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Festival Lumière 2017 : L’Appât d’Anthony Mann, un western humaniste

Dans le cadre du Festival Lumière 2017, il nous a été permis de revoir avec un certain plaisir, L’Appât d’Anthony Mann. Cette projection nous permet de revenir plus en détail sur ce beau western qui prend la forme d’un huis clos se questionnant sur la nature humaine et qui sublime un environnement forestier de toute beauté.

Dans un style âpre, qui n’additionne pas les fioritures, Anthony Mann dresse là un western bien loin des carcans du genre, certes classique dans sa belle mise en forme mais terriblement efficace. Ici, le sable et l’aridité d’une certaine sécheresse visuelle se transforment en paysages montagneux, et transportent nos personnages dans une forêt presque vierge de toute violation humaine ou mécanique. Une sorte d’antre où la nature reprend son droit. Quoi de mieux, dans un lieu aussi primitif dans son esthétisme, que de voir des hommes et femmes se battre à couteaux tirés pour l’acquisition d’une prime. Trois hommes que tout oppose vont tout faire pour ramener au bercail un hors-la-loi dont la tête a été mise à prix dans l’unique but de prendre l’argent et disparaître.

Porté par un James Stewart, fabuleux dans son rôle d’homme brisé par le destin et cabossé par la fatalité, L’Appât est un western, qui malgré ses moments de bravoures, prend son temps pour caractériser ses personnages et alimenter leurs velléités. Mais cette temporalité plus ou moins lente n’est pas retranscrite d’un point de vue visuel : L’appât ne joue pas la carte de la contemplation ni de l’introspection. Avec sa mise en scène sèche et son montage sobre, ses couleurs aussi chatoyantes que rocailleuses, Anthony Mann voit alors ses personnages batailler et se manipuler pour empocher le butin. Au-delà d’un récit qui aime aussi s’amuser par son aspect parfois ricaneur, et qui est doté d’une photographie qui met parfaitement en exergue l’enclos environnemental (la grotte), le film est un beau portrait sur la nature humaine et les choix qui portent toujours à conséquences.

Dans cette forêt immense, où personne ou presque ne peut les entendre, il est beaucoup question de roublardises, de vengeance, de cupidité, de loyauté et de moralité. La justice dans L’Appât, elle n’existe pas. La seule justice qui prédomine, c’est celle qui est dans le cœur des hommes et celle que vous renvoie une nature aussi bienveillante que dangereuse. Dans ce huis clos à la tension palpable et aux enjeux simples, il est parfois difficile de s’attacher à des personnages aussi complexes que goguenards et qui représentent très peu d’empathie pour le spectateur au vue de l’animalité de leurs agissements.

Un hors la loi, un homme écarté de l’armée pour le viol d’une indienne, un vieux un peu imbécile heureux, un homme aigri qui tente le tout pour le tout pour de l’argent et une femme invisible mais agrippée à sa propre dignité. Ce « Club des 5 » ne va pas cesser de se jouer des tours pour arriver à leurs fins. L’Appât s’attarde aussi sur les codes du genre qui composent le western mais pas que. Le film d’Anthony Mann est plus que cela, plus qu’un western. Anthony Mann voyait dans le western, un genre cinématographique intemporel qui lui permettait de pimenter ses œuvres d’un questionnement sur l’humain. Comme ce personnage incarné par James Stewart qui est consommé par une certaine avidité et paranoïa, un besoin de revenir à un mode de vie prospère.

Et même de nos jours, le film n’a pas perdu de modernité quant à ses interrogations. Dans un film où les coups de feux se font rares mais tragiques, l’héroïsme n’a que très peu de visages. Grâce à une histoire claire et à une utilisation extraordinaire du paysage, Anthony Mann imprègne un scénario familier d’une complexité psychologique remarquable.

Bande-annonce : L’Appât d’Anthony Mann

https://www.youtube.com/watch?v=rbpjpGYYUvQ

L’Appât d’Anthony Mann
Titre original : The Naked Spur
Avec James Stewart, Robert Ryan, Janet Leigh…
Genre : Western
Date de sortie : 1 septembre 1954
Durée : 1h 31min

Nationalité américain

Interview : Gringe, le rappeur insolent du cinéma français

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Bientôt à l’affiche de Carbone d’Olivier Marchal, le rappeur et acteur Gringe se fait peu à peu une place dans le cinéma français. Avec un album solo en route et des projets plein la tête, l’artiste reste un éternel insatisfait en quête de nouveaux défis. A défaut de se faire une place, il a décidé d’exercer son art partout. Rencontre.

Assis dans son canapé à côté de son ami rappeur Orelsan, Gringe se fait connaître du grand public grâce à la série Bloqués, diffusée sur Canal +. Guillaume Tranchant n’est alors plus le side-kick qui back sur les albums de son pote mais un rappeur en appétence de nouveaux horizons artistiques. Le flow hargneux et l’insolence qui caractérisent son rap trouvent vite un écho dans son jeu d’acteur. Agressif mais sensible. Impertinent mais juste. Gringe incarne une force fragile, prête à déambuler dans le cinéma français. Lorsqu’il fait ses premiers pas d’acteur dans le long-métrage musical Comment c’est loin, il excelle et se découvre un amour pour la comédie. Fatigué d’incarner le feignant du rap français, Guillaume Tranchant lance son premier album solo prévu pour 2018 et plusieurs projets cinématographiques. Toujours hanté par ses démons, Gringe poursuit sa route du 7ème art avec, dans deux semaines, la sortie de Carbone d’Olivier Marchal.

Déjà suivi par une vraie communauté de fans pour votre musique, Comment c’est loin et la série Bloqués vous ont exposé à un plus large public. Qu’est-ce qui a changé avec cette nouvelle popularité ?

Gringe : Peut-être le fait que l’on m’identifie mieux maintenant. Orel m’a vachement accompagné sur nos projets musique mais je pense m’être un peu émancipé par le biais de la comédie. Les gens me disent que j’ai un truc. Ça m’a surtout apporté des opportunités de travail. Depuis, j’ai un agent, j’ai bossé sur plusieurs longs métrages cette année, participé à un festival international en tant que jury…

A travers Comment c’est loin, vous avez été contacté pour jouer dans Carbone d’Olivier Marchal, sans passer de casting. Comment vous avez vécu cette expérience sur un gros tournage avec des grands noms comme Benoît Magimel ?

Gringe : Avec appréhension d’abord, puis relâche et plaisir. Grâce à la bienveillance d’Olivier, des comédiens et techniciens rencontrés sur le plateau.

Vous êtes désormais considéré comme un rappeur, alors que vous n’aviez jamais eu l’ambition d’en faire un taf. La motivation artistique au départ, c’était d’être comédien ou chanteur ?

Gringe : Aucune des deux. Je n’ai jamais ambitionné quoi que ce soit à part contempler mes contemporains. Travailler au sens rentrer dans la « vie active » du terme ne m’a jamais attiré. Je suis un observateur. Aujourd’hui, j’ai la chance de pouvoir mettre cette faculté au service du rap ou du jeu. J’ai beaucoup de chance.

« Je baise des meufs sans visage à la recherche d’un sursaut de vie » « j’aimerais tout faire pour te rassurer mais je sais pas qui je suis ». Dans vos chansons, vous incarnez souvent un personnage torturé caractérisé par un rapport sulfureux et ambigu avec les femmes. Quel lien entre ce personnage et le vrai vous ?

Gringe : Intimement étroit. Je suis à la vie celui que je raconte dans mes chansons. Ma musique est ma thérapie. Un moyen de poser des mots sur mes maux pour les détruire.

Vous dites souvent que vous flippez, que vous laissez faire les choses. Est-ce qu’aujourd’hui, à travers le cinéma et la musique, vous vous êtes trouvé ?

Gringe : Non. j’ai simplement trouvé des biais d’expression et de réflexions pour mieux comprendre comment je fonctionne. Il me faudrait certainement plusieurs vies pour me trouver. Mais le cinéma et la musique m’aident à mieux vivre avec moi-même. C’est autant d’expériences qui me renseignent sur mon rapport à l’autre et au monde.

Vous allez incarner un prof dans L’Heure de la sortie de Sébastien Marnier avec Laurent Lafitte mais aussi la jeune Adèle Castillon. Le film s’annonce comme un thriller intense. Comment s’est passé le tournage avec Sébastien Marnier ?

Gringe : Formidable. Sébastien à une densité de travail sur un plateau assez impressionnante. Au four et au moulin, l’œil partout, sur tout et tout le monde. Et je trouve l’univers qu’il amène, que ce soit dans l’écriture et la réalisation, hyper moderne. J’ai encore eu la chance sur ce tournage de pouvoir donner la réplique à de grands comédiens. Une expérience enrichissante donc.

Vous parlez d’Orel comme une personne jusqu’au boutiste et de vous-même comme un éternel fainéant. Comment les Casseurs Flowteurs ont fonctionné ?

Gringe : Sur ce drôle d’équilibre : à deux vitesses. Et le fait de parfaitement se connaitre amène à un paquet d’automatismes, en studio, sur scène ou à l’écran.

Selon un article, avec Orel vous êtes les R2-D2 et C-3PO du rap français, un peu en marge. Est-ce que vous sentez faire partie du monde du rap français ?

Gringe : Oui et non. Je sais qu’on est identifiés par les acteurs de ce milieu et qu’on obtient une certaine forme de reconnaissance de par la diversité de nos projets. Après mes amis, ma vie, sont à l’extérieur. Je vois surtout le rap comme un job.

Enfin ! Votre album solo arrive en 2018. Quel va être le ton de cet album ? Vous qui avez jusqu’ici disséminé quelques titres solo, est-ce que vous appréhendez aussi cette sortie ?

