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Sortie de ‘The Jane Doe Identity’ en DVD et Blu-ray chez Wild Side

Le mercredi 4 octobre sort en DVD et Blu-ray chez Wild Side, The Jane Doe Identity. Le long métrage signé André Ovredal (The Troll Hunter), tente de réveiller l’effroi des années 80s mais échoue dans un final bien d’aujourd’hui.

Synopsis : Quand la police leur amène le corps immaculé d’une jeune fille inconnue, surnommée alors Jane Doe, Tommy Dilden et son fils, médecins légistes, pensent que l’autopsie ne sera qu’une simple formalité. Mais à mesure que la nuit avance, leurs découvertes deviennent de plus en plus étranges. D’inquiétants phénomènes surviennent dans le crématorium.

The (Next) Autopsy of Jane Doe

Les lumières de la salle s’éteignent. La projection est lancée. The Autopsy of Jane Doe (titré en France The Jane Doe Identity) réveille plus ou moins bien d’anciens effrois. Paranoïa, brouillard habité par la mort, un corps à ausculter pour en découdre avec le mystère de l’intrigue… Le long métrage « événement » d’épouvante/horreur réactivait d’anciens concepts du genre (de Fog à The Ring) et ses effets dans un récit à la fois de réactualisation et d’hommage.

Mais le film de Ovredal fonctionne hélas comme bien de films de genre d’aujourd’hui (Conjuring, par exemple). Ces derniers fonctionnent aujourd’hui sur un procédé industriel important : la licence. « Tout film doit donner naissance à une licence« , vient probablement de déclarer à nouveau un producteur alors qu’il tient par la main gauche sa tasse de café chaud et par la droite une liasse de billets verts. Super-héros, monstres, kaijus, épouvante-horreur… De nombreux genres subissent ce vieux procédé industriel. Mais ce dernier est aujourd’hui de plus en plus employé de manière cynique et non à des fins créatives (on pense à la saga Mad Max, Avatar, entre autres). The Autopsy of Jane Doe / Jane Doe Identity ne résout pas son mystère, et ne respecte pas sa logique fantastique. (Attention aux SPOILERS ici 🙂 non seulement un personnage se sacrifie pour rien malgré la compréhension et le respect de l’entité et de ses consignes, mais l’autre meurt de manière absurde. Avant cela bien sûr, le labo a pris feu, les preuves ont brulé. Après la mort des deux hommes, la police arrive, et le corps, qui semble être revenu à son état premier est envoyé dans une université où il sera à nouveau autopsié. Le slogan du prochain doit probablement être déjà prêt dans la tête des producteurs : « vous n’aviez encore rien vu » ou « la fin du mystère est proche ». Ainsi The Jane Doe Identity propose  l’expérience d’un prologue. Est-ce que ce dernier introduit une œuvre d’envergure monstrueuse ? Ou allons-nous devoir supporter le second film comme le deuxième DLC d’un véritable récit qu’on ne pourra qu’imaginer ?

The Blu-ray anatomy

Du côté des éditions DVD / Blu-ray, force est de constater à nouveau que Wild Side n’a pas soigné les bonus de leur nouvelle sortie. Du côté de l’image – visuel et son -, rien à redire, à l’inverse des bonus qui ne comptent qu’une featurette de dix-neuf minutes.

The Autopsy of Jane Doe (The Jane Doe Identity) – Bande-Annonce

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Format image : 2.40, 16/9ème compatible 4/3 – Format son : Anglais DTS 5.1 & Dolby Digital 2.0, Français Dolby Digital 5.1 – Sous-titres : Français – Durée : 1h30

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Format image : 2.40 – Résolution film : 1080 24p – Format son : Anglais & Français DTS Master Audio 5.1 – Sous-titres : Français – Durée : 1h33

COMPLÉMENTS (communs aux deux éditions)

– Dans les Entrailles de Jane Doe (19’)

Happy End de Michael Haneke : Bonjour tristesse du monde bourgeois

Douzième film du cinéaste autrichien, Happy End est un joyeux massacre bourgeois qui manque cependant de cœur et d’audace..

Synopsis : « Tout autour le Monde et nous au milieu, aveugles. » Instantané d’une famille bourgeoise européenne.

Happy-End-2017-michael-haneke-affiche-critiqueEn 2012, Michael Haneke était devenu le cinéaste européen le plus accompli internationalement. Palme d’Or, Oscar du Meilleur Film en langue étrangère, BAFTA et Golden Globe pour Amour, le réalisateur autrichien obtenait à 70 ans la consécration de toute une profession en même temps qu’il plaçait le couple Jean-Louis-Trintignant/Emmanuelle Riva dans l’un des récits les plus émouvants du septième art. Pendant ces cinq ans, Michael Haneke s’est concentré sur la mise en scène de son second opéra (Così fan tutte de Mozart, présenté au Teatro Real de Madrid), en même temps qu’il préparait son douzième long métrage, Flashmob, ce qui devait être un état des lieux actuel sur les rapports entre réseaux sociaux et réalité. On attendait Michael Haneke sur la Croisette pour l’édition 2015 mais après un an de gestation, une pré-production compliquée et l’absence d’une actrice pour son personnage principal, le film est annulé. Il lui faudra deux ans de plus pour mettre sur pied ce Happy End, tourné dans le Nord-Pas-de-Calais, qui dresse un portrait d’une famille bourgeoise actuelle confrontée à la problématique des migrants. Casting de taille pour le retour du maestro autrichien puisqu’il retrouve sa muse Isabelle Huppert et le doyen Jean-Louis Trintignant, en même temps qu’il accueille Matthieu Kassovitz et l’anglais Toby Jones. La soixante-dixième édition du Festival de Cannes s’apprêtait à accueillir une nouvelle fois l’un des rares réalisateurs à avoir obtenu par deux fois la Palme d’Or, et la possibilité de le voir repartir avec une troisième récompense suprême. Mais à l’instar des cinéastes habitués présents cette année-là (Todd Haynes, Michel Hazanavicius, Naomi Kawase, Hong Sang-soo), Michael Haneke repart bredouille, avec en prime un accueil des plus glacials. Car si Happy End n’est pas une déception en soi, elle l’est au regard de son immense filmographie et de ce qui s’avère n’être qu’une énième version froide et cynique d’une bourgeoisie en fin de vie, symptomatique d’un réalisateur qui ne sait plus comment se renouveler.

