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Festival de Cannes 2018 : ces grands films oubliés des récompenses cannoises

Le 8 mai prochain, le 71ème festival de Cannes ouvrira ses portes pour notre plus grand plaisir. C’est maintenant gravé dans le marbre, Cannes, depuis de nombreuses années, a toujours eu cette faculté à pouvoir haranguer les foules et à déchaîner les passions. Festivaliers, critiques voire même membres du jury ont toujours eu pour habitude de s’écharper à propos de leur petit favori ou à propos de leur chouchou de la compétition. Pourtant, malgré l’effervescence naissante, l’ébullition qui accompagne ce festival, de nombreux films sont repartis bredouilles de la compétition.

Incompris, contexte cinématographique, pauvreté de la sélection, prise de recul avec le temps qui passe, mauvaise foi incurable, jury frileux, jalousie entre artiste, divergence de pensée, toute raison est opportune pour écarter un film de la course à la Palme d’Or. Cependant, de très grands films ont été récompensés (Paris Texas, Apocalypse Now, Pulp Fiction etc…) mais malheureusement d’autres sont restés dans l’ombre de la Palme d’Or et des autres prix, et sont passés à travers les mailles du filet. Petit florilège, subjectif et non exhaustif (on pense à certains Hitchcock ou certains films d’Alain Resnais), de ces « grands » noms qui auraient mérité selon nous d’être récompensés.

The Neon Demon de Nicolas Winding Refn et Elle de Paul Verhoeven (2016)

Cette sélection 2016 avait du mordant et était imprégnée de ce petit souffle de noirceur qui fait frétiller les sens. Pourtant le président du jury qu’était George Miller a préféré rester confortablement dans ses chaussons et assurer le coup en donnant la palme d’Or à Ken Loach pour l’un des films mineurs de sa filmographie. C’est d’autant plus dommageable que tapaient à la porte de la compétition des films autres, différents, moins connotés socialement mais plus perspicaces dans leur manière d’appréhender le cinéma et ses genres : le carnivore et outrancier The Neon Demon avec ses gravures de mode mortifères ou le blafard et malicieusement pervers Elle incarné par une Isabelle Huppert au sommet. On peut même s’interroger sur le prix de la mise en scène décerné à Personnal Shopper alors que Park Chan Wook écrasait la compétition avec son sens de l’esthétique picturale dans Mademoiselle. Le palmarès de cette année 2016 n’a pas forcément été à la hauteur de sa sélection et c’est le moins que l’on puisse dire.

Holy Motors de Leos Carax et Mud de Jeff Nichols (2012)

Un an avant la sacre monstrueux, fédérateur et fabuleux de La Vie d’Adèle, un autre grand film français avait monté les marches du festival de Cannes. Iconoclaste, amoureux du cinéma et de ses acteurs, introspection sur l’imaginaire même de l’image, Holy Motors avait électrisé tout un peuple cinéphile. Pourtant, Nanni Moretti et les autres membres du jury en ont décidé autrement avec un palmarès mettant en lumière des habitués des récompenses tels que Ken Loach, Cristian Mungiu, Carlos Reygadas et surtout la palme d’Or qui a été donnée à Michael Haneke avec son film Amour. Ce n’est pas que l’on soit chauvin ni quoi que ce soit d’autre mais comme en 2016, ce palmarès manquait de panache, d’imagination et de fraîcheur en oubliant, de par ailleurs, l’incompris mais non moins incroyable Cosmopolis de David Cronenberg et le récit initiatique américain Mud de Jeff Nichols.

L’Apollonide : Souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello (2011)

Il y a des années comme ça où il est difficile voir net. Robert de Niro et toute son équipe ont dû salement se triturer les méninges pour choisir qui récompenser tant la sélection semblait forte, diverse et dense. Entre The Tree of Life, Drive, The Artist, Melancholia, Habemus Papam, La piel que Habito, We need to talk about Kevin, et l’emphatique Polisse, cette édition avait une sacrée gueule. Malgré cette bave que nous avions tous aux lèvres, et l’immensité du film de Terrence Malick, c’est l’œuvre de l’un des meilleurs réalisateurs français de sa génération, Bertrand Bonello, qui a retenu notre attention avec sa poésie féministe et sa splendeur politique. Avec son bordel de prostituées au début du XXème siècle, l’iconique L’Apollonide a été l’une des grandes claques de ce festival de Cannes 2011 avec le Drive de Nicolas Winding Refn. Dommage qu’il n’ait pu se faire une place autour de tous ces mastodontes.

Two Lovers de James Gray (2008)

James Gray et le festival de Cannes, c’est une drôle d’histoire, qui git entre l’amour et la haine, l’admiration et l’incompréhension. Comme The Yards et même La Nuit nous appartient, un an plus tôt, Two Lovers se fera siffler, huer par une partie du public et de la critique qui ne comprenait pas que James Gray puisse arpenter le tapis rouge de Cannes en sélection officielle. Pendant que Sean Penn et son jury couronnait Entre les Murs à la Palme ou Il divo de Sorrentino au prix du jury, l’œuvre de James Gray, sublime histoire d’amour contemporaine et réelle tragédie universelle, sera la énième preuve que James Gray, l’un des plus grands cinéastes américains de notre époque, est un maudit du festival de Cannes.

Zodiac de David Fincher et No country for old men de Joel et Ethan Coen (2007)

En cette année 2007, le cinéma américain était à l’honneur lors de ce festival de Cannes, avec Fincher, James Gray, les frères Coen, Tarantino, Gus Van Sant et même le premier film américain de Wong Kar Wai. Que du beau du monde pour représenter le cinéma d’outre Atlantique. Sauf que le jury présidé par Stephen Frears ne récompensa, côté américain, que Paranoid Park de Gus Van Sant. Peut-être trop classique dans leur approche, ou pas assez « cannois » dans leur dialectique de cinéma hollywoodien, et malgré la concurrence du très beau La Forêt de Mogari de Naomi Kawase ou de Persepolis de Marjane Satrapi, la sobriété de la mise en scène de Fincher accompagnée de sa magnifique réflexion sur l’information et sa réappropriation du genre de l’enquête aurait dû taper dans l’œil du jury. Malheureusement non. Certes les frères Coen avaient déjà été palmés avec Barton Fink, mais David Fincher aurait pu, aurait dû être récompensé pour ce qui est l’un de ses meilleurs films.

History of Violence de David Cronenberg et Three Times de Hou Hsia Hsien (2005)

Dans une sélection officielle hétéroclite, allant de Wim Wenders à Jim Jarmusch, de Johnnie To à Haneke, le festival de Cannes avait une nouvelle fois fière allure. Alors que le festival donnera sa palme d’Or aux frères Dardenne et son prix du jury à Wang Xiaoshuai, Emir Kusturica et ses acolytes oublièrent malheureusement deux tours de force de cette compétition 2005 entre cette tragédie d’une Amérique ensanglantée de David Cronenberg qui était d’une puissance formelle inégalée et la bouleversante rêverie temporelle et mélancolique du multi récompensé Hou Hsia Hsien, maître dans l’art de la mise en scène.

Dogville de Lars Von Trier (2003)

Avant d’être considéré comme personna non grata au festival puis de revenir de manière fracassante cette année 2018 avec son film de serial killer, en hors compétition, Lars Von Trier avait déjà arpenté les marches du tapis rouge. Le danois est un habitué de la croisette, étant même auréolé de la Palme d’Or en 2000 avec le sublime Dancer in the Dark. On imagine que cela a dû jouer dans l’esprit du jury présidé par Patrice Chéreau cette année-là. Mais durant cette édition, un peu faible, allant du magnifique (Elephant Palme d’Or ou Les invasions barbares ou même Tiresia de Bertrand Bonello) au ridicule (The Brown Bunny), on a du mal à comprendre comment Dogville avec son dispositif artistique fascinant et sa noirceur légendaire n’a pas su se hisser dans le palmarès 2003.

Irréversible de Gaspar Noé (2002)

Oui, on sait. On la connait déjà l’histoire. Insultes, scandale, vociférations, une pluie d’excréments s’est abattue sur la salle lors la projection du film du venimeux et scandaleux Gaspar Noé, devenu le vrai vilain petit canard de Cannes. Certes, au regard de la compétition, il y avait du monde qui se bousculait au portillon et il était évident que cette réalisation française allait se faire rejeter. Mais, on est obligé d’avoir un petit regret que ce film-là, aussi dur et vaniteux qu’il soit, n’ait pas été récompensé. Film coup de poing, rape and revenge à l’envers, folie esthétique, Irréversible a marqué le festival de son empreinte maléfique. Récompense ou pas.

L’été de Kikujiro de Takeshi Kitano (1999)

Il était difficile de se faire une place au soleil dans cette édition du festival de Cannes de 1999, car David Cronenberg donnera quasiment toutes les récompenses à deux films, français qui plus est : à celui de Bruno Dumont L’Humanité et à Rosetta des frères Dardenne. Pas moins de 5 récompenses pour ces deux seuls films. Malheureusement, deux films sont passés entre les gouttes alors que la malice aussi mortifère que rigolarde sur le monde adulte et le souvenir de l’enfance du road movie de Kitano ou la jungle urbaine et mutique de Jim Jarmusch avec Ghost Dog n’auraient pas démérité. Tous deux proposaient des idées de cinéma bien particulières. Mais David Cronenberg, on le comprend, tombera éperdument amoureux du cinéma de Bruno Dumont.

Dead Man de Jim Jarmusch (1995)

Il est difficile de ne pas tomber amoureux de Dead Man de Jim Jarmusch : ce western aux relents de road movie qui galope vers la mort, teinté d’un noir et blanc somptueux. Le jury de cette année 1995 fera preuve d’une certaine modernité, avec le prix de la mise en scène à La Haine de Matthieu Kassovitz. Sauf que, dans le même temps, il aurait été préférable de voir le Jarmusch en prix du jury en lieu et place du bancal deuxième film de Xavier Beauvois.

Basic Instinct de Paul Verhoeven et Twin Peaks Fire walk with me de David Lynch (1992)

Avec Gérard Depardieu, Jamie Lee Curtis et Pedro Almodóvar, on pouvait s’attendre à un palmarès fulgurant, bringuebalant, subversif et enflammé. Bonne pioche car ce festival de Cannes a beaucoup fait parler de lui en dehors des salles obscures : le balbutiant mais fascinant Basic Instinct et le mythique jeu de jambe de Sharon Stone ou la critique vaporeuse et névrosée de David Lynch au puritanisme américain étaient en adéquation totale pour embraser les marches du festival de Cannes. Malheureusement oui et non.  Malgré, certaines critiques acerbes concernant Basic Instinct, Sharon Stone gagnait le rang d’icône grâce au festival et à ce film, qui deviendra lui-même culte par la suite. David Lynch avait lui aussi connu un sort douteux, entre haine et incompréhension, sifflets et huées, deux ans après avoir gagné la Palme d’Or avec Sailor and Lula. Mais Twin Peaks reviendra par la grande porte en 2017 au festival de Cannes.

Van Gogh de Maurice Pialat (1991)

Cette année, Barton Fink des frères Coen et Europa de LVT ont tout raflé et ont laissé des petites miettes aux autres Jacques Rivette et Spike Lee. Pour Maurice Pialat, sa relation avec le festival de Cannes est en montagne russe. Revenu bredouille en 1970 alors qu’il avait présenté son magnifique Les choses de la vie, il gagna l’une des palmes les plus controversées avec le froid et mutique mais non moins passionnant Sous le Soleil de Satan en 1987. Avec Van Gogh, et un sublime Jacques Dutronc, ce portrait intime et poignant d’un artiste aurait mérité les honneurs du festival tant l’âpreté et l’humanisme du réalisateur se faisaient de nouveau ressentir.

La porte du Paradis de Michael Cimino (1981)

Certes, la compétition était rude, acharnée même. Entre le film de Andrzej Wajda, celui d’Alain Tanner, l’incroyable Possession de Andrzej Żuławski et bien d’autres, Michael Cimino avait fort à faire. Mais avec le temps de la réflexion, le fait que son film ne soit pas récompensé est l’un des plus grands mystères du festival de Cannes. Mais à l’époque, cette fresque historique aussi bouleversante que grandiloquente fut méprisée, vilipendée, elle a été un immense flop au box office et a presque ruiné la carrière du réalisateur. Le temps donnera heureusement raison à Michael Cimino.

WALKABOUT de Nicolas Roeg (1971)

Entre le film de Joseph Losey, Johnny s’en va-t-en guerre de Dalton Trumbo, Le Souffle au cœur de Louis Malle, Mort à Venise de Luchino Visconti et Panique à Needle Park de Jerry Schatzberg, la compétition était déjà remplie à ras bord. Mais ne pas voir le trip transcendantal et psychédélique de Nicolas Roeg qui jonglait vers les horizons d’un Jodorowsky est une véritable déception tant le film de l’australien est tout ce que peut regrouper le festival de Cannes dans sa singularité et son foisonnement d’idées.

Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda (1962)

Les grands noms étaient au rendez-vous cannois à l’image de Robert Bresson, Luis Buñuel et Antonioni ou autres Otto Preminger. Mais sous cette avalanche, c’est le film d’Agnès Varda qui émerveilla le festival en racontant l’errance d’une jeune femme en proie au doute quant à son avenir et son état de santé défaillant. Un doux poème de la nouvelle vague.

Le Trou de Jacques Becker (1960)

On ne va pas se le cacher. Le Trou se retrouvait dans la même compétition que La Dolce Vita de Fellini et L’Avventura d’Antonioni. Pas évident de tenir la dragée haute à ces deux films qui sont devenus des monuments du cinéma. Pourtant le film de prison de Jacques Becker, avec sa minutie dans la captation de l’espace à l’instar d’Un condamné à mort s’est échappé de Robert Bresson, son humanité et la noblesse de ses dialogues, est un chef d’œuvre du cinéma français.

Cate Blanchett : retour sur dix rôles phares de la Présidente du jury du Festival de Cannes 2018

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Cate Blanchett deviendra, en mai 2018, la 71ème Présidente du jury du Festival de Cannes. Petit retour sur dix des plus grands films de cette actrice caméléon.

Quel est le point commun entre des cinéastes aussi talentueux mais différents que Sam Raimi, David Fincher, Woody Allen, Peter Jackson, Steven Spielberg, Ridley Scott, Martin Scorsese et bien d’autres ? Réponse : ils ont tous craqué pour le talent de Cate Blanchett et lui ont offert ses meilleurs rôles.

Qu’elle évolue dans un film d’auteur à petit budget ou dans un blockbuster de plus de cent millions de dollars, Cate Blanchett se donne toujours à fond. Pleins phares sur une carrière en constante évolution.

Des débuts fracassants :

Le premier rôle remarqué à l’internationale pour Cate Blanchett est celui de la reine Elizabeth 1ère en 1998 dans le film éponyme de Shekhar Khapur. Elle décroche le Bafta et le Golden globe ainsi qu’une nomination à l’Oscar pour un rôle qu’elle reprend dans sa suite Elizabeth : l’âge d’or en 2007. Pour une actrice australienne ayant débuté sur les planches au début des années 90, le démarrage est plus que prometteur.

Deux ans plus tard, en 2000, Intuitions de Sam Raimi plonge Cate Blanchett dans un rôle de veuve élevant ses trois enfants et vivant de ses dons de divination. Le drame se mêle ainsi au fantastique et au polar dans un récit prenant où l’actrice se montre tour à tour timide et fragile, puis forte et déterminée, tenant la dragée haute à un casting trois étoiles.

En 2001, 2002 et 2003, le fantastique lui permet de devenir Galadriel dans Le Seigneur des anneaux de Peter Jackson (puis dans Le Hobbit). Un rôle secondaire qui n’en démontre pas moins le talent de l’actrice pour passer d’une émotion à une autre, tour à tour, belle et envoûtante puis terrifiante l’instant suivant.

La consécration

Dans Aviator de Martin Scorsese (2004), elle a la lourde tâche de se glisser dans la peau d’une légende Hollywoodienne : Katherine Hepburn. Face à un DiCaprio magistral, Blanchett fait merveille dans un exercice complexe où l’exubérance d’Hepburn, cachant sa fragilité, est parfaitement rendue et démontre, une fois de plus, la capacité de Cate à incarner des rôles de plus en plus exigeants. Sa composition sera récompensée par l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle en 2005.

Dans Babel (2006) d’Alejandro González Iñárritu, elle tient le rôle de l’épouse de Brad Pitt dans un drame bien tissé mais mineur par rapport aux autres films du réalisateur Mexicain. Mais Blanchett y est comme d’habitude excellente.

Entre flops et faux pas

Les rôles bariolés ne lui faisant pas peur, bien au contraire, elle devient la méchante pour le quatrième épisode d’Indiana Jones en 2008. Le succès au box office contraste avec l’échec critique du film. Pour une fois, Blanchett y est caricaturale et surjoue dans un navet pourtant toujours signé Spielberg.

https://www.youtube.com/watch?v=09SOPcC-brU

S’en suivent des participations dans des films de grands réalisateurs en petite forme qui vont se casser la figure au box office comme le trop long et mal écrit L’étrange histoire de Benjamin Button (2008) de David Fincher qui ne rembourse son budget que grâce au box office mondial.

Même déconvenue pour Robin des bois de Sir Ridley Scott en 2010 où le cinéaste anglais tente, en vain, avec Russell Crowe, d’appliquer la formule de Gladiator au célèbre voleur anglais.

Retour au sommet

Avec Woody Allen pour Blue Jasmine en 2013, Cate se glisse dans la peau d’une femme dépressive et rafle un deuxième Oscar, cette fois pour un premier rôle. A 44 ans, l’actrice prouve qu’elle peut revenir au sommet et sa carrière reprend du souffle.

Il faudra 9 ans pour qu’elle devienne à nouveau une méchante de blockbuster en 2017 dans Thor : Ragnarok. Cette fois, l’interprétation est au diapason et Blanchett méconnaissable sous les traits de la sœur cachée du Dieu mythique de l’écurie Marvel. Le succès public et la critique lavent la tache laissée par le très mauvais Indiana Jones 4.

Aujourd’hui Cate Blanchett est l’une des rares actrices Hollywoodienne a avoir une carrière de plus de vingt ans (une actrice a généralement entre 10 et 15 ans d’existence au top) et, surtout, une des seules à réussir le mélange des genres entre films d’auteur et blockbusters et à avoir pu travailler avec les plus grands noms du septième art.

Fimographie Sélective :

1998 Elizabeth de Shekhar Kapur
1999 Le talentueux Mr Ripley de Anthony Minghella
2000 Intuitions de Sam Raimi
2001 Le seigneur des anneaux : la communauté de l’anneau de Peter Jackson
2002 Le seigneur des anneaux : les deux tours de Peter Jackson
2003 Coffee and cigarettes de Jim Jarmush
2003 Le seigneur des anneaux : le retour du roi de Peter Jackson
2004 La vie aquatique de Wes Anderson
2004 Aviator de Martin Scorsese
2006 Babel d’Alejandro Inarittu
2006 The good german de Steven Soderbergh
2007 Elizabeth : l’âge d’or de Shekhar Kapur
2008 Indiana Jones et le crâne de cristal de Steven Spielberg
2009 L’étrange histoire de Benjamin Button de David Fincher
2010 Robin des bois de Ridley Scott
2012 Le Hobbit de Peter Jackson
2013 Blue Jasmine de Woody Allen
2015 Knight of cups de Terrence Malick
2017 Thor : Ragnarok de Taika Waititi

 

 

Bohemian Rhapsody de Bryan Singer : l’art du biopic, ou le cinéma avant tout

Presque dix ans après sa naissance, le projet de réaliser un biopic autour de Queen et Freddie Mercury voit enfin le jour. Après avoir vu défiler les noms de David Fincher ou encore Tom Hooper, c’est finalement Bryan Singer qui est chargé de mener à bien l’entreprise. L’attente fut fructueuse, et le résultat sans appel : Bohemian Rhapsody est un excellent biopic, mais avant tout un grand moment de cinéma.

Freddie Mercury est une légende, et son aura transcende Queen. Nombreux sont les « leaders » de groupes de rock à avoir été des figures emblématiques d’une époque, mais « Freddie » est peut-être le seul à avoir acquis un tel statut d’icône, de mythe, de par sa personnalité fantasque et son destin de héros tragique. Une sorte de descendant moderne de la Grèce antique : sexualité libérée, corps éprouvé et mis en scène, dévotion totale pour son art. Bryan Singer et Rami Malek, dont la collaboration fut aussi électrique qu’un solo de Brian May, ont parfaitement saisi l’immensité du personnage tant dans son immortalité quasi-divine que dans sa fragilité trop humaine.

Biopic, biographie : quelle différence ?

Réaliser un biopic est monnaie courante ces dernières années, et, quand on y réfléchit, deux d’entre eux (avec First Man) seront peut-être en course pour l’Oscar du meilleur film lors de la prochaine cérémonie. À lire les critiques de la presse ici et là, qui ne cessent de rabâcher que Bohemian Rhapsody est un bon film mais qui élague certaines réalités inavouables pour embellir l’histoire, on en vient à se demander si ces soi-disant « spécialistes » ont jamais su différencier un « biopic » d’un « documentaire ». Là où le second genre se veut évidemment transparent et ancré dans l’immédiateté historique, le premier est avant tout du cinéma. Et qui dit cinéma dit fiction, rappelons-le, qui n’aspire pas à délivrer quelque vérité que ce soit, sinon des reflets fantasmés.

Bohemian Rhapsody renvoie donc à la question du biopic et de sa légitimité cinématographique. Freddie Mercury dépasse le cadre du simple chanteur, de la simple personne lambda qui a réussi, voire du simple génie : c’est un mythe, un symbole, une « icône » au sens le plus religieux du terme, c’est-à-dire une image vénérée. Or un tel personnage – puisqu’il est davantage « personnage » que « personne » – ne peut que seoir à l’œuvre cinématographique, le cinéma étant lui-même l’art de la mise en images, de « l’icônisation » de héros chantant la grandeur de l’humanité. Des documentaires sur Queen, il en existe à la pelle ; l’intérêt d’en faire un film, tout en restant le plus fidèle possible aux faits, est de raconter l’histoire d’un groupe et d’un homme par un medium à leur hauteur. Faites des documentaires pour parler d’ici-bas ; le cinéma se chargera très bien des légendes. Queen est de ceux-là, Bryan Singer l’a compris, et de plus en plus de cinéastes se rendent compte de la puissance du septième art pour parler des génies – à condition d’accepter l’échec d’une restitution exacte qui n’a de toute façon pas lieu d’être.
Mathieu Amalric l’avait également compris, l’an dernier, dans son superbe biopic consacré à Barbara, et qui, dans sa dimension méta, était avant tout une proposition de cinéma. Encore plus récemment, Damien Chazelle l’a compris concernant Neil Amstrong avec First Man. Ces réalisateurs ont en commun le talent de faire passer ces « histoires vraies » dans une sphère supérieure, mythologique. Et ainsi subliment-ils leurs personnages. Et ainsi peut-on s’élever jusqu’à eux, s’y identifier, se sentir impliqué.
Bohemian Rhapsody est donc avant tout une œuvre cinématographique. Bryan Singer se sert de la vie réelle pour en extraire des thématiques fortes, qui ne sont d’ailleurs pas rares au cinéma : la famille, la perversité de l’industrie, la sexualité, l’amour, le dépassement de soi, l’aliénation. Autant de points d’ancrage pour un récit sous forme de voyage initiatique homérique.

Le film peut être découpé en trois parties : d’abord, la formation de Queen, son ascension, et la montée en puissance progressive de Freddie Mercury ; puis vient la séparation, l’exil solitaire du chanteur et son déclin autant artistique que sanitaire ; et enfin l’apothéose, avec la reconstitution du groupe et le Live Aid de 1985 à Wembley restitué en quasi-intégralité.
Les fans seront comblés, et les autres attentifs au génie mis en route devant leurs yeux. On assiste, ébahis, à la genèse de monstres sacrés de la musique que sont Bohemian Rhapsody, We Will Rock You, Another One Bites the Dust, sans jamais les désacraliser. On passe d’admiration en admiration, de réussite en réussite, lors de répétitions passionnées ou de concerts jouissifs. Mais heureusement, il n’y a pas que cela.

Une histoire de famille

Bohemian Rhapsody est un film sur le paradoxe, entre la volonté viscérale de ne pas faire comme les autres (« les autres groupes ne sont pas Queen », répètent-ils), d’accepter sa personnalité en tant que groupe, en tant qu’homme, malgré tous ceux qui les rabaissent et leur mettent la pression (les agents, les maisons de disques), et l’inéluctable malaise que cela engendre. Ne pas faire comme les autres, tracer sa propre route, et en même temps être accepté et intégré dans ces « familles ». L’histoire de Queen montre que cette aspiration est possible en tant que groupe, à condition de rester soudé ; l’histoire de Freddie Mercury montre, parallèlement, que cette aspiration est impossible et destructrice d’un point de vue personnel.