Gringe : Mélancolique, c’est sûr. Désabusé, drôle. Je ne me pose plus trop de questions relatives à ma légitimité. Je suis considéré par certains comme le side kick d’Orel au sein des Casseurs. Cet album est celui de l’émancipation et surtout la manifestation d’une urgence. Peu importe qu’il rencontre le succès ou non, ça fait trop longtemps que je me préserve. Il est temps que je me mette à nu.

Votre doublage dans Mutafakaz. Deux films dont vous êtes à l’affiche. Où aimeriez-vous porter votre carrière cinématographique maintenant ?

Gringe : 3 avec le film Les Chatouilles d’Andréa Bescond et Eric Métayer. Aucune idée, je fonctionne aux rencontres et au feeling. Je découvre à peine l’exercice de la comédie et j’adore ça. Si ça pouvait continuer ce serait extra.

A l’image, vous êtes indétachable d’Orel. Et vice versa. Vous parlez souvent « d’être un vieux couple « . Quel relation vous entretenez en off?

Gringe : Celle d’un vieux couple. Pas besoin de trop se calculer pour apprécier les quelques moments qu’on partage ensemble. On a construit quelque chose de précieux sur cet équilibre là.

Carbone d’Olivier Marchal, avec Benoit Magimel, Gringe, Gérard Depardieu, sortira en salles le 1 er novembre.

Ouverture du Festival Lumière 2017 : entre hommage et célébration

« Show must go on » pour l’Ouverture du Festival Lumière 2017. La cité lyonnaise a accueilli, ce samedi 14 octobre, la 9ème édition du Festival : une soirée d’ouverture marquée par les multiples hommages à un parterre de stars (Eddy Mitchell), par les présentations des master class dédiées à Guillermo Del Toro ou Tilda Swinton et par une projection remastérisée de La Mort aux Trousses d’Alfred Hitchcock.

Le Festival Lumière qui agite la ville de Lyon chaque année depuis maintenant presque une décennie n’est pas un festival comme les autres. Rempli de films contemporains à l’éclectisme certain, cet événement se veut surtout être une rencontre entre le cinéma et le public, à l’image de cette soirée d’ouverture où les stars et le public se côtoient avec bonhomie comme en témoigne ce « Hola Cabrones » de Guillermo Del Toro et d’Alfonso Cuaron adressé aux spectateurs de la Halle Tony Garnier. D’ailleurs, Thierry Frémaux ne cessera de le répéter durant cette commémoration inaugurale : ce festival clame son amour pour le cinéma, un cinéma « pour tous », un cinéma qui appartient à chacun d’entre nous. Et il ne s’y trompe pas, car le public est déjà acquis à sa cause. Dès 15h30, sous un soleil de plomb, la marée lyonnaise commença à s’amasser devant les strates de la Halle Tony Garnier, lieu de la soirée. Dans la foule qui se regroupe, les sentiments sont divers, entre l’enthousiasme de parcourir les salles de cinéma durant toute la semaine pour voir quelques petites pépites et l’attente populaire de voir enfin les têtes connues arpenter le tapis rouge du festival.

C’est alors sous la chaleur mais dans la bonne ambiance que la soirée d’ouverture du Festival Lumière 2017 débute. Chacun sillonnera les stands de sandwich ou de tee shirt à l’effigie de Wong Kar Wai, prix Lumière 2017, pour trouver la meilleure place possible et entendre finalement « The Ecstasy of Gold » d’Ennio Morricone retentir, ce qui annonce l’entrée des stars dans les gradins. Alors que les célébrités défilent les unes après les autres, dans le sourire et avec un Thierry Frémaux enjoué et chaleureux – que ce soit Alexandre Desplat, Tilda Swinton ou même Michael Mann, et Alfonso Cuaron – c’est Catherine Frot qui gagnera le match des applaudimètres avec un accueil extrêmement chaleureux. Mais la star de la soirée était belle et bien Eddy Mitchell, comme l’indiquait la Une du journal du Festival avec son titre « tapis rouge pour Monsieur Eddy ». « Pas de Boogie Woogie » raisonne  alors et la salle se lève dans une Standing ovation pour un Eddy Mitchell aux anges.

Thierry Frémaux n’a pas encore pris le micro de la soirée que le public est déjà conquis. Tout le monde se rassied dans une certaine allégresse puis le maître des lieux prend enfin la parole pour dévoiler le déroulement de cette semaine vouée au cinéma, avec près de 180 films à l’affiche. De son discours, on sent un attachement certain pour ce festival, une fierté, une passion qui est communicative, et une envie de la partager avec son public : des vidéos montrant les films qui seront présentés cette semaine, des montages vidéodisques émouvants, des multiples remerciements pour les personnalités du festival et de cette soirée, un karaoké géant avec le public sur « La Dernière Séance » d’Eddy Mitchell, des petites blagues avec son compère Jean-Michel Aulas, Thierry Frémaux embrasse alors son événement en plein coeur.

Mais derrière ses multiples congratulations, qui peuvent paraître d’usage et consensuelles, et faire de cette soirée d’ouverture une grande kermesse de flatteries auto-satisfaites mais jamais gratuites, la soirée se voit tout de même embellie par un amour du cinéma des plus sincères : que ce soit le sourire ému d’une élégante et sublime Tilda Swinton ou les interventions de Bertrand Tavernier assorties d’un coup de gueule humble et beau contre la « nécrologie rance » de Didier Péron sur la carrière de l’acteur du « Crabe Tambour », Jean Rochefort. Tavernier parlera également de « Coup de torchon » et de sa collaboration avec Eddy Mitchell, avec un amusement certain. Non sans rire, il dira que pour jouer « un personnage aussi bête » que Nono, il lui fallait un acteur « extrêmement intelligent ». Avec dignité, le réalisateur voit alors la soirée prendre une autre ampleur et met enfin le cinéma au centre des festivités. Au-delà de Jean Rochefort, le festival n’oublie pas d’autres disparus, comme cet hommage à Jerry Lewis.

Comme indiqué auparavant, le Festival Lumière est une fête du cinéma où l’on verra l’antre fantastique d’un Guillermo Del Toro côtoyer la beauté filmique d’une Tilda Swinton et, la magie visuelle d’un Wong Kar Wai s’accouder au cinéma nébuleux d’un Henri-Georges Clouzot. Loin du tumulte d’Hollywood et des affaires d’Harvey Weinstein, le Festival Lumière applaudit le cinéma, ouvre ses portes à son public dans la simplicité et la joie mais aussi dans l’absence du Prix Lumière Wong Kar Wai qui, comme à l’accoutumée, sera présent pour la soirée de fermeture. C’est alors que la soirée se finit par la projection remastérisée et permise par la Warner de La Mort aux Trousses d’Alfred Hitchcock. Même si presque tout le monde connait le film, c’est avec un grand plaisir que l’on redécouvre cette œuvre d’espionnage sur grand écran qui symbolise parfaitement le Festival Lumière : un cinéma qui allie technicité cinéphile et aura populaire. Et ça fait beaucoup de bien. Bon festival à tous ! 

Ici, le programme du Festival. 

Interview de Dimitri Kourtchine, réalisateur de la websérie Tous Zombies

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A la rentrée, Arte Creative a mis en ligne une nouvelle websérie : Tous Zombies. Un documentaire découpé en 13 épisodes qui s’interroge sur la place du zombie dans notre société à travers son histoire dans la pop culture. A cette occasion, le réalisateur Dimitri Kourtchine a accepté de répondre à nos questions.

Quelle est votre profession exactement, êtes-vous journaliste au départ ? 

Non, je suis documentariste. Je me considère comme un réalisateur de documentaires, après les notions sont assez floues et se recoupent par endroit. Cependant j’ai un regard plus particulier et personnel sur les faits qu’un journaliste.

Avant Tous Zombies, aviez vous réalisé d’autres documentaires ? 

Tout à fait, je me suis occupé pendant assez longtemps d’un programme court pour France 5, puis j’ai fait Rocky IV – Le coup de poing américain il y a trois, quatre ans et ensuite Révolution VHS produit par Arte et qui a été diffusé ce 1er septembre. Et maintenant Tous Zombies, qui est une websérie mais qui est conçue comme un tout et qui fait à peu près la longueur d’un film.

Pourquoi avoir choisi le format de la websérie plutôt qu’un long-métrage ? 

C’était une donnée de départ. En fait, c’est une réflexion qu’on a eu avec Arte Creative, et notamment avec Daniel Khamdamov (chargé de programme). Eux font principalement, voire exclusivement, des webséries. Après c’est quelque chose qui colle bien avec le zombie. C’est un monstre qui est très multi-facettes et il se prête plutôt bien au format épisode. Donc à la fois c’est quelque chose que je n’ai pas vraiment choisi et au final quelque chose dont je me suis bien accommodé.

Pourquoi les zombies ? Était-ce votre idée de départ, un sujet qui vous attirait personnellement ? 

Pas du tout, c’est un sujet qui a été lancé par les gens d’Arte, et donc Daniel Khamdamov, qui lui est passionné de zombies. Moi je n’avais vu quasiment aucun film de zombies auparavant. Je ne suis pas un grand adepte de films d’horreur et surtout pas de films de zombies puisque ça m’effraie vraiment. Je m’en suis tenu éloigné pendant 35 ans et voilà j’ai été obligé de m’y plonger pour la série. Mais du coup ça a été une façon pour moi de réfléchir à une question que je ne m’étais jamais posée : pourquoi ça m’effraie autant ? Qu’est-ce qui me touche au point que je sois effrayé par une simple image ? La réflexion que j’ai menée dans Tous Zombies c’est un peu ça, c’est la réponse à la question : pourquoi une telle angoisse par rapport à cette figure là en particulier ?

Vous avez réussi à interviewer George Romero. Comment arrive-t-on à convaincre un tel cinéaste de participer à une websérie française ? 

