FEFFS 2018 Jour 8 : Tuer n’est pas jouer

Pour son avant-dernière journée, le FEFFS édition 2018 s’intéresse à l’acte de tuer au détour de trois films. C’est Shinya Tsukamoto qui ouvre le bal avec son dernier long-métrage revisitant le chanbara, Killing. L’allemand A Young Man with High Potential clôt la compétition internationale. Derrière son titre résolument bis, The Man Who Killed Hitler and then the Bigfoot s’interroge sur le mythe du héros américain. Pour finir, des punks se font massacrer dans un parc national dans le midnight movie, The Ranger.

[Crossovers] Killing

Réalisé par Shinya Tsukamoto (Japon) Date de sortie : Inconnue

Avec Shinya Tsukamoto, Yu Aoi, Sosuke Ikematsu

Moins d’un mois après sa présentation à la Mostra, le dernier né de Shinya Tsukamoto est présenté au FEFFS. Le réalisateur nippon, bien trop rare sur les écrans français, y présente ici une variation autour du genre phare du cinéma japonais, le chanbara. Nous propulsant dans le Japon des samouraïs, Killing raconte l’histoire d’un jeune rônin au service d’un groupe de paysans. Sa vie va basculer quand une bande de malfrats et un vieux bretteur débarquent. On s’en doute bien que Tsukamoto ne va pas se contenter de faire un chanbara classique. Le plus punk des cinéastes du soleil levant va complètement s’approprier le genre et y insuffler sa patte si caractéristique. Dans un premier temps, cela se remarque dans la forme du film. Bien qu’abandonnant ses paysages urbains et prenant un angle plus naturaliste, la rage qui émane des oeuvres de Tsukamoto est bien présente. La colère qui irradie les personnages, le montage rapide lors des combats de sabre ou bien cette caméra épaule si significative, on est bien dans du Tsukamoto pur jus.

Avec sa forme hargneuse, Tsukamoto revient sur un passage de trouble dans l’histoire de son pays. Killing se situe dans la période de déclin des samouraïs, où les rônins deviennent légions. Mais comme souvent avec le Tsukamoto, tout cela renvoie à la société actuelle et lui permet de faire passer un message, notamment sur l’omniprésence de la violence aujourd’hui. Les personnages de Killing sont loin de l’image qu’on se fait des samouraïs. L’opposition entre le personnage de Tsukamoto et Ikematsu est à ce niveau particulièrement intéressante. L’aîné pense que le but d’un samouraï est de tuer alors qu’au contraire, le plus jeune n’arrive pas à se résoudre à commettre un meurtre. Le film prend alors des airs de fables sur la place de la violence dans notre monde. À nouveau sur tous les fronts, Tsukamoto n’a toujours rien perdu de sa force évocatrice. Killing, c’est aussi l’occasion d’écouter une dernière fois une partition du regretté Chi Ishikawa.

[Compétition Internationale] A Young Man with High Potential

Réalisé par Linus de Paoli ( Allemagne) Date de sortie : Inconnue

Avec Adam Ild Rohweder, Paulina Galazka, Pit Bukowski

Dernier film à être présenté en compétition internationale, A Young Man with High Potential nous emmène à la rencontre de Piet, un étudiant en informatique. Peu social, Piet ne sort que très peu de sa résidence universitaire, allant même jusqu’à se faire livrer toutes ses courses. Lorsqu’un jour, la jolie Klara lui propose d’être sa partenaire pour un projet, le jeune homme ne sait pas vraiment comment réagir. Le deuxième long-métrage de Linus de Paoli va très vite dévoiler son potentiel dérangeant lorsque  Piet se retrouve avec le cadavre de Klara sur les bras après lui avoir fait ingurgiter une trop grosse quantité de sédatif. Le réalisateur va alors s’interroger sur la façon dont un jeune homme brillant et sans véritable histoire va pouvoir sortir de cette mauvaise passe.

