Le mardi 24 octobre marque le retour en France en DVD et Blu-ray de Chucky, la poupée tueuse culte inventée par Don Mancini en 1988 dans Jeu d’enfant (Child’s Play). Septième volet de la franchise, Cult of Chucky – retitré en France Le Retour de Chucky – fait revivre la célèbre créature le temps d’un ride d’une heure et trente minutes à la fois chaotique et enthousiasmant.
Synopsis : Internée dans un hôpital psychiatrique depuis quatre ans, Nica Pierce est convaincue à tort d’avoir tué – à la place de Chucky – toute sa famille. Mais la terreur s’empare des lieux après une série d’événements sanglants. La poupée tueuse au sourire diabolique n’est peut être pas si étrangère que cela à ces événements…
Psycho’Chucky
Le scénariste-réalisateur du film, Don Mancini, explique dans l’une des featurettes bonus qu’il a voulu amener sa poupée tueuse dans un nouveau terrain de chasse : un asile psychiatrique. Deux raisons justifient son choix : faire évoluer Chucky dans un espace au nouveau potientiel comico-horrifique ; et amener une nouvelle imagerie dans la saga. Mancini parle dans le même document d’une image moderne, désaturée et monochrome. Et il l’obtient parfaitement. L’asile est clinquant, neuf. Tout semble lisse, droit, sans aucun débordement. Mais c’était bien sûr sans compter sur Chucky. La poupée incarne le désordre dans cet établissement qui tend à rétablir l’ordre psychique chez ses patients. Ainsi les couleurs enfantines du tueur jurent dans cet espace homogène. Et comme le voulait aussi le scénariste-réalisateur, le sang n’en ressort que plus rouge. Enfin, alors que Chucky a gagné en importance dans l’établissement – notamment par l’agrandissement de son culte -, le cinéaste le ramène alors dans un environnement à l’imagerie chaude, eightie, propre à son personnage. On remarque alors un élément essentiel : en cherchant à amener son invention dans un nouvel espace et surtout une nouvelle imagerie, Mancini confirme l’identité visuelle chaude de sa poupée tueuse.
Chucky s’amuse comme un petit fou en asile.
La personnalité comique du personnage est aussi mise en avant grâce à l’environnement et ses patients. On retiendra par exemple une conversation drôlement absurde entre une schizophrène et Chucky. On regrettera toutefois l’écriture psychédélique d’une bonne partie du récit. En effet, ce dernier ne cesse – pendant un un certain temps – de jouer sur la réalité et la perception. « Est-ce que je vois est bien réel ? », « suis-je fou ? », « est-ce la réalité ou une fiction produite par mon imagination ? » : autant de questions qui viennent alourdir un script empli d’ellipses parfois justifiées par des prises de médicaments ou injections de somnifères. Cet élément de l’intrigue est adéquat lorsqu’on considère l’environnement du film. Mais il est suremployé de telle manière que le long métrage frôle la série B télévisuelle. Le sentiment est renforcé par une scène de mort – par chute de verrière – à la construction visuelle surnumérique cheap. Et toute intervention de Chucky pendant ce long moment is-it-real-? est un véritable plaisir. Cela, parce qu’une certaine tendance à ne plus regarder un film labélisé Chucky a pu légèrement se faire ressentir. Une impression aussi vite disparue qu’apparue, rassurez-vous.
The Chucky Puppet Show
Car Cult of Chucky propose certaines des plus folles séquences de la saga. Préparez-vous en effet à découvrir trois poupées Chucky réunies dans un seul espace (et un seul plan), discutant, riant, et bien sûr assassinant ensemble. Si Chucky manipule les patients de l’asile tels des figurines articulées, Mancini n’oublie pas de réaliser littéralement un film de marionnettes. Ainsi le cinéaste et son équipe ont fait le pari technique de mettre en scène de multiples poupées Chucky intéragissant ensemble, proposant ainsi un véritable spectacle de marionnettes. À ce propos, Universal a inséré dans les bonus du Blu-ray une excellente featurette consacrée à la formidable construction technique de ce macabre et tordant show de guignols.
Cult of Chucky arrive d’ailleurs en France en DVD et Blu-ray avec une image et un son formidables, le tout agrémenté de plusieurs bonus très intéressants. Loin d’être le chef d’oeuvre de la saga, le film de Don Mancini a tout de même le mérite de la renouveler. Un renouvellement qui touche même le fan service du film assuré par la présence de la fiancée tordue de Chucky Jennifer Tilly / Tiffany, et celle du héros de la saga depuis le premier volet Alex Vincent / Andy Barclay. Mancini a veillé à l’évolution de ses personnages. On pourrait cependant regretter un manque de clarté concernant la présentation / l’intégration de ces vieux personnages dans le film. En effet, le spectateur qui n’aurait pas vu l’ensemble de la saga pourrait se sentir perdu, et même considérer leur présence comme des fan-sketches liés à l’intrigue principale de manière quelque peu fortuite. Toutefois le même afficionado saura certainement, comme l’amateur du genre, prendre du plaisir face à la dernière demi-heure du long métrage, ensanglantée, cinglée et jouissive.
Cult of Chucky (Le Retour de Chucky) – Bande-Annonce
Audio : Anglais, Espagnol, Français, Allemand, Italien DTS Digital Surround 5.1, Anglais Dolby Digital 2.0 (bonus audio) – Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Arabe, Espagnol, Danois, Néerlandais, Finnois, Français, Allemand, Grec, Hindi, Islandais, Italien, Norvégien, Portugais, et Suédois
BONUS DVD & Blu-ray
Scènes coupées / Les coulisses de la folie du retour de Chucky / Good Guy devient méchant : Les incarnations de Chucky / La maison des poupées / Commentaire sur le film de Don Mancini et Tony Gardner
Après le final à couper le souffle de la saison 1 de Gomorra, le clan Savastano va devoir renaître de ses cendres tel le Phénix. Les hommes de Salvatore Conte ont bien l’intention de s’emparer de Naples après une nouvelle vague de règlements de comptes et des jeux d’alliances tactiques et perfides. Le plus Napolitain des Catalans a bien l’intention de faire avancer ses pions sur l’échiquier géant que sont devenues les places fortes du trafic de drogue à Scampia et Secondigliano. Stefano Sollima, Claudio Cupellini, Francesca Comencini et Claudio Giovannesi relatent l’Enfer qu’est devenu Naples suite à la guerre ouverte entre les clans Conte et Savastano dans Gomorra, saison 2.
Synopsis : La deuxième saison reprend là où s’est terminée la première. Ciro Di Marzio, après avoir fait une alliance avec Salvatore Conte, met en sécurité sa compagne, Debora, et sa fille, Maria Rita, en vue de la revanche à venir des Savastano. Pendant ce temps, Genny lutte pour sa survie à l’hôpital. Les médecins tentent par tous les moyens de le ranimer. Don Pietro, après avoir été libéré par ceux qui lui sont restés fidèles, apprend la nouvelle de la fusillade qui a opposé Ciro Di Marzio à son fils, Genny. Il découvre alors l’état de santé critique de Genny et l’état de délabrement du clan Savastano. Ciro devra payer pour ses fautes et pour la destruction de l’intérieur de l’organisation. La défaite momentanée de la famille de Don Pietro laisse un énorme vide du pouvoir, que Ciro a bien l’intention d’occuper avec l’aide de Salvatore Conte. Ciro promet fidélité à Conte, mais étant donné son passé, il lui est difficile de lui faire totalement confiance. Ciro est aussi un manipulateur habile et est en mesure d’obtenir la confiance des hommes de Conte. Les problèmes de Ciro ne se terminent pas là. Sa femme Debora ne parvient plus à supporter d’être sous la coupe des actions criminelles de son mari et envisage de tout avouer à la police, mais à quelques pas du commissariat, elle hésite à franchir le Rubicon et elle revient sur ses intentions.
Cette critique contient des révélations sur la saison 2. ATTENTION AUX SPOILERS.
La fin de la toute première saison annonçait une victoire à la Pyrrhus du clan Conte. Le mafieux barcelonais à la queue de cheval et qui ne se sépare jamais de sa cigarette électronique s’apprêtait à redevenir le « roi du pétrole » et des places de deals à Naples après avoir manipulé Ciro Di Marzio. De rares anciens du clan Savastano (Malamore notamment) qui ont survécu à la purge des chiens fous de l’entourage de Genny, sont parvenus à réaliser un véritable miracle avec la libération de Don Pietro. La vengeance de Genny, perdu dans les limbes de son coma à l’hôpital, promet également d’être terrible. Certains mafieux expérimentés ont malheureusement trahi Don Pietro pour rejoindre Conte.
Don Pietro part se mettre au vert et se faire oublier en Allemagne après sa libération. Genny, remis de ses blessures, va découvrir que son père travaille dorénavant pour une faction du Système à l’étranger dans le cadre d’un trafic de diamants. Après Conte en Espagne, ces séquences en Allemagne dévoilent à nouveau les ramifications de la Camorra dans toute l’Europe.
Les désillusions d’un fils
Genny Savastano sera face à de nombreux choix cornéliens dans cette saison 2. Il sera littéralement tiraillé entre plusieurs personnages. Ses décisions vont lui permettre de mûrir définitivement et de devenir un leader important au sein de l’organisation mafieuse. Entre la haine naissante envers son père qui se détache de lui, sa volonté de se venger de la terrible fusillade avec Ciro Di Marzio, qui a failli l’envoyer six pieds sous terre, et sa passion amoureuse naissante avec la fille d’un entrepreneur véreux dans le bâtiment offrent au comédien Salvatore Esposito de très beaux moments dans cette saison 2. Son incompréhension et son mal être face au rejet et à la dureté de son père, qui tente de s’accrocher au pouvoir, offrent de très belles séquences dans ces douze nouveaux épisodes. Genny Savastano va même s’épanouir et profiter de nouvelles opportunités positives en quittant la situation étouffante et oppressante de Naples. Par l’intermédiaire du père de sa petite amie, Genny va en effet démarrer des affaires dans le BTP et le trafic de drogue à Rome.
Toute l’explication du terrible voyage de Genny Savastano en Amérique Centrale sera également dévoilée au début de cette saison 2 dans une séquence magistrale et effroyable. La transformation radicale sur le plan humain, physique et psychique de Genny prend alors tout son sens. Cette scène permet d’étendre l’analyse sur le trafic de drogue à grande échelle entre les camorristes de la région de la Campanie et les cartels sud-américains. Après Gomorra, Roberto Saviano s’est d’ailleurs attaqué au business de la drogue dans son dernier ouvrage Extra pure : Voyage dans l’économie de la cocaïne.
La guerre des clans aura bien lieu
A Naples, la violence est le moyen le plus compliqué mais aussi le plus pratique de devenir un entrepreneur qui gagne ; et l’atmosphère de ville en guerre qu’on respire chaque jour à l’odeur rance de la sueur ; comme si les rues étaient des salles de sport à ciel ouvert où chacun exerce sa capacité à voler, à braquer, à saccager et à tester les mécanismes du pouvoir, l’ivresse de la croissance économique. (Gomorra, Roberto Saviano, Editions Folio, p.79)
Cette saison 2 se présente donc comme unhabile jeu de pouvoiret d’affrontements tactiquesvoire politiques. Les ravages de la fin de la première saison ont eu pour conséquences indirectes de renouveler le casting. De nouveaux personnages charismatiques font donc leur apparition tout au long de ces douze épisodes. La plupart sont des camorristes à la tête des places de deals ou dans des postes clés de l’organisation comme le chimiste responsable des « coupes » parfaites de la drogue. L’affaiblissement du clan Savastano et les pratiques de Salvatore Conte vont soulever une vague d’indignation et de révolte chez les principaux responsables des places fortes du trafic de drogue à Naples. Ciro Di Marzio va une nouvelle fois tenter de tirer les marrons du feu.
Les choix scénaristiques radicaux de la saison 2 pour les personnages de Ciro di Marzio et de Salvatore Conte risquent de choquer et de ne pas laisser les téléspectateurs indifférents. Bon nombre de fans de la série Gomorra pourraient même crier au scandale face aux évolutions de l’intrigue. Les rebondissements scénaristiques entre Genny et Ciro Di Marzio pourraient aussi en surprendre plus d’un. La tension qui règne entre les différents personnages est passionnante. Les intrigues politiques et stratégiques transforment les rues et les quartiers de Naples en un véritable échiquier géant dans cette nouvelle saison.