En le contactant, en essayant de le convaincre, en essayant de défendre le sujet et l’angle que nous avions. On avait déjà un trailer qu’on a pu lui envoyer pour lui donner la couleur de ce qu’on allait faire. Il a bien vu que la vision qu’on défendait rejoignait en partie, voire en beaucoup de points, la sienne. Et puis on est allé le voir à Toronto quand la version remasterisée de La nuit des morts vivants ressortait au cinéma. Voilà, il y a un certain nombre de choses qui ont permis cette rencontre. Et puis c’était quelqu’un d’extrêmement ouvert, sympathique et généreux. C’est aussi dû à son caractère très agréable qu’on a pu le rencontrer.

Dans le documentaire, vous retracez toute l’histoire du zombie, de Haïti à The Walking Dead, mais qu’en est-il de son avenir ? Maintenant qu’elle est entrée dans notre culture, qu’elle est passée de marginale à mainstream, est-ce que d’après vous, la figure du zombie a encore de beaux jours devant elle ? Mais surtout, plus important, est-ce qu’elle va réussir à se renouveler ? Ou est-ce qu’elle n’a pas déjà dit tout ce qu’elle avait à dire sur notre société ?

Je ne peux pas vraiment vous dire, si moi j’avais quelque chose à dire dans une autre forme que documentaire j’essaierais de le proposer. Il y a encore des films, encore beaucoup de choses qui sont créées autour de ce monstre-là. Et des choses réussies, comme Dernier train pour Busan qui est un film coréen sorti l’année dernière. Il correspondait totalement aux codes du film de zombies : politique, angoissant, terrifiant. Il était dans la pure lignée de ce qui a déjà été fait et pourtant apportait une redéfinition, pas tellement du monstre, mais des problèmes qu’il pose. Tant qu’il y aura des problèmes humains il y aura clairement du zombie, parce que le zombie ne fait que ça : révéler les relations humaines. Comme dit Eric Dufour dans la websérie, le zombie on s’en fiche, c’est l’être humain qui est intéressant. Ce sera toujours un monstre utile. Maintenant je pense qu’effectivement, on a vécu une espèce d’apogée, et peut-être même que le zombie est en train de passer un peu de mode. Comme les zombies walks qui étaient très populaires il y a quelques années et qui aujourd’hui commencent un peu à s’essouffler. Des gens que j’ai rencontrés à Lyon m’ont dit qu’ils avaient créé ça dans l’enthousiasme il y a dix ans et que maintenant ils avaient un peu fait le tour de la question. Donc voilà, il a l’air quand même de s’essouffler, surtout le blockbuster qui l’a un peu aseptisé, il ne fait plus aussi peur qu’avant. Il faut qu’il se régénère, qu’il fasse de nouveau peur, qu’il fasse appel à nos angoisses les plus primales. Ce n’est pas du tout exclu, ce ne sera peut être pas tout de suite, mais ça va arriver.

Dans le dernier épisode, vous faites le rapprochement avec Trump mais aussi la manière dont les migrants sont montrés aux informations. Peut-être que le renouveau du zombie passera par là, qu’il deviendra à nouveau politique, qu’il représentera à nouveau la peur de l’étranger, la peur de l’autre ?

C’est ça, c’est là dessus qu’on a fini la websérie et c’est un épisode un peu polémique. Aujourd’hui il est tellement partout qu’il a fini par envahir notre inconscient. La plupart des films de zombies (et plus généralement le film d’horreur) notamment ceux de Romero étaient là pour dénoncer le racisme, démonter la façon dont on voyait l’autre. Alors que là, au contraire, on utilise ces codes pour asseoir un ordre établi et pour enfermer certaines catégories de personnes dans des clichés.

En regardant votre websérie, ça nous donne envie d’approfondir un peu plus sur le sujet, et bien qu’elle nous donne déjà pas mal de références, est-ce qu’il y a aurait un film ou une série que vous conseilleriez particulièrement ?

Oui, alors encore une fois, je ne peux pas dire que j’ai tout vu. J’en ai vu un certain nombre mais il y a une telle production qu’il est impossible d’avoir tout vu en terme de zombie. Un film qui m’a plu, même si on en parle pas dans le documentaire, c’est 28 semaines plus tard (la suite de 28 jours plus tard). J’ai trouvé que c’était un film très efficace, très bien mené et je me suis mis à la place du héros. A partir du moment où il a réussi à me questionner sur ma propre vie, c’est qu’il a réussi son coup.

Est-ce que faire ce documentaire vous a réconcilié avec le zombie du coup ? 

(Rires) Oui tout à fait, ça a clairement été une façon d’exorciser ça. J’y vois beaucoup plus d’intérêt qu’avant. Je ne vais pas vous dire que je vais prendre plaisir à regarder des films de zombie mais en tout cas, j’y vois tout l’intérêt, toute la lecture qu’on peut en avoir, en quoi cette production aussi s’inscrit dans une histoire déjà longue du genre et effectivement ça devient du coup plus intéressant.

Est-ce que vous avez rencontré certaines difficultés en faisant cette websérie ? 

La difficulté ça a surtout été de circonscrire le projet. Parce que le zombie est présent dans des domaines tellement différents. On a un épisode un peu bonus qu’on va mettre en ligne prochainement, à propos de scientifiques qui utilisent la forme du zombie (sous forme humoristique) pour calculer la façon dont  les épidémies se développent dans la population. Donc voilà, chacun y voit ce qu’il a envie d’y voir. La difficulté ça a été de resserrer le projet et au final essayer de ne pas se perdre dans tout cet univers. De même comment choisir mes interlocuteurs, pour ne pas être encore une fois débordé par la masse d’informations et d’analyses qu’il peut y avoir sur le zombie ? Après les gens qui s’intéressent beaucoup aux films d’horreur sont les gens les plus gentils, les plus ouverts que j’ai rencontrés. Pour avoir une interview, pour discuter, ça n’a jamais été un problème.

Parmi tous les interlocuteurs avec qui vous avez pu discuter, y a-t-il une rencontre qui vous a particulièrement marqué ?

Alors il y a eu George Romero évidemment. Mais s’il ne fallait en citer que quelques uns, il y a forcément la survivaliste américaine. J’avais discuté avec elle au téléphone auparavant, elle m’avait dit qu’elle avait des armes mais de là à les voir en vrai, de la voir ouvrir son coffre fort et voir son arsenal, ça a été intense. Il y avait des rappeurs, les Flatbush Zombies, qui étaient assez impressionnants parce que c’est un peu des stars du milieu. Juste avant le concert, c’est un moment où on avait un peu de temps pour les interviewer, ça a été assez intense. Toutes les rencontres ont été super mais Eric Dufour, le philosophe, c’est celui que j’ai mis le plus de temps à convaincre, plus que George Romero. C’est un professeur d’université qui donne assez rarement d’interview et j’avais trouvé son livre (Le cinéma d’horreur et ses figures) très brillant, il apportait des choses très intéressantes. C’était très difficile de le convaincre parce qu’il n’aime pas les interviews, ça ne l’intéresse pas, il n’aime pas se faire filmer. Finalement quelque part c’est ça qui donne un contraste à l’entretien parce que justement c’est quelqu’un qui a un discours qui n’est pas habituel, à sa façon de se tenir, de s’exprimer, il a quelque chose d’original qui est un peu désarçonnant, étonnant, mais qui marche plutôt bien. C’est un discours qu’on écoute parce qu’il sort de l’ordinaire.

Avez vous d’autres projets en cours ? 

J’ai des projets en cours mais rien qui ne soit très sûr pour l’instant. Si j’avais été un peu plus avancé j’aurais été heureux de vous en parler. Ce sont des projets qui sont souvent liés au cinéma et au pouvoir de l’image. Comment l’image est produite, comment elle reflète des situations historiques et en même temps comment elle les influe ? Dans Rocky, VHS et Tous Zombies c’est  ça aussi : quel est le pouvoir de l’image ? Parfois c’est un peu plus détourné que ce qu’on croit, ça agit d’une façon un peu cachée. C’est une question qui m’intéresse pas mal. Mais je pense que je vais faire une petite pause sur le cinéma d’horreur, peut être regarder Amélie Poulain (rires). Je plaisante, mais à partir du moment où ça me faisait peur c’est là que ça m’intéressait. Le ton du documentaire est assez noir, on n’a peu parlé de la parodie parce que c’est quelque chose qui m’intéressait moins, quand on en rigole c’est qu’on est moins effrayé et moi ce qui m’intéressait vraiment c’est quand ça me faisait peur, c’est là que j’avais envie de creuser. Avec le film de Fulci j’étais obligé de me cacher les yeux, contrairement aux films d’aujourd’hui qui ne sont plus du tout effrayants. Ce sont des choses très basiques, et puis on revient vers la figure du héros blanc qui sauve, pas le monde mais presque. C’est l’antithèse de La nuit des morts vivants.

Extrait : Tous Zombies (1/13) – Zombieland

https://www.youtube.com/watch?v=aYsfOAHPSdc&list=PLAS2c8lAJ7dTUSfp-6iU-BKHK_XfI0Q13

L’Atelier, portrait d’une jeunesse en quête d’expression

Véritable diatribe politique contre la place des écrans dans la colère qu’ils exposent ou film d’une humanité jaillissante sur des sentiments contraires ? L’Atelier questionne nos vies, notre société, notre monde et frappe nos émotions. Laurent Cantet est infiniment doué pour théoriser nos existences contemporaines.

Synopsis : La Ciotat, été 2016. Antoine a accepté de suivre un atelier d’écriture où quelques jeunes en insertion doivent écrire un roman noir avec l’aide d’Olivia, une romancière connue. Le travail d’écriture va faire resurgir le passé ouvrier de la ville, son chantier naval fermé depuis 25 ans, toute une nostalgie qui n’intéresse pas Antoine. Davantage connecté à l’anxiété du monde actuel, il va s’opposer rapidement au groupe et à Olivia, que la violence du jeune homme va alarmer autant que séduire.

