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My Wonder Women : origine intime de l’héroïne mythique

Un an après la sortie de Wonder Woman, véritable succès au box office, une nouvelle réalisatrice, Angela Robinson, s’attaque à la femme emblématique de l’univers DC. Bien loin du blockbuster, My Wonder Women, production indépendante, s’intéresse non aux origines de la princesse amazone mais à la genèse de sa propre création. En retraçant la vie de l’auteur William Marston, le film apporte un éclairage certain sur la construction de l’héroïne, tout en composant une ode à l’amour et à la liberté.

Inspiré de faits réels, My Wonder Women présente le psychologue et inventeur William Moulton Marston, ayant vécu lors de la première moitié du vingtième siècle. En 1941, en pleine seconde guerre mondiale, il écrit les premières aventures de Wonder Woman, qui connaissent une rapide popularité. Comment l’idée de ce personnage si novateur, souvent même provocateur, est-elle venue dans l’esprit de ce professeur d’université en psychologie ?

Les Marston mènent une existence assez stable. William enseigne les résultats de ses propres travaux alors qu’Elizabeth l’assiste dans ses recherches. Tous deux partagent les mêmes valeurs, en particulier l’émancipation des femmes, surtout depuis qu’Elizabeth n’a pas pu obtenir un diplôme de Harvard faute d’être un homme. Ce quotidien est cependant bouleversé par l’arrivée d’une étudiante, Olive, choisie pour les aider dans leurs expériences scientifiques.

Progressivement, la jeune Olive, sensible et « pure », s’intègre comme un troisième élément fondamental, voire manquant du couple. C’est en effet en partie grâce à ses remarques que le détecteur de mensonges sur  lequel les Marston travaillaient depuis longtemps commence à faire ses preuves. Alors qu’elle apparaît au départ comme un élément de désordre, elle renforce finalement la stabilité de l’union entre William et Elizabeth, en devenant un objet commun d’amour et de désir.

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Par le biais de cette relation hors norme, My Wonder Women défend l’amour libre. Peu importe qui l’on aime, ou comment l’on vit, seuls comptent les sentiments réciproques, personne n’ayant le pouvoir de juger. Cette philosophie de vie des personnages sera pourtant mise à mal car, malgré cet idéal, il est impossible de devenir totalement indifférent aux regards des autres.

Au-delà de cette morale, My Wonder Women permet aux fans comme aux néophytes de mieux appréhender, voire même, d’aimer encore davantage la farouche amazone, demeurant aujourd’hui la plus grande héroïne féminine de comics américains. L’artiste se place toujours dans son œuvre, comme nous l’a brillamment rappelé le récent Blade Runner 2049. Cette vérité s’applique à Wonder Woman avec une force sûrement sous estimée, particulièrement démontrée dans l’approche adoptée par Angela Robinson. Le film donne ainsi de nombreuses clés sur l’élaboration de l’amazone, de son costume grec, son célèbre lasso révélateur de mensonges, sa personnalité et ses méthodes de combat sexuellement suggestives, jusqu’au symbole de féminisme qu’elle est chargée de véhiculer.

Dès sa recherche d’un potentiel éditeur, le professeur Marston ne cache pas ses intentions. Il souhaite promouvoir le mouvement féministe à travers une super héroïne d’un nouveau genre, en apprenant aux hommes à respecter, parfois à se soumettre, à des femmes déterminées et affirmées. Ses propres convictions, partagées par sa femme Elizabeth, mais à l’époque encore marginales, sont alors transmises aux lecteurs comme un message subliminal. Malgré son succès populaire, les aventures de la princesse Diana ne sont pas au goût de tout le monde, en particulier des associations catholiques, qui cherchent à en faire interdire la publication en raison de ses images jugées provocatrices, parfois proches du sadomasochisme.

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L’habitude d’attacher ses rivaux ou de les attirer avec son lasso, pratiquée assez couramment par Wonder Woman, loin d’être une invention, reflète en réalité parfaitement les pratiques sexuelles auxquels s’adonnent en secret William, Elizabeth et Olive. Ces jeux de rôles s’inspirent eux-mêmes de la théorie comportementale de Marston, régissant selon lui les rapports humains et présentée dans le film. Intitulée DISC, elle se résume en quatre mots : dominance, influence, stabilité, conformité. Ce trio amoureux, inimaginable dans la morale de l’époque, aboutit à une double vie et à une mise à l’écart de la société.

My Wonder Women démontre que c’est pourtant cette union fusionnelle qui a donné naissance à l’héroïne. Wonder Woman est en effet dotée des personnalités mélangées des deux femmes du professeur. D’Elizabeth, elle tire la force, la détermination et le courage. D’Olive, elle hérite d’une certaine forme d’innocence et de naïveté. Quant à son apparence, elle correspond à une exposition de toutes les expérimentations de William Marston, qu’elles soient sexuelles ou scientifiques. Le lasso révélateur de vérité, dont dispose la princesse, renvoie directement au détecteur de mensonges inventé par le psychologue, fonctionnant sur la mesure de la tension artérielle. L’idée du costume d’amazone provient d’une boutique d’avant garde, spécialisée dans les accessoires érotiques. Même le choix du métier de secrétaire qu’exerce Diana comme couverture trouve son explication logique !

Comme le résume parfaitement Marston, le public ne voit en Wonder Woman qu’une héroïne de bande dessinée alors que, pour lui, elle représente sa propre vie. Une vie dans laquelle My Wonder Women nous plonge avec une volonté de réalisme, en changeant le regard que l’on pouvait porter sur le personnage.

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Ce professeur Marston est parfaitement incarné par Luke Evans, qui a joué récemment dans La Belle et la Bête et la série policière L’Aliéniste. Rebecca Hall et Bella Heathcote donnent tout à fait le change, si bien que l’on croit rapidement à ce trio amoureux, source de bonheur mais aussi de relations complexes, un exemple idéal de la théorie du DISC.

La construction du récit, pas totalement linéaire, est plutôt intéressante et vivante. Dans le présent, Marston essaie de justifier son œuvre devant ses détracteurs, en racontant des événements passés qui sont progressivement montrés. L’approche reste classique, mais permet d’éviter une pure succession chronologique de faits qui aurait certainement présenté moins d’attraits.

Le point faible de My Wonder Women réside dans sa mise en scène, extrêmement lisse, qui tend à faire de ce film, au traitement pourtant assez original, une œuvre presque trop académique. On aurait pu aussi espérer un meilleur approfondissement des personnages, quitte à rallonger la durée d’une quinzaine de minutes.

My Wonder Women suscite tout de même une certaine fascination, non seulement pour le travail novateur de Marston, mais aussi et surtout, pour la richesse de la réalité insoupçonnée et dissimulée derrière son processus créatif. En dépit de ses défauts, le film parvient à présenter la vie d’une œuvre tout en la reflétant, à travers le point de vue de son créateur, dans l’œuvre d’une vie.

My Wonder Women – Bande-annonce

My Wonder Women – Fiche technique

Titre original : Professor Marston and the Wonder Women
Réalisateur : Angela Robinson
Scénario : Angela Robinson
Interprétation : Luke Evans (William Marston), Rebecca Hall (Elizabeth Marston), Bella Heathcote (Olive Byrne), Connie Britton (Josette Franck), Oliver Platt (M. C. Gaines)
Musique : Tom Howe
Photographie : Bryce Fortner
Montage : Jeffrey M. Werner
Producteurs : Amy Redford, Terry Leonard
Maisons de production : Topple Productions,
Distribution (France) : LFR Films, Boxspring Entertainment, Stage 6 Films
Durée : 110 min
Genre : Drame, biopic
Date de sortie (France) : 18 avril 2018

États-Unis – 2017

Les Ailes du Désir, la caméra aérienne de Wim Wenders

Prix de la mise en scène à Cannes en 1987, Les Ailes du Désir, qui ressort au cinéma le 25 avril, est un très beau film poétique, offrant des images superbes et des scènes mémorables.

Synopsis : Deux anges observent Berlin et sa population. L’un d’eux s’intéresse plus particulièrement à un vieil homme qui raconte le passé, tandis que l’autre tombe amoureux d’une trapéziste. Pour elle, il décide de devenir humain.

Der Himmel über Berlin. Le Ciel au-dessus de Berlin. Le titre original des Ailes du Désir prend tout son sens dès les premières scènes du film. Nos deux anges observent la ville, et nous avec eux, volant au-dessus des immeubles et des rues, observant les passants, nous introduisant dans les appartements sans être remarqués, et surtout entendant les pensées des différents personnages, de tous ces habitants qui constituent la ville.

