joue beaucoup sur des détails pour installer un doute, le film reste assez facile et manque au final d’originalité sur le traitement. Kaleidoscope bénéficie cependant d’une réalisation solide et qui permet à Toby Jones (Hunger Games, Tale of Tales…) de prendre un rôle à contre-emploi avec ce tueur aux problèmes maternels. Kaleidoscope ne se démarquera malheureusement pas dans cette compétition très riche.

[Midnight Movies] – Mayhem

Réalisé par Joe Lynch (USA, 2017)

Avant la fameuse nuit excentrique, il est temps de clôturer la section Midnight Movies avec le nouvel essai de Joe Lynch qui avait déjà amusé les festivaliers en 2014 avec Knights of Badassdom. Le cinéaste américain revient donc avec Mayhem, un film de contamination virale situé dans un grand cabinet d’avocats. Le virus IB7 empêchent les infectés de réprimer leurs émotions les plus intenses ce qui se traduit donc par un gros bordel (comme le titre anglais l’indique) dans l’immeuble mis sous quarantaine. Parmi les employés, le jeune Derek est un avocat ambitieux qui se retrouve être viré et va s’allier avec une jeune femme ayant eu des problèmes avec la firme. Les deux jeunes gens vont alors partir dans une croisade sanguinaire jusqu’au dernier étage de l’immeuble.

Mayhem était juste ce qu’il fallait pour bien terminer cette sélection, le film est en effet un véritable défouloir parfaitement jouissif. Comme Game of death, le film possède un potentiel génial pour offrir un jeu de massacre cathartique, sauf que, à l’exception de son prédécesseur, Mayhem transforme à perfection l’essai. Le côté jeu vidéo que donne la progression entre les niveaux de l’immeuble couplé aux équipements de fortune des deux protagonistes à savoir des marteaux, des pistolets à clou et des scies circulaires donne un aspect très ludique à cette œuvre. Si on ajoute à ça un déversement très intense de violence qu’elle soit physique ou verbale, on se retrouve dans un véritable carnage particulièrement grisant. On regrettera peut-être un manque de véritable gore, mais bon, quand y a une femme en talons qui dégomme des mecs en costard avec un pistolet à clou, on est déjà ravi.

https://www.youtube.com/watch?v=BZr3wXQ5e1E

 

 

Palmarès FEFFS 2017 : Double Date Octopus d’or

0

Cette édition anniversaire du FEFFS riche en événements s’est clôturée ce samedi 23 septembre 2017 avec la remise des prix : Octopus d’Or pour Double Date, la comédie horrifique anglaise de Benjamin Barfoot et Méliès d’argent pour Laissez bronzer les cadavres de Hélène Cattet et Bruno Forzani. Avant de revenir sur les derniers jours du festival, il est temps de faire un point sur le palmarès de cette 10ème édition.

Cette année encore les différents jury ont eu la lourde tache de départager des films tous plus différents les uns que les autres. Pour la deuxième année consécutive, les crossovers ont été mis en compétition. Le jury composé de Mike Hostench, le directeur adjoint du grand festival de Sitges, Estelle Nothoff, régisseuse de cinéma et David Scherer, spécialiste des maquillages qui a notamment travaillé sur Laissez bronzer les cadavres, ont rendu leur verdict sur une catégorie assez uniforme où aucun véritable film n’a vraiment réussi à se démarquer. Le jury annonce cependant un choix assez facile qui a donc permis de remettre le prix du jury Crossover à la très sympathique comédie Bitch.

En ce qui concerne la compétition internationale, un nombre record de 13 films ont été présentés. Si certains ont fait grand effet sur le public comme Double Date ou Dave made a maze, d’autres ont reçu des retours assez diversifiés, notamment Laissez bronzer les cadavres ou Mise à mort du cerf sacré qui ont eu des avis assez divisés. Pas de réel favori ne se dégageait véritablement, hormis le prix du public qui se jouait véritablement entre les films de Benjamin Barfoot et de Bill Waterson. Et c’est donc l’américain avec son film fait de carton qui repart avec le prix du public. Le jury composé de trois cinéastes : le belge Vincent Lannoo, la libanaise Joyce A. Nashawati et l’irlandais Billy O’Brien ont eu donc la mission de remettre trois prix. Parmi lesquels, la mention spéciale du Jury qui permet de saluer une production qui s’est démarquée dans cette sélection. À la surprise générale, c’est le film post-apo à petit budget brésilien Earth and Light qui repart avec le prix. Vient ensuite le tour des deux prix les plus importants, le Méliès d’Argent du meilleur film européen et l’Octopus d’or. Le premier permettra au film lauréat de concourir pour le Méliès d’Or à Sitges. Succède donc à I am not a serial killer, la claque esthétique Laissez bronzer les cadavres de Hélène Cattet et Bruno Forzani.

Après Grave l’an dernier qui repartira de la capitale alsacienne avec le plus prestigieux des prix, l’Octopus d’or ? Le jury a plébiscité un film qui a bénéficié d’une approbation totale de la part du public, c’est donc la comédie horrifique Double Date qui est le 10ème lauréat de la pieuvre dorée.

Cette 10ème édition a également permis au FEFFS de remettre un Lifetime Achievement Award à son invité d’honneur, le grand William Friedkin. Le cinéaste américain a reçu en cadeau une réplique du tableau représentant Rouget de Lisle lors de la première interprétation de la Marseillaise qui se trouvait dans le bureau du maire Roland Ries.

Palmarès du Festival Européen du film fantastique de Strasbourg 2017

Longs métrages :

Octopus d’or – Double Date de Benjamin Barfoot (Royaume-Uni)

Méliès d’argent – Laissez bronzer les cadavres de Hélène Cattet et Bruno Forzani ( France, Belgique)

Mention spéciale du jury – Earth and Light de Renné França (Brésil)

Prix du public – Dave made a maze de Bill Watterson (USA)

Prix du jury crossovers – Bitch de Marianna Palka (USA)

Courts-métrages :

Octopus du meilleur court-métrage international – Saatanan Kanit de Teemu Niukkanen (Finlande)

Méliès d’argent du meilleur court-métrage européen – The Absence of Eddy Table de Rune Spaans (Norvège)

Mention spéciale du jury dans la catégorie internationale – Mouse de Celine Held et Logan George (USA)

Prix du jury du meilleur court-métrage d’animation – The Absence of Eddy Table de Rune Spaans (Norvège)

Mention spéciale du jury dans la catégorie animation – Cipka (Pussy) de Renata Gasiorowska (Pologne)

Prix du jury du meilleur court-métrage dans la catégorie Made in France – Animal de Jules Janaud et Fabrice Le Nézet

Jeux vidéo :

Octopix du meilleur jeu vidéo indépendant – Do Not Feed The Monkeys de  Fictiorama Studios (Espagne)

Prix du jury du meilleur jeu vidéo étudiant – Abadi

Prix Arte Creative du meilleur jeu vidéo – oQo de Lance / 3-50

 

Ça, Faute d’Amour, A Ciambra, Mon Garçon… Les films à voir ce week-end

Les Hommes d’argileDes rêves sans étoiles, Laetitia, Kiss & Cry, L’un dans l’autre, Des rêves sans étoiles… Chaque semaine, une dizaine de nouveaux titres se partagent l’affiche. Que faut-il voir cette semaine au cinéma ? La rédaction fait le tri pour vous. Ce week-end on vous conseille…

Ça, film d’horreur de Andy Muschiettti, avec Jaeden Lieberher, Bill Skarsgård, Finn Wolfhard (2h15).

