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Festival Lumière 2018 : Trouble Every Day de Claire Denis, la poésie du cannibalisme

L’une des personnalités honorées durant ce Festival Lumière 2018 est la réalisatrice et fantasque Claire Denis. Alors que son dernier film High Life nous a été présenté en avant première et sort bientôt en salle, il est temps de faire un petit retour en arrière pour se replonger dans les limbes de son film le plus mémorable: Trouble Every Day. Un film vampirique et sanguinolent d’une grande poésie  funèbre.

Timide, cherchant constamment à comprendre l’intime, Trouble Every Day vole de ses propres ailes, à l’image de ce simple foulard galopant dans l’air de Paris. Face à nous, une œuvre immergée alors dans une frustration latente voyant deux « vampires » malades qui essayent tant bien que mal de canaliser un démon carnivore qui grandit en eux. Directement, par sa construction fantomatique, la réalisatrice quadrille un cadenas dans les tentations pulsionnelles, un mal corporel qui empêche de faire ressortir le monstre qu’est l’humain, le calme avant la tempête. Claire Denis filme donc deux histoires distinctes, deux âmes en peine enchaînées malgré elles, pour ne pas qu’elles dévoilent leur véritable visage sanglant à leurs propres congénères.

Deux cannibales les nerfs à vifs propulsés dans une jungle humaine comestible. Par cette approche minimaliste, elle fait de ce soubresaut un rendez-vous manqué et meurtrier qui va alors composer un film de genre sans en être un où l’horreur peut être légère comme la simple rosée du matin. C’est donc par choix que l’effusion de sang devient secondaire malgré la fine radicalité dans certaines scènes de cannibalisme. Claire Denis pense, réfléchit à son ambiance douce calfeutrant ses personnages solitaires comme le faisait Sofia Coppola dans  Lost in Translation. La réalisatrice s’immisce dans l’addiction de la chair, du sang : une plus animale et haineuse (Béatrice Dalle) et l’autre plus humaine, teintée d’une compassion anxiogène (Vincent Gallo). Puis, une angoisse sourde parcourt ce film d’un amour paradoxal. Que cela soit dans cette chambre fermée à double tour, ou face à ces murs mystiques jonchés du sang d’un inconnu, Trouble Every Day a le souci du détail, de la chair, du grain de peau.

Shane part en voyage avec sa dulcinée pour une petite escapade en amoureux, essayant de panser ses plaies psychologiques. Il la regarde sans réellement la toucher par peur de partir en vrille et de commettre l’irréparable. Claire Denis crée une atmosphère apaisante mais maladive, amoureuse mais destructrice. Trouble Every Day est une étude de caractère schizophrène, un cri de douleur dans le silence, notamment à travers un Vincent Gallo impuissant, essayant de contenir ses pulsions morbides comme lorsqu’il se cache dans les toilettes de l’avion pour laisser s’égailler ses cauchemars les plus sordides. Il est un monstre, il le sait, on le sait, mais s’instaure à contrario une empathie quant à sa frustration amoureuse. Vincent Gallo, avec sa retenue et son regard à la fois envieux et triste, est fascinant de justesse. À l’image de la bande son magnétique des Tindersticks, poétique et mélancolique à souhait dont l’utilisation fait penser à celle de In the Mood for Love de Wong Kar Wai, Trouble Every Day n’est pas un film horrifique à proprement parlé, il garde ses codes de films d’auteurs lents et quasi mutiques.

Une odyssée lancinante avant une tempête faite de sensualité vorace, un lâché prise pénétrant. De l’autre côté de la ville, une femme est enfermée à double tour dans un pavillon de banlieue par un médecin mystérieux faisant des expériences sur sa propre nature. Enfermée parce que la nuit et le jour elle s’échappe pour avoir les faveurs d’hommes peu scrupuleux sur lesquels elle pourra assouvir sa soif de chair. Sentiment d’angoisse et d’immense s’empare d’elle durant ses meurtres presque involontaires. Trouble Every Day est lumineux, calme sous les déchirements de peau, terriblement humain devant l’horreur.

Machinalement, derrière son aspect dérangeant et glauque, le long métrage est souvent muet et la réalisatrice laisse divaguer sa caméra, sa photographie haletante sur les regards, sur les corps telles des proies notamment lorsqu’elle filme des scènes d’intimité où se mélange passion sexuelle et peur de perdre le contrôle face à cette bestialité sanguinaire. Avec des petits mouvements scéniques anodins mais somptueux, un montage sur les corps, sur le désir, sur les expressions, comme le prouvent ces dernières minutes parfaites de non-dits monstrueux, Claire Denis fait alors raisonner les battements de cœur de son œuvre mortifère.

Synopsis: Lors de son voyage de noces à Paris avec son épouse June, Shane Brown, un chercheur américain, part retrouver son ami Léo, un médecin français susceptible de le soulager d’un mal étrange.

Bande annonce – Trouble Every Day

Fiche Technique – Trouble Every Day

Réalisateur : Claire Denis
Scénario : Claire Denis et Jean Pol Fargeau
Interprétation : Béatrice Dalle, Vincent Gallo
Photographie : Agnès Godard
Distribution (France) : Rezo Films
Durée : 110 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 11 juillet 2001

Festival Lumière 2018 : High Life de Claire Denis, le corps cosmique

Après l’avant-première de Roma d’Alfonso Cuaron, le Festival Lumière nous offre sa deuxième surprise de la semaine avec High Life, le dernier film de Claire Denis. S’immisçant dans les contrées de la science-fiction, la cinéaste radicalise de nouveau son cinéma, pour nous présenter un film d’une autre espèce. Une œuvre hybride où la contemplation d’un environnement dégénératif côtoie les saillies viscérales de corps décharnés par les expériences. Difficilement classable, High Life pourrait rapidement déconcerter les néophytes de la cinéaste.

Dans une époque, lointaine ou pas si lointaine que cela, le gouvernement se sert de personnes condamnées à mort pour les envoyer dans l’espace s’affranchir de missions qui pourraient changer la phase du monde. Nous n’en savons pas plus, la réalisatrice, avec son épure habituelle, laisse place à l’imagination ou à l’interprétation de son spectateur. Ces missions-là, dans la trame narrative de High Life, seront très rapidement plus ou moins éludées pour laisser place au savoir faire visuel de la réalisatrice et mettre en perspective des thématiques qui lui sont propres : la représentation du corps et le désir dans sa marginalité.

Nous ne sommes pas dans First Man, Seul sur Mars ou dans Interstellar : l’espace et la science-fiction ne sont qu’un contexte, un décorum minimaliste, à la direction artistique proche des 80’s, qui accentue ce sentiment de solitude et qui sert de huis clos à la folie progressive des personnages. Un lieu au souffle court, qui capte parfaitement les idées d’apesanteur de Claire Denis avec ces silences lancinants et à faire ressentir le vide. Sans le montrer de manière grandiloquente, elle s’interroge grâce au futur sur l’humain de maintenant et son rapport à la technologie.

Cependant, le film déconcerte dès le départ : même habitué au style de Claire Denis avec sa mise en scène contemplative et son rythme anémique, il est parfois difficile de se confronter aux premières minutes belles mais déjà pessimistes de ce film qui voit Robert Pattinson, seul avec sa fille, dans une station où ils essayent de survivre dans un quotidien bien morne. Puis par l’idée du montage, High Life rebrousse chemin pour nous expliquer ce qu’il s’est passé en amont, avec des résonances floues, sanguinolentes et commence tout doucement à prendre son envol. On voit quelques bribes de passé sur la terre ferme des condamnés à mort et la raison pour laquelle ils ont été sur cette station : des rebuts de la société, envoyés comme de la chair à canon dans l’espace.

Le terme est intéressant, car dans cette station, ces hommes et femmes ne seront vus que comme des corps jetables, suivant le cycle de recyclage de leurs semences et seront considérés comme des enveloppes à reproduire. Ce malaxage esthétique de la chair, cette récupération des fluides, notamment le sperme, voit Claire Denis et son scénariste Jean Pol Fargeau s’intéresser sur la connexion humaine, sa relativité et l’ambivalence de la reproductibilité et le désir. Ce parti pris est caractérisé notamment par le médecin, incarné par une Juliette Binoche habitée, qui cohorte toute cette troupe de vagabonds. Médecin ou plutôt sorcière chamanique aux longs cheveux noirs, qui s’octroie le droit de vie sur ses congénères, est presque l’épicentre même du film.

C’est à travers ce personnage que toute la sève de l’œuvre prend forme : il est impossible de ne pas parler de cette fantastique scène dans la « box du sexe » où Juliette Binoche s’adonne à des plaisirs personnels. Scène organique, sensorielle au possible, qui se rapproche de l’esthétique d’un Philippe Grandrieux où l’on voit les stigmates subis par son corps et où l’on comprend toutes ses motivations sur la natalité.

High Life, se rapproche plus d’un Trouble Every Day (le désir et l’humain comme tabous) ou d’un Les salauds (la violence faite aux femmes) plutôt que sa dernière incartade dans la comédie qu’est Un beau soleil intérieur : antipathique, froid, violent et cynique au plus au point, cette odyssée spatiale au rythme délétère, pourrait en laisser plus d’un sur le carreau, tant l’épure est le maitre mot d’un film qui prend des allures de survival aliéné aux multiples visions cauchemardesques.

C’est un film de Claire Denis dans le texte où elle s’amuse et prend un malin plaisir à faire déambuler sa caméra dans des couloirs bleutés ou rougeâtres, aime faire réfléchir les regards pour se faire éclater la déviance de ses personnages, et épuise au maximum le rythme de son film pour iconiser le surgissement de la violence.

Synopsis: Un groupe de criminels condamnés à mort accepte de participer à une mission spatiale gouvernementale, dont l’objectif est de trouver des sources d’énergie alternatives, et de prendre part à des expériences de reproduction…

Bande annonce – High Life

Fiche technique – High Life

Réalisateur : Claire Denis
Scénario : Claire Denis et Jean Pol Fargeau
Interprétation : Robert Pattinson, Juliette Binoche, Mia Goth
Photographie : Yorick Le Saux
Maisons de production : Pandora Film Produktion, Alcatraz Films, The Apocalypse Films Company, Madants,
Distribution (France) : Wild bunch Distribution
Durée : 110 min.
Genre : SF
Date de sortie : 7 novembre 2018

Festival Lumière 2018 : Roma d’Alfonso Cuaron, la nostalgie du passé

Honoré durant ce festival lumière 2018, Alfonso Cuaron en a profité pour nous présenter en avant-première et en salle de cinéma, son dernier film produit par Netflix, Roma. Après le succès monstrueux de Gravity, le mexicain délaisse les énormes studios américains pour se remémorer les souvenirs du Mexique des années 1970 qu’il a connu durant sa jeunesse. Ode à la nostalgie, déclaration d’amour aux femmes, Roma est l’itinéraire d’une famille unie malgré la dislocation et le portrait d’un pays foisonnant de diversité malgré les éruptions sociales violentes.