Les films d’écriture où des professeurs donnent le goût d’écrire ou ne serait-ce que d’apprendre à des élèves en difficulté, il y en a eu. Laurent Cantet en a d’ailleurs plus ou moins tiré lui même le sujet d’Entre les murs, récompensé d’une Palme d’Or à Cannes en 2008. Ici, L’Atelier réussit parce que ce n’est pas réellement un film sur l’écriture, qui ne sert que de toile de fond pour parler de la complexité des relations sociales, de la construction ou déconstruction du collectif. Comme à son habitude, le réalisateur va au delà de son thème général pour proposer des réflexions socio-politiques. C’est dans un stage d’écriture où un groupe de jeunes, tous envoyés par la mission locale, se rejoint pour travailler autour de l’écriture d’un roman. Chacun a son histoire et sa personnalité bien trempée : Antoine livre ses récits violents, Malika ne parle que de son grand père, Fadi se rebelle, Boubacar détend l’atmosphère. Et au milieu de tous, Marina Foïs toujours fabuleuse, dans le rôle d’Olivia, l’écrivaine en charge de mener ce groupe vers l’écriture. Elle excelle en leader mais chaque membre du groupe ne démérite pas non plus ; recrutés lors d’un casting sauvage, on pourrait véritablement croire qu’ils incarnent leur propre rôle sans avoir vraiment trop à en faire pour jouer.

Entre les lignesl-atelier-marina-foïs-matthieu-lucci

Cependant, Laurent Cantet ne se contente pas de dépeindre une jeunesse que le pouvoir des mots atteint. Il fait plutôt de celle-ci son porte parole pour relater la société qu’il connaît en choisissant de resserrer ses propos sur Antoine ; jeune bouillonnant qui permet à Matthieu Lucci de se faire remarquer. Le garçon ne parle pas, demeure solitaire mais captive par son regard sombre qui, on le sait, est rempli d’un quelque chose que l’on tente de découvrir tout le long du film. Contre qui est-il en colère ? Contre lui même, contre les autres ? Chaque mot sortant de sa bouche ou de son crayon respire la haine. L’atelier doit servir à l’écriture d’un roman noir mais c’est pourtant ce même atelier qui se transforme en film noir dans lequel Marina Foïs se retrouve prisonnière entre fascination et angoisse. Elle ne peut se résoudre à abandonner ce jeune homme, qui, selon elle, a besoin d’aide.  Le côté torturé et tourmenté de l’adolescent réussit totalement à embarquer le spectateur ailleurs que ce qu’il pouvait en attendre, qui se passionne alors pour la psychologie du personnage. Olivia se retrouve ainsi à cheval entre deux sentiments quant à Antoine, avec qui ils se livrent à un jeu d’espionnage réciproque. Elle va chez lui, se documente sur ses amis en regardant sa page Facebook, il lit ses livres, regarde ses interviews. Jusqu’où iront-ils et surtout que cherche à nous dire le cinéaste avec cette relation équivoque ?

Cantet fait alors tourner son film en thriller et fait surgir l’actualité frappante à travers la violence contenue d’Antoine, qui ne demande qu’à être extériorisée. Une violence surtout psychologique avec ses multiples provocations, ses allures d’extrême droite et son nationalisme gerbant jusqu’au tournant effrayant. La romancière canalise le jeune à la recherche de ses propres limites, ce jusqu’à un certain point. Pourtant, il apparaît que sa personnalité va bien au delà de son patriotisme certain mais douteux sur lequel on peut d’ailleurs s’interroger largement. On se plaît à penser que son extrême provocation n’est qu’un amusement ou peut être que l’on essaie de se rassurer comme le fait la romancière dans le film. L’écriture apparaît alors comme bienfaitrice et comme la meilleure thérapie pour endiguer le mal qui tente parfois de nous submerger, jusqu’à un final qui laisse sans voix avec un discours que l’on arrive même à comprendre tant l’on est rentré dans l’esprit trouble et complexe d’Antoine.

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L’Atelier : Bande Annonce

L’Atelier : Fiche Technique

Réalisation : Laurent Cantet
Scénario : Robin Campillo, Laurent Cantet
Interprètes : Marina Foïs, Matthieu Lucci, Warda Rammach, Florian Beaujean, Issam Talbi, Mamadou Doumbia, Julien Souve, Mélissa Guilbert
Musique : Bedis Tir, Edouard Pons
Image : Pierre Milon
Montage : Mathilde Muyard
Producteur : Denis Freyd
Sociétés de production : Archipel 25, France 2 Cinema
Société de distribution : Diaphana Distribution
Durée : 113 minutes
Genre : drame
Date de sortie : 11 octobre 2017

France – 2017

Detroit de Kathryn Bigelow : Un grand film que les américains n’ont pas voulu affronter

Une fois de plus, Kathryn Bigelow frappe fort avec Detroit, un film moins innocent que son label de film d’action/guerre ne le laisse supposer. Une fois de plus, elle use de son vecteur, le cinéma, pour participer et faire participer aux réflexions majeures de l’Amérique.

Synopsis : Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d’émeutes sans précédent. La guerre du Vietnam, vécue comme une intervention néocoloniale, et la ségrégation raciale nourrissent la contestation.

À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d’une base de la Garde nationale. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l’hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux. Le bilan sera très lourd : trois hommes, non armés, seront abattus à bout portant, et plusieurs autres blessés…

Bang bang, you’re dead

La ligne directrice de Kathryn Bigelow semble incroyablement enfermée dans les balises du film d’action, voire de plus en plus exclusivement du film de guerre, et pourtant elle excelle à la diversifier en l’appliquant à des sujets différents. Aujourd’hui, elle le consacre carrément à une cause, celle de la dénonciation des ségrégations raciales qui gangrénaient son pays, et le rongent encore aujourd’hui, malgré la présidence d’un homme noir, Barack Obama, pendant huit bonnes et belles années.

La manière sèche que la cinéaste a l’habitude d’adopter pour traiter son sujet, et le traitement cinématographique de Barry Ackroyd qui délivre une photo très proche des vraies images d’archives qui sont intercalées dans le film, confèrent à Detroit un aspect documentaire qui convient à un film inspiré de faits qui se sont réellement produits à Detroit pendant quelques jours du mois de Juillet 1967. Divisé en trois parties, dont la plus importante se déroule au Motel Algiers, possédé par et majoritairement fréquenté par des Noirs, le film d’une violence terrifiante, ou plus exactement qui montre la violente terrifiante d’une partie de la police, parvient à ses fins, celle d’informer, et de manière plus militante que jamais de la part de la cinéaste, de dénoncer.

Le film retrace dans sa première partie l’origine de ce qu’on appelle la « révolte de Detroit » dans un style documentaire très percutant où on voit la dégradation très rapide d’un contrôle de police plus ou moins abusif dans un établissement emblématique de ce quartier de Detroit qui a entraîné l’embarquement non justifié de noirs par tombereaux dans les fourgons de police.  Il s’attarde ensuite pendant près de 50 minutes sur la situation particulière à l’Algiers Motel qui a entraîné la mort de trois jeunes Noirs, un épisode très peu connu des américains eux-mêmes.

Source de toutes les polémiques aux États-Unis, son précédent film Zero Dark Thirty a été accusé de faire l’apologie de la torture, et Bigelow elle-même d’être en collusion avec la CIA. Dans Detroit, on l’accuse de maux différents, d’être trop blanche et trop bourgeoise pour s’approprier du sujet correctement et de manière empathique, d’être trop indulgente avec la police où on disait que les moutons étaient bien plus nombreux que ce qui est suggéré dans le film, ou au contraire d’être trop anti-flic dans la représentation qu’elle a faite de la violence des forces de l’ordre impliquées dans la tuerie du Motel Algiers.

Dans tous les cas, ces controverses montrent à quel point la cinéaste a appuyé là où ça fait mal avec son nouveau film. Sans concession, au risque, là encore, de se faire taxer de voyeurisme, Bigelow montre avec une précision implacable à la fois la violence policière et l’impuissance des Noirs face à la haine raciste et même au-delà, l’impuissance de l’homme face aux « guns », deux thématiques qui brûlent les américains. Sorti aux États-Unis en plein drame de Charlottesville (un suprémaciste blanc venu rejoindre le défilé raciste contre le déboulonnement programmé de la statue de l’esclavagiste Robert Lee a foncé dans la foule des contre-manifestants et a tué une jeune femme), Detroit y a fait un relatif flop commercial qui ne reflète pas la qualité de ce grand film où Kathryn Bigelow installe une hallucinante atmosphère de guerre dans les rues d’une ville qui était alors la 5ème puissance américaine, et qui était alors en état d’insurrection, des termes mêmes du président Johnson. Mais la période estivale et le drame live de Charlottesville n’expliquent pas tout, et c’est sans doute le refus de voir la réalité en face, comme la cinéaste le dit elle-même, qui fait que de l’autre côté de l’Atlantique, on détourne son regard de ces scènes qui mettent face-à-face des Noirs opprimés par des policiers racistes.

Contrairement à ses deux précédents films, Démineurs et Zero Dark Thirty, caractérisés par des scènes d’action sans relâche, Detroit connaît quelques respirations qui installent les personnages noirs dans leur quotidien : leur travail, les fêtes, la Motown, la bonhomie générale des protagonistes qui ne masquent pas non plus leur partie sombre (des activités illégales suggérées ici et la prison que beaucoup ont connu). Ce souci de leur donner un vrai relief, une vraie humanité est la seule manière de montrer la nature profondément injuste des exactions dont ils sont les victimes. De même, Kathryn Bigelow et son scénariste Mark Boal évitent le manichéisme, avec des scènes positives impliquant tel garde national ou tel autre policier. Le film est ainsi tout à fait cohérent avec les précédents, tout en apportant ce plus nécessaire sur un sujet aussi sensible.

detroit-kathryn-bigelow-film-critique-algee-smithAu-delà de son apport majeur à la démocratisation de cette histoire qui, comme la cinéaste le dit elle-même, n’attendait qu’à être racontée depuis 50 ans maintenant, Kathryn Bigelow , une artiste qui a évolué sous l’égide de personnalités telles que l’immense Susan Sontag, emmène désormais son cinéma d’action au rang d’un art majeur ; elle choisit le film de guerre pour provoquer émotions et réflexion. La présence de Barry Ackroyd derrière la caméra permet de donner à Detroit la nervosité et le réalisme des films comme Jason Bourne, en même temps que le spectateur se trouve pétrifié par le message que la cinéaste lui transmet. Et même quand le film devient plus calme dans sa dernière partie, après les longues séquences agitées du Motel Algiers, la violence de ce qui s’y noue le frappe (le spectateur) tout autant, si ce n’est plus. Comme on le dit un peu trop facilement aujourd’hui, c’est une vraie claque qu’on est content d’avoir reçu, une leçon d’histoire et de cinéma qu’il serait dommage d’ignorer, comme les concitoyens de Kathryn Bigelow l’ont ignoré à trop grande échelle.