Andy Muschietti signe une adaptation de Ça qui ne manque pas de charme mais qui manque d’audace. Hommage au genre horrifique et hommage à la culture des années 80, Ça est un film qui joue la carte de la sécurité et du succès . Mais derrière ses choix attendus se cache aussi une œuvre sincère et touchante qui dépasse son propre cadre.

Mon Garçon, de Christian Carion, avec Guillaume Canet, Mélanie Laurent (1h24).

Après En mai fais ce qu’il te plait, Christian Carion s’essaie au thriller avec le film Mon Garçon, en mettant en scène une chasse à l’homme effrénée d’un père à la recherche de son fils disparu. Dans l’ensemble, Mon Garçon est un thriller porté par un Guillaume Canet qui crève l’écran, mais la simplicité du scénario vient quelque peu ternir les bons sentiments éprouvés à la fin du visionnage.

Faute d’Amour, de Andreï Zviaguintsev, avec Maryana Spivak, Alexeï Rozin, Matveï Novikov, Daria Pisareva (2h07).

Sous couvert d’un drame intimiste féroce et triste, Zviaguintsev étrille une fois de plus son pays, la Russie, pour ses nombreuses contradictions, ses tares héritées de l’ère soviétique ou nouvellement acquises par son occidentalisation. Faute d’Amour est un beau film, un cri d’amour malgré tout de la part du cinéaste. Le constat est triste et lucide, et même l’implication extrême des bénévoles dans les battues lors de la recherche d’Aliocha semblent robotiques et sans chaleur. Il y a quelque chose de pourri au royaume de Poutine, et une fois de plus, ce n’est pas l’excellent film de Zviaguintsev qui nous dira le contraire…

https://youtu.be/em7xg53W5cc

A Ciambra, de Jonas Carpignano, avec Pio Amato, Koudous Seihon, Iolanda Amato (1h57).

Avec son second film A Ciambra, Jonas Carpignano dépoussière un cinéma italien dominé dans les festivals par ses images léchées voire tape-à-l’œil. Il apporte un vrai regard politique sur la situation des migrants africains qui s’échouent toujours plus nombreux chaque année sur les côtes calabraise, engendrant davantage d’exclus sociaux que ne compte déjà plus la société italienne.

 

A Ciambra : Le Temps des Gitans (en Calabre)

0

Avec son second film A Ciambra, Jonas Carpignano fait du néo-réalisme italien à la sauce 2017 avec un véritable regard politique sur la situation des laissés-pour-compte dans le sud de l’Italie.

Synopsis : Pio a 14 ans et veut grandir vite. Comme son grand frère Cosimo, il boit, fume et apprend l’art des petites arnaques de la rue. Et le jour où Cosimo n’est plus en mesure de veiller sur la famille, Pio va devoir prendre sa place. Mais ce rôle trop lourd pour lui va vite le dépasser et le mettre face à un choix déchirant.

Jonas Carpignano nous est apparu en 2015 avec son premier film Mediterranea dans lequel il racontait l’histoire d’Ayiva, un immigré burkinabé. Le film retraçait son voyage jusqu’en Europe et son intégration difficile dans le sud de l’Italie. Son second long-métrage A Ciambra qui se passe toujours dans la même petite ville n’est pas une suite mais une sorte de prolongement de Mediterranea. On y retrouve les mêmes personnages, deux ans plus tard. L’immigré burkinabé vit toujours dans les bidonvilles de la banlieue calabraise où il s’est échoué deux ans plus tôt. C’est sur son jeune ami, exclu social d’une autre nature, que se concentre A Ciambra.

Le temps des gitans 

A-Ciambra-Koudous-Seihon-Pio-Amato-film-Jonas-Carpignano-critique-Pio Amato fait partie de la communauté gitane. Contrairement à Ayiva, il a été à la marge de la société dès sa naissance. La Ciambra c’est le nom de ce camp gitan où il vit avec sa famille (très) nombreuse. Un monde parallèle en marge de la société italienne, loin de la ville au milieu d’un amas d’ordures. Lorsque son père et son frère sont arrêtés par la police, Pio est propulsé chef de famille et enchaîne les petites magouilles et autres larcins pour ramener de l’argent à sa mère, qui n’apprécie pas les méthodes de son fils mais qui accepte pourtant sans broncher les quelques billets rapportés. Pio vit en réalité une étape décisive de sa vie. Celle qui marque son passage de la cour d’enfants au clan des « hommes » de la Ciambra, représenté dans une très belle scène de fin.

La force du film est que le réalisateur rend bien compte de la marginalité du camp des gitans. De là-bas on aperçoit au loin le passage d’un train, seul lien avec l’ailleurs rendu inatteignable à cause de la claustrophobie de Pio. Le jeune gitan n’a pas d’échappatoire, il vit à et pour la Ciambra, empêchant toute chance de s’émanciper. Pour l’honneur familiale Pio est obligé de trahir ses seuls amis à l’extérieur du camp, comme ce passage poignant où il est forcé de voler son ami burkinabé pour être de nouveau accepté dans sa propre communauté.

Jonas Carpignano met en scène un serpent qui se mord la queue. Parce qu’il est exclu de la société, Pio n’a pas d’autres choix que de survivre de petits vols, et parce qu’il survit de petits vols, il ne sera jamais intégré autre part que dans sa famille. Tout comme Ayiva, Pio gravite autour de son camp sans jamais aller bien loin, comme aimanté par sa condition d’exclu social.

Un retour aux sources du néo-réalisme

C’est après s’être fait voler sa voiture que le cinéaste raconte comment il est tombé amoureux de la Ciambra. Il y a rencontré toute la famille Amato qui compose la quasi-totalité de sa distribution. Proche du documentaire, la mise en scène de Carpignano laisse tourner la caméra dans de longues séquences permettant de beaux moments d’improvisation comme cette scène de match dans le bidonville des immigrés africains ou celle d’un repas de famille arrosé. De manière général le film repose largement sur les épaules du petit Pio Amato qui est de tous les plans. Son visage d’enfant déjà durement marqué par l’existence donne de la profondeur à son jeu et révèle tous les paradoxes de ce passage à l’âge adulte forcé que dépeint le film.

En deux longs métrages Jonas Carpignano dépoussière un cinéma italien dominé dans les festivals par ses images léchées voire tape-à-l’œil (Tale of Tales de Matteo Garrone et tous les films de Paolo Sorrentino). Il apporte un vrai regard politique sur la situation des migrants africains qui s’échouent toujours plus nombreux chaque année sur les côtes calabraise, engendrant davantage d’exclus sociaux que ne compte déjà plus la société italienne.

A Ciambra : Bande-Annonce

A Ciambra : Fiche Technique

Réalisation : Jonas Carpignano
Scénario : Jonas Carpignano
Interprétation : Pio Amato, Koudous Seihon, Iolanda Amato, Damiano Amato, Patrizia Amato
Image : Tim Curtin
Montage : Affonso Gonçalves
Musique : Dan romer
Distributeur : Jour2Fête
Durée : 118 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 20 septembre 2017

Italie – 2017

FEFFS 2017 : Polar brutal, cyberpunk expérimental et odyssée redneck

0

À côté de la compétition internationale, les sélections alternatives proposent à leur tour des œuvres diverses. On retrouve en « crossovers » un polar coréen inspiré par le jeu vidéo, la rétrospective « Humans 2.0 » nous offre quant à elle la possibilité de voir Tetsuo, le chef d’œuvre expérimental de Shinya Tsukamoto, tandis que le « midnight movie » nous plonge dans une odyssée meurtrière en pays « rednecks ».

