Après 3 jours de festival des plus intenses, où les heures de sommeil ont été inférieures à la quantité de neige tombée, il est temps pour la rédaction de vous livrer ses impressions sur les films vus lors de cette 25ème édition du Festival Fantastique de Gérardmer. On commence avec la compétition, qui comme l’année dernière a été de très haut niveau avec des propositions de cinéma très différentes allant du rape and revenge très esthétisé, au film de zombies québécois, en passant par de l’animation française complètement déjantée. Il est donc venu le moment de faire un point sur Chasseuse de géants, Revenge, Les Affamés, Le Secret des Marrowbone, Ghostland et Mutafukaz.
- Chasseuse de géants
On commence le festival en douceur avec Chasseuse de géants, le premier film d’Anders Walter, réalisateur danois ayant reçu l’Oscar du court-métrage pour Hélium en 2013. Pour son premier long, le Danois s’est donc exilé aux États-Unis mais n’en a pas pour autant oublié ses racines et notamment toute la mythologie qui émane de ses contrées. Comme le titre l’indique, il est bien question de géants dans le film, mais avant tout d’imagination. En ça, Chasseuse de géants renvoie très vite au sous-estimé Quelques minutes après minuit de Bayona sorti en catimini début 2017. Les deux personnages échappent à la dureté de leur vie au travers d’une imagination débordante. Barbara est une jeune fille solitaire et asociale, se faisant harceler par des élèves plus âgées mais possédant un caractère bien trempé. Afin d’échapper à cet univers, elle se crée donc une quête, un combat, celui de protéger sa ville contre l’attaque de géants à l’aide de différents appâts ou pièges de sa confection. Le film d’Anders Walter devient alors un véritable petit conte rempli de poésie. L’aspect créatif et excentrique de Barbara, incarnée par l’excellente Madison Wolfe, en fait un personnage à la fois attachant et imprévisible pour qui il se crée une véritable empathie. Esthétiquement, malgré son aspect très cinéma indé américain, le film offre parfois de très beaux moments de bravoure visuelle comme ce petit affrontement final qui confine à l’épique nordique. On pourra regretter un déferlement trop important de pathos dans la dernière partie, chose que le film avait pourtant réussi à éviter tout du long, avant de succomber aux sirènes dans un final très mélo. Un peu dommage que Bayona soit passé avant il y a peu de temps.
- Revenge
Ayant déjà fait le tour de quelques festivals dont le PIFFF et Sundance, Revenge s’était déjà crée une petite réputation. Le premier film de la française Coralie Fargeat s’alignait directement dans le sillon de Grave, dans cette optique de faire revivre le cinéma de genre en France. Comme le film de Ducourneau, Revenge est une première œuvre viscérale et passionnée. Reprenant un genre très calibré comme le rape and revenge, la Française met en scène une véritable chasse à l’homme entre 3 hommes ayant violé et laissé pour morte une jeune femme. Si Revenge marque les esprits, et ne se perd pas dans la masse de rape and revenge déjà existant, c’est surtout grâce à l’intelligence et la malice de sa créatrice. Fargeat a conscience de tous les codes qui régissent ce genre et va s’en amuser. En hypersexualisant son personnage dans le premier acte, la cinéaste se moque de toutes ces figures féminines que l’on retrouve dans l’horreur ou le film d’action et surtout des hommes qui se cachent derrières ces personnages. Loin d’être une potiche, son héroïne va déployer l’étendue de son talent dans ce survival caniculaire. S’amusant avec les ruptures de ton, Coralie Fargeat arrive à mettre en place un humour particulièrement mordant où la gent masculine en prend pour son grade. Outre son fond, Revenge brille également par sa forme. Pour un premier film, Coralie Fargeat déploie une esthétique particulièrement clinquante fourmillant de trouvailles visuelles. On peut bien évidemment penser à ce trip sous peyotl avec un sens du montage super percutant ou encore cet affrontement final prenant une tournure psyché à l’intérieur des couloirs ensanglantés de cette luxueuse maison. Que ce soit à l’aide de plans séquences ou des jeux de couleurs, Fargeat s’amuse à explorer au maximum ses capacités afin d’offrir un spectacle qui prend très vite des tournures sensorielles. Et puis bon, c’est quand même super jouissif comme film.