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En cela, on peut dire sans se tromper que Les Ailes du Désir est avant tout un film sur Berlin. Chez un cinéaste voyageur comme Wenders, le choix d’un lieu pour un film n’est pas seulement le fait d’une recherche esthétique ou d’un caprice scénaristique. Berlin n’est pas uniquement un cadre pour le film. Il en est le personnage principal. Pendant toute une première partie du film, nous allons voyager d’un appartement à l’autre, passer d’un Berlinois à un autre, grâce à une caméra d’une virtuosité extraordinaire (ce qui valut au film un Prix de la mise en scène au festival de Cannes 1987). C’est tout un kaléidoscope qui va se mettre en place sous nos yeux : Berlin en ce jour précis, vu du ciel par le regard d’anges omniscients pouvant s’infiltrer dans les âmes des Berlinois.

Mais le film ne s’occupe pas que du Berlin actuel. C’est sûrement en cela que le choix de la ville fut essentiel : Berlin est aussi un lieu chargé d’histoire et de références culturelles. Au début du film, dans l’avion qui l’emporte dans la grande ville allemande, Peter Falk pense à « Emil Jannings, Kennedy et von Stauffenberg » (le premier était un acteur ayant tourné dans certains films classiques du cinéma allemand des années 20 ; le président Kennedy avait fait son fameux discours « Ich bin ein Berliner » à Berlin le 26 juin 1963 ; et Carl von Stauffenberg était l’officier allemand qui a cherché à assassiner Hitler lors de l’opération Walkyrie). Berlin est un lieu de mémoire, dont le nom reste associé au Nazisme bien sûr, mais aussi à la Guerre Froide. Plusieurs scènes du films ont tournées juste au bord du Mur qui, à l’époque du tournage (1986), séparait encore les secteurs occidentaux et soviétique, dont une séquence capitale, centrale dans l’histoire des Ailes du Désir : le passage du statut d’ange à celui d’humain.

Le Nazisme et la Seconde Guerre Mondiale viennent, quant à eux, par la mémoire d’un Homère moderne, homme immémorial chantant la destruction de Berlin comme l’aède antique avait chanté celle de Troie.

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Enfin, sur le plan culturel, le cinéaste cinéphile qu’est Wenders ne pouvait pas omettre de rendre hommage à l’expressionnisme des années 20, dont il adopte bien souvent l’esthétique, et ce, dès le générique de début.

Ainsi donc, si Les Ailes du Désir reste constamment dans la même ville (ce qui n’est pas si fréquent pour un cinéaste chez qui le voyage tient une place essentielle), c’est donc dans le temps que le film nous transporte. Au Fil du temps, pour reprendre le titre d’un autre film majeur de Wenders.

Et que font ces anges au-dessus de Berlin ?

Ils observent la vie. Une vie que, finalement, ils ne connaissent quasiment pas. Eux qui voient le monde en noir et blanc ne connaissent pas les sensations qui viennent du corps. Ils peuvent certes entendre les pensées et sonder les âmes, mais ils sont incapables de sentir ou toucher. « J’aimerais ne plus seulement survoler, j’aimerais avoir un poids qui abolisse l’illimité et m’attache à la terre », dit Damiel (Bruno Ganz). C’est, pour reprendre le titre du roman de Milan Kundera, une « insoutenable légèreté » qui anime cet ange qui veut devenir humain. Car il comprend qu’en ne voyant que son aspect spirituel, il manque quelque chose d’essentiel à sa compréhension de la vie : l’aspect charnel, sensible, voire sensuel.

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Car Les Ailes du Désir, c’est également un formidable film sur la sensualité. L’incroyable sensualité de Solveig Dommartin, trapéziste aérienne, femme qui devient temporairement un ange pour aller à la rencontre de l’ange qui veut devenir humain. Le film se déroule alors dans cet entre-deux, le long de cette frontière entre la terre et le ciel. Wenders en profite pour nous livrer des séquences absolument sublimes.

Les Ailes du Désir marque la troisième collaboration entre le cinéaste et l’écrivain Peter Handke, après L’Angoisse du Gardien de But au moment du penalty (que Handke avait écrit d’après son propre roman) et Faux Mouvement. Ne pouvant écrire tout le scénario avec Wenders, le romancier a écrit des dialogues et surtout un magnifique poème qui sert de fil rouge au film, « Als das Kind Kind war » (« Quand l’enfant était enfant… »). Pour le reste, Wenders a beaucoup fait appel à l’improvisation (procédé que Peter Falk avait déjà beaucoup pratiqué sous la direction de son ami Cassavetes).

L’ensemble donne un très beau film, poétique, sensible, contemplatif (comme souvent chez Wenders), qui cherche à concilier le ciel et la terre, le corps et l’âme, la légèreté et la pesanteur dans un équilibre parfait. Avec ce film léger et aérien, Wenders ne se contente pas de filmer des anges, il se fait ange.

Les Ailes du Désir : bande-annonce

Les Ailes du Désir  : fiche technique

Titre original : Der Himmel über Berlin
Réalisation : Wim Wenders
Scénario : Wim Wenders, Peter Handke
Interprétation : Bruno Ganz (l’ange Damiel), Solveig Dommartin (la trapéziste Marion), Otto Sander (l’ange Cassiel), Curt bois (le vieux poète), Peter Falk et Nick Cave
Photographie : Henri Alekan
Montage : Peter Przygodda
Musique : Jurgen Knieper
Assistante réalisatrice : Claire Denis
Production : Wim Wenders, Anatloe Dauman
Sociétés de production : Argos Films, Road Movies, Westdeutscher Rundfunk, Wim Wenders Stiftung
Sociétés de distribution : Argos Films
Date de sortie en France : 17 mai 1987
Récompense : Prix de la mise en scène, festival de Cannes 1987
Date de reprise en France : 25 avril 2018
Genre : drame fantastique

RFA- 1987

Cannes 2018 : Lars Von Trier revient sur la Croisette, Don Quichotte de Terry Gilliam en clôture

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La 71e édition du Festival de Cannes complète sa Sélection officielle avec 10 films, parmi les ajouts en compétition, on trouvera Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez (avec Vanessa Paradis), et les très attendus longs-métrages, The House That Jack Built du réalisateur danois Lars von Trier, présenté hors compétition, alors que L’Homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam sera projeté lors de la cérémonie de clôture le 19 mai.

L’enfant terrible Lars von Trier de nouveau bienvenu sur la croisette

Pierre Lescure, président du Festival, et son conseil d’administration ont décidé le retour de Lars von trier, banni depuis sept ans, Palme d’or 2000, en Sélection officielle pour Dancer in the Dark. En 2011, venu présenté son film Melancholia en compétition pour lequel l’Américaine Kirsten Dunst remporta le prix de la meilleure interprétation féminine, le réalisateur est déclaré persona non grata sur la Croisette, suite à des propos polémiques tenus lors d’une conférences de presse. Son nouveau film The House That Jack Built (avec Uma Thurman, Bruno Ganz, Sofia Grabol, Riley Keough, la petite-fille d’Elvis Presley), suit les traces d’un serial killer interprété par l’acteur américain Matt Dillon, sera projeté Hors Compétition, indique le célèbre Festival international du cinéma dans un communiqué.

Don Quichotte le film maudit de Terry Gilliam en clôture

Le cinéaste a passé près de vingt ans sur ce projet, après un premier tournage avorté en 2000 et divers déboires qui ont fait l’objet d’un documentaire intitulé Lost in La Mancha en 2002, le film a failli ne pas sortir en raison d’un conflit avec le producteur Paulo Branco, finalement résolu début avril. « Il fallait la magie du Festival de Cannes pour rompre le sortilège et présenter enfin au monde entier ce film mythique, attendu avec ferveur depuis plus de 20 ans« , se sont félicités jeudi les producteurs et distributeur du film. Au générique de The Man Who Killed Don Quixote, on retrouve Olga Kurylenko, Adam Driver et Jonathan Pryce, l’œuvre sera projeté en clôture le 19 mai et sortira en même temps en France.

21 films en lice pour la Palme d’or

L’édition 2018 qui débute le 8 mai compte désormais 21 longs-métrage, dont trois films en compétition Ayka de Sergey Dvortsevoy (reparti avec le prix Un Certain Regard en 2008 pour Tulpan), Ahlat Agaci/The Wild Pear Tree/Le Poirier sauvage, l’histoire d’un homme qui rêve d’être écrivain et retourne dans son Anatolie natale du Turc Nuri Bilge Ceylan, Palme d’or 2014 avec Winter Sleep et Un couteau dans le cœur du Français Yann Gonzalez, (un second long métrage 5 ans après Les rencontres d’après minuit), sur une productrice de porno gay.