[Crossovers] – The Villainess

Réalisé par Byung-gil Jung (Corée du Sud, 2017)

Présenté en séance de minuit lors du Festival de Cannes, The Villainess s’inscrit à la perfection dans les recherches formelles dont les coréens se sont faits l’étendard depuis quelques années au travers de thrillers d’action particulièrement brutaux. The Villainess ne laisse en effet pas de répit et débute directement avec une séquence d’intro en faux plan séquence en caméra subjective. Le film transpose son spectateur comme dans un jeu vidéo alors que le personnage principal Sook-hee, découpe des hordes de méchants à coups de sabres. Très vite, on a l’impression que le propos de The Villainess est uniquement de faire un étalage de technicité en ce qui concerne les scènes d’action. Certes ces séquences sont la preuve d’un boulot monstre et peuvent être très impressionnantes (la scène de la baston à moto par exemple), mais cette recherche de virtuosité se fait très souvent au détriment d’une lisibilité et les scènes d’action deviennent parfois assez chaotiques (et pas dans le bon sens).

Mis à part les scènes de combat qui sont vraiment le point qui démarque The Villainess des autres « actionners » coréen du genre, le film de Byung-gil Jung se retrouve être relativement poussif. Cela est dû notamment à sa partie centrale où commence à se créer une amourette fleur bleue très gnangnan. Les enjeux du film sont eux aussi peu intéressants car se reposant sur un schéma des plus basiques dont la finalité sera devinée passée la demi-heure du film. Un bon gros gâchis, et qui se repose surtout sur ses scènes d’action. Une œuvre qui se trouve être au final assez exaspérante.

[Rétrospective Humans 2.0] – Tetsuo

Réalisé par Shinya Tsukamoto (Japon, 1989)

Œuvre fondamentale du genre cyberpunk, Tetsuo est le premier long-métrage du cinéaste japonais Shinya Tsukamoto. Réalisé avec relativement peu de moyen, Tetsuo est un déluge d’énergie complètement fou et rempli d’expérimentations en tout genre. Avec une histoire somme toute aussi simple racontant la vengeance d’un fétichiste du métal qui va provoquer la mutation d’un homme de classe moyenne en véritable homme de métal, Tetsuo se fait le témoin d’une société japonaise en pleine mutation alors que l’industrie est sur le déclin. Film d’une puissance visuelle impressionnante, Tetsuo mélange sexe et violence dans une spirale de rage destructrice.

Avec ses effets spéciaux époustouflants, la transformation de cet homme en créature de métal est toujours autant fascinante. Filmé en noir et blanc, la claque esthétique assénée par Tetsuo marquera pendant longtemps ses spectateurs. Disposant d’un travail des plus ingénieux au niveau du montage comme en témoigne ces déplacements à 100 à l’heure dans les rues de Tokyo, le film retranscrit à merveille la frénésie de son récit en corrélation avec cette société japonaise où tout va très vite et qui laisse peu de temps au repos. Car en effet, pas de temps de niaiser dans Tetsuo, Tsukamoto nous emmène dans un grand-huit de 1h07 rythmé par la musique industrielle démentielle de Chu Ishikawa. Tetsuo est une expérience sensorielle unique, une œuvre à voir en salle et on ne peut que remercier infiniment le FEFFS de le proposer.

[Midnight Movies] – 68 Kill

Réalisé par Trent Haaga (USA, 2017)

Trent Haaga rejeton issu de la Troma avait déjà marqué les esprits en tant que scénariste avec le très bon Cheap Trills, projeté lors du FEFFS en 2012. Il revient cette fois-ci avec sa nouvelle réalisation, 68 Kill. Ce « midnight movie » nous présente Chip, un jeune homme un peu paumé qui sort avec Liza une stripteaseuse. Ils mettent ensemble au point un plan pour cambrioler l’employeur de Liza qui dispose chez lui de 68 000 dollars. Bien évidemment, tout ne va pas se passer comme prévu et Chip va se retrouver dans une odyssée des plus meurtrières. Malgré un déroulement assez classique, 68 Kill dispose de tous les ingrédients pour faire un midnight movie efficace. Humour noir, « rednecks » psychopathes, et femme en petites tenues sont légions.

Le film marche surtout grâce à sa galerie de personnages bouseux (par exemple Dwayne et son passe-temps favori consistant à découper des demoiselles) et notamment Chip, un peu perdu dans ce monde, qui se retrouve mêlé à toutes ces histoires à cause de son amour pour Liza. D’ailleurs ce sont vraiment les femmes qui vont le mener par le bout du nez tout au long du film. Que ce soit Liza, Violet ou la gothique Monica. On compatit avec ce pauvre Chip qui se fait avoir par toutes ces femmes, ce qui aboutit d’ailleurs à une fin assez hilarante. Outre Chip joué par Matthew Gray Gubler connu pour son rôle dans Esprits Criminels, AnnaLynne McCord est excellente dans son rôle de « white trash girl » psychotique sur les bords. 68 Kill est un film qui dispose d’une certaine générosité et qui sans être nécessairement très marquant, remplira très bien son rôle et délivrera un moment « fun » parfait pour clore une soirée.

FEFFS 2017 : Thriller paranoïaque, post-apo minimaliste et rendez vous qui tourne mal

0

Alors qu’on approche tout doucement de la fin de la compétition internationale, des petites surprises pointent le bout de leur nez. Une fois n’est pas coutume, le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS)nous fait voyager. Direction cette fois-ci les Alpes Suisses pour un thriller avec Animals, la forêt Amazonienne et ses vampires dans Earth and Light et la banlieue de Londres pour un rendez-vous marquant dans Double Date.

[Compétition internationale] – Animals

Réalisé par Greg Zglinski (Autriche, Suisse, 2017)

Unique film en langue allemande proposé cette année au FEFFS, Animals est la nouvelle réalisation du cinéaste polonais Greg Zglinski. Il suit un couple viennois composé d’une écrivaine et d’un cuisinier qui partent en retraite dans les Alpes Suisses tout en laissant leur appartement au main d’une jeune femme du nom de Mischa. Sur leur chemin, le couple heurte un mouton et la femme se blesse à la tête. Le reste de leur séjour va s’en trouver des plus perturber. Commençant assez doucement, le film de Zglinski va distiller petit à petit des éléments surprenants qui vont jouer avec les nerfs des personnages et également des spectateurs.

