FEFFS 2017 : comédie familiale surréelle, un film trash et barré signé Flying Lotus et jeu de massacre québécois

Pour cette 6ème soirée, le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, a décidé de proposer des films plus barrés les uns que les autres. Si on commence tranquillement avec Bitch et sa « desperate housewouaf », Kuso du DJ Flying Lotus va repousser toutes les limites en ce qui concerne le cinéma underground, avant de finir avec un midnight à base de jeu de société sanguinaire, Game of Death.

[Crossovers] – Bitch

Réalisé par Marianna Palka (USA, 2016)

Jill est au bout du rouleau. Son mari passe la plupart de son temps au bureau tout en batifolant avec des collègues et ses quatre mômes n’arrêtent pas de mettre le bordel à la maison. Bien évidemment chacun d’eux compte sur Jill pour être à leur service. Jill décide donc de changer, et devient un chien. Oui oui, vous avez bien entendu. La mère de famille se retrouve à pousser des grognements et à jouer avec ses excréments dans le sous-sol de la maison. Voilà le point de départ de Bitch, la comédie réalisée, écrite et interprétée par Marianna Palka. Sans Jill, tout part à vau-l’eau, et Bill le père se retrouve acculé dans un monde inconnu, celui où il doit faire les courses et amener les enfants  à l’école.

Complètement survolté, Bitch joue sur les codes de la comédie familiale, un genre certes vu et revu, mais avec son angle saugrenu, Marianna Palka apporte un rafraîchissement bienvenu. Bien évidemment, on va se concentrer davantage sur cette famille à la dérive, plutôt que sur la maman qui fait le chien dans la cave. Jason Ritter est par ailleurs très bon en mari détestable complètement dépassé par les événements. Loin d’être un véritable film de genre, Bitch s’apparente plus à une comédie un poil surréaliste mais délivrant un message fort. Marianna Palka se fait en effet un malin plaisir à mettre à mal cette société patriarcale et ces couples au mari carriériste, tandis que madame doit rester à la maison s’occuper des enfants. Bitch est une bonne petite surprise, parfois assez jubilatoire et parfois épuisante.

[Midnight Movies] – Kuso

Réalisé par Steve Ellison aka Flying Lotus (USA, 2017)

Difficile de se faire un avis précis après avoir vu cet OFNI qu’est Kuso. À la manière d’un We are the flesh l’an dernier, le premier long métrage du musicien Flying Lotus repousse toutes les attentes du spectateur et l’emmène dans un univers inédit des plus marquants. Après une ouverture jazzy et groovy décrivant les effets d’un tremblement de terre sur la ville de Los Angeles, Steve Ellison nous propulse, au travers de différents sketchs reliés entre eux par une télévision, dans un monde où le dégoût est roi. Trash et sale, Kuso l’est assurément, Ellison s’amusant sans cesse à repousser les limites de l’immondice à chaque séquence. Fluide et déjection en tous genres se mélangent, scatophilie et inceste se télescopent dans ce microcosme.

Visuellement épatant, alignant séquence complètement psychédélique et effets spéciaux organiques dégoûtants au possible, Flying Lotus accouche d’une oeuvre à la radicalité fascinante. Multipliant les ambiances allant du malsain au poétique macabre, le tout agrémenté de transition fait de collage inspiré des Monty Python, Kuso n’est pas un simple délire transgressif gratuit. C’est l’occasion pour Flying Lotus d’offrir une nouvelle représentation de cette civilisation. Loin de la superficialité régissant ce monde, cette quête de la beauté absolue, le DJ prend le contre-pied total et décide d’explorer le monde en le rendant le plus répulsif au possible. Pustules, excréments, anus, pénis sont légion dans ce cauchemar, tout comme les symboliques qu’il est impossible de déchiffrer totalement en une seule vision. Kuso reste un travail colossal, que cela soit visuel ou sur l’ambiance sonore avec des compositions de Aphex Twin ou de Akira Yamaoka, connu pour son travail sur la série des Silent Hill. Disposant d’un humour à la fois satirique et absurde, Kuso est une œuvre unique, offrant une proposition de cinéma couillue et qui bien entendu fera couler beaucoup d’encre.

[Midnight Movies] – Game of death

Réalisé par Sébastien Landry et Laurence Baz Morais ( Canada, France, 2017)

Après Kuso, il fallait bien un film assez « nobrain » pour se remettre de ses émotions. Game of death et son pitch débile au possible semble être le film parfait pour cela. Comme son titre l’indique, ce long-métrage franco-canadien raconte l’histoire de sept jeunes gens qui découvrent un jeu de société aux règles plutôt funeste. Tué ou être tué, Game of Death propose aux joueurs de tuer un certain nombre de personnes sous peine de voir leur tête exploser dans un geyser de sang. Concept en or me direz vous, c’est vrai que sur le papier Game of Death annonce un délire régressif ultra-généreux qui va permettre aux festivaliers de se délecter de mise à mort élaborée. Spoiler alert, ce n’est pas trop le cas.

En effet, passées les deux premières explosions de têtes qui font leur petit effet, le film va se retrouver assez paresseux dans son déroulement. Hormis un homme se faisant littéralement éventrer à l’aide d’une voiture de livraison de pizza, le reste se contente de coups de fusils. Un peu dommage quand on pense au champ illimité des possibilités. D’autant plus que sur les 24 morts nécessaires, plus de la moitié seront passés en ellipse. Le massacre dans le centre palliatif aura le mérite de proposer quelque chose au travers d’une mise en scène à base d’animation, qu’elles soient de cartoon ou façon jeu-vidéo 8-bit, cette séquence fait sourire mais pendant un très court laps de temps. Globalement Game of death manque de folie, et par conséquent empêche véritablement le spectateur de prendre son pied devant ce qui aurait pu être un jeu de massacre jouissif. Un midnight movie des plus oubliables et qui ne marquera que par son amour pour les lamantins et les informations qu’il nous offre sur leur reproduction.

Alors que la fin du festival approche à petit pas, le 7ème jour du FEFFS est un pur exemple de son multiculturalisme. En effet, sont annoncés au programme du polar coréen, du post-apo brésilien et même du cyberpunk japonais avec le classique Tetsuo.

Festival

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