Il est des décennies importantes dans l’Histoire du 7ème art. Les années 30 en sont une. Faisant la parenthèse entre la démocratisation du cinéma parlant et les premiers grands succès en couleurs, ces dix années ont vu un bouleversement important du cinéma, et ce aux quatre coins du monde. Petit florilège des films des années 1930 à 1939 :
La révolution du parlant a pour principaux effets de rendre désuet cet humour burlesque qui dominait jusque là les comédies et de voir apparaitre les premières comédies musicales. Autre élément important, la crise de 29 marque un besoin pour le cinéma d’être l’expression du malaise social. D’abord ici, en France, où la mode du « Réalisme Poétique » voit l’émergence de grands réalisateurs : René Clair, Julien Duvivier, Jean Renoir… Comme cela avait déjà été fait plus tôt en Russie, des pouvoirs autoritaires mettent un coup de frein brutal aux productions très inspirées du Japon (Yasujirō Ozu, Kenji Mizoguchi…) et de l’Allemagne (Friedrich W. Murnau, Fritz Lang, Josef von Sternberg…) où le média cinéma va devenir le support de vastes campagnes de propagande telles que l’on n’en avait jamais vues auparavant. De leur côté, les studios hollywoodiens doivent repenser leurs propres codes, limités par le Code Hays qui va notamment mettre fin à la mode des films de gangsters, et se lancer dans de nouvelles expérimentations où, là encore, une nouvelle génération de réalisateurs va faire ses premiers coups d’éclat : Frank Capra, John Ford… Partout, le cinéma évolue, se modernise et offre des œuvres qui, aujourd’hui encore, restent des modèles.
Alors que le monde traverse une crise sans précédent et que les autocraties nationalistes et militaristes plongent des pays entiers dans l’obscurité, le cinéma reste un refuge, et les cinéastes s’affirment plus que jamais comme des visionnaires.
Les membres de la rédaction ont voté en interne pour sélectionner leurs films phares parmi ceux produits au cours de cette période très prolifique. 6 d’entre eux en sont ressortis.
Le top 5 des films des années 1930 à 1939
1/ M Le Maudit (Fritz Lang, 1931) : Fritz Lang a certes réalisé plusieurs films qui ont su esquisser sa superbe carrière, il reste toutefois convaincu que son plus beau chef d’œuvre réside en M le maudit. Un film policier, criminel et noir qui vient se dresser parmi les incontournables classiques du cinéma et qui vient surtout dénoncer la nature et le comportement humain. Pourquoi tuer une jeune fille innocente ? Qui est le Mörder ? Qui pour lui rendre justice ? Quelle justice ? M le Maudit est le premier film parlant de Lang et ce dernier a fait de ses dialogues et de ses sons un usage méticuleux afin de créer une ambiance oppressante, angoissante et dérangeante. On note le multiple usage du célèbre ‘In the hall of the mountain king’ siffloté par le tueur. Un grand classique, pièce maitresse du cinéma, à consommer sans modération. Myriam
2/ Freaks (Tod Browning, 1932) :
La monstruosité est un thème récurrent dans la carrière de Tod Browning avec des films comme Dracula notamment. Dans la plupart de ses récits, les “monstres” sont dépeints comme des personnes normales confrontées aux mêmes problèmes que n’importe qui. Avec Freaks, Il tente de faire passer le message que la normalité n’est pas forcément propre au physique, mais qu’elle se situe plutôt au niveau de l’âme. Si le personnage de Cléopâtre paraît correspondre aux critères de la normalité, elle se révèle être bien plus monstrueuse que les « monstres » qui composent le cirque en question dans le film. Les thèmes abordés par Freaks étaient d’une extrême modernité par rapport à l’époque à laquelle ils étaient traités. Browning n’a pas eu peur de choquer l’opinion publique. C’est également un des premiers réalisateurs à montrer les “monstres” avec une vraie dimension humaine. Damien
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3/ Les temps modernes (Charles Chaplin, 1936) : Pionniers du cinéma muet, les chefs d’œuvres de Charlie Chaplin resteront universels. Il est d’ailleurs évident que, des années après, nous ressentons encore vivement la critique et l’engagement de ses films, toujours valables aujourd’hui. Les temps modernes dénonce le modernisme et l’industrialisation du travail à la chaîne. Le personnage de Charlot enchaîne les gags et nous fait rire du début à la fin, grâce à un comique de situation toujours important dans le cinéma muet. C’est aussi le premier film dans lequel on entend la voix de l’acteur lorsqu’il chante. Chaplin est définitivement un des plus grands artistes que le cinéma ait connu : il sait mêler mélancolie, lyrisme, comique tout en critiquant clairement la société. Il a toujours aimé l’humain, et il faudrait être difficile pour ne pas admirer Chaplin. Gwenaëlle