En restant focalisé sur un monde bourgeois à l’agonie, Michael Haneke en oublie malheureusement de conserver la part d’émotions qui émanaient de ses précédents films.

happy-end-michael-haneke-film-review-cannes 2017-selection-officielle-photo1L’ouverture de Happy End se fait par le prisme d’un format contemporain. Il s’agit d’une vidéo enregistrée sur le téléphone de Eve Laurent, la benjamine de cette famille. Froide et figée, la séquence est étirée jusqu’à ce que l’on devine le drame qui se déroule sous nos yeux, et nous explique grossièrement le point de départ de la crise qui va frapper cette famille bourgeoise. A l’instar de Caché, Michael Haneke interroge notre nouveau rapport aux images et nos comportements en lien avec ces nouvelles technologies. Du haut de ses 75 ans, le cinéaste semble bien décider à montrer son mépris pour ces nouvelles images, consternantes de banalité de son propre aveu, dans un élan limite réactionnaire. Happy End pourrait être un film qui condense toutes les critiques de l’autrichien, de la récession du sens des images à la crise des réfugiés en passant par le mépris d’une caste obnubilée par ses petits problèmes mais le cinéaste ne fait qu’effleurer ces thématiques pour se concentrer sur la fin d’un monde. Bien moins anxiogène que le reste de sa filmographie, Happy End n’en reste pas moins un film froid et calculateur qui apparaît comme la somme des thématiques propres au cinéaste, soit l’éclatement d’une famille aisée et la fin de vie. Le synopsis évoque « le Monde » – référence aux migrants débarqués – mais ils seront à peine visibles à l’écran. Le rapport entre migrants et bourgeois semble moins intéresser Michael Haneke que la réaction d’une élite en proie aux bouleversements du monde. Et ce n’est pas l’humour noir manié maladroitement qui va satisfaire les amateurs du cinéaste autrichien qui peine à renouveler les intentions de son cinéma. Habitué au perfectionnisme, des cadres aux décors en passant évidemment par la direction d’acteurs, Happy End dégage une certaine lassitude de la part du cinéaste qui semble avoir expédié son film pour le présenter à temps lors du soixante-dixième anniversaire du Festival de Cannes.

happy-end-michael-haneke-film-review-cannes 2017-selection-officielle-photo2Pourtant, cela ne veut pas dire qu’Happy End manque le coche et les inconditionnels du cinéaste retrouveront les thématiques récurrentes du cinéaste.  Car si le réalisateur manque d’inspiration, il arrive néanmoins à nous tenir en haleine devant le destin tragique qui attend cette famille. L’ensemble du casting est toujours dirigé de main de maître et leurs interactions à l’écran permettent d’étayer avec finesse les rapports entre personnages. Signalons tout de même que Michael Haneke a tenté une connexion avec son précédent film, et dont on vous laisse l’entière surprise. Isabelle Huppert conserve son aura froide et complexe qui correspond en tout point à cette femme d’entreprise au bord du plus beau jour de sa vie mais dont le passé ne va pas tarder de l’envoyer, tandis que Matthieu Kassovitz. Ce qui marque surtout et vaut assurément le coup d’œil, c’est cette performance froide et incarnée de Jean-Louis Trintignant, qui avait mis un terme à sa retraite annoncée après Amour pour revenir une ultime fois avec Michael Haneke. Ainsi, et plus que le film lui-même, c’est Jean-Louis Trintignant qui vaut assurément le coup d’œil. Quoi de plus beau que d’offrir à cet immense acteur un adieu aux plateaux de cinéma avec cette « joyeuse fin ». Moins dérangeant et provocateur, Michael Haneke livre avec Happy End une fable épurée de toute émotion qui dresse le portrait récurrent mais toujours habile de la classe bourgeoise à l’agonie.  Même s’il a été -logiquement- retenu par l’Autriche pour la représenter à la prochaine cérémonie des Oscars, Happy End reste un Haneke mineur qui, au mieux intéressera ses plus fidèles fans grâce à ses indéniables qualités de cinéaste, au pire infligera deux heures d’ennui au spectateur dont le sort de cette famille lui saura totalement indifférent. Cela fait deux films que Michael Haneke donne l’impression que l’ultime plan de ses films sera son dernier plan. A 75 ans, cette joyeuse fin l’est-elle également pour son géniteur ? Si on souhaite évidemment revoir Michael Haneke, il faut reconnaître que l’ultime plan d’Happy End serait une conclusion symbolique forte d’une filmographie remarquable et homérique.

Happy End : Bande-Annonce

Happy End : Fiche Technique

Réalisation : Michael Haneke
Scénario : Michael Haneke
Interprétation :  Isabelle Huppert (Anne Laurent), Jean-Louis Trintignant (Georges Laurent), Mathieu Kassovitz (Thomas Laurent), Fantine Harduin (Eve Laurent), Franz Rogowski (Pierre Laurent), Toby Jones (Lawrence Bradshaw)
Photographie : Christian Berger
Montage : Monika Willi
Musique : /
Costume : Catherine Leterrier
Décors : Olivier Radot
Producteurs : Stefan Arndt, Christopher Granier-Deferre, Michael Katz, Margaret Ménégoz, Olivier Père
Sociétés de Production :
Distributeur : Les Films du Losange
Budget : 13 600 000 $
Festival et Récompenses : Compétition Internationale au Festival de Cannes 2017
Genre : Drame
Durée :  108 minutes
Date de sortie : 04 octobre 2017

France, Autriche, Allemagne – 2016

Message From The King en DVD & Blu-Ray le 4 Octobre !

Dans la droite lignée des revenge-movies des 70’s, Message From The King est le nouvel uppercut du belge Fabrice du Welz. Ou l’occasion de voir le Black Panther de Marvel, Chadwick Boseman, se confronter a une Los Angeles froide et désespérée alors qu’il cherche les meurtriers de sa soeur. Violent, jusqu’au-boutiste et peut-être aussi un peu classique sur les bords, vous pourrez apprécier Message From The King en DVD & Blu-Ray le 4 Octobre.

Jacob King débarque du Cap à Los Angeles à la recherche de sa sœur disparue. Il n’est qu’un étranger dans un monde dont il ne connait rien, avec seulement 600 dollars en poche et un billet de retour pour Le Cap 7 jours plus tard. Au bout de 24 heures, il découvre que sa sœur est morte dans des circonstances étranges. Voici ce qui s’est passé les 6 jours suivants…

King à vélo 

Pour quiconque aime le bis, le nom de Fabrice du Welz n’est pas inconnu. Le réalisateur belge est en effet de cette race de cinéaste à la carrière émaillée de films percutants (Calvaire, Alleluia) et de funestes accidents (Colt 45). Ce qui ne manque pas de conférer une véritable aura à ses films. Alors quand on a appris que le bougre avait emballé un revenge-movie à Los Angeles, qui plus est porté par un casting 5 étoiles, force est d’admettre qu’on était impatients. Et ça n’a pas manqué. Nappé dans une atmosphère désespérée, fataliste et glaciale, Message From The King semble tout droit venir des 70’s. Un personnage principal au passé inconnu qui, en même temps que le spectateur découvre les événements, une violence exacerbée et brutale (vous ne verrez jamais une chaine de vélo de la même manière) et une galerie de personnages troubles et moralement inquiétants : bref, tout concorde pour donner une ambiance old-school à laquelle se greffe à merveille le style du cinéaste belge. Tour à tour grisant, sensible, puissant, intime et fort, le film se plait à donner le meilleur de ses acteurs (Chadwick Boseman est stupéfiant) et finit dans une amertume déconcertante. Peut-être pourra-on calmer cet enthousiasme en rappelant que le film n’évite pas certains écueils propre au genre, quitte à sombrer dans sa dernière partie dans un classicisme surprenant de la part de du Welz. Ça n’enlèvera pas la qualité du film qui, de la sorte, devient le film le plus accessible de son auteur mais peut-être qu’un poil plus de jusqu’au-boutisme aurait pu faire de Message From The King une virée totalement démente dans la Cité des anges.