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La sélection officielle en Compétition pour la Palme d’or (présidé par Cate Blanchett)

Côté Un Certain Regard

Dans la section Un Certain Regard 2018, 3 films complètent la sélection :

Muere, Monstruo, Muere (Meurs, monstre, meurs) de l’argentin Alejandro Fadel : Fin de l’hiver, une tempête de neige s’abat sur la Cordillère des Andes.
Les corps de plusieurs femmes décapitées sont retrouvés près d’un poste frontière isolé, au pied de la montagne. Un homme, David, porté disparu depuis des jours, est recherché en vain par la Police Rurale.

Chuva E Cantoria Na Aldeia Dos Mortos (The Dead and the Others / Les Morts et les autres) du portugais João Salaviza et de la brésilienne Renée Nader Messora

Donbass de l’ukrainien Sergey Loznitsa le réalisateur d’Une femme douce, présenté l’an dernier en compétition, fera l’ouverture le mercredi 9 mai : « Quand on appelle “paix“ la guerre, quand la propagande est présentée comme la vérité, quand on appelle “amour“ la haine, c’est là que la vie même commence à ressembler à la mort. Le Donbass survit. Manuel pratique de l’enfer. »

Séance Spéciale

Le film d’animation Another day of life de Damian Nenow et Raul De La Fuente.

Fahrenheit 451 en séance de minuit

festival-cannes2018-Fahrenheit-451-film-Ramin-Bahrani-en-Seance-de-MinuitLes festivaliers pourront voir la nouvelle adaptation du roman culte Ray Bradbury Fahrenheit 451, celle de l’américain Ramin Bahrani avec Sofia Boutella, Michael B. Jordan et Michael Shannon, plus de 50 après celle de François Truffaut.

Un documentaire de l’écossais Kevin Macdonald sur la chanteuse Whitney Houston.

 

La Révolte des Cipayes, de Laslo Benedek, en DVD et Blu-Ray

Amateurs de films d’aventure hollywoodiens à l’ancienne, voici une bonne nouvelle : la sortie, pour la première fois en DVD et Blu-Ray, chez ESC Distribution, de La Révolte des Cipayes, de Laslo Benedek, avec Rock Hudson.

Synopsis : 1856. L’Inde est entre les mains des Britanniques depuis un siècle. Au Nord-Est, les Fusiliers du Bengale, compagnie où des soldats indiens sont commandés par des officiers britanniques, assiègent un fort où se sont retranchés les rebelles de Siri Nath. Parmi ces officiers, le capitaine Jeff Claybourne est particulièrement apprécié de ses hommes, qu’il traite avec respect.

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C’est juste après son grand succès, L’équipée sauvage (le film où Marlon Brando tenait le rôle d’un motard, avec blouson noir et grosse cylindrée), que Laslo Benedek se voit confier cette adaptation d’un roman de Hall Hunter inspiré de faits réels. Ces faits, comme on l’apprend dans un très bon entretien en complément de programme avec la romancière et philosophe Catherine Clément, constituent donc le premier acte de la guerre de décolonisation des Indes britanniques : des soldats hindous et musulmans se révoltent contre leurs officiers, et les Occidentaux en général. Le conflit durera un an et demi.

La Révolte des Cipayes, pour commencer, contient tout le charme de ces films d’aventure hollywoodiens se déroulant en Inde. Il s’inscrit dans la droite ligne des Trois lanciers du Bengale (de Henry Hathaway avec Gary Cooper) et Gunga Din (le film qui a inspiré Indiana Jones et le Temple Maudit, d’après un poème de Rudyard Kipling, réalisé par George Stevens, avec Cary Grant).

On y trouve donc, pêle-mêle : des fusillades, des danses colorées, un rajah mystérieux dans son palais somptueux, une jungle où l’on chasse le tigre, des marais brumeux où l’on ne peut pas voir l’ennemi arriver, des mendiants dans la poussière, un fort retranché dans les montagnes, etc. Tout ce qui fait le charme de ce genre de film est réuni ici.

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Bien entendu, pour avoir un film d’aventure digne de ce nom, il faut donc un aventurier, un héros. Ici, c’est un capitaine, Jeff Claybourne, interprété par Rock Hudson. C’est là que les comparaisons avec les glorieuses références du film d’aventure à l’indienne arrive à ses limites : l’acteur n’est pas forcément à son mieux ici, moins convaincant en héros invincible et bon qu’il ne le fut, la même année, dans le somptueux mélodrame de Douglas Sirk, Le Secret magnifique. Cependant, dans les moments plus dramatiques, il parvient à apporter une certaine profondeur non négligeable à son personnage.

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Il faut dire que ce Jeff Claybourne est le héros rempli de qualités, tel que Hollywood les adorait. Il est courageux, il a le sens du sacrifice, il est séduisant, et surtout (c’est là son aspect le plus intéressant) il est un grand connaisseur de l’Inde, des rites, de la bienséance et de la politesse de la population indienne. Dès le début, il se démarque des autres officiers, qui considèrent les Indiens comme de la piétaille sans intérêt sacrifiable à l’envi. Il respecte les autochtones, ce qui lui attache leur respect en retour. Ainsi, il ira même jusqu’à défendre leur cause au sujet des cartouches.

Très court (un peu plus de 80 minutes seulement), La révolte des Cipayes est un film passionnant, le rythme est soutenu. Le travail de restauration nous offre une image splendide, rendant hommage à un Technicolor idéal pour retranscrire le charme exotique de cette Inde fantasmée.

Le film est proposé avec une brève présentation (un peu moins de deux minutes) et surtout un excellent entretien avec Catherine Clément, qui permet de remettre l’œuvre dans son contexte historique. On y apprend, entre autres, que l’affaire des graisses employées sur les cartouches est authentique, et la philosophe nous parle aussi de Karl Marx, correspondant de guerre en Inde, ou de la passion de la Reine Victoria pour l’Inde.

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Caractéristiques :

Format : 1.85
langues : anglais mono/français mono
Sous-titres français
Durée : DVD : 83 minutes / Blu-Ray : 87 minutes
Compléments de programme :
Présentation par Linda Tahir (1mn 49)
« Inde ! La première guerre d’indépendance » par Catherine Clément (22 minutes)

Cannes 2018 : Le jury de la 71ème édition enfin dévoilé

Le Festival de Cannes a dévoilé ce matin qui sera aux côtés de Cate Blanchett pour juger de la Palme d’Or de la 71ème édition : ce jury ne passe pas inaperçu.

Comme à son habitude, le Festival a une fois encore choisi un jury cinq étoiles composé de quatre hommes, quatre femmes et la Présidente Cate Blanchett. Une semaine après avoir dévoilé la liste des films en compétition, c’est l’information que tout le monde attendait. Parmi les jurés donc, il y aura deux français, l’actrice Léa Seydoux habituée de la Croisette et le réalisateur Robert Guédiguian dont le dernier film La Villa avait enchanté la critique. À leurs côtés, on retrouvera la star américaine Kristen Stewart, venue présenter Personal Shopper d’Olivier Assayas en 2016, et le réalisateur canadien Denis Villeneuve, récemment auréolé de succès aux Oscars pour Blade Runner 2049. Andrey Zvyagintsev sera aussi de la partie, après avoir remporté le Prix du Jury l’an passé pour son film Loveless. La réalisatrice et productrice américaine Ava DuVernay, l’acteur chinois Chang Chen (notamment connu pour son rôle dans Happy Together) et la compositrice Khadja Nin s’ajoutent également à cette belle liste de jurés.

Il ne reste plus qu’à attendre le 19 mai pour savoir quel film sera primé par ce jury. Pour rappel, on retrouve notamment en compétition Jean-Luc Godard, Spike Lee, Christophe Honoré, Alice Rohrwacher, Eva Husson, Stéphane Brizé ou encore Asghar Farhadi qui projettera son film en ouverture.