Roma est typiquement le genre de film intime, personnel où le réalisateur se sent enfin prêt à se livrer sur la pellicule. Tellement, qu’il s’est lui même occupé aussi du scénario, de la photographie et du montage du film. Après Gravity, et sa grandiloquence visuelle mémorable, quoi de mieux que de retourner aux sources, pour enfin essayer de déchiffrer une partie de sa vie. Roma n’est pas à proprement parler autobiographique, mais s’inspire selon le réalisateur, de beaucoup d’éléments de son enfance et suit le quotidien d’une femme de maison, Cléo. Et cela se voit à l’écran tellement on ressent une douceur, une bienveillante avec laquelle la caméra scrute délicatement les personnages. Alfonso Cuaron délaisse la pesanteur étouffante de Gravity, la noirceur baroque de Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban ou l’urgence mortifère de Les Fils de l’Homme.

Cette fois ci, Roma est une ballade douce et amère, dramatique et héroïque. Les mouvements de caméra se font plus légers, les travellings plus lancinants, aimantés par les détails de la maison familiale laissant la petite famille rigoler, se déchirer ou courir de tous les côtés. Roma est une mosaïque de moments de vie, d’une épouse laissée à l’abandon, tout comme sa femme de maison lâchée par son compagnon après l’annonce de sa grossesse. De ce noir et blanc puissant et évocateur, Alfonso Cuaron se saisit une nouvelle fois de ses thèmes de prédilection avec un humanisme débordant : l’amour, la renaissance et l’espoir.

À travers ces notions, il construit des héroïnes du quotidien, parfois balbutiantes et isolées face à une masculinité absente et menaçante, mais toujours les pieds sur terre pour faire grandir la petite famille. Il est intéressant de voir qu’on passe d’une scène à une autre, avec une grande fluidité, sans que l’on sache où le film va nous amener : comme si le cinéaste s’était détaché de toute entrave scénaristique, et nous montrait des bribes de souvenirs, des disputes entre enfants, des accolades réconfortantes, ou des ricanements entre filles.

Cependant, le cinéaste ne s’arrête pas au simple horizon de ses personnages, et comme à son habitude, adore construire un environnement riche en détails, tant au premier plan de son cadre, qu’à l’arrière-plan. Il dessine, avec tendresse les murs d’une maison aux allures aisées, se souvient de ces grandes salles de cinéma qui ont construit sa cinéphilie, ou de ces petits restaurants en famille, de cette mer matricielle symbolisant la renaissance, mais du même côté n’oublie pas les bidonvilles vagabonds de ces petites gens sauvées par les arts martiaux et la horde sociale qui rugit et se meurt par le feu. La puissance de Roma, ne provient pas seulement de ses personnages, mais aussi de cette représentation esthétique du Mexique, évocatrice et symbolique sans que le cinéaste prenne parti ou immisce une quelconque revendication militante.

Alors qu’on avait quitté Alfonso Cuaron avec deux films à l’urgence immersive, Roma est un regard en arrière nostalgique, non sans douleur, qui s’avère d’une humilité déchirante, d’une empathie communicatrice où le réalisme devient naturalisme. À chaque recoin du cadre, à chaque mouvement de caméra, on imagine l’enfant qu’était Alfonso Cuaron en train de se souvenir de sa propre vie construisant mentalement son propre roman photo et rendant hommage aux femmes qui ont fait l’homme qu’il est devenu.

Synopsis: Ce film fait la chronique d’une année tumultueuse dans la vie d’une famille de la classe moyenne à Mexico au début des années 1970.

Bande annonce – Roma

https://www.youtube.com/watch?v=ColFKJzVvkk

Fiche technique – Roma

Réalisateur : Alfonso Cuaron
Scénariste : Alfonso Cuaron
Photographie : Alfonso Cuaron
Montage : Alfonso Cuaron
Productions: Participant Media
Genre : Action, Espionnage
Distributeur : Netflix France
Durée : 2h15mn

Festival Lumière 2018 : Alfonso Cuaron, l’immersion de l’humain

Le festival Lumière 2018 part en trombe et dévoile l’éventail de son programme éclectique et d’une richesse cinématographique certaine. Cette année, les cinéastes qui aiment utiliser l’image et le cadre à des fins de réceptacle à la narration, qui épousent l’esthétisme parfois à outrance pour magnifier l’environnement de leur film sont mis à l’honneur : après avoir parlé de Claire Denis, nous pouvons nous pencher sur Alfonso Cuaron. Réalisateur mexicain habitué des plans-séquences, qui nous présentera en avant-première pendant le festival, son dernier film Roma.

Alors que Claire Denis, elle, avait une attache particulière au désir et à la sensualité marginale du corps, Alfonso Cuaron est un réalisateur à l’humanisme un peu plus exacerbé et où l’immersion est le maitre mot de la dimension même qu’il veut donner à son cinéma. Humanisme, car si l’on gratte le vernis d’une mise en scène tentaculaire, se cache un réalisateur qui a un amour assez fou pour ses personnages. La première notion qui nous vient en tête en pensant aux films du cinéaste est le terme « survie ». La survie est une variable qui anime les pulsations visuelles et narratives de ses films : que ça soit la jeunesse débridée de Et…ta mère aussi, de Harry Potter face aux « détraqueurs », de cette jeune mère dans Les fils de l’Homme et surtout cette astronaute dans Gravity. Cette survie, qui est autant sociale que vitale, amoureuse que familiale, pousse les personnages d’Alfonso Cuaron dans leur dernier retranchement, à se poser des questions existentielles, leur fait toucher du doigt le labeur de la vie et les amène vers des contrées vertueuses de dépassement de soi, pour combattre un deuil ou se mettre sur la voie d’une renaissance personnelle.

Gravity et Les Fils de l’Homme en sont le plus bel exemple car ils matérialisent le fait que l’humain et sa condition sont au cœur de la synergie même du cinéma du mexicain : soit par un réalisme proche du documentarisme ou soit par la métaphore visuelle. Pourtant, nous pourrions facilement croire qu’un esthète de sa trempe puisse se soucier guère de l’écriture de ses personnages. Cependant, derrière des plans-séquences impressionnants, une pyrotechnie d’effets merveilleux (comme sur Gravity), cette magie de la mise en scène comme si nous étions dans une séance de parc d’attractions, c’est l’image et cet environnement visuellement terrassant qui suivent avec une attention bienveillante le cheminement des protagonistes.

La caméra et le personnage ne font qu’un : ce qui donne une urgence tangible aux films d’Alfonso Cuaron, chose rare dans le cinéma actuel, grâce notamment à l’aide de son directeur de photographie Emmanuel Lubezki, qui travaille également pour Alejandro González Inárritu et Terrence Malick. Là où Malick est plus céleste et contemplatif dans sa démarche, là où Inárritu se veut plus rationnel et psychologique dans sa manière d’appréhender les angles de vue de Lubezki, c’est l’énergie vitale et l’immersion physique qui gouverne dans les films d’Alfonso Cuaron. Le ressenti du spectateur, l’expérience presque organique que l’on perçoit devant un film d’Alfonso Cuaron est assez prodigieuse. Cette qualité de montage, ce perfectionnisme, cette logistique sur la temporalité ou même cette aptitude à immerger le spectateur dans un espace restreint diffusent l’émotion dramatique qui émane de ses œuvres.

Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban avait déjà prouvé la facilité déconcertante du réalisateur à imbriquer les codes du blockbuster, qui sont parfois ceux du pur divertissement, avec ses velléités d’auteur. Ce qui lui permet de jouer avec les genres cinématographiques avec la plus grande des singularités, allant du post apocalyptique, la science-fiction ou même le road movie.  Il arrive ainsi, par exemple, à revitaliser une franchise comme celle des Harry Potter, en donnant au troisième opus un esprit presque gothique et une ambiance baroque. La linéarité du scénario de ses films n’est qu’un écran de fumée, comme dans Et…ta mère aussi, et dévoile une mise en scène au service de l’humain, où l’espoir devient l’arme principale pour vaincre les obstacles de la vie.

Festival Lumière 2018 : Les Fils de l’Homme d’Alfonso Cuaron, une dystopie incroyablement réaliste

Le Festival Lumière 2018 vient de démarrer, et une fois encore, il nous propose un riche éventail de films à découvrir ou à redécouvrir. A commencer par l’un des films les plus importants du début des années 2000 : Les Fils de l’Homme d’Alfonso Cuaron. Pamphlet politique sur la survie de l’humanité, film d’anticipation dystopique, fin du monde annoncée, film de guérilla urbaine, cette œuvre est d’une profondeur de champ incontestable.

Le coup de maître du film se mesure à plusieurs niveaux. Premièrement, par son récit qui mêle la petite histoire à la grande Histoire : là où l’avenir d’un seul être pourrait changer le sort de l’humanité. Dans une période dystopique où l’humanité se meurt, se déchire, par la guerre, le terrorisme ou les maladies, l’Homme est devenu infertile et court à se perte. Heureusement, une femme est miraculeusement tombée enceinte et devient un joyau qui se doit d’être protégé, caché des instrumentalisations et autres velléités politiques et gouvernementales. Surtout dans une société britannique militariste qui chasse et tue les migrants dans des « camps de concentration ».

De par son univers à la fois futuriste, presque post-apocalyptique sur certains plans, mais aussi très proche de la réalité dans laquelle nous vivons ou d’une réalité pas si lointaine, Les Fils de L’Homme nous permet de nous identifier très facilement à ce contexte social et sociétal mouvementé et en dégringolade totale. Derrière sa maîtrise formelle, qui est l’atout majeur du film et son épicentre cinématographique, le film arrive à tirer son épingle du jeu par l’intelligence de son propos et par sa capacité à traiter de nombreux sujets d’actualité avec pertinence (communautarisme, immigration, croyance en Dieu, liaison entre activisme et terrorisme). Comme The Handmaid’s Tale, adapté récemment en série, Les Fils de L’homme utilise le miroir d’une société d’anticipation pour mettre en exergue les problèmes auxquels nous devons faire face de nos jours.