Message From The King en DVD & Blu-Ray : des bonus pas du tout King (size)

Côté bonus, on regrettera que les modules proposés, en plus d’être peu nombreux (seulement un commentaire audio et une plongée dans les coulisses), soient si pauvres. Le fait de voir du Welz s’emparer d’une histoire épousant ses thématiques, dans une grosse machinerie de la trempe Netflix, ça laissait songeur. On aurait voulu en savoir plus, voulu revoir par exemple l’accueil que le film a reçu lors de sa présentation aux Hallucinations Collectives de Lyon ou il était proposé en avant-première française. Mais on devra se contenter des paroles mesurées du belge qui, malgré la faible marge de manœuvre conférée sur le projet, a su s’amuser et nous divertir par la même occasion.

Caractéristiques DVD

 

Son : D.D 5.1 & 2.0

Langues : Français – Anglais – Audiodescription

Sous-titres : Français – Sourds et malentendants

Image : 16/9 – 2.39 – Couleur / Durée : 142 min

 Distibution : The Jokers / Les Bookmakers

Commentaire audio de Fabrice du Welz et Manuel chiche

Les coulisses du film

Caractéristiques Blu-Ray

Son : DTS-HD Master audio 5.1 & 2.0

Langue : Français – Anglais – Audiodescription

Sous-titres : Français – Sourds et malentendants

Image : 16/9 -2.39 / Durée : 142 min

Commentaire audio de Fabrice du Welz et Manuel chiche

Les coulisses du film

Bande-annonce : Message From The King 

Albert Dupontel : Portrait d’un cinéaste unique et décalé

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Albert Dupontel le crie haut et fort, ses années à faire le trublion pour Canal + et sur scène n’étaient là que pour lui permettre de réaliser son rêve : le Cinéma. Portrait d’un auteur Français unique et décalé.

Premier des comiques made-in Canal + à passer à la réalisation et à l’écriture (Chabat ne réalise Didier que deux ans plus tard), Dupontel lance sa carrière cinématographique avec Bernie en 1996. Coups de pelles sur les écrans et coups dans la gueule pour le cinéma français qui s’enlise entre comédies franchouillardes filmées comme des téléfilms et drames lourdingues et prétentieux n’ayant rien de bien nouveau à proposer.
Albert le cinglé débarque avec ses personnages loufoques et bigger than life développant des aspects vus dans ses sketchs tout en élargissant le débat. Loin d’un one-man show allongé, le cinéma de Dupontel offre durant 20 ans, soit cinq longs métrages, sa vision de la société.

Un marginal au cœur tendre

Albert aime la rue et ses occupants les plus pauvres. Il aime confronter le sérieux des costards-cravates cyniques et le plus souvent sans morale à la bonne humeur et l’humour des SDF comme ce sniffeur de colle qui prend les frusques d’un flic suicidé pour aller se goinfrer à la cantine du coin.

« J’ai une compassion et une empathie pour tous ces gens démunis. Ils n’ont rien, et tout d’un coup ça devient frappant à l’écran, la moindre tomate devient spectaculaire à l’écran ! »

Derrière les allures de cartoon endiablé, shooté avec brio (le métrage ravit son ami Terry Gilliam), se dessine une vraie critique de société. Les accents Monty-Pythesques s’allient à une sensibilité proche des meilleurs films de Capra sans jamais verser dans un négativisme sévère.

Dupontel prêche pour les plus faibles, broyés par une machine consumériste infernale (autre point commun avec Terry Gilliam et son célèbre Brazil) via quelques scènes hilarantes (un costard-cravate qui sort de l’affiche publicitaire vantant des taux bas pour agresser les gens, les personnages de pourris rachetant à bas-prix des maisons pour y construire une galerie commerciale dans Le vilain).

Les cibles d’un clown vachard

Albert Dupontel jouait déjà sur scène très souvent les marginaux, voire des débiles profonds, pour égratigner certaines sacro-saintes institutions. Les flics visés dans Enfermé dehors étaient déjà passés à la moulinette de l’humour revanchard façon Rambo dans Burt le superflic ; la justice dans 9 mois ferme ; les agents immobiliers dans Enfermé dehors et Le vilain ; les costards-cravates comme celui du sketch Les pourris d’or repris dans presque chaque long métrage ; la télé et les journalistes… Tous condamnés pour manque d’humanité, bêtise à répétition et finalement un grand manque de cœur et d’âme, au contraire de ses personnages de gens simples proches de la rue et bataillant contre une société qui voudrait les plier à son gré.

«  »Enfermés dehors », c’est une satire sociale, comme un cartoon. La fin est très chaplinesque. Mais dès que tu veux parler des différences sociales, c’est indirectement politique. Si je voulais faire un vrai film politique, je m’inspirerais des films de Raymond Depardon, Ken Loach. Le social est un terreau dans le lequel je puise, voilà tout. »

Un nouveau virage ?

Après vingt ans à adapter ses propres histoires, Albert Dupontel adapte aujourd’hui un ouvrage littéraire et non le moindre : Au revoir là-haut. Le film débarquera dans nos salles obscures le 25 octobre prochain d’après le roman de Pierre Lemaître vainqueur du Goncourt en 2013.

Bande-annonce : Au revoir là-haut

Après la projection privée de Canal +, Albert Dupontel nous explique avoir voulu adapter l’œuvre, non parce qu’il s’agissait d’un grand roman (ce qu’il pense tout de même), mais surtout parce qu’il se reconnaissait dans les personnages décalés du livre. A l’image des grands auteurs-réalisateurs ayant adapté un ouvrage littéraire au milieu d’œuvres personnelles, comme Tarantino avec Jackie Brown, Albert passe le cap de l’adaptation sans perdre son style visuel ou son sens du dialogue incisif et jubilatoire.

« C’est génial ! Quelque soit ton discours, tu te dois de divertir les gens. Chose que certaines personnes ont tendance à oublier. Je suis co-producteur je fais ce que je veux, heureusement. »

Si le film est plus sérieux et dense que d’habitude, on retrouve tout ce qui a fait son cinéma jusqu’ici. Le résultat est une réussite de bout en bout qui, si elle s’octroie quelques libertés par rapport au roman, lui rend en tout cas un bel hommage. Si Dupontel en modifie la fin, c’est pour mieux l’adapter à sa sensibilité, idem pour ce personnage féminin qui ne figure pas dans le livre ou ces quelques scènes permettant de mêler l’univers de Lemaître à celui de l’ex-humoriste.