Jury de la Compétition Officielle du Festival de Cannes 2018 : 

Cate Blanchett (Présidente) : Actrice et Productrice Australienne

Chang Chen : Acteur Chinois (Happy Together, Le Tigre accroupi, The Assassin…)

Ava DuVernay : Écrivain américain, Réalisateur, Producteur (Selma, 13th…)

Robert Guédiguian : Réalisateur, Scénariste, Producteur français (La Villa, Marius et Jeannette,  Les neiges du Kilimandjaro) 

Khadja Nin : Auteure, Compositrice, Chanteuse Burundaise

Léa Seydoux : Actrice Française (La belle personne, La vie d’Adèle, Grand Central…)

Kristen Stewart : Actrice Américaine (Sur la route, Personal Shopper, Café Society…)

Denis Villeneuve : Réalisateur Canadien, Écrivain (Blade Runner 2049, Premier ContactSicario, Incendies…)

Andrey Zvyagintsev : Réalisateur Russe, Écrivain (Loveless, Leviathan…)

The disaster artist : ma vie avec Tommy Wiseau

C’est auréolé du buzz engendré par le film de James Franco que débarque dans nos librairies sous l’égide des éditions Carlotta la traduction française de The Disaster Artist. Soit le livre qui retrace le tournage du fameux The Room (aka « le film le plus nul de tout les temps »). De quoi offrir un regain d’intérêt au culte entourant la chose et au mystère entourant Tommy Wiseau, son sulfureux auteur dont le présent ouvrage brosse un portrait bien peu flatteur. Et ce, bien qu’il ait été coécrit avec Greg Sestero, son meilleur ami et accessoirement homme de l’ombre de l’objet du long-métrage.

Sans pitié et sans complexes

Relatant les souvenirs de sa relation chaotique avec Wiseau au sein d’une structure en flash-back passant du tournage ubuesque de The Room et les débuts d’une amitié dysfonctionnelle, The Disaster Artist n’est pas vraiment conçu comme une stèle à l’effigie du réalisateur controversé. Personnage résolument bigger than life dont la mystique autoentretenue se prêtait à une caractérisation romanesque, Tommy Wiseau est ici promptement dégagé du piédestal fictionnel sur lequel il aime se jucher.   Asocial caractériel, menteur invétéré, acteur raté, manipulateur compulsif, réalisateur inepte et abusif, névrosé erratique, lunatique dangereux… Le gaillard ne sort pas vraiment grandi du livre de Greg Sestero et Tom Bissell, qui ramènent Wiseau à sa médiocrité toute pathétique, à laquelle il essaie vainement d’échapper.

A tel point que les quelques qualités qui lui sont concédées ici et là résonnent comme des compromis passés avec la rancœur de Sestero. Ce qui n’est d’ailleurs pas sans poser problème de lecture, tant il est impossible dans un premier temps de comprendre ce qui motive Sestero à s’accrocher avec le personnage qu’il étrille à longueur de pages. L’entreprise manque même de devenir franchement antipathique, tant le livre fait passer l’objet du scandale (Wiseau donc) pour un sombre loser et Sestero pour un opportuniste qui prend la nullité du premier comme un marchepied pour s’élever de sa propre ineptie. Certes, on trouve bien de quoi se délecter ici et là avec les anecdotes hallucinantes délivrées par Sestero sur le tournage de The Room et le comportement de Wiseau. Reste que la péripétie sensationnaliste, aussi croustillante soit-elle ne saurait constituer une technique d’écriture en soi (à moins que Morandini n’ait repris le flambeau de Bernard Pivot sans le dire à personne).

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Tommy Wiseau et Greg Sestero, des amis effectivement très proches

Je t’aime, moi non plus

 De fait, il faut s’accrocher quelques dizaines de pages pour dépasser l’impression désagréable d’être pris à parti dans un règlement de comptes entre never-been du showbiz, et détecter l’ambivalence diffuse derrière le pamphlet vindicatif. A mesure que l’on avance dans la lecture, le curseur du lecteur se détache progressivement des frasques du premier pour se tourner vers le regard du second, victime/complice qui reste à ses côtés quand tous (y compris ses proches) lui conseille de partir. La trame de The disaster artist tient alors sur ce que l’auteur confesse du bout de la plume et narre entre les lignes, cette certitude refoulée à laquelle il essaie de faire face dans l’écriture. A savoir la conscience d’être pris dans une relation profondément sadomasochiste et abusive, ou la fascination et la répulsion sont à ce point entrelacées qu’on ne peut jamais les séparer.

C’est dans cet écart entre notre pulsion de rejet de Wiseau, et la persistance avec laquelle Sesteros s’accroche à lui qu’émerge le point d’ancrage du lecteur. Il faut reconnaitre à Sesteros l’honnêteté de vider son sac sans essayer de garder quelque chose. Un peu comme celui qui accable son ex de tous les maux avant de remettre le couvert le lendemain. The disaster Artist n’est pas un pamphlet virulent, mais un acte d’amour-vache. Ce n’est pas un livre sur Tommy Wiseau, dont l’aura survit paradoxalement au livre dans la mesure où elle se nourrit sur les ruines de ses accomplissements, ni même la chronique d’un tournage catastrophe. C’est une introspection déguisée, où l’auteur essaie de mettre son propre masochisme en abyme. Nul doute qu’il n’en a pas finit avec les questions posées ici…

EDITIONS CARLOTTA FILMS AVEC LA COLLABORATION DE PANIC CINEMA ET DE CHROMA

PARUTION LE 23 JANVIER 2018 THE DISASTER ARTIST « Ma vie avec The Room, le film le plus génialement nul de l’histoire du cinéma »

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THE DISASTER ARTIST Un livre de Greg Sestero & Tom Bissell Une aventure incroyable racontée par l’acteur Greg Sestero ou comment un personnage hors du commun, Tommy Wiseau, va réaliser le film le plus mauvais de l’histoire du cinéma… et le plus culte !

 

 

 

 

Cannes 2018 : La Quinzaine des Réalisateurs s’offre Isabelle Adjani, Nicolas Cage et Gaspar Noé

Créé dans la foulée des événements de mai 68 comme alternative au festival de Cannes, jugé trop académique, la Quinzaine des Réalisateurs n’a de cesse, depuis ses débuts, de faire découvrir au grand public les œuvres de cinéastes talentueux et moins connus. Cette année encore, du 9 au 19 mai, elle nous propose une programmation riche, avec des films venus du monde entier.

En tout le festival présentera 21 longs métrages et 10 courts-métrages, la majeure partie en avant première mondiale. Il s’ouvrira sur Pájaros de verano (Les Oiseaux de passage) des colombiens Ciro Guerra et Cristina Gallego sur la naissance des cartels de drogue en Colombie, et sera clôturé par Troppa Grazia, une comédie de l’italien Gianni Zanasi.
Si la sélection est principalement composée de fictions, le public cannois pourra néanmoins y découvrir le documentaire Samouni Road, de l’italien Stefano Savona, sur une communauté de fermiers aux abords de Gaza, en Palestine, ainsi que Our Song to War de Juanita Onzaga et Skip Day de Patrick Bresnan & Ivette Lucas.

La Quinzaine présentera également les premiers longs-métrages de deux réalisatrices : Joueurs de Marie Monge et Carmen y Lola de Arantxa Echevarria qui présente l’histoire d’amour de deux jeunes femmes gitanes en Espagne.

La production française est largement représentée avec le nouveau film de Gaspard Noé (Love, Irréversible), Climax, et Le Monde est à toi avec Isabelle Adjani, le second long-métrage de Romain Gavras, fils du cinéaste Costa Gavras, l’un des fondateurs de la Quinzaine des Réalisateurs. Nous pourrons également y découvrir la comédie de Pierre Salvadori En Liberté ! ainsi que le drame Amin de Philippe Faucon, déjà largement récompensé pour son film précédent Fatima.

Bande-annonce : Isabelle Adjani et Vincent Cassel réunis dans Le Monde est à toi de Romain Gavras

Côté courts-métrages la programmation est tout aussi variée entre les films d’animation La Nuit des Sacs Plastiques de Gabriel Harel et Le Sujet de Patrick Bouchard, les documentaires déjà cités de Juanita Onzaga et de Patrick Bresnan ou encore La Chanson, le court métrage déjanté de Tiphaine Raffier sur fond de reprises d’ABBA.

Sélection longs métrages de la Quinzaine des Réalisateurs 2018 :

« On va beaucoup parler espagnol cette année », souligne Edouard Waintrop, le délégué général lors de la conférence de presse présentant cette 50e sélection.