Là où les riches sont isolés et indifférents aux pauvres, là où chaque religion crie son bien fondé à chaque coin de rue, là où le désert affectif est devenu une gageure, le tissu social s’est effondré dans ce monde futur, rendant chaque endroit potentiellement dangereux. Des films dystopiques, des œuvres proches de la science-fiction qui se réapproprient le présent, ce n’est pas forcément ce qui manque dans le paysage littéraire ou audiovisuel. Alors, pourquoi Les Fils de L’Homme est-il aussi impressionnant et mérite-t-il qu’on s’y attarde un peu plus ? Sa mise en scène tout en plan séquence. Au-delà de sa virtuosité, de la beauté de sa photographie grisâtre qui rend honneur à cet environnement en déliquescence, de ses nombreuses scènes de bravoure de guerre, l’utilisation même du plan séquence permet une immersion qui n’a pas son pareil.

Une cohérence entre le fond et la forme, qui permet au film de capter la puissance même de son sujet. L’urgence de la situation est admirablement bien retranscrite par cette réalisation qui joue parfaitement avec la notion de temporalité, et qui accentue encore la tension qui émane du récit. D’une histoire fictionnée, Alfonso Cuaron signe un pamphlet palpable, dessine une zone de guerre plus vraie que nature, comme si la caméra provenait d’une source amateure ou d’un journaliste en train de nous faire visionner un reportage de guerre. C’est de cette capacité à agripper le réel, à afficher un réalisme chorégraphié par le plan séquence, cette continuité sans relâche dans la construction du récit, que la mise en scène prend toute sa force. On ne demande pas forcément à une mise en scène qu’elle soit esthétique, mais qu’elle enrichisse l’œuvre : le film ne tombe jamais dans le vide, la mise en scène devient elle-même un réceptacle à l’information et au discours politique du film.

Synopsis: Dans une société futuriste où les êtres humains ne parviennent plus à se reproduire, l’annonce de la mort de la plus jeune personne, âgée de 18 ans, met la population en émoi. Au même moment, une femme tombe enceinte – un fait qui ne s’est pas produit depuis une vingtaine d’années – et devient par la même occasion la personne la plus enviée et la plus recherchée de la Terre. Un homme est chargé de sa protection…

Bande annonce – Les fils de l’Homme

Fiche technique – Les fils de l’Homme

Réalisateur : Alfonso Cuaron
Photographie : Emmanuel Lubezki
Sociétés de production: Universal Pictures
Distributeur : United International Pictures
Durée : 110 minutes
Genre : Thriller/Anticipation
Date de sortie : 18 octobre 2006

Ghoul : la mini-série indienne Netflix qui en a une belle

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Vous pensez que l’Inde ne fait que des telenovelas cheap avec des effets spéciaux dignes d’un projet de cinéma de CE1 d’Angoulême ? Alors préparez-vous à changer d’avis avec Netflix et sa mini-série Ghoul.  

Another BRICS in the wall. Netflix a bien retenu ses cours d’histoire-géographie puisqu’elle a saisi que le développement de sa marque et du mur de contenus aux quatre coins du globe se ferait par des productions dans des pays en développement. Bien que le géant américain ne se soit pas encore incrusté chez ces bons vieux Poutine et Xi Jinping (À quand la Guerre Froide du Divertissement ?), ou encore même en Afrique du Sud, elle a déjà conquis le Brésil avec sa série 3%, sortie en 2016.

Depuis, le producteur mastodonte s’est aventuré en terre indienne avec Sacred Games. Avec la deuxième population mondiale, l’Inde s’apparente comme le pays idéal pour un développement du divertissement, d’autant plus quand la Chine vous bloque l’accès. Fin Juillet sort donc une mini-série horrifique en 3 parties sur la Goule, une sorte de Djinn créature issue de la mythologie arabe et perse. Un synopsis simple pour une série courte : une nouvelle interrogatrice arrive dans une prison secrète servant de lieu d’interrogatoire au fin fond d’une Inde futuriste et totalitaire. Mais tous les détenus ne semblent pas être humains.

Amateur de cuisine indienne et toujours prêt pour une soirée d’horreur, il n’en fallait pas plus pour me faire livrer à manger ! Alors à table pour déguster ce met indien concocté par le chef Patrick Graham, et अच्छी भूख (Google Traduction est ton ami).

Une ambiance presque parfaite

Un film d’horreur sans ambiance, c’est comme Nadine Morano dans un mariage sénégalais. Ça peut faire peur, mais c’est pas crédible. La mini-série indienne des producteurs de Get Out ne lésine pas sur les moyens concernant cet aspect, malgré seulement 3 épisodes.  

À peine les samosas sabzi servis sur ma table basse que la série débute avec un raid militaire dans un lieu délabré et sombre, se projetant presque dans une session d’Urbex qui a dégénéré en partie d’airsoft. Le GIGN hindou avance doucement mais sûrement, l’équipe d’en face semble quelque peu désemparée. Le match est clairement déséquilibré quand on aperçoit un homme tout chétif tituber vers l’escouade militaire pour leur prononcer ces mots : “ Tout le monde est mort “.

Tout aurait pu s’arrêter sur ce forfait, mais c’était sans compter sur la jolie scarification qu’avait sur le bidou le pauvre jeune homme et la détermination de la brigade pour trouver leur cible : Ali Saeed. L’escouade progresse jusqu’à le trouver. Et là, sans animosité, il va marmonner quelques sombres paroles pour convaincre le leader, d’une facilité déconcertante, dans une salle dont la pénombre nous rappelle nos sombres cauchemars enfantins.

Et c’en est fini pour «l’horreur» du premier épisode. Ces 7 premières minutes auront pour but de vous mettre l’eau à la bouche et un peu de Djinn dans les tripes. S’en suit sur la totalité de l’épisode un flash-back d’un mois pour instaurer le cadre.

Nous sommes dans une dystopie indienne, où l’on pratique des autodafés qui ne sont pas sans rappeler, à demi-mesure bien entendu, ceux du 10 Mai 1933 procédés par les nazis. Et, de fil en aiguille, on y découvre un milieu où règne un régime totalitaire, l’Armée, jugeant les écrits comme séditieux et procédant à des actes “ nécessaires “ pour les individus ayant besoin de “ rééducation “.

C’est ainsi en tout cas que les qualifient Nida, le personnage principal, endoctrinée par l’Académie, les SS indiens, au grand dam de son père, professeur de philosophie, qui lui fuit son foyer avec ses notes de cours. Désaccord qui aboutira à une vilaine délation de la part de Nida, ajoutant un aspect encore plus inhumain à cet environnement bien que trop connu dans nos livres d’histoires et dans la mémoire de nos aïeuls.

L’histoire se poursuit avec cette Nida qui, grâce à son éducation reçue à l’Académie, se verra être emmenée en mission au Meghdoot 31, un centre d’interrogatoire avancé. Le cadre cellulaire de la prison qui n’a “ qu’une seule porte d’entrée et de sortie “ et dont les routes inondées signent comme un piège au spectateur : après un petit tour dans cette néo-Inde totalitaire, le tchou-tchou touristique s’arrête en gare carcérale pour nous laisser confinés dans cet environnement qui demeure assez similaire à l’ambiance mortifère et sadique de Saw.

La lumière est très bien maîtrisée et n’a rien à envier aux meilleures productions du genre, affaiblissant nos iris pour nous imaginer être dans la peau de ces (pauvres) personnages. On se projetterait presque dans une partie de Resident Evil, manette à la main prêt à casser des crânes. La BO, lourde, est utilisée aux moments opportuns et ne dégrade en rien les tensions oscillatoires.

À noter également que certains acteurs indiens ne recevront pas de distinctions internationales tant qu’ils surjoueront autant que ne peut le faire Neymar sur un terrain de football (Coucou Ratnabali Bhattacharjee).

Après le visionnage de ce premier épisode, il est vrai qu’il est assez difficile de se projeter dans l’horreur, et l’on reste aussi sceptique sur la dimension terrifique à venir. Il n’empêche qu’on ne peut enlever à la série de vouloir prendre son temps et de placer un environnement totalitaire pesant au détriment d’une narration aussi soporifique qu’un débat sur “ Qui est le plus beau entre Henry Fonda et Charlton Heston ? “ dans une maison de retraite.

Votre créature : avec ou sans badassitude ?

Avec un poulet tikka masala accompagné de son environnement si calfeutré, il aurait été dommage d’avoir Tinki Winki en tant que figure menaçante dans cette mini-série des producteurs de Paranormal Activity. Que les aficionados du genre se rassurent, le Ghoul vous mettra autant la pression qu’un huissier au pas de votre porte. Issue de la mythologie arabe et perse, cette créature a pour particularité de changer de forme comme Manuel Valls de veste, prenant souvent l’aspect d’une hyène ou d’une femme dans les contes de Mille Et Une Nuits. Charognard avide de chair humaine, cette classe de djinn profite de ses pouvoirs pour assouvir ses besoins. Quoi de mieux donc d’une créature métamorphe pour ajouter une pincée de sel dans ce bol d’inquiétude ambiante ?

Et là intervient justement la subtilité et la jonction entre l’environnement et la créature. À l’instar des dernières productions du genre, comme The Terror, on se joue de la perception du spectateur afin de créer un film horrifique d’ambiance. Il vous faudra attendre la moitié de la série pour rentrer dans le vif du sujet et constater le réel potentiel de cette menace lors d’une scène d’interrogatoire aussi absorbante qu’une conférence gesticulée de Franck Lepage. Cette scène annonce le tournant et plonge (enfin) le spectateur dans l’horreur.

Mêlant langue araméenne et torture à la Guantanamo, la classique opposition du tortionnaire dominé et du torturé dominant fait mouche. À coup de provocations et avec un sang froid digne d’un Heisenberg des grands soirs, le duel psychologique débute et la tension monte crescendo à la hauteur d’un débat présidentiel Marine Le Pen vs Jean-Luc Mélenchon.

