Arrivé à mi-chemin, le FEFFS nous montre cette année encore que les genres brassés sont nombreux. Il y en a même un qui se fait rare depuis la création du festival et qui se voit mis à l’honneur ce mardi, le film catastrophe avec la présence de Cutterhead en compétition. À côté du film danois, la langue portugaise est à l’affiche avec le brésilien Cannibal Club et le lusitanien Diamantino.
[Crossovers] The Cannibal Club
Réalisé par Guto Parente (Brésil) Date de sortie : Inconnue
Avec Ana Luiza Rios, Tavinho Teixeira, Ze Maria…
On connait le Brésil des favelas, notamment grâce au succès de La Cité de Dieu, mais on est moins familier avec la bourgeoisie du gigantesque pays sud-américain. Une bourgeoisie qui contraste énormément avec la grande pauvreté qui sévit dans le pays. Une disparité des classes que Guto Parente va mettre en scène ici de façon particulièrement sanguinolente. Comme le titre le laisse deviner, The Cannibal Club parle de cette classe de privilégiés qui se délectent des classes inférieures sous forme de barbak. Les vastes maisons luxueuses avec piscine cachent donc de sordides réunions où les riches s’amusent à observer leurs personnels coucher ensemble avant de les assassiner violemment et de les cuir. Le côté clinquant laisse alors place à un gore généreux.
Loin de filmer cela de manière froide et cynique, Parente s’amuse et n’hésite pas à convoquer le grotesque. La suite de péripéties continue à tourner cette classe huppée en dérision. Derrière leur côté intouchable, les riches font preuve d’une certaine paranoïa, faisant passer leur réputation avant tout, n’hésitant alors pas à s’éliminer les uns les autres. Sans tomber dans le jeu de massacre bête et méchant, The Cannibal Club est un thriller horrifique ne manquant pas de mordant. Une satire sociale qui prend parfois des airs grand-guignolesques mais qui ne perd jamais son cap.
[Compétition internationale] Cutterhead
Réalisé par Rasmus Kloster Bro (Danemark) Date de sortie : Inconnue
Avec Christine Sonderris, Kresimir Mikic, Samson Semere…
En voilà un lieu original pour situer l’action de son film ! Avec Cutterhead, le danois Rasmus Kloster Bro nous emmène sous terre au sein d’un tunnelier chargé de creuser une nouvelle ligne pour le métro. À l’intérieur, une photographe est envoyée afin tirer le portrait de ces hommes travaillant dans des conditions ressemblant à celles d’un sous-marin. Comme dit précédemment, le genre catastrophe est assez timide au FEFFS. Il faut dire que la plupart du temps ce type de films accouche de blockbusters insipides où le spectaculaire prône avant tout et le budget FX compte pour la moitié du coût de la production. Cutterhead est bien entendu loin de tout ça. Le premier film de Kloster Bro convoque autant le genre catastrophe que celui de l’horreur nous propulsant dans un climat anxiogène des plus efficaces.
Dès le début du film et la découverte de ces pièces exiguës qui composent le tunnelier, le sentiment de claustrophobie pointe le bout de son nez. Alors qu’un incendie commence à se propager, l’atmosphère va devenir de plus en plus pesante, obligeant Rie et deux ouvriers à se retrancher dans une lieu encore plus étroit à l’oxygène et à l’eau limités. Bientôt le mot d’ordre de chaque personnage devient la survie quitte à abandonner les autres. Les relations deviennent alors électriques tandis que le côté étouffant de la mise en scène continue d’asphyxier le spectateur. L’horreur se manifeste alors de manière psychologique. Cherchant au maximum à respecter le réalisme des conditions de vie dans l’engin, Klaster Bro a imposé à son équipe technique et ses acteurs un tournage particulièrement complexe et éprouvant. Le tout prend une tournure encore plus drastique alors que la lumière vient à manquer et que les survivants se retrouvent dans la tête de forage face à un mur de terre. Encore plus oppressant que Buried, lauréat de l’Octopus d’or en 2010, Cutterhead est à déconseiller à toute personne souffrant de claustrophobie. Pour les autres, vous risquez de vous découvrir une nouvelle peur.
Réalisé par Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt (Portugal, France) Date de sortie : 28 novembre 2018
Avec Carloto Cotta, Cleo Tavares, Anabela Moreira…
Un footballeur, des chiots géants, un couple d’espionnes, un laboratoire de clonage, difficile de résumer le pitch de Diamantino qui s’impose aisément comme l’OFNI de la sélection 2018. Le film du duo de cinéastes portugais n’est pourtant pas un simple délire what the fuck, arty et gratuit. Derrière son apparente superficialité, Diamantino cache plusieurs niveaux de lecture. De part le choix de son personnage, une espèce d’ersatz de Cristiano Ronaldo, lui ressemblant jusque dans la plastique, les réalisateurs jouent du cliché sur le footballeur un peu idiot et cassent les préjugés. Diamantino, malgré son QI d’un enfant de 10 ans, déborde d’humanité, contrastant avec l’égocentrisme de certaines stars exhibant un côté bling-bling. Diamantino est avant tout un portrait terriblement touchant d’un homme empathique qui se retrouve déconnecté du monde une fois qu’il n’est plus sur un terrain de football. Dans son innocence enfantine, il crée un univers rose peuplé de chiots poilus qui contraste avec la terrible crise politique que connait le Portugal.
Sous ces atouts surréalistes, Diamantino parle d’un problème bien plus tangible, celui de la montée du nationalisme dans le pays de la péninsule ibérique. Le footballeur va en effet se retrouver au sein d’un complot visant à le cloner pour permettre au pays de dominer le monde au travers du sport. Même si le postulat est complètement abracadabrantesque, le message est on ne peut plus d’actualité, mettant en avant la crise des migrants. En utilisant un personnage naïf comme Diamantino, Abrantes et Schmidt arrivent à créer une certaine dichotomie entre le message politique terrifiant et les rebondissements hilarants survenant dans la vie de Diamantino, dont l’image publique est utilisée à de mauvaises fins. Complètement barré, jouant habilement de ce style baroque jusque dans sa mise en scène et ses effets kitschissimes, Diamantino n’est bien sûr pas fait pour tout le monde. Mais loin d’être juste un délire de petit malin, le film propose un discours engagé. Un vrai régal.
Pour le 4ème jour de cette cuvée 2018 du FEFFS, nous nous sommes concentrés sur la compétition internationale et la quête acharnée pour le fameux Octopus d’or. Une sélection de trois films issus de trois pays différents, mais qui ont la particularité de s’inscrire dans une même mouvance de cinéma d’auteur. La Grèce nous propose une œuvre froide dont elle seule a le secret. De son côté, le cinéma indé américain offre une relecture du mythe de la sirène. Pour ce qui est de l’Argentine, c’est un polar métaphysique qui nous est servi.
[Compétition internationale] Love Me Not
Réalisé par Alexandros Avranas ( Grèce, France ) Date de sortie : Inconnue
Avec Eleni Rousssinou, Christos Loulis…
Les deux représentants grecs de la sélection 2018 semblent s’imposer comme des héritiers du cinéma de Yorgos Lanthimos. Si cela ne fait pas de doute pour Pity, réalisé par le scénariste de Mise à mort du sacré, on pouvait espérer que Love Me Not soit dans une veine différente. Visiblement, la Grèce ne sait aujourd’hui produire qu’un seul type de cinéma, à savoir un condensé de cynisme à la froideur clinique et à la misanthropie exacerbée. D’un côté, il suffit de voir les prix que récolte chaque année Lanthimos pour se rendre compte que les festivals en sont friand. S’inscrivant dans cette trajectoire, Alexandros Avranas tente donc sa chance avec cette histoire de couple faisant appel à une mère porteuse. Évidemment, il ne sera pas question ici d’enfants du diable ou autre, comme on en a souvent l’habitude quand on parle de femme enceinte. Le mal présenté dans le film émane bel et bien de l’être humain et non de quelconque entité démoniaque.
Derrière un emballage glacial constitué de plans fixes au cadrage millimétré, Love Me Not se complaît dans une provocation particulièrement irritante. Son rythme extrêmement lent, ne racontant que très peu de chose tranche drastiquement avec son dernier tiers où la volonté de choquer se fait de façon ostentatoire. Un festival de sadisme envahit l’écran, témoignant d’un mépris écœurant pour le genre humain. Si cela ne suffisait pas à rendre le film nauséabond, l’arrogance avec lequel Avranas met le tout en scène suffit à rendre la pellicule absolument détestable. À l’instar de film comme Canine, ce n’est pas véritablement que le film soit mauvais, c’est juste la démarche qui est absolument puante de complaisance. Il n’est d’ailleurs pas difficile de s’imaginer le cinéaste se palucher avec un sourire sardonique devant son film edgy.
[Compétition internationale] The Rusalka
Réalisé par Perry Blackshear (USA) Date de sortie : inconnue
Avec Evan Dumouchel, Margaret Ying Drake, MacLeod Andrews…
Deuxième film et deuxième présence en compétition au FEFFS pour Perry Blackshear et ses fidèles collaborateurs Evan Dumouchel et MacLeod Andrews. Témoignant d’une volonté de s’inscrire dans une vague de cinéma indé minimaliste, le trio revient après le moyen They Look Like People, pour une relecture du mythe antique de la sirène. Le processus de création ne change pas vraiment. Un lieu de tournage unique avec ce lac perdu dans le Vermont, une utilisation de la lumière naturelle, une équipe technique réduite sont au programme de ce film au budget riquiqui. Blackshear montre cependant que l’on est capable de donner naissance à une oeuvre originale avec trois fois rien. Tout cela offre d’ailleurs un aspect véritablement intimiste au projet, décuplant la force de son message.
Blackshear s’amuse ainsi à retourner la légende de la sirène, faisant de l’homme un muet et de sa sirène, la créature attirée par l’homme. C’est une oeuvre troublante à laquelle le cinéaste va donner naissance. Une histoire d’amour maudite entre deux amants venants de monde différents. Le film sait par ailleurs parfaitement alterner entre une ambiance touchante et mélancolique et un climat beaucoup plus angoissant (la Rusalka prenant plaisir à noyer les hommes). Le travail impressionnant de Blackshear au montage et à la photographie prend parfois des aspects contemplatifs, qui, marié à ce chant grecque servant de musique, crée une poésie confidentielle. Avec The Rusalka, c’est à un véritable conte de fée auquel nous convie le metteur en scène, un conte de fée qui n’hésitera pas à être terrifiant et bouleversant.
Réalisé par Alejandro Fadel (Argentine, France) Date de sortie : janvier 2019
Avec Victor Lopez, Esteban Bigliardi, Tania Casciani
On connait tous cette histoire d’une série de meurtres qui prend place dans un coin reculé du monde et qui lance une police campagnarde dans la quête d’un serial killer au modus operandi particulièrement graphique. C’est un peu ce que nous laisse penser dans un premier temps, Meurs,Monstre, Meurs, le second film de l’argentin Alejandro Fadel. Prenant place dans les Andes, le film s’ouvre avec un plan choquant montrant une femme essayant désespérément de garder sa tête fixée à son corps. Malgré cet avertissement, rien ne nous prépare à l’odyssée que va devenir ce film. À la manière de Mandy, présenté la veille, Meurs, Monstre, Meurs préfère prendre son temps dans sa première partie, quitte à se perdre dans une certaine langueur alors que les cadavres s’empilent.
Le film abandonne ensuite progressivement son côté polar rural pour se muter en un véritable film d’horreur à la portée métaphorique. Faisant penser au film de Amat Escalante, La Région Sauvage sorti l’an dernier, le long-métrage fait entrer en scène une créature à l’aspect peu ragoutant et à la signification on ne peut plus explicite. Au même moment, Fadel nous emmène dans un voyage tourmenté questionnant la nature profonde de l’homme, certaines de ses pulsions inavouables et un mal qui gît au plus profond. Mêlant une atmosphère métaphysique avec des aspects plus frontales ne laissant que peu de doute sur le message du film, Meurs, Monstre, Meurs n’en reste pas moins une œuvre originale sachant crée une ambiance hypnotisante au travers de sa photographie léchée.
En ce 3ème jour de festivités, il semble que les programmateurs se soient fait un malin plaisir à condenser les œuvres les plus étranges dans la même soirée. Entre le nouveau trip de Gaspar Noé et le premier film étudiant d’un jeune réalisateur allemand, la compétition prend une tournure particulièrement expérimentale. En ce qui concerne la section animation, Another Day of Life met en lumière la guerre d’Angola en alliant rotoscopie et témoignages. Les midnights movies commencent quant à eux très fort avec Nicolas Cage qui massacre une secte dans une ambiance psychédélique.