Detroit – Bande Annonce

Detroit – Fiche Technique

Titre original : Detroit
Réalisateur : Kathryn Bigelow
Scénario : Mark Boal
Interprétation : John Boyega (Dismukes), Will Poulter (Krauss), Algee Smith (Larry), Jacob Latimore (Fred), Jason Mitchell (Carl), Hannah Murray (Julie), Jack Reynor (Demens), Kaitlyn Dever (Karen), Ben O’Toole (Flynn), John Krasinski (Auerbach), Anthony Mackie (Greene), Nathan Davis Jr. (Aubrey)
Musique : James Newton Howard
Photographie : Barry Ackroyd
Montage : William Goldenberg, Harry Yoon
Producteurs : Kathryn Bigelow, Mark Boal, Matthew Budman, Megan Ellison, Colin Wilson, Coproducteurs : Jonhatan Leven, Jillian Longnecker
Maisons de production : Annapurna Pictures, First Light Production, Page 1
Distribution (France) : Mars distribution
Budget : 34 000 000 USD
Durée : 143 min.
Genre : Drame, Histoire
Date de sortie : 11 Octobre 2017
USA – 2017

The Killing, le triomphe du polar nordique

Consacrée Meilleure Série Internationale par les BAFTA en 2011, The Killing, un des plus gros succès de la télévision scandinave, est un polar nordique efficace et passionnant.

Synopsis (saison 1) : Une lycéenne, Nanna Brik Larsen, 19 ans, disparaît un vendredi soir. Son cadavre est retrouvé le lundi matin, dans le coffre d’une voiture, au fond d’un étang. Alors qu’elle s’apprête à quitter la police de Copenhague, Sarah Lund accepte quand même d’enquêter sur ce meurtre en compagnie de son remplaçant, Meyer.

Depuis des années maintenant, les romans policiers venant du Nord de l’Europe connaissent un succès sans précédent (et généralement mérité). De la Suède d’Henning Mankell à l’Islande d’Arnaldur Indridason, les recettes semblent plus ou moins identiques : crimes sordides, flics empêtrés dans leurs soucis personnels et tiraillés entre leur famille et leur travail, description sombre du pays, aussi bien socialement, moralement que politiquement.

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Forcément, le cinéma et la télévision se sont vite emparés de ce succès. Nous nous retrouvons avec les adaptations de ces romans : les séries Wallander (d’abord en Suède, puis au Royaume Uni avec Kenneth Branagh dans le rôle titre), les films Millenium ou Jar City, etc.

Sarah Lund

Bien que n’étant pas une adaptation officielle de roman, la série danoise The Killing reprend les schémas narratifs classiques des polars nordiques. D’un coté, nous avons donc une enquêtrice toujours un peu borderline. Sarah Lund est le genre de fliquesse qui, lorsqu’elle suit une piste, ne s’embarrasse pas de protocole ou de bienséance. Elle fonce droit devant elle, tête haute. Et tant pis si, pour rattraper un criminel, il faut remuer dans les milieux de la politique ou des grandes entreprises. Elle a d’ailleurs du mal, on s’en doute, à respecter les ordres venant d’en haut et relayés par son supérieur direct, le pauvre Lennart Brix, qui se retrouve souvent coincé entre les remontrances de la direction et l’obstination de son inspectrice.

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Mais il n’y a pas qu’avec sa hiérarchie que Lund a des difficultés. Elle semble rencontrer des problèmes avec toute forme de relation sociale, y compris au sein de sa famille. Incapable de maintenir un couple, elle est aussi en conflit ouvert avec son fils, qui n’a plus vraiment envie d’entendre parler d’elle.

L’actrice Sofie Gråbøl est formidablement efficace dans ce rôle de femme qui cache ses fêlures derrière une insensibilité de façade. La réussite de la série lui doit beaucoup (ainsi qu’à l’ensemble d’un casting irréprochable).

Qualités d’écriture

L’autre grande qualité de la série, c’est son écriture.

The Killing contient trois saisons. Chaque saison représente une seule enquête, et l’action d’un épisode s’étend sur 24 heures. La première saison fait vingt épisodes d’une heure (vraiment une heure, et pas 40 minutes comme dans les séries étatsuniennes). Et l’enquête progresse tout au long de ces vingt heures, explorant les différents aspects de l’affaire, que ce soit auprès de la famille de la victime, du lycée, et remontant même jusqu’à la mairie de Copenhague. On explore une piste, on aboutit à un suspect, puis on se rend compte que ce n’est sûrement pas lui mais on découvre une autre piste, et ça continue comme cela. Le mécanisme est un peu trop systématique dans la première saison (il faut fournir de quoi occuper vingt heures de spectacle), et les répétition entraîne une baisse de la tension.

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Le problème sera résolu dans les deux saisons suivantes, qui sont plus courtes de moitié. La saison 2 se concentre autour du meurtre d’une avocate au passé trouble, et la saison 3 débute sur l’assassinat de trois marins, dont l’un est retrouvé en petits morceaux. Ces deux saisons, ne faisant que dix épisodes chacune, possèdent un rythme plus rapide et une tension dramatique plus forte. A ce titre, la troisième saison est absolument remarquable, sûrement la meilleure, il est impossible de décrocher une seule seconde, les rebondissements s’enchaînent de façon plus spectaculaire, et le final est grandiose et inoubliable.

Aspect politique

Dans les trois saisons, l’enquête se retrouve compliquée par un aspect politique de plus en plus important. Dans la saison 1, Sarah Lund va devoir enquêter sur le personnel de la mairie de Copenhague en pleine élection municipale, schéma qui se retrouvera dans la saison 3, sauf qu’il s’agira carrément du bureau du premier ministre lors de la campagne des législatives. Cela permet aux scénaristes de donner une vision réaliste mais désabusée de la politique au Danemark, des accords entre partis, des lobbys industriels, des soucis de communication, du rôle des grandes entreprises (et de ce qui se déroule au sein des Conseil d’Administration), etc. La série sait se nourrir de l’actualité sociale, avec la crise économique, les menaces de délocalisations… Ce contexte permet d’augmenter la tension dramatique dans laquelle se déroule l’enquête.

A cela, il faut rajouter la qualité d’une bande son vraiment remarquable, qui sait ménager de grandes plages d’un silence angoissant tout autant qu’employer une musique qui instaure une ambiance lourde.

En bref, malgré un rythme lent, The Killing est une série policière très efficace, qui propose une forte tension dramatique, mais aussi des personnages attachants. Une réussite qui donnera lieu à un remake aux Etats-Unis.

The Killing : bande-annonce

The killing : fiche technique

Titre original : Forbrydelsen
Créateur : Søren Sveistrup
Réalisation : Kristoffer Nyholm, Fabian Wullenweber, Charlotte Sieling, Henrik Ruben Genz
Scénario : Søren Sveistrup, Torleif Hoppe, Michael W. Horsten
Interprètes : Sofie Gråbøl (Sarah Lund), Morten Suurballe (Lennart Brix), Lars Mikkelsen (Troels Hartmann), Søren Malling (Jan Meyer)
Musique : Frank Bak
Photographie : Rasmus Arrildt, Bo Tengberg, Magnus Nordenhof
Montage : Steen Schapiro, Ghita Beckendorff
Production : Piv Bernth, Sandra Foss
Société de production : Danmarks Radio, Norsk Rikskringkasting, Sveriges Television, ZDF Entreprises, Nordvision, Nordisk Film.
Distribution : KLB Group
Première diffusion en France : 18 mai 2010
Nombre d’épisodes : 40 (en trois saisons)
Durée d’un épisode : 55 minutes

Danemark-2007

Coexister : Enfin une comédie française réussie !

Troisième projet de Fabrice Eboué et premier film réalisé en solo (après Case départ en 2011 co-réalisé avec Lionel Steketee et Thomas Ngijol et Le Crocodile du Botswanga en 2014, sans Ngijol à la réalisation), Coexister marque le grand retour de cet humoriste issu de la première saison du Jamel Comedy Club et spécialisé dans le stand up provocateur et rentre dedans.  Il est donc tout à fait logique qu’il en soit de même pour ses films ! Il livre pour l’occasion une comédie alerte, intelligente et, forcément, borderline, tout en réussissant le pari périlleux de ne (presque) jamais se vautrer avec ce sujet pourtant extrêmement casse gueule. Chapeau bas !