Car si le chanteur vedette a toujours été la tête d’affiche de Queen, il n’a cessé d’affirmer ne pas en être le leader. Il n’était pas la « tête pensante » du groupe, disait-il, mais sa « tête chantante ». Queen a toujours voulu donner autant de crédit à l’ensemble de ses membres, et c’est bien malgré lui que Freddie Mercury a été projeté sur le devant de la scène. Beaucoup de gens aiment à dire que Queen, c’est Freddie Mercury ; or ce film montre l’exact contraire : Freddie Mercury, c’est Queen. Et Bryan Singer n’a pas fait l’erreur de n’avoir d’yeux que pour lui, en donnant des rôles surprenamment consistants aux trois autres membres du groupe. Les acteurs, en plus de leur ressemblance stupéfiante, sont excellents et donnent un vrai relief aux individus qu’ils incarnent. Aussi le film donne-t-il vraiment l’impression que ces quatre mousquetaires sont inséparables, qu’ils peuvent tout traverser et tout réussir ensemble, allant au bout de leur art et de leur impertinence.
La descente aux enfers de Freddie Mercury consécutive de son départ du groupe le prouve : il n’est plus lui-même, se perd dans un hédonisme aliénant et se noie dans les excès. Et d’une certaine manière, c’est sa sortie de route solitaire qui le mènera à sa perte : la maladie qu’il contracte, alors qu’il s’est coupé de ses amis et de sa « famille » (la vraie, mais aussi celle que représente Queen), résonne comme une punition divine, une fatalité du destin ; tel un dieu qui avait tout en son Olympe, mais qui par orgueil aurait voulu jouer à l’être humain et s’y serait brûlé les ailes.

Lors de son grand retour au Live Aid, sorte d’épilogue à son histoire, c’est comme si Freddie Mercury était déjà mort puisqu’il se savait condamné. Sublimée par une réalisation lumineuse et une atmosphère presque religieuse, la scène donne l’impression que Queen joue désormais pour les anges, dans un paradis retrouvé, hors du temps – et en même temps trop tard…
Freddie Mercury est mort du sida, c’était donc un homme comme les autres, aussi vulnérable que quiconque. Pourtant, lorsqu’il entrait sur scène accompagné de ses trois frères d’armes, plus rien ne pouvait l’atteindre ; comme si la seule chose qui aurait pu alors l’emporter n’était pas la maladie, mais la grâce.

Bohemian Rhapsody est un film qui fait rire, pleurer, jouir de la passion irrépressible pour la musique que beaucoup partagent. Il ne se contente pas de conter la vie d’un homme, ni celle d’un groupe, mais hisse leur histoire au rang de légende, de rêve accompli. Dès lors, qu’importe les élisions, qu’importe les imprécisions, voire les mensonges. Là n’est pas le propos ni l’intention, qui résident davantage dans la restitution d’une mentalité, d’une intimité et d’une époque révolues mais qui continuent d’inspirer. La réalisation est remarquable, les acteurs (Rami Malek en tête) y sont immenses, la bande-son évidemment parfaite. Un art mis au service d’un autre, pour le plus grand bonheur des fans, des moins fans, et de tous ceux qui sortiront de la séance avec les yeux brillants d’émotion et les oreilles sourdes de mélodies inoubliables… Complètement (Radio-)gagas.

Bohemian Rhapsody : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=NrZUAKMMLoY

Synopsis : Bohemian Rhapsody retrace le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, découvrez la vie exceptionnelle d’un homme qui continue d’inspirer les outsiders, les rêveurs et tous ceux qui aiment la musique.

Fiche technique :

Réalisateur : Bryan Singer
Scénario : Anthony McCarten
Acteurs : Rami Malek, Lucy Boynton, Joseph Mazzello, Gwilym Lee, Ben Hardy
Photographie : Newton Thomas Sigel
Montage : Dexter Fletcher
Producteurs : Jim Beach, Bryan Singer, Robert De Niro, Graham King, Roger Taylor, Brian May
Société de production : 20th Century Fox
Durée : 135 minutes
Genres : Biopic, musical
Date de sortie : 31 Octobre 2018

États-Unis – 2018

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Cannes 2018 : la sélection du festival, Godard, Spike Lee, Christophe Honoré…

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Comme chaque année, le Festival de Cannes a tenu sa célèbre conférence de presse ce jeudi 12 avril à Paris et lancé la course à la Palme d’Or pour les dix-huit films sélectionnés. Thierry Frémaux et Pierre Lescure ont révélé les films en compétition officielle, hors-compétition, et Un Certain Regard au 71e Festival de Cannes, qui se tiendra du 8 au 19 mai 2018.

Cette année, sur 1906 long-métrages visionnés par les équipes du Festival de Cannes, une vingtaine seulement seront retenus en sélection officielle, dont quatre réalisateurs français : Le livre d’image de Jean-Luc Godard, mais aussi Stéphane Brizé, qui après avoir été très bien accueilli en 2015 avec La loi du marché, revient avec En guerre, dans lequel il a dirigé pour la seconde fois Vincent Lindon, Christophe Honoré avec Plaire, aimer et courir vite et Eva Husson avec Les Filles du soleil. Le plus grand rendez-vous mondial du 7e Art annonce seulement trois femmes réalisatrices en compétition, la Française Eva Husson, la Libanaise Nadine Labaki pour Capharnaüm et l’Italienne Alice Rohrwacher avec Lazzaro Felice.

Durant la conférence de presse, un temps important a été accordé à cette histoire de selfies et de photos sur le tapis rouge. Les deux seront interdits, « À Cannes, on vient pour voir et pas pour se voir » a jugé Thierry Frémaux. Seuls les photographes accrédités placés de part et d’autre du tapis rouge seront autorisés.

Deuxième débat qui fait réagir le monde du cinéma, la présence ou non de films produits par Netflix en compétition. Le délégué général du Festival a été très clair à ce sujet : « tout film qui souhaite concourir pour la Palme d’or devra sortir dans les salles françaises ». En conséquence, Netflix a décidé de retirer tous ses films, dont The Other Side of the Wind d’Orson Welles hors compétition, du Festival. Il est regrettable de ne pas voir une entente possible entre le Festival et la plateforme de streaming, qui reste sur ses positions.

Questionné sur la faible présence de femmes à Cannes, Thierry Frémaux s’est exprimé très sincèrement sur le sujet en justifiant ce choix par le refus total de faire de la « discrimination positive » et en réitérant son engagement et son soutien aux femmes par rapport au mouvement Time’s Up. « Nous recevrons des organisations et il y a aura des prises de parole sur le sujet. (…) Il y a des gens dont c’est le combat et il faut leur donner la parole. (…) Nous déplorons comme tout le monde qu’il n’y ait qu’une seule femme Palme d’Or. Nous n’aimons pas qu’il soit dit pour défendre une cause que c’est une demie-palme d’or.(…) Nous aimerions qu’il y ait une deuxième femme Palme d’Or. »

Si les polémiques sont souvent les mêmes ces dernières années, une chose est sûre, la sélection est assez surprenante en 2018. Thierry Frémaux promet un « fort renouvellement générationnel avec des cinéastes dont vous avez peu ou pas entendu parlé et que vous n’attendiez peut-être pas ici. » mais pas de Terrence Malick, de Brian DePalma, Xavier Dolan, Terry Gilliam, Alfonso Cuaron, Lars Von Trier, Kechiche, ou encore Jacques Audiard. Ils ne fouleront pas le tapis de la croisette mais cette édition promet beaucoup de découvertes et de surprises. On espère en tout cas que ces choix seront à la hauteur de l’évènement…

La sélection officielle Compétition pour la Palme d’or (présidé par Cate Blanchett)

Everybody Knows, d’Asghar Farhadi (ouverture)
En guerre, de Stéphane Brizé
Dogman, de Matteo Garrone
Le livre d’image, de Jean-Luc Godard
Netemo Sametemo (Asako I & II), de Ryusuke Hamaguchi
Plaire aimer et courir vite, de Christophe Honoré
Les filles du soleil (Girls of the sun), d’Eva Husson
Ash is purest white, de Jia Zhang-Ke
Shoplifters, de Kore-Eda Hirokazu
Capharnaüm (Capernaum), de Nadine Labaki
Buh-Ning (Burning), de Lee Chang-Dong
Blackkklansman, de Spike Lee
Under the silver lake, de David Robert Mitchell
Three faces, de Jafar Panahi
Zimna Wojna (Cold War), de Pawel Pawlikowski
Lazzaro Felice, d’Alice Rohrwacher
Yomeddine, d’A.B Shawky
Leto (L’Eté), de Kirill Serebrenniko

Hors compétition
Solo : A Star Wars Story, de Ron Howard
Le Grand Bain, de Gilles Lellouche

Un certain regard (présidé par Benicio del Toro)

Gräns (Border), d’Ali Abbasi
Sofia, de Meyem Benm’Barek
Les Chatouilles, d’Andréa Bescond et Eric Métayer
Girl, de Lukas Dhont
Gueule d’ange, de Vanessa Filho
Long day’s Journey into Night, de Bi Gan
Euphoria, de Valeria Golino
Rafiki, de Wanuri Kahiu
Die Stropers (The Harverest), de Etienne Kallos
Mon tissu préféré, de Gaya Jiji
À Genoux les gars (Sextape), d’Antoine Desrosières
El Angel, de Luis Ortega
The Gentle Indifference of The World de Adilkhan Yerzhanov
Manto, de Nandita Das
In My Room, d’Ulrich Köhler
Les chatouilles (Little Tickles) d’Andréa Bescond et Eric Métayer

Séances spéciales
10 ans en Thaïlande, de Aditya Assarat, Wisit Sasanatieng, Chulayarnon Sriphol & Apichatpong Weerasethakul
The state against Mandela and the others, de Nicolas Champeaux et Gilles Porte
O Grande Circo Mistico (Le Grand cirque mystique), de Carlo Diegues
La Traversée, de Romain Goupil
Les Âmes mortes (Dead souls), de Wang Bing
À tous vents (To the four winds) de Michel Toesca
Le pape François – Un homme de parole, de Wim Wenders

Séances de minuit
Arctic, de Joe Penna
Gongjack (The Spy Gone North), de Yoon Jong-Bing

Courts métrages en compétition
Gabriel, d’Oren Gerner (France)
Judgement, de Raymund Ribay Gutierrez (Philippines)
Caroline, de Celine Held et Logan George (États-Unis)
Tariki (Ombre) de Saeed Jafarian (Iran)
III (film d’animation), de Marta Pajek (Pologne)
Duality, de Masahiko Sato, Genki Kawamura, Yutaro Seki, Masayuki Toyota, Kentaro Hirase (Japon)
On The Border, de Wei Shujun (Chine)
Toutes ces Créatures, de Charles William (Australie)

Ce que l’on sait : voir toutes les infos.

Le nouveau film d’Asghar Farhadi mettant en scène le couple star Penelope Cruz et Javier Bardem ouvrira la quinzaine cannoise. Edouard Baer succédera à Monica Belluci en maître de cérémonie. Solo : A Star Wars Story sera présenté en sélection officielle.

D’autres films ou événements peuvent être ajoutés dans les jours ou les semaines qui viennent, notamment avec l’annonce des sélections de la Quinzaine des Réalisateurs et de la Semaine de la Critique.

EN GUERRE, de Stéphane Brizé, avec Vincent Lindon

Les femmes à Cannes, les muses de la Croisette

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Les femmes et Cannes, c’est une grande histoire d’amour commencée dès les débuts du Festival en 1946, et qui ne fait que s’accroître d’année en année. Quelques semaines avant l’ouverture du 71ème Festival de Cannes, LeMagduCiné a choisi de revenir sur la relation si particulière entre le prestigieux Festival et les femmes à travers des thèmes qui traversent tous les domaines en mettant toujours à l’honneur, le si bel art qu’est le cinéma.

Des belles tenues aux polémiques.

Le Festival de Cannes est internationalement reconnu depuis des années pour être l’événement chic du Septième Art. Toutes les plus grandes stars de cinéma y ont monté les marches habillées pour l’occasion par des marques de luxe, qui en profitent pour montrer leurs créations. La Croisette n’est pas seulement un lieu privilégié du cinéma, elle est aussi souvent un grand instant de mode. On ne compte plus les fois où des robes splendides ont fait parler d’elles, ni les moments marquants où les tenues très originales inspiraient les journalistes. Les femmes sont scrutées de haut en bas en montant les marches pour voir si elles correspondent bien aux « tenues de soirée » requises pour accéder au Palais des Festivals ou si elles ne laisseront pas s’échapper un scandale de leur robe. Parfois cantonnées seulement à leur statut de femme d’ailleurs, on en oublie de parler de cinéma mais non, elles ne sont pas seulement là pour faire beau et sont autant professionnelles que ceux du sexe opposé, habillés en smocking. (Lire l’article de Libération sur les genres dans les tenues)

Mais les polémiques ne se limitent pas au simple espace du tapis rouge, les femmes ont du caractère et elles le prouvent. Dès 1979, Françoise Sagan fait trembler Cannes en tant que Présidente du Jury. Sept mois après avoir tranché pour remettre la Palme d’Or ex-aequo à Le Tambour et Apocalypse Now, elle révèle les dessous du festival qui disent que le président Robert Favre Le Bret et Maurice Bessy, ex-délégué général et juré cette année-là ont largement influencé les jurés en faveur du film de Coppola. Quelques années après, en 1983, c’est Isabelle Adjani qui fait parler d’elle en refusant de participer à la conférence de presse et au photocall du film L’Été meurtrier pour protester contre les photographes qu’elle jugeait trop intrusifs dans sa vie privée. En réaction à ce boudage, les photographes décident alors de se mettre en grève et de tourner le dos à l’actrice à sa montée des marches, après avoir déposé leurs appareils à leurs pieds. Des années avant encore, Simone Silva créa la polémique en plein shooting photo avec Robert Mitchum en enlevant son soutien gorge lors des poses, donnant des clichés très sexys des deux acteurs. Plus récemment en 2012, Julia Roberts fait le buzz en choisissant de monter les marches pieds nus pour protester contre le dress code du tapis rouge selon lequel les talons seraient obligatoires. Ces photos et ces moments ont fait le tour du monde et beaucoup parler le microcosme du cinéma qui se nourrit chaque année de tous ces instants qui sortent du protocole cannois.