[Compétition internationale] – Climax
Réalisé par Gaspar Noé (France) Date de sortie : 19 septembre 2018
Avec Sofia Boutella, Kiddy Smile, Romain Guillermic…
Dire que le nouveau film de Gaspar Noé était l’événement de cette 3ème journée de festival est un euphémisme. Il suffit de voir à quelle vitesse la séance s’est retrouvée complète pour comprendre. Le cinéaste provocateur attire les foules et propose une nouvelle fois de nous emmener dans un trip dont lui seul a le secret. Tourné en 2 semaines, Climax est un véritable hold-up. Un film dont on ne connaissait absolument rien avant sa présentation à Cannes et qui a fait l’effet d’une véritable bombe. Un choc arrivé de nulle part, exaltant et terrifiant. Un moment fugace que l’on se doit de vivre à 200 à l’heure avant qu’il ne soit trop tard. Et c’est un peu ça l’histoire de Climax, l’histoire de la vie où tout peut basculer d’un moment à un autre sans que l’on s’y attende. Comme le disent les panneaux dans le film, la naissance et la mort sont des expériences exceptionnelles, mais ce qui est au milieu est encore plus fort.
C’est au travers d’une troupe de danseurs extraordinaires, issus de milieux aussi différents que le voguing ou l’électro que Gaspar Noé va articuler sa nouvelle oeuvre. Le premier plan séquence est une véritable claque montrant l’euphorie de ce groupe, enchaînant les chorégraphies avec une minutie exemplaire tandis que la caméra de Noé les suit avec une fluidité remarquable. Un pur moment de transe qui vous fera taper du pied sur des airs de Cerrone ou Patrick Hernandez. Une ardeur qui ne se ressent pas uniquement au travers des mouvements de danse hypnotiques des comédiens mais aussi à l’aide de saynètes montrant des échanges entre ce groupe particulièrement vivant. La force de Climax réside dans cette notion de bande qu’il arrive à instaurer avec une facilité exemplaire. Dans tous les cas, rien ne nous prépare à la deuxième partie du film. L’extase va laisser place à la paranoïa et plonger le film dans un véritable cauchemar éveillé. Avec ses airs de Possession de Zulawski, Climax bascule dans une hystérie contagieuse et terriblement éprouvante. Une épreuve qui va être accentuée par le travail remarquable de Benoît Debie à la photographie. Le grand plan séquence est une véritable prouesse technique qui vous plonge dans le chaos le plus total. Climax est bien plus qu’un film, c’est une expérience. Comme souvent avec Gaspar Noé vous me direz.
[Compétition d’animation] Another Day Of Life
Réalisé par Raul de La Fuente et Damien Nenow (Espagne, Pologne, Belgique) Date de sortie : 23 janvier 2019
Voix de David Weber, Niall Johnson, Damian Nenow…
Cette 11ème édition du FEFFS inaugure une nouvelle compétition, celle des films d’animation. Une catégorie permettant de brosser un large spectre allant du stop-motion à la rotoscopie. C’est justement ce dernier qui nous intéresse avec Another Day Of Life. Derrière ce mot un peu étrange se cache une technique permettant de retranscrire une image prise en vue réelle sous forme d’animation. Un procédé offrant un certain réalisme aux personnages du film et disposant d’une patte graphique reconnaissable immédiatement. D’autant plus que le réalisme est important dans le film pour le duo de réalisateurs hispano-polonais. Leur film traite en effet d’une partie de l’histoire pas forcément très connue de par nos contrées : la guerre civile en Angola au moment de l’indépendance du pays. C’est pourquoi Another Day Of Life allie l’animation à des témoignages aux aspects documentaires.
La partie animation nous transporte donc au coeur du conflit aux côtés de Kapuscinski, un reporter polonais chargé de raconter l’histoire des combattants de la MPLA (Mouvement populaire de libération de l’Angola). Propulsé dans l’enfer du conflit, le journaliste nous fera vivre l’atrocité des affrontements et le quotidien de certains guérilleros. Les possibilités illimitées offertes par l’animation permettent également aux cinéastes d’offrir de véritable moments de terreur au travers de visions apocalyptiques mettant en exergue la cruauté de la guerre. La rotoscopie offre donc un beau cachet, même si à l’instar de Seoul Station, l’animation des personnages semble parfois trop saccadée. L’aspect documentaire du film permet de faire intervenir certains acteurs du conflit qui confient à la caméra un témoignage précieux sur une époque décisive pour l’avenir de leur pays. En prenant cet angle d’attaque originale, de La Fuente et Nenow permette de dynamiser le documentaire et de remettre en avant une période sombre d’un pays un peu oublié. Un film étonnant qu’on ne s’attend pas forcément à voir au FEFFS mais d’une belle force évocatrice.
[Compétition internationale] Luz
Réalisé par Tilman Singer (Allemagne) Date de sorite : inconnue
Avec Luana Velis, Jan Bluthardt, Nadja Stubiger…
La chose qui marque d’entrée dans Luz, c’est l’utilisation de la pellicule 16 mm qui nous propulse directement dans les années 80. Le premier film du jeune allemand Tilman Singer n’aura malheureusement pas grand chose de plus à proposer et ce choix esthétique semble très vite tenir du petit caprice. Il faut dire que Luz est l’archétype du film d’étudiant. En essayant de nous raconter une histoire d’entité démoniaque prenant la possession d’une conductrice de taxi, se déroulant quasiment dans une seule et unique pièce, Tilman Singer accouche d’un récit complètement abscons. Puisant dans diverses influences et faisant preuve d’une volonté d’incorporer de nombreuses idées, Singer montre une certaine limite pour recadrer son histoire. En découle, une oeuvre d’une longueur assommante alors qu’il s’agit paradoxalement du film le plus court de la sélection du haut de sa petite heure dix. C’est bien beau d’essayer d’être original et d’expérimenter mais encore faut il avoir quelque chose à raconter derrière, sinon le tout semble plutôt vain.
[Midnight Movies] Mandy
Réalisé par Panos Cosmatos (USA, Belgique) Date de sortie : inconnue
Avec Nicolas Cage, Andrea Riseborough, Linus Roache…
Après l’atmosphérique Beyond the Black Rainbow, Panos Cosmatos poursuit l’héritage profondément bis issu de son père Georges Pan Cosmatos (Rambo 2, Cobra) et frappe un grand coup avec Mandy. Mandy c’est tout ce qui fallait pour ouvrir cette nouvelle session de midnight movie. Une oeuvre d’une radicalité folle au parti pris esthétique foisonnant et surtout mené par un Nicolas Cage au sommet de son art. Le deuxième long-métrage de Cosmatos se découpe en 2 parties profondément différentes proposant deux salles deux ambiances. La première suit le couple formé par Cage et Riseborough menant une vie paisible alors qu’une secte semble s’intéresser à la femme. Une partie à la lenteur hypnotique qui permet à Cosmatos de s’amuser à développer une imagerie onirique à l’aide d’un jeu sur les couleurs et sur la photographie troublant. Le film puise autant dans l’esthétique metal que chez Clive Barker. Le tout est enrobé par une partition ensorcelante signée par le regretté Johann Johannsson.
C’est dans sa deuxième partie que Mandy plonge à pieds joints dans la série B ultra-violente alors que le personnage de Nicolas Cage part dans une croisade vengeresse contre la secte ayant assassiné sa femme. Armé de sa précieuse hache qu’il a confectionné lui-même, Red va enchaîner les massacres de façon particulièrement graphique. Comme d’habitude, l’acteur américain s’exprime à merveille dans une outrance jubilatoire. Mandy mêle à son ambiance fantasmagorique, un bourrinisme décomplexé et diablement fun. Ça fait un petit moment qu’on ne l’avait pas vu se donner à coeur joie comme ici, jouant de manière excessive avec son image et avec une générosité partagée. Car tout autant qu’au sens de l’esthétisme de Panos Cosmatos, Mandy doit énormément à son acteur principal totalement fêlé.
Après une ouverture pas très reluisante en compagnie de La Nonne, il est temps de rentrer dans le vif du sujet et donc dans les différentes compétitions. Au programme pour cette 2ème journée, un film de rétrospective, le début de la compétition et un crossover. 3 films ayant par ailleurs un point commun qui s’inscrit à la perfection dans la thématique de cette année, à savoir la place des femmes dans le cinéma de genre. 3 œuvres mettant en scène des jeunes femmes face au mal qui ronge la société et qui prend très souvent la forme d’un homme.
[Rétrospective Chromosome XX] Mais ne nous délivrez pas du mal
Réalisé par Joël Séria (France). Date de sortie : 26 janvier 1972
Avec Jeanne Goupil, Catherine Wagener, Bernard Dhéran..
« Il se jeta résolument dans la carrière du mal » Cette citation extraite de Les Chants de Maldoror du Comte de Lautréamont et lue par Anne dans le film résume parfaitement la destinée des deux jeunes héroïnes de l’œuvre de Joël Séria. Mais ne nous délivrez pas du mal fait partie de ces films français rares ayant marqué les esprits de part sa radicalité extrême qui eut l’effet d’un choc inégalé à l’époque. Contant l’histoire de deux jeunes adolescentes Anne et Laure dans un pensionnat catholique, le film montre comment les deux amies vont dévouer leur vie aux péchés et à Satan. Un film profondément dérangeant, transformant de doux visages angéliques en véritables succubes à la cruauté infâme. Mais ne nous délivrez pas du mal témoigne également d’une société emprisonnant deux jeunes femmes dans un carcan, devant répondre à des normes qui ne leurs conviennent pas et qui décident d’envoyer tout valdinguer. Anne et Laure se nourrissent par ailleurs des vices vivant en chaque être humain, et notamment les hommes. Dans le film de Séria, tous les hommes apparaissent comme des êtres libidineux aux tendances pédophiles, n’hésitant pas à se jeter sur Laure comme s’il s’agissait d’un vulgaire bout de viande. Au travers de cette croisade pour faire le mal, Anne et Laure s’émancipent de façon drastique, repoussant à chaque moment les limites jusqu’à commettre le péché ultime.
Mais ne nous délivrez du mal apparaît donc comme une œuvre d’une puissance thématique incroyable. Un film jusqu’au-boutiste mais qui souffre malheureusement un peu des ravages du temps. Bien que son discours soit toujours aussi impactant, et encore plus dans certains contextes très actuels, le film reste ancré dans une approche baroque du cinéma des 70s qui peut apparaître aujourd’hui datée. Jeanne Goupil inonde le film de son charisme, mais l’interprétation globale des différents personnages peut dérouter. Un film qui ne plaira évidemment pas à tout le monde, pouvant aller même jusqu’à cristalliser un rejet total de la part de certains. Mais ne nous délivrez pas du mal reste cependant un choc qui marque, imprégnant dans l’imaginaire du spectateur ses images iconoclastes et sa douce musique terrifiante.
[Compétition internationale] Human, Space, Time and Human
Réalisé par Kim Ki-duk (Corée du Sud) Date de sortie : inconnue
Avec Mina Fujii, Jang Keun-seuk, Ryoo Seung-bum…
Est-ce encore utile de présenter Kim Ki-duk, figure de proue du cinéma d’auteur coréen qui se voit ici l’honneur d’ouvrir la compétition internationale ? Déjà vainqueur de prix à Berlin ou à Venise, le cinéaste débarque ici avec Human, Space, Time and Human, une œuvre qui semble très éloignée des drames intimistes et contemplatifs dont il a l’habitude. On en est même à l’opposé total. Découpé en chapitres, le film met en scène une groupe de personnes sur un bateau de guerre. Un groupe de personnes symbolisant la société décadente d’aujourd’hui avec ses gangsters, escrocs, prostituées et politiciens véreux n’hésitant pas à profiter des honnêtes gens. Kim Ki-Duk décide donc au travers de son histoire fantastique où ce bateau se retrouve par magie propulsé dans le ciel de montrer comment cette société va péricliter dans le chaos le plus complet. Le discours du coréen se fait incisif, dépeignant un tableau très sombre d’une humanité individualiste, raciste et misogyne. Malgré son aspect féroce, Human, Space, Time and Human est avant tout grossier.
On est loin d’une certaine délicatesse d’autres œuvres de l’auteur, ici c’est le sexe et la violence qui dominent. Kim Ki-Duk s’enfonçant dans une parabole outrancière, accumulant des scènes chocs de façon redondante à base de viol et de dialogues composé à 75% d’insultes, dévoilant une vision misanthropique irritante. On peut saluer le fait que le réalisateur aille jusqu’au bout de son idée (n’hésitant pas à convoquer même l’inceste) mais le tout s’avère plus énervant qu’exaltant. Ce survival devient très vite d’une redondance folle, se contentant de répéter les mêmes actions ad nauseam. Au milieu de ce massacre, une jeune japonaise semble, aidée par un vieil homme muet allégorie de Dieu et de la vie, représenter la seule humanité de cette civilisation gangrenée jusqu’à la moelle par le mal. À la manière de Aronofsky dans son horripilant Mother!, Kim Ki-Duk place la figure maternelle et de la renaissance au sein d’un cercle vicieux à la subtilité inexistante. Human, Space, Time and Human s’avère tout aussi exaspérant et les deux heures apparaissent comme un véritable supplice.
