Boy : mon père n’est pas le Michael Jackson maori

A l’occasion de la sortie prochaine de Thor : Ragnarok (le 25 octobre), retour sur un des premiers longs-métrages de son réalisateur néo-zélandais, Taika Waititi, avec Boy, qui narre l’histoire d’un jeune garçon idéalisant son père qui revient chez lui après des années d’absence.

Synopsis : Boy est un jeune garçon qui vit dans un petit village maori avec sa grand-mère, ses frères et sœurs et ses cousins. Il est fan de Michael Jackson et de son Thriller et surtout de son père, Alamein, qui est dans ses histoires un ami de la star américaine mais aussi un samouraï ou encore une star de rugby. Après avoir passé plusieurs années en prison, Alamein revient voir son fils…

Taika Waititi, nommé aux Oscars en 2005 pour son court-métrage Two Cars, One Night, considère Boy comme son premier long-métrage même s’il est sorti après Eagle vs Shark. On peut comprendre pourquoi ce film lui tient tant à cœur : tourné à Waihau Bay en Nouvelle-Zélande, c’est-à-dire là où il a passé son enfance, le réalisateur (et également acteur puisqu’il interprète le rôle d’Alamein, le père de Boy) a intégré dans son scénario des éléments autobiographiques. En effet, comme Boy, Waititi, également admirateur de Michael Jackson, a grandi avec beaucoup d’enfants et peu d’adultes.

Malgré un faible budget, Boy a rencontré un énorme succès en Nouvelle-Zélande. Il est regrettable que le public français ne connaisse pas davantage l’existence de ce petit bijou qui prouve bien que le cinéma néo-zélandais ne se limite pas à Peter Jackson et Jane Campion. Boy est une relecture d’un conte, le garçon évoqué en tant que titre, sans parents, se réfugiant lui-même dans son imaginaire pour mieux affronter la dure réalité de son existence. Un conte est la plupart du temps un récit associé à l’enfance : le ton semble léger et accessible à un large public, le fond, lui, est souvent d’une réelle cruauté. L’imaginaire de Boy est ce qui remplace en quelque sorte l’aspect merveilleux habituellement détectable dans ce genre. En outre, le folklore néo-zélandais (apparaissant à travers des plans saisissants sur de magnifiques paysages verdoyants) n’est d’ailleurs jamais bien loin en guise de rappel avec le conte. Sa structure par rapport au conte, jamais trop appuyée, consolide alors ce récit a priori simple mais qui offre en réalité une réelle profondeur, et surtout une véritable émotion.

S’il y a bien de l’émotion, Boy se rapproche bien du feel-good movie mais il n’est pas non plus « trop » léger comme on aurait pu le craindre. Il s’agit alors d’un long-métrage authentique et sans prétention, rythmé, tout en étant parfois d’une belle douceur et plein de vie malgré la dureté des thèmes abordés. Principalement, l’abandon (aussi bien du père envers son enfant que de ses propres rêves et « capacités ») et la délinquance. Taika Waititi évite merveilleusement bien les clichés et le pathos qui auraient pu naître à partir de son histoire, et combine intelligemment une véritable sensibilité à l’humour. On aurait également pu s’attendre à retrouver les tics d’un certain cinéma indépendant actuel mais ce n’est pas le cas : le réalisateur propose alors notamment des séquences animées ou encore des références de pop culture (qui ne se limitent évidemment pas à Michael Jackson) bien dosées et justifiées, ne prenant pas non plus trop de place.

Par sa mise en scène poétique, inventive et parfois burlesque, et son scénario mettant également en avant la situation sociale des Maoris (éloignés de tout et plongés dans la délinquance), Taika Waititi -plus malin qu’il en a l’air- signe une véritable pépite terriblement attachante, bien interprétée, filmée et racontée à hauteur d’enfant.

Boy : Bande Annonce

Boy : Fiche Technique

Réalisation : Taika Waititi
Scénario : Taika Waititi
Interprètes : James Rolleston, Te Aho Eketone-Whitu, Taika Waititi
Producteurs : Emanuel Michael, Ainsley Gardiner, Cliff Curtis
Société de production : Nolita Production
Distributeur : Paladin et Les Films du Préau
Durée : 88 minutes
Genre : comédie dramatique
Date de sortie : 12 septembre 2012

Nouvelle-Zélande  – 2010

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Tina B
Tina Bhttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne étudiante en lettres modernes, j'ai toujours aimé écrire sur les sujets qui m'animent. Et le cinéma en fait clairement partie ! J'ai des goûts assez variés : certes, comme tout le monde, j'ai mes réalisateurs chouchous (Kubrick, Scorsese, Moretti, Loach, Almodovar, Bong Joon-ho), mais je suis avant tout curieuse : aucun genre et réalisateur de n'importe quelle culture ni époque ne me font peur, bien au contraire. Sinon j'ai une grande préférence pour les séries britanniques (Black Books, The IT Crowd, Father Ted...).

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