Des mafieux romantiques ?
En situation de guerre, il n’est plus possible d’avoir des relations amoureuses ni de liens d’aucune sorte, tout peut devenir un point faible. (Gomorra, Roberto Saviano, Editions Folio, p.140)
La saison 2 permet d’aborder des thèmes plus intimes et s’intéresse notamment à la sphère de la vie privée des camorristes. Cet angle intéressant est abordé notamment à travers la fougue amoureuse de Genny Savastano avec Azzurra Avitabile. La série propose même une relecture habile de La Belle et la Bête avec les personnages de Don Pietro, replié sur lui-même dans sa tour d’ivoire, et son informatrice, Patrizia. Ces thématiques amoureuses et intimes seront explorées sous un angle plus trouble avec les personnages de Ciro Di Marzio et de Salvatore Conte. Le déchirement personnel de Ciro et ses tourments concernant son amour pour sa femme et sa fille ainsi que sa nécessité de fuir Naples feront naître en lui de véritables sueurs froides et des idées nihilistes. Ciro Di Marzio après la fin de la saison 1 est l’homme le plus recherché de toute la Campanie. Ses actes ont fait basculer à tout jamais le quotidien de sa fille et de sa compagne. Ils seront désormais traqués sans relâche par les Sicaires du clan Savastano. Cette trame narrative va permettre au personnage de Ciro de laisser une empreinte indélébile dans l’imaginaire des téléspectateurs. La performance du comédien Marco D’Amore est exceptionnelle et fascinante avec cette partition qui n’est vraiment pas facile à assumer et qui est proprement injouable une nouvelle fois pour cette saison 2. La face cachée du personnage de Salvatore Conte, assez insoupçonnée durant la saison 1, va être également dévoilée dans ces nouveaux épisodes. Ce pan de l’intrigue permet d’ailleurs de faire également un tabou dans les milieux criminels et dans les intrigues policières. Ce personnage fascinant, très porté sur la religion, mène la vie dure depuis une saison au clan Savastano.
Les femmes dans les griffes de la Mafia
Le rôle des femmes est plus que jamais central dans la saison 2 de Gomorra. Les scénaristes ont proposé différents portraits saisissants de personnages féminins pour ces douze nouveaux épisodes. Ces rôles démontrent encore une fois, par le prisme de la fiction, l’importance que les camorristes accordent aux femmes. Debora, la compagne de Ciro Di Marzio et Nina, la bien-aimée de Salvatore Conte, apportent des rebondissements saisissants et poignants au début de la saison 2. D’autres personnages féminins illuminent les nouveaux épisodes de Gomorra : de la jeune femme amoureuse du chauffeur de clan adverse, à la perfide camorriste qui contrôle une place de deal, sans oublier Azmera (la jeune femme noire à la tête d’un commerce et qui partage sa vie avec le brillant chimiste qui fait des merveilles), jusqu’à l’inoubliable Patrizia, qui sera au service de Don Pietro pendant sa cavale ubuesque. L’ensemble des comédiennes livrent une partition exceptionnelle, sublimée par une écriture ciselée et les détails diaboliques du scénario. Ces nouveaux personnages apportent une touche bénéfique à la série et interrogent sur le rôle des femmes dans la mafia et sur le féminisme. Ce rôle majeur des femmes dans la saison 2 est d’ailleurs lié aux conséquences des nombreuses arrestations et suite à la vague impitoyable d’assassinats. Les femmes se retrouvent alors en première ligne pour gérer les affaires du clan suite à la perte d’un proche ou lorsqu’un mari ou un frère est décédé ou emprisonné.
Sortez les mouchoirs !
Cette vague d’épisodes s’apparente à une saison lacrymale. De nombreux personnages trépassent. La violence franchit encre un nouveau cap dans cette saison expéditive sur la guerre des clans à Naples. Le rythme est beaucoup plus soutenu. Le sacrifice est une notion importante dans cette saison. De nombreux personnages traverseront de terribles rites de passage. Le désir et la peur ou bien encore Eros et Thanatos animent les camorristes cette saison. Ces nouveaux épisodes présentent des personnages aux multiples facettes qui se battent et luttent contre des démons intérieurs.
La saison 2 n’est donc pas un calque des douze premiers épisodes. De nombreux événements inattendus changeront totalement les protagonistes de la série, leur personnalité, leurs relations et leurs univers. Le foisonnement de personnages inédits et la violence expéditive de cette saison 2 pourraient déboussoler un grand nombre de fans de la toute première salve d’épisodes en 2014. Cette fièvre criminelle et sanguinaire qui touche les clans à Naples dans la saison 2 fait écho malheureusement à des faits réels évoqués dans l’ouvrage de Roberto Saviano (des vagues d’assassinats pour des contrôles de place de deals dans les années 1990 et 2000) et même à des faits divers (le règlement de compte à Duisbourg en Allemagne 2007).
La saison 2 est en effet assez impitoyable pour les nerfs des téléspectateurs. Certains choix au niveau du scénario sont très clivants. La violence froide et implacable de la saison 2 laisse bouche bée à de nombreuses reprises. La mise en scène de certaines séquences contribue à des moments cultes de la série (notamment la cérémonie religieuse avec Conte et la fusillade dans le restaurant en Allemagne).
« Je suis ton père ! »
Le final à couper le souffle fait partie des cliffhangers les plus intenses de l’année 2016 pour une série télévisée. L’ultime épisode s’apparente à une relecture camorriste survitaminée des scènes cultes entre Luke Skywalker et Dark Vador dans la trilogie Star Wars d’origine, signée George Lucas.
Le bémol concernant l’absence d’un véritable générique, qui forge généralement l’identité d’une série et marque à jamais les téléspectateurs, n’a malheureusement pas été corrigé pour cette saison 2. La bande-son de la série et les titres de musique urbaine, distillés tout au long des douze nouveaux épisodes, sont en revanche toujours de bonne qualité.
Stefano Sollima (la série Romanzo Criminale, ACAB, Suburra) a réalisé les épisodes 1, 2 et 3. Francesca Comencini (Une journée à Rome, La lumière du lac, Pianoforte, A Casa Nostra) a repris le flambeau pour les épisodes 4, 9 et 10. Claudio Giovannesi (Fiore, Ali à les yeux bleus) s’est attaqué aux épisodes 7 et 8. Claudio Cupellini (Une vie tranquille, Alaska) s’est consacré aux épisodes 5 et 6. Il s’est également chargé du final époustouflant de la saison 2 avec les épisodes 11 et 12.
Cette seconde saison a pu bénéficier d’un rythme un peu plus soutenu. Cette nouvelle plongée dans l’univers de la Camorra et dans l’enfer des quartiers sensibles de Naples laissera une empreinte assez indélébile aux spectateurs. Le niveau de violence a été également revu à la hausse. La série parvient malgré tout à se renouveler et tient toutes ses promesses. Le pari était difficile à relever après la qualité des douze premiers épisodes.
Tournée au printemps 2017, la saison 3 de Gomorra sera programmée dès le 17 novembre 2017 en Italie. Les rues de Naples vont être malheureusement encore une fois maculées par des rivières de sang. La guerre des clans s’annonce impitoyable. Un énorme twist, né sur Internet, pourrait bien concerner l’un des personnages principaux et réserver bien des surprises aux fans de la série et du FC Barcelone. Canal + devrait diffuser la saison 3 de Gomorra en France dans la foulée de sa programmation en Italie.
Les saisons 3 et 4 s’annoncent particulièrement passionnantes pour les amateurs de polars et de fictions policières. Cette série européenne, même si elle ne boxe pas dans la même catégorique que Game of Thrones ou The Walking Dead, parvient malgré tout à damer le pion aux grosses productions américaines par son réalisme, ses thématiques et ses qualités indéniables. La série Gomorra signe définitivement le grand retour de l’Italie avec des œuvres de fiction de qualité pour le septième art et le petit écran comme lors de l’âge d’or de CineCittà et des Poliziotteschi, le néo-polar italien, avec notamment les acteurs emblématiques comme Tomás Milián, Fabio Testi, Luc Merenda, Henry Silva ou bien encore Maurizio Merli.
Gomorra, en deux saisons, est devenue une nouvelle série de référence du genre policier et dans les fictions à tonalité dramatique. La qualité principale de ce programme tient essentiellement grâce à la force des personnages, à son côté authentique et à la toile de fond fascinante de la vie des quartiers sensibles à Naples. Gomorra met en scène de nouveaux modèles de gangsters beaucoup plus proches de l’action et du terrain. Ces mafieux de la série possèdent tous les codes de la rue sur le plan de leur mode de vie, de leur attitude, de leurs consommations licites et illicites ainsi que du vocabulaire.
Le succès de Gomorra en Italie est tel qu’un film parodique a vu le jour. Gomorroide est sorti en mars 2017 en Italie. Le film est une idée du trio Ditelo Voi, les humoristes napolitains Francesco De Fraia, Raffaele Ferrante et Domenico Manfredi.
Après son implication sur les adaptations de Gomorra au cinéma et pour la télévision, Roberto Saviano travaillerait actuellement à l’écriture d’une série télévisée sur la vie du colonel Mouammar Kadhafi.
Lors de sa diffusion sur France 2, Planète Animale avait rassemblé plus de quatre millions de spectateurs. Le documentaire animalier, présenté par François Morel, sort ce mercredi 11 octobre en DVD. Une nouvelle qui a de quoi ravir les passionnés de la faune !
Au plus près de l’espèce animale
Produite par l’Unité d’Histoire naturelle, Planète animale est une ode à la vie. Et ce succès est pour beaucoup dû à un équilibre parfait de la réalisation : une scénarisation brillante, un dispositif à la pointe de la technologie et une incroyable musique, composée par Hans Zimmer, et qui nous plonge en un rien de temps, au plus près de la nature. Porté à l’écran par la voix de François Morel, le documentaire s’immisce dans la vie de plusieurs espèces exceptionnelles.
En l’espace d’un instant, le spectateur se retrouve aux côtés des animaux. Voici le pari fou mais véritablement relevé par les producteurs de la série, comme l’explique le coproducteur, Tom Hugh-Jones :
« Notre but était de rendre l’expérience beaucoup plus immersive, en impliquant le public au plus près du règne animal. Si vous voulez une réaction émotionnelle de la part des téléspectateurs, il faut leur montrer les choses du point de vue de l’animal, leur faire ressentir qu’ils sont tout près de l’action. Ce type d’approche est utilisé au théâtre et au cinéma depuis des années. »
Mais Planète animale n’est pas qu’un simple documentaire. C’est une fiction qui joue énormément sur l’aspect narratif. Les épisodes sont dosés d’une pointe d’humour, d’émotion et de suspense. Les animaux se retrouvent personnifiés, ce qui apporte une certaine légèreté à l’intrigue. C’est une immersion au cœur du quotidien insoupçonné de ces milliers d’espèces animales. Contrairement à certains documentaires, Planète animale ne se focalise pas simplement sur l’aspect visuel. Le film utilise la technologie pour faire parler les animaux. Les caméramans ont placé des pièges photographiques à des points stratégiques, afin de filmer l’animal au plus près de son environnement respectif. C’est ainsi qu’on découvre, avec stupeur, d’incroyables moments de la vie de l’espèce. Et nous sommes là, au cœur de l’action.
Planète animale est un documentaire immersif. Formateur et initiatique, drôle et reposant… la série composée de deux DVD est une incroyable découverte de la faune. Alors vivez, dès à présent, cette magnifique expérience visuelle !
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD
Format image : 1,77:1 – Format son : Français Dolby Digital 2.0 – Durée : 180 minutes
Planète Animale est également disponible à l’unité en DVD et Blu-Ray Le 11 octobre 2017 en coffrets 2 DVD et 2 Blu-Ray 2 films de 90 minutes – Français – PVC : 19,99 € le coffret DVD et 24,99 € le coffret Blu-Ray PVC de Planète Animale à l’unité : 14,99 € le DVD et 19,99 € le Blu-Ray
A l’heure où Narcos et El Chapo cartonnent sur Netflix et après les programmes phares comme The Wire et Les Soprano, une série européenne a récemment fait basculer les codes du genre de la série policière. Le phénomène Gomorra, saison 1 dépoussière les grandes figures de la mafia et du crime organisé en embarquant les téléspectateurs dans une immersion brute au cœur des zones sensibles de Naples, territoire de prédilection de la Camorra. Stefano Sollima, Claudio Cupellini et Francesca Comencini adaptent avec maestria l’enquête édifiante de Roberto Saviano. Ces douze épisodes, à l’odeur de soufre, posent les jalons d’une série culte.