En effet, ce qui semblait être un petite mise au vert dans la montagne, va très vite déraper en paranoïa ambiante pour ce couple. Des jours qui passent plus vite qu’ils ne le devraient, des paroles qui se transforment, un chat qui parle, le cinéaste polonais va s’amuser à jouer avec la perception du réel. Animals prend un malin plaisir à retourner le cerveau du spectateur qui va se retrouver très vite perdu. D’autant plus qu’à des kilomètres de là, des événements  particuliers touchent également Mischa à Vienne qui se voit harceler par un homme pensant qu’il s’agit de son ex-petit amie suicidée. Un jeu de miroir commence à se mettre en place. Véritable thriller paranoïaque, Animals développe une dimension cauchemardesque très bien retranscrite par son réalisateur. À l’aide d’une réalisation propre, Greg Zglinski joue de cette ambiance pour renforcer l’impact de son récit. Si le dénouement s’avère être au final assez prévisible, le récit laisse assez de zones d’ombres pour permettre au spectateur déboussolé de se triturer le cerveau pendant quelques temps. Une œuvre intrigante qui se croit peut-être un peu trop sûre de ses effets mais qui n’en reste pas moins efficace.

[Compétition internationale] – Earth and Light

Réalisé par Renné França (Brésil, 2017)

À l’instar de The Crescent, Earth and Light fait partie de ces films aux petits budgets qui nous seraient impossible de voir sans le FEFFS. Si le film canadien de Seth A. Smith était des plus dispensables, Earth and Light dispose de plusieurs qualités non négligeables. Film post-apocalyptique brésilien situé dans la forêt Amazonienne, Earth and Light suit un homme équipé d’une machette accompagné d’une fillette qui essaient de survivre dans un monde où les vampires ont pris l’ascendant. N’attaquant que la nuit, le seul moyen de leur échapper est de se recouvrir la peau de terre. Vu son très faible budget, Renné França a pris la direction d’un film minimaliste misant avant tout sur le côté contemplatif de son odyssée

Survival dans une nature luxuriante, Earth and Light est lent, très lent. Les dialogues sont peu présents, la musique simple mais efficace et pesante. Earth and Light semble cependant ne pas aboutir à grand chose et donne parfois des impressions de vide, ce qui fait que si on ne se fait pas happer par l’ambiance, on risque de se retrouver sur le carreau pendant 1h15. Comme dit plus haut, le film possède cependant des qualités, notamment au niveau formel. Renné França offre en effet des plans à la photographie des plus léchées qui font honneur à la beauté des paysages qu’ils filment. Malgré ses faibles moyens, il arrive également à offrir grâce à une mise en scène astucieuse des séquences intéressantes avec les créatures de la nuit. La démarche du film entreprise par França est louable, mais manque réellement de substance pour captiver le spectateur. C’est dommage toutefois le potentiel est présent.

[Compétition internationale] – Double Date

Réalisé par Benjamin Barfoot (Royaume-Uni, 2017)

Jusqu’à maintenant la compétition manquait cruellement de comédie. Heureusement le duo Benjamin Barfoot/Danny Morgan a entendu nos supplications et y a répondu de la manière la plus réussie qu’il soit. Double Date, c’est typiquement le genre de film qui sur le papier ne paye pas de mine, mais qui s’avère être un concentré de fun absolu, délirant de sa première à sa dernière seconde. Il fallait bien les anglais et leur humour si particulier pour nous offrir cela. Double Date est donc une comédie horrifique racontant l’histoire de deux amis, Alex et Jim (joué par Danny Morgan, le scénariste du film) qui se retrouve dans un rendez-vous à quatre avec deux sublimes sœurs qui semblent avoir des vues particulières  sur Jim dont la virginité leur servirai pour un rituel de magie noire.

À partir de ce postulat des plus cocasses, Benjamin Barfoot va nous embarquer dans un délire potache. Débutant comme des milliers de comédies américaines avec Alex prêt à tout pour faire perdre son pucelage à son ami Jim, Double Date profite d’un ton des plus décontractés qui s’amuse des clichés. Faisant rire à travers des séquences assez malaisantes (comme cette fête d’anniversaire empli d’embarras), des punchlines mémorables, ou encore des leçons de dragues « made in » Alex (comme mettre sa capote avant de partir au rendez-vous), Double Date ne souffre d’aucun temps mort et fait mouche constamment. Il faut dire que le casting est excellent. Jim et Alex fonctionnant à merveille ensemble, mais il ne faut pas oublier les deux jeunes femmes entre la fragile Lulu et la psychotique Kitty incarnée par une Kelly Wenham sexy en diable. Double Date embrasse clairement sa dimension de comédie horrifique dans une dernière partie complètement survoltée à base de baston ultra violente et daddy zombie tueur. Un film qui risque fort de repartir avec le prix du public.

Les derniers titres de la compétition vont se dévoiler lors de l’avant-dernier jour de cette dixième édition. On y retrouvera notamment Dave made a maze, le film fait de carton, et Kaleidoscope, un film de serial killer avec Toby Jones en tête d’affiche.

Faute d’Amour : la Russie glaçante d’Andreï Zvianguintsev

Sous couvert d’un drame intimiste féroce et triste, Zviaguintsev étrille une fois de plus son pays, la Russie, pour ses nombreuses contradictions, ses tares héritées de l’ère soviétique ou nouvellement acquises par son occidentalisation. Faute d’Amour est un beau film, un cri d’amour malgré tout de la part du cinéaste.

Synopsis : Boris et Genia sont en train de divorcer. Ils se disputent sans cesse et enchaînent les visites de leur appartement en vue de le vendre. Ils préparent déjà leur avenir respectif : Boris est en couple avec une jeune femme enceinte et Genia fréquente un homme aisé qui semble prêt à l’épouser… Aucun des deux ne semble avoir d’intérêt pour Aliocha, leur fils de 12 ans. Jusqu’à ce qu’il disparaisse.…

From Russia with(out) Love

Comme cela a dû être le cas pour d’autres cinéphiles à d’autres époques et pour d’autres cinéastes, il est fascinant de voir s’opérer sous nos yeux la montée en puissance de bêtes de cinéma telles que Yorgos Lanthimos (dernier film en date : la Mise à mort du cerf sacré, bientôt dans nos salles), ou Andréï Zviaguintsev (Faute d’amour, son cinquième long métrage à ce jour). Avec quelques films, ils deviennent des acteurs majeurs, puis incontournables de la sphère cinématographique.

faute-d-amour-andrei-zviaguintsev-film-critique-matvei-novykovAinsi donc, le russe Andreï Zviaguintsev qui a fait énormément sensation avec son avant-dernier film, Leviathan. Beau, très beau même, puissant, plein de sens, on peut dire que ce quatrième long métrage est celui qui l’a consacré au rang des très grands. C’est dire l’attente par rapport à Faute d’amour, film sorti cette semaine, récompensé du Prix du Jury à Cannes en Mai dernier. Faute d’amour semble être focalisé sur un drame intimiste, mais l’intelligence de la mise en scène du russe permet d’en avoir une lecture à plusieurs niveaux.