Des inégalités depuis longtemps dans les prix.

Si l’on parle beaucoup des femmes pour leur beauté et leur élégance à Cannes, on attend encore le jour où l’on en parlera autant pour leur talent et leur grande présence dans la compétition. Il y a quelques jours, l’Agence France Presse (AFP) dévoilait quelques chiffres sur la présence féminine au sein de la sélection officielle. Sur les 268 cinéastes ayant vu leur film récompensé par une des plus hautes distinctions du Festival (ces dernières années par la Palme d’or, le Grand Prix et le Prix du jury), 11 étaient des femmes, soit 4 % du total, selon le décompte de l’AFP :

– Jane Campion : Palme d’Or du court métrage en 1986 pour Peel, exercice de discipline et Palme d’Or en 1993 pour La Leçon de Piano (ex-aequo avec Chen Kaige et son Adieu ma concubine).

– Samira Makhmalbaf : Prix du Jury en 2000 pour Le Tableau noir et en 2003 pour A cinq heures de l’après-midi

– Alice Rohrwacher : Grand Prix en 2014 pour Les Merveilles (nommée cette année pour Lazzaro Felice)

« J’adorerai voir plus de réalisatrices parce qu’elles représentent la moitié de la population et donnent naissance à la Terre entière. Tant qu’elles n’écriront pas et ne réaliseront pas, nous n’aurons jamais la totale vision des choses. » Jane Campion.

Du côté du Prix de la mise en scène et du Prix du scénario, quatre femmes ont été récompensées sur 111 lauréats en plus de 70 ans, soit 3,5 % dont deux l’an dernier :

  • Sofia Coppola : Prix de la mise en scène en 2017 pour Les Proies
  • Lynne Ramsay : Prix du scénario en 2017 pour A Beautiful Day (…)

Mais si les femmes ne sont pas beaucoup récompensées, c’est qu’elles ne sont pas non plus beaucoup nommées. Malgré la volonté de certaines écoles de cinéma d’établir la mixité dans leur promotion, la tendance à devenir cinéaste reste masculine. Parmi les plus de 1.780 cinéastes qui ont vu leur film sélectionné depuis 1946, on retrouve 83 réalisatrices, soit 4,7 %. Cette année trois réalisatrices ont vu leur film sélectionné sur les 18 que comporte la sélection officielle, confirmant la « tendance » des quatre dernières années où un film sélectionné sur huit environ était réalisé par une femme. Mais des sélections officielles relativement récentes, comme 2012 ou 2010, ne comptaient que des films réalisés par des hommes. Pour se défendre, le Festival souligne régulièrement que la sélection officielle ne fait que refléter la faible représentation des femmes dans le milieu de la réalisation cinématographique. En France, à titre d’exemple, environ un quart des cinéastes entre 2009 et 2014 étaient des femmes, selon le centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).

Cependant, depuis 2013, le Festival tient à respecter la parité parmi le Jury qui compte 9 membres dont le Président donc 4 ou 5 femmes lorsque la Présidente du Jury est, comme cette année, une femme. Au total, les femmes ont représenté 166 membres sur les 738 qu’a connus le jury du Festival, soit plus d’une personne sur cinq. En 71 édition du Festival de Cannes, 12 femmes seulement ont été présidentes du jury dont 5 françaises (Michèle Morgan, Jeanne Moreau deux fois, Françoise Sagan, Isabelle Huppert, Isabelle Adjani). En revanche, là où le Festival leur donne une place privilégiée c’est pour être maîtresse des cérémonies. Il n’y a eu quasiment que des femmes et seulement 4 hommes depuis 1993 : Vincent Cassel, Lambert Wilson, Laurent Lafitte et Edouard Baer qui assurera pour la troisième fois le rôle de maître de cérémonie cette année.

Les femmes de Cannes.

Toujours une source d’inspiration

La Femme a inspiré de nombreux artistes et été la muse de plusieurs peintres ou réalisateurs qui les sublimaient sur leur toile ou à l’écran. En choisissant de mettre des femmes sur son affiche, le Festival de Cannes retransmet ce message et leur rend hommage. La première femme à apparaître sur une affiche est en 1957 par un dessin puis en 1992, Marlène Dietrich est la première actrice à devenir la muse de Cannes. Depuis, plusieurs femmes se succèdent dans ce rôle en commençant par Marilyn Monroe ou encore Juliette Binoche, Faye Dunaway, Ingrid Bergman, et Claudia Cardinale l’an dernier. Cela montre bien que la féminité est un des personnages principaux du Septième Art.

Brigitte Bardot, Monica Bellucci, Marion Cotillard, Grace Kelly, Catherine Deneuve, Jeanne Moreau, Isabelle Huppert Sophia Loren, toutes ont marqué de leur empreinte le Festival de Cannes. Ces deux semaines cannoises ont leur lot de polémiques et de faits marquants mais également de moments touchants dont le monde entier se souvient. Que ce soit lors de réceptions de prix, avec en 2014 Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos qui montaient sur scène avec leur réalisateur Abdellatif Kechiche pour la Palme d’Or de La vie d’Adèle ou lors d’instants forts de la cérémonie, la grande famille du cinéma comme on l’appelle si souvent, a fait briller bien des yeux. On pense notamment au duo culte de Vanessa Paradis et Jeanne Moreau chantant Le tourbillon de la vie en 1995.

Festival de Cannes 2018 : changements en autarcie et accès VIP

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Suppression des projections presse matinales pour les journalistes conviés à se rendre aux séances publiques (et à sauter les afters pour rédiger leurs papiers); interdiction des selfies durant la montée des marches pour des questions d’organisation; et (surtout?) obligation d’une distribution salles en France pour les films de la sélection officielle, excluant de fait Netflix des honneurs de la compétition (because chronologie des médias hexagonale). Bref, ça n’a échappé à personne : à Cannes, change is in the air.

Les conséquences des mesures chocs annoncées ne se sont d’ailleurs pas fait attendre. Les polémiques ont immédiatement pris le pas sur le reste, au point de reléguer dans le rétroviseur les habituelles spéculations d’avant-festival. Quand les films présents suscitent moins d’intérêt que ceux qui n’y seront pas, c’est bien que quelque chose cloche.

Gardien du temple solaire

Il suffit pour s’en convaincre de constater le non-événement de l’annonce de la sélection officielle, totalement éclipsée par la non-présence à cette édition 2018 de Netflix et des films qu’ils devaient amener dans leurs bagages (dont la fameuse œuvre inachevée d’Orson Welles). On se gardera bien de prendre parti sur ce point, d’autant que l’on n’est pas à l’abri de connaître quelques rebondissements sur la route qui mènera immanquablement à l’issue du conflit. Toutefois, le principal ici ne concerne peut-être pas tant les mesures elles-mêmes que l’ampleur de la controverse déclenchée, qui dépasse largement les acteurs directement concernés.

Pour le pire et pour le meilleur, à tort où à raison, Cannes évoque le cinéma avec un grand C dans l’inconscient populaire depuis plusieurs décennies. Par les temps qui courent, ce fantasme d’excellence revêt une dimension messianique pour les contempteurs de la dématérialisation du médium, qui y voient une trahison de son essence (souvenons-nous des sifflets-bizuteurs qui ont accueilli la projection d’Okja de Bong Joon-ho lors de l’apparition du logo Netflix à l’écran l’an passé). Et de fait, corsetée dans une idée de la noblesse culturelle que les raouts people annuels n’ont pas encore réussi à renverser, Cannes doit sa résistance au temps à la pérennité d’une certaine mythologie du 7ème Art. Celle d’un temple aux idoles plus grand que la vie, qui pose les conditions de son expérience à ses fidèles et entretient sa persona au-dessus mais à l’écart du commun des mortels, si proche et si loin d’eux à la fois. Cannes, c’est le paroxysme rectiligne de la verticalité dans un monde acquis à l’horizontalité. La volonté de mettre tout le monde devant le fait accompli qui transparait dans les mesures prises, ne saurait évoquer avec plus d’éloquence cette conscience de sa propre condition inhérente au festival.

Ted Sarandos et Thierry Frémeaux: « -Sacré Thierry, it’s encore you qui a pété ? -Woah Teddy, WHOAH !! »

Or, c’est là qu’il faut mesurer l’importance du débat ouvert par les décisions annoncées par Thierry Frémaux, depuis abonné à la justification penaude quasi-quotidienne par médias interposés d’une polémique qui semble légèrement le dépasser (la dernière en date: « L’an dernier, on avait proposé deux films, mais cela a été fortement critiqué. J’ai failli perdre mon poste. C’était très violent (…) A cause de la chronologie des médias, cela impliquerait qu’il n’arrive sur la plateforme que 3 ans plus tard. C’est absurde, bien sûr. Personnellement, je pense que cela doit changer, mais en 2018, on doit faire avec ça). Car c’est bien cette idée du cinéma qui est menacée par les plateformes du streaming, qui érige la mise à disposition immédiate non pas d’un film mais d’un catalogue comme nouveau modèle de pratique du spectateur et, in fine de production. C’est ce contrôle forfaitaire du spectateur sur ses programmes qui menacerait de faire du cinéma le sujet des désirs aléatoires du regardant, affectant notre relation de façon irréversible notre rapport ontologique au médium selon le plus éminent thuriféraire de la tradition, Quentin Tarantino: « Ce que je veux dire, c’est qu’on était investit d’une certaine façon, et qu’en matière de cinéma, les nouvelles technologies font que cet investissement n’est plus du tout le même. Bien sûr, il nous est tous arrivés de louer trois films et de ne jamais regarder le troisième, mais il y avait un véritable engagement envers ce qu’on avait choisi (…) Ce que l’on a perdu, c’est la notion d’engagement ».

Make cinema great again ?

Certes, le cinéma ne cesse de mourir depuis globalement l’arrivée du parlant, et de tels débats entouraient déjà l’arrivée de la télévision et la VHS. Mais le rapport antédiluvien de verticalité entretenu par le médium et le spectateur, auquel sa dimension artistique a été grandement (et arbitrairement) chevillée n’a jamais été autant remis en question que maintenant. Ce n’est plus nous qui allons au cinéma, c’est le cinéma qui vient à nous et, comme le dit David Fincher « se rend présent à notre disponibilité ». A une époque où l’immédiateté a botté l’attente hors du terrain, où la transparence s’impose à l’opacité et ou la proximité a remplacé la transcendance, le cinéma ne conte plus sa légende par l’intermédiaire des photos de maîtres, mais dans l’instantanéité des selfies qui n’auront plus droit de cité sur le tapis rouge.

Or, si ce changement de paradigme génère un bouleversement indéniable dans la façon de considérer le cinéma, ostraciser les œuvres Netflix pour ne pas avoir respecter le protocole, c’est prendre le risque d’appliquer des distinctions archaïques déconnectées de la réalité. Comme lorsque Steven Spielberg déclare « En fait, une fois que vous vous soumettez au format télé, vous êtes un téléfilm. Et certains de ces films méritent des récompenses, oui, mais un Emmy. Pas un Oscar. Je ne pense pas que les films qui ont juste une exploitation en salles pour répondre aux critères de qualification, méritent d’être nommés aux Oscars. » Quand bien même il s’en défend, c’est bien le même message que traduit la décision du festival de Cannes, qui reconduit entre les lignes d’une diplomatie de façade la dichotomie film/téléfilm qui a longtemps prévalu pour catégoriser les films tournés pour le petit écran et ceux tournés pour la grande toile. A ce mépris de classe de la part de l’aristocratie du cinéma le réalisateur Jérémy Saulnier, qui fait partie des refoulés Netflix avec Aucun homme ni Dieu, adresse une réponse qui se soucie beaucoup moins des apparences que les formules de Ted Sarandos « Oscar ou Emmy ? Pas mon problème. Mais si quelqu’un essaie de m’expliquer que mes modestes films ne relèvent pas du cinéma, je l’invite gentiment à se poignarder le visage plusieurs fois, avant de se foutre le feu. »

« Celle-là, on va l’envoyer à Frémeaux ».