Synopsis : En Italie, la famille Savastano, dirigée par l’impitoyable Don Pietro, domine la mafia napolitaine. En concurrence avec un autre clan de la Camorra et confronté à une nouvelle génération décidée à prendre de l’importance sans respecter les codes, Don Pietro doit penser à préparer sa succession. Mais Genny, son fils, est loin d’avoir la maturité pour lui succéder. Ciro Di Marzio, bras droit loyal de Don Pietro, homme de main efficace et mentor de Genny, devra user de malice, de courage et d’influence pour défendre les intérêts de son chef.
Cette critique contient des révélations sur la saison 1. ATTENTION AUX SPOILERS.
Là où le film exposait des tranches de vie qui se finissaient rapidement dans un bain de sang, la série permet de raconter l’affrontement de clans à travers des personnages charismatiques. Le format de plusieurs saisons de douze épisodes ainsi que le scénario, ponctué de nombreux rebondissements diaboliques, vont tenir les téléspectateurs en haleine. La succession d’épisodes permet de découvrir l’envers du décor des quartiers populaires de Naples, gangrenés par le Système et la guerre des clans. Les quartiers de Secondigliano et de Scampia avec leurs tours fascinantes en forme de voile et de paquebot n’auront plus de secrets pour vous après le visionnage de la série Gomorra.
Cette volonté de coller au plus près de la réalité et des pratiques de la Mafia était déjà visible et de manière quasi documentaire dans le film de Matteo Garrone en 2008, adapté du livre de Roberto Saviano. Le spectre très diversifié des activités criminelles de la Camorra est abordé au travers des douze épisodes. La démonstration édifiante et la leçon de cinéma de Matteo Garrone s’attardaient à la contrefaçon dans les ateliers textiles clandestins, le recyclage des déchets toxiques ou bien encore l’usure, les scénaristes de la série sont allés encore plus loin. La très grande diversité des activités criminelles de la Camorra est abordée froidement et sans aucun tabou : le trafic de drogue, les assassinats, le contrôle des territoires et des places de deals, les jeux dangereux de la Camorra dans la politique locale ou lors des élections, ses acquisitions et ses investissements démesurés dans l’immobilier (l’épisode fascinant à Milan avec Genny et sa mère, Donna Imma, qui découvrent l’ampleur de l’empire immobilier qu’ils détiennent). De rares activités criminelles semblent échapper à la Camorra au regard de l’intrigue. Les prises d’otages, les paris illégaux ou bien encore la prostitution n’ont pas été abordés par les scénaristes.
Le Trône de Fer… à Naples !
Les douze épisodes dévoilent ainsi l’apprentissage de la vie à travers le prisme des plus grandes familles camorristes. Deux factions majeures s’affrontent dans la série Gomorra : le clan Savastano et le clan Conte.
Pietro Savastano, Don Pietro, est le puissant leader du clan le plus redouté en Campanie. Don Pietro est le « big boss » de la mafia. Il officie en tant que parrain depuis une vingtaine d’années à Naples. Il se prépare à laisser le champ libre peu à peu à son fils Genny, qui ne semble pourtant pas prêt à reprendre le flambeau. Genny répond en effet plus au profil d’un fiston choyé par sa maman qu’à un intraitable chef de clan susceptible de faire peur à sa propre ombre. Tel le Bouddha, Genny va devoir sortir de sa tour d’ivoire afin d’apprendre sur le terrain les ficelles de la Camorra et les codes de la rue. Don Pietro décide de confier l’apprentissage de l’école du crime à son plus fidèle porte-flingue, à l’écorché vif Ciro Di Marzio, l’un des personnages les plus emblématiques de la série. Ce rôle est interprété magistralement par le comédien Marco D’Amore, récemment vu avec un look improbable de rasta à l’affiche de Ugly Dirty People (Brutti e Cattivi), un polar déjanté signé Cosimo Gomez, présenté à l’Etrange Festival 2017. Ciro perd son père spirituel dans un règlement de compte qui tourne mal au début de la saison 1. Le personnage de Ciro, véritable homme à tout faire et larbin du clan Savstano, aura alors très vite des velléités de changement. Ciro, à la manière de Jean Le Baptiste, aura la lourde tâche d’accomplir la « cérémonie » du premier sang de Genny, le Fils prodigue du clan Savastano. Il devra l’aider à accomplir son premier homicide afin de devenir un homme, de connaître le poids d’une vie humaine et pour accéder ainsi au statut du véritable camorriste.
A force de le rabaisser plus bas que terre et de lui confier des missions impossibles qui vont contribuer à lui donner un surnom qui impose le respect dans le milieu, Ciro Di Marzio va tout faire pour tirer les ficelles d’un plan machiavélique. Ciro est un bon petit soldat, une véritable tête brulée de la Camorra. Il rêve de gloire et de bâtir un empire pour lui, son épouse, sa fille et son frère d’arme, Rosario (interprété par Lino Musella).
Ciro Di Marzio… Ciro L’Immortel !
J’ai toujours entendu les affiliés au Système se faire appeler par leur surnom, au point que nom et prénom finissent souvent par s’effacer, par disparaître. On ne choisit pas son surnom, c’est le produit de circonstances particulières, repris ensuite par quelqu’un. Dans la camorra, les surnoms sont donc le fruit du hasard. […] Le surnom est au parrain ce que les stigmates sont au saint : un signe d’appartenance, en l’occurrence au Système. (Gomorra, Roberto Saviano, Editions Folio, p.92)
Ciro finira par se brûler les ailes. Il éprouve en réalité une haine sourde pour le clan Savastano. Ciro pourrait être tenté de se comporter en Judas. Ciro Di Marzio, malgré son physique d’ange, est l’un des personnages les plus terrifiants et les plus surprenants de la série. Sa pulsion de mort lui permet paradoxalement de garder toute sa santé mentale et son équilibre sur le fil de la vie du camorriste le plus incendiaire du clan Savastano, un véritable chien fou prêt à tout pour parvenir à ses fins.
Tel père, tel fils ?
La partition de Marco Palvetti est exceptionnelle sous les traits du boss intraitable, taiseux et bougon de la Camorra. Le personnage de Don Pietro entre ainsi au panthéon des plus grands mafieux dans une œuvre de fiction pour les besoins du cinéma ou de la télévision à la manière de James Gandolfini pour Les Soprano ou bien encore de Marlon Brando en Vito Corleone dans Le Parrain. La série se permet même le luxe avec le personnage de Don Pietro de s’attaquer avec malice, succès et moults twists à la thématique pourtant très casse-gueule des prisons et de l’enfer carcéral. Des exemples similaires et aussi brillants sont nombreux comme dans Braquo, The Night Of ou Un Prophète. Les Savastano vivent dans une propriété luxueuse à l’esthétique rococo démesurée, à quelques mètres des tours emblématiques de Secondigliano et de Scampia. Cette demeure a d’ailleurs été perquisitionnée dans le cadre d’une enquête après le tournage, dans la vraie vie, comme le précise le générique de fin de la série.
La Mafia ? Une affaire de femmes !
La femme de Don Pietro est l’une des figures marquantes de la série également. Elle ne reste pas dans l’ombre du puissant leader à la main de fer du clan Savastano. Les décisions de Donna Imma seront lourdes de conséquences dans la saison 1. Elle va jouer un jeu stratégique et politique assez habile pour l’avenir du clan. Donna Imma permettra notamment à son fils de passer définitivement à l’âge adulte en lui confiant une mission suicide : aller négocier dans un contexte très défavorable un deal de drogue avec les cartels depuis l’Amérique Centrale. Le rôle de la mère de Genny permet à la série de disposer d’un important et très beau rôle de femme. Dans ce monde très fermé et très machiste de la criminalité et de la mafia, la Camorra est réputée pour laisser une place de choix aux femmes lorsque les circonstances l’imposent.
Le terrible constat des effets désastreux de l’enfermement de son mari vont pousser Donna Imma à assumer son rôle de dirigeante de l’institution face à un fils encore capricieux et immature. Donna Imma désapprouve l’influence de Ciro sur son fils et ses choix. La femme de Don Pietro jouera avec le feu avec le personnage de Ciro Di Marzio. Les vagues d’humiliation et la succession de missions périlleuses vont insuffler chez ce porte-flingue fidèle des désirs de vengeance, des accès de colère incontrôlés et des déferlements de violence insensés. Donna Imma saura également se montrer ferme et impitoyable face à l’homme de paille du clan, Franco Musi, responsable d’une erreur financière monumentale. Donna Imma tient également à contrôler les fréquentations de son fils et ne voit pas d’un bon œil notamment sa nouvelle petite amie. A force de vouloir briser Ciro et de tirer les ficelles, Donna Imma pourrait bien être dépassée par les événements. La femme à la tête du clan Savastano va malheureusement exacerber les tensions dans la saison 2 entre Genny, Don Pietro et Ciro. La comédienne Maria Pia Calzone marquera les téléspectateurs par son interprétation fascinante d’une véritable lionne dans cet univers impitoyable.
Le feu nucléaire s’abat sur Naples en pleine guerre des clans
Le clan Savastano mène une croisade impitoyable contre le clan de Salvatore Conte (prestation dantesque et savoureuse du comédien Marco Palvetti). La séquence d’ouverture de la série avec l’incendie de l’appartement sera la déclaration de guerre entre les deux factions du Système.
Ce personnage permet de dévoiler l’étendue des ramifications et du pouvoir de la Camorra bien au-delà des frontières de la baie de Naples. Conte est effectivement un mafieux napolitain de sang mais qui s’est exilé pour exercer ses activités criminelles. Il est notamment à la tête d’une boîte de nuit à Barcelone. Il est surtout responsable en sous-main de l’importation de la drogue la plus pure en provenance d’Amérique Centrale avant de parachever son acheminement pour le compte de la Camorra et d’inonder ainsi le marché italien à travers la place forte de Naples. Les discours de Conte, son côté intraitable en affaires, son catogan et sa passion pour les cigarettes électroniques participent beaucoup au charisme et à la crédibilité du personnage qui tient un peu le rôle de « bad guy ». Il va mener la vie dure au clan Savastano. Il mettra notamment les nerfs de Ciro Di Marzio à rude épreuve (la scène inoubliable du bateau, les négociations dignes de Voyage au Bout de l’enfer avec les Russes) avant de tenter de se servir de lui comme d’un bras armé dans ses projets d’éradication de la famille Savastano.
Le casting de la série est très réussi. Les « seconds couteaux » de l’organisation criminelle, des jeunes pour la plupart, sont très crédibles. Les « tontons flingueurs » du clan Savastano, les mafieux les plus âgés, sont également très attachants et crédibles grâce à l’interprétation au cordeau des acteurs. Une partie des figurants et des jeunes sont des comédiens amateurs et des habitants de Naples tout simplement. Le tour de force de la série consiste à rendre « attachant » des anti-héros, qui ont du sang sur les mains, le sang des innocents. Tout le mérite revient au talent des acteurs qui interprètent avec maestria des petites frappes souvent aux abois, de simples jouets entre les mains de Don Pietro et de Salvatore Conte.
Une guerre générationnelle entre les anciens du clan Savastano et les jeunes loups, proches de Genny, va plonger les rues de Naples dans L’Enfer de Dante. Une rebellion se met en place à la fin de la saison 1 entre les jeunes du clan Savastano et les mafieux plus âgés. En l’absence de Don Pietro et face à la menace du retour de Conte, le clan est tiraillé. Le code d’honneur des anciens est bafoué par la jeunesse qui ne respecte plus rien. Les mafieux les plus âgés du clan vont alors être tentés de trahir Don Pietro et de rejoindre Conte. Le final de la saison 1 se termine en apothéose digne d’un western moderne.