- Les Affamés
Comment ça ? Un film de zombies québécois ? Comment est-ce possible ? La réponse est simple : Robin Aubert. Le réalisateur québécois est venu donc présenter un film de zombies tourné en québécois. Et forcément, la salle a rigolé. S’il est vrai qu’il est de plus en plus difficile de proposer quelque chose d’original dans un genre aussi vu et revu que le cinéma de zombies, et bien Robin Aubert a trouvé l’angle d’attaque parfait pour se distinguer. Même si aux premiers abords, Les Affamés reste un film assez convenu. Suivant à la manière d’un récit choral une poignée de survivants humains face à la création d’une société de zombies érigeant des totems fait de chaises, le film dispose d’un rythme décousu, oscillant parfois entre moments nerveux avec des éruptions de violences et des scènes plus contemplatives. Dans son déroulé, Les Affamés fait donc preuve de quelques faiblesses. Par contre là où Aubert fait plaisir, c’est bien évidemment dans ce ton et ses ruptures de tons complètement décomplexés propres à nos cousins du Grand Nord. Parce qu’au final, Les Affamés, c’est un peu The Walking Dead qui rencontre les Jokes de Papa. Entre les blagues intégrées comme telles dans le récit (comme ces hilarantes blagues de docteur), ou des runnings gags complètement loufoques (et notamment celui du militaire aimant faire des frousses, dont le destin funeste a fait applaudir la salle entière), le tout débité par cet accent si savoureux, tout cela fait clairement de Les Affamés un film à part. On sent la sympathie de son auteur qui surgit à chaque moment.
- Le Secret des Marrowbone
Pour l’ouverture du festival, les organisateurs ont décidé de jouer la carte de la sûreté en programmant le premier film de Sergio G. Sanchez. Bien évidemment cet Espagnol n’est pas un inconnu puisque c’est l’homme derrière le scénario de l’Orphelinat le Grand Prix 2008. Si en plus on ajoute un casting composé de plusieurs valeurs montantes comme Anya Taylor-Joy ayant déjà ouvert les hositilités avec Split l’an dernier ou Charlie Heaton, l’ado de Stranger Things, on avait de quoi faire plaisir au public. Le truc c’est que Marrowbone ressemble un peu trop à l’Orphelinat. Les ingrédients fonctionnent cependant toujours très bien. La maison hantée, l’esthétique léchée (plus réussie que le film de Bayona d’ailleurs) et le côté mélo sont donc de nouveau au rendez-vous. On se laisse très vite emporter par l’atmosphère du film et cela grâce au casting particulièrement attachant incarnant la famille Marrowbone et notamment George MacKay. Tour à tour touchant dans le traitement de la fratrie et intriguant de par ses secrets, le film n’hésite pas non plus à faire frissonner à quelques moments (même si ce n’est pas forcément son point fort). Bien évidemment si on est familier du genre, les surprises et autres twists ont moins d’impact, mais Sergio G. Sanchez mène bien sa barque et délivre de façon très convaincante les réponses de son énigme. En espérant cependant qu’il se renouvelle un peu pour son prochain film.
https://www.youtube.com/watch?v=RNBtlom3fiw
- Ghostland
Certainement le film le plus attendu du festival, d’autant qu’il s’agissait de sa première mondiale, Ghostland est le nouveau film de Pascal Laugier, ayant déjà marqué l’horreur française avec le saisissant Martyrs, il y a de ça 10 ans. Même si le film a semble-t’il fait l’unanimité du jury et du public, obtenant ainsi le Grand Prix et le Prix du public, Ghostland rentre directement dans la case de ces films qui vont diviser. Il est d’ailleurs assez difficile de se faire un avis net et concis de la chose. Ghostland à la manière de Mother! l’an dernier agit avant tout comme un rouleau compresseur. Le genre de film fait pour exténuer son spectateur, lui faire vivre un cauchemar de tous les instants. La démarche jusqu’auboutiste de Laugier est à ce niveau des plus enthousiasmantes. Y a plein de belles idées dans Ghostland comme ces chamboulements scénaristiques dynamitant une histoire en apparence simple, cette direction artistique glauque à souhait, on a de quoi s’exalter, même Mylène Farmer offre une prestation des plus convaincantes. Là où le hic arrive, c’est dans la façon dont Laugier met tout ça en scène. Le cinéaste français abuse clairement des jumps scares. En y réfléchissant en détail, on se demande si ce n’est pas malheureusement la seule façon disponible pour faire ressentir ce que Laugier veut faire ressentir à son spectateur. les jumps scares agissent donc pleinement dans ce sentiment d’agression constante. Ghostland agace, Ghostland fascine, Ghostland clive.