Le cinéma français tient un sérieux prétendant au titre de meilleur film de l’année et Dupontel signe l’un de ses meilleurs films.

Le château de verre en demi-teinte de Destin Cretton

L’état de grâce n’est pas de mise pour Le Château de verre, le nouveau film de l’américain Destin Cretton. Le cinéaste peine à la mise en scène du livre autobiographique de Jeannette Walls, mais le film vaut le détour pour la prestation tonitruante de Woody Harrelson et la justesse des enfants qui finit par toucher sans forcément tirer les larmes.

Synopsis : Jeannette Walls, chroniqueuse mondaine à New-York, a tout pour réussir et personne ne peut imaginer quelle fut son enfance. Élevée par un père charismatique, inventeur loufoque qui promet à ses enfants de leur construire un château de verre mais qui reste hanté par ses propres démons, et une mère artiste fantasque et irresponsable, elle a dû, depuis son plus jeune âge, prendre en charge ses frères et sœurs pour permettre à sa famille dysfonctionnelle de ne pas se perdre totalement. Sillonnant le pays, poursuivis par les créanciers, et refusant de scolariser leurs enfants, les Walls ont tout de même vécu une vie empreinte de poésie et de rêve, qui a laissé des marques indélébiles mais qui a créé des liens impossibles à renier…

Jeannette, l’enfance de Walls

Il est difficile d’oublier que Destin Cretton est un ancien éducateur. Avec son States of Grace, sorti en 2014, il traitait déjà d’un groupe de jeunes en foyer d’accueil d’une manière extrêmement empathique et juste. Brie Larson y jouait le rôle de Grace, une bleue de l’éducation spécialisée, lumineuse dans le supplément d’humanité du personnage et l’humilité de l’actrice. Une vraie révélation.

Dans ce nouveau film, Le Château de verre, il rempile à nouveau, et pas qu’un peu, avec les enfants, car suivant l’autobiographie de Jeannette Walls que le cinéaste a adaptée, on va les retrouver à différents âges. Trois actrices vont interpréter Jeannette Walls, une enfant (Chandler Head) et une adolescente (Ella Anderson), toutes deux parfaites, puis Brie Larson, de nouveau.

Le livre de Jeannette Walls, vendu à plusieurs millions d’exemplaires, raconte son enfance et celle de ses trois frères et sœurs auprès de Rex (Woody Harrelson) et Rose Mary (Naomi Watts) Walls, des parents très objectivement très irresponsables. Une des scènes du début du film montre en flashback la petite Jeannette en flammes sur le sol, après qu’elle a essayé de faire cuire le repas familial : sa mère était à deux mètres, préoccupée par rien si ce n’est par son « art », par sa peinture dans laquelle elle semble s’être enfoncée telle dans une robe de bure opaque pour échapper à la réalité. Rex Walls est la réalité, avec son chômage chronique dû à un alcoolisme plus qu’avancé et un caractère de cochon. Rex Walls qu’elle ne veut et ne peut pas quitter, avec qui elle mène une existence atypique.

Et pourtant, cet homme qui a  mis ses enfants en danger, notamment par une pauvreté et une famine aux accents très dickensiens, est, dans les souvenirs de l’écrivaine, également un homme admirable et intelligent avec ses bons préceptes, énoncés à tour de bras par un Harrelson flamboyant égal à lui-même ; un homme romantique qui offre une étoile à chaque enfant en guise de cadeau de Noël (plutôt une sorte d’arnaque absolue dans le souvenir de Brian, le frère de Jeannette) et un château de verre en bois de pipeau en guise de toit ; un homme qui passe pour fort enfin quand les accès de rage avinée le conduisent à la brutalité… Destin Cretton essaie tant bien que mal de faire des allers-retours entre  ces deux images de Rex Walls, l’image factuelle d’un homme détestable, un vrai monstre, et l’image idéalisée par sa petite fille favorite, sa biquette, d’un père bon et aimant malgré tout, prisonnier de ses propres démons, à qui elle trouvera même des excuses. Un exercice difficile donc que ce grand écart permanent, pour un cinéaste qui a filmé de manière plutôt académique son précédent film, States of Grace, film dont la structure par ailleurs était simple et linéaire.

A l’instar du Captain Fantastic de Matt Ross, où le père joué par Viggo Mortensen mettait lui aussi d’une certaine manière la vie de ses enfants en danger, l’absence de prise de position nuit à l’ambiance générale du film, et même si Viggo Mortensen jouait la carte du minimalisme, alors qu’Harrelson est dans son outrance habituelle, devenant l’atout principal du film au demeurant, ces deux films ont ces mêmes faiblesses dans la mise en scène. Des films où on frise la maltraitance d’enfants et qui pourtant passent presque pour des feel-good movies avec leur improbable happy-end…

Brie Larson qui porte la résilience du personnage devenu adulte est surtout remarquable quand elle est dans la colère et la révolte. Elle est beaucoup plus lisse, presque ennuyeuse, quand elle est toutes larmes dehors dans les séances de catharsis spectaculaire, peu aidée par une musique trop présente et trop sucrée, et des costumes des années 80 (où l’histoire se situe) qui l’apparentent à une héroïne de mauvais soap opera. Le personnage de la mère, campé par Naomi Watts, n’est pas assez développé (ni pour tout dire très crédible), face à celui de Rex Walls, présent dans presque toutes les scènes, alors que visiblement, ce dysfonctionnement familial majeur est à mettre au crédit autant de l’un que de l’autre. Il reste que ce film accroche par la place prépondérante laissée aux enfants, dont la grande souffrance ne semble pas être jetée en pâture pour tirer les larmes du spectateur, mais plutôt comme un quasi-documentaire, le regard de Jeannette Walls sur ses parents venant en plus saupoudrer le tout d’un discours sans doute très auto-persuasif sur le côté positif d’une telle éducation. Dans les souvenirs de Jeannette Walls repris par Cretton, il est ainsi question d’un arbre décharné sur leur nouveau « terrain vague », devant lequel Rose Mary est, comme souvent, exaltée et qu’elle s’empresse de peindre. Jeannette lui demande : « pourquoi peins-tu cet arbre en particulier ? », « It’s the struggle that gives it its beauty » lui répond-elle, ou, pour le dire vite, Jeannette Walls croit dur comme fer que ce qui ne l’a pas tuée l’a rendue plus forte…

Destin Daniel Cretton a globalement réussi à traduire à l’écran la très vive émotion suscitée par ce livre. Par une mise en scène imprécise et assez plate, il a cependant perdu en route tout le retentissement psychologique qu’une telle existence doit laisser – et a effectivement laissé – sur l’écrivaine et toute la fratrie. Et surtout, même si le scénario a été validé par Walls, il a trop chargé la mule en ce qui concerne la deuxième partie du film où la résilience et le pardon semblent disproportionnés, voire indécents au regard de la réalité des choses, et rend son film un peu indigeste.