Y a-t-il un policier dans la salle ?
Les atouts majeurs de la série Gomorra reposent principalement sur son réalisme et sur l’absence de manichéisme. A la différence des séries américaines de qualité dans des univers criminels qui donnent la part belle à des rôles de flics inoubliables, les personnages de Gomorra sont tous impliqués dans le crime organisé. La police est reléguée à une institution secondaire aux pouvoirs limités. Les forces de l’ordre semblent totalement impuissantes pour endiguer l’influence de la Camorra. Même lorsque les chefs et les pontes des clans sont arrêtés et plongent pour une banalité lors d’un contrôle routier ou d’une saisie, une nouvelle tête apparaît dans l’organigramme du Système à la manière de l’hydre de Lerne.
La police n’est présente qu’en toile de fond. Les forces de l’ordre dans la série Gomorra sont un peu comme la machine infernale dans les tragédies grecques, des forces désincarnées venues briser le destin d’ascension des mafieux aux ambitions chevillées au corps. Les scénaristes n’ont pas souhaité confier de rôles majeurs à des inspecteurs ou à des policiers. Les amateurs de séries policières pourraient donc être surpris par cette impasse de taille dans Gomorra. La fameuse phrase « Mais que fait la police ? » pourra effectivement résonner dans la tête des spectateurs comme elle doit malheureusement traverser l’esprit de nombreux napolitains désemparés face à la violence et aux agissements de la Camorra.
Un réalisme brut
Les scènes d’action sont particulièrement réussies et intenses (la fusillade dans le bar dans les premiers épisodes, le premier assassinat de Genny, le crime atroce contre la communauté noire, l’affrontement générationnel à la fin de la saison 1). La mise en scène de ces séquences reste sobre. Il n’y a pas eu de volonté de transformer Gomorra en une guerre des gangs surréalistes avec des chutes à l’italienne dignes des westerns spaghetti, des litres de sang à la Tarantino ou des ‘bullet time’ et des ralentis à la manière du maître du polar hong-kongais, John Woo. Ces séquences d’action épurées, froides et brutales sont d’une efficacité redoutable tout au long de la série.
L’aspect réaliste du programme et la qualité exceptionnelle de la mise en scène sont illustrées à merveille dans le cadre des épisodes sur les places de deals dans les tours et sur les toits des immeubles des zones sensibles. L’enfermement et la sensation d’étouffement des personnages impliqués dans cette dérive criminelle est d’autant plus renforcée par le cadre et l’environnement. L’architecture de Naples et les décors de Gomorra constituent presque un personnage à part entière et magnifient véritablement la série. L’essentiel du tournage s’est déroulé dans les quartiers de Scampia et de Secondigliano, au nord de Naples, avec leurs grands ensembles de béton. Ces deux quartiers, défavorisés et frappés par un taux de chômage endémique, sont les principaux fiefs de la Camorra. L’immeuble dans lequel ont été tournées les séquences de la maison des Savastano a d’ailleurs fait l’objet d’une saisie judiciaire à cause des délits de l’organisation mafieuse.
Un scénario diabolique
La qualité de la série tient également grâce à l’évolution et aux bouleversements profonds que vont traverser les personnages. Le contexte dans lequel ils sont plongés et les tragédies auxquelles ils seront confrontées vont peu à peu forger leur caractère et permettre aux téléspectateurs de découvrir des facettes insoupçonnées et les ressources de chacun des personnages. Ces spécificités apportent ainsi un nouveau souffle au programme et dynamitent l’intrigue à de multiples reprises. La série Gomorra comporte des éléments fascinants sur l’aspect sacrificiel de la destinée et de la trajectoire des personnages.
Là où le film de Matteo Garrone adaptait avec maestria des pans entiers du livre, la série réutilise des situations et des allusions clés directement inspirées du travail d’enquête mené par Roberto Saviano à Naples et relatés dans ses écrits en 2006. Certaines scènes de la série sont des transpositions très fidèles du constat amer de Roberto Saviano sur le terrain. Parmi les exemples les plus marquants dans la saison 1 concernant les transpositions directes entre le livre et la série, la séquence de l’enterrement avec le curé rouge, qui a le courage de dénoncer dans son homélie les dérives mafieuses, est très marquante. Le lourd tribut payé par cette jeunesse sacrifiée sur l’autel du crime ainsi que les actes de tortures atroces pour envoyer un signal ou obtenir des renseignements sont des aspects également directement évoqués dans le livre. Ces pratiques révoltantes prennent une tournure malsaine et macabre à la fin de la saison 1. Les épisodes de la série Gomorra parviennent à égaler le tour de force du film de Matteo Garrone concernant le triste sort de la jeunesse napolitaine, livrée aux tentacules de la « pieuvre », qui cède à l’emprise de la mafia.
Une série sociale et critique
La télévision était la meilleure façon de suivre le déroulement de la guerre en temps réel, sans devoir passer de coups de téléphone compromettants. De ce point de vue, l’attention que les médias accordaient à Scampia alimentait les stratégies de combat. (Gomorra, Roberto Saviano, Editions Folio, p.165)
« The Revolution Will Not Be Televised » chantait pourtant Gil Scott-Heron. La saison 1 de Gomorra s’attaque donc à la télévision et à son voyeurisme. La série porte un regard critique sur le rôle des médias et des chaînes d’information en Italie vis-à-vis du traitement médiatique des agissements de la Camorra. Les assassinats et les activités liées au trafic de drogue apparaissent souvent dans des reportages à la télévision dans le cadre de la sacro-sainte course à l’audimat. Les malfrats et les camorristes eux-mêmes sont littéralement biberonnés, drogués et attirés par ces images de tragédies et de crimes dans de nombreux épisodes. La série dénonce ainsi le rôle des médias, leur manque d’éthique et les conséquences négatives à terme sur l’image de la ville de Naples et des quartiers sensibles.
La série interroge également sur les frontières poreuses en Europe lorsque Salvatore Conte revient à Naples avec un faux passeport. Il traverse l’Espagne, la France et l’Italie sans encombre malgré un contrôle routier effectué par notre Gendarmerie nationale sur la Côte d’Azur lors d’une scène savoureuse.
Une ambiance sonore unique
La bande-son exceptionnelle de la série constitue un autre atout majeur de Gomorra. La musique originale de Mokadelic et les thèmes principaux en fond sonore sont d’une justesse fascinante. L’atmosphère musicale renforce la dureté, l’aspect tragique et évoque malheureusement la chape de plomb qui fait partie du quotidien des camorristes et des habitants des quartiers défavorisés de Naples.
Même si certains titres de musique électronique sont joués lors de scènes dans des boîtes de nuit ou si certains jeunes napolitains écoutent des ballades italiennes dans quelques épisodes, la série baigne principalement dans une influence musicale issue de la culture hip-hop napolitaine avec plusieurs titres de rap en italien, tous plus exceptionnels les uns que les autres. Même les personnes les plus réfractaires au genre pourraient se laisser séduire tant ces titres collent parfaitement à l’esthétique de la série et à l’environnement dépeint.
La série connait effectivement un véritable succès auprès des fans de hip hop et dans les quartiers populaires du monde entier. A la manière de La Haine de Mathieu Kassovitz ou de La Cité de Dieu, la série Gomorra se focalise sur la dure réalité suffocante des zones sensibles de Naples sous l’emprise de la Mafia. Le quotidien des camorristes, leurs codes, la vie de caïds qui se brûlent les ailes constituent une tragédie des temps modernes qui peut fasciner une partie de la jeunesse ébahie devant Scarface.
Gomorra ne cherche pas pour autant à glorifier la violence ou ses personnages de malfrats. L’argent ne coule pas à flot. Les chances de sortir de son milieu social et de quitter Naples sont maigres. Les filles en bikini sont plutôt dans les clips de rap qu’aux pieds des tours de Scampia et de Secondigliano. La mort est souvent au rendez-vous. Lorsque la guerre est déclarée, les codes d’honneur semblent être définitivement oubliés. La vie des principaux protagonistes ne tient alors plus qu’à un fil. De nombreux personnages sont ainsi abattus froidement. La saison 2 sera d’ailleurs le cadre d’actes particulièrement violents et clivants.
La série Gomorra est totalement sans filtre comme le démontrent certaines séquences dans la saison 1 comme l’attitude du personnage de Ciro Di Marzio dans le terrible final. Il remuera ciel et terre afin de retrouver la trace de son jeune protégé, Danielino, quitte à recourir à l’intimidation, la violence et la torture. Les tensions communautaires et le racisme de certains truands sont également clairement abordés d’ailleurs à travers la séquence qui fait froid dans le dos lors de la fusillade dans le quartier où réside une forte proportion d’immigrés originaires d’Afrique noire.
Il est vivement recommandé de visionner la série en version originale. Même si la langue de Dante et le patois napolitain vous sembleront étrangers, les échanges musclés en Italien de la série Gomorra constituent un véritable atout.
Un des rares points faibles de la série concerne l’absence d’un générique principal digne de ce nom. Les lettres de la série Gomorra, qui se dessinent sur une plaque rouillée, et l’absence d’une musique phare dénotent un peu. Cette absence criante de générique au début de chaque épisode aura au moins le mérite de ne pas perturber les amateurs de binge watching, qui pourront ainsi enchaîner les douze épisodes sans recourir à la fonction avance-rapide sur leur télécommande. Le titre emblématique du programme, signé NTO’ et Lucariello (Nuje Vulimme ‘na Speranza) intervient en réalité au moment du générique de fin de chaque épisode, qui est ponctué d’ailleurs d’instantanés de l’épisode suivant. Ce détail risque d’ailleurs d’irriter les personnes qui cherchent à éviter les spoilers à tout prix.
Stefano Sollima (la série Romanzo Criminale, ACAB, Suburra) a réalisé les épisodes 1, 2, 3, 4, 6, 11 et 12. Francesca Comencini (Une journée à Rome, La lumière du lac, Pianoforte, A Casa Nostra) était derrière la caméra pour les épisodes 5 et 7. Claudio Cupellini (Une vie tranquille, Alaska) a repris la casquette de réalisateur pour les épisodes 8, 9 et 10.
Hollywood tremble devant Gomorra
La série rivalise avec les grosses productions américaines. Gomorra est notamment parvenue à réaliser de meilleures audiences en Italie que Game of Thrones. Gomorra est un peu l’anti Breaking Bad. La série italienne délivre en effet une véritable approche quasi sociologique du trafic de drogue et des places de deals à Naples dans de très nombreux épisodes, là où son modèle américain se cantonnait uniquement au parcours fou des personnages emblématiques (Pinkman et Heisenberg) face aux cartels de Tuco et Gustavo Fring. La réalité concrète du trafic à Naples, la transformation des quartiers, les files d’attente des « clients » en manque ou bien encore le travail des guetteurs sont dévoilés de manière brute avec un souci de réalisme constant. Gomorra met en place une analyse en profondeur (économique, politique et sociologique) qui fait mouche. La série s’attache à démontrer la vision capitaliste des truands de Scampia et de Secondigliano.
La saison 1 de Gomorra est une totale réussite. Les téléspectateurs sont tenus en haleine tout au long des douze épisodes sans aucun temps mort. Cette série sans concession et très réaliste sur l’emprise de la Camorra à Naples est une production européenne de grande qualité à découvrir de toute urgence si ce n’est pas déjà fait. Gomorra est un véritable coup de maître. Ce programme dévoile l’envers du décor sur la vie dans les quartiers sensibles de Naples. Les personnages charismatiques de la série hantent littéralement les téléspectateurs par leur présence et leur magnétisme. Gomorra est rapidement devenue une nouvelle référence du genre dans la catégorie série policière. Le programme a gagné le statut de série culte depuis sa diffusion en Italie, puis sur Canal + et Arte en France.