Commençant presque comme Elena, avec des arbres nus et des corneilles qui craillent, avec ici la neige en plus qui sublime le noir et blanc très contrasté de son DP Mikhail Krichman (le même qui officie sur tous ses films), Faute d’Amour, martelé d’une unique note inquiétante jouée au piano, est d’abord cette longue séquence mutique annonciatrice du pire. Un calme presque surnaturel, suivi d’une sortie d’école, bruyante, joyeuse, où camarades courent, rient et se mêlent ; où parents et enfants, parfois avec de chaleureux animaux domestiques, se retrouvent. Aliocha, 12 ans, (Matveï  Novykov) se détache du lot, le regard triste et infiniment solitaire, marchant lentement entre l’orée d’une forêt glacée et la bordure d’une rivière noire, manifestement peu envieux de retrouver son chez-lui. Il est de ce genre d’enfants qui, une fois rentrés chez eux, regardent dehors, le front appuyé contre une vitre détrempée de neige. Sa mère Genia (Maryana Spyvak), une belle femme encore jeune, vissée à son iPhone, le regarde à peine, lui aboie des ordres en vue d’une visite, car oui, les parents divorcent et revendent leur appartement de cadres « moyens sup’ » d’une banlieue de Moscou.

faute-d-amour-andrei-zviaguintsev-film-critique-maryana-spyvak-matvei-novykovLe divorce est dur et la violence des échanges entre Genia et son mari Boris (Alexeï Rozin) est indescriptible. Le pire est que Zviaguintsev ne semble jamais être dans la surenchère ; les mots d’une dureté inouïe coulent, le langage du corps, la haine dans les yeux, tout est dosé à la perfection par le cinéaste pour résonner de la manière la plus réaliste et la plus sincère auprès du spectateur. Le sujet de la discorde de ce soir-là est la garde de l’enfant, ou plus exactement la non-garde de l’enfant, car chacun de ces deux parents est déjà tourné vers une autre vie, un autre homme, une autre femme. Personne ne veut d’Aliocha, et à l’incrédulité devant de telles violentes disputes succède le déchirement le plus total pour le spectateur lorsqu’il se retrouve face à la détresse d’Aliocha.

Alors, quand le cinéaste poursuit son film avec les images successives des deux nouveaux couples des parents du jeune garçon, des amours débutantes baignées de sexe, de très belles scènes au demeurant, on ne fait que penser à Aliocha, privé d’amour, seul sans aucun doute avec son chagrin, un choix de montage extrêmement percutant de sa part.

Zviaguintsev part de ce drame familial pour mettre en exergue comme à son habitude les scories d’une société russe que pourtant il continue d’aimer (après le tee-shirt marqué Russia porté par un des protagonistes dans Léviathan, voici un sweater d’une équipe nationale de Russie arboré par l’actrice principale à la fin du film, le personnage de la mère et le nom de la Russie dans un seul plan, la Mère Russie comme leitmotiv…). Le drame en question est un ensemble de drames. L’enfant disparaît, et plus dramatique encore, ni Genia ni Boris ne se sont aperçus de rien pendant plus de 24 heures, chacun tout occupé à son bonheur nouveau, son désir revigoré, n’ayant aucune attention, aucune pensée pour leur fils. Le reste du film va montrer au travers de ce drame à quel point la société qu’il dépeint est délétère.

faute-d-amour-andrei-zviaguintsev-film-critique-alexei-rozinL’individualisme de ses compatriotes, gangrénés par la soif de l’argent et de la gloire (selfies à gogo, sugar daddy et escort girls à tous les coins de rues), l’hypocrisie et l’inanité de l’état incapable de protéger ses citoyens, mais prête à en découdre en Ukraine et ailleurs, l’omnipotence de l’église orthodoxe déjà tellement fustigée dans Léviathan, l’héritage d’une génération aigrie par les ravages du soviétisme qu’on voit dans cette autre scène édifiante entre Genia et son acariâtre mère, une scène qui explique sans l’excuser le comportement aberrant de la première envers son propre fils. Tout cela est amené par doses plus ou moins subtiles par Zviaguintsev, car l’homme est du genre à appeler un chat un chat. Mais même ce manque de subtilité et la brutalité psychologique de certaines scènes sont beaux, et font mouche à chaque fois. Aucune scène, aucun personnage ne sont gratuits, jusque dans le passant qui s’enfonce dans la nuit noire comme dans un anonymat…

Le constat est triste et lucide, et même l’implication extrême des bénévoles dans les battues lors de la recherche d’Aliocha semblent robotiques et sans chaleur. Il y a quelque chose de pourri au royaume de Poutine, et une fois de plus, ce n’est pas l’excellent film de Zviaguintsev qui nous dira le contraire…

Faute d’amour : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=em7xg53W5cc

Faute d’amour : Fiche technique

Titre original : Nelyubov
Réalisateur : Andreï Zviaguintsev
Scénario : Oleg Negin, Andreï Zviaguintsev
Interprétation : Maryana Spivak (Genia), Alexeï Rozin (Boris), Matveï Novikov (Aliocha), Daria Pisareva (Dasha), Marina Vasilyeva (Masha), Andris Keiss (Anton), Alexeï Fateev (Le coordinateur)
Musique :Evgueni Galperine & Sacha Galperine
Photographie : Mikhail Krichman
Montage : Anna Mass
Producteurs : Alexander Rodnyansky, Sergey Melkumov, Coproducteur : Gleb Fetisov, Producteurs associés : Vincent Maraval, Pascal Caucheteux, Grégoire Sorlat
Maisons de production : Arte France Cinéma, Fetisoff Illusion, Les Films du Fleuve, Non-Stop Productions, Senator Film Produktion, Why Not Productions Entertainment, Savvy Media Holdings
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Récompenses : Prix du Jury, Sélection Officielle – Festival de Cannes 2017
Durée : 127 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 20 Septembre 2017
Russie, France – 2017

Boy : mon père n’est pas le Michael Jackson maori

0

A l’occasion de la sortie prochaine de Thor : Ragnarok (le 25 octobre), retour sur un des premiers longs-métrages de son réalisateur néo-zélandais, Taika Waititi, avec Boy, qui narre l’histoire d’un jeune garçon idéalisant son père qui revient chez lui après des années d’absence.

Synopsis : Boy est un jeune garçon qui vit dans un petit village maori avec sa grand-mère, ses frères et sœurs et ses cousins. Il est fan de Michael Jackson et de son Thriller et surtout de son père, Alamein, qui est dans ses histoires un ami de la star américaine mais aussi un samouraï ou encore une star de rugby. Après avoir passé plusieurs années en prison, Alamein revient voir son fils…

Taika Waititi, nommé aux Oscars en 2005 pour son court-métrage Two Cars, One Night, considère Boy comme son premier long-métrage même s’il est sorti après Eagle vs Shark. On peut comprendre pourquoi ce film lui tient tant à cœur : tourné à Waihau Bay en Nouvelle-Zélande, c’est-à-dire là où il a passé son enfance, le réalisateur (et également acteur puisqu’il interprète le rôle d’Alamein, le père de Boy) a intégré dans son scénario des éléments autobiographiques. En effet, comme Boy, Waititi, également admirateur de Michael Jackson, a grandi avec beaucoup d’enfants et peu d’adultes.

Malgré un faible budget, Boy a rencontré un énorme succès en Nouvelle-Zélande. Il est regrettable que le public français ne connaisse pas davantage l’existence de ce petit bijou qui prouve bien que le cinéma néo-zélandais ne se limite pas à Peter Jackson et Jane Campion. Boy est une relecture d’un conte, le garçon évoqué en tant que titre, sans parents, se réfugiant lui-même dans son imaginaire pour mieux affronter la dure réalité de son existence. Un conte est la plupart du temps un récit associé à l’enfance : le ton semble léger et accessible à un large public, le fond, lui, est souvent d’une réelle cruauté. L’imaginaire de Boy est ce qui remplace en quelque sorte l’aspect merveilleux habituellement détectable dans ce genre. En outre, le folklore néo-zélandais (apparaissant à travers des plans saisissants sur de magnifiques paysages verdoyants) n’est d’ailleurs jamais bien loin en guise de rappel avec le conte. Sa structure par rapport au conte, jamais trop appuyée, consolide alors ce récit a priori simple mais qui offre en réalité une réelle profondeur, et surtout une véritable émotion.