Il a déjà prouvé à deux reprises qu’on pouvait réussir à évoquer des sujets sensibles dans la comédie en poussant les curseurs du mauvais goût et de l’humour grinçant. En effet, après deux premiers essais concluants, Fabrice Eboué prouve, une fois n’est pas coutume, que l’on peut réussir une comédie avec tous ces ingrédients même si certains anciens aspects négatifs de ses œuvres précédentes ne sont pas encore gommées … Effectivement, en racontant l’histoire d’un directeur de label musical (Eboué lui-même) et sa collaboratrice (Audrey Lamy) qui doit, pressé par sa patronne (Mathilde Seignier), trouver un concept musical pouvant remplir l’Olympia et qui a donc l’idée de réunir sur scène un rabbin (Jonathan Cohen), un imam (Ramzy Bedia) et un prêtre (Guillaume de Tonquédec), le réalisateur-acteur-scénariste n’évite pas certains écueils. Par exemple, l’intrigue avec la compagne du personnage incarné par Eboué (Amelle Chabi) qui le fout à la porte de chez eux suite à une infidélité de Monsieur, est absolument dispensable et sans intérêt puisqu’elle n’apporte rien au scénario et fait même perdre du rythme à l’ensemble. De plus, les gags et références sexuels sont souvent en trop et reviennent très régulièrement (il n’y a que ça dans les parodies musicales et les principaux enjeux tournent beaucoup autour de cette question également), ce qui enlève un peu de finesse au long métrage. En même temps, c’est désormais la marque de fabrique obligatoire dans les comédies françaises actuelles et, franchement, ce n’est pas dans ce film qu’on a vu les pires blagues sur la question mais plutôt dans Alibi.com, Gangsterdam ou encore A bras ouverts, pour ne pas les citer.

Mais malgré ces défauts et sans être renversant au niveau de la réalisation (c’était plus pêchu et inventif avec Steketee), Coexister est plus malin que certains puisque plutôt que de nier ce qu’il raconte comme le faisait si bien  Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu, la purge réalisée par Philippe de Chauveron, il ne tape pas tant sur les religions que sur les religieux qui sont sans arrêt en désaccord alors que, finalement, ils croient tous en un dieu et à des textes, aussi différents soient-il. C’est la croyance et la religion qui les réunissent tous. Et, comme à son habitude, le comique sait tirer une morale pas trop conne malgré une happy end, tout de même désamorcée par des blagues qui continuent, jusqu’au bout, de piquer là où ça fait mal. Justement, ce qui rend ses films réussis si on excepte quelques facilités, c’est cette capacité d’emballer proprement le paquet mais de truffer le contenu de pièges. Eboué bouscule tout et ne s’excuse jamais en proposant une petite réflexion sans prétention toujours évacuée par un humour coup de poing qui dit finalement qu’on peut avoir des idées différentes si on décide d’en rire en évitant le blasphème car ça fait aussi partie de la richesse et de la valeur des religions qui prônent le partage, l’écoute et le dialogue, le rire y aidant en partie. En disant ça de façon simple et efficace, sans trop s’attarder sur le côté larmoyant et les bons sentiments de son script, le métrage sait toujours prôner la drôlerie lorsqu’il aborde les erreurs, les paradoxes et les désaccords de ces trois chanteurs qui sont loin d’être des saints.

D’ailleurs, pour incarner ce groupe, le trio de comédiens s’en donne à cœur joie en sachant ne jamais tomber dans la caricature et en leur ayant créé des histoires personnelles intéressantes, à défendre. En plus, chose importante, aucun des comédiens ne tire la couverture à soi, ils se partagent bien les rôles, avec des intrigues concernant chacun d’entre eux, qui se rejoignent habilement, Eboué sachant toujours se mettre en retrait pour incarner un personnage qui est le liant entre les autres, en offrant un terrain de jeu infini et une liberté sans borne à ses acteurs tout en soignant le rôle féminin principal, élément souvent absent pour le surligner dans ces lignes. Enfin, le monde de la production musicale et la crise du disque sont largement abordés dans la première partie et ne quittent jamais l’histoire, vecteurs originaux pour évoquer les questions religieuses. Le détournement des goûts et codes musicaux de nos jours est très drôle, constituant les séquences les mieux réalisées et soignées du film, rattrapant ainsi les simples champs-contrechamps un peu mécaniques et un style parfois un peu trop télévisuel. Ce qui n’empêche pas ce délire d’exploser à plusieurs reprises en étant impertinent, marquant, touchant et avec un réel sens de la rupture qui lui permet de se hisser en tête des meilleures comédies hexagonales de l’année avec Problemos de Eric Judor, cultivant le même esprit anar divertissant que n’aurait pas renié un certain Jean Yanne.          .

Ce n’était pas gagné de réussir à aller au-delà de ce postulat qui ressemble au début d’une mauvaise blague racontée en fin de cérémonie de mariage et, pourtant, ça fonctionne ! En dépit de quelques faiblesses d’écriture, d’une réalisation trop basique et de certaines lourdeurs, Coexister ne s’interdit rien en faisant preuve d’une insolence et d’un culot devenus bien trop rares dans le cinéma comique bien de chez nous ! C’est construit,  bien que classique dans le développement et la forme pour ne pas brusquer les spectateurs assidus de ce genre même s’ils risquent d’être surpris tout de même tant le film dégomme tout ce qui bouge, surtout les contradictions et le cynisme qui règnent dans le monde. Certains diront qu’il est rempli de clichés mais justement, Eboué préfère en rire et se moquer de ces personnes percluses de clichés. Du divertissement qui oublie d’être bête sans pour autant se prendre la tête, c’est rare et quand, en plus, le politiquement incorrect y est majoritairement présent, c’est encore mieux. A voir !

Coexister : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=488YDTh6OH4

Synopsis : Sous la pression de sa patronne, un producteur de musique à la dérive décide de monter un groupe constitué d’un rabbin, un curé et un imam afin de leur faire chanter le vivre-ensemble. Mais les religieux qu’il recrute sont loin d’être des saints…

Coexister : Fiche technique

Réalisateur : Fabrice Eboué
Scénariste : Fabrice Eboué
Casting : Fabrice Eboué, Audrey Lamy, Ramzy Bedia, Jonathan Cohen, Mathilde Seigner, Amelle Chahbi..
Soundtrack Compositeur : Guillaume Roussel
Directeur de la photographie : Philippe Guilbert
Chef monteur : Alice Plantin
Ingénieur du son : Antoine Deflandre
Mixage : François-Joseph Hors
Distributeur : EuropaCorp Distribution
Genre : Comédie
Durée : 1h 30min
Date de sortie : 11 octobre 2017

France 2017

Auteur : Ugo T

 

 

Numéro Une, Tonie Marshall met une femme au pouvoir

Avec Numéro Une, Tonie Marshall imagine l’ascension d’une femme à la tête d’une entreprise du CAC 40. Son entreprise cinématographique à elle n’est pas si folle que ça et elle est portée par une Emmanuelle Devos très juste, qui n’en fait jamais trop pour camper cette executive woman en quête de pouvoir, et peut-être aussi d’utilité.

This is a (wo)man’s world…

Il aurait été facile pour Tonie Marshall de faire de son héroïne, Emmanuelle (prénom de l’actrice et du personnage qu’elle campe), un cliché d’excutive woman telle qu’on aime à se l’imaginer : très carrée, parfaite, capable de contenter son mari, d’aimer ses enfants et de réussir. Pourtant, sans les exagérer, mais avec de jolies petites nuances, la réalisatrice montre aussi, et ce dès la toute première séquence de Numéro Une, les faiblesses de la femme dont elle fait le portrait. Elle lui dessine une petite fêlure, un besoin d’innocence volée trop tôt. En résumé, Emmanuelle est moins froide, moins stéréotypée et déshumanisée que sa sœur de cinéma, Emilie qui officiait dans Corporate. Pourtant, ces deux femmes seront confrontées au broyage de l’humain par l’entreprise, au suicide et à ses conséquences. Pour autant, les combats des deux films, sortis à quelques mois d’intervalle, ne sont pas les mêmes. Si Corporate tient plus ou moins pour acquis ou du moins ne s’interroge pas sur la place d’une femme à un haut poste de l’entreprise, Numéro Une en fait le cœur de son action. Brillante, polyglotte, investie, Emmanuelle Blachey est repérée par un groupe féministe pour être nommée à la tête d’une entreprise du CAC 40. Une première, l’achèvement d’un combat mené depuis longtemps par Olympe, sorte de condensé des réseaux de femmes qui se construisent un peu partout dans le monde de l’entreprise. Un féminisme sans intersectionnalité certes, mais tout de même un petit monde de femmes bien nées qui revendiquent la parité, mais mieux encore l’égalité. Avoir, à compétences égales, chances égales de réussir. La force du film est de ne pas faire d’Emmanuelle une chantre du féminisme, elle est partante pour le CAC 40, mais sans trop vouloir forcer sur le côté féminin de son ascension, elle qui a « toujours voulu faire oublier [qu’elle] était une femme ». Or, là il n’est plus question de se cacher, mais bien de se montrer, quitte à oublier en chemin d’autres combats, comme celui de déjouer les pièges de l’accès au pouvoir : magouilles, petits contrats, et destruction instantanée de la carrière du concurrent.

Combattantes, un passage obligé ?

L’intérêt de Numéro Une n’est pas tant de savoir si Emmanuelle accédera au pouvoir, mais comment elle y accédera. Telle une Borgen sur grand écran, l’héroïne du film est une combattante, une femme qui ne cède pas un quart de sa vie privée aux médias, qui tente de garder la tête hors de l’eau, d’éviter les blagues sexistes, de se fondre dans la masse de ses collègues. Emmanuelle le dit d’ailleurs très bien à son patron qui la félicite de son contact aisé avec des clients chinois : « boire comme eux, s’habiller comme eux, manger comme eux », en résumé elle explique que c’est par le mimétisme qu’elle crée des liens. Cela va même jusqu’à connaître sur le bout des lèvres une chanson d’enfance chinoise qu’elle fredonnera avec ses hôtes d’un soir, en pleine mer. Si le combat qu’Emmanuelle tente de gagner ne changera peut-être rien pour toutes les femmes, il permet au moins d’engager pleinement l’idée qu’une femme patronne d’entreprise n’est pas un problème. A ce titre, le discours de Rita (Suzanne Clément) lors de l’enterrement de la patronne d’Olympe est exquis, déconstruisant les discours machistes sur les femmes et la réussite, en dressant le portrait d’une femme singulière. C’est que la mise en scène de Numéro Une est habile, s’interrogeant autant sur le côté abyssal du monde de l’entreprise (avec des plans vertigineux sur des buildings, des quartiers d’affaires), que sur la place des femmes dans différents lieux (assemblées d’hommes, lieux publics).