Côté peur, ne vous attendez pas à sauter du lit non plus. Rares sont les moments où la Goule montre la sienne. Cependant, le peu de fois sont convaincantes, notamment sur le premier protagoniste terroriste. C’est sur sa raréfaction qu’elle l’est justement, tout autant que son maquillage blafard et la noirceur de ses rétines symptomatiques de la possession vous plongera dans les bras d’Hadès.

N’espérez pas non plus une escalade de violence qui peut vite devenir vicieuse. Au-delà de quelques brefs passages sanguins où l’on devine qu’on n’est pas loin du festival espagnol de la tomate, la mini-série des producteurs d’Insidious sait jouer sur l’imaginaire du spectateur pour ne pas surjouer dans le gore à la Saw. Pas de quoi en perdre la tête donc, sauf pour certains …

J’ai apporté la critique sociétale

Le kulfi servi, c’est presque l’heure de passer à l’addition. Avec un fin qui ne nous laisse pas sur notre faim, notre gourmandise nous ferait presque demander une saison 2 à Netlflix tant elle ouvre l’appétit. Mais il y a ce petit goût qui reste en bouche, celui d’une mini-série qui profiterait de l’horreur pour nous faire cogiter sur une critique plus profonde, au-delà d’un simple divertissement terrifique.

La créature aura joué sur la psychologie des personnages pour les faire sortir de leurs gonds, en sachant appuyer là où ça fait mal : dans son for intérieur et dans les secrets qui y sont enfouis. La culpabilité joue une place prédominante dans le pouvoir de la créature, allant même jusqu’à les manipuler pour faire ressortir leurs instincts les plus primitifs. Et si l’on se penche au-delà de la trame horrifique, il y a, à mon avis, un vrai message sociétal contemporain, même si Patrick Graham insiste sur le fait qu’aucun groupe social n’est visé.

J’énonçais en introduction mes cours d’histoire-géographie, alors faisons-en un concis pour comprendre le contexte géopolitique. Depuis des siècles, la frontière entre l’Inde et le Pakistan est une vraie poudrière. L’Inde, bien que constitutionnellement laïc, entretient une rivalité ancestrale voire une haine viscérale avec son voisin pakistanais où l’Islam est la première religion et ce depuis les dynasties présentes bien avant la colonisation. Ces rivalités religieuses s’étalent dans d’autres domaines : culturels, économiques et sociologiques entre autres.

La subtilité provient de cette double-culpabilité : celle qui est instaurée pendant les interrogatoires, qui sert le récit et font agir les protagonistes à leur insu dans une dystopie qui ne semble pas avoir fait table rase du passé, bien au contraire. Et celle sous-jacente, bien réelle et qui conserve des tensions ancrées dans les mœurs de cette région du monde.

La question n’est pas de savoir si la faute est jetée à l’Inde avec sa stratification sociale en castes ou le Pakistan avec ses nombreuses attaques depuis les dernières décennies (l’incendie du 27 Février 2002 à Godhra, l’attaque à la bombe du 25 Mars 2003 et les attaques terroriste du groupe des Moudjahidin du Deccan en Novembre 2008 à Bombay ou bien le triple attentat du 7 Mars 2006 à Bénarès) mais à des tréfonds bien plus universels tels que sont les vices humains.

En effet, Ali Saeed est désigné comme terroriste musulman et Nida est quant à elle une membre lobotomisée de l’Armée. De ce côté-là, c’est un match nul pour la connerie humaine. Mais elle peut nous interroger sur « Comment réagirais-je dans un cas si extrême auquel le personnage est confronté ? ». Car comme disait Yoda : la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine mène à la souffrance. Et c’est cette escalade d’émotions négatives qui obligent les esprits les plus pervers à jouir de leur statut, d’autant plus dans un régime totalitaire. Et c’est ce qui est soumis dans cette scène d’interrogatoire qui finit en contrôle technique avec pinces crocodile et barbecue pakistanais.

Et c’est la question que l’on peut se poser. Si l’on en suit l’étymologie, terroriste provient du mot terreur (assez logique en soit). Dans une mini-série où la terreur prend place dans le corps d’un terroriste, ne serait-ce pas là confronter le spectateur à son jugement et ses réactions face à la peur de la terreur ? Se mettre face à lui-même et dans la peau du tortionnaire pour constater si oui ou non la peur atténue la violence en cas de domination ? Question philosophique à laquelle aurait pu répondre le père de Nida si son apparition n’avait pas été aussi courte que celle de Ned Stark dans Game Of Thrones.

En conclusion, Netflix a plus que réussi son pari et a bien flairé le filon Bolywood pour produire ses contenus sur le continent asiatique, qui plus est dans un registre horrifique qui lui sied comme un gant. Le choix d’une mini-série paraît est même très judicieux puisqu’une soirée (ou un repas même) suffira pour visionner Ghoul d’une traite. En attendant le digestif, un peu de Djinn ne serait pas de refus pour une deuxième tournée.

Ghoul : Bande-annonce

Ghoul : Fiche Technique

Créateurs : Patrick Graham
Réalisation : Patrick Graham
Scénario : Patrick Graham, Kartik Kirshnan, Sarang Sathaye
Interprétation : Manav Kaul (Colonel Sunil Dacunha), Radhika Apte (Nida Rahim), Rohit Pathak (Capt. Lamba), Ratnabali Bhattacharjee (Laxmi Das), Sunil Soni (Ray), Kailash Kumar (Rajan), Harry Parmar (Gupta), Mahesh Balraj (Ali Saeed)
Image : Jay Oza, Jay I. Patel
Musique : Naren Chandavarkar, Benedict Taylor
Montage : Nitin Baid, Patrick Graham
Direction Artistique :
Costumes : Shruti Kapoor
Production : Jaso Blum, Dipa de Motwane, Tanvi Gandhi, Michael Hogan, Kilian Kerwin, Madhu Mantena Varma
Société de Production : Blumhouse Productions, Invahoe Pictures, Phantom Films
Genre : Drame, Fantaisie, Horreur, Science-Fiction
Format : 45 minutes
Diffusion : Netflix

Festival Lumière 2018 : Claire Denis, une cinéaste du corps et de l’image

Du 13 octobre au 21 octobre 2018, le Festival Lumière de Lyon réouvre ses portes. Une occasion pour nous, de se remémorer des souvenirs de cinéma et de se replonger dans la filmographie de certains artistes mis en valeur cette année. Aujourd’hui plongeons nous dans l’univers brumeux et contemplatif de Claire Denis, qui présentera en avant-première cette semaine son dernier film, High Life.

Claire Denis est aventureuse. Elle exploite la moindre parcelle du cinéma pour l’irriguer de sa personnalité, de son envie de profondeur de champ qui s’exprime par le trouble. Loin des carcans que peut nous offrir le cinéma français en général, la cinéaste, un peu comme Gaspar Noé, même si ce n’est pas le même style, se sert de la caméra pour hypnotiser son auditoire et lui faire ressentir la marginalité vagabonde de la plupart de ses protagonistes : allant des cannibales mélancoliques de Trouble Every Day aux militaires renfermés aux désirs inavoués de Beau Travail en passant par cette amoureuse en perdition et hilare dans Un beau soleil intérieur.

C’est fascinant de voir à quel point Claire Denis sait changer de registre dans sa manière d’accompagner l’errement de ses personnages. La cinéaste est capable de se muer dans le cinéma de genre pour ouvrir son regard d’auteur. Là où l’image aime souvent se rapprocher des corps, scruter la chair dans ce qu’elle a de plus déstructurée et sanguinolente, voir l’enveloppe corporelle décharnée comme un magma bouillonnant de pulsions et de mouvements, les films de Claire Denis prennent aussi ce contre-pied organique par le biais du rythme.

Souvent lancinant, crépusculaire, ce décalage rythmique laisse l’environnement citadin (Trouble Every Day) ou Africain (Chocolat ou White Material) respirer et s’étendre, permettant de s’enrouler autour d’ombres et d’isoler les protagonistes comme s’ils étaient dans un lieu inquiet que la cinéaste filme. Cette candeur dans le montage, et cet accompagnement monolithique fait du cinéma de Claire Denis, un cinéma aussi organique que vaporeux. Là où les corps explicitent le mystère des comportements, le récit aime jouer sur l’implicite. Il veut volontairement taire le dialogue, et faire naître les non-dits qui pèsent et amplifient le poids même de la torpeur, que cela soit à travers la nature cannibale de Trouble Every Day ou même la nature de la relation presque « amoureuse » du triangle militaire dans Beau travail.

Claire Denis est une cinéaste qui aime laisser les choses vivre, comme aime le faire Wim Wenders avec qui a elle a travaillé. Cette dualité entre le palpable et l’indicible vient aussi du fait que l’un des fils rouges de la cinéaste est le thème du désir, celui que l’on a pour l’autre, celui que l’on a pour sa terre et ses origines, celui qui nous rattache à la vie et à un but. Le désir chez Claire Denis consent à démultiplier le déchirement que l’on a avec l’autre. Il est une chose qui bizarrement tend à nous détacher de nos congénères tout en nous agrippant à une catharsis qu’il serait difficile d’analyser.

A la fois épuré, esthétique, dévorant (Trouble Every Day), social (35 rhums) ou même antipathique et horrible (Les Salauds), le désir des personnages est de l’ordre de l’intime, sensualité par l’image et le filmage, où la libido extirpe le monstre ou le marginal qui est en chacun d’entre nous, une pulsion de vie et de mort indescriptible, et qui prend une dimension inconnue dont la définition devient indéchiffrable. Il n’y a aucune imposture, ni parti pris opportun dans le cinéma de Claire Denis. Au contraire de ce séisme cinématographique qui semble avoir ses racines (l’Afrique et sa cohabitation avec le monde avec 35 Rhums notamment), on y trouve une réelle liberté, un cinéma politique non politisé qui semble parfois antinomique avec notre époque.

A travers son style, elle crée un monde en fusion qui gît dans une forme d’intemporalité triste, un chaos intime, à l’image de ces moments fabuleux dans Trouble Every Day lorsque la bande son des Tindersticks retentit. Là où Claire Denis est un point de raccroche français avec le cinéma de Wenders et de Jim Jarmusch, provient de son amour pour les anti héros. L’obscurité qu’elle entrevoit par la lumière ou inversement, où le commun des mortels est félicité par sa normalité ou sa bizarrerie ( son empathie pour ses vampires sanguinaires dans Trouble Every Day) dans un monde où les mots n’ont pas forcément une importance exceptionnelle : c’est l’image qui prédomine, le regard de chacun où Claire Denis s’insère dans la petite histoire pour agencer la grande.