S’il y a bien de l’émotion, Boy se rapproche bien du feel-good movie mais il n’est pas non plus « trop » léger comme on aurait pu le craindre. Il s’agit alors d’un long-métrage authentique et sans prétention, rythmé, tout en étant parfois d’une belle douceur et plein de vie malgré la dureté des thèmes abordés. Principalement, l’abandon (aussi bien du père envers son enfant que de ses propres rêves et « capacités ») et la délinquance. Taika Waititi évite merveilleusement bien les clichés et le pathos qui auraient pu naître à partir de son histoire, et combine intelligemment une véritable sensibilité à l’humour. On aurait également pu s’attendre à retrouver les tics d’un certain cinéma indépendant actuel mais ce n’est pas le cas : le réalisateur propose alors notamment des séquences animées ou encore des références de pop culture (qui ne se limitent évidemment pas à Michael Jackson) bien dosées et justifiées, ne prenant pas non plus trop de place.

Par sa mise en scène poétique, inventive et parfois burlesque, et son scénario mettant également en avant la situation sociale des Maoris (éloignés de tout et plongés dans la délinquance), Taika Waititi -plus malin qu’il en a l’air- signe une véritable pépite terriblement attachante, bien interprétée, filmée et racontée à hauteur d’enfant.

Boy : Bande Annonce

Boy : Fiche Technique

Réalisation : Taika Waititi
Scénario : Taika Waititi
Interprètes : James Rolleston, Te Aho Eketone-Whitu, Taika Waititi
Producteurs : Emanuel Michael, Ainsley Gardiner, Cliff Curtis
Société de production : Nolita Production
Distributeur : Paladin et Les Films du Préau
Durée : 88 minutes
Genre : comédie dramatique
Date de sortie : 12 septembre 2012

Nouvelle-Zélande  – 2010

Ça, la nouvelle adaptation de Stephen King

Andy Muschietti signe une adaptation de Ça qui ne manque pas de charme mais qui manque d’audace. Hommage au genre horrifique et hommage à la culture des années 80, Ça est un film qui joue la carte de la sécurité et du succès mais derrière ses choix attendus se cache aussi une œuvre sincère et touchante qui dépasse son propre cadre.

Synopsis : Dans la petite ville de Derry, les enfants disparaissent mystérieusement les uns après les autres. Durant ce temps, un groupe de sept enfants se forme et s’unissent après avoir tous été confrontés à des événements horribles et étranges : la rencontre avec « Ça »…

Stand by me

Ça est probablement un des plus gros succès et une des œuvres les plus connues de Stephen King, et il est presque étrange d’avoir attendu aussi longtemps avant d’avoir eu une vraie adaptation cinématographique. La première adaptation n’étant qu’un téléfilm en deux parties. Mais cette dernière adaptation aura été accouchée dans la douleur car il aura fallu 8 ans et 3 réalisateurs qui se sont enchaînés sur le projet avant que ce dernier puisse voir le jour. Sous la direction d’Andy Muschietti, l’œuvre de King trouve une nouvelle fraîcheur et revient à la vie au yeux de tous dans ce qui est un des plus gros succès du cinéma horrifique : le film bat actuellement des records au box-office. De quoi être très curieux de ce que peut offrir ce Ça, qui avec sa très bonne campagne promotionnelle promettait une œuvre très raccord avec les écrits de King mais qui semblait aussi développer sa propre personnalité. Surtout que Muschietti avait fait une bonne impression en 2013 avec son premier film, le conte fantastique Mamá. Un long métrage convaincant avec de belles fulgurances poétiques mais qui se montrait bancal dans ses mécaniques horrifiques.

Ça possède les mêmes défauts et qualités que le précédent film de Muschietti, c’est à dire qu’il s’impose à la fois comme un drame saisissant mais aussi comme un film d’horreur un peu raté. La force de cette adaptation c’est qu’elle a compris le roman de Stephen King, que la peur dépasse le cadre de la simple présence d’un clown démoniaque. Ici la peur s’incarne dans les épreuves du quotidien comme la brute de l’école qui nous tourmente, faire face à la mort d’un être cher, l’amour surprotecteur d’une mère étouffante, la perspective de grandir surtout pour une fille qui prend conscience de ce que cela implique de devenir une femme. Au travers de tous ses personnages, le film incarne diverses thématiques et arrive souvent à les magnifier avec un regard et une empathie sincère pour cette bande d’adolescents un peu paumés qui cherchent juste leur place dans la vie. C’est ici que se trouve le cœur du film, comme cela était le cœur du roman. Même si on regrettera que tous les membres du « Loosers’ club » ne soient pas traités avec la même importance, certains étant mis de côté par le récit, ils ont chacun leur personnalité et arrivent tous à être attachants. Leurs interactions sont souvent savoureuses, notamment grâce à des dialogues finement écrits, dans l’humour comme dans le drame mais ses lignes sont aussi délivrées par d’excellents jeunes acteurs. On retiendra en particulier le charismatique Jaeden Lieberher qui est définitivement un acteur à suivre, et qui avec sa prestation à fleur de peau s’impose comme un leader naturel. Mais aussi Finn Wolfhard (déjà aperçu dans la série Stranger Things) qui impressionne de naturel et surtout Sophia Lillis qui est la révélation du film. Non seulement Berverly est le meilleur personnage, mais la jeune actrice lui donne vie de la plus belle manière possible.

C’est donc à travers cette fresque adolescente touchante, drôle et vraiment bien amenée que Muschietti puise la force de son film, rappelant des œuvres comme Stand by me ou encore les Goonies. Il est d’ailleurs très ancré dans cet hommage aux films des années 80, ce qui est un peu un effet de mode, et il exploite parfois ce filon de manière un peu trop appuyée notamment dans sa bande son pop trop envahissante. Mais il parvient quand même à travailler une ambiance délétère pour encadrer le fantastique et ne se laisse pas ensevelir par l’appel du cool. Mais à trop être obnubilé par sa partie adolescente, il en oublie un élément essentiel et central du roman, son mysticisme. Il en vient, à cause de ça, à négliger toute la partie horrifique de son récit. Toute la partie investigation autour de Pennywise, l’entité maléfique, est négligée. Peut-être pour être exploitée dans la suite déjà annoncée, mais cela crée ici un manque bien réel. Surtout que le réalisateur ne semble pas savoir quoi faire de son clown et le traite comme un banal boogeyman alors que le personnage est censé représenter bien plus que cela. Ici, il vient l’incruster dans son récit avec des forceps, les passages du clown sont beaucoup trop téléphonés et sont les moments les plus faibles de Ça. Ca-film-horreur-film-adaptee-livre-Stephen-King-clown-Bill-SkarsgardPourtant la performance de Bill Skarsgård n’est nullement en cause car l’acteur est tout simplement parfait. Moins dans l’optique du clown excentrique made in Tim Curry, il arrive à faire ressortir tout l’aspect hypnotique et étrange du personnage. On ressent bien le fait que ce n’est pas un clown, mais un monstre qui veut se faire passer pour un clown et ses maladresses ne le rendent que plus authentique. L’acteur est vraiment très bon mais c’est la manière dont il est jeté dans l’intrigue qui est problématique, apparaissant plus comme un passage obligé que l’élément perturbateur et la menace omniprésente qu’il est censé être.