Que la plus importante manifestation cinématographique mondiale affirme son intention de restaurer l’importance supposément en péril du 7ème Art, rien de plus louable en soit. Que ce même péril soit identifié à l’aune de sa nouvelle accessibilité, voilà qui est déjà beaucoup plus litigieux, et risque bien de réduire à néant les efforts de Frémeaux visant à combattre l’image d’un festival défiant vis-à-vis du grand-public, dont les modes d’expérience contemporains du cinéma sont désormais ni plus ni moins arrêtés aux portes de la Croisette. Le problème de l’accessibilité cannoise ne se pose plus seulement en termes de contenu filmique (la fameuse étiquette de happy-few élitiste pesant sur les films provenant du festival), mais rattrape les modalités mêmes de rencontre du médium lui-même avec le public.

Que l’on ne s’y trompe pas : au-delà de toutes considérations partisanes, le cinéma aborde un tournant rien moins que civilisationnel à l’échelle de son histoire. A côté de la question de la chronologie des médias, il y a un vrai débat à mener sur la nécessaire préservation de la dimension mythologique du cinéma, et en premier lieu à travers le devenir de la salle obscure, sanctuaire privilégié du dispositif. Mais en chevillant aussi définitivement le « grand » cinéma dont il est la vitrine à un support de diffusion, Cannes expédie cavalièrement toutes formes de discussions là où il devrait en être le théâtre, et prend le risque de cheviller son destin à des dogmes aussi rigides que problématiques. Ted Sarandos : « Thierry a dit quand il a évoqué son changement de règle que l’histoire de Cannes et l’histoire d’Internet sont deux choses différentes (…). Nous choisissons de nous positionner du côté de l’avenir du cinéma. Si Cannes préfère rester dans le passé, très bien ». Jusqu’à ce que son inaccessibilité, fantasmée ou avérée, qui se voudrait le pléonasme d’une excellence de plus en plus chimérique ne devienne une réalité qui n’intéresse plus personne.

 

 

Festival de Cannes : Le programme complet de Cannes Classics 2018 enfin dévoilé !

Le programme détaillé de la sélection exceptionnelle de Cannes Classics a été rendu public en ce lundi 23 avril 2018. Cette année, la section parallèle du 71e Festival de Cannes rendra entre autres, hommages à Alice Guy, Jane Fonda et célébrera le 50e anniversaire de 2001 L’Odyssée de l’espace ainsi que le centenaire d’Ingmar Bergman.

Pour le plus grand bonheur des cinéphiles, des films du patrimoine et des grands classiques du septième art seront projetés dans des versions restaurées en 2K et en 4K. Ces films restaurés seront présentés par des producteurs, des distributeurs, des fondations, des cinémathèques ou bien encore des ayants-droit qui travaillent à la sauvegarde du passé. Des documentaires produits en 2018 font également partie de la sélection Cannes Classics cette année.

La plupart des longs-métrages de Cannes Classics sont projetés dans la salle Buñuel, au cœur de la salle du Soixantième ou bien encore au Cinéma de la Plage. Toutes les séances seront présentées, soit par des réalisateurs, des artistes ou des responsables des restaurations, soit par des professionnels venus des archives ou des cinémathèques.

Les cinéphiles présents sur la Croisette vont donc être aux anges avec cette programmation exceptionnelle dans le cadre de l’édition 2018 de Cannes Classics. 32 longs-métrages qui ont fait l’histoire du cinéma seront projetés. Le cinéma de la plage lors de cette édition célébrera aussi le 50e anniversaire de 2001 : L’Odyssée de l’espace et le centenaire d’Ingmar Bergman sera à l’honneur.

« Il s’agit d’une recréation photochimique fidèle qui n’a fait l’objet d’aucune retouche numérique, ni modification de montage. Présenté par le réalisateur Christopher Nolan, le film sera projeté dans l’exacte reproduction de l’expérience vécue par les spectateurs lors de la sortie du film au printemps 1968« , souligne le Festival de Cannes. La fille de Stanley Kubrick, Katharina Kubrick, et son coproducteur Jan Harlan assisteront à cette projection.

Christopher Nolan a déclaré à propos du film culte : “Un de mes premiers souvenirs de cinéma est d’être allé avec mon père voir 2001 : L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, en 70 mm, au cinéma de Leicester Square à Londres. L’opportunité de participer à la recréation de cette expérience pour une nouvelle génération de spectateurs et de présenter au Festival de Cannes notre nouvelle copie 70 mm non restaurée du chef-d’œuvre de Kubrick, dans toute sa splendeur analogique, est un honneur et un privilège.”

Hommages à Ingmar Bergman, né il y a 100 ans

Cannes Classics projettera plusieurs documentaires dont « Searching for Ingmar Bergman » de l’Allemande Margarethe von Trotta. « Le Septième sceau« , l’un des chefs-d’œuvre du cinéaste tourné en 1957, sera également projeté dans une version restaurée en 4K (très haute définition) à partir du négatif original, en coproduction avec StudioCanal. Une présentation de C-Films (Deutschland) à Hamburg et Mondex et Cie-France. Ventes internationales, Edward Noeltner, CMG à Los Angeles. En présence de Margarethe von Trotta.

«Bergman — ett år, ett liv» (Bergman – A Year in a Life) de Jane Magnusson (2018, 1h56, Suède)

Bergman — A Year in a Life retrace l’existence de Bergman pendant l’année 1957 au moment de la sortie des Fraises sauvages et du Septième Sceau. Par Jane Magnusson, déjà auteur en 2013 de Trespassing Bergman avec Martin Scorsese, Woody Allen, Francis Coppola, Wes Anderson. Une présentation de B-reel Films. Produit par Mattias Nohrborg, Cecilia Nessen, Fredrik Heinig pour B-reel Film, avec SvT, Nordsvensk, FRSM, Reel Ventures, SF et avec le soutien de SFI, NFI et NFTV. Distribution : Carlotta Films. En présence de Jane Magnusson.

Orson Welles sera également à l’honneur avec un film du critique et historien de cinéma Mark Cousins, « Les Yeux d’Orson Welles« , une plongée dans l’univers du cinéaste avec la collaboration de sa fille Beatrice Welles.

Le programme complet et détaillé de Cannes Classics 2018 :

Sélection Alice Guy et Jane Fonda

Be Natural : The Untold Story of Alice Guy-Blaché (Soyez naturel : L’histoire inédite d’Alice Guy-Blaché) de Pamela B. Green (2018, 2h, États-Unis)

Première femme réalisatrice, productrice et directrice de studio de l’histoire du cinéma, Alice Guy est le sujet d’un documentaire mené tambour battant telle une enquête visant à faire (re)connaître la cinéaste et son œuvre de par le monde. Une présentation de Wildwood Enterprises en association avec Artemis Rising. Produit par A Be Natural Production. En présence de la réalisatrice Pamela B. Green.

Jane Fonda in Five Acts de Susan Lacy (2018, 2h13, États-Unis)

La carrière cinématographique de Jane Fonda, sa place dans l’histoire du XXe siècle, sa relation aux hommes de sa vie. Une présentation de HBO Documentary Films. Produit par Pentimento Productions. En présence de Susan Lacy et de Jane Fonda.

jane-fonda-hommage-carriere-festival-cannes-classics-2018

 

Les 50 ans de 2001 : l’odyssée de l’espace

2001: A Space Odyssey (2001 : l’odyssée de l’espace) de Stanley Kubrick (1968, 2h44, Royaume-Uni, États-Unis)

Une présentation de Warner Bros. Copie 70mm tirée à partir d’éléments du négatif original. Il s’agit d’une recréation photochimique fidèle qui n’a fait l’objet d’aucune retouche numérique, effet remasterisé ni modification de montage. Présenté par le réalisateur Christopher Nolan, le film sera projeté en salle Debussy, avec entracte de 15mn, dans l’exacte reproduction de l’expérience vécue par les spectateurs lors de la sortie du film au printemps 1968. En présence également de la fille de Stanley Kubrick, Katharina Kubrick, et de son coproducteur Jan Harlan.

Orson Welles

The Eyes of Orson Welles (Les Yeux d’Orson Welles) de Mark Cousins (2018, 1h55, Royaume-Uni)

Un voyage du critique et historien de cinéma Mark Cousins, auteur de Story of Film, dans l’univers pictural d’Orson Welles, ses dessins, peintures et œuvres de jeunesse, vus pour la première fois à l’écran, grâce à sa fille Beatrice Welles. Une présentation de Bofa Productions. Produit par Bofa Productions avec Creative Scotland, the BBC et Filmstruck. En présence du réalisateur Mark Cousins.

Centenaire Ingmar Bergman

Searching for Ingmar Bergman (À la recherche d’Ingmar Bergman) de Margarethe von Trotta (2018, 1h39, Allemagne, France)

La réalisatrice allemande Margarethe von Trotta, qu’Ingmar Bergman appréciait beaucoup, part sur les traces du cinéaste en même temps que celles de son propre passé et interroge la nouvelle génération à propos de la place laissée par le maître suédois. Une présentation de C-Films (Deutschland) à Hamburg et Mondex et Cie-France. Ventes internationales, Edward Noeltner, CMG à Los Angeles. En présence de Margarethe von Trotta.

Bergman — ett år, ett liv (Bergman – A Year in Life) de Jane Magnusson (2018, 1h56, Suède)

Bergman – A Year in Life retrace l’existence de Bergman pendant l’année 1957 au moment de la sortie des Fraises sauvages et du Septième Sceau. Par Jane Magnusson, déjà auteur en 2013 de Trespassing Bergman avec Martin Scorsese, Woody Allen, Francis Coppola, Wes Anderson. Une présentation de B-reel Films. Produit par Mattias Nohrborg, Cecilia Nessen, Fredrik Heinig pour B-reel Film, avec SvT, Nordsvensk, FRSM, Reel Ventures, SF et avec le soutien de SFI, NFI et NFTV. Distribution : Carlotta Films. En présence de Jane Magnusson.

Det sjunde inseglet (Le Septième Sceau / The Seventh Seal) d’Ingmar Bergman (1957, 1h36, Suède)

La rencontre d’un chevalier avec la Mort et une partie d’échecs qui fait légende… Le chef-d’œuvre le plus célèbre d’Ingmar Bergman et l’un des rôles les plus marquants de Max von Sydow. Une présentation du Swedish Film Institute. Numérisation et restauration 4K à partir du négatif original et du mixage final sur bande magnétique menées par le Swedish Film Institute. Distribution salles : Studiocanal et Carlotta Films.

Toute la programmation des films de Cannes Classics

Battement de cœur (Beating Heart) d’Henri Decoin (1939, 1h37, France)

Une présentation Gaumont. Restauration 2K en association avec le CNC. Travaux image effectués par Eclair, son restauré par L.E. Diapason en partenariat avec Eclair.

Ladri di biciclette (Le Voleur de bicyclette / Bicycle Thieves) de Vittorio De Sica (1948, 1h29, Italie)

Une présentation de Fondazione Cineteca di Bologna, Stefano Libassi’s Compass Film et Istituto Luce-Cinecittà. Une restauration de la Fondazione Cineteca di Bologna et Stefano Libassi’s Compass Film, en collaboration avec Arthur Cohn, Euro Immobilfin et Artédis, et avec le soutien d’Istituto Luce-Cinecittà. Restauration menée au laboratoire L’Immagine Ritrovata.

Enamorada d’Emilio Fernández (1946, 1h39, Mexique)

Une présentation de The Film Foundation. Restauration menée par UCLA Film & Television Archive et The Film Foundation’s World Cinema Project en collaboration avec Fundacion Televisa AC et Filmoteca de la UNAM et financée par la Material World Charitable Foundation. Le film sera présenté par Martin Scorsese.

Tôkyô monogatari (Voyage à Tokyo / Tokyo Story) de Yasujiro Ozu (1953, 2h15, Japon)

Une présentation de Shochiku. Restauration numérique 4K menée par Shochiku Co., Ltd. en coopération avec The Japan Foundation à partir du négatif 35mm chez Shochiku MediaWorX Inc. et IMAGICA Corp. Distribution salles : Carlotta Films.

Vertigo (Sueurs froides) d’Alfred Hitchcock (1958, 2h08, États-Unis)

Une présentation de Park Circus. Restauration numérique 4K à partir du négatif VistaVision faite par Universal Studios. Le film sera projeté au Cinéma de la Plage.

The Apartment (La Garçonnière) de Billy Wilder (1960, 2h05, États-Unis)

Une présentation de Park Circus en coopération avec Metro-Goldwyn-Mayer. Restauration numérique 4K à partir du négatif original caméra à la Cineteca di Bologna et supervisée par Grover Crisp pour Park Circus. Étalonnage par Sheri Eissenburg à Roundabout Los Angeles.

Démanty noci (Les Diamants de la nuit / Diamonds of the Night) de Jan Němec (1964, 1h08, République tchèque)

Une présentation du National Film Archive, Prague. Restauration menée par Universal Production Partners studio à Prague sous la supervision du National Film Archive, Prague.