D’après le livre et une idée originale de Roberto Saviano
Interprétation : Marco d’Amore (Ciro Di Marzio), Fortunato Cerlino (Don Pietro Savastano), Maria Pia Calzone (Donna Imma), Salvatore Esposito (Genny Savastano), Marco Palvetti (Salavatore Conte), Domenico Balsamo (Massimo), Massimiliano Rossi (Zecchinetta), Elena Starace (Noemi), Antonio Milo (Attilio O’trovatello), Carmine Battaglia (Pino), Christian Giroso (O’Cardillo), Giovanni Buselli (Capaebomba), Carmine Monaco (O’Track), Alessio Gallo (Tonino Spiderman), Emanuele Vicorito (O’Pop), Fabio De Caro (Malammore), Pina Turco (Debora Di Marzio), Claudia Veneziano (Maria Rita Di Marzio), Gaetano Di Vaio (Baroncino), Giovanni Allocca (Zingaro), Ivan Boragine (Michele Casillo), Oscar Di Maio (Fabbretti), Walter Lippa (Pisciavindola), Lino Musella (Rosario), Alfonso Postiglione (Fringuello), Salvatore Presutto (Mino Migliavacca), Vincenzo Esposito (Danielino), Denise Perna (Manu), Antonio Orefice (Bruno), Sidy Diop (Tokumbo), Susy Benedetto (Marta), Antonio Zavatteri (Franco Musi)
Distribution des rôles : Laura Muccino
Développement de la série : Giovanni Bianconi, Stefano Bises, Leonardo Fasoli, Ludovica Rampoldi, Roberto Saviano
Directeur artistique : Stefano Sollima
Directeur de la photographie : Paolo Carnera
Producteurs : Riccardo Tozzi, Gina Gardini, Andrea Salerno, Giovani Stabilini, Marco Chimenz
Producteur exécutif : Matteo de Laurentis
Producteur associé : Maurizio Tini
Sociétés de production : Sky Atlantic, Fandango, Cattleya, Beta
Confident Royal, Va, Toto !, Téhéran tabou, Dans la forêt enchantée, Fantasmes et fantômes, Vienne avant la nuit, Capitaine Superslip… Chaque semaine, une dizaine de nouveaux titres se partagent l’affiche. Que faut-il voir cette semaine au cinéma ? La rédaction fait le tri pour vous. Ce week-end on vous conseille…
Dire que l’on redoutait Blade Runner 2049 tenait du plus pur euphémisme tant son aîné avait jadis ébranlé le milieu de la science-fiction. Et, pourtant, passé le générique, un seul constat : Denis Villeneuve a réussi son pari, faisant de son film une splendeur visuelle entrecoupée de questionnements existentiels & politiques lancinants.
Avec ce projet né après les événements dramatiques qu’ont connu la France et le monde, les deux frères de la comédie française se sont demandés comment ils allaient encore pouvoir faire rire et ressouder les esprits. En piochant dans leurs histoires personnelles de jeunesse et les petits boulots qu’ils avaient fait ensemble, Toledano et Nakache réussissent le pari en sortant Le sens de la fête qui divertit tout en faisant, comme toujours, passer un message.
Douzième film du cinéaste autrichien, Happy End est un joyeux massacre bourgeois qui manque cependant de cœur et d’audace. Bien moins anxiogène que le reste de sa filmographie, Happy End n’en reste pas moins un film froid et calculateur qui apparaît comme la somme des thématiques propres au cinéaste, soit l’éclatement d’une famille aisée et la fin de vie.
Les réalisateurs Olivier Peyon et Cyril Brody, pour leur troisième collaboration ont suivi Latifa Ibn Ziaten pendant plus d’un an. Ils en tirent Latifa, le cœur au combat, une œuvre porteuse de paix d’une grande force, et un documentaire nécessaire.
Gomorra est une plongée brutale et sans glorification au cœur de l’emprise des organisations criminelles dans la région de la Campanie en Italie. Ce film policier transalpin de Matteo Garrone fut une véritable claque à sa sortie en 2008 à la manière de La Cité de Dieu de Fernando Meirelles et Kátia Lund ou bien encore des films de Mathieu Kassovitz comme La Haine ou Assassin(s).
Synopsis : « On ne partage pas un empire d’une poignée de main, on le découpe au couteau ». Cet empire, c’est Naples et la Campanie. Gomorrhe aux mains de la Camorra. Là-bas, une seule loi : la violence. Un seul langage : les armes. Un seul rêve : le pouvoir. Une seule ivresse : le sang. Nous assistons à quelques jours de la vie des habitants de ce monde impitoyable. Sur fond de guerres de clans et de trafics en tous genres, Gomorra raconte les destins croisés de Toto, Don Ciro, Maria, Franco, Roberto, Pasquale, Marco et Ciro. Cette fresque brutale et violente décrit avec une incroyable précision les cercles infernaux de la Camorra napolitaine pour mieux nous y entraîner.
Cette critique contient des révélations sur l’intrigue du film. ATTENTION AUX SPOILERS.
Le mot camorra n’existe pas, c’est un mot de flic, utilisé par les magistrats, les journalistes et les scénaristes. Un mot qui fait sourire les affiliés, une indication vague, un terme bon pour les universitaires et appartenant à l’histoire. Celui que les membres d’un clan utilisent pour se désigner est Système : « J’appartiens au Système de Secondigliano ». Un terme éloquent, qui évoque un mécanisme plutôt qu’une structure. Car l’organisation criminelle repose directement sur l’économie, et la dialectique commerciale est l’ossature du clan. (Gomorra, Roberto Saviano, Editions Folio, p.67)
Ici, il n’est pas une seconde où le métier de vivre ne ressemble à la prison à perpétuité, une peine qu’on accomplit en menant une existence sauvage, immuable, rapide et violente. (Gomorra, Roberto Saviano, Editions Folio, p.243)
Le pavé de Roberto Saviano semblait inadaptable au cinéma et pour le petit écran. Des réalisateurs italiens ont pourtant eu le courage et l’audace de se livrer à cet exercice fascinant. Le mérite est d’autant plus grand que les tournages du film et de la série se sont déroulés dans des décors naturels et à Naples même.
Matteo Garrone s’est emparé du livre-enquête édifiant de Roberto Saviano, publié en 2006. Le cinéaste italien dresse un constat monstrueux avec ce film amer et engagé sur les ravages de la mafia à Naples. Roberto Saviano vit depuis la sortie de son livre sous protection policière suite aux menaces de mort proférées à son encontre par la Camorra et par le clan des Casalesi au cours du procès « Spartacus ». Saviano a fait partie d’un groupe de chercheurs de l’Observatoire sur la Camorra. Il a notamment travaillé dans ce cadre avec les rédactions de La Repubblica et de L’Espresso. Gomorra, son premier livre, s’est vendu en Italie à plus d’un million d’exemplaires. Cet ouvrage est devenu un best-seller dans plus de trente pays.
Les principales organisations mafieuses en Italie ont des ancrages dans des régions géographiques bien spécifiques. La Camorra étend son empire en Campanie. La Cosa Nostra sévit en Sicile. La Stidda est basée dans le sud de la Sicile. La ‘Ndrangheta est implantée en Calabre. L’organisation Sacra Corona Unita s’est développée dans les Pouilles. Roberto Saviano, natif de Naples, s’est attaqué spécifiquement à la Camorra en publiant son livre coup de poing, Gomorra, en 2006.
Une vision sidérante de la ville de Naples
Matteo Garrone embarque les spectateurs de manière magistrale dans le quotidien d’hommes et de femmes qui vivent un véritable calvaire sous la coupe de la Camorra au cœur des quartiers sensibles de Naples. Gomorra ressemblerait presque à s’y méprendre à un documentaire, à une plongée sans filtre dans les bas-fonds de la ville. Les spectateurs n’ont malheureusement pas le temps de s’attacher aux personnages. Les victimes et les vagues de violence se multiplient dans la folle course au profit et sans code d’honneur de la Camorra. Le montage découpé et segmenté du film, en fonction des différents personnages principaux, renforce cet aspect documentariste. Les plans serrés ainsi que les séquences tournées caméra à l’épaule contribuent à renforcer l’atmosphère étouffante et à l’effet de réel du film.
A l’occasion d’une conférence de presse au Festival de Cannes, Matteo Garrone avait évoqué sa vision du film et ses choix pour retranscrire l’atmosphère unique qui règne dans certains quartiers de Naples.
Pour recréer l’impact émotionnel que j’ai ressenti en me rendant dans ces territoires, il m’a semblé que ma réalisation devait être la plus discrète possible. L’histoire suggérait elle-même ce langage très simple. Toute volonté de beaux cadrages, de beaux mouvements de caméra était rejetée assez naturellement par le film. Les reportages de guerre que j’ai vus m’ont influencé aussi. Je voulais donner aux spectateurs la sensation qu’ils se situent au cœur de l’action. Je voulais qu’ils puissent ressentir les odeurs.
Le film s’apparente également aux pièces de théâtre antique. Les drames et la fatalité s’abattent aveuglement dans les faubourgs de la ville sur la destinée des hommes et des femmes broyés par le système mafieux des camorristes. Matteo Garrone parvient à retranscrire l’atmosphère oppressante et suffocante des quartiers de Naples où la criminalité rampante, liée à l’activité de la Camorra, dicte sa loi. Le film confronte les spectateurs à la réalité inavouable des méfaits du crime organisé. Le public a la sensation d’être dans un cauchemar dont on ne peut pas se réveiller. Rien ne semble échapper en effet à l’emprise et au contrôle de la Camorra.
L’incarnation de l’enquête de Roberto Saviano à l’écran
Le découpage du film présente les différents visages de la « pieuvre » et les multiples prismes des activités de la toute puissante organisation criminelle napolitaine, la Camorra. Le long-métrage est constitué d’une succession de scénettes qui oscillent entre les différents personnages.
Le film s’attaque à ces activités illégales variées tout en reprenant des pans entiers et fidèlement retranscrits de l’enquête de Roberto Saviano : le trafic de stupéfiants, les assassinats, le racket, l’usure, la distribution de sommes d’argent aux quartiers sous domination des clans camorristes, les ateliers de confection dans le textile et de contrefaçon de qualité avec des travailleurs clandestins d’origines asiatiques ainsi que la collecte et l’enfouissement des ordures et des déchets sensibles (toxiques, radioactifs ou extrêmement polluants).
Les quartiers de Scampia et de Secondigliano avec les fameuses tours Vele servent de « terrain de jeu » aux camorristes dans le cadre du trafic de stupéfiants et des assassinats programmés pour le contrôle du territoire. Les quartiers de Naples, l’architecture de la ville et les tours d’immeubles constituent une présence et un personnage à part entière. Ces décors austères et saisissants contribuent à la force, à l’identité et au poids du film. Matteo Garrone avait également évoqué lors de son passage à Cannes, les relations particulières de l’équipe du film avec la population locale. Il était également revenu sur la complémentarité de son film avec l’enquête édifiante de Roberto Saviano.
De la part de la population, il y a eu une grande disponibilité, une grande participation. Ils ont sûrement été les premiers spectateurs de ce film. Ils étaient toujours derrière l’écran de contrôle, ils nous donnaient des conseils. Souvent, c’est le cinéma qui forme le goût de ces gens et non le contraire. Même si ce film dénonce une réalité, on a choisi une direction différente du livre : ce n’est pas une enquête. Donc, je ne me sens pas en danger personnellement. Le film et le livre sont complémentaires, ils s’entraident.
Les différents avatars de l’organisation mafieuse
Les séquences liées au personnage de Pasquale (l’ouvrier dans le textile aux doigts de fée) constituent des moments cultes du film. La visite et la leçon de couture dans l’atelier clandestin est une scène magistrale. La poursuite en voiture est un modèle de réalisme dans le découpage et la réalisation des scènes d’action au cinéma. L’épilogue déchirant des scénettes de Pasquale, qui a depuis changé de branche pour oublier ce passé funeste, démontre encore une fois l’emprise et le pouvoir de la Camorra en Italie ainsi que ses ramifications à l’échelle internationale. Pasquale reste médusé devant les images de la télévision d’un café. Il découvre sa robe à l’écran, qui a été contrefaite dans les ateliers clandestins dans la région de Naples, suite à ses instructions et à ses techniques. La robe en question est portée par une star de cinéma lors d’une cérémonie prestigieuse à l’occasion du traditionnel tapis rouge.
Même si son personnage n’a pas de sang sur les mains, le comédien Toni Servillo (La Grande Bellezza, Il Divo, Loro) incarne de son côté avec maestria la perfidie et toute l’abomination du mafieux à col blanc. Il va tenter de former un jeune homme « au métier » dans le business du recyclage des déchets. Les convictions du jeune homme seront ébranlées alors que l’entreprise pourrait conquérir le marché du traitement des déchets de Venise. Le personnage de Toni Servillo dresse un constat cynique et effroyable sur son activité lors d’un échange tendu avec son jeune « apprenti ».