Le Château de verre : Bande annonce

Le Château de verre : Fiche technique

Titre original : The Glass Castle
Réalisateur : Destin Cretton
Scénario : Destin Cretton, Andrew Lanham , d’après le livre de Jeannette Walls, The Glass Castle
Interprétation : Brie Larson (Jeannette), Woody Harrelson (Rex), Naomi Watts (Rose Mary), Ella Anderson (Jeannette adolescente), Chandler Head (Jeannette enfant), Max Greenfield (David), Josh Caras (Brian), Charlie Shotwell (Brian Adolescent), Iain Armitage (Brian enfant), Sarah Snook (Lori), Sadie Sink (Lori adolescente), Olivia Kate Rice (Lori enfant), Brigette Lundy-Paine (Maureen), Shree Crooks (Maureen adolescente), Eden Grace Redfield (Maureen enfant)
Musique : Joel P. West
Photographie : Brett Pawlak
Montage : Nat Sanders
Producteurs : Gil Netter, Ken Kao, Coproducteur : Tami Goldman
Maisons de production : Lionsgate, Netter Productions
Distribution (France) : Metropolitan Filmexport
Durée : 128 min.
Genre : Drame, Biographie
Date de sortie : 27 Septembre 2017
USA – 2017

Un beau soleil intérieur, Stupid Things… les films du week-end

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Demain et tous les autres jours, Le Jeune Karl Marx, Le petit Spirou… Chaque semaine, une dizaine de nouveaux titres se partagent l’affiche. Que faut-il voir cette semaine au cinéma ? La rédaction fait le tri pour vous. Ce week-end on vous conseille…

Un beau soleil intérieur, de Claire Denis avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Nicolas Duvauchelle. (1h34)

Du cinéma de Claire Denis on connaissait les silences qui en disent long, avec Un beau soleil intérieur on découvre les longues conversations qui en disent peu. Le long-métrage est la première véritable excursion dans la comédie pour la réalisatrice qui esquisse avec subtilité les paradoxes de la rencontre amoureuse.

Stupid Things de Amman Abbasi, avec Devin Blackmon, Dontrell Bright. (1h15)

Dans une Amérique profonde laissée aux abois, Stupid Things nous montre le doux portrait mélancolique d’un jeune adolescent en pleine construction. Suivant le pas d’Harmony Korine ou même d’Andrea Arnold, Amman Abbasi décrit avec délicatesse et une certaine urgence un récit initiatique magnifié par une mise en scène naturaliste de toute beauté.

https://www.youtube.com/watch?v=hZN9AfxLC5w

Demain et tous les autres jours, de Noémie Lvovsky avec Noémie Lvovsky, Mathieu Amalric, Luce Rodriguez. (1h14)

Noémie Lvovsky, actrice et réalisatrice, revient derrière la caméra avec son nouveau film Demain et tous les autres jours. Elle y joue une mère au bord de la démence dont s’occupe sa fille. Si Demain et tous les autres jours reste plutôt sobre dans sa mise en scène et ses dialogues, l’extravagance de ses personnages offre un film plein de folie.

 

 

Un beau soleil intérieur : À la recherche du naturel

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Un beau soleil intérieur : première véritable excursion dans la comédie pour Claire Denis qui esquisse avec subtilité les paradoxes de la rencontre amoureuse.

Synopsis : Isabelle, divorcée, un enfant, cherche un amour. Enfin un vrai amour. Un banquier, un acteur, un homme de son milieu ou non, Isabelle cherche au fil des rencontres celui qui lui redonnera les frissons d’une grande histoire d’amour.

Du cinéma de Claire Denis on connaissait les silences qui en disent longs, d’Un beau soleil intérieur on découvre les longues conversations qui en disent si peu. Dans les plus belles scènes du cinéma de Claire Denis, les acteurs usent assez peu de la parole, préférant les gestes et les non-dits. La plus prodigieuse d’entre elles est celle où l’adjudant-chef Galoup campé par Denis Lavant se met à danser à la fin de Beau Travail. Danser avec beaucoup de concentration, juste après avoir envisagé le suicide, comme si sa vie en dépendait. Le dispositif est tout autre pour Un beau soleil intérieur. Le montage est un enchaînement bloc par bloc de scènes dialoguées, souvent prises au milieu de la conversation, entre l’héroïne Isabelle et les hommes qu’elle rencontre.

La réalisatrice fait une sorte de cartographie sociale de la rencontre amoureuse : les banalités qu’on y échange, les mêmes anecdotes ressassées et ces gestes que l’on fait pour se donner un genre qui n’est pas le nôtre. Isabelle, la cinquantaine, ne connaît que trop bien ces us et coutumes de la rencontre amoureuse. Elle recherche le naturel qui semble échapper à son grand regret à chacun de ses partenaires. À la fin de sa soirée avec un acteur elle désespère de n’avoir paradoxalement rien dit malgré des heures à discuter. Elle enrage devant ces bourgeois qui se complaisent faussement sur leur propre domaine campagnard. Avec son ex-mari avec qui elle couche à nouveau, elle se moque d’un geste de sa part qui ne lui « ressemble pas ».

Il y a malgré tout un tournant au milieu du film lorsque Isabelle se met à danser seule en boîte de nuit (ce qui n’est pas sans rappeler la scène de Beau Travail). Elle se fait accoster par Sylvain (Paul Blain, envoûtant) qui la séduit sans dire un mot, juste dans le rythme d’une danse sensuelle. Mais le problème s’inverse alors, à cause des interrogations incessantes de son « ami » (Bruno Podalydes) sur sa relation. Lui affirme sans le dire qu’elle ferait mieux d’être avec quelqu’un de son milieu social, c’est-à-dire avec lui. Ainsi ce sont les non-dits de Sylvain sur leur différence de milieu qui lui font perdre son naturel aux yeux d’Isabelle.

Isabelle tourne en rond, d’homme en homme, jusqu’à cette magnifique scène finale chez un voyant interprété par Gérard Depardieu. Elle se demande si un des hommes qu’elle côtoie deviendra son grand amour. Cette longue conversation faite de champ-contrechamp (qui dure près d’un quart d’heure) n’aurait pas le même impact sans la scène précédente où l’on aperçoit le voyant se faire quitter par sa compagne. Lors de son entretien avec Isabelle, le voyant lui annonce que ces hommes ne seront malheureusement pas les bons mais l’incite à rester « open » à toutes les opportunités qui vont bientôt s’ouvrir à elle. On comprend en sous-texte qu’une histoire est peut-être en train de naître entre ces deux personnes. Le voyant exprime entre les lignes son désir d’attirer Isabelle à lui. C’est dans ce geste final que l’on retrouve tout le sel du cinéma de Claire Denis. Pour la première fois ce qui s’exprime entre les lignes résonne plus fort que tout ce qui se disait sur les lignes lors des précédentes rencontres d’Isabelle. Le beau soleil intérieur du titre est celui qui brille entre les lignes d’une séduction pudiquement camouflée.