[Compétition Crossovers] Profile
Réalisé par Timur Bekmanbetov (USA, Royaume-Uni, Chypre, Russie) Date de sortie : inconnue
Avec Valene Kane, Shazad Latif, Christine Adams…
En cette période où le débat sur la légitimité des productions Netflix (pour être considérées comme du cinéma) fait beaucoup parler, Timur Bekmanbetov semble avoir trouvé le bon filon pour faire de l’écran d’ordinateur ou de smartphone le support de visionnage le plus immersif. Après avoir produit Unfriendeden 2015 qui avait connu son petit succès, le cinéaste russe propose une nouveau dérivé du Screenlife, procédé mettant en scène une histoire uniquement au travers d’un écran d’ordinateur. Il s’intéresse d’ailleurs ici à une histoire vraie terrifiante d’une journaliste qui entre en contact avec un recruteur de l’État Islamique. Loin de l’horreur de Unfriended, on se retrouve ici face à quelque chose de bien plus tangible et donc encore plus angoissant. Ayant recours seulement à des appels Skype ou des conversations par messagerie, Profile permet cette approche réaliste en nous propulsant dans un terrain familier et connu de tous. Alternant habilement entre les différentes fonctionnalités, Profile s’avère prenant, même si l’on pourrait regretter une difficulté à mettre en scène le danger de la position dans laquelle se trouve notre héroïne. Si elle apparaît à quelques moments, la menace semble bien trop éloignée tout au long du film. Bekmanbetov se rattrape cependant dans un final assez tétanisant montrant au contraire l’omniprésence de cette dernière.
Cela met également en exergue les limites de ce procédé. S’il permet de faire vivre cet aspect de proximité, le Screenlife témoigne de véritables lacunes au niveau de la mise en scène. Le concept s’essouffle, provoquant certains temps-morts assez préjudiciables, et se repose très vite sur un mécanisme réglé de façon redondante. On pourrait aussi évoquer des problèmes dans la façon dont l’histoire est romancée, notamment dans le développement de la relation entre la journaliste et son recruteur qui semble peu naturelle. Profile est évidemment bien plus qu’un beau placement de produit pour les produits Apple et toutes leurs fonctionnalités, et annonce une nouvelle dimension dans la manière de faire vivre l’horreur comme le faisait le found footage dans les années 90 avant l’indigestion. Reste que pour une fois, on aurait préféré voir le film sur son ordinateur plutôt que sur un grand écran.
Le moment tant attendu par les amateurs de frissons est enfin arrivé. Et non, ce n’est pas la rentrée des classes, mais bien le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg qui vient de coloniser les cinémas de la capitale alsacienne. Avec son programme gargantuesque qui a été dévoilé fin août, le FEFFS compte une nouvelle fois marquer le coup pour sa 11ème édition. Quoi de mieux donc que de sortir le gros blockbuster horrifique de la rentrée, La Nonne pour lancer la grande messe du fantastique ? Après avoir vu le nouveau né de l’univers Conjuring, on est bien tenté de dire : beaucoup de choses.
[Film d’ouverture] – La Nonne
Réalisé par Corin Hardy ( USA). Date de sortie : 19 septembre 2018
Avec : Demian Bichir, Taïssa Farmiga, Jonas Bloquet…
C’est désormais devenu une tradition, le film d’ouverture du FEFFS est la grosse production horrifique de la rentrée. Après Eli Roth et son Keanu Reeves malmené par deux jeunes demoiselles dans Knock Knock en 2015 et le clown maléfique de Ça l’an dernier, c’est la dernière création estampillée James Wan qui a l’honneur de débuter les hostilités. Après la poupée diabolique de Annabelle, c’est donc la nonne de Conjuring 2 qui a le droit à son propre film. C’est d’ailleurs le réalisateur irlandais Corin Hardy qui s’y colle. Un cinéaste qui était déjà passé par la case FEFFS avec son film Le Sanctuaire, sympathique film d’horreur qui jouait plutôt habilement du folklore celte et témoignant d’une certaine patte d’auteur malgré quelques défauts et facilités. Cela n’avait pourtant pas empêché Hardy de repartir de Strasbourg avec le Méliès d’Argent. Le voilà donc cette fois-ci propulsé à bord d’une grosse machine qui représente aux côtés des productions Blumhouse, la nouvelle norme de l’horreur américaine grand public.
La Nonne avait un potentiel, une possibilité de créer une atmosphère gothique, faire renaître un certain pan de l’horreur dont était friand le studio de la Hammer dans les années 50-60 avec son abbaye perdue dans le fin fond de la Roumanie et son personnage éponyme. Sauf que les sirènes des productions James Wan vont très vite faire succomber le film de Corin Hardy à une horreur paresseuse et putassière. Il suffit de voir les séquences d’exposition pour comprendre à quoi on a affaire. Le pré-générique annonce directement l’avalanche de screamers et autres artifices racoleurs qui vont suivre tout au long des 1h30, tandis que la présentation des personnages torchée à la va-vite montre à quel point ces derniers seront insipides. Demian Bichir n’arrive pas à insuffler la moindre substance à son personnage de prêtre expert en « miracles » comme il les désigne et souffre très souvent de ridicule, notamment au cours de séquences d’exorcisme particulièrement grotesques. À ses côtés, Taïssa Farmiga, sœur de la star de Conjuring, Vera Farmiga, campe un personnage au développement inexistant et aux réactions idiotes. La palme revient cependant à « Frenchie » joué par le belge Jonas Bloquet (déjà vu dans Elle de Verhoeven), stéréotype du français qui ne pense qu’à emballer les jeunes filles et dont le rôle se limite au sidekick rigolo, amateur de punchlines risibles (I’m French Canadian !).
Corin Hardy peine donc à s’exprimer et son film se fait complètement phagocyter par la patte James Wan. Impossible pour le metteur en scène irlandais de donner naissance à une atmosphère angoissante tant il doit respecter un cahier des charges d’une imposante contrainte. L’horreur est donc obligée de survenir au travers des sempiternels jump-scares à l’efficacité éculée, des clichés ancestraux de l’horreur allant du personnage qui apparaît silencieusement dans le dos du héros à la bougie qui s’éteint (un nombre incalculable de fois), le tout réutilisé à outrance, sans aucune parcimonie. Il faut dire qu’une fois que le film est lancé, les temps-morts sont quasiment inexistants, et le scénario s’enfonce dans une spirale infinie de subterfuges redondants à la subtilité pachydermique. Le film part ensuite en complète roue libre, s’amusant à empiler l’imagerie catholique de manière totalement aléatoire dans un foutoir dérisoire achevant de parachuter le film dans le nanardesque. À défaut de faire frissonner, La Nonne nous permettra de décrocher quelque fous-rires nerveux alors que l’on assiste impuissant au blasphème du cinéma d’horreur à chaque plan. Plutôt sympa donc de tomber sur la purge du festival dès la première soirée. Au moins, on peut se rassurer en se disant que le meilleur est à venir.
Après avoir mis le paquet niveau événements pour fêter ses 10 ans, le Festival européen du film fantastique de Strasbourg devait encore faire mieux pour sa 11ème édition. Encore une fois, l’équipe de Daniel Cohen ne déçoit pas et même si les événements parallèles sont moins nombreux, la programmation en ressort quant à elle gonflée avec un record de films présentés. On compte donc 161 projections pour un total de 94 films répartis une nouvelle fois dans les catégories Compétition internationale, Crossovers, Midnight Movies et Rétrospectives. À cela s’ajoute également une nouvelle venue avec l’arrivée d’une compétition internationale de film d’animations. C’est ce mardi 28 août que l’équipe a, au cours d’une conférence de presse, présenté l’imposant programme de cette édition qui se déroulera du 14 au 23 septembre 2018.
Devenu un incontournable de la rentrée culturelle, le FEFFS se fait chaque année une place de plus en plus importante dans le monde des festivals de cinéma. Cette année, en battant ce record de films programmés, le FEFFS continue sur cette voie, n’hésitant pas une nouvelle fois à convoquer de grands noms du cinéma de genre et à proposer des œuvres au programme de festivals majeurs comme la Mostra. Le festival s’ouvrira d’ailleurs avec l’un des films d’horreur les plus attendus de cette fin d’année, La Nonne, le terrifiant spin-off de la saga Conjuring. Comme l’an dernier, 13 films se lanceront dans la bataille acharnée pour remporter l’Octopus d’or. Qui succédera à la comédie britannique Double Date ? Parmi les 13 concurrents, nous pouvons citer plusieurs films ayant fait parler d’eux au dernier festival de Cannes. Deux films très attendus réalisés par les deux personnalités les plus subversives de la Croisette, à savoir Climax de Gaspar Noé et The House that Jack Built de Lars Von Trier. À côté de ces grandes figures, deux films déjà présentés à Un Certain Regard, Diamantino et son histoire surréaliste mettant en scène un joueur de foot, et Meurs, Monstre, Meurs polar métaphysique situé dans les Andes. Nos confrères allemands auront cette année deux films en compétition, Luz où une conductrice de taxi semble poursuivie par une entité surnaturelle et A Young Man with High Potential qui marque le retour de Pit Bukowski qui avait déjà marqué les esprits les éditions précédentes avec Der Samurai et Der Bunker. Le mélange des genres sera encore une fois de mise allant d’un hommage au giallo avec Piercing au western de l’espace avec Prospect tout en passant par le survival minimaliste de What Keeps you alive. À noter la présence comme chaque année d’un film coréen, qui se manifeste cette année au travers du grand Kim Ki-Duk et de son Human, Space, Time and Human.
La compétition internationale n’est cependant pas la seule qui s’avère alléchante. La section Crossovers propose une nouvelle fois quelque chose de très varié. On y retrouvera notamment le nouveau film du cinéaste japonais Shinya Tsukamoto, Killing, dans lequel la figure de proue du cyberpunk nippon revisite le chambara. On voyagera à travers tous les continents passant de la comédie grinçante iranienne Pig au gore brésilien de The Cannibal Club, en faisant un petit stop au Danemark avec Holiday et en Grèce avec Pity, premier film du scénariste de Yorgos Lanthimos. On retrouvera également des œuvres au concept original comme Profile réalisé par Timur Bekmanbetov qui raconte l’histoire d’une journaliste voulant infiltrer Daech et qui se déroule uniquement via un écran d’ordinateur comme c’était le cas d’ Unfriended. Les très attendus Midnight Movies semblent quant à eux fidèles à leur réputation. Nicolas Cage viendra tronçonner des membres d’une secte dans Mandy, nouveau film de Panos Cosmatos. Un groupe de rock has-been sera aux prises avec des fourmis géantes dans Dead Ant. Remarquons la présence de deux anthologies mettant en avant plusieurs beaux noms de l’horreur : The Field Guide to evil explorera les mythes européens avec notamment Veronika Franz et Peter Strickland derrière la caméra, tandis que Nightmare Cinema compte parmi ses auteurs l’illustre Joe Dante et le japonais Ryuhei Kitamura. Pour finir une série s’invitera à minuit, il s’agit de la nouvelle production Bobbypills, Crisis Jung qui annonce un déluge de violence avec l’équipe derrière Lastman aux manettes. Après avoir traumatisé les spectateurs avec le déluge de mauvais goût de son Greasly Strangler, Jim Hosking clôturera le festival avec son nouveau film An Evening with Beverly Luff Linn.
Comme dit précédemment, une nouvelle section fait ses débuts cette année : la compétition de film d’animation. 7 films en tout genre vont donc s’affronter. Encore une fois, des films ayant déjà été présentés à Cannes comme c’est le cas de Another Day in Life revenant sur la guerre d’Angola et le nouveau film du maître japonais Mamoru Hosoda, Mirai. On retrouvera à la fois du stop-motion avec le délirant Chuck Steel : Night of the Trampires et du film mêlant animation et documentaire avec Chris The Swiss revenant sur le conflit yougoslave. Pour rester sur le documentaire, deux seront présentés en séances spéciales, à savoir Friedkin Uncut revenant sur la carrière de l’invité d’honneur de l’édition précédent William Friedkin, et More Human than Human, film hollandais s’interrogeant sur le devenir de l’intelligence artificielle.
Après la science-fiction et le transhumanisme l’an dernier, la rétrospective thématique de cette année mettra l’accent sur les femmes dans le cinéma de genre. Un programme riche permettant de voir ou revoir des films rares et importants de l’histoire du cinéma comme La Féline de Jacques Tourneur ou encore Carnival of Souls de Herk Hervey. Au programme également des grands cinéastes comme Roman Polanski avec son paranoiaque Répulsion, Andrzej Zulawski et son dévastateur Possession, Brian de Palma et son hitchockien Sisters ou George Miller et son féministe Les Sorcières d’Eastwick. L’invité d’honneur de cette année sera quant à lui John Landis qui se prêtera comme ses prédécesseurs à l’exercice de la master class et présentera également deux séances de Blues Brothers en drive-in. On retrouvera donc plusieurs de ses œuvres au cours d’une rétrospective comme Le Loup-Garou de Londres, American College ou encore la comédie Un Fauteuil pour deux. Jean-Baptiste Thoret viendra quant à lui présenter un double programme alléchant avec Near Dark de Kathryn Bigelow et le giallo méconnu La Mort a pondu un œuf. Évidemment les fans de nanars ne seront pas en reste car la mythique nuit excentrique fera son retour avec du film de ninja, du post-apo italien et un film de super-héros qui ferait passer les productions Marvel pour des chefs d’œuvres.