– Grâce à des gens comme moi, ce pays de merde est dans l’Europe. J’ai sauvé des emplois en faisant économiser du fric aux boîtes.
– Tu sauves un ouvrier à Maestre en tuant une famille à Mondragone.
– C’est comme ça que ça marche. Je n’y suis pour rien. On résout les problèmes que les autres ont créés. Le chrome, l’amiante… Ce n’est pas moi qui les ai créés.
Sous emprise camorriste, les frontières de la légalité seront bafouées par cette entreprise qui va enfouir des déchets toxiques dans des carrières. Les dirigeants n’ont aucune considération et aucun respect pour les travailleurs du groupe. Les camionneurs sont payés au lance-pierre et mettent leur vie et leur santé en péril. Les patrons malhonnêtes ne reculeront devant rien et confieront la conduite des camions à des enfants, sans permis, suite au débrayage des conducteurs après un grave accident de travail.
Le sacrifice d’une génération : Quand la jeunesse napolitaine cède au chant des sirènes de la Camorra
Le film s’attarde également sur la « formation » d’un jeune enfant à « l’école du crime ». Il suit les différentes étapes pour être enrôlé comme « soldat » et porte-flingue. L’organisation mafieuse va devoir faire face à l’hostilité et au courage de sa mère qui va tenter d’arracher son fils des griffes de la Camorra.
Comme le démontre le film, la jeunesse italienne sert de véritable chair à canon pour les organisations criminelles dans la course au profit et pour la conquête de nouveaux territoires. Gomorra s’attarde également sur la destinée de deux jeunes amis. Ces adolescents fougueux n’en feront qu’à leur tête. Ils vont rapidement faire les 400 coups et tenter de brûler la vie par les deux bouts. Ils vont ainsi multiplier les braquages sauvages dans des commerces, faire main basse sur le stock d’armes des membres plus âgés du clan. Ils iront même jusqu’à dérober des stupéfiants dans des zones de deals concurrentes, dans des squats appartenant à la communauté noire de Naples. Ces actions, qui vont bafouer le code d’honneur du clan, vont également provoquer l’ire des plus anciens, des « tontons flingueurs ». La revanche des vieux briscards du clan sera terrible face à ces deux têtes brûlées qui ne respectent pas les règles. Ces deux jeunes insouciants qui repoussent les limites et vivent enfin leur vie rêvée de gangsters en suivant la voie de leur modèle Tony Montana dans Scarface vont malheureusement finir par se brûler les ailes. L’appât du gain, les luttes intestines entre les clans, la guérilla urbaine, l’argent facile, le trafic de stupéfiants et les réputations de caïds à bâtir sont les tentacules de la pieuvre qui étouffent cette jeunesse et la population sous le joug des organisations mafieuses à Naples. La Camorra parvient aisément à séduire une jeunesse à la dérive.
Cette jeunesse italienne est littéralement envoyée à l’abattoir dans un final saisissant qui laisse un gout amer dans la bouche et des larmes dans les yeux. Les dernières images du film font terriblement froid dans le dos. Elles démontrent le peu de valeur de la vie humaine aux yeux de la Camorra.
Matteo Garrone porte ensuite le coup de grâce avec des messages qui apparaissent avant le générique de fin. Les spectateurs peuvent alors méditer sur les ravages de la mafia.
En Europe, la Camorra a tué plus que toute autre organisation criminelle. 4 000 morts en trente ans. Un tous les trois jours. Scampia est l’endroit au monde où l’on vend le plus de drogue. Le chiffre d’affaires par clan est d’environ 500 000 euros par jour. En empilant les déchets toxiques traités par la Camorra on atteint 14 600 mètres de haut, deux fois l’Everest. Il y a 20 % de cancers en plus dans les zones contaminées.
Gomorraa obtenu le Grand Prix au 61ème Festival de Cannes en 2008. La musique et la bande-son du film seront supplantées et bonifiées dans la série. Ce long-métrage étouffant a marqué des générations entières de spectateurs. Gomorraa participé au renouveau du polar italien au cinéma ces dernières décennies à la manière de Romanzo Criminale de Michele Placido (2005), Arrivederci Amore Ciao de Michele Soavi (2006), A.C.A.B. – All Cops are Bastards et Suburra de Stefano Sollima (2012 et 2015).
Le réalisateur de Gomorra, de Tale of Tales et de Reality, Matteo Garrone, travaille actuellement sur Dogman. Ce nouveau polar sur un fait divers particulièrement violent des années 1980 en Italie risque de faire couler beaucoup d’encre. Le film devrait retracer le jour où la vie de Pietro De Negri, un toiletteur pour chiens, a basculé à Rome. Sous l’emprise de la drogue, De Negri va torturer et amputer un chef de gang, Giancarlo Ricci, pendant près de sept heures !
La Convention des geeks et des otakus a réouvert ses portes les 30 septembre et 1er octobre derniers pour le bonheur des passionnés. Au programme du Paris Manga & Sci-fi Show 24ème édition : des acteurs de séries (Arrow, Buffy contre les Vampires, Power Rangers…), des artistes japonais (Sailor Moon, Hunter X Hunter), des YouTubers, des Catcheurs, des zicos, des Cosplayers et des stands kawaii en veux-tu en voilà !
Côté Sci-fi, Manu Bennett, le Deathstroke de Arrow, mais aussi Crixus dans la série Spartacus ou Allanon dans Les Chroniques de Shannara était l’un des grands invités de ce Paris manga & Sci-Fi Show 24ème édition. Juliet Landau, Marc Blucas, Emma Caulfield et Clare Kramer se sont réunis sur scène pour fêter, avec leur public, les 20 ans de Buffy contre les vampires (photo à droite). Ils ont ensuite cédé la place à la jeune équipe des Power Rangers version USA qui disposaient eux-aussi d’un bon nombre de fans.
Côté Japan, les chara-designer Shigeru Fujita (Monster) et Takahiro Yoshimatsu (Hunter x Hunter, Trigun) étaient conviés aux côtés du réalisateur des Sailor Moon R et S, Kunihiko Ikuhara. Jay, l’auteure du manga Sherlock a quant à elle annulé sa venue à l’événement pour des raisons de santé.
Ce fut aussi le cas de l’acteur britannique John Rhys-Davies (Le Seigneur des Anneaux, Les Chroniques de Shannara, Indiana Jones…), absent pour cause de tournage, et de Teryl Rothery (Docteur Janet Fraiser dans Stargate SG-1).
Chez les YouTubers, étaient présents Thomas Cyrix, TartinEx, Frigiel et Sora. Les stars de la toile ont su faire honneur à leur followers en jonglant entre photos et dédicaces ! Les stands mitoyens accueillaient les artistes de Comics et BD (Emanuel Simeoni, David Lafuente, Mike Grell…) et les doubleurs voix de nos séries préférées.
Les YouTubers Sora & TartinEx et l’équipe de Buffy contre les Vampires :
Les stands pour faire le plein de goodies et autres souvenirs made in Japan :
Et notez bien le prochain rendez-vous : la 25ème Edition de Paris Manga et Sci-Fi Show se tiendra les 3 et 4 février 2018 !
Dire que l’on redoutait Blade Runner 2049 tenait du plus pur euphémisme tant son aîné avait jadis ébranlé le milieu de la science-fiction. Et, pourtant, passé le générique, un seul constat : Denis Villeneuve a réussi son pari, faisant de son film une splendeur visuelle entrecoupée de questionnements existentiels & politiques lancinants.
Pari impossible, attentes démesurées, pression insoutenable : ça n’est pas pour rien que Blade Runner 2049 convoquait déjà tous les superlatifs, et ce avant même sa sortie. Puisque, outre de marquer l’énième preuve qu’Hollywood aime à se complaire dans l’update de ses fleurons de la SF (Robocop, Total Recall), pour des résultats plus ou moins dispensables, la résurgence de Blade Runner amenait avec elle une question : comment créer une continuité à une œuvre ayant déjà tant apporté ? Il était là le défi. Car pour beaucoup, le nom Blade Runner renvoie à cette image nauséabonde des studios dans lesquels les cols blancs auront empêché Ridley Scott d’apposer sa vision à une œuvre renvoyant à un futur purulent et inquiétant mais tout à fait réel. Pour d’autres, ce nom fait écho à cette œuvre visionnaire dépeignant un Los Angeles aux airs de melting pot d’influences, dont auraient surgi des caniveaux encrassés par la pollution, les prémices du cyberpunk. Un héritage colossal donc et qu’on se le dise effrayant. Mais dans le cas de Denis Villeneuve, jamais en reste pour jouer son numéro de démiurge, l’effroi s’est mué en stimulus, en moteur ; quitte à faire de ce pari insensé une réussite sur tous les points. Car la plus belle idée tissée dans cette relecture (et pas suite) de l’univers de Philip K Dick, c’est bien de voir Villeneuve s’approprier l’héritage du film initial et oser le mélanger à un style déjà rompu au numéro de funambule : le sien.
Blade Runner 2049 : film d’auteur ou vraie suite ?
Et ce qui prime chez lui, c’est bien la modestie. On en avait déjà eu un aperçu quand, affairé sur le tournage, il osait dire avoir fait le deuil du succès du film. Constat de faiblesse ? Complète omniscience face à des fans pouvant développer des réactions épidermiques ? Peu importe. Toujours est-il que Villeneuve a tenu bon ; quitte à imposer son style et mieux encore ses intentions. Et quoi de mieux pour cela que de démarrer avec le symbole par lequel l’original pourrait se voir résumer ; l’œil. Déjà dans le premier film, ou la bande à Roy Batty cherchait un moyen de subsister malgré leur péremption imminente, l’œil était au cœur des débats. Après tout, il est le miroir de l’âme comme disent certains et c’était par eux qu’Harrison Ford pouvait deviner s’il avait affaire à un Repliquant ou un banal être humain. Un œil donc, mais différent du premier. Car, si celui de 1982 était zébré de flammes et de lumière, l’œil de 2017 est d’un blanc immaculé. Comme une allusion au début du film de 1982 ? Possible. Comme la preuve que Villeneuve donne de sa personne et pose « son regard » (forcément différent) sur le mythe ?Assurément. Et par regard, on lui préférerait presque le terme d’écho car le film a la bonne idée de reprendre les pistes laissées par Scott et les pousser en fonction du ressenti du Québécois. Et dans un sens, c’est logique. Le film est passé de main en main, d’une génération à l’autre, quitte à inspirer pléthore de fans et mieux encore de cinéastes. Ça a donc quelque chose de grisant de voir ce constat dans la première phrase du film que prononcera K (bluffant Ryan Gosling) ; qui en menant son enquête « s’excuse de s’introduire » chez une personne. Un peu comme Villeneuve qui semble déjà s’excuser de son intrusion dans la « franchise » et d’amener sa vision. Pourquoi ? Car celle-ci diverge de celle de Scott. Tout simplement. Chez le Britannique, on causait volontiers âme, conscience, humanité, le tout noyé dans une Los Angeles suffocante. Coté canadien, Los Angeles est toujours aussi inhospitalière mais l’univers voit l’arrivée de nouveaux thèmes, de nouvelles idées, lesquelles une fois auditionnées donnent davantage l’impression de voir un film de Villeneuve qu’une suite (aussi bonne soit-elle). En ça, le film déjà intriguant, devient passionnant. Suffisamment en tout cas pour nous absorber pendant 2h30 dans une atmosphère où respire encore le spleen, la désillusion et les affres d’un futur certes impossible mais paradoxalement tangible.