Un beau soleil intérieur : Bande-Annonce

Un beau soleil intérieur : Fiche Technique

Réalisation : Claire Denis
Scénario : Claire Denis, Christine Angot
Interprétation : Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Nicolas Duvauchelle, Bruno Podalydès, Paul Blain, Alex Descas, Gérard Depardieu
Image : Agnès Godard
Montage : Guy Lecorne
Musique : Stuart A. Staples
Producteur : Olivier Delbosc
Distributeur : Ad Vitam
Durée : 94 min.
Genre : Comédie
Date de sortie : 27 septembre 2017

France – 2017

Stupid Things de Amman Abbasi : récit initiatique crépusculaire

Dans une Amérique profonde laissée aux abois, Stupid Things nous montre le doux portrait mélancolique d’un jeune adolescent (Day-Day) en pleine construction. Suivant le pas d’Harmony Korine ou même d’Andrea Arnold, Amman Abbasi décrit avec délicatesse et une certaine urgence un récit initiatique magnifié par une mise en scène naturaliste de toute beauté.

L’Amérique sous Trump voit de plus en plus de films s’interroger sur cette population des bas quartiers ou ce microcosme des oubliés par le biais de cette jeunesse qui se questionne et qui tente par-dessus tout, de trouver une place au soleil. Dernièrement, American Honey d’Andrea Arnold ou même Moonlight de Barry Jenkins ont montré la voie et sont devenus en quelque sorte les étendards de ce cinéma indie américain qui vogue à travers les ruelles abandonnées pour zoomer de plus près sur des âmes en peine qui ne demandent qu’à être écoutées. Dayveon vit dans un monde claustrophobe, vide, encadré par le cadre 4: 3 du réalisateur où les maisons sont petites, les pièces compactes et les routes serrées. Des habitations un peu délabrées, des forces de l’ordre absentes, des familles en reconstruction qui tentent de joindre les deux bouts par des petits boulots sous-payés, la violence des gangs, la drogue, le climat social est donc des plus désastreux.

Le monde habité par Dayveon est rempli de lieux sauvages et bruts du Sud avec ces magasins de proximité à peine existants dans des bandes commerçantes abandonnées qui favorisent l’économie au noir. Le film aurait pu tomber dans une surenchère de misérabilisme avec le pathos qui caractérise le festival « Sundance » mais ne fait pas de son film une étude de société scolaire et à charge. Au contraire de cela, Stupid Things n’est pas dans la controverse idéologique mais s’appuie sur un langage propre et qui crée à lui seul un monde aussi petit que foisonnant. Cependant, même si Stupid Things nous immerge dans une contrée cinématographique connue, avec ses codes et ses tics visuels, il se révèle être un vrai petit bijou de cinéma, notamment pour un premier film.

Stupid-Things-film-Amman-Abbasi-avec-Devin- BlackmonLe film, du long de ses 75 minutes, se penche fortement sur l’atmosphère plutôt que sur l’intrigue. Dayveon, toujours en deuil de la mort prématurée de son frère aîné, vit avec sa soeur Kim et son petit-ami Bryan, en comptant l’absentéisme de ses parents, entraîné par la perte de leur progéniture. En effet, il s’agit d’un monde où la présence d’adultes est minime et laisse les adolescents comme Dayveon libres de tracer leur propre chemin vers la recherche de soi voire même de la virilité (même questionnement que dans Moonlight). Ces éléments thématiques et narratifs nous sont familiers et ne nous offrent pas beaucoup de surprise dans la matérialisation du contexte évoqué, mais bizarrement, cela ne diminue en rien l’impact émotionnel et crépusculaire du cheminement. De cette scène inaugurale lorsque Dayveon nous parle du meurtre de son frère à cette séquence finale faisant un panoramique de tous ces personnages qui veulent juste sortir la tête de l’eau, Amman Abbasi prend sa caméra et suit de très près, que cela soit d’un point de vue visuel et émotionnel, le jeune garçon qu’est Dayveon et le voit se métamorphoser dans un quotidien dont l’issue est très incertaine.

Dès le début, la caméra garde sa distance, mais le murmure de Dayveon se fait intime et personnel, accrochant le public à la frustration et à l’immaturité du protagoniste avec une urgence rare. Filmé en 4 :3 comme avaient pu le faire Xavier Dolan avec Mommy ou Andrea Arnold avec American Honey et les Hauts du Hurlevent, Stupid Things capte avec finesse les prémisses d’un visage marqué par les coups, cette nature en jachère qui devient par le biais des choses, l’antre d’une paix intérieure. Ce format dont le cadre s’avère plus resserré, n’est pas qu’un simple gimmick esthétique, mais donne une véritable personnalité à l’œuvre et accentue le propos du film et son envergure initiatique.

De son esthétique naturaliste parfois proche de Terrence Malick, de ce montage qui superpose le flou des dialogues et le tremblement des plans dans une mosaïque sensitive prenante et hypnotique, Amman Abbasi évite les soubresauts d’angoisse opportunistes mais installe une atmosphère émouvante de moments simples forgeant les états d’âmes qui font avancer dans le monde maladif et iconique du film. Cet équilibre dépend en grande partie de Devin Blackmon, qui est à l’écran durant la majeure du film, et gère cette pression de manière impressionnante pour faire de Stupid Things un film aussi humble qu’ambitieux mais d’une grande profondeur empathique dans son évocation de la dramaturgie du quotidien.

Stupid Things : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=hZN9AfxLC5w

Synopsis : C’est l’été. Dayveon a 13 ans, et un grand frère mort trop tôt. Dans la chaleur étouffante de sa petite ville de l’Arkansas, sur son vélo, il traine sa mélancolie. Lorsqu’il intègre le gang local, les Blood, c’est à la fois la violence de ce monde et de nouveaux liens d’amitié qui font irruption dans sa vie…

Stupid Things : Fiche technique

Réalisation : Amman Abbasi
Scénario : Amman Abbasi
Interprétation : Devin Blackmon, Dontrell Bright
Image : Dustin Lane
Montage : Dominic Laperriere
Musique : Amman Abbasi
Distributeur : The Jokers
Durée : 75 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 27 septembre 2017

États-Unis- 2017

Demain et tous les autres jours : une œuvre touchante de Noémie Lvovsky

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Noémie Lvovsky, actrice et réalisatrice, revient derrière la caméra avec son nouveau film Demain et tous les autres jours. Elle y joue une mère au bord de la démence, dont sa fille s’occupe. Émouvant.