Les cinq festivals à faire absolument avant d’avoir 50 ans

Lorsque l’on fête ses 50 ans, on se rend compte que la vie a défilé à toute allure. On fait le bilan sur ce qu’on a manqué et l’on essaie de rattraper le temps perdu. Si vous n’en êtes pas encore à cette période de la vie, et afin de n’avoir aucun regret, après avoir pris connaissance des cinq meilleurs endroits à visiter avant vos 50 ans, nous vous présentons les cinq festivals à faire absolument. Musique, atmosphère, lieu et dates, nous vous dirons tout afin que dès maintenant vous puissiez vous préparer à partir à l’aventure et conquérir la musique.

Sziget Festival à Budapest

Le Sziget Festival Budapest se déroule durant le mois d’août à Budapest, la capitale de la Hongrie, et plus précisément sur une petite île sur le Danube. Bien évidemment, les concerts de rock, hip-hop et pop sont le cœur de ce festival, mais pas seulement : dès que vous franchissez les portes du festival, vous êtes transportés dans un univers où tout semble possible, et où vous pouvez être qui vous souhaitez, d’où le surnom de « l’île de la liberté », « the island of freedom » en anglais. Avec votre ticket d’entrée, vous avez l’occasion de vivre cette ambiance surnaturelle et éclectique de jour comme de nuit pendant toute la durée du festival, grâce à l’accès offert aux zones de camping. À toute heure, vous pourrez profiter de la musique, de l’art, des activités, des gourmandises et des nombreuses rencontres qui sont au cœur du Sziget Festival.

De la musique, mais pas seulement

Une semaine de musique, c’est magique, mais c’est encore mieux lorsque l’on a à portée de main de nombreuses autres activités. Les possibilités sont infinies et vont du cours de yoga, au volleyball sur fauteuil roulant, en passant par les leçons de danse. Ce festival est également une opportunité d’ouvrir son esprit à l’art et de découvrir des peintures et des sculptures, ou de créer sa propre œuvre d’art. Le Sziget Festival est aussi une fabuleuse occasion de visiter Budapest et son architecture hors du commun, ainsi que les Széchenyi Baths pour faire une pause et prendre un peu de temps au calme et se détendre.

Coachella aux États-Unis

Coachella est l’un des plus colossaux et des meilleurs festivals de musique aux États-Unis dont le rayonnement est international. Le principe consiste en un gigantesque rassemblement de personnes dans le désert dans le courant du mois d’avril, vêtus de robe et de couronne à fleurs, autour d’un très grand nombre d’artistes et de groupe comme Guns N’ Roses, LCD Soundsystem et Calvin Harris mais aussi Ice Cube, Zedd, A$AP Rocky, Sia et Major Lazer. Ce festival jouit d’un emplacement idéal en Californie, il permet donc d’attirer de très nombreuses célébrités issues du monde du cinéma, de la télévision et évidemment de la musique, qui viennent profiter de l’ambiance unique de cette fête gigantesque. Pour l’anecdote, Coachella est un festival qui affiche toujours complet avec 99 000 places qui sont vendues chaque week-end, ce qui représente un total de 198 000 billets au total. Il faudra vous armer de patience et vous y prendre le plus tôt possible, si vous aussi vous souhaitez vivre cette expérience hors du commun.

Tomorrowland en Belgique

Tomorrowland, c’est avant tout un cadre naturel magnifique et une ambiance féérique qui immerge ses adeptes dans une expérience à la fois incomparable et inoubliable. Chaque année, en juillet, pendant trois jours, vous êtes plongé dans un univers unique, tel un monde de fantaisie. 400 DJs sont présents chaque année afin de jouer vos musiques préférées sur un ensemble de seize scènes aussi atypiques les unes que les autres. Pour l’anecdote, la ville dans laquelle se déroule le festival porte le nom étrange de Boom, de quoi se mettre dans l’ambiance dès votre arrivée sur les lieux. Attention à faire très vite pour réserver votre place pour l’évènement le plus prisé de toute la Belgique, car les tickets sont généralement vendus en une minute après leur mise en ligne.

Le grandiose Fuji Rock au Japon

Le Japon est un pays fabuleux pour les festivals de musique, et notamment en été. Le Fuji Rock est le plus grand et le plus populaire des festivals du Japon. Il faudra réserver son séjour le dernier week-end de juillet, du vendredi au dimanche, pour profiter de 72 heures de musique non-stop. Tandis qu’on y va principalement pour le rock et ses artistes de qualité, tous les genres sont représentés, comme les groupes indépendants, la musique japonaise et les groupes populaires du monde entier. Ainsi, ce festival est ouvert à tous les goûts et surtout à tous les âges, même les plus jeunes qui trouveront des activités qui leur sont spécifiquement dédiées !

Les bonus qui rendent le Fuji Rock encore meilleur

Comme la plupart des festivals, le Fuji Rock ne se limite pas qu’à ces 72 heures de concert. La fête commence même le jeudi soir avec une « préparty » gratuite et pleine de surprises, dont des groupes connus et des feux d’artifice. Pour se sentir au plus près de cette communauté rassemblée par l’amour de la musique, le camping est une excellente idée, et permet à tous de se serrer les coudes, et de tisser des liens. Enfin, dernier bonus, mais pas des moindres : la cuisine est à tomber par terre, et tous les goûts seront comblés.

Le festival Nos Primavera Sound à Porto

Le festival Nos Primavera Sound à Porto, qui se déroule chaque année au mois de juin, est l’un des plus amusants d’Europe dans lequel se retrouvent un grand nombre de groupes indépendants du moment ainsi qu’un public survolté. L’année dernière, le festival a pu compter sur des groupes comme Hot Chip, Pulp, Foals ou encore Pixies qui se sont produits sur six scènes extérieures au bord de l’eau au Parc del Fòrum. Les fans apprécient l’évènement pour ses groupes avant-gardistes, l’architecture du lieu qui est magnifique, mais aussi pour les consommations peu onéreuses comme c’est le cas du vin à 2 euros. Pour la petite histoire, ce festival est la petite sœur du Primavera Sound de Barcelone qui existe depuis 2005. La version portugaise sera idéale pour les personnes souhaitant profiter des charmes de la deuxième ville du pays après Lisbonne.

« Sources » : https://www.timeout.com/london/music/ten-reasons-to-go-to-a-festival-in-porto https://www.timeout.com/london/music/ten-reasons-to-go-to-a-festival-in-porto https://www.cntraveller.com/gallery/best-festivals https://www.cntraveller.com/gallery/best-festivals https://www.cntraveller.com/gallery/best-festivals https://www.cntraveller.com/gallery/best-festivals http://fujirock.com/?p=577 http://fujirock.com/?p=577 https://edmmaniac.com/why-you-need-to-visit-tomorrowland/ https://edmmaniac.com/why-you-need-to-visit-tomorrowland/ https://www.jonesaroundtheworld.com/best-camping-music-festivals-in-california/ https://www.jonesaroundtheworld.com/best-camping-music-festivals-in-california/ https://www.tripping.com/guides/best-biggest-music-festivals-world/ https://www.tripping.com/guides/best-biggest-music-festivals-world/ https://szigetfestival.com/fr/ https://szigetfestival.com/fr/ https://www.dontforgettomove.com/sziget-festival-in-budapest-19-reasons-you-cant-miss/ https://www.dontforgettomove.com/sziget-festival-in-budapest-19-reasons-you-cant-miss/

 

 

FEFFS 2018 Jour 9 : Un dernier acte sous le signe de la diversité

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Les meilleures choses ont une fin, et voilà donc que la 11ème édition du FEFFS se termine. Une pointe de tristesse est présente, mais il est encore temps de profiter du festival une dernière fois avant l’année prochaine. Une dernière journée chargée où l’on navigue entre de la japanimation enfantine et une anthologie de contes folkloriques, en passant par une partie de chasse au Canada et le nouveau délire mêlant absurde et mauvais goût de Jim Hosking.

[Compétition animation] Mirai

Réalisé par Mamoru Hosada (Japon) Date de sortie : 26 décembre 2018

Voix de Moka Kamishiraishi, Haru Kuroki, Gen Hoshima..

Devenu un grand nom de la japanimation après avoir donné lieu à des œuvres comme Summer Wars ou Les Enfants Loups, voilà que Mamoru Hosada s’invite au FEFFS avec son nouveau film. Déjà présenté à Cannes, Mirai nous emmène à la rencontre du jeune Kun qui vient d’avoir une petite sœur. Très vite, la jalousie le gagne. Il se retrouve alors pris dans un voyage dans le temps, où il va faire la rencontre des membres de sa famille à diverses époques de leur vie. Mirai se distingue par son côté très enfantin, que cela soit dans le design de ses personnages ou dans le ton employé. Bien que pouvant résonner à tout âge, le film déborde d’une certaine innocence.

Mirai apparaît donc comme un conte. Le petit Kun va avoir affaire à une prise de conscience sur le monde qui l’entoure. Avec cette petite morale, Hosoda essaie de faire passer son message qui est délivré avec une émotion plutôt maladroite. Il faut dire que le personnage est beaucoup trop agaçant pour être émouvant. Il ne faut pas patienter longtemps avant que le marmot nous tape sur le système. Hosoda en a certainement conscience et balance dans son dernier acte une avalanche de bons sentiments qui vient ensevelir le spectateur de manière trop forcée. Cela ne suffit évidemment pas à inverser la vapeur. Mirai est un petit ratage à ce niveau. Le film peut cependant se raccrocher à une animation maîtrisée, Hosoda arrivant à insuffler une certaine magie dans ses passages fantastiques.

[Rétrospective Chromosome XX] Les Lèvres Rouges

Réalisé par Harry Kumel ( Belgique, France) Date de sortie : 22 octobre 1971

Avec Delphine Seyrig, Daniele Ouimet, John Karlen…

Présent cette année en tant que membre du jury, le belge Harry Kümel se voit l’honneur d’avoir un de ses films présentés au sein de la rétrospective Chromosome XX. Les Lèvres Rouges sortit au début des années 70 reste l’une de ses œuvres les plus connues. Le film met en scène la mythique Comtesse Elisabeth Bathory, une hongroise adepte de bains de sang de vierges. C’est d’ailleurs la grande Delphine Seyrig qui prête ses traits à cette figure mythique. Contrairement à des films comme La Comtesse (déjà présenté au FEFFS), le cinéaste belge place son histoire au XXème siècle. Alors qu’un couple passe sa lune de miel dans un hôtel vide d’Ostende, leur rencontre avec la comtesse Bathory va bouleverser leur vie.