Plus qu’un hommage, Blade Runner 2049 est un écho au film de 1982
Puisque oui, le film ne perd en rien de sa portée et de son charme malgré le changement de bord. Mieux encore, il s’en retrouve sublimé. Que ça soit le versant politique ou existentiel qui découle de l’intrigue, les réflexions sous-jacentes à la technologie, la création & la mémoire qu’il développe, et le soin qu’il a à les lier avec des imageries très « villeneuviennes » (le tunnel de Sicario, le coté minéral de Premier Contact), le rendu sidère par sa maîtrise du fond. Côté forme, même rengaine. Ne lésinant pas sur les moyens, Villeneuve peut donner corps à son fantasme de cinéphile et construire un pont entre la vision de Scott et la sienne. Résultat, on retrouve toujours avec plaisir cette Los Angeles muée en mégapole grouillante, plongée dans une nuit éternelle, constamment balayée par la pluie ou la neige, traversée par des engins volants, quadrillée de publicités luminescentes & d’hologrammes géants. Mais les décors n’ont pas qu’une vocation picturale chez Villeneuve. Ils servent un propos, et dans la langueur que certains trouvent au film, on serait tenté d’y voir un certain sens ; le long-métrage passant tantôt de pur trip formaliste à une quête sur soi en passant par une recherche de l’intériorité ou du « moi » profond. Une double approche donc, hybride. En ce sens, trouver des décors qui rappellent autant Scott que Villeneuve tient du génie (une décharge qui rappellerait tout le nihilisme de Cartel ; l’antre du magnat Wallace (terrifiant Jared Leto) baigné de reflets dorés, ou le décor orangé et uni de la tanière d’Harrison Ford) ; les personnages féminins forts de Villeneuve (puissantes Ana de Armas et Sylvia Hoeks) … Tout concourt finalement pour donner au film une forme faisant écho (toujours l’écho) au fond, comme on en voit désormais trop peu. Et fatalement, à la fin, on se retrouve avec un anti-blockbuster (ou tout du moins un blockbuster introspectif, profond, rare, maîtrisé & halluciné qui met à l’amende 95% de ses pairs) dont on aimerait bien rêver à la place de moutons électriques.
Évitant l’écueil de la simple suite sans idée, Blade Runner 2049 doit beaucoup à son auteur qui, en préférant raconter sa version qu’une énième suite, tisse une histoire magnifiant la richesse déjà insondable de l’univers de Philip K Dick. De quoi le hisser comme l’un des films les plus virtuoses, gargantuesques et sidérants de l’année. Chef d’œuvre !
Blade Runner 2049 : Bande-annonce
Synopsis : À Los Angeles, en 2049, l’officier K du LAPD, un blade runner, mène une enquête qui l’oriente vers Rick Deckard, disparu depuis trente ans.
Blade Runner 2049 : Fiche Technique
Réalisation : Denis Villeneuve
Scénario : Hampton Fancher et Michael Green, sur une idée d’Hampton Fancher et Ridley Scott, d’après les personnages créés par Philip K. Dick
Casting : Ryan Gosling (officier K du LAPD), Harrison Ford (Rick Deckard), Ana de Armas (Joi), Sylvia Hoeks (Luv), Robin Wright (lieutenant Joshi), Jared Leto (Neander Wallace, un fabricant de réplicants), David Bautista (Sapper), Mackenzie Davis (Mariette), Edward James Olmos (Gaff), Carla Juri
Décors : Dennis Gassner
Costumes : Renée April
Photographie : Roger Deakins
Musique : Hans Zimmer et Benjamin Wallfisch
Production : Andrew Kosove, Broderick Johnson, Ridley Scott, Bud Yorkin et Cynthia Sikes Yorkin
Sociétés de production : Alcon Entertainment, Scott Free Productions, 16:14 Entertainment, Thunderbird Films et Torridon Films
Sociétés de distribution : Warner Bros, Sony Pictures Releasing France
Budget : 185 millions de dollars
Langue originale : anglais
Genre : science-fiction
Durée : 163 minutes
Dates de sortie : 4 Octobre 2017
La Mante est l’une des dernières créations originales de TF1 en huit épisodes avec Carole Bouquet en ex-tueuse en série. Verdict ?
Synopsis :Jeanne Deber est en prison depuis plus de vingt ans : elle est connue pour être la célèbre tueuse en série La Mante. Un copycat de ses vieux crimes étant dans les parages, Jeanne Deber doit collaborer avec la police pour les aider. Elle n’accepte qu’à une condition : pouvoir travailler avec le flic Damien Carrot… son fils qui refuse tout contact avec elle depuis son arrestation.
TF1 et ses séries, ce n’est pas encore ça en ce qui concerne l’originalité et la prise de risques. Pour beaucoup, TF1 reste la chaîne qui diffuse Camping Paradis et Joséphine, Ange Gardien. Pourtant, depuis quelques années, la première chaîne tente de s’ouvrir à des projets plus audacieux, comme le fait par exemple (pour rester à ce qui se fait en France) Canal + (Le Bureau des Légendes, Les Revenants). La mini-série La Mante a alors tout pour séduire sur le papier notamment avec un sujet formidable qui n’a rien à envier aux séries américaines et un casting qui donne envie d’y jeter un œil.
On a envie d’applaudir et d’encourager ce type de création sur une chaîne très regardée. La Mante est un divertissement assez sombre voire même violent, ce qui peut étonner vu sa chaîne et son heure de diffusion. On s’intéresse volontiers aux épisodes dans le sens où on a envie de connaître la suite à la fin de l’un d’entre eux (cela est une des bases du concept même de série télévisée), à la psychologie des personnages et leur passé ou à la relation touchante entre une mère indigne et son fils paumé. La mise en scène n’est certes pas révolutionnaire (on n’est pas encore face à la qualité des séries Canal +) mais elle est tout à fait correcte, mieux que la moyenne des séries de la première chaîne.
Pourtant, La Mante est un objet télévisuel en six épisodes décevant et frustrant. La bande-annonce a su faire vendre du rêve : on s’attend à voir une Carole Bouquet glaciale et impériale. Mais une fois qu’on a lancé les différents épisodes, le rendu est très différent. Jeanne Deber est présentée comme une sorte de Dexter à la française, version femme. Même les modes opératoires nous rappellent la série américaine. La force dans Dexter, c’était ce dilemme intérieur qui rongeait le personnage : oui, il tuait des pourris mais ses crimes étaient avant tout un moyen de contrôler ses pulsions criminelles. Il n’a jamais été présenté comme un gentil.
Or, dans le cas de La Mante, les scénaristes nous expliquent par a+b, jusque dans les dernières révélations, pourquoi Jeanne a commis ses crimes odieux en nous la présentant totalement comme une victime. Ils veulent à tout prix l’humaniser par sa douceur extrême, douceur qui prend le dessus sur le ton glacial pourtant attendu. Ils insistent lourdement sur sa relation ratée avec son fils. S’intéresser à la psychologie d’une tueuse était donc une jolie idée, on n’en doute pas. Mais, par sa grande gentillesse exposée sans cesse sans la moindre once de dangerosité et d’ambiguïté à l’horizon, le personnage de Jeanne Deber ne paraît pas tout simplement pas crédible.
Carole Bouquet est certes investie mais, par une écriture maladroite de son personnage, elle ne parvient pas à rendre totalement le meilleur d’elle-même, même si sa performance reste tout de même intéressante. En revanche, Fred Testot est plutôt étonnant dans le rôle du flic brisé par son histoire familiale qui aura des conséquences sur une éventuelle paternité qu’il refuse. Son personnage est même mieux écrit, même si on n’évite pas quelques facilités, que celui de Jeanne Deber, pourtant le personnage principal de la série.
Enfin, autre problème : le rythme. Il n’y a que six épisodes mais les quatre premiers paraissent trop longs. Heureusement, malgré l’identité du tueur révélée suivant un modèle d’une ringardise sans nom (on ne pensait plus que cette solution était encore utilisée par des scénaristes), les deux derniers épisodes sont bien plus palpitants sur tous les points, laissant place à une émotion bienvenue. Il est vivement regrettable que la mini-série n’ait pas eu cette régularité dans tous ses épisodes.
Critique de Logan Lucky, nouveau film mordant et attachant de Steven Soderbergh qui met en scène le succulent trio formé par Channing Tatum, Adam Driver et la révélation comique, Daniel Craig dans un rôle à contre-emploi.
Synopsis : Deux frères élaborent un plan pour commettre un braquage durant la légendaire course de NASCAR Coca-Cola 600 sur le circuit du Charlotte Motor Speedway en Caroline du Nord, durant le Memorial Day.
Country Roads
Alors qu’il avait annoncé en avoir fini avec la réalisation de films lors de la sortie de Ma vie avec Liberace (un téléfilm qu’il a fait pour HBO), et après une excursion à la télé avec la réalisation de l’excellente série The Knick puis la production de The Girlfriend Experience, une superbe série issue d’un de ses propres films, voilà que Steven Soderbergh revient finalement dans les salles obscures. De ses propres mots, le scénario de Logan Lucky lui a donné une inspiration nouvelle, il a donc décidé de reprendre sa carrière cinématographique en le réalisant alors qu’il devait juste recommander un réalisateur adapté au projet. Logan Lucky devient donc instantanément un long métrage intéressant, son script ayant réussi à faire revenir sur les devants de la scène un metteur en scène talentueux qui a en plus beaucoup appris de son passage sur petit écran en y gagnant une nouvelle maturité.
Il suffit juste de lire le synopsis pour comprendre ce qui a intéressé Soderbergh dans le projet. Hormis l’évidence qu’il réalise un peu son Ocean’s Eleven version redneck, on constate que le film brasse un bon nombre de thématiques qui lui sont chères. L’étude des classes sociales dans une Amérique déphasée, des personnages en quête d’évasion de leur quotidien, etc. Plus qu’un divertissement haut de gamme sous sa forme de « heist movie » déluré, Logan Lucky est avant tout une satire sociale grinçante et diablement efficace. Jouant la carte de l’ironie à tout les niveaux, symbolisée même à travers le titre qui souligne le caractère chanceux de la famille Logan alors qu’ils sont, selon les superstitions du plus jeune frère, maudits, Soderbergh brosse un portrait au vitriol d’une Amérique rongée par l’hypocrisie et la pauvreté. L’argent vient des institutions, des religions fiduciaires imposées à un peuple abruti par la publicité qui ne s’impose qu’en consommateur et acheteur de sa propre déchéance. Le réalisateur joue d’ailleurs habilement du placement de produits pour mettre ses personnages en position de victime de la société de consommation mais par extension venir aussi piéger son spectateur en le mettant face à son propre besoin de consommer. Il ré-interroge intelligemment le rêve américain qui s’impose plus que jamais comme une promesse de capitalisme et montre au final sa réussite, qui se fait au détriment de ceux destinés à se faire exploiter.
Le gouvernement est présenté comme une bande d’incompétents préférant fermer les yeux sur leur médiocrité et s’en prendre aux autres pour leurs fautes, ou encore comme des actionnaires prêt à la moindre entourloupe pour se faire de l’argent et des agents calculateurs, froids et obsessionnels. Donc plus encore que l’efficacité simple de son récit, qui voit ses personnages planifier un casse et le mettre en œuvre, Logan Lucky trouve vraiment sa particularité à travers son sous-texte. L’Amérique ici est symbolisée à travers le NASCAR et chaque personnage vient apporter une symbolique à cette Amérique qui s’est perdue dans ses valeurs faussées, régit par le diktat de l’image et la célébrité. Les deux frères Logan représentent les laissés pour compte, l’un payant le prix de son handicap alors qu’il était destiné à devenir un talentueux et célèbre footballeur américain tandis que l’autre subit les conséquences d’avoir été faire la guerre pour son pays. La parcours du personnage principal devient donc particulièrement intéressant, lui qui aurait dû être une des idoles de son pays qui se voit devenir un paria à cause d’un malheureux accident. Un pays où soit on est quelqu’un, soit on n’est personne. Le film en devient passionnant à être décortiqué et se montre plus habile et pertinent qu’il ne peut le laisser paraître de prime abord. Mais sans cela, Logan Lucky reste une histoire souvent drôle et touchante qu’on prend plaisir à suivre grâce à son trio principal relativement attachant. Néanmoins, à trop se tourner sur la symbolique certains personnages se voient sous exploités, notamment les personnages féminins, et le film vient à souffrir d’un troisième acte et d’une conclusion plus confuse et beaucoup trop longue.