Voyna i mir. Film I. Andrei Bolkonsky (Guerre et paix. Film I. Andrei Bolkonsky / War and Peace. Film I. Andrei Bolkonsky) de Sergey Bondarchuk (1965, 2h27, Russie)

Une présentation de Mosfilm Cinema Concern. Restauration numérique image par image de l’image et du son à partir d’un scan 2K. Producteur de la restauration : Karen Shakhnazarov.

La Religieuse (The Nun) de Jacques Rivette (1965, 2h15, France)

Une présentation de Studiocanal. Restauration 4K d’après le négatif image original. Restauration son à partir du négatif son (seul élément conforme). Travaux réalisés par le laboratoire L’immagine Ritrovata sous la supervision de Studiocanal et de Madame Véronique Manniez-Rivette avec l’aide du CNC, de la Cinémathèque française ainsi que du Fonds culturel franco-américain.

Četri balti krekli (Quatre chemises blanches / Four White Shirts) de Rolands Kalnins (1967, 1h20, Lettonie)

Une présentation du National Film Centre of Latvia. Scan 4K et restauration numérique 3K à partir de l’internégatif original 35mm et d’un marron afin d’obtenir un master 2K. Restauration financée par National Film Centre of Latvia et menée par Locomotive Productions (Latvia). En présence du réalisateur Rolands Kalnins.

La Hora de los hornos (L’Heure des brasiers / The Hour of the Furnaces) de Fernando Solanas (1968, 1h25, Argentine)

Une présentation de CINAIN – Cinemateca y Archivo de la Imagen Nacional. Restauration 4K à partir des négatifs originaux, grâce à l’Instituto Nacional de Cine y Artes Audiovisuales (INCAA), à Buenos Aires. Sous la supervision du réalisateur. Distribution France : Blaq Out. En présence de Fernando Solanas.

Le Spécialiste (Gli specialisti / Specialists) de Sergio Corbucci (1969, 1h45, France, Italie, Allemagne)

Une présentation de TF1 Studio. Version intégrale inédite restaurée en 4K à partir du négatif image original Technicolor – Techniscope et des magnétiques français et italien par TF1 Studio. Travaux numériques réalisés par le laboratoire L’Image retrouvée, Paris/Bologne. Distribution salles : Carlotta Films. Le film sera projeté au Cinéma de la Plage.

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João a faca e o rio (João et le couteau / João and the Knife) de George Sluizer (1971, 1h30, Pays-Bas)

Une présentation d’EYE Filmmuseum, Stoneraft Film en association avec Haghefilm Digital. Restauration 4K à partir du négatif caméra Techniscope 35mm filmé par Jan de Bont qui présente richesse de couleurs issue du négatif et netteté d’image sans passer par le gonflage en Cinémascope.

Coup pour coup (Blow for Blow) de Marin Karmitz (1972, 1h30, France)

Une présentation de MK2. Restauration réalisée par Eclair à partir du négatif original en 2K avec l’aide du CNC et supervisée par le réalisateur. Distribution en France MK2, ressortie le 16 mai 2018. En présence de Marin Karmitz.

L’une chante, l’autre pas (One Sings the Other Doesn’t) d’Agnès Varda (1977, 2h, France)

Une présentation de Ciné Tamaris. Le film sera projeté au Cinéma de la Plage en présence d’Agnès Varda. Numérisation en 2k à partir du négatif original et restauration, étalonnage sous la supervision d’Agnès Varda et Charlie Van Damme. Avec l’aide du CNC, de la fondation Raja, Danièle Marcovici & IM production Isabel Marant, avec le soutien de Women in motion / KERING. Ventes internationales MK2 films. Distribution salles : Ciné Tamaris (sortie en France le 4 juillet 2018).

Grease de Randal Kleiser (1978, 1h50, États-Unis)

Une présentation de Park Circus et de Paramount Pictures. Restauration numérique 4K à partir du négatif caméra original. Le film sera projeté au cinéma de la plage en présence de John Travolta.

Fad,jal (Grand-père, raconte-nous) de Safi Faye (1979, 1h52, Sénégal, France)

Une présentation du CNC et de Safi Faye. Restauration numérique effectuée à partir de la numérisation en 2K des négatifs 16mm. Restauration réalisée par le laboratoire du CNC. En présence de Safi Faye.

Cinq et la peau (Five and the Skin) de Pierre Rissient (1981, 1h35, France, Philippines)

Une présentation de TF1 Studio. Restauration 4K à partir du négatif image original et du magnétique français par TF1 Studio, avec le soutien du CNC et la collaboration du réalisateur Pierre Rissient. Distribution salles : Carlotta Films. En présence de Pierre Rissient.

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A Ilha dos Amores (L’Île des amours / The Island of Love) de Paulo Rocha (1982, 2h49, Portugal, Japon)

Une présentation de Cinemateca Portuguesa – Museu do Cinema. Scan wet gate 4K de deux interpositifs 35mm image et son. Étalonnage réalisé par La Cinemaquina (Lisbonne, Portugal) avec une copie d’exploitation 35mm de 1982 comme référence. Restauration numérique image par IrmaLucia Efeitos Especiais (Lisbonne, Portugal).

Out of Rosenheim (Bagdad Café) de Percy Adlon (1987, 1h44, Allemagne)

Une présentation de Studiocanal. Numérisation et restauration 4K. Travaux confiés au laboratoire Alpha Omega Digital à Munich et effectués sous la supervision constante du réalisateur Percy Adlon. Négatif original, conservé à Los Angeles en excellente condition, traité à Munich pour le scan et la restauration image par image. Le film sera projeté au Cinéma de la Plage en présence de Percy Adlon.

Le Grand Bleu (The Big Blue) de Luc Besson (1988, 2h18, France, Etats-Unis, Italie)

Une présentation de Gaumont. Restauration 2K, travaux image effectués par Eclair, son restauré par L.E Diapason en partenariat avec Eclair. Séance organisée à l’occasion des trente ans de la projection du film en ouverture du Festival de Cannes 1988. Le film sera projeté au Cinéma de la Plage.

Driving Miss Daisy (Miss Daisy et son chauffeur) de Bruce Beresford (1989, 1h40, États-Unis)

Une présentation de Pathé. Restauration 4K à partir des négatifs 35mm originaux image et son. Restauration réalisée par Pathé au laboratoire L’image Retrouvée (Paris/Bologne) avec la collaboration du réalisateur Bruce Beresford.

Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau (1990, 2h15, France)

Une présentation de Lagardère Studios Distribution. Numérisation supervisée par Jean-Paul Rappeneau à partir du négatif original et restauration 4K réalisées par le laboratoire L’Image Retrouvée pour Lagardère Studios Distribution avec le soutien du CNC, de la Cinémathèque française, du Fonds Culturel Franco-Américain, d’Arte France–Unité Cinéma, de Pathé et de Monsieur Francis Kurkdjian. Distribution salles : Carlotta Films (en cours). En présence de Jean-Paul Rappeneau.

Hyènes (Hyenas) de Djibril Diop Mambéty (1992, 1h50, Sénégal, France, Suisse)

Une présentation de Thelma Film AG, avec le soutien de la Cinémathèque Suisse. Scan à partir du négatif original, nettoyage et correction colorimétrie en 2K. Travaux menés par Eclair Cinéma SAS. Ventes internationales : Thelma Film AG. Distribution France : JHR Films (en cours).

Précédé de : Lamb (La Lutte sénégalaise) de Paulin Soumanou Vieyra (1963, 18 min, Sénégal). Une présentation de La Cinémathèque de l’Institut français, Orange et PSV Films. Restauration numérique effectuée à partir de la numérisation en 2K des négatifs 35mm. Restauration réalisée par Eclair.

El Massir (Le Destin / Destiny) de Youssef Chahine (1997, 2h15, Égypte, France)

En avant-première de la rétrospective intégrale à la Cinémathèque française en octobre 2018, une présentation d’Orange Studio et MISR International films, avec le soutien du CNC, encouragé par La Cinémathèque française. Restauration en 4K au laboratoire Éclair Ymagis par Orange Studio, MISR International Films et la Cinémathèque française avec le soutien du CNC. Le film sera projeté au Cinéma de la Plage.

 

auteur gabriel

En Liberté ! de Pierre Salvadori : l’humour au cinéma, c’est quoi ?

Avec En Liberté ! Pierre Salvadori signe une comédie sans dessus dessous et surtout très drôle. Elle est décrite par beaucoup comme « la comédie de l’année 2018 », au même titre, tiens tiens, qu’une autre comédie sortie une semaine plus tôt, Le Grand Bain de Gilles Lellouche. Il n’en fallait pas moins pour que l’on s’interroge sur l’humour au cinéma, plus particulièrement français, ces dernières années.

Le film de Salvadori, disons-le d’entrée de jeu, est une petite pépite de bout en bout. Sans se prendre la tête, et en acceptant de mettre le monde sans dessus dessous, En Liberté ! nous fait rire et ça fait du bien sans se forcer. Sa force ? Regarder le monde à travers les grands yeux ouverts, et sans jugement, de son actrice Adèle Haenel que l’on n’attendait pas forcément ici. Quoique, elle avait déjà illustré ses talents de comédienne comique dans Les combattants. Mais ici, elle prend tellement plus de plaisir à jouer une fausse naïveté qui s’avérera être une grande force de caractère que ça en devient aussi un pur plaisir pour le spectateur. L’actrice disait elle-même il y a quelques semaines, lors d’une table ronde au Forum des images à Paris, que la joie de la comédie résidait dans la capacité à se sentir comme dans un cartoon, à pouvoir réinventer un monde à sa façon, à lui faire dire et faire n’importe quoi. C’est ce non-sens permanent qui fait la force du film, tout comme il parcourt parfois les scènes les plus réussies du Grand bain.  Ce dernier s’égare quand il est un poil trop terre à terre ou rationnel dans son récit du quotidien de ses personnages principaux. Ainsi, si Le Grand bain, comme le suggère la voix off en introduction et conclusion du film, tente avec classe de faire rentrer un rond dans un carré et inversement, En Liberté ! serait le film qui fait exploser le carré pour y faire rentrer le rond, quoi qu’il arrive et sans se préoccuper de la morale. Ainsi, on rit franchement parce que la terre est laissée en friche, point de désir pour le réalisateur de revenir à la normale. Le monde n’a pas de sens, c’est le plus souvent un foutoir pas possible, le film l’accepte et se refuse à une résolution bien pépère. Il n’y a qu’à voir cette scène absurde où, sous une voiture, les deux protagonistes discutent alors que la rue est en flammes, l’un ne se supportant plus et l’autre le soutenant malgré l’échec assuré d’une entreprise, d’un duo surtout, plus que bancals. Ici, les personnages ne sont pas ensemble parce qu’ils ont quelque chose de plus grand qu’eux à accomplir, mais par nécessité de survivre, de trouver une place dans une société qui les a éjectés sans crier gare. 

Rire et morale ne font pas bon ménage

Si l’on prenait un contre-exemple objectif à ce fil, Dany Boon serait parfait dans cet exercice. Ainsi, avec La Ch’tite famille, il propose une œuvre comique qui parfois fait tendrement sourire (terme sur lequel il sera utile de revenir plus tard dans cet article). Or, la différence est qu’il semble vouloir absolument résoudre sa situation comique, son non-sens et lui donner du sens en s’appuyant sur une fausse valeur refuge : la famille. Ainsi,  chez les Ch’tits, on se réconcilie en chantant du Johnny et on abolit les différences, qui pourtant avaient pu être un « puissant » ressort comique. Il n’y a donc plus tellement d’intérêt à avoir osé les pires blagues puisque la fin du film semble nous remettre à notre place et nous dire rien de moins qu’aimez-vous les uns les autres. Au contraire, En Liberté! a l’audace d’assumer que parfois les pires associations donnent de belles rencontres et de refuser une philosophie du bonheur à coup de « deviens qui tu es ». C’est d’ailleurs sur ce paradoxe qui pousse à s’affranchir des codes pour finalement entrer dans un moule que s’était appuyé Thomas Cailley pour l’écriture des Combattants. En effet, à l’époque de la sortie du film « deviens qui tu es » était, plus ou moins, le slogan de l’armée. Et pour le réalisateur ce fut un point de départ à un récit complotiste, carrément barré, et qui finit par être une prophétie autoréalisatrice qui ne propose rien d’autre que d’accepter le chaos et de jouer avec. Thomas Cailley déclare ainsi à propos de la genèse de son film, toujours lors de la table ronde autour d’Adèle Haenel citée plus haut,  » j »étais moi-même en train de choisir ma vie et j’avais d’un côté cette injonction au bonheur, cette société qui me dit « il faut absolument devenir soi », et de l’autre cette espèce de discours, qui est là depuis que je suis né, de la fin de tout, de l’économie, de la couche d’ozone comme de la Terre, et il y avait donc cette réunion des deux, une sorte de « sois heureux mais vite », qui a donné le début du projet ». Avec ce regard sur son film, le réalisateur donne à peu près ce qui préside à une bonne comédie : donner l’impression de se moquer du discours ambiant et aller à l’encontre.