En termes de mise en scène, Andy Muschietti maîtrise aussi maladroitement ses effets horrifiques qui non seulement sont attendus mais reposent toujours sur la même construction. Le tout devient répétitif durant le deuxième acte et les jumpscares sont trop présents et très peu efficaces. L’horreur est ici un élément trop contraint pour paraître palpable, Muschietti étant plus intéressé par le fantastique morbide ou l’humain derrière son récit. Et d’ailleurs dans le morbide, il arrive à offrir quelques jolis plans ici et là, notamment dans le dernier acte où les enfants se retrouvent dans la tanière du monstre. Il y a une certaine poésie glauque qui se dégage de ses cadres et de l’atmosphère qu’il arrive parfaitement à retranscrire, aidé par un score original plus inspiré que sur les débuts. Par moments, on a l’impression d’avoir deux films en un, conduits par des démarches différentes : un film d’horreur fade et un conte fantastique adolescent particulièrement réussi mais qui est limité par l’autre démarche. On a donc un film qui ne décolle jamais vraiment mais qui a ici et là de jolies fulgurances. Muschietti offre néanmoins une réalisation solide et soigne bien son atmosphère comme lorsqu’il bascule dans le réel et le fantastique, appuyant la transition par des mouvements de caméra planants symbolisant le flottement causé par l’arrivée du clown.

Ça est donc une adaptation inégale. On sent que le réalisateur a compris ce qui faisait l’essence de l’œuvre de King mais qu’il ne parvient pas toujours à lui rendre honneur. Il croule sous les impératifs horrifiques et l’horreur pure n’est visiblement pas ce qui l’intéresse ou l’inspire le plus. On a donc une majeure partie de Ça qui est particulièrement réussie dans son portrait adolescent, à la fois bien écrit, touchant et drôle. Mais le tout est restreint par un film d’horreur beaucoup trop sage et peu inspiré qui vient se greffer de manière maladroite et trop appuyée au reste. Ça reste pourtant une des adaptations qui arrivent le plus à retranscrire l’esprit de Stephen King et, sans être une des meilleures, n’en reste pas moins efficace. On avait par moments le potentiel d’un grand film et on peut être déçu que l’opportunité ne soit jamais pleinement saisie, mais le spectacle reste globalement bon et on a hâte de voir ces personnages grandir et de les retrouver dans le deuxième chapitre.

Ça : Bande annonce

Ça : Fiche technique

Titre original : It
Réalisateur : Andy Muschiettti
Scénariste : Gary Dauberman, Cary Fukunaga et Chase Palmer, adapté du roman Ça de Stephen King
Casting : Jaeden Lieberher, Bill Skarsgård, Finn Wolfhard, Sophia Lillis, Jeremy Ray Taylor, Jack Dylan Grazer, Chosen Jacobs, Wyatt Oleff, …
Compositeur : Benjamin Wallfisch
Directeur de la photographie : Chung Chung-hoon
Monteur : Jason Ballantine
Genre  : Horreur
Date de sortie : 20 septembre 2017
Durée : 135 min
Distributeur : Warner Bros.

États-Unis – 2017

Mon Garçon, ou la chasse à l’homme de Guillaume Canet

0

Après En mai fais ce qu’il te plait, Christian Carion s’essaie au thriller avec le film Mon Garçon, en mettant en scène une chasse à l’homme effrénée d’un père à la recherche de son fils disparu, portée par un Guillaume Canet au meilleur de sa forme.

Synopsis : Lors d’une escale en France, Julien découvre sur son répondeur un message de son ex femme : leur petit garçon de sept ans a disparu lors d’un bivouac en montagne avec sa classe. Julien se précipite à sa recherche et rien ne pourra l’arrêter.

Avant toute chose, il paraît essentiel d’expliquer le contexte dans lequel a été tourné Mon Garçon. Outre le fait que le tournage n’ait duré que 6 jours, Guillaume Canet, interprète de Julien, n’était pas au courant de la moindre bribe du scénario, cela lui permettant de suivre son instinct et de faire de cette traque une traque personnelle. L’occasion pour Christian Carion de puiser dans les ressources de son acteur principal. Certes, la démarche n’est pas nouvelle mais elle s’avère toujours plaisante.

mon-garcon-film-cinema-christian-carion-guillaume-canet-melanie-laurent-critiqueIl est donc bon de s’appesantir sur la prestation des différents acteurs de Mon Garçon. Mélanie Laurent, qui incarne l’ex-femme de Guillaume Canet, se cantonne à un rôle de pleureuse et à du mal à se forger une identité, tant Guillaume Canet lui fait de l’ombre. Il faut dire que ce dernier est un personnage presque unique. Que ce soit Mélanie Laurent ou Olivier de Benoist, se sont des personnages extrêmement secondaires, bien qu’essentiels à l’histoire. Mon Garçon est également l’occasion d’offrir à Olivier de Benoist son premier rôle au cinéma, à la destinée malheureusement tragique. Son nombre de scènes est minime mais bien suffisant pour nous paraître convaincant. On se réjouit de le voir à l’avenir dans de nouvelles productions car le gaillard à les capacités pour nous étonner.

Intéressons nous maintenant au cas Guillaume Canet, avec à l’esprit que son jeu est une improvisation totale. Eh bien, inutile de tergiverser, cela faisait longtemps que Guillaume Canet n’avait pas autant excellé dans un long-métrage. De sa prestation émane un naturel, une rage et un combat qui rendent son personnage crédible et qui remettent en question la moralité. Jusqu’où sommes nous prêts à aller pour retrouver un être que l’on aime ? Entre vulgarité et violence, le spectateur est bousculé et s’interroge à son tour. Le réalisateur de Les Petits Mouchoirs et plus récemment Rock’n’Roll décroche, grâce à Mon Garçon, un des meilleurs rôles de sa carrière. Christian Carion à l’habitude d’offrir des rôles atypiques à Guillaume Canet, ce dernier ayant déjà tourné pour lui dans Joyeux Noël et L’Affaire Farewell.

Le bémol essentiel du film est sans nul doute le scénario. On ne compte pas le nombre de films, contemporains ou « plus anciens », mon-garcon-film-2017-film-critique-cinema-christian-carion-avec-guillaume-canetbasés sur une traque ou une chasse à l’homme. On peut évoquer À bout portant, de Fred Cavayé, Contre-enquête de Franck Mancuso ou Taken, de Pierre Morel, pour ne citer qu’eux. Dans Mon Garçon, tout est simpliste et extrêmement commun, que ce soit les relations entre les personnages (principe du couple séparé avec mésentente entre les deux), la progression du récit, qui se fait sans réelle surprise, ou encore le dénouement final, qui peut être deviné sans aucun souci.
Toutefois, construire un scénario complexe sans l’aide du comédien principal aurait été un défi périlleux et casse gueule. Christian Carion a assuré ses arrières.

Il faut également souligner l’incroyable travail du directeur de la photographie qui a su s’accommoder du jeu de Guillaume Canet. Ce dernier et Eric Dumont n’ont dû former qu’un, une « danse » comme aime à l’appeler Guillaume Canet, pour nous proposer une photographie brute de décoffrage grâce à laquelle les spectateurs perçoivent toute la pression et la rage du personnage principal. Un travail d’équipe dans lequel chacun a pris du plaisir, qui se ressent à la fois lorsque l’on découvre le film mais également quand l’équipe parle de la conception de l’œuvre.