https://www.youtube.com/watch?v=TALwkQYvBp4
- Mutafukaz
L’animation en compétition à Gérardmer est une chose rare, encore plus le fait qu’elle soit primée. Mutafukaz a cependant conquis le cœur du jury jeunes, et de bons nombres de festivaliers. Adapté de la bande-dessinée éponyme créée par Guillaume « Run » Renard, Mutafukaz est une œuvre complètement déchaînée comme on en voit trop rarement, pour ne pas dire jamais dans l’animation française (le seul équivalent pourrait être l’excellente série Lastman). Empilant les références, de GTA à Akira en passant par Men in Black ou Star Wars, le film déborde d’une générosité de chaque instant, d’un amour pour la pop culture qui suinte de chaque plan. Avec son animation dynamique, Mutafukaz est un véritable feu follet qui ne laisse que peu de répit à son spectateur s’embarquant dans les aventures rocambolesques de Angelino et Vince. Ponctué de scènes d’actions à couper le souffle, avec son vocabulaire ordurier et son ultra-violence, Mutafukaz n’est clairement pas destiné aux enfants et devient une œuvre des plus jouissives et électrisantes, un genre de rollercoaster décoiffant. On pourrait faire les rabats-joies en regrettant quelques arcs un peu expédiés comme tout ce qui concerne la lucha libre, mais bon on aurait juste à écouter la partition concoctée par The Toxic Avenger et Guillaume Houze pour avoir envie de retourner tout casser à Dark Meat City.


Nous voici donc plongés dès le début de Stronger dans la vie plutôt enfantine et maladroite de Jeff Bauman (qui existe réellement puisque c’est une « histoire vraie »), qui vit encore chez sa mère, fait rôtir des poulets et va regarder les matchs de foot avec ses copains en buvant sa « bière porte-bonheur ». Rien ne semble vraiment entacher cette toute petite vie tranquille sauf la « tristesse » d’avoir été largué par sa petite-amie, Erin. Cette dernière se laisse volontiers charmer par Jeff, mais refuse son côté « je ne veux pas vraiment m’engager ». Pour la séduire de nouveau, il lui promet donc de venir la soutenir lors du marathon de Boston. Comme on est en 2013, le spectateur se doute que Jeff se trouvera certainement à proximité de l’attentat perpétré cette année-là. Pour Erin, ce sera donc la fin de l’indifférence gentillette envers Jeff. Elle va s’engager pleinement auprès de lui, sans se poser trop de questions, allant jusqu’à quitter son boulot et s’installer chez la mère de Jeff. On sent bien que le réalisateur tente de nous dire qu’elle reste par culpabilité, mais ça n’est jamais assez et complètement interrogé. Comme s’il n’y avait qu’une seule figure possible : celle de la petite copine courage. Dès lors, Erin va alors se construire une image idéale du petit copain (et futur mari/père de ses enfants) que Jeff voudra bien devenir ou alors qu’il n’aura pas vraiment le choix de devenir, poussé jusqu’à l’extrême dans ses retranchements (dans une scène franchement douteuse).