En incorporant le mythe de Bathory à l’époque actuelle, Kümel s’amuse aussi à revisiter le personnage. Pas de bain de sang au programme bien qu’ils soient mentionnés, mais plutôt un jeu de manipulation sexuelle. L’ambiance du film, baroque à souhait, rappelle par ailleurs cette vague de cinéma fantastico-érotique qui a émergé dans les années 60-70 avec des cinéastes comme Jess Franco ou Jean Rollin en France. Bien que la comtesse soit représentée comme un vampire, le film joue beaucoup plus avec la suggestion et la création d’une tension sexuelle. Il faut dire que Delphine Seyrig est incroyablement vénéneuse dans ce rôle qui lui sied à merveille. Tournant peut-être un peu en rond à certains moments, Les Lèvres Rouges n’en reste pas moins une œuvre séduisante.

[Compétition internationale] What keeps you alive

Réalisé par Colin Minihan (Canada) Date de sortie : Inconnue

Avec Hannah Anderson, Martha MacIsaac, Brittany Allen..

Pour clôturer la compétition internationale, il fallait bien qu’on nous propose un petit survival. C’est chose faite avec What keeps you alive qui propose une alternative intéressante en mettant en scène uniquement deux personnages, à savoir un couple. Deux jeunes femmes qui vont passer le week-end dans un chalet dans la forêt. Chalet, où l’une d’elle allait chasser avec son père quand elle était petite. Très vite, on découvre que Jackie a décidé de s’attaquer à une proie bien précise. On peut penser à une œuvre comme Haute Tension quand on voit ce couple de femmes se déchirer et surtout lorsqu’on est face au psychotique personnage de Hannah Anderson. C’est une véritable traque qui prend donc place sous nos yeux. Malheureusement, What keeps you alive a du mal à tenir en haleine le spectateur sur la durée. Le film a souvent recours à des facilités, ainsi que des comportements idiots des personnages pour continuer son récit. Reste quelque moments de suspense pesant qui apparaissent par-ci par-là, mais globalement le film vaut surtout pour la performance grandiloquente de Hannah Anderson.

[Film de clôture] An Evening with Beverly Luff Linn

Réalisé par Jim Hosking (Royaume-Uni, USA) Date de sortie : Inconnue

Avec Aubrey Plaza, Emile Hirsch, Jermaine Clement

Après 9 jours de thrillers anxiogènes ou de drames ultra-cyniques, il fait bon de terminer les festivités sur une bonne comédie bien grasse. Pour cela, on ne pouvait compter sur personne de mieux que Jim Hosking. Le britannique qui nous avait déjà offert un summum de mauvais goût avec The Greasy Strangler en séance de minuit est de retour et est toujours le même. Il dispose cette fois-ci d’un casting plutôt prestigieux parmi lesquelles on retrouve l’excellente Aubrey Plaza, Jermaine Clement ou encore un Emile Hirsch survolté. On pourrait résumer le pitch du film à un braquage qui tourne mal et à une histoire d’amour perdue, mais An Evening with Beverly Luff Linn part un peu dans tous les sens.

Il faut dire qu’à la manière d’un Quentin Dupieux, Jim Hosking s’épanouit dans l’humour absurde. Les péripéties non-sensiques s’empilent donc jusqu’à l’extrême. On peut d’ailleurs retrouver dans ce nouvel essai, les mêmes critiques qui avaient été faites à The Greasy Strangler. À savoir une manie de la part du réalisateur à étirer au maximum certains gags. Un procédé qui peut être agaçant mais qui permet d’instaurer un malaise palpable, l’autre grand moteur de la comédie par Hosking. Encore une fois, une imagerie de très mauvais goût inonde la pellicule, mais le tout est quand même plus sage que son prédécesseur. On reste bien évidemment loin de la comédie américaine lambda, et An Evening with Beverly Luff Linn est une belle porte d’entrée dans le cinéma très étrange de Hosking. Une œuvre qui semble également plus aboutie à la fois dans l’écriture plus riche, mais également dans l’empreinte visuelle et toujours avec une bande-originale électro décalée qui fait là aussi penser au travail de Mr Oizo. En somme, An Evening with Beverly Luff Linn est tout ce qu’il fallait pour conclure cette édition.

https://www.youtube.com/watch?v=XUTtmsXy5PU

[Midnight Movie] The Field Guide to Evil

Réalisé par Ashim Ahluwalia, Severin Fiala, Veronika Franz, Katrin Gebbe, Calvin Reeder, Agnieszka Smoczynska, Peter Strickland, Can Evrenol (Allemagne, Norvège, Pologne, Royaume-Uni, USA) Date de sortie : Inconnue

Avec Birgit Minichmayr, Sarah Navratil, Niharika Singh…

Avant de nous quitter définitivement pour cette année, il restait encore une petite séance de minuit à se mettre sous la dent. Depuis longtemps, les anthologies ont la côte dans le cinéma d’horreur. Compilées la plupart du temps sous un même thème, elles permettent à plusieurs réalisateurs d’expérimenter des idées sur une durée assez limité. Les producteurs de l’une des plus connues du genre, à savoir ABCs of Death, se sont à nouveau lancés dans l’aventure. Cette fois-ci c’est dans les légendes et le folklore de plusieurs pays que les cinéastes vont trouver leur inspiration. The Field Guide to Evil regroupe donc le travail de 9 réalisateurs venus du quatre coin de la Terre, sous forme de 8 courts-métrages.

Parmi cette longue liste on retrouve plusieurs noms qui ont fait leurs preuves. Peter Strickland, qui est le seul ayant traité une légende venue d’un pays autre que le sien, à savoir la Hongrie, nous offre un hommage au conte et au cinéma muet, un exercice de style très abouti visuellement. On pourra également noter la présence de Veronika Franz, qui aidée de Severin Fiala livre une histoire érotique et cauchemardesque. Le meilleur segment du lot est peut-être celui du turc Can Evrenol, qui en mettant en scène un djinn voulant du mal à un bébé, donne lieu à une grande hantise. Globalement, les segments sont de belle facture, offrant la plupart du temps une recherche esthétique poussée. On regrettera cependant l’amateurisme de la partie américaine que cela soit au niveau de la mise en scène ou de la direction des acteurs.

 

Pour finir cette couverture du FEFFS, il est évidemment obligatoire de faire un point sur le palmarès. Comme c’était le cas les deux années précédentes, jury et public se sont mis d’accord sur le même film, à savoir Cutterhead. Le film claustrophobique danois succède donc à Double Date et remporte le convoité Octopus d’or. Le Meliès d’argent est quant à lui remis à Lars Von Trier et The House that Jack Built. En ce qui concerne l’animation, le jury n’a pas su départager deux œuvres diamétralement opposées, Chris The Swiss et Mirai. Le prix des Crossovers revient à Xiao Mei, l’œuvre particulièrement exigeante ayant dénoté avec le reste de la sélection.

Palmarès :

Compétition internationale

  • Octopus d’or : Cutterhead de Rasmus Kloster Bro, Danemark
  • Méliès d’argent du meilleur long-métrage fantastique européen : The House That Jack Built de Lars von Trier, Danemark, France et Suède
  • Mention spéciale du Jury : Prospect de Zeek Earl et Chris Caldwell, USA
  • Prix du public : Cutterhead de Rasmus Kloster Bro, Danemark

Compétition Crossovers

  • Prix du meilleur film Crossovers : Xiao Mei de Maren Hwang, Taïwan
  • Mention spéciale du Jury : Pig de Mani Haghighi, Iran

Compétition internationale de films d’animation

  • Cigogne d’or du meilleur film d’animation : Mirai de Mamoru Hosoda, Japon / Chris the Swiss d’Anja Kofmel, Suisse

Compétition court-métrage

  • Octopus du meilleur court-métrage fantastique international : Babs de Celine Held et Logan George, USA
  • Méliès d’argent du meilleur court-métrage fantastique européen : A l’aube de Julien Trauman, France
  • Prix du Jury Jeune : Deer Boy de Katarzyna Gondek, Pologne, Belgique et Croatie
  • Prix du public : Das Mädchen im Schnee de Dennis Lederberger, Suisse
  • Prix du meilleur court-métrage d’animation : Lola, la patate vivante de Leonid Shmelkov, France et Fédération de Russie
  • Mention spéciale du Jury dans la catégorie animation : Mr. Deer de Mojtaba Mousavi, Iran
  • Prix du meilleur court-métrage Made in France : Chose mentale de William Laboury, France

 

FEFFS 2018 Jour 8 : Tuer n’est pas jouer

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Pour son avant-dernière journée, le FEFFS édition 2018 s’intéresse à l’acte de tuer au détour de trois films. C’est Shinya Tsukamoto qui ouvre le bal avec son dernier long-métrage revisitant le chanbara, Killing. L’allemand A Young Man with High Potential clôt la compétition internationale. Derrière son titre résolument bis, The Man Who Killed Hitler and then the Bigfoot s’interroge sur le mythe du héros américain. Pour finir, des punks se font massacrer dans un parc national dans le midnight movie, The Ranger.

[Crossovers] Killing

Réalisé par Shinya Tsukamoto (Japon) Date de sortie : Inconnue

Avec Shinya Tsukamoto, Yu Aoi, Sosuke Ikematsu

Moins d’un mois après sa présentation à la Mostra, le dernier né de Shinya Tsukamoto est présenté au FEFFS. Le réalisateur nippon, bien trop rare sur les écrans français, y présente ici une variation autour du genre phare du cinéma japonais, le chanbara. Nous propulsant dans le Japon des samouraïs, Killing raconte l’histoire d’un jeune rônin au service d’un groupe de paysans. Sa vie va basculer quand une bande de malfrats et un vieux bretteur débarquent. On s’en doute bien que Tsukamoto ne va pas se contenter de faire un chanbara classique. Le plus punk des cinéastes du soleil levant va complètement s’approprier le genre et y insuffler sa patte si caractéristique. Dans un premier temps, cela se remarque dans la forme du film. Bien qu’abandonnant ses paysages urbains et prenant un angle plus naturaliste, la rage qui émane des oeuvres de Tsukamoto est bien présente. La colère qui irradie les personnages, le montage rapide lors des combats de sabre ou bien cette caméra épaule si significative, on est bien dans du Tsukamoto pur jus.