Synopsis: Mathilde, dont les parents sont séparés, vit seule avec sa mère. Mais celle-ci est au bord de la démence. Elle fera tout pour la protéger avec l’aide de sa chouette qui parle.

Dès l’introduction on s’aperçoit que Mathilde et sa mère ne sont pas dans le même monde. La petite fille de neuf ans à le rôle de l’adulte, et inversement. En effet malgré son jeune âge elle est dotée d’une incroyable maturité. Elle s’occupe de la maison et de sa maman qui a des moments de démence. On suit ses actions et déplacements, on la regarde aller à l’école, attendre sa mère qui ne revient pas… Suivre le point de vue de l’enfant permet de nous toucher et de nous impliquer dans cette histoire. En tant que spectateur, on est seulement passif et on aimerait aider cette petite fille qui fait face à un mur.

Le film est nimbé par le thème de la folie, caractérisée dans celle de la mère, incapable de s’occuper comme il faudrait de sa progéniture et qui erre sans savoir où aller. On retrouve  également le thème avec la chouette, sorte d’animal spirituel de Mathilde, qui la conseille dans ses choix et qui serait sa conscience. En tout cas il se dégage une atmosphère particulière de ce long-métrage, construit comme un conte. D’ailleurs certains passages sont fantasmagoriques (l’histoire que raconte la petite à sa mère par exemple), voire presque anxiogènes.

L’équilibre du début balançant entre légèreté et inquiétude penche inévitablement vers la souffrance à mesure que la folie prend le pas sur le reste. On assiste à des scènes surréalistes, notamment quand la mère est soudainement persuadée qu’elle et sa fille doivent impérativement déménager et qu’elle a préparé leurs affaires en moins d’une heure, si bien qu’elles arrivent chez des inconnus qui n’ont aucune idée de ce qu’il se passe. On se rend soudainement compte, en même temps que Mathilde, que désormais il n’y a plus de retour en arrière possible. Que rien ne va aller en s’arrangeant.

Cette rupture est magnifiquement illustrée par le jeu des acteurs principaux. Luce Rodriguez tout d’abord, dont la précocité est brillamment interprétée. Puis Noémie Lvovsky, actrice-réalisatrice qui arrive à transmettre très justement les démons intérieurs de son personnage. Mathieu Amalric, plus en retrait, incarne un homme doux et dévoué envers sa fille. Et c’est ce trio d’acteurs qui porte le film à bout de bras.

Si Demain et tous les autres jours reste plutôt sobre dans sa mise en scène et ses dialogues, l’extravagance de ses personnages offre un final où culmine en une danse folle l’amour mère-fille retrouvé. Au final, Mathilde reste l’enfant qui a adoré ses parents, peu importe les épreuves.

Demain et tous les autres jours : Bande Annonce

Demain et tous les autres jours : Fiche Technique

Réalisation : Noémie Lvovsky
Scénario : Noémie Lvovsky et Florence Seyvos
Interprétation : Luce Rodriguez, Noémie Lvovsky, Mathieu Amalric
Producteurs : Jeans-Louis Livi et Sidonie Dumas
Sociétés de Production : F comme Film et Gaumont
Durée : 1h31 min
Genre : Drame
Date de sortie : 27 septembre 2017

France – 2017

Die in a Gunfight, une nouvelle adaptation de Roméo et Juliette pleine d’action

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Die in a Gunfight est le nouveau défi du réalisateur américain Collin Schiffli qui pour son deuxième long métrage, s’attaque tout bonnement à l’immense œuvre de William Shakespeare. Un Roméo et Juliette version pistolet et espionnage servi par un casting moderne et attendu. De quoi impatienter un public pressé de découvrir si le défi est réussi.

Après les multiples adaptations de la célèbre tragédie de Shakespeare Roméo et Juliette, c’est Collin Schiffli qui décide de créer la sienne en choisissant un duo de héros modernes : Kaya Scodelario (Skins, Le Labyrinthe) et Josh Hutcherson (Hunger Games). Si celui de Léonardo Di Caprio et Claire Danes avait eu du succès avec Roméo + Juliet, on peut s’attendre à de jolies choses avec ce tout nouveau projet. De stars de teen-movie à interprètes des plus grands amants du XVIè siècle, il y a un grand cap à passer et c’est là tout le défi de cette idée folle. Pas de doute que les deux acteurs voient aussi en cette opportunité un moyen de faire évoluer leur filmographie en se détachant des blockbusters pour adolescents. Oublier le rôle d’Effy de Skins entre drogue et alcool pour Kaya Scodelario ou encore celui du sauveur pour Josh Hutcherson qui interprète le petit ami de Jennifer Lawrence dans la saga Hunger Games.

Au vu du titre et du synopsis tombé, Die in a Gunfight s’annonce vif et animé. Andrew Barrer et Gabriel Ferrari, chargés d’écrire le scénario, tâcheront de raconter l’histoire d’amour entre un jeune homme obsédé par le combat et la mort et la fille de l’ennemi de son père. Produit par Tom Butterfield, Mark Gordon et Allyson Seeger, le film se placera dans un contexte d’espionnage, bien loin de la romance shakespearienne. Quel risque alors pour ce film d’action qui pourrait totalement dénaturer la tragédie ? C’est en tout cas un beau challenge à relever pour  le réalisateur américain. Seront également du casting Helen Hunt (As Good As It Gets) et Olivia Munn que l’on a pu voir dans X-Men: Apocalypse ou encore la série The Newsroom.

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Gomorra : La saison 3 revient en Novembre en Italie !

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La série italienne coup de poing Gomorra, diffusée en Italie sur la chaîne Sky Atlantic, s’apprête à faire un retour tonitruant pour une saison 3 tant attendue par les fans de ce programme, adapté du livre-enquête de Roberto Saviano.

Le cliffhanger de la fin de la saison 2 en juin 2016 promettait une nouvelle salve infernale d’épisodes sous haute tension et à couper le souffle. Cette plongée fascinante dans le crime organisé à Naples et dans ses environs va à nouveau faire la part belle aux bad boys italiens et à la guerre sauvage des clans pour le contrôle des places de deals notamment. L’opposition, la conquête et la domination des territoires entre les clans Conte et Savastano vont faire couler des rivières de sang en Campanie. Tel le phénix, les deux organisations criminelles vont devoir impérativement renaître de leurs cendres afin de ne pas être rayées de la carte de Naples et de sa banlieue après les terribles événements impliquant les chefs de ces deux factions dans la saison 2 !

Les producteurs souhaitaient rapprocher au maximum les saisons afin de ne pas faire attendre les téléspectateurs trop longtemps. La série connait un succès sans précédent en Italie. Elle est même parvenue à être plus royaliste que le roi en détrônant la série Game of Thrones sur le plan de l’audimat.