Pájaros de verano (Les Oiseaux de passage) – Ciro Guerra, Cristina Gallego (Colombie/Danemark/Mexique) (film d’ouverture)

Amin – Philippe Faucon (France)
Climax – Gaspar Noé (France)
Carmen y Lola – Arantxa Echevarria (Espagne)
Buy Me a Gun – Julio Hernández Cordón (USA)
Les Confins du Monde – Guillaume Nicloux (France)
El motoarrebatador – Agustín Toscano
En Liberté ! – Pierre Salvadori (France)

Joueurs (Treat me Like Fire) – Marie Monge (France)
Leave No Trace – Debra Granik (USA)
Los Silencios- Beatriz Seigner (Brésil/France/Colombie)
The Pluto Moment (Ming Wang Xing Shi Ke) – Ming Zhang (Chine)
Mandy – Panos Cosmatos (USA/Belgique)

Mirai – Mamoru Hosoda (Japon)
Le Monde est à toi [+] – Romain Gavras (France/Espagne)
Petra – Jaime Rosales (Espagne/France)
Road – Stefano Savona (Italie/France)
Teret (The Load) – Ognjen Glavonic (Serbie/France/Croatie/Iran/Qatar)
Weldi (Moncher Enfant) – Mohamed Ben Attia (Tunisie/Belgique/France)
Troppa grazia – Gianni Zanasi (Italie) (film de clôture)

Sélection courts-métrages de la la Quinzaine des Réalisateurs 2018 :

Basses – Félix Imbert (France)
La Chanson- Tiphaine Raffier (France)
La lotta – Marco Bellocchio (Italie)
Las cruces – Nicolas Boone (France)
La Nuit des Sacs Plastiques – Gabriel Harel (France)
The Orphan – Carolina Markowicz (Brésil)
Our Song to War – Juanita Onzaga (Belgique)
Ship Day – Patrick Bresnan, Ivette Lucas (France)
Le Sujet – Patrick Bouchard (France)

Ce Magnifique Gâteau ! – Emma De Swaef, Marc Roels (Belgique)

Cette année, la Quinzaine des Réalisateurs, section parallèle du Festival de Cannes, dévoile un programme très alléchant, et s’offre des stars comme Isabelle Adjani, Gaspard Ulliel, Emmanuelle Devos, Pio Marmaï, Tahar Rahim, Nicolas Cage, Ben Foster, Gérard Depardieu, Adèle Haenel… Martin Scorsese 75 ans, sera également honoré lors d’une journée exceptionnelle le 9 mai par le prix du Carosse d’or,

Auteur : Clara Paumé

Cannes 2018 : La sélection de la Semaine de la critique enfin dévoilée !

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Après la Sélection officielle du Festival de Cannes, la 57e Semaine de la critique vient de dévoiler, ce lundi, sa programmation pour l’année 2018. Parmi ces œuvres venues du monde entier, les films d’ouverture et de fermeture sont particulièrement attendus.

La 57e Semaine de la critique s’annonce d’ores et déjà comme une ode aux films européens. Cette année sept premiers films seront projetés. Cette section parallèle du Festival de Cannes, consacrée à la découverte de nouveaux talents, se déroule du 9 au 17 mai. La cuvée 2018 met en valeur le cinéma européen avec des films de nationalité belge, polonaise, islandaise, suisse et hongroise.

Le jury est présidé cette année par le réalisateur norvégien Joachim Trier. Il est accompagné par les comédiens Nahuel Perez Biscayart et Chloë Sevigny, le journaliste Augustin Trapenard et par la directrice du Festival du film de Vienne, Eva Sangiorgi. Ce jury remettra trois prix : pour un film ainsi que pour un acteur et une actrice, considérés comme des révélations.

En clôture, l’acteur et humoriste Alex Lutz viendra présenter Guy, un faux documentaire sur un chanteur populaire dont la carrière commence à battre de l’aile.

Longs-métrages en compétition dans le cadre de la 57e Semaine de la critique :

Chris the Swiss d’Anja Kofmel : Croatie, janvier 1992. En plein conflit yougoslave, Chris, jeune journaliste suisse, est retrouvé assassiné dans de mystérieuses circonstances. Il était vêtu de l’uniforme d’une milice étrangère. Anja Kofmel était sa cousine. Petite, elle admirait ce jeune homme ténébreux. Devenue adulte, elle décide d’enquêter pour découvrir ce qui s’est passé et comprendre l’implication réelle de Chris dans un conflit manipulé par des intérêts souvent inavoués.

Dimantino de Gabriel Abrantes & Daniel Schmidt : Diamantino, icône absolue du football, est capable à lui seul de déjouer les défenses les plus redoutables. Alors qu’il joue le match le plus important de sa vie, son génie n’opère plus. Sa carrière est stoppée net, et la star déchue cherche un sens à sa vie. Commence alors une folle odyssée, où se confronteront néo-fascisme, crise des migrants, trafics génétiques délirants et quête effrénée de la perfection.

Egy Nap de Zsófia Szilágyi : Anna a la quarantaine, trois enfants, un mari, un emploi et des soucis financiers. Elle passe son temps à courir, entre le travail, la maison et les enfants. Elle essaie de joindre son mari. Il faut absolument qu’elle lui parle. Elle est en train de le perdre, elle le sent. Mais elle est happée par le rythme frénétique de sa journée. Le quotidien, la monotonie se heurte à la fragilité, à ce que l’on ne peut pas recommencer.

Fuga de Agnieszka Smoczyńska : Alicja a perdu la mémoire et elle ignore comment elle en est arrivée là. En deux ans, elle parvient à se reconstruire : changée, indépendante, loin de chez elle. Elle ne souhaite pas se remémorer le passé. Alors, quand sa famille la retrouve, elle est contrainte d’endosser le rôle de mère, de fille et de femme, entourée de personnes qui semblent être de parfaits étrangers. Que reste-t-il lorsqu’on oublie que l’on a aimé quelqu’un ? Est-ce nécessaire de se souvenir du sentiment amoureux pour être heureux ?

Kona fer í stríð (Woman at War) de Benedikt Erlingsson : Halla, la cinquantaine, déclare la guerre à l’industrie locale de l’aluminium, qui défigure son pays. Elle prend tous les risques pour protéger les Hautes Terres d’Islande… Mais la situation pourrait changer avec l’arrivée inattendue d’une petite orpheline dans sa vie…

Sauvage de Camille Vidal-Naquet : Léo, 22 ans, se vend dans la rue pour un peu d’argent. Les hommes défilent. Lui reste là, en quête d’amour. Il ignore de quoi demain sera fait. Il s’élance dans les rues. Son cœur bat fort.

Sir de Rohena Gera : Ratna est domestique chez Ashwin, le fils d’une riche famille de Mumbai. En apparence la vie du jeune homme semble parfaite, pourtant il est perdu. Ratna sent qu’il a renoncé à ses rêves. Elle, elle n’a rien, mais ses espoirs et sa détermination la guident obstinément. Deux mondes que tout oppose vont cohabiter, se découvrir, s’effleurer..

Film d’ouverture de la 57e édition de la semaine de la critique :

Wildlife de Paul Dano : Dans les années 60, Joe, un adolescent de 14 ans, assiste impuissant à la lente dégradation des rapports entre son père et sa mère.

Film de clôture :

Guy d’Alex Lutz : Gauthier, un jeune journaliste, apprend par sa mère qu’il serait le fils illégitime de Guy Jamet, un artiste de variété française ayant eu son heure de gloire entre les années 60 et 90. Celui-ci est justement en train de sortir un album de reprises et de faire une tournée. Gauthier décide de le suivre, caméra au poing, dans sa vie quotidienne et ses concerts de province, pour en faire un portrait documentaire.

Séances spéciales longs-métrages :

Nos Batailles de Guillaume Senez : Olivier se démène au sein de son entreprise pour combattre les injustices. Mais du jour au lendemain quand Laura, sa femme, quitte le domicile, il lui faut concilier éducation des enfants, vie de famille et activité professionnelle. Face à ses nouvelles responsabilités, il bataille pour trouver un nouvel équilibre, car Laura ne revient pas.

Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin : Zachary, 17 ans, sort de prison. Rejeté par sa mère, il traine dans les quartiers populaires de Marseille. C’est là qu’il rencontre Shéhérazade…

Festival de Cannes 2018 : La programmation de la 26e édition de l’ACID

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Les cinéastes de l’ACID (l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion) vont présenter à Cannes neuf longs métrages sur la Côte d’Azur. En plus de la programmation classique, une séance spéciale « ACID Patrimoine » et un focus sur le cinéma portugais, l’ACID TRIP #2 Portugal, sont prévus.

Neuf films, dont huit premiers longs, seront présentés cette année et accompagnés par les cinéastes de l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID) et les équipes des films en parallèle du Festival. Pour cette édition 2018, parmi les onze cinéastes accueillis à l’ACID, sept sont des femmes.

En 1992, 180 cinéastes signent un manifeste intitulé « Résister ». Dans la foulée, ils créent l’ACID ou Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion. Depuis 1993, l’ACID a sa propre programmation au Festival de Cannes. Elle y montre 9 longs métrages, choisis par une quinzaine de cinéastes de l’association, parmi plusieurs centaines de films en provenance du monde entier.