Avec sa forme hargneuse, Tsukamoto revient sur un passage de trouble dans l’histoire de son pays. Killing se situe dans la période de déclin des samouraïs, où les rônins deviennent légions. Mais comme souvent avec le Tsukamoto, tout cela renvoie à la société actuelle et lui permet de faire passer un message, notamment sur l’omniprésence de la violence aujourd’hui. Les personnages de Killing sont loin de l’image qu’on se fait des samouraïs. L’opposition entre le personnage de Tsukamoto et Ikematsu est à ce niveau particulièrement intéressante. L’aîné pense que le but d’un samouraï est de tuer alors qu’au contraire, le plus jeune n’arrive pas à se résoudre à commettre un meurtre. Le film prend alors des airs de fables sur la place de la violence dans notre monde. À nouveau sur tous les fronts, Tsukamoto n’a toujours rien perdu de sa force évocatrice. Killing, c’est aussi l’occasion d’écouter une dernière fois une partition du regretté Chi Ishikawa.

[Compétition Internationale] A Young Man with High Potential

Réalisé par Linus de Paoli ( Allemagne) Date de sortie : Inconnue

Avec Adam Ild Rohweder, Paulina Galazka, Pit Bukowski

Dernier film à être présenté en compétition internationale, A Young Man with High Potential nous emmène à la rencontre de Piet, un étudiant en informatique. Peu social, Piet ne sort que très peu de sa résidence universitaire, allant même jusqu’à se faire livrer toutes ses courses. Lorsqu’un jour, la jolie Klara lui propose d’être sa partenaire pour un projet, le jeune homme ne sait pas vraiment comment réagir. Le deuxième long-métrage de Linus de Paoli va très vite dévoiler son potentiel dérangeant lorsque  Piet se retrouve avec le cadavre de Klara sur les bras après lui avoir fait ingurgiter une trop grosse quantité de sédatif. Le réalisateur va alors s’interroger sur la façon dont un jeune homme brillant et sans véritable histoire va pouvoir sortir de cette mauvaise passe.

Comme beaucoup de films cette année, A Young Man with High Potential opère une approche assez clinique de son sujet. Sachant prendre son temps, De Paoli décortique avec minutie le plan de Piet. Bien que se prêtant à un certain humour noir, le film n’est pas vraiment cynique. La force de l’oeuvre est de ne pas traiter son personnage comme un psychopathe dépourvu de sentiments. Piet témoigne d’une certaine empathie, et le jeu de l’acteur Adam Ild Rohweder est très juste. C’est justement grâce à ce portrait de personnage que Linus de Paoli arrive à insuffler une certaine dose de malaise. Malgré tout ça, et une fin plutôt intelligente, A Young Man with High Potential manque un peu de substance, et aurait pu approfondir un peu plus les relations entre Piet et Klara, l’enchaînement des actions jusqu’au point de  non retour se faisant de façon un peu trop rapide.

https://www.youtube.com/watch?v=cR24u3oCXN8

[Crossovers] The Man Who Killed Hitler and then the Bigfoot

Réalisé par Robert D. Kzykowski (USA) Date de sortie : inconnue

Avec Sam Elliott, Aiden Turner, Caitlin Fitzgerald..

Y a t’il eu tromperie sur la marchandise ? Quand on avait entendu pour la premier fois le titre loufoque du long-métrage de Kzylowski, on s’attendait à assister à du bon bis barré et violent. On en est finalement assez loin, même si l’ombre du cinéma d’exploitation n’est jamais très loin (il suffit de voir l’affiche). Pourtant le titre n’est on ne peut plus correct car le film met en scène Calvin Barr, un héros de la guerre qui est appelé par le gouvernement pour tuer la créature légendaire Bigfoot avant qu’elle ne répande un virus mortel. Finalement, ce n’est pas de voir une traque entre Sam Elliott et le monstre poilu qui va véritablement intéresser son auteur. Bien qu’il faut avouer que la séquence est très plaisante et terriblement bis.

Plus que les monstres du titre, c’est l’homme qui les a tué le centre du film. Kzylowski se lance donc dans un questionnement sur la figure du héros américain qui est ici très éloigné de celui des films d’actions. Le choix de Sam Elliott apparaît alors comme une illumination quand on remarque à quel point il arrive à donner du charisme mais également une sincérité profonde à son rôle. Le film offre au final plus une introspection sur son personnage, mettant en avant sa relation avec Maxine, un amour perdu dont il ne s’est jamais véritablement remis. C’est de façon touchante et délicate que Kzylowski aborde le deuil, un traitement qui tranche de manière drastique avec un humour absurde qui émane du film à certains moments. The Man who killed Hitler and then the Bigfoot est définitivement un crossover, une oeuvre hybride au ton inattendu et à l’aspect contemplatif.

[Midnight Movie] The Ranger

Réalisé par Jenn Wexler (USA) Date de sortie : inconnue

Avec Chloe Levine, Granit Lahu, Jeremy Pope…

Ce qu’on attend le plus souvent d’un Midnight Movie, c’est d’être un bon gros défouloir ultra-décomplexé. Sur le papier, The Ranger donnait plutôt envie. Suivant un groupe de punk obligé de se cacher dans une cabane perdue dans la forêt après avoir poignarder un policier, le petit groupe se trouve aux prises avec un ranger psychopathe qui ne supporte pas le non-respect de la nature. Le film dispose de qualité évidente pour un midnight. À commencer par son esthétique punk-flashy, sa BO entraînante et surtout son antagoniste aux allures de Judge Dredd de parc national.

Sauf que malgré tous ces éléments et son message écologique plus que louable, The Ranger manque cruellement de fun. En cause, des personnages assez insipides à l’exception du méchant, et surtout une générosité qui fait cruellement défaut. Bien que certaines mises à morts assez graphiques soient exaltantes, le film ronronne beaucoup pour expédier à la va vite ces moments jubilatoires. Et comme souvent dans ces cas-là, l’ennui pointe assez vite son nez.

FEFFS Jour 7 : De l’immobilité au stop motion en construisant une maison

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On approche tout doucement de la fin du festival et les compétitions continuent de battre leur plein. Pour cette 7ème journée, trois films dans trois sélections différents. Pour les crossovers, le taïwanais Xiao Mei dénote par sa construction. La dernière livraison du trublion Lars Von Trier constitue quant à lui la grosse attraction de la soirée en compétition internationale. Pour finir, c’est au tour de la stop motion d’être à l’honneur dans la catégorie animation, avec Chuck Steel : Night of the Trampires.

[Crossovers] Xiao Mei

Réalisé par Maren Hwang (Taïwan) Date de sortie : inconnue

Avec Yi-wen Chen, Kuan-Ting Liu, Na Dow…

Le choix de sélectionner Xiao Mei dans le cadre du FEFFS est une entreprise audacieuse. En effet, le premier film de Maren Hwang est très loin des standards du festival. Ce n’est d’ailleurs pas vraiment un film de genre, bien qu’il mette en scène un semblant d’enquête policière. Xiao Mei est une oeuvre fragmentée, dont il faudra assembler les pièces pour essayer de percer un mystère. Un mystère qui tourne autour du personnage éponyme qui a disparu et dont Hwang va essayer de retracer les derniers jours. Cependant, on est loin d’un traitement à la David Lynch et  les instants finaux de Laura Palmer. Xiao Mei offre une approche très radicale qui risque d’en décontenancer plus d’un, surtout pour des amateurs de films d’horreurs.

La particularité de Xiao Mei réside donc dans la façon de Maren Hwang de distribuer ses clés. C’est au travers de personnages ayant côtoyé la disparue que celles-ci vont être communiquer. Là encore cela ne sera pas fait de façon habituelle. Chaque protagoniste va s’adresser face caméra à un personnage hors-champ qu’on ne verra jamais. C’est au final au spectateur qu’ils s’adressent directement. Des longues entrevues, le plus souvent filmées en plan fixe et permettent aux personnages d’expliquer leur relation avec Xiao Mei, parfois illustrées de petits flashbacks venant rompre le procédé. Xiao Mei est une oeuvre ambitieuse, mais avant tout exigeante. Il faut se laisser porter par la précision du cadre de Hwang et accepter de ne pas forcément résoudre le mystère. Difficile à dompter, surtout en fin de festival, Xiao Mei peut sembler être une erreur de casting. Certains y trouveront leur compte, d’autre risque de s’ennuyer ferme.

[Compétition internationale] The House that Jack Built

Réalisé par Lars Von Trier (Danemark, France, Suède) Date de sortie : 17 octobre 2018

Avec Matt Dillon, Bruno Ganz, Uma Thurman…

Voilà certainement l’oeuvre la plus colossale de toute la 11ème édition du FEFFS. Le nouveau rejeton de Lars Von Trier faisait parti des grandes stars de la sélection, et malgré une durée record pour un film présenté au festival, le monde était au rendez-vous. Inutile de présenter le cinéaste danois et son C.V qui se compose d’autant de moments de reconnaissance que de pures polémiques. The House that Jack Built, c’est donc forcément un peu tout ça. En suivant le parcours d’un serial killer sur une douzaine d’années, Von Trier semble s’être donner corps et âme. Le cinéaste se livre, amène sa réflexion sur la création, l’art et le mal dans des territoires encore inexplorés. Du haut de ses 2h30, The House that Jack Built est une oeuvre dense et pointue qui s’élève évidemment bien plus loin que son simple statut de farce horrifique à l’humour d’une rare noirceur.

Plus encore que d’habitude, le danois nous emmène dans un égotrip, n’hésitant pas à s’autociter avec des extraits de ses précédents films. En voulant se questionner sur des thématiques fondamentales de son oeuvre, Lars Von Trier tombe par ailleurs très souvent dans un approche trop théorique barbante et pompeuse. Les longs échanges verbaux entre le personnage de Jack et Verge expriment à la perfection cette manie agaçante du cinéaste. Bien que sachant construire des scènes marquantes qui impriment la rétine, soit par leur cruauté (le pique-nique) ou par leur poésie macabre (la séquence des enfers), Lars Von Trier se complaît dans son attitude de sale gosse provocateur. À l’inverse du réalisateur dont la démarche peut paraître assez souvent détestable, Matt Dillon brille de mille feux. L’acteur connu pour certains classiques des 90s comme Sexcrimes ou Mary à tout prix envoie voler en éclats son image de has-been et incarne un Jack absolument terrifiant.