4/ King Kong (Ernest B. Schoedsack, Merian C. Cooper, 1933): Le film peut être rapproché avec Le monde perdu, film de 1925 réalisé par Harry O. Hoyt dont il est une continuation du travail sur les effets spéciaux. En effet, on retrouve sur les deux films la même équipe qui s’occupe des effets spéciaux avec à sa tête Willis O’Brien. Il va développer à travers ces films des techniques comme la transparence ou l’animation stop motion. Mais là où Le monde perdu est une adaptation du roman d’Arthur Conan Doyle, King Kong est une œuvre originale écrite pour le cinéma. C’est une version moderne du conte de La belle et la bête. Le film propose également une véritable mise en abîme du cinéma et surtout un personnage majeur pour l’Histoire du cinéma qui connaîtra énormément de succès et qui perdurera jusqu’à aujourd’hui. Thomas
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5/ Frankenstein (James Whale, 1932): « Il est vivant ! Il est vivant ! » cette réplique de Frankenstein est désormais l’une des plus cultes de l’histoire du cinéma. Adapté de l’œuvre de Mary Shelley, le film de James Whale introduit le monstre le plus iconique du 7ème art. La créature déambule à travers le long-métrage comme une figure discrète et inadaptée au monde qui l’entoure. Le docteur Frankenstein est au courant de la terreur qu’il est en train de créer tout comme James Whale est conscient du monument culturel qu’il est en train d’enfanter. Le long-métrage manie avec anticipation la création du monstre pour ensuite maîtriser son suspense autour du potentiel ravage que le monstre pourrait causer. A le revoir aujourd’hui, on peut se demander en quoi le monstre a pu terrifier son audience à l’époque. Néanmoins, on ne peut que souligner l’atmosphère gothique et angoissante maîtrisée par James Whale, qui inspirera le cinéma pendant plus de 80 ans. Roberto
5/ ex-aequo/ Scarface (Howard Hawks, 1932) : Avec Le Petit César et Public Enemy, Scarface est l’un des films de gangster les plus emblématiques des années 30. L’oeuvre étant sortie avant que le code de censure ne soit mis en place, la violence y est montrée frontalement et l’érotisme est à peine voilé. Tony Camonte est bestial, pervers et impulsif, un Tommy DeVito (Les Affranchis) avant l’heure. Il tente par tous les moyens d’avoir sa part du rêve américain dans une Amérique urbaine en pleine crise économique. Son destin funeste sert alors de catharsis à un peuple plein de ressentiments et de désillusions. Ne s’embarrassant pas de la morale, Scarface est un film noir à la violence crue qui, à la fois, discrédite la figure du gangster dans un disclaimer mais qui aussi, paradoxalement, la propulse au rang de légende. A l’image de l’Amérique donc, extrêmement puritaine mais qui glorifie pourtant ces antihéros qu’elle aime tant. Perrine
Ils ont failli y être : Quai des Brumes (Marcel Carné, 1938), Blanche-Neige et les sept nains (Walt Disney, 1937), Dracula (Tod Browning, 1931), L’impossible monsieur Bébé (Howard Hawks, 1938), Les Trente-neuf marches (Alfred Hitchcock, 1935)…
Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.
Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.
En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.
Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.
Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.
Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.
Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.
Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.
Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.
Qui dit début d’année dit regard rétrospectif sur l’année écoulée. Alors, comme le veut la tradition, voici les onze films élus par la rédaction du MagDuCiné comme meilleurs films de l’année 2022. Un top où, cette année, nous croisons beaucoup de grands noms, entre Paul Thomas Anderson et Dominik Moll, Ruben Östlund et Park Chan-wook, Bruce Wayne et Elvis Presley...
De nombreuses séries s'inspirent de faits réels : voici quelques un des personnages fictifs inspirés de personnalités historiques préférées des membres de la rédaction du MagduCiné.