On ajoutera à cette riche programmation plusieurs événements à ne pas manquer. La séance en plein air à côté de la cathédrale permettra de fêter les 30 ans du cultissime Qui veut la peau de Roger Rabbit ?. L’Exorciste sera quant à lui mis à l’honneur lors d’une séance au sein d’une église ! Oui, vous avez bien lu, dans une église ! Le musée alsacien proposera à nouveau sa Gruselnacht, mettant cette année en avant la thématique de la grande guerre. À côté du cinéma, le jeu vidéo colonisera une nouvelle fois le Shadok au travers de l’Indie Game Contest et de plusieurs conférences et d’ateliers VR. Bonne nouvelle également avec le retour de la tant attendue Zombie Walk après deux ans d’absences. Un beau petit programme en somme, de quoi occuper les fans de fantastique et d’horreur pendant 10 jours qui seront une nouvelle fois très chargés.
Film d’ouverture : La Nonne de Corin Hardy (USA,2018)
Film de clôture : An Evening with Beverly Luff Linn de Jim Hosking (USA,2017)
Compétition internationale :
Climax de Gaspar Noé (France,2018)
Cutterhead de Rasmus Kloster Bro (Danemark,2018)
Diamantino de Gabriel Abrantes, Daniel Schmidt (Portugal, France, 2018)
The House that Jack Built de Lars Von Trier (Danemark, France, 2018)
Human, Space, Time and Human de Kim Ki-duk (Corée du Sud, 2017)
Love me not de Alexandros Avranas (Grèce, France, 2017)
Luz de Tilman Singer (Allemagne, 2018)
Murder Me, Monster de Alejandro Fradel (Argentine, France, 2018)
Piercing de Nicolas Pesce (Etats-Unis, 2018)
Prospect de Zeek Earl, Chris Caldwell (Etats-Unis, 2018)
The Rusalka de Perry Blackshear (Etats-Unis, 2018)
What keeps you alive de Colin Minihan (Canada,2017)
A Young Man with high potential de Linus de Paoli (Allemagne, 2018)
Compétition Crossovers :
Believer de Lee Hae-Jung (Corée du Sud, 2018)
Brother’s Nest de Clayton Jacobson (Australie, 2018)
The Cannibal Club de Guto Parante (Brésil, 2018)
Holiday de Isabella Eklof (Danemark, Pays-Bas, Suède, 2018)
Killing de Shinya Tsukamoto (Japon, 2018)
The Man who killed Hitler and then the Bigfoot de Robert D. Krzykowski (Etats-Unis,2018)
Pig de Mani Haghighi (Iran,2018)
Pity de Babis Makridis (Grèce, Pologne, 2018)
Profile de Timur Bekmanbetov (Etats-Unis, Royaume-Uni, Chypre, Russie, 2018)
Xiao Mei de Maren Hwang ( Taiwan, 2018)
Compétition internationale de film d’animation :
Another day of life de Raul de la Fuente et Damian Nenow (Pologne, Espagne, Belgique, Allemagne, Hongrie, 2018)
Chris the Swiss de Anja Kofmel (Suisse, 2018)
Chuck Steel : Night of the trampires de Mike Mort (Etats unis, 2018)
Cinderella the cat de Ivan Cappiello, Alessandro Rak, Marino Guarnieri, Dario Sansone (Italie, 2017)
Mirai de Mamoru Hosada (Japon, 2018)
Laika de Aurel Klimt (République tchèque, 2017)
The tower de Mats Grorud (France, Norvège, Suède, 2018)
Midnight Movies :
Crisis Jung de Baptiste Gaubert et Jérémie Hoarau (France, 2018)
Dead ant de Ron Carlson (etats-unis, 2017)
The field guide to evil de Ashim Ahluwalia, Severin Fiala, Veronika Franz, Katrin Gebbe, Calvin Reeder, Agnieszka Smoczynska, Peter Strickland, Yannis Veslemes (Allemagne, Norvège, Pologne, Royaume-uni, Etats unis, 2018)
Mandy de Panos Cosmatos (Belgique, états-unis, 2018)
Nightmare cinema de A. Brugues, J. Dante, M. Garris, R. Kitamura, D. Slade (états-unis, 2018)
The ranger de Jenn Wexler (états-unis, 2018)
Terrified de Demian Rugna (Argentine, 2017)
Séances spéciales :
Friedkin Uncut de Francesco Zippel (Italie, 2018)
More human than human de Tommy Pallotta et Femke Wolting (Pays-Bas, 2018)
Psycho raman de Anurag Kashyap (Inde, 2016)
Rétrospective chromosomes XX :
Cat people de Jacques Tourneur (états-unis, 1942)
Carnival of souls de Herk Harvey (états-unis, 1962)
Repulsion de Roman Polanski (Royaume-Uni, 1965)
Daughter of darkness de Harry Kumel (Belgique, France, 1971)
Don’t deliver us from devil de Joel Séria (France, 1971)
Dr. Jekyll & Sister Hyde de Roy Ward Baker (Royaume-Uni, 1971)
Possession de Andrzej Zulawski (France, Allemagne de l’Ouest, 1981)
Sisters de Brian De Palma (Etats-unis, 1972)
Near Dark de Kathryn Bigelow (Etats-Unis, 1987)
The witches of Eastwick de Georges Miller (Etats-unis, 1987)
Rétrospective John Landis :
Animal House (Etats-unis, 1978)
An american werewolf in London (Royaume-Uni, Etats-Unis, 1981)
The Blues Brothers (Royaume-Uni, 1980)
Innocent blood (Etats-unis, 1992)
Into the night (Etats-unis, 1985)
Trading places (Etats-unis, 1983)
Double programme Make my day :
Near Dark de Kathryn Bigelow (Etats-unis, 1987)
Death laid an egg de Giulio Questi (Italie, France, 1968)
L’auteur de bande-dessinée Mathieu Sapin, notamment connu pour sa chronique des coulisses de l’élection de François Hollande en 2012 ou encore son récit d’une année avec l’acteur Gérard Depardieu, nous a parlé de son tout premier long métrage. Narrant l’histoire d’un jeune homme propulsé dans l’équipe de communication d’une campagne présidentielle aux côtés d’une femme cynique et froide, Le Poulain est une incursion joyeuse et mordante dans les coulisses du pouvoir. Maîtrisant aussi aisément les références cinéma et séries que celle du monde politique, Mathieu Sapin s’est amusé à tourner ce tout premier film et ne devrait donc pas s’arrêter là. Il nous parle notamment du temps, de l’humanité et de ses acteurs Alexandra Lamy, inattendue et assez formidable et Finnegan Oldfield, qui ne cesse d’enchaîner les rôles avec brio.
Cineseries-mag : Comment est née l’envie de faire ce film ?
Mathieu Sapin : D’une rencontre avec Stéphane Parthenay qui est un des producteurs du film. Il avait aimé deux bandes dessinées d’observation que j’avais faites. Une pour Libération, et l’autre sur la campagne de François Hollande en 2012. J’avais été autorisé à tout suivre au sein de l’équipe de campagne. Il m’a alors proposé de réfléchir à un scénario et m’a présenté Noé Debré, scénariste, avec lequel j’ai travaillé. J’avais déjà fait un court métrage auparavant, Vengeance et terre battue. J’avais donc une première expérience de plateau mais là, c’était complément différent. Très franchement, si on me l’avait pas proposé je n’aurai jamais eu l’idée de faire un film comme ça.
C’est assez rare de faire un film ouvertement politique en France, même s’il y a eu des précédents ces dernières années comme Quai d’Orsay et la série Baron Noir plus récemment. Quelles ont été vos influences?
J’ai rapport assez intime à l’aventure Quai d’Orsay car c’est une bande dessinée au départ. Le dessinateur de la BD est mon copain d’atelier depuis une dizaine d’années. On travaille dans le même lieu et nous sommes des amis proches. J’avais vraiment vu l’élaboration de la BD puis l’aventure du film. Évidemment ça a ouvert des portes. Côté influences, pour le film je me suis nourri de ma propre expérience. J’allais en même temps que le script à l’Élysée et j’écrivais. Après j’ai regardé quelques œuvres. En France il n’y a effectivement pas beaucoup d’œuvres politiques mais je trouve que c’est en train de changer. Prenez Baron Noir par exemple, c’est une réussite qui installe l’idée qu’on peut parler de politique sans ennuyer les gens. Après il y a l’exemple américain évidemment, c’est vraiment un genre en soi là bas. Il y a par exemple une pièce qui est aussi un film, Les marches du pouvoir, que j’avais beaucoup aimé. J’étais très surpris, c’est excellent. Il y a aussi House of Cards bien sûr.
Il y a aussi d’autres séries qui sont plus centrées sur les femmes au pouvoir comme Borgen…
Il y a une série à laquelle je pense que j’ai adoré et qui est aussi une influence pour ce film, c’est Veep qui est très comique et réalisée par le même cinéaste que In the loop, Armando Iannucci, ou plus récemment de La mort de Staline. C’est un anglais avec un nom italien mais qui aujourd’hui travaille aux États-Unis qui réalise donc Veep qui est l’histoire de la vice-présidente américaine jouée par Julia Louis-Dreyfus. Elle joue une femme de pouvoir stressée qui est odieuse avec tout le monde.
Justement, parlez-nous du processus d’écriture. Notamment du rythme qui est très enlevé en lien avec la musique …
C’est en lien avec ce que j’ai vécu lors de mon expérience à l’Élysée, encore une fois. Au départ, je ne m’intéressais pas du tout à la politique, ce n’est pas un sujet qui me parlait. Mais en étant sur le terrain , je me suis pris au jeu et j’avais l’impression d’être dans une série justement. Il y avait des personnages et c’était trépidant, excitant. C’est ce que je voulais insuffler dans le film. Ça bouge tout le temps, rien n’est jamais acquis ou stable. Quand on pense avoir tel type de relation avec une personne cela peut changer dès le lendemain. Il y a une phrase d’un conseiller en communication qui m’était restée dans l’oreille justement pendant l’élaboration du film qui était : « une campagne présidentielle c’est le darwinisme social poussé à son paroxysme ». Je trouvais ça très juste. Il y a des retournement de situation mais je voulais aussi montrer que ce sont des gens humains qui donnent l’impression de tout contrôler alors qu’en réalité il faut surtout une grande capacité d’adaptation et d’encaissement.
Vous avez écrit votre scénario en collaboration avec Noé Debré, qui a lui-même travaillé sur l’écriture des Cowboys, film dans lequel on retrouve Finnegan Oldfiled, cela a-t-il influencé votre choix de cet acteur ? Parlez-nous du casting.
Noé m’avait parlé de Finnegan, mais on a fait un casting classique . C’est à dire que j’ai vu une vingtaine de jeunes comédiens mais Finnegan a quelque chose qui m’a vraiment séduit, sa fraîcheur. Je voulais un personnage qui soit très exogène au monde politique qu’on sente qu’il ne vient pas de là et qu’il se prend au jeu. Finnegan est beaucoup plus proche dans la vie d’Arnaud au début du film que du Arnaud de la fin…Je voulais qu’il soit capable de créer un parcours. C’était une évidence.
Quand on voit le film on peut penser qu’il n’y a rien à sauver dans la politique actuelle. Est-ce aussi ce que vous pensez ?
Non je suis plutôt quelqu’un qui a une approche balzacienne … Je pense que les comportements que l’on voit dans le film ou dans la réalité sont inévitables. Je voulais montrer des personnages humains qui ont des défauts mais qui par certains côtés sont aussi attachants. J’espère que malgré tout on s’attache à eux.
Justement, on a l’impression que ça pourrait être n’importe qui dans le film qui devient Président de la République. Que les gens sont interchangeables tant qu’on accède au pouvoir.
On peut le voir de manière cynique mais moi je vois ça plus positivement. Peut-être que le film est un cran au dessus mais je ne veux pas que l’on pense qu’il s’agit d’un constat nihiliste sur la classe politique. En revanche, je pense que par essence ce milieu favorise et exacerbe les tensions, la pression, la compétition. Ce qui me plaisait c’était de montrer des caractères.
Finalement, on peut dire que Le Poulain est un récit initiatique, un peu comme lorsque vous êtes arrivé à l’Elysée…
Quand je suis arrivé et ai suivi la campagne de 2012, ce qui m’a amusé, c’est que je me suis dit « je suis complètement extérieur à tout ça et finalement c’est possible sans aucun contact ». J’ai vécu des trucs assez dingues, j’étais avec François Hollande au moment de l’élection et en 2017 au moment des résultats alors que moi je ne suis pas du tout dans le milieu. Je voulais surtout montrer que ce sont des milieux poreux malgré tout. La politique c’est aussi interne, ce qui se passe dans un groupe de personnages.
Qu’est-ce que cela fait à l’auteur de bande-dessinées d’être sélectionné à Angoulême pour un film ?
C’est très très marrant. Je connais très bien le festival de la BD, je suis venu au moins 25 fois. Ça se passe au même endroit mais c’est très très curieux comme sensation. J’ai l’impression d’être là en touriste. Je connais les lieux mais pas les gens. Et puis là c’est l’été d’habitude c’est en janvier pour la BD. C’est très étonnant mais comme la position que je préfère est celle d’observer je me suis baladé et je trouve qu’il y a plein de choses à voir…
Comment s’est passé l’accueil du film à Angoulême alors ?