[Compétition Animation] Chuck Steel : Night of the Trampires

Réalisé par Mike Mort (Royaume-Uni) Date de sortie : inconnue

Voix de Paul Whitehouse, Jennifer Saunders

Après la 3D et la rotoscopie, c’est au tour de la stop-motion d’être mis en avant dans cette nouvelle catégorie. Surtout qu’après des films traitant de thématiques assez dures comme les conflits yougoslaves ou la guerre civile angolaise, une bonne petite comédie bien badass ne pouvait faire que du bien. Chuck Steel : Night of the Trampires est né de l’imagination d’un homme : Mike Mort. Archétype du flic qui peuplait le cinéma d’action des années 80, Chuck Steel est un véritable hommage à tout ce pan burné du septième art. Ici Mike Mort le conjugue à une dimension horrifique avec ces fameux trampires, contraction de tramp  (clochard) et vampires, qui s’attaquent aux couples en état d’ébriété.

Comme on peut s’en douter, Chuck Steel est un véritable festival. Que cela soit au niveau des punchlines qui fusent comme des balles, avec des runnings gags exquis (comme celui des pauvres coéquipiers de Steel) ou dans l’action hard-boiled, Chuck Steel est jouissif. Il faut pour cela une technique de stop-motion à toute épreuve, et le film est assez irréprochable à ce niveau. Il ne dispose que de peu de temps mort et tout s’enchaîne avec une facilité assez déconcertante. Mike Mort a pris un soin particulier à la création de son univers pour lui conférer une identité propre tout en étant grandement influencer par les oeuvres de son enfance. Le design des marionnettes accentue d’ailleurs ce petit côté rétro moins irrévérencieux que Team America, mais bien plus violent, Chuck Steel est une belle petite surprise.

https://www.youtube.com/watch?v=bKll-R-uEOw

FEFFS 2018 Jour 6 : Psychologie, Sadomasochisme et Cochonnades

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De la satire politique à de l’animation trash sur fond de psychologie, en passant par un exercice de style sadomasochiste, inutile de dire que le programme de la 6ème journée de la 11ème édition du FEFFS fut éclectique. Le section crossovers voit arriver deux nouveaux concurrents. L’iranien Pig nous parle d’un serial killer assassinant des cinéastes reconnus, tandis que Holiday raconte les vacances psychologiquement violentes d’une jeune danoise. En compétition, Nicolas Pesce délivre avec Piercing un hommage au giallo. Pour finir, ce n’est pas un film qu’on retrouve en séance de minuit mais une série. Crisis Jung le nouveau bébé des studios Bobbypills délivre son quota de saletés.

[Crossovers] Pig

Réalisé par Mani Haghighi (Iran) Date de sortie : inconnue

Avec Hasan Majuni, Leila Hatami, Leili Rashidi

Le dernier festival de Cannes nous l’a une nouvelle fois prouvé, il est difficile d’être réalisateur dans un pays comme l’Iran. Jafar Panahi assigné à résidence après avoir critiqué ouvertement le régime politique de son pays en est l’exemple le plus frappant. Ce contexte difficile pour les artistes a inspiré à Mani Haghighi une comédie noire n’hésitant pas à prendre à bras le corps ce problème. Pig raconte l’histoire de Hasan, un réalisateur n’ayant plus le droit de tourner de long-métrage. Au même moment, un mystérieux assassin se met à décapiter ses amis cinéastes. Hasan se retrouve alors vexé de ne pas être pris pour cible. C’est avec ce postulat complètement absurde que Haghighi offre à son acteur Hasan Majuni, un véritable terrain de jeu pour son personnage de Hasan, un homme provocateur arborant des t-shirts à l’effigie de groupes de hard rock qui voit sa vie tourner au vinaigre.

Pig joue avec les codes horrifiques, notamment lors de sa mise en scène de meurtres ou de découvertes des cadavres. Mais le film de Haghighi est avant tout une comédie à l’humour cinglant, mettant en scène des personnages aux allures Coenniennes. Bien que le film souffre un peu trop souvent de longueurs, Haghighi arrive à constamment surprendre le spectateur. Il n’hésite d’ailleurs pas à convoquer des séquences hallucinogènes dont une où Hasan Majuni délivre une reprise perse de Hells Bells à l’aide de sa raquette de tennis. Un film politiquement virulent, qui a réussi par on ne sait quel miracle à éviter la censure de son pays.

https://www.youtube.com/watch?v=cW1L4I5lGI4

[Compétition internationale] Piercing

Réalisé par Nicolas Pesce (USA) Date de sortie : inconnue

Avec Christopher Abbott, Mia Wasikowska, Laia Costa..

En voilà un film étrange sur la papier. Piercing est le deuxième film d’un jeune metteur en scène américain, qui est adapté d’un livre de l’auteur japonais Ryu Murakami et qui puise ses influences dans le cinéma européen des années 70. Piercing suit Reed, un jeune père de famille qui se lance dans un plan visant à assassiner une prostituée. Dès les premiers instants, on retrouve dans le film moult influences, allant de la fascination hitchcockienne pour le crime parfait à la fétichisation propre au giallo. Ce n’est pas uniquement dans les thématiques que le film renvoie à ces œuvres classiques mais également dans sa forme particulièrement exigeante et travaillée.

Piercing s’apparente alors assez vite à un exercice de style et à un vrai travail de cinéphile. La géométrie de sa ville, l’éclairage et l’esthétique de ses lieux convoquent le cinéma pop anglais et italien des années 60-70, tandis que certains tics de mise en scène renvoient à des auteurs comme Brian De Palma. La patte Murakami se retrouve également lorsque le film lorgne du côté du sadomasochisme de Audition, film de Takashi Miike scénarisé par l’écrivain nippon. Un véritable melting pot qui donne lieu à une œuvre enivrante, tout en étant drôle et déstabilisante. Un film qui reste pour le moins original, sachant déjouer les attentes du spectateur pour mieux le surprendre. Le duo d’acteur Abbott/Wasikowska fonctionne par ailleurs à merveille dans ce jeu de domination à la fois psychologique et physique. Cerise sur le gâteau, l’utilisation de morceaux phares composés par le groupe Goblins pour Dario Argento vient parachever ce bel enrobage.

[Crossovers] Holiday

Réalisé par Isabella Eklof (Danemark, Pays-Bas, Suède) Date de sortie : Inconnue

Avec Victoria Carmen Sonne, Lai Yde, Thijs Romer..

À première vue, on pourrait penser que Holiday s’apparente à s’y méprendre à Revenge de Coralie Fargeat. L’histoire d’une jolie jeune femme aux allures superficielles qui part prendre du bon temps en vacances avec son petit ami, jusqu’à ce qu’elle se fasse abuser sexuellement par ce dernier. Si ce postulat de départ est semblable, le film de la suédoise Isabella Eklof n’offre pas du tout la même vision. Holiday sous ses atours paradisiaques cache un ton beaucoup plus violent. Il suffit de voir la séquence de viol pour comprendre que Eklof ne va pas édulcorer son propos. Une séquence en plan fixe particulièrement éprouvante et au réalisme dérangeant qui peut assez facilement rappeler des œuvres comme Irréversible. Le film ne prend pas la direction du rape and revenge grandiloquent. Ekloff continue de tracer son propos pesant.

Le personnage de Sasha offre une ambiguïté intéressante. Elle semble pleinement consciente de l’état de soumission dans lequel elle se trouve mais ne semble pas vouloir y échapper. Avec son approche glaçante et cynique, Ekloff perturbe le spectateur. La violence abrupte qui émane de façon choquante à quelques reprises marque. Tout cela nous pousse à nous demander si la cinéaste ne tombe pas dans une certaine complaisance à ce niveau. Elle a au moins le mérite d’éviter tout jugement envers ses personnages. Le film semble cependant tourner à de nombreuses reprises à vide. C’est une œuvre d’une certaine audace que crée Ekloff qui parle pour elle des méfaits du capitalisme et de ce mode de vie qui en découle. Il reste un portrait éprouvant de femme abusée, même si bien trop conscient de ses artifices pour pleinement convaincre.

[Midnight Movies] Crisis Jung

Réalisé par Baptiste Gaubert, Jérémie Hoarau (France) Date de sortie : prochainement

Voix de Karim Tougui, Pauline Moingeon, Martial Le Minoux…

Et si le meilleur film du FEFFS était en fait une série ? C’est ce qu’on est en droit de se demander après s’être pris l’uppercut Crisis Jung en séance de minuit. La nouvelle production du studio Bobbypills, déjà responsable des délirants Vermin et PeePooDo se paie le luxe de convoquer les têtes derrière la série Lastman. Les auteurs ont d’ailleurs eu carte blanche et cela se voit. Vendu comme un Ken le survivant qui va chez le psy, Crisis Jung nous emmène dans un monde post-apo où le désespoir semble avoir pris le dessus. Jung vivait le parfait amour jusqu’à ce que l’ignoble Petit Jésus assassine sa bien-aimée Maria. Décidé à se venger et à retrouver sa dulcinée, Jung se lance dans une lutte sanglante contre les suppôts de Petit Jésus.

Concentré d’ultra-violence et d’imagerie très très sale, Crisis Jung pousse le délire à des niveaux encore plus extrêmes que ses prédécesseurs. Reprenant des formules d’anime articulant tous les épisodes sur un schéma semblable, la série voit Jung aux prises avec des créatures reprenant des sentiments tels que la confiance, la tolérance ou le courage. C’est là qu’entre la dimension psychologique de la série, les auteurs ayant étudié la pensée Jungienne pour construire leur série, car c’est grâce à un petit passage chez le psy que le personnage principal va pouvoir tel un héros de shonen obtenir un power-up. En remettant en cause sa pensée ainsi que sa virilité et en se découvrant des nouvelles qualités, Jung va pouvoir faire exploser un concentré de violence lui permettant de terrasser n’importe quel ennemi. Terriblement irrévérencieux, Crisis Jung bénéficie également d’une animation au poil malgré un faible budget. Une petite saison de 10 épisodes de 6 minutes se suffisant à elle-même qui montre une nouvelle fois l’esprit complètement tordu du studio Bobbypills. Quoi qu’il en soit on ne peut que les remercier de nous offrir des œuvres si libres allant jusqu’au bout de leurs intentions.