Mais la véritable chronique que dépeint Stronger est celle de la ville de Boston (atmosphère de 2013 admirablement retranscrite) et de sa nécessité de se forger un héros vivant pour se prouver qu’elle a survécu, qu’elle est encore debout. Jeff va donc devenir héros malgré lui (il a vu le poseur de bombe et le décrit à la police), instrumentalisé autant par les médias que par sa famille de doux-dingues, ce qui donne lieu aux meilleurs moments du film, car les points de vue sont démultipliés. Si Jeff ne ressent pas le besoin d’être « Boston Stronger », il se laisse porter, jusqu’à refuser d’être sous le feu des projecteurs, mais pas pour longtemps. On comprend en filigrane qu’il souffre d’un syndrome post-traumatique, pour cela nous revoyons peu à peu les images de l’attentat et de la réaction de Jeff. Cette construction fait écho à une seconde, celle du récent







Et pourtant ! Autant la protagoniste incarnée par une Laetitia Dosch –bluffante- est jeune et impétueuse dans le film français, autant Setsuko (Shinobu Terajima) est une femme éteinte qui arrive cahin-caha au milieu de sa vie : elle mène une vie de quadra plus que terne, composée d’un travail aussi insignifiant que ses collègues eux-mêmes et d’une vie privée inexistante et très désordonnée que seuls agrémentent quelques contacts avec Mika (Shioli Kutsuna), la fille plus ou moins intéressée de sa sœur. Lorsque cette dernière lui arrache quelques billets en échange d’un cours d’anglais déjà payé mais qu’elle ne peut plus suivre, Setsuko fait la rencontre de John (Josh Hartnett), le prof d’anglais excentrique, et de Tom/Komori (Kôji Yakusho). Et à partir de cet instant, tout un monde de possibles nouveaux s’ouvre à elle.
Pour se sauver d’une vie dans laquelle tout doucement elle se meurt, Lucy passe par tous les états. Les Etats d’Amérique d’abord, si l’on ose ce pauvre jeu de mots, car son histoire l’emmènera Outre-Atlantique, dans un enchaînement assez loufoque et poétique à la fois (ici, on pense de manière fugace au burlesque aérien de Fiona Gordon & Dominique Abel). Mais ce sont ses états d’âme variés qui sont la partie la plus intéressante. Cette colère qui gronde en elle, cette révolte qui se réveille soudain face à une injustice ancienne, mais centrale, ce besoin d’amour dont enfin elle prend acte avec parfois de la maladresse, parfois de la méchanceté , cet amour débordant qu’elle adresse au monde un peu au petit bonheur la chance, tous ces sentiments nouveaux qu’elle expérimente nous rendent Lucy infiniment aimable, et nous rendent la cinéaste admirable dans sa capacité à tout montrer sans démontrer.
Ne perdant jamais le fil de son idée, Atsuko Hirayanagi délivre un film deux-en-un, avec l’aventure intérieure de Setsuko/Lucy qui apprend à devenir une Setsuko nouvelle, plus aimable à ses propres yeux, et une critique sociale d’un Japon, et surtout d’un Tokyo toxique, où le suicide fait partie littéralement de la vie quotidienne, tout en se jouant du choc des cultures. Le film n’est pas dénué de défauts, un peu trop dolent par moments, mais l’émotion est là, et on se met à croire dans l’éclosion d’une nouvelle cinéaste japonaise digne d’intérêt.
Réalisatrice du remarquable
Sur un ton léger voire même humoristique (Jack Black à l’affiche annonçant cette promesse), Le Roi de la Polka raconte alors l’ascension puis la chute de cette star locale cheap (n’hésitant pas à faire intervenir sur scène des personnages déguisés en ours ou en poulet), en passant (un peu trop brièvement) par sa renaissance (car, comme le dit Jan Lewan, « tout le monde a le droit à une seconde chance »). Certes, on ne se fend pas la poire (même si certaines scènes, notamment celle où Lewan promet à ses fans de rencontrer le Pape ou encore celles autour du concours de beauté sont drôles) mais ce ton reste agréable dans le sens où Maya Forbes tente parfois de détourner justement à la fois les codes du biopic traditionnel et de la success story à l’américaine comme on a l’habitude d’en voir. Hélas, on emploie justement le verbe « tenter » car malgré ses nobles intentions, on aurait pu s’attendre à une mise en scène bien plus ambitieuse (même si elle reste tout de même correcte) et un ton qui aurait pu être encore plus corsé et renforcer l’engrenage délirant dans lequel s’était fourré le personnage principal. A noter tout de même une chouette reconstitution de l’époque, kitsch mais crédible.