Comme beaucoup de films cette année, A Young Man with High Potential opère une approche assez clinique de son sujet. Sachant prendre son temps, De Paoli décortique avec minutie le plan de Piet. Bien que se prêtant à un certain humour noir, le film n’est pas vraiment cynique. La force de l’oeuvre est de ne pas traiter son personnage comme un psychopathe dépourvu de sentiments. Piet témoigne d’une certaine empathie, et le jeu de l’acteur Adam Ild Rohweder est très juste. C’est justement grâce à ce portrait de personnage que Linus de Paoli arrive à insuffler une certaine dose de malaise. Malgré tout ça, et une fin plutôt intelligente, A Young Man with High Potential manque un peu de substance, et aurait pu approfondir un peu plus les relations entre Piet et Klara, l’enchaînement des actions jusqu’au point de  non retour se faisant de façon un peu trop rapide.

https://www.youtube.com/watch?v=cR24u3oCXN8

[Crossovers] The Man Who Killed Hitler and then the Bigfoot

Réalisé par Robert D. Kzykowski (USA) Date de sortie : inconnue

Avec Sam Elliott, Aiden Turner, Caitlin Fitzgerald..

Y a t’il eu tromperie sur la marchandise ? Quand on avait entendu pour la premier fois le titre loufoque du long-métrage de Kzylowski, on s’attendait à assister à du bon bis barré et violent. On en est finalement assez loin, même si l’ombre du cinéma d’exploitation n’est jamais très loin (il suffit de voir l’affiche). Pourtant le titre n’est on ne peut plus correct car le film met en scène Calvin Barr, un héros de la guerre qui est appelé par le gouvernement pour tuer la créature légendaire Bigfoot avant qu’elle ne répande un virus mortel. Finalement, ce n’est pas de voir une traque entre Sam Elliott et le monstre poilu qui va véritablement intéresser son auteur. Bien qu’il faut avouer que la séquence est très plaisante et terriblement bis.

Plus que les monstres du titre, c’est l’homme qui les a tué le centre du film. Kzylowski se lance donc dans un questionnement sur la figure du héros américain qui est ici très éloigné de celui des films d’actions. Le choix de Sam Elliott apparaît alors comme une illumination quand on remarque à quel point il arrive à donner du charisme mais également une sincérité profonde à son rôle. Le film offre au final plus une introspection sur son personnage, mettant en avant sa relation avec Maxine, un amour perdu dont il ne s’est jamais véritablement remis. C’est de façon touchante et délicate que Kzylowski aborde le deuil, un traitement qui tranche de manière drastique avec un humour absurde qui émane du film à certains moments. The Man who killed Hitler and then the Bigfoot est définitivement un crossover, une oeuvre hybride au ton inattendu et à l’aspect contemplatif.

[Midnight Movie] The Ranger

Réalisé par Jenn Wexler (USA) Date de sortie : inconnue

Avec Chloe Levine, Granit Lahu, Jeremy Pope…

Ce qu’on attend le plus souvent d’un Midnight Movie, c’est d’être un bon gros défouloir ultra-décomplexé. Sur le papier, The Ranger donnait plutôt envie. Suivant un groupe de punk obligé de se cacher dans une cabane perdue dans la forêt après avoir poignarder un policier, le petit groupe se trouve aux prises avec un ranger psychopathe qui ne supporte pas le non-respect de la nature. Le film dispose de qualité évidente pour un midnight. À commencer par son esthétique punk-flashy, sa BO entraînante et surtout son antagoniste aux allures de Judge Dredd de parc national.

Sauf que malgré tous ces éléments et son message écologique plus que louable, The Ranger manque cruellement de fun. En cause, des personnages assez insipides à l’exception du méchant, et surtout une générosité qui fait cruellement défaut. Bien que certaines mises à morts assez graphiques soient exaltantes, le film ronronne beaucoup pour expédier à la va vite ces moments jubilatoires. Et comme souvent dans ces cas-là, l’ennui pointe assez vite son nez.

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