Savoir sortir du cadre 

Refuser donc d’entrer dans le carré, peut-être même tourner en rond qui sait,  à l’instar de The Square qui disait « ceci est une zone de confiance et de bienveillance, en son sein nous avons tous les mêmes droits et les mêmes devoirs » pour mieux en détruire l’idée. Il montrait en effet à quel point, malheureusement, la vie va souvent à l’inverse de cela. Mais bizarrement les réalisateurs ont pour leurs personnages une tendresse et une bienveillance indépassables. On a ainsi beaucoup d’affection pour le personnage de Pio Marmai dans En Liberté !, qui a vu sa vie basculer et qui fait franchement n’importe quoi quand il revient. Sa compagne ne semble pas le voir et veut recréer une forme de perfection illusoire, visible dès le début quand elle demande à son ex-détenu de petit ami de franchir plusieurs fois la porte comme si c’était la première fois pour créer un retour parfait, en apparence. Pas besoin après ça de dire, c’est bon, nous avons fait n’importe quoi, revenons dans le carré, faisons croire que tout va bien, résolvons notre situation chaotique. »Par le rire, on peut tout dire. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, au cinéma, on ne dit plus rien en se perdant soit dans les mots soit dans les gags ou dans les deux à la fois. La satire politico-sociale n’a pas le vent en poupe. Il y a pourtant largement matière à rire des absurdités et des injustices de ce monde. « , explique un article du sire agitateur.org qui s’indigne lui aussi du moralisme ambiant de certaines comédies. Or, cela résume assez bien l’idée qu’avec des films comme La Ch’tite famille on ne rit plus contre quelque chose pour se défouler, des travers d’un monde qui vacille, mais on rit de certaines communautés, de certaines personnes, afin de les stigmatiser, de refuser qu’elles puissent évoluer.  Et on fait croire qu’en restant bien au chaud dans ces idées reçues on peut les réunir, ce qui sonne faux. Il faut verser une larme après avoir rit pour penser qu’on sourit tendrement (alors qu’il n’y a aucune tendresse dans la description des personnages tous plus bêtes les uns que les autres), qu’on se moque pour enrichir des valeurs. Or, le rire n’est pas fait pour porter des valeurs mais pour en dénoncer les travers. 

En résumé, En Liberté ! n’est peut-être pas la meilleure comédie de 2018, pas plus que Le Grand bain. Ce dernier, sous des habits comiques est aussi un grand film malade de son époque, épousant la dépression ambiante de ceux qui n’adhèrent pas au monde tel qu’il est aujourd’hui fabriqué de toutes pièces. Peut-être aussi que Salvadori nous fait rire parce qu’il ne cherche pas à le faire vraiment, mais à raconter des alliances, des personnages à côté de la plaque. Et surtout parce qu’il construit ses plans pour en faire de savoureux moments de cinéma. On pense notamment à la scène où Adèle Haenel observe Pio Marmai en train de fumer à travers un sac en plastique sur sa tête, la fumée lui sortant donc par dessus le crâne. Un moment de déchirement pour elle, un pur moment comique pour nous.

En Liberté ! a le mérite de créer le chaos et d’accepter de ne pas en sortir pour mieux nous dire combien il est violent parfois de sortir du cadre.  Or, cela est souvent plus que nécessaire pour regarder le monde les yeux grand ouverts, comme Adèle Haenel sur l’affiche  du film. Tout cinéphile voudrait à tout jamais le faire grâce aux films qu’il découvre et qui permettent pourquoi pas de « voyager de l’autre côté de la vie », comme l’a si bien dit Leos Carax

En Liberté ! : Bande annonce

En Liberté ! : Fiche technique

Réalisateur: Pierre Salvadori
Scénario : Pierre Salvadori, Benoît Graffin, Benjamin Charbit
Interprètes : Pio Marmai, Adèle Haenel, Audrey Tautou, Damien Bonnard, Vincent Elbaz
Musique : Camille Bazbaz
Photographie : Julien Poupard
Montage : Isabelle Devinck, Julie Léna, Géraldine Mangenot
Producteurs : Philippe Martin, David Thion
Société de production : Les Films Pélléas
Distribution : Memento Films Distribution
Durée : 108 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 31 octobre 2018

France – 2018

[En Toute Franchise] Halloween : Pour le Myers et (surtout) pour le pire

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Inaugurons aujourd’hui une nouvelle rubrique dénommée « En toute franchise ». Au travers de dossiers, cette rubrique va nous permettre de revenir sur des sagas phares de l’histoire du cinéma. Pour ouvrir le bal, l’une d’elles semblait toute désignée. Alors que le 11ème volet vient de sortir au cinéma, et surtout que la période de l’année y est propice, c’est sur la mythique série de films d’horreurs Halloween que nous allons nous attarder. Une franchise qui sera lancée à la fin des années 70 par un chef d’œuvre du cinéma d’épouvante réalisé par le maître John Carpenter et qui sera exploité jusqu’à l’épuisement à des fins mercantiles. Cela ne veut pas dire que tout est à jeter parmi les désormais onze épisodes qui la composent. Une occasion rêvée donc en ce 31 octobre de revenir sur les onze films, allant du cultissime La nuit des masques à la bouse intersidérale Halloween : Résurrection, en passant par le vilain petit canard Halloween 3 ou la reprise du boogeyman par Rob Zombie.

Tout commence à la fin des années 70 alors que le producteur Moustapha Akkad contacte un John Carpenter encore débutant mais ayant fait forte impression avec son film Assaut. Le producteur propose au futur maître de l’horreur de mettre au point un scénario mettant en scène un serial killer s’attaquant à des babysitters. Aidé de sa petite amie de l’époque Debra Hill, Carpenter donne ainsi naissance à Halloween, l’une des œuvres les plus emblématiques de sa filmographie et du cinéma d’horreur. Si La nuit des masques, comme il est titré en France, est devenu une figure incontournable de l’épouvante, c’est surtout parce qu’il a permis de populariser un certain nombre de concepts allant de la figure du boogeyman à celle de la Final Girl, mais surtout en mettant sur le devant de la scène le genre du slasher.

Haddonfield guide to Evil

Le slasher, provenant du verbe anglais To Slash qui signifie découper, est l’un des sous-genres les plus répandus de l’horreur et compte des franchises comme Vendredi 13, Les Griffes de la Nuit ou encore Scream. Le slasher respecte des codes précis, à savoir comme l’indique son nom, un tueur sévissant uniquement à l’arme blanche, mais également des meurtres à foison et très souvent un tueur à l’apparence masquée. Le slasher puise ses origines à la fois dans des films cultes comme Psychose ou le Voyeur mais surtout dans le cinéma bis italien et notamment le giallo. Le genre qui a fait les beaux jours d’auteurs comme Mario Bava et Dario Argento, se caractérise comme un polar horrifique à forte tension érotique où un tueur ganté de cuir et masqué assassine à l’aide de couteau ou autre armes contondantes le plus souvent des jeunes filles.  L’essence du slasher se trouve donc ici, et commence à se manifester au milieu des années 70 avec des films comme Black Christmas ou Massacre à la tronçonneuse. Cependant c’est véritablement Halloween qui va faire entrer le style dans la postérité. L’ouverture du film mettant en scène le meurtre d’une jeune fille par son frère de 6 ans renvoie d’ailleurs directement à ses racines giallesques. Une séquence en caméra subjective nous mettant à la place de l’assassin, un procédé utilisé à maintes reprises dans le giallo mais également dans Le Voyeur de Michael Powell avec son tueur prenant plaisir à filmer ses victimes.halloween-john-carpenter

Pourtant Halloween s’avère relativement peu sanglant. Le nombre de meurtres se compte sur le doigt d’une main. Ce qui intéresse plutôt Carpenter, c’est la mise en place d’une ambiance horrifique qui va englober tout le long-métrage. Tout cela va pouvoir se manifester au travers de la figure du boogeyman, Michael Myers aka The Shape. Un colosse mutique vêtu d’un bleu de travail et d’un masque de William Shatner. Au travers de cette figure plus monstrueuse qu’humaine, Carpenter instaure ce climat de peur omniprésente, de menace omnisciente pouvant surgir de n’importe quel endroit, à n’importe quel moment. L’ombre de Michael Myers se meut à travers la banlieue pavillonnaire d’Haddonfield, apparaissant parfois une fraction de seconde derrière un buisson ou un étendoir à linge.  Armé d’un petit budget, Carpenter sait qu’il doit tout miser sur l’atmosphère et ne peut pas tomber dans le grandiloquent. Halloween possède des allures minimalistes, loin de la foire aux jumps scares faisant la norme aujourd’hui. En plus de la silhouette de Myers qui hante les plans du film, c’est la mise en scène de Carpenter qui va distiller cette dimension anxiogène. Les longs travellings suivants les futures victimes de Myers incarnent à la perfection cette menace qui rode. À cela s’ajoute le thème mortifère composé par Carpenter lui-même qui nourrit le film de sa mélodie funeste. Tout cela témoigne de l’efficacité redoutable de La Nuit des Masques qui a permis d’imprégner l’imaginaire collectif et de ne jamais le quitter.

https://www.youtube.com/watch?v=VLFx30Ijiq0

L’autre des concepts fondamentaux qu’Halloween a pu mettre en lumière est celui de la final Girl. Souvent couplée au genre du slasher, la final girl ou dernière survivante en français est un terme inventé par Carol J. Clover dans son essai sur l’étude des genres dans le cinéma d’horreur. Cet archétype est ici illustré par le personnage de Laurie Strode, qui a permis de révéler l’actrice Jamie Lee Curtis. Laurie Strode, jeune babysitter, habite dans la même ville que le jeune Michael Myers 15 ans plus tôt. Souvent le concept de final girl va de pair avec une certaine innocence de la part du personnage. Laurie Strode n’est pas, au contraire des autres victimes de Myers, sexualisée. Le contexte sexuel est particulièrement présent étant donné que la plupart des meurtres ayant d’ailleurs lieu au moment ou peu de temps après une partie de jambe en l’air. Toutes ces particularités renvoient une nouvelle fois au giallo où l’arme contondante avait une dimension phallique, donnant un aspect sexuel au meurtre au travers de la lame pénétrant la chair. Cette motivation des meurtres met en avant une décadence de certaines valeurs. Les baby-sitters, à l’exception de Laurie, profitant de leur job pour passer du bon temps avec leur petit ami, renvoyant à la séquence de meurtre initial par le jeune Michael Myers. Halloween dispose ainsi d’une richesse thématique importante, on pourrait également s’attarder sur le rôle de la figure parentale complètement absente du film ou encore du choix de la banlieue pavillonnaire, lieu ayant aux premiers abords une dimension sécuritaire.

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L’hôpital et son boogeyman

Alors que La Nuit des Masques est considérée comme une pierre angulaire du slasher malgré son faible nombre de mises à morts, le deuxième opus de la saga prend son aîné dans un contre-pied total. Halloween 2 est toujours produit par Moustapha Akkad, mais également par John Carpenter et Debra Hill qui rédigent le scénario prenant place directement après le premier. Alors que le docteur Loomis, le psychiatre s’occupant de Myers lors de son séjour à l’asile, pense avoir tué le monstre, Laurie Strode est quant à elle emmenée à l’hôpital en état de choc. Réalisé par Rick Rosenthal, dont c’est le premier film, Halloween 2 est à la véritable antithèse de son grand frère. Dans sa mise en scène déjà, Halloween 2 se contente d’un lieu clos, l’intégralité de l’action se déroulant dans l’hôpital. Le film prend également une tournure bien plus gore que l’original. Rick Rosenthal préfère enchaîner les meurtres présentés à certains moments de manière très graphique, bien que le côté harcelant de la menace ne soit pas mis de côté. Un plan l’illustre d’ailleurs à la perfection : un plan sur trois niveaux où l’on retrouve au premier plan un vieil homme, au second sa femme et dans l’arrière-plan tout au fond la silhouette terrifiante de Michael Myers, comme un spectre survolant l’ensemble.

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Halloween 2, malgré son approche sensiblement différente, n’en reste pas moins particulièrement efficace. Il montre cependant les premiers aspects de la démarche financière que constitue les franchises horrifiques. Bien que Carpenter/Hill soient derrière le scénario, il ne dispose pas de la même densité thématique que son aîné et s’articule bien plus à des fins de divertissements et de jeu de carnage cathartique. Cela s’exprime notamment par la révélation concernant le lien de famille qui lie Laurie et Michael. Un élément absent du script de Carpenter mais qui a été demandé par les producteurs afin d’expliquer de manière tangible l’acharnement de Myers pour Laurie. Le frère et la sœur se retrouvent donc à nouveau aux prises dans une œuvre aux allures de survival viscéral entre deux êtres quasi mutiques. Jamie Lee Curtis ne dispose que de peu de lignes de dialogues témoignant de l’état traumatique dans lequel se trouve Laurie. On reste une nouvelle fois circonspect sur le personnage du Dr Loomis, dont nous n’avons pas parlé précédemment, mais qui a pour unique but de prévenir sur la nature monstrueuse de Myers et qui une nouvelle fois joue son rôle de sauveur. Malgré le charisme de Donald Pleasance, le personnage n’apporte une nouvelle fois que peu de substance au long-métrage et ne semble là que dans un but didactique envers le personnage de Myers, qui n’en a finalement pas véritablement besoin.