L’ACID est une association née en 1992 de la volonté de cinéastes de s’emparer des enjeux liés à la diffusion des films, à leurs inégalités d’exposition et d’accès aux programmateurs et spectateurs. Ils ont très tôt affirmé leur souhait d’aller échanger avec les publics et revendiqué l’inscription du cinéma indépendant dans l’action culturelle de proximité.

Dans un marché cinématographique où les 10 premiers films occupent chaque semaine 93% des écrans, les cinéastes de l’ACID soutiennent et accompagnent chaque année une vingtaine de nouveaux longs métrages réalisés par d’autres cinéastes, français ou internationaux. Choisir ces films, c’est pour eux se poser la question du renouvellement et de la pluralité des regards en donnant de la visibilité à des œuvres insuffisamment diffusées, et en proposant une alternative à l’hyperconcentration et au regard unique.

L’édition 2018 promet donc une belle dose d’évasion et de découvertes.

Ausculter le monde, trouver au fond de soi le geste le plus juste pour en témoigner, le rejeter, puis l’aimer encore et à nouveau. Le filmer en réinventant sans cesse le regard. Saisir ses névroses carabinées comme sa folie douce, discerner la force vitale, résistante et libre des êtres comme la fragilité imprévisible de leur destin et la vanité de leurs ambitions, mais toujours célébrer quelque part leur délicate et éphémère beauté de vivants. Ainsi font les cinéastes qui ont frappé à notre porte cette année, riches de la variété de chacune de leurs propositions formelles et de chacun de leurs récits.

Les cinéastes programmateurs pour cette édition 2018 : Aurélia Barbet, Laurent Bécue-Renard, Karim Bensalah, Marie Dumora, Alice Fargier, Philippe Fernandez, Jean-Louis Gonnet, Ilan Klipper, Mathieu Lis, Chloé Mahieu, Vladimir Perisic, Lila Pinell, Idir Serghine, Pierre Vinour.

La programmation ACID Cannes 2018 :

L’Amour debout de Michaël Dacheux (France – Fiction)

Bad Bad Winter de Olga Korotko (Kazakhstan – Fiction)

 Cassandro, the Exotico ! de Marie Losier (France – Documentaire)

 Dans la terrible jungle de Caroline Capelle & Ombline Ley (France – Documentaire)

 Il se passe quelque chose de Anne Alix (France – Fiction)

 Seule à mon mariage de Marta Bergman (Belgique – Fiction)

 Thunder Road de Jim Cummings (Etats-Unis – Fiction)

 Un violent désir de bonheur de Clément Schneider (France – Fiction)

 Nous, les coyotes de Hanna Ladoul et Marco La Via (France – Etats-Unis – Fiction)

Une séance spéciale du film Reprise de Hervé Le Roux, en partenariat avec La Cinémathèque du documentaire, est également programmée pour le mardi 15 mai à 14h. La séance sera présentée par Julie Bertucelli et Régis Sauder.

Une sélection spéciale est également planifiée : la sélection de l’ACID Trip #2 Portugal, en partenariat avec l’APR.

En 2017, l’ACID a ouvert une nouvelle fenêtre de programmation à Cannes : l’ACID TRIP, offerte à une association étrangère de cinéastes indépendants, partenaire de l’ACID, impliquée dans les problématiques de diffusion et de formation des publics.

Après l’ACID TRIP #1 Serbie en 2017, des cinéastes membres de l’ACID ont sélectionné trois longs métrages portugais parmi un panel de films proposés par l’APR, Association Portugaise de Réalisateurs, afin de mettre à l’honneur le cinéma portugais contemporain. Les films seront projetés lors du premier week-end du festival, en présence des cinéastes.

Les errances fêtardes d’une jeunesse qui se cherche un futur. La dérive d’une famille que les problèmes économiques fait lentement imploser. La constance inébranlable d’un pêcheur du Tage et des siens. Ce panorama traversé par les conséquences de la crise qui mine le Portugal, raconte pourtant en trois films, deux fictions et un documentaire, l’énergie irréductible d’un peuple. A l’image de son cinéma, opiniâtre et résilient qui, malgré les difficultés de production, invente ses propres conditions pour continuer à exister et créer.

La programmation ACID Trip #2 Portugal :

COLO – un film de Teresa Villaverde

TERRA FRANCA – un film de Leonor Teles

VERÃO DANADO – un film de Pedro Cabeleira

La sélection de l’ACID au Festival de Cannes avait déjà révélé les films suivants par le passé :

Kaouther Ben Hania – Le Challat de Tunis, Olivier Babinet – Swagger, Sébastien Betbeder – 2 automnes, 3 hivers, Serge Bozon – L’Amitié, Djinn Carrénard – Donoma, Benoit Forgeard – Gaz de France, Marielle Gautier, Ludovic & Zoran Boukherma, Hugo P.Thomas – Willy 1er, Alain Gomis – L’Afrance, Emmanuel Gras – Bovines, Sébastien Laudenbach – La jeune fille sans mains, Damien Manivel – Le Parc, Ursula Meier – Des épaules solides, Yolande Moreau et Gilles Porte – Quand la mer monte, Ioanis Nuguet – Spartacus & Cassandra, Justine Triet – La Bataille de Solférino ou bien encore Patrick Wang – Les secrets des autres.

A l’heure de la polémique avec les films Netfix bannis de Cannes, l’ACID va donc permettre de concrétiser les rêves de jeunes cinéastes du monde entier, d’encourager de futurs talents et de proposer des œuvres originales. La 26e édition de l’ACID Cannes se tiendra du mercredi 9 au vendredi 18 mai 2018. Après Cannes, les neuf films sont accompagnés dans divers festivals et soutenus par l’association jusqu’à leurs sorties en salles. Les séances sont prévues à Cannes dans les salles suivantes : Les Arcades, Studio 13, Théâtre Alexandre III, Cinéma Le Raimu – MJC Ranguin.

Kings ou l’anti-Mustang de Deniz Gamze Ergüven

Après le puissant Mustang, Denis Gumze Ergüven persiste et signe dans l’intime en confrontant une mère de famille  à l’enfer des émeutes de 1992 post-Rodney King ayant embrasé la Californie. Manque de pot, à ne soigner ni le contexte, ni la famille qui est plongée dedans, la réalisatrice franco-turque échoue sur (presque) tous les tableaux avec Kings.

Propulsée sur le devant de la scène après le choc Mustang, c’est peu dire qu’on attendait Deniz Gamze Ergüven au tournant. Et encore plus quand on a su qu’elle n’avait pas hésité à traverser l’Atlantique, direction les États-Unis pour y filmer, à l’instar de sa consœur Kathryn Bigelow (Detroit), les conséquences d’une émeute raciale d’envergure sur les populations avoisinantes. Ces émeutes, ce furent celles ayant embrasé la Californie en Avril 1992, après qu’un grand jury avait finalement acquitté les officiers de police ayant agressé Rodney King. Une décision contestée qui avait transformé la Cité des Anges en une zone de guerre, où, au pic des émeutes, on aura enregistré la mort de 55 personnes, la blessure de quelques 2500 autres et des dégâts s’estimant à près de 800 millions de dollars. Un milieu pour le moins chaotique dans lequel la réalisatrice, fidèle au crédo érigé dans Mustang, va plonger une mère de famille (Halle Berry), bien décidée à protéger les siens, aux cotés d’un voisin étrange (Daniel Craig). Une intention louable et pas qu’un peu, mais qui peine à s’imprimer sur l’écran, la faute à une relative paresse de la part de la réalisatrice franco-turque.

Entre contexte et personnage, il faut choisir

Avec un sujet pareil, véritable reflet des dérives ségrégationnistes de l’Amérique, le regard d’une personne étrangère aux évènements était plus que souhaité. D’une telle manière, on pouvait éviter le pensum/biopic fade, et davantage coller aux principales victimes de ces émeutes : les populations civiles. C’est à n’en pas douter ce qu’a dû penser Ergüven lors de la rédaction de son script, à savoir confronter de manière abrupte le chaos et l’intimité, pour en dégager un flot de sentiments difficile à feindre. Un cri en quelque sorte. Mais si Mustang se voulait le cri du cœur de sa réalisatrice, Kings semble n’être qu’une gigantesque cacophonie inaudible, la faute à un manque de précision de sa part. En cause, sa volonté de mettre l’accent d’abord sur le contexte plutôt que sur les personnes qui vont le vivre. Ainsi, le montage – passablement raté- s’évertuant à montrer la tension en train de monter, on assiste pantois à la plongée dans le chaos d’une famille dont on se fiche éperdument. Ce choix artistique, discutable, occulte totalement l’empathie qu’on pourrait développer vis à vis de cette famille qui semble de la même sorte plus être unie comme symbole (tous sont noirs et le personnage de Daniel Craig – un blanc- est là pour montrer qu’il existe des gens biens) que par vraie nécessité. Cela a pour conséquence de déployer sur le film un sentiment d’inachevé, de grossier, lequel est d’autant plus frustrant qu’il est sans cesse contrebalancé par des petites fulgurances.