Enfin, ce que le film ne dit pas mais fait ressentir, c’est qu’aujourd’hui une nouvelle injonction s’offre aux femmes : pour être digne d’être femme il faudrait vouloir se battre, être une combattante, ne rien lâcher, ne pas abandonner, mettre une partie de soi entre parenthèses pour satisfaire une réussite. Bref, il s’agit-là d’être la meilleure, d’être utile. Et c’est pour cela que l’histoire d’une noyée inconnue, faisant écho à la mère disparue en mer de l’héroïne, devient bouleversante. Non pas pour ce qu’elle évoque de la tristesse, de la solitude et de la mort, mais pour la possibilité de s’effacer, d’avoir juste envie de vivre, pas forcément de se sentir utile (on peut passer sa vie à aider les autres sans se croire utile). Se battre n’est pas une ligne de conduite unique, et Emmanuelle n’est pas un modèle, elle ne prétend jamais l’être, Tonie Marshall ne tombe pas dans ce piège, fort heureusement. C’est pourquoi elle multiplie les scènes où des femmes toutes différentes se mélangent, dès la scène d’ouverture dans la gare, donne aux femmes même la possibilité de ne pas s’excuser (d’être ce qu’elles sont ?), fait porter leurs voix dans une scène discrète mais déterminante qui fait basculer l’envie d’Emmanuelle (et auxquelles de « vraies » féministes ont participé). Un plafond de verre est certes brisé, mais il reste mille combats, que certaines mèneront pendant que d’autres traverseront la vie, avec, on l’espère, plus de douceur que leurs aînées, non pas dans un monde de femmes, mais prenons-nous à rêver, dans celui de l’égalité.

Numéro Une : Bande annonce

Numéro Une : Fiche Technique

Synopsis : Emmanuelle Blachey est une ingénieure brillante et volontaire, qui a gravi les échelons de son entreprise, le géant français de l’énergie, jusqu’au comité exécutif. Un jour, un réseau de femmes d’influence lui propose de l’aider à prendre la tête d’une entreprise du CAC 40. Elle serait la première femme à occuper une telle fonction. Mais dans des sphères encore largement dominées par les hommes, les obstacles d’ordre professionnel et intime se multiplient. La conquête s’annonçait exaltante, mais c’est d’une guerre qu’il s’agit.

Réalisation : Tonie Marshall
Scénario : Tonie Marshall, Marion Doussot, Raphaëlle Bacqué
Interprètes : Emmanuelle Devos, Suzanne Clément, Richard Berry, Sami Frey, Benjamin Biolay, Francine Bergé, Anne Azoulay, John Lynch
Photographie : Julien Roux
Montage : Marie-Pierre Frappier
Musique : Mike et Fabien Kourtzer
Producteurs : Véronique Zerdoun, Tonie Marshall
Distribution : Pyramide
Genre : comédie dramatique
Durée : 110 minutes
Date de sortie : 11 octobre 2017

France – 2017

Kingsman : Le Cercle d’Or, un concentré d’adrénaline en costume trois pièces

N’évitant pas les pièges classiques d’une suite basculant dans la facilité et le manque d’originalité, Kingsman : Le Cercle d’Or surprend toutefois par son jusqu’au-boutisme irrévérencieux et des scènes d’action toujours aussi incroyables. Ce qui en fait une suite de bonne facture soutenue par des interprètes en totale roue libre.

Synopsis : KINGSMAN, l’élite du renseignement britannique en costume trois pièces, fait face à une menace sans précédent. Alors qu’une bombe s’abat et détruit leur quartier général, les agents font la découverte d’une puissante organisation alliée nommée STATESMAN, fondée il y a bien longtemps aux Etats-Unis. Face à cet ultime danger, les deux services d’élite n’auront d’autre choix que de réunir leurs forces pour sauver le monde des griffes d’un impitoyable ennemi, qui ne reculera devant rien dans sa quête destructrice.

« C’est à ses manières qu’on juge un homme ! »

Matthew Vaughn est de ces réalisateurs qui, dans ces films, aiment s’approprier un genre pour y apporter sa touche personnelle. Après le film noir (Layer Cake), le conte fantastique (Stardust), et les super héros (Kick Ass, X-Men – Le Commencement), c’est au film d’espionnage qu’il s’est attaqué il y a deux ans avec Kingsman – Services Secrets. Et ça lui a réussi : avec plus de 400 millions de dollars au box-office, pour un budget quatre fois moins élevé, et un bouche à oreille des plus efficaces, le film fut une véritable cure de jouvence dans le milieu du blockbuster et gagna quasi instantanément ses galons de film culte. Et une petite victoire pour Vaughn car son succès le plus colossal. A tel point qu’une suite fut immédiatement envisageable. Ni une ni deux, Vaughn accepte de briser sa propre règle de ne jamais réaliser de suite pour se lancer dans la nouvelle aventure de la crème des espions britanniques.

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Le problème d’une suite est, par essence, de venir après, de ne pas ouvrir le bal, et donc de ne pas potentiellement proposer le même niveau d’innovation qui a participé au succès du premier opus. Car s’il y a un bien un défaut qui caractérise bon nombre de suites, c’est avant tout l’absence de l’effet de surprise, quitte à ce que le second souffre irrémédiablement de la comparaison avec le premier film. Malheureusement, Kingsman : Le Cercle d’Or n’échappera pas à la règle. Le ton déjanté enveloppé d’un drap d’élégance qui faisait la saveur de Services Secrets est bien sûr présent … mais familier. Le spectateur le retrouve, un sourire au coin des lèvres à la place des yeux pétillants de surprise. Il avance en terrain déjà conquis, où, en plus d’en connaître la majorité des codes et des ficelles, bute sur quelques problèmes. Les principaux sont des facilités scénaristiques auxquelles ne nous avait pas habitués Vaughn jusqu’à maintenant. Bien qu’épousant l’atmosphère globale du film, elles restent pour la plupart assez risibles. Une balle dans la tête ? Pas de problème, les Kingsman ont ce qu’il vous faut : une substance permettant de l’extraire, et hop, un agent remis sur pied et (presque) paré au combat ! Un personnage secondaire encombrant ? Qu’à cela n’tienne, une petite erreur de sa part, et le voilà vite éliminé par la grande bad girl du film, Poppy Adams (Julianne Moore), véritable psychopathe aux allures de ménagère idéale. D’ailleurs, malgré une interprétation somme toute correcte, et une extraordinaire planque sous forme de petit coin d’Amérique tendance fifties (cinéma rétro, fast food dinner…), cette dernière a un peu de mal à passer après Samuel L. Jackson.

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Il n’est certes pas évident pour un film d’action tendance comédie de se réinventer, à part la traditionnelle accentuation bigger and louder, notamment symbolisée par la planque de Julianne Moore décrit ci-dessus Et si c’était justement ça qui fait le sel de ce Kingsman ? Conscient de son excentricité, c’est en se refusant tout effet de renouvellement et revendiquant pleinement son outrance que Le Cercle d’Or puise en ce qu’il a de meilleur.

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Et en cela, autant dire qu’on est servi ! Le film fonctionne en grande partie sur le principe du buddy movie opposant les distingués et maniérés Kingsman en costumes trois pièces, chargés de travailler avec les bruts de décoffrage et indomptables Statesman. Ayant l’intelligence de ne pas aligner systématiquement les blagues de choc des cultures, Kingsman : Le Cercle d’Or préfère privilégier l’excentricité même de ses personnages. En plus de ceux que l’on connaît déjà, les petits nouveaux en imposent, que ce soit Jeff Bridges en impayable texan ascendant républicain, un Pedro Pascal maniant le lasso comme personne, ou un caméo tordant d’Elton John semblant s’amuser comme un fou. Dans son coté outrancier, le long métrage trouve également son rythme de croisière au travers d’incroyables séquences clés. Les scènes d’action dans un premier temps : encore plus impressionnantes que dans le premier, elles semblent franchir un nouveau pas dans le côté cartoon et la folie visuelle de son réalisateur. Au menu, vous démarrerez en trombe avec une course poursuite en plein Londres pour terminer sur un combat final sous les notes dansantes de Word up version country, en passant par une télécabine en pleine montagne devenue totalement incontrôlable. Mais également dans des séquences plus fortes émotionnellement parlant dans un second temps, dont l’exagération est telle qu’elles en deviennent réussies, là où certaines suites se plantent, dû à un manque de recul et une trop grande prise au sérieux annihilant tout effet dramatique (coucou Les Gardiens de la Galaxie Vol 2 !). Un comble quand on sait que cette fameuse élite se doit de ne dégager aucun semblant d’émotion !

Plus émouvant, plus trash, plus fou, Kingsman : Le Cercle d’Or se vit comme un véritable shot d’adrénaline, dopé aux fusillades démentielles et instants comiques savoureux. S’il marquera moins les esprits que son illustre aîné, son excentricité no limit reste rare dans le paysage actuel des blockbusters. Et fichtre que ça fait du bien !