Il y avait pas mal de monde, 3 salles et demi donc c’est impressionnant d’autant que c’était la première projection publique pour moi. Les gens sont restés donc c’est bon signe … Après, je n’ai pas d’élément de comparaison, je ne peux donc rien en déduire…
Et la persévérance ?
C’est un motif qui est arrivé très tôt dans l’écriture car je pense que c’est essentiel. Si je prends mon exemple en bande dessinée, ça fait 20 ans que je publie et je n’ai pas cassé la baraque quand j’ai commencé. Ce sont des métiers à la fois très excitants et très plaisants mais très durs aussi car c’est astreignant et pour un succès, il y a 50 livres qui ne marchent pas. Il faut de la persévérance (rires) et ça j’en suis convaincu. Mon luxe, c’est le temps. Quand je fais une BD sur Libération, sur le monde politique ou sur Depardieu, j’y passe 6 mois voire 1 an. C’est aussi ça que je voulais montrer dans le film, qu’il y a une espèce de course aujourd’hui après le temps. On ne revient jamais sur ce qui s’est passé hier, c’est une course en avant et je tente donc le plus possible de prendre le temps de faire les choses.
Pas le temps en politique…
Comme ça fait maintenant 9 ans que j’observe ce milieu je parviens à faire des arches narratives. Par exemple, la bande dessinée de 2012 est sortie juste après la campagne. Elle est ressortie en 2017 avec quelques pages en plus sur « que sont-ils devenus »… J’ai pu reparler de gens que j’avais côtoyés en 2012 et qui étaient dans l’euphorie et carrément moins 5 ans plus tard. En BD, on peut faire des rééditions. Il n’y a que le temps, la durée qui peuvent montrer ça.
Résumez-nous en quelques mots la réalisation d’un premier long et est-ce cela vous a donné envie d’en faire un 2e ?
Tout ça m’a donné carrément envie de faire un 2e film. Je suis en train de commencer à y réfléchir sérieusement. Je pense que j’ai eu beaucoup chance parce qu’en terme de persévérance j’étais accompagné par des producteurs vraiment pugnaces car ce n’était pas simple à monter. Il y avait quand même un doute à l’époque sur le fait que la politique soit un risque, que le public en ait marre de la politique. Après c’est super quand on a des comédiens comme Alexandra et Finnegan qui sont super investis. Alexandra Lamy a défendu son rôle.
Elle a dit elle-même pendant le festival qu’elle n’était pas attendue dans ce rôle alors qu’elle le rend très crédible…
J’étais bluffé. Maintenant ce qui m’intéresse ce sont les réactions des hommes et femmes politiques ainsi que des journalistes puisque le film parle aussi du regard de la presse sur ce monde. J’ai eu de premières réactions qui sont bonnes pour l’instant même s’il faut un peu d’autodérision. Pendant le tournage je me suis efforcé de créer des conditions proches d’une campagne présidentielle. On y change de décors tous les jours. Il faut préparer au maximum et une fois que c’est lancé, c’est comme une machine qui s’emballe avec un phénomène d’accélération parce que dans une campagne comme un tournage il y a une deadline. Il y avait une pression mais ça n’était pas du tout de la panique. Ce qui m’a beaucoup aidé ironiquement c’est que le premier jour de tournage était à l’Élysée que je connais bien, c’est comme si je tournais dans mon lycée d’enfance. Pour les comédiens, c’était différent, l’Élysée nous avait donné 3h et tout le monde était hyper concentré, ce qui m’a donné une espèce d’élan pour tout le reste du tournage. Alors que si on avait commencé par une scène plus anodine, peut-être que les rapports se seraient inversés.
A l’affiche en ce moment du sixième volet de la saga Mission Impossible, Tom Cruise ne semble pas dépérir. Âgé maintenant de 56 ans, il semble toujours aussi impressionnant et virevoltant. Pour comprendre sa longévité, dressons le portrait de Tom Cruise, l’une des dernières grandes stars hollywoodienne en activité depuis plus de 30 ans doté d’une trajectoire unique dans le cinéma hollywoodien.
Quand on pense à Tom Cruise, certaines personnes vous citeront des films comme Top Gun, Mission Impossibleou encore Minority Report. Des œuvres iconiques qui ont traversé les époques et ont permis d’inscrire dans l’inconscient collectif le mythe Tom Cruise. Car Cruise à toujours été la au cinéma : que ce soit en incarnant des blockbusters devenu mètre-étalon de la pop-culture, ou en devenant l’un dhttps://www.lemagducine.fr/top-films-et-series/le-top-des-films-de-la-saga-mission-impossible-129880/es fleurons du cinéma d’auteur hollywoodien, il a marqué de son emprunte l’histoire du septième art. De ce fait, Cruise résume à lui tout seul tout un pan du cinéma hollywoodien, un acteur monumental, qui malgré les errances du grand spectacle contemporain, à toujours su capter l’attention du public. Et cela grâce à une carrière magistral qui a démarré très vite.
Tom Cruise né en 1962 aux Etats-Unis. Il découvre le théâtre à l’école secondaire, en jouant dans des comédies musicales. Il s’installe à New York en 1980 en multipliant les castings. Il obtient son premier rôle dans Un amour infini de Franco Zeffirelli. Tom Cruise va ensuite se faire remarquer par des cinéastes de renoms. Francis Ford Coppola l’engage dans Outsiders en 1981, ou il se frotte à deux grandes stars montantes qui sont Matt Dillon et Patrick Swayze. Cruise apparaît ensuite dans Ricky Buisness en 1983. Une prestation qui lui vaut sa première nomination au Golden Globe du meilleur acteur. C’est un autre grand cinéaste qui fait appel à lui ensuite pour Legend de Ridley Scott en 1985. Malgré un début de carrière renversant Tom Cruise n’est pas encore la star qu’il rêve d’être. Mais un film va tout changer.
En 1986 il est à l’affiche de son premier grand blockbuster : Top Gun de Tony Scott. Dans ce film Tom Cruise est enfin intronisé au rang de star. Pour Aubry Salmon, auteur d’un livre intitulé « Tony Scott : le dernier samaritain », ce film a définitivement lancé la carrière de Cruise : » Avec Top Gun, Tony Scott a ni plus ni moins inventé “Tom Cruise”, dans le sens où il a fait de ce gamin fougueux, séduisant mais mal dégrossi, une icône, une star instantanée chevauchant sa moto au soleil couchant avec ses Ray-Ban sur le nez. Tom Cruise est presque un cow-boy chez Tony Scott. De plus, toutes les obsessions qui émaillent les films de l’acteur encore aujourd’hui sont dans Top Gun : l’absence du père, le besoin de séduire, la remise en cause permanente de soi-même, etc. Et surtout, Top Gun fut un succès colossal auquel on n’a jamais cessé de rattacher sa vedette pour le meilleur et pour le pire. » Les grands succès vont donc s’aligner : la même année que Top Gun, il se confronte à la légende Paul Newman (comme un symbole ) dans La couleur de l’argent de Martin Scorsese. En 1989 il obtient sa première nomination à l’Oscar dans Né un 4 juillet d’Oliver Stone en incarnant un vétéran du Vietnam. Il s’agit là de son premier rôle de composition, qui va ainsi forger sa carrière pour la suite.
l’année 1996 est un tournant : Tom Cruise a fini son apprentissage, il veut maintenant rentrer dans la cour des grands. Il devient la star du blockbuster d’espionnage Mission Impossible mis en scène par Brian De Palma. Il est non seulement la figure de proue du projet, mais aussi producteur avec son agent Paula Wagner, avec qui il va mettre la main sur la franchise. Mais pour annoncer sa suprématie à Hollywood, Tom Cruise va devoir se transformer et donner une autre facette de lui même. En 1999 Stanley Kubrick le réalisateur des réalisateurs lui offre son plus beau film et l’un de ses plus beaux rôles dans Eyes Wide Shut . Aubry Salmon voit en Kubrick le cinéaste qui a su le mieux utiliser Tom Cruise : » Ce qui est formidable avec la prestation de Cruise dans le film, c’est que si l’on y prend pas garde, on peut passer à côté et le trouver mauvais ou insipide. Alors que c’est tout le contraire ! Cruise a souvent brillé dans des contre-emplois, avant et après Kubrick (Entretien avec un vampire, Magnolia ou Tonnerre sous les tropiques pour ne citer que les plus évidents), mais ici il ne s’agit pas de cela, c’est bien plus qu’un contre-emploi. Dirigé par Kubrick, ce gamin impétueux, un poil vachard et hyperactif qu’a souvent (toujours ?) été Cruise dans ses films devient un médecin respectable, toujours égal, qui erre dans la ville. Et ce visage d’habitude si espiègle, avec ce sourire enjôleur et ce regard bravache, disparus ! Le visage de Cruise dans Eyes Wide Shut est tout autre : opaque, fuyant, presque absent comme celui d’un héros de Kafka. Nous avons affaire à un autre acteur, un autre homme. »
Les années 2000 vont donc créer un nouveau mythe autour de Tom Cruise. Si il continue dans sa veine de films d’auteurs avec Magnolia (1999) de Paul Thomas Andersonou dans Collateral (2004) de Michael Mann, et si il continue de montrer sa toute puissance de star avec des blockbusters comme Misssion Impossible 2 de John Woo, sa rencontre avec Steven Spielberg va être décisive. Dans Minority Report (2002) et La Guerre des Mondes (2005), Spielberg va faire de Cruise un héros sentimental. Dans ces deux films, Tom Cruise s’y trouve bouleversant, d’une grande fragilité et d’une grande puissance qui vont influer sur son alter ego mythique : Ethan Hunt dans la saga Mission Impossible. Depuis le troisième volet de cette saga concoctée par J.J Abrams, Tom Cruise va se transformer en un personnage plus humain plus proche d’une personne lambda, que de l’exubérance d’un James Bond. La preuve de plus de sa proximité avec le public, qui le fait petit à petit rentrer dans la légende des grands acteurs hollywoodiens.
On pourrait croire que vers la fin des années 2000, le mythe Tom Cruise devienne obsolète. Loin de la. Car Cruise va vampiriser à lui tout seul le divertissement hollywoodien. Cet aspect, Nico Prat journaliste à la revue Rockyrama, l’analyse très bien : » Ce qui me fascine, c’est la façon dont il a totalement abandonné l’idée de construction de carrière, disons à la fin des années 2000. Désormais, seul aux commandes des films qu’il initie (il choisit le réalisateur, le casting, etc…) il opte pour de l’action pure, parfois réussie (les Mission Impossible) ou totalement ratée (La Momie, le deuxième Jack Reacher) et ne travaille plus avec de grands réalisateurs (alors qu’il a inscrit Spielberg, Kubrick, les frères Scott) mais avec des réalisateurs efficaces, qui exécutent ses désirs. Il donne de sa personne, mais semble courir après le temps : il sait qu’il ne pourra pas être éternellement une star de films d’action. » Et c’est bien la tout le propos de Mission Impossible 6 : Tout au long du film les personnages demandent à Ethan Hunt de se plier au monde contemporain et de s’effacer. Mais lui, au bout d’un grand périple, va accéder à une forme d’éternité. Car voilà ce qui définit Tom Cruise tout au long de sa carrière :un acteur qui rêve d’immortalité.
Initiée en 1996, la saga Mission Impossible n’a cessé depuis, de grandir. Malgré la concurrence de franchises comme Jason Bourne ou James Bond, cette série de films s’est imposée comme une référence dans le domaine de l’action. Choisissant une logique ou à chaque épisode, un réalisateur y apporte sa patte, il est intéressant de comparer chacun de ses films. Nous vous proposons donc, un classement des épisodes de Mission Impossible.
5) Mission Impossible 3
Après avoir sélectionné deux grands réalisateurs, deux esthètes dans leur art en la personne de Brian De Palma et de John Woo, Tom Cruise se tourne vers un grand nom des séries TV des années 2000 :J.J Abrams créateur de la série Alias. L’objectif est clair pour ce troisième volet : créer la fusion entre le phénomène des séries TV qui montait en puissance dans les années 2000 et le cinéma d’action. Abrams réussit parfaitement la combinaison avec l’objet sériel, créant de multiples rebondissements et réalisant des scènes d’actions tonitruantes. Mais le résultat n’est pas si satisfaisant que ça. l’un des grands arc narratif du film est problématique : en effet, l’une des ambitions de ce Mission Impossible, est de faire de Ethan Hunt un personnage plus simple et banal, se détachant du Hunt superstar qui était mise en place dans les deux films précédents. Or les scènes intimistes de ce troisième volet sont tous ratés, remplis de niaiserie embarrassante, notamment les scènes entre Ethan et sa femme Julia. Un résultat décevant pour la franchise, mais néanmoins le film d’Abrams est loin d’être raté loin de là.