Un film non dénué de fulgurances. 

Ce qui est d’autant plus dommage, tant le film est traversé par endroits de quelques fulgurances bien senties. A l’instar de Detroit, Ergüven sait filmer des moments de tensions en plein chaos, sait distiller une ambiance oppressante. Malheureusement, ce don qu’on aurait aimé voir exploité davantage se retrouve utilisé parfois n’importe comment, si bien qu’on ne peut que ronger son frein devant le film, tant il semble regorger d’une richesse qu’on entrevoit que de manière fugace. On pourra aussi noter la partition musicale lancinante de Nick Cave et Warren Ellis, ou la performance magnétique de Daniel Craig, qui arrive sans peine à incarner ce voisin alcoolique et exubérant qui va pourtant aider la mère de famille campée par Halle Berry. Autant d’éléments ici qui rappellent constamment ce qu’aurait pu être le film si la réalisatrice avait peaufiné son scénario et su l’élever au-delà d’une romance plan-plan telle que la bande-annonce ou les nombreuses interviews ne le laissait présager. Une belle déception donc…

On sent encore une fois un fort désir de cinéma dans Kings. Dommage que Denis Gamze Ergüven n’ait pas su canaliser l’énergie qui l’habite au profit d’un angle plus précis sur l’affaire Rodney King. Ça lui aurait sans doute éviter de délivrer cet essai vain et clairement inabouti sur l’un des faits divers les plus retentissants des Etats-Unis.  

Kings : Bande-annonce

Synopsis : En 1992, dans le quartier de South Central à Los Angeles, une mère de famille va trouver de l’aide auprès d’un homme vivant reclus, alors qu’éclatent de terribles émeutes suite au verdict de l’affaire Rodney King

Kings : Fiche Technique

Réalisation et scénario : Deniz Gamze Ergüven
Interprètes : Daniel Craig, Halle Berry, Lamar Johnson, Rachel Wilson…
Script : Ludivine Doazan
Direction artistique : Céline Diano
Décors : Nancy Niksic
Costumes : Mairi Chisholm
Casting : Heidi Levitt
Direction d’acteur : Suzanne Marrot
Photographie : David Chizallet
Son : Pierre Mertens
Montage : Mathilde Van de Moortel
Musique : Nick Cave et Warren Ellis
Production : Charles Gillibert
Co-production : Geneviève Lemal
Production exécutive : Wei Han, Yee Yoo Chang, Celine Rattray, Trudie Styler, Charlotte Ubben, Olivier Gauriat
Sociétés de production : CG Cinéma, Ad Vitam, France 2 Cinéma, Scope Pictures, Suffragettes
Sociétés de distribution : Ad Vitam (France), Fabula Films (Turquie), Imagine Film Distribution (Belgique), The Orchard (États-Unis)
Budget : 10 millions d’euros3
Genre : drame, thriller
Durée : 92 minutes
Dates de sortie : 11 Avril 2018

États-Unis – 2017

 

Taxi 5 : le permis de la route définitivement retiré

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La saga marseillaise Taxi, scénarisée et produite par Luc Besson revient pour un cinquième opus avec cette fois-ci un nouveau duo formé par Franck Gastambide et Malik Benthala.

Synopsis : Sylvain Marot, flic parisien se prenant pour Schumacher au volant, est muté à la Police Municipale de Marseille contre son gré. L’ex-commissaire Gibert, devenu Maire de la ville, lui confie la mission d’arrêter le « Gang des Italiens ». Pour y arriver, Marot collabore avec Eddy Maklouf, minable chauffeur de VTC de Marseille : il est le petit-neveu de Daniel Morales, le grand conducteur du taxi…

taxi-5-luc-besson-franck-gastambide-malik-bentalha-critique-film.jpgSi elle n’a jamais bien roulé, pardon, volé bien haut et avait parfois un humour douteux, la saga marseillaise Taxi était au début plutôt sympathique, utilisant souvent un humour « bon enfant » (surtout les deux premiers volets). De plus, le premier film est sorti en 1998, année de la victoire de la France à la Coupe de monde de football : la réussite des beurs était alors célébrée. Samy Naceri, ou plutôt son personnage Daniel, était un peu le Zizou version chauffeur de taxi. Daniel, justement, était un personnage très attachant et formait un très chouette tandem avec Frédéric Diefenthal, alias Emilien, le brave flic un peu stupide sur les bords.  Plus de dix ans se sont écoulés entre Taxi 4 (descendu par la critique à l’époque – et effectivement pas terrible du tout) et ce nouvel opus. Vouloir dynamiser cette saga en proposant un nouveau duo est autant risqué que compréhensible.

Franck Gastambide et Malik Bentalha se sont investis dans le projet pourtant clairement commercial. Gastambide passe derrière la caméra tout comme il se charge du scénario avec Bentalha mais aussi avec Luc Besson, déjà scénariste et producteur des quatre premiers films de la saga. Luc Besson (Valérian et la Cité des mille planètes) au scénario n’était alors pas le seul moyen pour rassurer éventuellement les fans de la première heure. Par exemple, le commissaire Gibert, désormais devenu Maire de la ville, fait également partie de la distribution. Enfin, pour tenter de réunir les premiers spectateurs de la saga et les jeunes d’aujourd’hui, le scénario noue le lien avec les précédents volets. Ainsi, le personnage de Malik Bentalha est le petit-neveu  de Daniel, loué à plusieurs reprises au cours du film pour ses différents exploits avec son taxi. La question de l’héritage était un point a priori intéressant sur le papier. Hélas, elle ne l’est pas à l’écran. Et ce n’est pas le seul défaut de cette comédie qui accumule les moments de malaise.

Taxi 5 est alors un mélange improbable et indigeste entre Raid Dingue (reprendre François Levantal dans le rôle d’un chef de la police n’aide pas à changer cette impression), Hot Fuzz (le super flic de la capitale débarque dans un commissariat géré par des incapables), Bienvenue chez les Ch’tis (à l’envers), Les Kaïra (un machin vulgaire réalisé par, tiens, Franck Gastambide) et toutes les émissions réunies de Touche pas à mon poste. Ainsi, la moquerie contre les nains, la grossophobie particulièrement permanente et la scatophilie (et encore, on n’a pas eu de blagues autour du pet) seraient les armes humoristiques de cette « comédie » destinée en partie à la nouvelle génération. Les seules scènes à peu près drôles ne sont pas liées à ces ingrédients et c’est bien dommage. On ne dit pas qu’il n’y avait des choses douteuses dans les précédents volets – loin de là – mais à côté, les précédents volets de Taxi avaient l’air bienveillants.

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Au-delà d’un humour crade et stupide, le scénario n’exploite jamais les différences ni le malaise entre Sylvain le parisien et ses collègues marseillais. On n’a jamais l’impression que ce Sylvain ne se sent pas bien à Marseille alors qu’il accepte la mission pour pouvoir mieux rentrer à Paris. A côté, Dany Boon et ses Ch’tis avait déjà mieux compris ce type d’enjeu similaire. Côté action, là encore, quelle déception : non seulement elles sont trop peu nombreuses mais en plus, les trop grandes références aux précédents volets font qu’elles ne parviennent pas à nous en mettre plein les mirettes. Le seul point qui serait à peu près positif concerne la valorisation de la ville même de Marseille, plus frappante que dans tous les autres épisodes de la saga. Cela dit, pour les connaisseurs, certains points du scénario concernant les différents déplacements au cœur de Marseille (notamment quand Eddy évoque les possibles raccourcis pour aller plus vite) ne sont pas toujours crédibles.

Enfin, le nouveau tandem est décevant puisqu’il est complètement déséquilibré : Gastambide (Pattaya) et Benthala ont beau être sympathiques, leur duo n’a pas de sens. Gastambide est le flic qui conduit comme un chef la célèbre bagnole, Benthala n’existe que pour faire des vannes stupides, ne servant pratiquement jamais à la résolution de l’intrigue ou autre. On préfère se concentrer, le temps de quelques petites minutes qui nous semblent trop précieuses, sur quelques seconds rôles. Bernard Farcy est toujours hilarant dans le rôle de Gibert même s’il sert clairement de fan-service. Sabrina Ouazani est également convaincante même si son personnage méritait d’être plus exploité (peut-être que cela sera le cas dans un possible 6e opus).