Les nouveaux épisodes de la saison 3 de Gomorra seront diffusés en novembre 2017 en Italie sur la chaîne Sky Atlantic. Certains médias et certaines sources évoquent la date du 17 novembre plus précisément. En France, Canal + devrait diffuser la série comme ce fut le cas pour les saisons 1 et 2. Aucune date n’a pour le moment été officialisée pour les conditions de diffusion dans l’Hexagone. Les fans les plus impatients espèrent pouvoir bénéficier des nouveaux épisodes à 24 heures d’intervalles avec la diffusion en Italie. Arte pourrait également diffuser la saison 3 dans quelques mois.

Le casting de choc, les rares survivants de la guerre des clans en réalité, sera reconduit pour cette saison 3. De nouvelles têtes et des petits caïds vont pimenter les débats. Une énorme surprise sur le plan du scénario pourrait également concerner le clan Conte suite à des théories loufoques nées sur Internet. Roberto Saviano, l’auteur de l’enquête sur la Camorra qui vit dorénavant sous protection policière, est également toujours impliqué dans l’écriture du scénario.

Les téléspectateurs vont donc être les témoins d’un affrontement sanglant et déchirant dans cette plongée ultra-réaliste au cœur de Naples sur les ravages de la mafia. Les fans de séries vont vivre un grand moment de télévision en cet hiver 2017 avec le retour tant attendu de la saison 3 de Gomorra. Après la saison 6 d’Engrenages, la rentrée de Canal + en termes de séries policières s’annonce donc comme un cru exceptionnel avec la diffusion imminente des nouveaux épisodes de Gomorra !

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Gomorra – saison 3 : bande-annonce – VOST ENG (Attention aux SPOILERS. Ne cliquez pas, si vous n’avez pas visionné les précédentes saisons) :

https://www.youtube.com/watch?time_continue=9&v=G-IZvPS9cEw

Engrenages saison 6, dans les bas-fonds de l’humanité

La saison 6 d’Engrenages est diffusée sur Canal+ depuis le 18 septembre 2017. Tout au long de ses 12 épisodes (qui se terminent brusquement faisant espérer une saison 7* le plus rapidement possible), la série continue à parfaire sa mécanique implacable tout en proposant une enquête crédible, terrible et passionnante.

Une saison d’une noirceur implacable

Les relations entre Laure et Gilou vont prendre une nouvelle tournure cette saison.

Déjà douze ans qu’Engrenages fait partie du paysage sériel français (et le rehausse glorieusement aux côtés notamment du Bureau des légendes). Douze ans que Laure est en quête d’un équilibre, même précaire, que Gilou tente d’être un flic intègre et que Tintin cherche sa place dans le groupe de la 2e DPJ. Douze années déjà que Joséphine ne lâche rien, se cherchant un chemin dans les dédales de la justice que Roban défend en vain. En cette saison 6, Anne Landois, qui participe à l’écriture des personnages, a entraîné nos (anti ?) héros dans des histoires personnelles toujours plus prégnantes. Les relations entre les personnages deviennent pour certains plus tendres, pour d’autres plus tendues. A côté de cela, chacun d’entre eux, tout humain qu’il est, est un rouage de la justice, au cœur d’une enquête, cette saison le meurtre d’un policier, qui sera au centre des épisodes. S’il n’est plus aux commandes de la 2e DPJ, on se plait aussi à retrouver Herville et ses répliques cash qui résument à elles seules l’ambiance de la série entre sordide et moments de suspension teintés d’humour. On notera notamment ce qu’il pense de son métier : « vider un océan de merde à la petite cuillère ».

Humanité et justice : incompatibilité ?

L’humanité, ses contradictions et ses noirceurs les plus profondes sont encore une fois passées au crible d’Engrenages. Sans concession. Et ceux qui doivent rendre la justice sont de nouveaux présentés comme faillibles. On ne sait alors plus où la société trouve le moyen d’expier ses fautes, de trouver de l’apaisement. Grâce à une écriture très fine, une mise en scène et un montage efficaces, à des intrigues moins manichéennes et à des enquêtes très bien retranscrites, Engrenages se démarque toujours comme une série de très grande qualité. Cette saison 6 pose encore plus avant la question de l’intégrité, de la limite, en confrontant des flics ripoux aux erreurs commises par Gilou, que Laure s’apprête encore à couvrir. Elle pose aussi la question des femmes et de leur rapport aux hommes, que ce soit à travers Joséphine, qui a toujours été présentée comme désirable et aussi comme un « pitbull » à qui il ne faudrait pas trop vite s’attaquer (mais qui va être meurtrie dans sa chair), ou encore Laure qui a du mal à assumer son statut de mère, ou bien de jeunes filles prostituées contre leur gré à 14 ans à peine.

Cette saison 6, l’équipe enquête sur le meurtre d’un policier.

A ceux déjà qui regrettent un dénouement qui donne peu de réponses, qui laisse un peu K.O., nous pouvons répondre qu’Engrenages n’est pas une série réconciliatrice, bien au contraire. Les policiers s’impliquent, s’empêtrent dans une enquête, mais n’en démêlent pas toujours tous les fils, malgré un fort acharnement. C’est à l’image de la vengeance de Joséphine, qui ne fait d’ailleurs pas confiance à la justice qu’elle est censée représenter et la fait elle-même. Sa vengeance n’est pas salvatrice. La justice devient finalement une allégorie représentée par Roban. Soit un « vieil » homme malade que même les convictions les plus solides ne font plus tenir debout. Un être qui vacille mais qui continue à foncer tête baissée, quitte à tout perdre. Passionnante, haletante, cette saison en fait espérer une 7e qui, semble-t-il, sera la dernière. Dommage.

*la saison 7 ne sera pas écrite par Anne Landois qui a déclaré quitter le staff d’écriture d’Engrenages: « La saison 7 est en écriture mais ce n’est pas moi qui l’écris, j’estime être allée au bout de ce que j’avais à raconter, notamment sur les femmes »

Engrenages Saison 6 : Teaser

https://www.youtube.com/watch?v=JxODoQwRtKY

Engrenages Saison 6 : Fiche Technique

Showrunner : Anne Landois
Créateurs : Alexandra Clert, Guy-Patrick Sainderichin
Réalisateurs : Frédéric Jardin et Frédéric Mermoud
Scénaristes : Anne Landois, Simon Jablonka, Jean-Luc Estebe, Séverine Werba, Anne Rambach, Marine Rambach, Erwan Augoyard, Sophie Kovess-Brun, Gaëlle Bellan, Yann Le Nivet, Sylvie Chanteux, Marine Francou, Laura Piani
Producteurs : Patrick Zimmermann, Alain Clert,, Sabine Barthelemy
Production : Son et Lumière, Canal Plus
Interprètes : Caroline Proust, Thierry Godard, Fred Bianconi,  Philippe Duclos, Audrey Fleurot, Nicolas Briançon, Louis-Do de Lencquesaing, Dominique Daguier, Valentin Merlet.
Nombre d’épisode : 12
Durée par épisode : 55 minutes
Première diffusion : 2017