4) Mission Impossible 2
Après un Mission Impossible, sauce De Palma, Tom Cruise s’envole vers Hong-Kong et choisi John Woo pour réaliser ce second volet. l’auteur de Volte/Faceva injecter dans ce film toutes ses thématiques : l’apport mythologique avec Bellérophon et la Chimère, la notion du double maléfique et le romantisme fou. Le film déborde de scène d’action d’anthologie, mais deux problèmes en font un des épisodes les plus mal aimés de la saga : l’écriture très faible de certains personnages,un grand coup de mou au milieu du film et des problèmes dans l’intrigue. Mais le fait que cet opus est relégué au rang de nanar est une pure injustice : la mise en scène de grande qualité en termes de séquences d’actions reste incontestable et fait de ce MI2 l’un des meilleurs films américains de John Woo.
3) Mission Impossible : Rogue Nation
Dans un été 2015 morose en termes de blockbuster, Rogue Nation arrive à point nommé. Et il est vrai que le film chapeauté cette fois par Christopher McQuarrie (scénariste du culte Usual Suspects) nous en met plein la vue niveau d’action : de la scène nerveuse d’évasion, à la scène de l’opéra hitchockienne, puis la scène démentielle d’infiltration en apnée, jusqu’à une poursuite hallucinante à moto. Bref en terme de cinéma d’action, Rogue Nation est de haute volée. Mais le final du film pose problème, car plus classique et gène donc dans le déroulement du métrage. Comme si McQuarrie refusait de faire du cinéma d’action total, et abandonne le spectateur lors du climax trop anodin. Néanmoins, il faut souligner l’écriture de grande intelligence de ce Mission Impossible, très sensible sur les personnages notamment celui de Benji incarné par Simon Pegg, et surtout l’apparition d’Ilsa Faust l’un des personnages les plus ambigus et les plus forts de la saga.
2) Mission Impossible : Protocole Fantôme
Pour donner un coup de fouet à la saga, Tom Cruise a une idée de génie : il décide de recruter Brad Bird, auteur d’un des plus grands films des années 2000 avec Les Indestructibles. D’ailleurs, ce dernier film est un hommage aux cinéma d’espionnage des années 60. Il est donc normal que l’on retrouve dans cet opus un grand savoir-faire en terme de séquences d’espionnages agrémenté de moments d’actions virtuoses, iconiques pour la saga tel que la scène d’infiltration au Kremlin, ou encore l’escalade de la tour Burj Khalifa. Un spectacle total, d’une grande intelligence qui renouvelle la saga mettant l’esprit d’équipe au cœur du projet. De ce fait, Protocole Fantôme est le plus humain de la saga grâce à l’écriture prodigieuse de Bird et est donc l’antithèse de Mission Impossible de De Palma. A ce jour le film de Bird reste l’un des sommets du cinéma d’action des années 2000.
1) Mission Impossible
Pour lancer ce qui va être la plus grande franchise du cinéma d’action contemporain 5 grands noms vont s’illustrer : David Koepp, Steven Zaillan et Robert Towne soit les trois plus grands scénaristes de l’époque, l’illustre Brian De Palma à la réalisation et l’étoile montante d’Hollywood, Tom Cruise. Une équipe de rêve pour un résultat phénoménal. Car si ce film est le meilleur de la saga, c’est parce qu’il est totalement inscrit dans les thématiques et la cinéphilie de De Palma. Le film s’ouvre sur une séquence d’espionnage à Vienne qui évoque immédiatement Le troisième homme de Carol Reed. Ensuite, De Palma convoque Hitchcock pour les scènes de suspenses et Antonioni pour le propos mème du film : tout le concept de Mission Impossible est de donner au spectateur une réflexion sur les images que nous visionnons. Pour cela il faut se remettre à l’esprit le grand morceau du film ou à Londres Ethan Hunt et Jim Phelps décortiquent la séquence d’ouverture, ou l’équipe d’espions se fait décimer, donnant une toute autre vision de cette scène. Ajoutons à cela un scénario qui s’oriente vers la tragédie grecque et vous aurez donc l’un des plus beaux films de De Palma et le meilleur volet de la franchise Mission Impossible.
1993, coupe mulet, tanks contre enfants. Revivez la pire intervention du gouvernement américain contre son peuple depuis la Guerre de Sécession en version remastérisée dans la série Waco, aux éditions Paramount Network.
La dernière saison d’American Horror Storydonnait encore la part belle à Evan – Give that man an Emmy – Peters et son immense talent d’acteur, autant méconnu du grand public que sous-estimé des réalisateurs. Cette saison, Cult, est la plus politiquement engagée qu’a réalisé Ryan Murphy, en établissant intelligemment un parallèle entre mécanismes d’intégration sectaire par la phobie (coulrophobie, thanatophobie, etc…) et endoctrinement politique à la sauce Trump. Dans l’épisode 9, “ Drink the Kool-Aid ” sont développés de nombreux leaders sectaires pour étoffer ce machiavélisme, tous interprétés par le talentueux acteur américain, tels que Jim Jones des Peoples Temple, Charles Manson ou encore David Koresh des Branch Davidians. Ce dernier aurait pu rester comme une illustre inconnu à ma connaissance si je n’avais pas reconnu sa splendide coupe mulet qui aurait fait pâlir de jalousie MacGyver dans le trailer d’une autre série : Waco.
Cette mini-série de seulement 6 épisodes produite par Paramount Networks relate un blocus ayant eu lieu du 28 Février au 19 Avril 1993 au Mont Carmel dans la ville d’Elk, non loin de Waco au Texas. C’est dans cette immense ferme que vivent Vernon Wayne Howell, aka David Koresh, autoproclamé leader religieux et une centaine de ses “ disciples “. Elle débute par une intervention de l’ATF (Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms) qui, en apprenant par le biais d’un indic que la secte dispose pour l’équivalent de 200 000$ d’armes automatiques susceptible d’être modifiées en semi-automatiques (rendant leur possession illégale, n’oublions pas que nous sommes au Texas et que posséder un arsenal digne des Corleone est aussi légal au Texas que de collectionner des feuilles Diddl en France), décide de l’espionner et monte l’opération “ Showtime “ visant à procéder à l’arrestation du gourou. L’assaut est un fiasco, les deux camps subissent des pertes et débute dès lors une partie d’échecs aussi intense que celles décrites dans le roman éponyme de Stefan Zweig.
Quand il est question de série basée sur des faits réels, je ne peux m’empêcher de me renseigner sur la véracité de ces derniers afin de voir là où la réalité s’arrête pour laisser sa place à la fiction.. La saison 1 d’American Crime Story sur le procès d’O.J Simpson (de Ryan Murphy, encore lui) avait joué très juste, tant sur les traits physiques des personnages ; Le juge Lance Ito (Kenneth Choi), l’avocat Johnnie Cochran Jr (Courtney B Vance) ou encore Marcia Clark (Sarah Paulson), que sur les moments désormais cultes du procès, comme l’essayage du gant noir de l’ex-footballeur américain déchu ou l’annonce du verdict qui est mot pour mot la même, à un bégaiement prêt. Une fidélité dont s’en rapproche la mini-série Paramount notamment concernant le personnage principal (Taylor Kitsch, à qui le rôle va comme un gant, mieux que celui d’OJ Simpson), mais aussi sur les faits qui seront détaillés plus tard, sans pour autant avoir la même dynamique. Dans les deux cas, une affaire polémique est mise à l’écran pour permettre au téléspectateur de se faire son propre avis sur cette dernière. Les producteurs auraient-ils joué la carte de la neutralité en s’inspirant des biographies A Place Called Waco: A Survivor Story de David Thibodeau, ancien fidèle de la secte (interprété par Rory Culkin) et Stalling For Time: My Life As An FBI Hostage Negotiator de Gary Noesner, négociateur du FBI (Interprété par Michael Shannon) ? C’est en tout cas en entrant dans les deux camps que la série nous laisse faire notre avis, sans pour autant être impartiale. Proposez un sceau de bonbons aux oignons ou un abonnement d’un an au Chasseur Français à un gamin de 5 ans à Halloween et il choisira le moins pire.
De la lumière d’un illuminé …
Prenez un fanatique adepte de l’Église adventiste du Septième Jour, imbibez-le de narcissisme, ayez la main lourde sur la polygamie, saupoudrez-le généreusement de pédophilie, laissez chauffer pendant plusieurs années dans le “ centre du royaume de David ” qu’est le Mont Carmel et vous obtiendrez : Vernon Wayne Howell alias David Koresh. Loin d’être un enfant de choeur, malgré ses nombreuses messes et sermons (sans jeu de mots), il nous l’est pourtant et souvent présenté comme tel. Pourquoi un pseudo aussi alambiqué me direz-vous ? Tout simplement parce que le roi David est mentionné dans la Bible comme “ Messiah “ et que Koresh est une translittération de Cyrus en hébreu (prénom donné à un de ses fils), roi de Perse ayant libéré les juifs déportés à Babylone par Nabuchodonosor (qui écrivait cela en quatre lettres). Il donnera une explication au FBI en lien avec le 4ème sceau de l’Apocalypse qu’est le cavalier sur son cheval pâle : la mort. lls ne devaient pas cultiver que des betteraves au Mont Carmel.
Toujours est il que durant la série sont évoqués à de nombreuses reprises les “ Seven Seals “, et plus particulièrement le cinquième. Quid des 4 premiers ? Ce sont tout simplement les 4 Cavaliers de l’Apocalypse, qui sont (cela n’est que mon humble avis, je suis peut-être aussi illuminé que Koresh, qui sait ?) la trame narrative sous-jacente de cette mini-série. Comme évoqué dans l’Apocalypse selon St-Jean, l’agneau – décrit comme Jésus-Christ – représente David Koresh comme annonciateur de la prophétie biblique. C’était d’ailleurs la condition sinéquanone pour permettre sa reddition ; lui laisser écrire sa version des Septs Sceaux de l’Apocalypse. Imaginez Sylvain Durif ne voulant pas descendre à table sous prétexte que la boulangère de Bugarach, sur qui il a autant flashé que les soucoupes volantes qu’il a aperçues, ne croyait pas en sa réincarnation du Christ Cosmique. Deux poids deux mesures mais ça y ressemble.
Le premier sceau représente un cavalier monté sur un cheval blanc : la conquête. Ce sont les premières minutes de la série : le début de l’opération Showtime (Qu’est-ce qu’on doit se marrer dans les brainstorming du FBI). La reconstitution des premiers instants restent fidèles selon les témoignages de l’époque : Koresh sortant du Mont avec son beau-père, désarmé et interpellant les forces armées avec ces mots “ There is women and children in here “. Un geste pacifique inutile puisque des coups de feu s’en suivront, blessant et tuant de nombreux hommes des deux côtés. C’est d’ailleurs un des seuls éléments où les deux parties s’accordent (Dû probablement à la présence de caméras à ce moment-là). Quant à l’origine des coups de feu, elle restera probablement un mystère puisque les divergences apparaissent à ce moment-là, d’autant plus que c’est ce qui met le feu au poudre et inclut donc la responsabilité sur l’une des deux parties. Une version Western texane du jeu » Qui est ce ? « .
Le deuxième est un cavalier monté sur un cheval rouge : la guerre. Plus qu’une guerre de mouvement, c’est une guerre de position psychologique à laquelle vont s’adonner les deux camps. Pendant les 4 derniers épisodes, les valeureux militaires rancuniers vont user de leur imagination débordante (à défaut d’une intelligence couplée d’une culture religieuse qui leur aurait probablement servie) et utiliser plusieurs techniques afin de déloger les membres des Branch Davidians de leur terrier. Électricité coupée, diffusion de cris d’égorgements de lapins, d’avion et de pleurs de bébé à travers d’immenses enceintes (encore heureux que David Guetta ne produisait pas sa musique de comptine à l’époque, c’aurait pu leur donner des idées) et de lumières éblouissantes, coupure des émissions télévisées, utilisation des enfants comme moyen de pression pour les figures maternelles, … Bref, tout aura été mis en place pour les user psychologiquement. Et un des retours de bâton de la part de Koresh restera parmi une des scènes les plus badass dans l’épisode 5 “ Stalling for Time “ offrant sa version de The Call – I Still Believe en guise de gros doigt d’honneur des familles aux autorités. Sex, God & Rock’n’Roll.
Le Troisième sceau est un cavalier monté sur un cheval noir : la famine. Dès le 7ème jour du blocus, les provisions s’amenuisent au rythme des espoirs. C’est ce qui est développé dans l’épisode 4 « OfMilk and Men », avec ce premier échange physique pour … du lait. (Étonnement unanime dans la salle). De nombreux enfants étaient dans le Mont pendant le blocus, et la nourriture manquait. C’est de cette monnaie d’échange que naissent les échanges les plus aboutis. Encore une preuve que les produits laitiers sont nos amis. C’est aussi dans ces passages qu’une des meilleures relations s’effectue, entre Gary Noesner et Steve Schneider. Ce grand blond moustachu, dont le regard livide de bovin concurrence les beaux yeux de Ryan Gossling, est probablement un des meilleurs personnages de la série et celui qui a la meilleure évolution. Légèrement mou et effacé par son leader dans les premiers épisodes, Steve va prendre de l’ampleur tout du long de la série et c’est sans aucun doute le personnage auquel le spectateur s’identifiera le plus. Pas trop non plus, il s’est quand même fait piqué sa femme par Koresh rappelons-le.