Dans l’ensemble, Mon Garçon est un thriller porté par un Guillaume Canet qui crève l’écran mais la simplicité du scénario vient quelque peu ternir les bons sentiments éprouvés à la fin du visionnage.

Mon Garçon : Bande-annonce

Mon Garçon : Fiche Technique

Réalisateur : Christian Carion
Scénario : Laure Irmann, Christian Carion
Casting : Guillaume Canet, Mélanie Laurent, Olivier de Benoist, Antoine Hamel, Marc Robert, Mohamed Brikat…
Photographie : Eric Dumont
Montage : Loic Lallemand
Costumes : Sarah Topalian
Musique : Laurent Perez Del Mar
Producteurs : Christophe Rossignon, Philip Boëffard
Production : Nord-Ouest Films, Une Hirondelle Production, Caneo Films, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, CN6 Productions
Distributeurs : Diaphana Distribution
Genres : Thriller
Durée : 1h 24 min
Date de sortie : 20 septembre 2017

France – 2017 

FEFFS 2017 : comédie familiale surréelle, un film trash et barré signé Flying Lotus et jeu de massacre québécois

0

Pour cette 6ème soirée, le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, a décidé de proposer des films plus barrés les uns que les autres. Si on commence tranquillement avec Bitch et sa « desperate housewouaf », Kuso du DJ Flying Lotus va repousser toutes les limites en ce qui concerne le cinéma underground, avant de finir avec un midnight à base de jeu de société sanguinaire, Game of Death.

[Crossovers] – Bitch

Réalisé par Marianna Palka (USA, 2016)

Jill est au bout du rouleau. Son mari passe la plupart de son temps au bureau tout en batifolant avec des collègues et ses quatre mômes n’arrêtent pas de mettre le bordel à la maison. Bien évidemment chacun d’eux compte sur Jill pour être à leur service. Jill décide donc de changer, et devient un chien. Oui oui, vous avez bien entendu. La mère de famille se retrouve à pousser des grognements et à jouer avec ses excréments dans le sous-sol de la maison. Voilà le point de départ de Bitch, la comédie réalisée, écrite et interprétée par Marianna Palka. Sans Jill, tout part à vau-l’eau, et Bill le père se retrouve acculé dans un monde inconnu, celui où il doit faire les courses et amener les enfants  à l’école.

Complètement survolté, Bitch joue sur les codes de la comédie familiale, un genre certes vu et revu, mais avec son angle saugrenu, Marianna Palka apporte un rafraîchissement bienvenu. Bien évidemment, on va se concentrer davantage sur cette famille à la dérive, plutôt que sur la maman qui fait le chien dans la cave. Jason Ritter est par ailleurs très bon en mari détestable complètement dépassé par les événements. Loin d’être un véritable film de genre, Bitch s’apparente plus à une comédie un poil surréaliste mais délivrant un message fort. Marianna Palka se fait en effet un malin plaisir à mettre à mal cette société patriarcale et ces couples au mari carriériste, tandis que madame doit rester à la maison s’occuper des enfants. Bitch est une bonne petite surprise, parfois assez jubilatoire et parfois épuisante.

[Midnight Movies] – Kuso

Réalisé par Steve Ellison aka Flying Lotus (USA, 2017)

Difficile de se faire un avis précis après avoir vu cet OFNI qu’est Kuso. À la manière d’un We are the flesh l’an dernier, le premier long métrage du musicien Flying Lotus repousse toutes les attentes du spectateur et l’emmène dans un univers inédit des plus marquants. Après une ouverture jazzy et groovy décrivant les effets d’un tremblement de terre sur la ville de Los Angeles, Steve Ellison nous propulse, au travers de différents sketchs reliés entre eux par une télévision, dans un monde où le dégoût est roi. Trash et sale, Kuso l’est assurément, Ellison s’amusant sans cesse à repousser les limites de l’immondice à chaque séquence. Fluide et déjection en tous genres se mélangent, scatophilie et inceste se télescopent dans ce microcosme.

Visuellement épatant, alignant séquence complètement psychédélique et effets spéciaux organiques dégoûtants au possible, Flying Lotus accouche d’une oeuvre à la radicalité fascinante. Multipliant les ambiances allant du malsain au poétique macabre, le tout agrémenté de transition fait de collage inspiré des Monty Python, Kuso n’est pas un simple délire transgressif gratuit. C’est l’occasion pour Flying Lotus d’offrir une nouvelle représentation de cette civilisation. Loin de la superficialité régissant ce monde, cette quête de la beauté absolue, le DJ prend le contre-pied total et décide d’explorer le monde en le rendant le plus répulsif au possible. Pustules, excréments, anus, pénis sont légion dans ce cauchemar, tout comme les symboliques qu’il est impossible de déchiffrer totalement en une seule vision. Kuso reste un travail colossal, que cela soit visuel ou sur l’ambiance sonore avec des compositions de Aphex Twin ou de Akira Yamaoka, connu pour son travail sur la série des Silent Hill. Disposant d’un humour à la fois satirique et absurde, Kuso est une œuvre unique, offrant une proposition de cinéma couillue et qui bien entendu fera couler beaucoup d’encre.

[Midnight Movies] – Game of death

Réalisé par Sébastien Landry et Laurence Baz Morais ( Canada, France, 2017)

Après Kuso, il fallait bien un film assez « nobrain » pour se remettre de ses émotions. Game of death et son pitch débile au possible semble être le film parfait pour cela. Comme son titre l’indique, ce long-métrage franco-canadien raconte l’histoire de sept jeunes gens qui découvrent un jeu de société aux règles plutôt funeste. Tué ou être tué, Game of Death propose aux joueurs de tuer un certain nombre de personnes sous peine de voir leur tête exploser dans un geyser de sang. Concept en or me direz vous, c’est vrai que sur le papier Game of Death annonce un délire régressif ultra-généreux qui va permettre aux festivaliers de se délecter de mise à mort élaborée. Spoiler alert, ce n’est pas trop le cas.

En effet, passées les deux premières explosions de têtes qui font leur petit effet, le film va se retrouver assez paresseux dans son déroulement. Hormis un homme se faisant littéralement éventrer à l’aide d’une voiture de livraison de pizza, le reste se contente de coups de fusils. Un peu dommage quand on pense au champ illimité des possibilités. D’autant plus que sur les 24 morts nécessaires, plus de la moitié seront passés en ellipse. Le massacre dans le centre palliatif aura le mérite de proposer quelque chose au travers d’une mise en scène à base d’animation, qu’elles soient de cartoon ou façon jeu-vidéo 8-bit, cette séquence fait sourire mais pendant un très court laps de temps. Globalement Game of death manque de folie, et par conséquent empêche véritablement le spectateur de prendre son pied devant ce qui aurait pu être un jeu de massacre jouissif. Un midnight movie des plus oubliables et qui ne marquera que par son amour pour les lamantins et les informations qu’il nous offre sur leur reproduction.

Alors que la fin du festival approche à petit pas, le 7ème jour du FEFFS est un pur exemple de son multiculturalisme. En effet, sont annoncés au programme du polar coréen, du post-apo brésilien et même du cyberpunk japonais avec le classique Tetsuo.