Dix ans auparavant, Taxi 4 signait déjà la fin de la saga à bout de souffle. Avec ce 5e opus qui avait pour but de lui redonner un coup de boost, Franck Gastambide enterre définitivement le mythe et ne donne en aucun cas envie de nous intéresser à une possible suite. 

Taxi 5 : bande-annonce

Taxi 5 : Fiche Technique

Réalisation : Franck Gastambide
Scénario : Franck Gastambide, Luc Besson, Stéphane Kazandjian, avec la participation de Malik Bentalha
Interprètes : Franck Gastambide, Malik Bentalha, Bernard Farcy, Sabrina Ouazani, Salvatore Espositio, Anouar Toubali, Edouard Montoute, Ramzy Bedia, Monsieur Poulpe, Sissi Duparc, Bengous, Soprano…
Producteur : Luc Besson
Société de production : EuropaCorp, ARP Sélection, TF1 Films Production
Distributeur : EuropaCorp Distribution / ARP Sélection
Durée : 102 minutes
Genre : comédie, action, policier
Date de sortie : 11 avril 2018

France  – 2018

The Third Murder de Kore-Eda Hirokazu : Mensonges et vérités

Sous des habits de film policier, The Third Murder de Kore-Eda Hirokazu est un beau film qui s’intéresse davantage aux hommes qui se cachent derrière un meurtrier ou un avocat qu’aux aboutissants d’une enquête ou d’un procès.

Synopsis : Le grand avocat Shigemori est chargé de défendre Misumi, accusé de vol et d’assassinat. Ce dernier a déjà purgé une peine de prison pour meurtre 30 ans auparavant. Les chances pour Shigemori de gagner ce procès semblent minces, d’autant que Misumi a avoué son crime, malgré la peine de mort qui l’attend s’il est condamné. Pourtant, au fil de l’enquête et des témoignages, Shigemori commence à douter de la culpabilité de son client.

Le Crime express de l’Orient

the-third-murder-koreeda-hirokazu-film-critique-masaharu-fukuyama-koji-yakushoPasser des chroniques du quotidien à dominante d’enfants victimes, ou de sakura en pagaille, à un film policier et de procès pouvait relever de la gageure, voire de la démarche disruptive pour le cinéaste japonais Kore Eda Hirokazu. Il a déjà amorcé un virage avec des films comme son précédent, Après la Tempête, qui faisait le récit des émois d’un jeune homme en mal de trajectoire, inapte à la société et forcé, le temps d’un typhon, à cohabiter et avec une mère juive du soleil levant et avec une épouse qui l’a quitté de guerre lasse. Un film assez peu passionnant, mais qui a pris le parti de recentrer le débat sur les adultes, avec cette fois-ci l’enfant qui reste en filigrane.

The Third Murder suscite plus d’intérêt pour le spectateur, car il embrasse un genre plus dynamique, celui du film policier, tout en restant totalement fidèle à l’exploration de l’intime. Un homme (le très grand Kôji Yakusho, maintes fois vu chez Kurosawa) marche dans la nuit derrière un autre, le fracasse d’un coup violent, et le brûle sans autre forme de procès sur les berges de la rivière. Le lendemain, on retrouve Misumi, l’homme en question, derrière les barreaux. Une équipe d’illustres avocats, emmenée par Shigemori (Masaharu Fukuyama) est chargée de le défendre. Un film qui démarre sur des chapeaux de roue, donc, mais qui très vite trouve un rythme plus ralenti au travers d’un entrelacs de relations bijectives entre différents personnages et, au centre de celles-ci, les face-à-face nombreux entre le présumé coupable et l’avocat. Misumi en effet est emprisonné pour ce troisième meurtre, comme étant le suspect idéal en tant que repris de justice déjà coupable de l’assassinat de deux yakuzas dans le temps, d’autant plus qu’il a reconnu le meurtre. Le travail de son avocat consiste alors à lui éviter la peine de mort, un état de fait montré par le cinéaste dans toute son absurdité et dont il semble ici faire le plaidoyer de son abolition (voler pour tuer vaut par exemple la peine de mort, tandis que voler quelqu’un après l’avoir tué, non !). La peine de mort associée aux codes de l’honneur à la japonaise semble en effet aboutir sur des situations difficilement compréhensibles… Ces échanges nombreux, presque atones, sont l’occasion pour le cinéaste de creuser jusqu’à l’os l’essence et la vérité d’un homme, le mystérieux Misumi bien sûr, mais également Shigemori, acharné à obtenir cette vérité.

the-third-murder-koreeda-hirokazu-film-critique-suzu-hiroseLe film est aussi constitué des échanges plus ou moins furtifs entre un Shigemori culpabilisant face à sa fille qui peine à vivre pleinement son adolescence ; ou un brin agacé face à la figure imposante de son père, un grand juge jadis, celui-là même qui a refusé d’infliger la peine de mort à Misumi pour les crimes commis 30 ans plus tôt. Il fait également état de la relation chargée de non-dits et presque de rancœur entre Sakie (Suzu Hirose, une habituée de Kore-Eda), la jeune fille de la victime, et la mère de celle-ci, une femme présentée comme intrigante. Les fils de ce qui se révèle être une vraie enquête policière menée par Shigemori s’emmêlent, au fur et à mesure des révélations et contre-révélations des uns et des autres, des vérités des uns et des autres. Car la course contre la peine de mort et pour le rétablissement de la vérité sont les vrais enjeux de The Third Murder.

Malgré ce sujet quelque peu austère, la prison, le procès, le tout durant une saison hivernale peu vue chez le cinéaste, les fans de ce dernier retrouvent malgré tout cette ambiance du quotidien qui signe ses métrages. On retrouve la particularité et la subtilité japonaises jusque dans les déroulements de ces procès, de ces enquêtes. On retrouve les personnages d’enfants, les constellations familiales qui sont vraiment le vecteur privilégié de Kore-Eda Hirokazu. Tout se passe dans une ambiance feutrée. La caméra de Mikiya Takimoto, autre habitué du cinéaste, fait profil bas et opère le plus souvent dans la pénombre, comme celle du parloir où la vitre qui sépare Misumi et Shigemori fait figure de symbole d’une envie de transparence et de vérité de la part du grand avocat, mais également de barrière infranchissable en la personne de Misumi – traité par deux fois de « coquille vide » dans le film, cet homme affable en toutes circonstances, y compris lorsqu’il essuie d’un revers de la main le sang de la victime qui a aspergé sa joue.

the-third-murder-koreeda-hirokazu-film-critique-revesLe dernier opus de Kore-Eda fait un pas de côté par rapport à ses réalisations habituelles, en faisant la part belle à l’esthétique : le champ/contre-champ en gros plan, les têtes des deux protagonistes qui se fondent en une dans le parloir, comme si elles traversaient la fameuse vitre, comme s’ils étaient à la recherche de la même vérité ; de très jolies séquences oniriques qui en plus d’être belles, donnent aussi des pistes au spectateur. Tout est réuni pour faire de The Third Murder un très beau film qui rappelle, si besoin est, que le cinéma de Kore-Eda est protéïforme, et qu’il n’est pas uniquement ce cinéaste qui distille de très fortes charges émotionnelles par la mise en scène de souffrances et d’angoisses d’enfants (Nobody knows, I Wish), ou de dysfonctionnements familiaux (Tel père, tel fils, Après la tempête, etc.) ou au contraire des chroniques familiales intensément positives  (Notre petite Soeur) .

The third Murder – Bande-annonce

The third Murder – Fiche technique

Titre original : Sandome no satsujin
Réalisateur : Kore-Eda Hirokazu
Scénario : Kore-Eda Hirokazu
Interprétation : Masaharu Fukuyama (Shigemori), Kôji Yakusho (Misumi), Shinnosuke Mitsushima (Kawashima Akira), Mikako Ichikawa (Sasabara Itsuki), Izumi Matsuoka (Hattori Akiko), Suzu Hirose (Sakie)
Musique : Ludovico Einaudi
Photographie : Mikiya Takimoto
Montage : Kore-Eda Hirokazu
Producteurs : Kaoru Matsuzaki, Hijiri Taguchi
Maisons de production : Fuji Television Network, Toho, GAGA Communications, Amuse, Fuji IG Laboratory for Movies
Distribution (France) : Le Pacte
Récompenses : Meilleur Film, Japanese Academy – 2018
Durée : 124 min.
Genre : Drame, Policier
Date de sortie : 11 Avril 2018

Japon – 2017