Le Quatrième sceau représente un cavalier monté sur un cheval verdâtre : la mort par l’épée, la famine ou la peste. Après de longs jours d’attitude conciliante et d’attente de la part du FBI (où une petite formation sur la Bible ne leur aurait pas fait de mal), c’est l’heure pour l’épée de Damoclès version US Army, avec toute sa poésie, de rentrer en scène. La voiture de la prophétie embraye pour passer la cinquième sur l’autoroute de l’apocalypse.
Cinquième sceau : Apparition des âmes des martyrs pour la Parole de Dieu. Je laisse ce passage volontairement en suspens pour ne pas gâcher l’épisode final pour celles et ceux qui [comme moi à mon grand dam] ne souhaiteraient pas se renseigner sur les faits avant la série. J’ai souvent reproché à la série des lenteurs, notamment dans les deux premiers épisodes et une difficulté à m’attacher aux personnages. Mais les vingt dernières minutes m’ont [presque] réconcilié avec cette idée. Comme dirait un couple fidèle de nonagénaires célébrant leurs noces de platine dans un club échangiste : Mieux vaut tard que jamais.
… naquit l’obscurité des esprits les plus cabochards.
Si l’on devait trouver un second parallèle religieux à cette impasse, ce serait David contre Goliath. David et ses disciples, retranchés et coupés du monde, contre Goliath aussi surarmé que rancunier. Ce mastodonte que sont l’ATF et le FBI sont poussés au paroxysme du cliché manichéen américain, un responsable qui a autant d’empathie qu’un Poutine à la Gay Pride, et son subordonné, Mitch Decker, un bon duo d’intellectuels qui n’ont pas inventé l’eau chaude et on comprend vite de quel côté la série prend partie. C’est durant les deux premiers épisodes et en ayant accès à l’intérieur de la tente de commandement que l’on décèle les enjeux et les manipulations de cette mission (cette opération était l’opportunité rêvée pour le FBI de redorer son blason suite à la mort par un sniper de la femme de Randy Weaver, un ancien béret vert proche des Aryan Nations, qui croyait en l’apocalypse et ayant fini pour certains, en martyr). Le FBI et les fanatiques religieux, une grande histoire d’amour donc.
À coups d’embargo médiatique (les médias étant tenus à distance à 5 kilomètres du Mont) et de manipulation de l’opinion publique, les autorités offrent au grand public une version erronée des faits lors des conférences de presse, et c’est avec une frustration égale à notre impuissance que l’on constate ce petit jeu. C’est d’ailleurs à celle donnée à la fin de l’épisode 3 » Showtime « que notre opinion prend un tournant, pour ensuite ne rester que la même jusqu’à la fin de la série.
L’intérêt de ce genre de série réside dans l’ouverture d’esprit collectif, la relance du débat et le combat de la pensée unilatérale. À sa sortie, la série a relancé la polémique aux Etats-Unis parce qu’elle met en porte-à-faux les versions officielles et les personnalités politiques en place au moment du blocus (Bill Clinton, Janet Reno, …). Certes, être au sein des deux camps apporte une certaine neutralité et laisse au spectateur de choisir le sien, mais l’aspect empathique et humain vous portera du côté de David et ses fidèles. Au-delà de l’aspect sectaire, voir des familles vivant retranchées dans un ranch perdu au Texas suscite forcément de l’empathie, et c’est l’objectif des deux premiers épisodes, où l’on nous montre à travers différents personnages l’aspect soudé de ce groupe, et de l’autre la facette sombre de David Koresh. Car la personnalité du gourou n’est des fois pas laissée de côté et on nous montre un homme aussi manipulateur que charismatique, hypnotisant les seuls potentiels “ semblables “ révolutionnaires avec ses éloges religieux à deux francs six sous. Il faut voir ces deux épisodes comme un flash-back afin de permettre au spectateur de bien cerner la personnalité du personnage pour se faire son avis.
Manhunt : Unabomber avait fait le même pari, celui de comprendre un passif pour justifier, ou du moins forcer à la réflexion, les actes meurtriers d’hommes psychologiquement instables et marginaux. C’est dans cette optique-là que nous était notamment révélé le destin de Theodore Kaczynski dans l’épisode 6 « Ted ». Ted est un mathématicien de formation, avec un QI avoisinant les 170, écrivain du manifeste Industrial Society and Its Future, mais aussi un terroriste néo-luddite, dont 26 personnes avaient été victimes de ses 16 colis piégés, dont 3 morts. Cobaye du programme MK-Ultra, un programme secret de manipulation mentale de la CIA (Tiens tiens …), son intelligence était devenue un leitmotiv pour ses actions. Même démarche pour Mindhunter de David Fincher et les débuts du profilage psychologique des tueurs en série au FBI dans les années 70.Les profils psychologiques atypiques sont sources d’inspiration chez les scénaristes, la marginalité à toujours été fascinante. Vivement une mini-série sur Michel Houellebecq avec Philippe Katerine dans le rôle principal.
La messe est dite ?
Waco nous montre bien trop souvent à l’écran un David Koresh fort bien sympathique et bienveillant, comme un néo-titulaire du BAFA qui emmène sa colo en camp de vacances à Erquy en lui racontant sa vision religieuse dans son temple rempli d’enceintes Marshall (Le respect de l’Histoire leur aura permis un joli placement de produit). Et là réside un petit [gros] hic de la série. À vouloir prendre partie pour un camp, l’orientation donnée au spectateur est à son paroxysme. Bien que tout semblait être harmonieux et que des familles y résidaient, Mont Carmo restait tout de même le quartier général d’un leader sectaire qui s’auto-permettait la polygamie et interdisait les relations sexuelles conjugales car lui-seul pouvait et se devait de rendre les femmes enceintes. Et d’un autre côté, on nous offre le schéma classique d’un négociateur perdu entre ses convictions, ses valeurs et son travail face à une armée de badauds qui ont reçu un M16 en plastique après avoir soufflé le gâteau à 5 000 calories où était apposée leur 5ème bougie.
Loin de moi à prendre la défense des autorités américaines durant ce blocus, ce qui m’a dérangé est justement l’aspect “ fiction “ qui a souvent pris le dessus. Certains personnages ont souvent manqué de profondeur, excepté les personnages principaux, tout comme les dialogues. Il m’est arrivé de regarder l’horloge : 14h30. Je sirotais mon Earl Grey dans mes pantoufles en me croyant presque devant un épisode de la Maison dans la Prairie sur M6 tant l’aspect téléfilm ressortait, notamment dans les deux premières épisodes. Je crois que finalement j’aurais préféré une série documentaire Netflix à la Making A Murderer pour ce genre d’événement. L’éternel insatisfait enverra une lettre manuscrite sur une feuille Diddl à Reed Hastings pour lui soumettre l’idée.
Au-delà de l’aspect fiction, Waco reste une série qui monte en gamme et gagne cependant en qualité. On passe des aigus fadasses et monotones du début de série pour monter crescendo dans les graves jusqu’au dernier épisode. Car oui, ce qui s’est passé ce 19 Avril 1993 est d’une gravité extrême et, un quart de siècle après, la société américaine n’a pas oublié cet événement qui a incombé à grand nombre de dirigeants et figures autoritaires. Bien qu’aucune information n’a été donnée concernant une potentielle diffusion française, cet article aura peut-être aguiché votre curiosité et vous aurez probablement envie de voir ces 51 jours (et plus) dans ce ranch au fond du Texas, de connaître cette bévue qui n’est malheureusement pas orpheline. C’est pas tout mais j’ai du pain spiritique sur la planche, j’ai un Mandat Cash à envoyer à Skippy.
Waco : Bande-annonce
Waco : Fiche technique
Créateurs : John Erick Dowdle, Drew Dowdle
Réalisation : John Erick Dowdle, Dennie Gordon
Scénario : Drew Dowdle, John Erick Dowdle, Gary W. Noesner, David Thibodeau, Leon Whiteson, Salvatore Stabile, Sarah Nicole Jones
Intérprétation : Michael Shannon (Gary Noesner), Taylor Kitsch (David Koresh), Andrea Riseborough (Judy Schneider), Paul Sparks (Steve Schneider), Rory Culkin (David Thibodeau), Shea Whigham (Mitch Decker), Melissa Benoist (Rachel Koresh), Julia Garner (Michele Jones)
Image : Todd McMullen
Musique : Jordan Gagne, Jeff Russo
Montage : Elliot Greenberg, Christopher Nelson
Direction Artistique : David Best, Billy W. Ray
Décors : Elaine O’Donnell
Costumes : Karyn Wagner
Production : Drew Dowdle, John Erick Dowdle, Kelly A. Manners, Megan Spanjian, Salvatore Stabile, Branden Cobb, Jennifer Malloy
Société de Production : Brothers Dowdle Productions
Genre : Drame – Histoire – Policier
Format : 47 minutes
Diffusion : Paramount Network
C’est le destin des plus grandes stars que de façonner leur propre récit à travers leur travail. S’il était encore nécessaire d’instruire le procès en vedettariat de Tom Cruise, il suffirait de constater à quel point chacun de ses films est scruté comme le nouvel épisode d’un feuilleton qui a démarré il y a 36 ans (et son rôle dans Taps d’Harold Becker) pour faire basculer le jury en sa faveur. C’est évidemment le cas de Mission Impossible: Fallout, en salles ce mercredi.
La légende du coureur de fonds
Alors que le concept de star se fossilise à mesure que les nouveaux postulats au statut se bousculent pour faire tenir leur vie dans leur compte Instagram, il y a encore un Tom Cruise pour nous rappeler ce que signifie construire une œuvre qui dépasse son nom tout en édifiant sa légende. Les autres font dans le sketch de mini-série, Tom tape dans la saga fleuve. Ils sont Caméra Café, il est l’Odyssée d’Homère. Oubliez les Simpsons : le record de longévité, c’est le Tom Cruise show qui le détient.
Dès lors, inutile de faire semblant que son nouveau film va parler d’autre chose que de lui justement. Ça fait trop longtemps que l’on a pris l’habitude de positionner l’exercice exégétique de ses films sur le terrain quasi-exclusif de sa persona pour prétendre le contraire. A plus forte raison avec le nouvel épisode de Mission Impossible, LE support du mythe par excellence. La seule continuité une franchise, c’était lui. Pas besoin de liant feuilletonesque quand on a déjà l’histoire d’un mogul à assumer, même en creux.
De fait, le voir aujourd’hui revenir avec Mission: Impossible Fallout, une suite directe du précédent laissait craindre les premières traces d’effritement du monument cruisien. Comme s’il avait fini par prendre la direction du vent après avoir maintenu son cap des années durant, imperturbable face aux changements climatiques qui rythment l’industrie dans laquelle il évolue. L’époque est bien trop pingre en personnalités bigger than life pour faire descendre la dernière digne de ce nom d’une Olympe devenue un îlot de solitude. Tom gagné par l’ennui propre aux géants qui évoluent dans une époque de nains? Oui et non. Pas tout à fait.
Le chevalier et son troubadour
Comme tout les grands récits, l’épopée cruisienne demande une certaine attention aux détails qui n’en sont pas pour comprendre ses revirements les plus stratégiques. De fait, le rebondissement majeur ayant secoué la galaxie de l’acteur ces dernières années (sur un plan professionnel s’entend) réside dans sa rencontre avec un homme : Christopher McQuarrie, le réalisateur et scénariste de Fallout, déjà en (double) poste sur Rogue Nation, le précédent. Les deux hommes se rencontrent en 2007 sur le tournage de Walkyrie de Bryan Singer, sur lequel McQuarrie officie en tant que scénariste. Ils aiment les mêmes films, partagent la même vision du cinéma et se révèlent en symbiose totale sur plateau.Depuis cette date, ils ne se quittent plus.
Pour preuve, leur collaboration va bien au-delà de leur filmographie commune (Jack Reacher, Rogue Nation et Fallout), puisque McQuarrie fait office de script-doctor plus ou moins officieux sur la plupart des projets sur lesquels la star tourne sans lui. Qui, surprise, se révèlent systématiquement moins bons que si le réalisateur-scénariste avait pris le projet en mains de A à Z.
Évidemment, les raisons qui président à la lune de miel artistique du couple dépasse les atomes crochus qu’ils ont pu se découvrir, et le « pourquoi McQuarrie ? » trouve une réponse sans équivoque dans la filmographie de l’ancien compère de Bryan Singer : l’homme n’a jamais fait que construire des légendes. Depuis Usual Suspects, film de la révélation pour lui (derrière la machine à écrire) et pour Singer (derrière la caméra), et acte de naissance de Keyzer Söze, l’une des figures criminelles les plus emblématique de ces dernières années. Même quand il joue en apparence la carte de l’iconoclasme existentialiste (Way of The Gun, son premier film en tant que réalisateur), c’était pour rappeler la propension du médium à édifier des icônes qui surplombent les aléas de la condition humaine.
