FEFFS 2018 Jour 5 : Cannibales, football et tête de forage

Arrivé à mi-chemin, le FEFFS nous montre cette année encore que les genres brassés sont nombreux. Il y en a même un qui se fait rare depuis la création du festival et qui se voit mis à l’honneur ce mardi, le film catastrophe avec la présence de Cutterhead en compétition. À côté du film danois, la langue portugaise est à l’affiche avec le brésilien Cannibal Club et le lusitanien Diamantino.

[Crossovers] The Cannibal Club

Réalisé par Guto Parente (Brésil) Date de sortie : Inconnue

Avec Ana Luiza Rios, Tavinho Teixeira, Ze Maria…

On connait le Brésil des favelas, notamment grâce au succès de La Cité de Dieu, mais on est moins familier avec la bourgeoisie du gigantesque pays sud-américain. Une bourgeoisie qui contraste énormément avec la grande pauvreté qui sévit dans le pays. Une disparité des classes que Guto Parente va mettre en scène ici de façon particulièrement sanguinolente. Comme le titre le laisse deviner, The Cannibal Club parle de cette classe de privilégiés qui se délectent des classes inférieures sous forme de barbak. Les vastes maisons luxueuses avec piscine cachent donc de sordides réunions où les riches s’amusent à observer leurs personnels coucher ensemble avant de les assassiner violemment et de les cuir. Le côté clinquant laisse alors place à un gore généreux.

Loin de filmer cela de manière froide et cynique, Parente s’amuse et n’hésite pas à convoquer le grotesque. La suite de péripéties continue à tourner cette classe huppée en dérision. Derrière leur côté intouchable, les riches font preuve d’une certaine paranoïa, faisant passer leur réputation avant tout, n’hésitant alors pas à s’éliminer les uns les autres. Sans tomber dans le jeu de massacre bête et méchant, The Cannibal Club est un thriller horrifique ne manquant pas de mordant. Une satire sociale qui prend parfois des airs grand-guignolesques mais qui ne perd jamais son cap.

[Compétition internationale] Cutterhead

Réalisé par Rasmus Kloster Bro (Danemark) Date de sortie : Inconnue

Avec Christine Sonderris, Kresimir Mikic, Samson Semere…

En voilà un lieu original pour situer l’action de son film ! Avec Cutterhead, le danois Rasmus Kloster Bro nous emmène sous terre au sein d’un tunnelier chargé de creuser une nouvelle ligne pour le métro. À l’intérieur, une photographe est envoyée afin tirer le portrait de ces hommes travaillant dans des conditions ressemblant à celles d’un sous-marin. Comme dit précédemment, le genre catastrophe est assez timide au FEFFS. Il faut dire que la plupart du temps ce type de films accouche de blockbusters insipides où le spectaculaire prône avant tout et le budget FX compte pour la moitié du coût de la production. Cutterhead est bien entendu loin de tout ça. Le premier film de Kloster Bro convoque autant le genre catastrophe que celui de l’horreur nous propulsant dans un climat anxiogène des plus efficaces.

Dès le début du film et la découverte de ces pièces exiguës qui composent le tunnelier, le sentiment de claustrophobie pointe le bout de son nez. Alors qu’un incendie commence à se propager, l’atmosphère va devenir de plus en plus pesante, obligeant Rie et deux ouvriers à se retrancher dans une lieu encore plus étroit à l’oxygène et à l’eau limités. Bientôt le mot d’ordre de chaque personnage devient la survie quitte à abandonner les autres. Les relations deviennent alors électriques tandis que le côté étouffant de la mise en scène continue d’asphyxier le spectateur. L’horreur se manifeste alors de manière psychologique. Cherchant au maximum à respecter le réalisme des conditions de vie dans l’engin, Klaster Bro a imposé à son équipe technique et ses acteurs un tournage particulièrement complexe et éprouvant. Le tout prend une tournure encore plus drastique alors que la lumière vient à manquer et que les survivants se retrouvent dans la tête de forage face à un mur de terre. Encore plus oppressant que Buried, lauréat de l’Octopus d’or en 2010, Cutterhead est à déconseiller à toute personne souffrant de claustrophobie. Pour les autres, vous risquez de vous découvrir une nouvelle peur.

https://www.youtube.com/watch?v=fh6sN753FGE

[Compétition internationale] Diamantino

Réalisé par Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt (Portugal, France) Date de sortie : 28 novembre 2018

Avec Carloto Cotta, Cleo Tavares, Anabela Moreira…

Un footballeur, des chiots géants, un couple d’espionnes, un laboratoire de clonage, difficile de résumer le pitch de Diamantino qui s’impose aisément comme l’OFNI de la sélection 2018. Le film du duo de cinéastes portugais n’est pourtant pas un simple délire what the fuck, arty et gratuit. Derrière son apparente superficialité, Diamantino cache plusieurs niveaux de lecture. De part le choix de son personnage, une espèce d’ersatz de Cristiano Ronaldo, lui ressemblant jusque dans la plastique, les réalisateurs jouent du cliché sur le footballeur un peu idiot et cassent les préjugés. Diamantino, malgré son QI d’un enfant de 10 ans, déborde d’humanité, contrastant avec l’égocentrisme de certaines stars exhibant un côté bling-bling. Diamantino est avant tout un portrait terriblement touchant d’un homme empathique qui se retrouve déconnecté du monde une fois qu’il n’est plus sur un terrain de football. Dans son innocence enfantine, il crée un univers rose peuplé de chiots poilus qui contraste avec la terrible crise politique que connait le Portugal.

Sous ces atouts surréalistes, Diamantino parle d’un problème bien plus tangible, celui de la montée du nationalisme dans le pays de la péninsule ibérique. Le footballeur va en effet se retrouver au sein d’un complot visant à le cloner pour permettre au pays de dominer le monde au travers du sport.  Même si le postulat est complètement abracadabrantesque, le message est on ne peut plus d’actualité, mettant en avant la crise des migrants. En utilisant un personnage naïf comme Diamantino, Abrantes et Schmidt arrivent à créer une certaine dichotomie entre le message politique terrifiant et les rebondissements hilarants survenant dans la vie de Diamantino, dont l’image publique est utilisée à de mauvaises fins. Complètement barré, jouant habilement de ce style baroque jusque dans sa mise en scène et ses effets kitschissimes, Diamantino n’est bien sûr pas fait pour tout le monde. Mais loin d’être juste un délire de petit malin, le film propose un discours engagé. Un vrai régal.

 

 

Festival

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