Kingsman : Le Cercle d’Or : Bande-annonce

Kingsman : Le Cercle d’Or : Fiche technique

Réalisation : Matthew Vaughn
Scénario : Jane Goldman et Matthew Vaughn, d’après l’œuvre de Mark Millar et Dave Gibbons
Casting : Taron Egerton (Eggsie/Agent Galahad), Colin Firth (Harry Hart/L’ancien agent Galahad), Mark Strong (Agent Merlin), Julianne Moore (Poppy Adams), Halle Berry (Ginger Ale), Channing Tatum (Agent Tequila), Pedro Pascal (Agent Whisky), Jeff Bridges (Champagne)…
Costumes : Arianne Phillips
Photographie : Georges Richmond
Musique : Henry Jackman et Matthew Margeson
Production : Adam Bohling, David Reid (V), Matthew Vaugh, Dave Gibbons, Mark Millar, Pierre Lagrange, Claudia Schiffer, Stephen Marks
Sociétés de production : Marv Films, Cloudy Production
Sociétés de distribution : 20th Century Fox
Budget : 104 millions de dollars
Langue originale : anglais
Genre : Action, espionnage, comédie
Durée : 141 minutes
Dates de sortie : 11 Octobre 2017
Etats-Unis – Royaume-Uni – 2017

Sortie DVD/Blu-Ray Rodin, le « bouc sacré » dans vos télés

Après avoir fait une apparition peu remarquée (hélas) sur la Croisette lors du dernier Festival de Cannes, Rodin s’invite dans votre salon dès le mercredi 11 octobre avec la sortie en DVD et Blu-Ray du dernier film de Jacques Doillon. Biopic sur l’artiste et récit d’une histoire d’amour destructrice avec Camille Claudel, l’œuvre rend dignement hommage au sculpteur à l’occasion du centenaire de sa mort.

Synopsis : À Paris, en 1880, Auguste Rodin reçoit enfin à 40 ans sa première commande de l’État : ce sera La Porte de L’Enfer composée de figurines dont certaines feront sa gloire comme Le Baiser et Le Penseur. Il partage sa vie avec Rose, sa compagne de toujours, lorsqu’il rencontre la jeune Camille Claudel, son élève la plus douée qui devient vite son assistante, puis sa maîtresse. Dix ans de passion, mais également dix ans d’admiration commune et de complicité. Après leur rupture, Rodin poursuit son travail avec acharnement. Il fait face au refus et à l’enthousiasme que la sensualité de sa sculpture provoque et signe avec son Balzac, rejeté de son vivant, le point de départ incontesté de la sculpture moderne.

Quelle plus belle relation que celle de l’amour qui côtoie l’art ? C’est l’histoire d’Auguste Rodin et Camille Claudel. Maître et élève puis amants fougueux, l’aventure devenue mythique des deux artistes est sublimée par Vincent Lindon et Izïa Higelin. Le toucher de la matière n’a jamais été aussi charnel, et l’on croirait à chaque geste du sculpteur que c’est une femme qu’il caresse ou qu’il enlace. L’acteur est renversant de vérité et entraîne le public dans son procédé de création passionnant. Accompagné de deux femmes vivement présentes que sont Séverine Caneele et Izïa Higelin, le triangle amoureux est saisissant. Saisi, c’est par la caméra de Jacques Doillon qu’il l’est. Le réalisateur fait un travail incroyable qui rend non seulement, un digne hommage à Rodin mais aussi aux femmes qui l’ont tant inspiré et qui en inspirent encore beaucoup. Magnifiant l’amour et les corps, le cinéaste livre une œuvre sobre, calme mais douce et touchante.

Récemment, dans Un beau soleil intérieur, l’un des amants de Juliette Binoche dit avoir besoin d’admirer pour aimer. Il semble que Claudel et Rodin auraient été d’accord avec cette phrase, parce que si leur duo formé rassemble également amour et inspiration, inutile de préciser qu’il est né sous une admiration réciproque. De l’admiration, c’est d’ailleurs le spectateur qui peut en avoir pour la qualité de ce biopic qui ne fait pas que raconter la vie d’un homme-artiste ou du moins qui la livre avec finesse et délicatesse. Doillon offre un point de vue raffiné sur l’homme qu’était Rodin et sur l’érotisme dont il était le maître dans son art.

Avec un complément intéressant et satisfaisant, Wild Side (distributeur) offre en bonus, un entretien croisé entre Jacques Doillon et Véronique Mattiussi (Responsable du fonds historique du musée Rodin). Cette dernière a beaucoup aidé Vincent Lindon à connaître le sculpteur et à rentrer dans la peau de l’homme qu’il devait être et qu’il avait pour tâche d’interpréter. Pour le centenaire de la mort d’Auguste Rodin (1840-1917) : beaucoup d’hommages ont été présentés, quelques expositions également au Grand Palais ou au Musée Rodin lui même. Cet entretien revient sur quelques œuvres de l’artiste vues par Doillon et surtout sur la manière dont il s’est saisi des traits de l’artiste pour le représenter le mieux possible et pour filmer l’art de sculpter. L’entretien est très enrichissant lorsqu’on s’intéresse à la sculpture bien que l’on puisse regretter de ne pas en apprendre assez sur le film et sur ses acteurs. Il est dommage de ne pas pouvoir assister à l’apprentissage de Vincent Lindon par exemple, véritablement transformé dans la peau de Rodin.

Rodin : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=AxnsnNqN36I

[cbtabs][cbtab title= »Caractéristiques DVD »]Image : 2.40, 16/9ème compatible 4/3.

Son : français DTS 5.1 & Dolby Digital 2.0

Sous titres : français

Durée : 1h55

Bonus : Sculpter Rodin (31 minutes)

[/cbtab][cbtab title= »Caractéristiques Blu-Ray »]Image : 2.40

Résolution 1080, 24p

Son : français DTS HD Master Audio 5.1

Sous tires : français

Durée : 2h

Bonus : Sculpter Rodin (31 minutes)[/cbtab][/cbtabs]

Rodin-Jacques-Doillon-sortie-DVD

 

Prix public indicatif commun aux deux éditions : 19,99€

Sortie du film Churchill en DVD et Blu-Ray chez Orange Studio

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Le mardi 10 octobre sort en DVD et Blu-Ray Churchill, chez Orange Studio. C’est l’occasion de se replonger dans une partie de l’Histoire autour de cette personnalité incontournable avant la sortie du très attendu Les Heures sombres en janvier 2018, autre biopic sur Churchill.

Synopsis : Juin 1944. 48 heures avant le Débarquement. Le Premier ministre britannique Winston Churchill s’oppose à l’opération Overlord soutenue par le général américain Dwight Eisenhower. Churchill ne parvient pas à oublier l’échec de Gallipoli en 1915 dont il est tenu responsable, une opération similaire qui avait entraîné la mort des dizaines de milliers de jeunes soldats britanniques et australiens.

Winston Churchill est décidément la personnalité qui attire les studios ces derniers temps. En effet, Les Heures Sombres de Joe Wright (Orgueil et Préjugés, Reviens-moi, Anne Karénine) est attendu dans les salles obscures françaises en janvier 2018. S’il est encore trop tôt pour parier quoi que ce soit, nous ne serions guère surpris de voir Gary Oldman dans la course aux Oscars et même de le voir décrocher la fameuse statuette. On entendra parler plus de cette œuvre que de celle de l’Australien Jonathan Teplitzky (Les Voix du Destin), intitulé sobrement Churchill.

Le remarquable acteur écossais Brian Cox (The Jane Doe Identity, Zodiac), méconnaissable sous sa couche de maquillage et ses prothèses, livre une interprétation indéniablement convaincante même s’il n’évite pas par moments le mimétisme et le cabotinage. Mais pour être honnête, on a vu ailleurs des incarnations de Churchill plus mémorables : un comble pour un film qui s’intitule Churchill justement ! On se souvient finalement mieux par exemple des apparitions de Timothy Spall dans Le Discours du Roi (réalisé par Tom Hooper) ou de John Lithgow dans la série Netflix The Crown. Cela dit, son interprétation reste certainement un des seuls atouts de ce long métrage qui ne marquera pas les esprits.

Malgré son titre, Churchill n’est pas un biopic retraçant toute sa longue et riche vie (mais on a envie de dire que les biopics traditionnels existent de moins en moins : ne retracer qu’un épisode de la vie d’une personnalité est devenu très courant). Il se concentre uniquement sur deux journées avant le Débarquement. Au-delà d’évoquer une page de l’Histoire ou plutôt ses coulisses, le film a pour volonté de se plonger dans l’esprit vieillissant de cet immense homme politique face à ses souvenirs et à ses tourments. Bref, c’est à l’origine un film qui a pour but de mêler la sphère intime à la sphère publique. Il y a également la noble envie de désacraliser le mythe (là encore, il n’y a pas de nouveauté : c’est la tendance des pseudo biopics actuels). Churchill n’est pas un film inintéressant : la mise en scène est tout à fait correcte (surtout par rapport à ce qu’on attend de ce type de production), les images sont soignées et l’angle en lui-même pouvait attirer l’attention.

Hélas, Churchill reste un film trop sage et académique. On le regarde au mieux avec un intérêt poli, au pire avec indifférence. Il faut dire qu’il n’est pas aidé par un scénario peu palpitant, construit autour d’un faux suspense qui reste jusqu’au bout… un faux suspense, ni par son rythme mou du genou ni plus globalement par sa lourdeur constante. Heureusement pour les spectateurs, le film dépasse à peine les 90 minutes.

DVD et Blu-Ray

Churchill étant sorti dans la discrétion dans les salles françaises en mai dernier, il ne fallait pas s’attendre à une édition en DVD et Blu-Ray très développée. Il n’y a donc aucun bonus à l’horizon : cette édition se contente de proposer deux versions, française et anglaise, en 5.1. et 2.0., ainsi que des sous-titres possibles pour les sourds et malentendants.

Réalisation : Jonathan Teplitzky
Scénario : Alex Von Tunzelmann
Acteurs : Brian Cox, Miranda Richardson, John Slattery, Ella Purnell, James Purefoy
Musique : Lorne Balfe

Contenu du DVD :

churchill-film-sortie-dvdDate de sortie : 10 octobre 2017

Éditeur ORANGE STUDIO – Public légal tous publics – Langue 1 anglais – Sous-titrage 1 français Qualité Pal – Durée : 98 Minutes- Couleur/noir blanc couleur – Stéréo / Mono stéréo

Churchill : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=ltqAYCPRpu4