Des hommes et un Dieu
On le comprend, pour un homme qui aime à bâtir des montagnes, l’ascension du sommet cruisien constitue une Piéta qui résiste à toutes tentations d’aller voir ailleurs pour l’acteur. McQuarrie n’a peut-être pas l’étoffe en tant que réalisateur des grands pourvoyeurs de mythes avec lesquels Tom Cruise a travaillé, mais l’intelligence conceptuelle qu’il déploie derrière un clavier rattrape cette maestria qu’il n’a pas (encore ?) derrière la caméra. C’est ce que ce n’est pas seulement l’icône en tant que tel qui façonne le travail de McQuarrie, et sa collaboration avec Cruise en particulier, mais le plaisir ludique et communicatif qu’il prends à mettre en exergue les ficelles qui président à sa construction.
Souvenez-vous de l’introduction de Jack Reacher : sur la base d’une dialectique jouissive entre transparence et opacité, Tom Cruise fait son entrée impromptue dans le bureau ou sont retracés oralement les états de service de son personnage. Comme s’il s’agissait de la conclusion d’un rituel incantatoire pour faire sortir Reacher de l’ombre. Tom Cruise n’était pas seulement intronisé par la caméra : il choisissait le moment d’apparaitre devant l’objectif. Brian de Palma, John Woo, Tony Scott, rien n’y fait : la légende n’aura jamais été aussi… légendaire qu’à cet instant. Les noces sont scellées. Le chevalier a trouvé son troubadour.
Ainsi, on peut suggérer qu’avant-même toutes considérations narratives justifiant la continuité entre Rogue Nation et Fallout, c’est la nature même de leur collaboration qui introduit le format feuilletonesque dans la franchise. D’autant que Fallout ne fait pas que prolonger Rogue Nation, il ramène tous les épisodes précédents dans son giron, se chargeant d’harmonier thématiquement et narrativement des films pourtant conçus pour ne pas ressembler à leur prédécesseur. Y compris celui-ci, qui prends consciemment le contre-pied de Rogue Nation à bien des égards.
Le plus grand chapiteau du monde
Ce dernier travaillait l’opacité, résistait à l’aura de sa star en mettant son personnage en échec, prenait le contre-pied du blockbuster moderne en proposant une action plus terre-à-terre, qui refusait de répondre systématiquement à une satisfaction immédiate. En comparaison, Fallout se montre plus « ouvert », plus transparent, assume l’instantanéité d’un spectacle bigger than life et revendique sa condition de spectacle vivant conditionné par la persona de son performer en chef. Quelque part, Fallout est aussi différent de Rogue Nation que des autres films de la franchise, et c’est justement ce qui lui permet de digérer leur héritage.
De ce point de vue, le film harmonise davantage que son prédécesseur les velléités de McQuarrie avec le cahier des charges dont il hérite, comme si le metteur en scène sous influence 70’s avait intégré le dialogue des régimes d’images contemporain dans son découpage. Une idée qui se cristallise dans les scènes d’actions dont les résonances de cinématiques de jeu-vidéo illustre parfaitement l’idée qui sous-tends cet épisode : Tom Cruise est le seul à pouvoir prendre le contrôle de l’avatar de Tom Cruise. De la même façon qu’Ethan Hunt est le seul capable de faire ce qu’il fait.
La montagne sur laquelle le personnage git, épuisé et à bout de ressources à la fin d’un climax d’anthologie, illustre cette logique d’un acteur qui se donne sans compter pour être à la hauteur de sa légende. Le mantra qui parcourt cet épisode, « Je trouverais bien » pourrait bien être ce que Cruise se répète à chaque fois qu’il se lance un nouveau défi insensé. Prendre les commandes d’un hélicoptère, le piloter à flanc de montagne, conduire à contre-sens sur la Concorde, sauter en parachute et atterrir en catastrophe sur l’Opéra ? « Je trouverais bien ».
Fidèle à cette idée, la caméra de McQuarrie compose la chanson de la star en temps réel, même s’il n’oublie pas de temps à autre de retourner aux fondamentaux de la licence (notamment de travailler le subterfuge du dispositif, à travers deux scènes de mises en boite parmi les plus réussies de toutes la franchise). Les plans les plus longs et les plus fluides possibles accompagnent physiquement Cruise dans sa mission impossible de dépassement permanent. De même, la construction du film en quelques blocs séquentiels renforce cette sensation de performance live produite dans la continuité. Dans l’idée, le spectacle de cette logistique insensé dédiée à un seul homme a même quelque chose d’intimidant; comme si le dieu Cruise faisait la démonstration de sa grandeur aux simples mortels que nous sommes.
Pour toi public
C’est là que l’on mesure toute l’importance de McQuarrie dans la pérennisation de la maison Cruise, et que l’on réalise la raison d’être de cette nouvelle continuité dans la saga. Au fond, être la tête d’affiche d’une franchise dans laquelle on était la véritable seule constante (en dehors des gimmicks de la licence et quelques protagonistes secondaires) d’épisodes en épisodes était le meilleur moyen de montrer que l’on ne dépendait de personnes. Que son propre mythe ne dépendait pas d’autrui, et surement pas d’un récit global qui ramènerait forcément sa place au rôle que l’on aurait à jouer en son sein.
Or, en édifiant rétroactivement une cosmogonie qui recouvre l’entièreté d’une saga jusqu’à présent sérielle (d’où l’aspect « best-of » de cet épisode qui reprends à son compte certaines péripéties emblématiques des films antérieurs) , McQuarrie place pour la première fois la grandeur de Cruise sous les jougs du regard de l’autre et d’un univers qui ne se réduit pas à lui. Il sort les Mission Impossible du terrain du « moi », avec lequel ses prédécesseurs devaient composer, pour placer la franchise sur le terrain du « nous ». Le cinéaste rend ainsi Ethan Hunt au monde dans lequel il a un rôle à jouer et Cruise à la fonction qu’il tient aujourd’hui : celui d’une locomotive inoxydable qui performe pour la gloire de son médium et, surtout pour le public qui vient le voir. C’est en cela que résonne le beau épilogue où les personnages secondaires, devenus indispensables que jamais dans le château MI (la mort de l’un provoque même un émotion non feinte), viennent célébrer Hunt non pas comme un surhomme, mais comme l’un des leurs. L’aveu est notifié et scellé devant notaire: aussi grand qu’il soit, Tom Cruise a besoin des autres. D’eux (l’équipe Mission Impossible). De nous (le public). De lui (Christopher McQuarrie).
Soyons clair : Tom Cruise est plus que jamais exceptionnel dans le long-métrage, au point de suggérer que le format IMAX a pratiquement été créé pour rendre justice à ses exploits. Mission : Impossible Fallout contribue indéniablement à forger la légende de l’acteur, et d’autant plus en la positionnant sur le terrain humaniste d’une narration totale qui inclut aussi le spectateur. Au fond, Fallout dresse le portrait d’un homme qui n’avait pas d’autres choix que d’être hors du commun pour trouver sa place dans le monde et qui, pour la première fois de sa carrière, paye sa dîme au reste de la tribu en posant pour la première fois un genou à terre à la fin de sa performance. Sans doute Tom Cruise s’est-il déjà montré plus brillant, mieux dirigé, plus inventif, plus audacieux, plus surprenant. Mais jamais il n’a été aussi humble dans sa grandeur. Rien que pour ça, Mission Impossible : Fallout s’impose comme le blockbuster de l’été, Tom Cruise comme le dernier grand de son époque, et Christopher McQuarrie comme l’apôtre qui aura rappelé au Messie sa condition de mortel.
Bande-annonce : Impossible – Fallout
SYNOPSIS : Les meilleures intentions finissent souvent par se retourner contre vous …Dans MISSION : IMPOSSIBLE – FALLOUT, Ethan Hunt (Tom Cruise), accompagné de son équipe de l’IMF –Impossible Mission Force (Alec Baldwin, Simon Pegg, Ving Rhames) et de quelques fidèles alliées (Rebecca Ferguson, Michelle Monaghan) sont lancés dans une course contre la montre, suite au terrible échec d’une mission.
Fiche Technique Mission : Impossible – Fallout
Réalisateur : Christopher McQuarrie
Scénariste : Christopher McQuarrie
Acteurs : Tom Cruise, Henry Cavill, Simon Pegg, Rebecca Ferguson, Ving Rhames, Sean Harris, Angela Bassett, Vanessa Kirby, Michelle Monaghan, Alec Baldwin, Wes Bentley, Frederick Schmidt, Henry Cavill, Angela Bassett…
Photographie : Rob Hardy
Montage : Eddie Hamilton
Musique : Joe Kraemer
Costumes : Jeffrey Kurland
Décors : Peter Wenham
Producteur : J.J. Abrams, Tom Cruise, Christopher McQuarrie, Jake Myers, David Ellison, Dana Goldberg pour Bad Robot, Skydance Productions, Paramount Pictures, TC Productions
Genre : Action, Espionnage
Distributeur : Paramount pictures
Durée : 2h28mn
Date de sortie : 1er août 2018
Images : Mission: Impossible – Fallout de Christopher McQuarrie. Copyright 2018 Paramount Pictures. All rights reserved.
La nouvelle série tant attendue de JJ. Abrams, a enfin fait ses débuts sur Hulu, jeudi 25 juillet. Au vue des deux premiers épisodes que nous avons pu visionner, Castle Rock est bien partie pour devenir le grand show de l’été conjuguant aisément le savoir faire d’ Abrams et le génie de Stephen King.
En l’absence de Game of thrones , la série grand spectacle de ces dernières années, il faut dire que cet été n’a pas été garni en divertissement. Mais la plateforme de streaming Hulu, qui héberge en son sein le phénomèneThe Handmaid’s Tale, a eu la bonne idée de proposer une série combinant deux grands génies créatifs : d’un coté JJ. Abrams, l’un des fondateurs de l’âge d’or des Séries TV, créateur d’un véritable mythe télévisuel avec Lost ; de l’autre Stephen King, monument de la pop-culture, qui fait l’objet en ce moment d’une renommée mondiale notamment au cinéma. Castle Rock est donc née de cette union. Cette série qui a pour ambition de rendre hommage à tout un pan de la littérature du King, est pour l’instant une pure réussite, intrigante et remplie de mystères.
Les showrunners ont tout compris au fonctionnement et à l’ambiance de l’oeuvre de Stephen King : dès le premier épisode on y sent une ambiance mortifère et lugubre qui rappelle des romans comme Ça ou Dead Zone. Pour tout lecteur assidu du maître de l’horreur, la description de la ville de Castle Rock lui sera familière, d’autant que la série utilise les mêmes éléments narratifs qu’adopte Stephen King dans ses livres : elle utilise d’abord une voix-off d’un personnage nous invitant à comprendre l’univers dans lequel on s’aventure. Ensuite, il y a cette volonté de nous expliquer à travers le passé, les tréfonds obscurs de Castle Rock. De ce fait l’hommage que rend la série à l’auteur de Carrie, n’est pas à mettre au crédit des différents clins d’œils qui traversent les épisodes ( la prison de Shawsawk, un personnage qui porte le nom de Torrance, le shérif Alan Pangborn) mais plus à la narration et à l’atmosphère qui évoque instantanément Stephen King. Cette immersion ne s’arrête pas là, car les personnages sont aussi reconnaissables et s’inscrivent avec leur mélancolie et leur étrangeté dans cet hommage. La série a donc de grands points communs avec Fargo, autre déclinaison de l’œuvre de grands auteurs.
La mise en scène reste sans génie, mais de facture classique dans le genre du thriller. Si la série ne nous effraie pas pour l’instant, elle nous intrigue énormément. Car à l’univers horrifique que met en place la série se succède une multitude d’événements et de mystères, qui nous tiennent en halène. Que ce soit les histoires lugubres qui se déroule dans la prison de Shawsawk avec Le Kid, ou bien le portrait inquiétant du personnage principal Henry Deaver, ou encore le destin terrifiant de Dale Lacy, la série multiplie un jeu de piste tordu qui alimente la fluidité du récit. Cette mécanique on l’a doit à un homme, J.J Abrams qui en tant que producteur exécutif du show, ressuscite les grandes heures de ses séries événements comme Alias et Lost, qui fonctionnaient sur cette même logique scénaristique.
Enfin, au niveau des personnages le réalisateur Michael Uppendhal ( Mad Men, Legion,) n’oublie jamais de centrer le récit au centre des personnages comme le fait Stephen King. Le casting composé de Andre Holland, Scott Gleen, Sissy Spacek ou encore Melanie Lynskey fonctionne parfaitement. La direction artistique est aussi au taquet permettant de cerner la noirceur de cette ville de Castle Rock. La nouvelle série d’Abrams est donc bien partie pour hanter nos douces nuits d’été. On a hâte de voir la suite.
Castle Rock : Bande-Annonce
https://youtu.be/gXsKCQenpt0
Castle Rock : Fiche Technique
Créateurs : J.J Abrams et Stephen King
Scénario : Sam Shaw et Dustin Thomason
Casting : Andre Holland, Scott Gleen, Sissy Spacek, Melanie Lynskey, Terry O’Quinn
Société de distribution : Hulu
Genre : Thriller
Durée : 45 à 57 minutes environs
Date de diffusion : jeudi 25 juillet 2018
nombre d’épisodes : 10