Tout n’est donc pas parfait et l’ensemble se montre nettement prévisible dans les mécaniques de son scénario, reprenant même à l’identique la formule déjà vu dans un Ocean’s Eleven et donc on attend assez vite les limites de l’entreprise. Mais Logan Lucky peut quand même compter sur un casting impeccable avec des seconds rôles solides et des caméos plutôt sympathiques. On regrettera juste que l’excellente Riley Keough ne soit pas plus mise en avant. Par contre le trio principal formé par Channing Tatum, qui n’est jamais aussi doué que lorsqu’il travaille avec Soderbergh, Adam Driver et Daniel Craig est excellent. Craig offre d’ailleurs une performance à contre-emploi savoureuse et dévoile un talent comique insoupçonné qui en fera incontestablement l’attraction du film. Mais avec son attitude de Droopy et son naturel sidérant, Adam Driver est aussi un atout de poids et crée souvent l’hilarité arrivant par la même occasion à voler pas mal de scènes à ses comparses. Soderbergh est lui aussi plutôt inspiré dans sa mise en scène, montrant qu’il est toujours un esthète hors pair en enchaînant les plans brillamment élaborés mais pourtant impressionnants de simplicité. Le réalisateur à un œil particulier lorsqu’il s’agit de filmer les gestes du quotidien et arrive souvent à les magnifier comme personne. Soutenu par son montage dynamique, même s’il ralentit un peu trop la cadence dans le dernier tiers, et sa photographie léchée, le film s’appuie aussi sur des musiques intradiégétiques plaisantes à l’oreille mais qui soulignent aussi que Logan Lucky est un long métrage astucieusement pensé et qui ne laisse rien de côté.
Logan Lucky est donc une réussite. Steven Soderbergh revient en grande forme et signe un film bien pensé et encore mieux exécuté mais qui apparaît néanmoins comme assez mineur dans sa filmographie. Même si son sous-texte est particulièrement bien senti et qu’il apporte une ironie salvatrice à l’ensemble, Logan Lucky s’embourbe quand même dans le cahier des charges du film de casse. Celui-ci est toujours efficace mais ne semble plus capable de livrer des surprises et on voit assez vite venir la finalité du récit. C’est assez dommage car avec un peu plus d’énergie et d’inventivité, le film avait toute les cartes en mains pour être un grand moment de cinéma. Reste une œuvre construite avec intelligence et menée par un très bon casting et les spectateurs qui ne relèveront pas l’étendue de sa charge sociale y verront quand même un divertissement maîtrisé et rondement mené, même si un peu attendu. Du bon cinéma qui devrait facilement plaire à un large public.
Logan Lucky : Bande annonce
Logan Lucky : Fiche technique
Réalisation : Steven Soderbergh
Scénario : Rebecca Blunt
Casting : Channing Tatum, Adam Driver, Daniel Craig, Riley Keough, Katie Holmes, Sebastian Stan, Katherine Waterston, Seth MacFarlane, Hilary Swank,…
Décors : Howard Cummings
Costumes : Ellen Mirojnick
Photographie : Steven Soderbergh (sous le pseudonyme Peter Andrews)
Montage : Steven Soderbergh (sous le pseudonyme Mary Ann Bernard)
Musique : David Holmes
Producteurs : Reid Carolin, Gregory Jacobs, Channing Tatum et Mark Johnson
Production : FilmNation Entertainment, Free Association et Trans-Radial Pictures
Distribution : ARP Sélection
Budget : 29 millions de dollars
Durée : 119 minutes
Genre : thriller, espionnage, action
Dates de sortie : 25 octobre 2017
Avec ce projet né après les événements dramatiques qu’ont connu la France et le monde, les deux frères de la comédie française se sont demandés comment ils allaient encore pouvoir faire rire et ressouder les esprits. En piochant dans leurs histoires personnelles de jeunesse et les petits boulots qu’ils avaient faits ensemble, Toledano et Nakache réussissent le pari en sortant Le sens de la fête qui divertit tout en faisant, comme toujours, passer un message.
Synopsis : Max est traiteur depuis trente ans. Des fêtes, il en a organisées des centaines, il est même un peu au bout du parcours. Aujourd’hui c’est un sublime mariage dans un château du XVIIème siècle, un de plus, celui de Pierre et Héléna. Comme d’habitude, Max a tout coordonné : il a recruté sa brigade de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, il a conseillé un photographe, réservé l’orchestre, arrangé la décoration florale, bref tous les ingrédients sont réunis pour que cette fête soit réussie… Mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d’émotion risque de se transformer en désastre ou en chaos. Des préparatifs jusqu’à l’aube, nous allons vivre les coulisses de cette soirée à travers le regard de ceux qui travaillent et qui devront compter sur leur unique qualité commune : Le sens de la fête.
Après Nos Jours Heureux ou Tellement Proches, les réalisateurs renouent avec le film choral en plongeant leur nouvelle comédie dans l’organisation d’une soirée de mariage. Risquant de devenir un méli-mélo d’intrigues en perte de sens et un casting plutôt qu’un film, Toledano et Nakache déjouent le piège avec brio pour le plus grand plaisir du public. À croire que ces deux là ont la formule idéale pour toujours nous faire passer un bon moment devant leurs films, qui ne se manquent jamais. Ils vont plus loin que la simple comédie du dimanche en famille et s’arrangent toujours pour chasser le désespoir au galop en faisant sourire avec des choses des plus banales et quotidiennes. La routine c’est ce dont ils s’amusent en jouant avec les humeurs et les défauts de leurs personnages. Dans un espace-temps resserré, le duo n’ennuie jamais entre les allées et venues en cuisine. À la manière d’un plateau de tournage, chacun occupe son poste : cuisiniers, serveurs, assistante, tout le monde subit les galères des autres et tous coopèrent pour faire du mariage de Pierre et Héléna une soirée magique ; ou pas…
Sans aucun cliché, les réalisateurslivrent les portraits d’une dizaine de personnages formant cette brigade de soirée dirigée par Jean-Pierre Bacri, dans l’un de ses rôles les plus drôles. On retrouve Jean-Paul Rouve qui avait été directeur de colo dans Nos Jours Heureux et Gilles Lellouche, fidèle à lui même mais surprenant (il ne veut qu’une femme pour une fois). Au milieu de ce casting masculin, deux femmes existent dont Suzanne Clément, l’actrice fétiche de Xavier Dolan, que l’on aurait aimé voir un peu plus. Puis Eye Haidara, que les réalisateurs font découvrir au grand public qui ne restera pas insensible face à ce caractère bien trempé dans le rôle de l’assistante de Max (Bacri). Les plus jeunes et les petits nouveaux du cinéma français comme William Lebghil ou Kévin Azaïs rythment les gags de cette fine équipe souvent au bord de l’explosion. La scène d’éclatement, elle ressemble d’ailleurs de près à celle mythique déjà réalisée dans Nos Jours Heureux.
Toledano et Nakache s’attachent au particulier, au singulier et pourtant ce qui ressort du film c’est le collectif. Comment l’enchaînement des gaffes individuelles finit par souder une équipe qui pourtant, part de loin ? Chacun a ses défauts, ses humeurs et de cette manière les réalisateurs ont tout compris à l’être humain. Mais le tout lié et uni, on oublie les mauvais côtés pour ne garder que la solidarité qui en émane. C’est véritablement la force du duo de cinéastes et la force du groupe en général : ne former plus qu’un malgré toutes les singularités qui le composent et repousser tous les défauts pour ne dégager que l’entraide et le vivre ensemble. De Nos Jours Heureux à Intouchables en passant par Tellement proches ou Samba, Toledano et Nakache réunissent toujours les esprits autour d’un thème commun : la cohésion justement. Entre différentes classes sociales, entre des personnalités totalement opposées, les deux cinéastes montrent à chaque fois qu’il y a toujours quelque chose qui nous rassemble. Et si ce n’est pas la vie alors qu’est-ce ? Dans Intouchables, un jeune à problème aide un tétraplégique, dans Samba c’est Charlotte Gainsbourg qui aide un sans papiers. Par tous les sujets, ils ont toujours diffusé fraternité et solidarité. Et tout ça, sans jamais passer pour des donneurs de leçon, sans jamais faire la morale ou tomber dans le pathos ; toujours avec humour et légèreté. C’est bien en cela qu’ils sont efficaces.
Alors ce n’est peut être pas le film le plus drôle du duo, mais Le sens de la fête réussit à rassembler avec légèreté.
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Le Sens de la fête : Bande Annonce
Le Sens de la fête : Fiche technique
Réalisation : Olivier Nakache, Eric Toledano
Scénario : Olivier Nakache, Eric Toledano
Interprètes : Jean-Pierre Bacri, Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche, Vincent Macaigne, Eye Haidara, Suzanne Clément
Montage : Dorian Rigal-Ansous
Musique : Avishai Cohen
Producteurs : Nicolas Duval-Adassovski, Yann Zenou, Laurent Zeitoun
Distributeur : Gaumont Distribution
Genre : comédie
Durée : 117 minutes
Date de sortie : 4 octobre 2017
Les réalisateurs Olivier Peyon et Cyril Brody, pour leur troisième collaboration ont suivi Latifa Ibn Ziaten pendant plus d’un an. Ils en tirent Latifa, le cœur au combat, une œuvre porteuse de paix d’une grande force.
Synopsis: Le combat de Latifa Ibn Ziaten pour la jeunesse des quartiers avec écoute et tolérance.
Tout le monde se souvient de Mohamed Merah qui a défrayé la chronique en 2012 en tuant sept personnes dont trois enfants juifs. Mais peu connaissent le combat de la mère d’une des victimes, Latifa Ibn Ziaten, pour se battre contre l’obscurantisme. Si beaucoup se seraient effondrés face à cette tragédie, elle a su tirer de sa peine une force incroyable pour mener à bien ses convictions. Celles de défendre la jeunesse des quartiers par un message de paix et de bienveillance avec son association.
Ce documentaire sur Latifa Ibn Ziaten est rythmé par ses différentes interventions, aussi bien dans des collèges, lycées qu’un centre de détention. On la retrouve même à l’assemblée nationale. Montrer ses combats quotidiens permet de diffuser son message de paix et d’amour. On comprend dans ses discours que ce qu’elle souhaite est d’aider les jeunes des quartiers difficiles à s’accepter et s’insérer dans la société française. Mais les réalisateurs ne l’érigent pas en Sainte pour autant, ils la montrent sous différents aspects, tels que celui d’une activiste ou d’une mère. Car on retrouve plusieurs passages, très touchants, où elle se montre entourée des siens.
On retiendra d’ailleurs deux images marquantes: tout d’abord celle de son mari, qui reste très discret durant tout le documentaire. Alors que sa fille parle de l’absence de son frère, tué d’une balle par le terroriste, on le voit assis, l’air abattu. Lui qu’on ne voit presque pas, apparaît soudain comme un être rongé par la tristesse qui a touché sa famille. L’autre passage significatif concerne sa femme. Quand elle est au Musée Grévin entourée de femmes arabes ayant perdu un proche dans différents attentats. Elle reçoit un appel d’une personne lui rappelant la mort de son fils de manière brutale. Brusque retour à la réalité. Mais elle reste digne. On passe de l’amusement à la tristesse.
La force du long-métrage est d’arriver à montrer des passages positifs et émouvants en rappelant le combat qu’il reste à mener. En témoigne les insultes que cette femme reçoit. Et pourtant à aucun moment la mise en scène n’insiste sur le pathos en forçant le trait. Il est touchant sans en faire trop. Et équilibrer les deux est un exercice périlleux. Et même si le film reste très positif, il montre aussi les moments de découragements, comme celui où Latifa se rend en Palestine.
Même si le film souffre de quelques longueurs, il n’en reste pas moins un témoignage de la vie de cette femme incroyable. Un documentaire nécessaire sur le combat pour la paix et contre l’obscurantisme religieux. A nous de prendre le relais et diffuser ce message.
Latifa, le cœur au combat : Bande Annonce
Latifa, le cœur au combat : Fiche Technique
Réalisation: Olivier Peyon, Cyril Brody
Scénario: Olivier Peyon, Cyril Brody
Interprétation: Latifa Ibn Ziaten
Montage: Lizi Gelber, Catherine Birukoff
Musique originale: Mike et Fabien Kourtzer
Producteurs: Carole Scotta, Laurence Petit, Julie Billy
Société de production: Haut et Court
Durée: 1h37
Genre: Documentaire
Date de sortie: 4 octobre 2017