Samain pas large

Loomis qui n’apparaîtra pas dans Halloween 3 : Le Sang du sorcier, tout comme Laurie Strode  et …. Bah Michael Myers. En effet, le 3ème épisode de la saga est une véritable anomalie. Il résulte en fait d’une volonté de Carpenter, encore producteur sur cet épisode, de mettre en place une anthologie n’ayant pas Myers comme point commun mais la fête d’Halloween. Le sang du sorcier, réalisé par Tommy Lee Wallace, qui a déjà bossé sur les deux autres films, notamment en créant le design de Myers, met justement à l’honneur la fête païenne. C’est d’ailleurs l’un des points les plus intéressants du film, cette façon de confronter les deux connotations d’Halloween. Celle actuelle résumant la fête à des enfants se déguisant en monstres et allant faire le tour des maisons pour récupérer des friandises avec le fameux « Trick or Treat », et celle qui renvoie aux origines celtes de la fête, à savoir la fête païenne de Samain qui marquait l’entrée dans la période sombre où la frontière entre morts et vivants étaient la plus fine et qui était accompagnée de rituels menés par des druides. Voilà pourquoi l’antagoniste du film, un sorcier irlandais, a pour but d’exterminer tous les enfants ayant galvaudé la véritable signification de la fête. C’est d’ailleurs assez couillu la façon dont ce sorcier va mettre à exécution son plan. Cela permet également de refaire apparaître un message politique fort et surtout une critique de la société de consommation.

https://www.youtube.com/watch?v=W7-uC0LDllM&t=36s

En effet, Conal Cochran, le méchant est le patron d’une boîte nommée Silver Shamrock qui produit des masques d’Halloween et qui monopolise le marché. Cette société de consommation est illustrée notamment par le matraquage publicitaire de l’entreprise. À de nombreuses reprises, le jingle Silver Shamrock accompagné d’un compte à rebours pour Halloween va résonner sur les écrans des foyers américains. Une petite comptine qui cache un message funeste et qui a pour but, à l’aide des masques, de tuer tous les enfants se trouvant devant la télé le jour J. Un film plutôt osé mais qui s’avère au final assez bancal dans son exécution. Le film manque de rythme et met en scène des personnages assez insipides. Le couple formé par un docteur et la fille de la première victime du film sonne assez faux dans leur relation qui va beaucoup trop vite. Halloween 3 bénéficie cependant de quelques fulgurances bienvenues que ça soit au travers des sbires du sorcier ayant des allures de Body Snatchers ou dans le côté très organique de certaines séquences. La plus terrifiante est d’ailleurs un très beau moment de Body Horror où dans une phase de test un gamin voit son masque de citrouille fusionner avec son visage sous les yeux horrifiés de ses parents. Halloween 3 : Le Sang du Sorcier est un film curieux au sein de la franchise, et bien que beaucoup le considère comme le meilleur après le film de Carpenter, il recevra un accueil très froid de la part du public et de la critique. Un accueil qui peut être assez compréhensible mais qui aura un impact important sur la suite de la franchise.halloween-3-tommy-lee-wallace

De Jamie à Jamie

Le public n’attend alors qu’une chose, retrouver Michael Myers. C’est pourquoi Moustapha Akkad, le propriétaire des droits de la franchise se voit contacté par un autre producteur plus de 5 ans après le 3ème opus pour relancer la franchise en mettant à nouveau sur le devant de la scène le tueur masqué. Akkad demande à nouveau au couple Carpenter/Hill de rédiger un scénario pour Halloween 4, mais le trouve au final trop cérébral, Carpenter mettant l’accent sur le côté traumatique de la série de meurtre sur les habitants de Haddonfield. Akkad veut un film de tueur en série classique, et c’est ce que sera au final Halloween 4 : Le Retour de Michael Myers qui sera réalisé par Dwight H. Little, un cinéaste inconnu.  Ce 4ème volet prend alors place 10 ans après la terrible nuit d’Halloween des deux premiers. Michael Myers est dans le coma après s’être fait brûler par Loomis mais se réveille lors de son transfert vers l’hôpital de Smith’s Grove. Le voilà donc reparti pour semer le chaos dans la ville d’Haddonfield. Donald Pleasance est quant à lui à nouveau de retour dans son costume de Dr Loomis, toujours présent pour jouer le rôle de lanceur d’alerte. Jamie Lee Curts a, au contraire, lâchée l’affaire obligeant donc la franchise à considérer le personnage de Laurie Strode comme morte.

Mais comme depuis le 2, tout se passe en famille, Halloween 4 nous fait découvrir la fille de Laurie, prénommée, on vous le donne en mille, Jamie. Cette dernière est une gamine de 10 ans, ce qui pose un petit problème au niveau de la timeline. En effet Laurie semblait bien trop traumatisée en 78 pour donner naissance à un enfant. Michael Myers faisant une fixette sur la famille Strode, Jamie devient alors la nouvelle proie du boogeyman. Ce choix d’une petite fille à la place de l’adolescente typique du slasher permet à Dwight H. Little d’explorer une nouvelle approche du personnage de Myers, et c’est ce qui s’avère être la meilleure idée de ce film somme toute assez médiocre. Poursuivie par Myers, Jamie se l’imagine comme une entité monstrueuse issue de peurs infantiles. Leur première rencontre se fait d’ailleurs dans une dimension cauchemardesque et on y ressent une petite influence provenant de la saga rivale Freddy. Myers n’est donc plus du tout considéré comme un humain mais comme un monstre à la dimension surhumaine et surnaturelle. Cela s’illustre également dans les mises à morts, où Myers abandonne très souvent son fidèle couteau de boucher pour assassiner ses victimes directement à l’aide de ses mains, n’hésitant pas à transpercer la chair avec ses bras ou ses doigts.

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Malgré cette nouvelle vision de Myers, le film est extrêmement mou, reprenant un peu le déroulé du film de Carpenter, à savoir des ados se faisant décimés dans la banlieue d’Haddonfield, sauf que Little n’arrive pas à instaurer cette aura anxiogène. La menace Myers est même complètement absente une bonne partie du film, où Little semble avoir oublié qu’il réalisait un film d’horreur au profit d’un teen movie où la sœur adoptive de Jamie, Rachel et ses amies semblent plus préoccupées par des petites amourettes de lycée que le fait qu’un tueur en série rode dans le coin. En plus d’Halloween, Little qui vient du cinéma d’action semble à un moment lorgner vers une autre œuvre culte du maître de l’horreur, Assaut. Le groupe d’ados, accompagnés d’une brigade de flics et de Loomis se retranche à un moment dans une maison, et le film devient pendant un instant, au final assez bref, un film de siège, où toute l’équipée se prépare à l’arrivée de Myers. Le retour de Michael Myers ne se fait donc pas en trombe, et donne même naissance à l’un des films les plus faibles de la franchise. Il a au moins le mérite de relancer la dynamique de la saga avec son cliffhanger renvoyant directement à l’ouverture du film de Carpenter où l’on observe en vision subjective la tentative d’assassinat de la mère adoptive de Jamie par Jamie elle-même. Une ouverture sur le mal héréditaire qui sommeille dans la famille et qui augure de bonnes choses pour le volet suivant.

Myers Connection

Un 5ème film qui n’attendra pas longtemps pour voir le jour à cause du succès retentissant du 4ème. Comme quoi, ce qui fait venir le public est bien la figure de Michael Myers. Un truc que Moustapha Akkad a bien compris. Alors que la fin d’Halloween 4 laisse espérer un passage de flambeau entre Michael et sa nièce Jamie comme figure du mal, et c’est d’ailleurs ce qui est naturellement envisagé dans une première ébauche de scénario, Akkad préfère toujours miser sur Myers. Résultat, le colosse masqué reprend du service dans Halloween 5 qui est cette fois-ci sous-titré La Revanche de Michael Myers. Vive l’originalité.  Comme Halloween 2 fonctionnait de pair avec le premier, ce Halloween 5 forme un deuxième cycle avec son prédécesseur. On y retrouve donc la même génération de personnage à savoir Jamie et sa famille adoptive. La jeune fille se retrouve d’ailleurs en hôpital psychiatrique après sa tentative d’assassinat de sa mère. Le traumatisme est ici approché d’une manière différente qu’avec Laurie, près de 10 ans avant. Si l’héritage du mal n’est au final pas exploité, il n’en reste pas moins une connexion qui a été établie entre Jamie et son oncle. Cette idée laisse cependant un goût très amer dans la bouche. Le cinéaste suisse Dominique Othenin-Girard fait preuve d’une fainéantise révoltante à ce niveau. Jamie va en effet devenir une espèce de détecteur à Michael Myers, permettant à un Loomis, un peu moins passif, de préparer Haddonfield au retour de son épouvantail 1 an après avoir disparu.

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On ne va pas se mentir, Halloween 5 n’est pas plus inspiré que le précédent. Il n’en reste pas moins plus énergique, bien que témoignant de choix plus que douteux. À tel point que l’on se demande parfois si on n’assiste pas à une parodie de la saga. On est consterné devant ce duo de flics complètement débiles qui se place très haut comme l’un des éléments les plus gênants de toute la franchise (avec Halloween Resurrection sur lequel on reviendra plus tard). Ce manque d’inspiration se ressent également avec un petit chapardage d’idée dans d’autres œuvres maîtresses de l’horreur. On distingue des références assez explicites à Massacre à la tronçonneuse avec l’antre mise au point par Myers qui a des allures de tanières de Leatherface avec ses carcasses purulentes et son côté très crasseux. Othenin-Girard n’hésite pas non plus à reprendre le plan plus iconique du chef d’œuvre de Friedkin, L’Exorciste, lors de la première apparition de l’homme en noir. Un homme en noir très mystérieux qui apparaîtra et qui disparaîtra aussi vite qu’il est apparu avant de servir de cliffhanger particulièrement racoleur. Halloween 5 a le mérite d’approfondir la mythologie de la saga avec l’incorporation de nouveau ressort même si ça reste globalement très paresseux. Le plus rageant reste un potentiel sacrifié sur l’autel de la rentabilité, Akkad n’ayant pas l’audace d’offrir à la saga un nouveau tournant, toujours pas remis de l’échec cuisant d’Halloween 3. Cela montre bien le tournant que la saga a pris à ce moment, oubliant tout aplomb et préférant se renfermer dans un classicisme des plus conformistes. C’est d’autant plus dommage car à l’origine, le premier film de Carpenter avait réussi à inventer quelque chose, et Akkad ne se contente maintenant uniquement de réutiliser la recette en l’adaptant à différentes époques.

Thorn Apart

La saga devient alors diablement frustrante, même si elle essaie de rebooster le regain d’intérêt en incorporant de nouvelles directions, elles sont constamment désamorcées dans le volet suivant pour retomber dans un schéma bateau au possible. À ce niveau-là, Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers est un véritable cas d’école. Ce 6ème épisode marque également l’entrée en jeu de la boîte de prod des frères Weinstein, Miramax qui rachète les droits de la franchise à Akkad. Le scénario est quant à lui confié à un fan Daniel Farrands qui espère pouvoir connecter le diptyque Halloween 4/5 au diptyque originel.  De cette façon, il veut également développer cette histoire de secte, présente au travers de l’homme en noir dans l’épisode 5 et qui à la fin kidnappait Jamie et Michael. Ce 6ème volet décide donc de plonger pleinement dans le côté ésotérique et païen de la fête d’Halloween originelle comme le faisait d’une façon assez sombre l’épisode 3. La malédiction de Thorn et les symboles runiques font donc leur apparition. Une malédiction qui expliquerait la soif de meurtre de Myers envers les membres de sa famille et son immortalité. Une grosse facilité, qui explique toutes les fois où le boogeyman à échappé à la mort après avoir été fusillé, brûlé et autre.  Sauf que tout cela sera, dans le script final, plutôt mal agencé.

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Le film se passe 6 ans après et l’on retrouve Michael et Jamie toujours prisonniers de cette secte. La façon dont l’arc va être traité sera cependant proprement révoltant, Michael assassinant Jamie au bout de 15 minutes de film alors que le personnage devait tenir tout le film dans les premières ébauches du scénario. Le film envoie donc valdinguer par la fenêtre tout le build-up conçu par le volet précédent, l’histoire de la secte devient incompréhensible et remplit d’incohérences. Myers et Jamie, devenue maman d’un nourrisson qui devient la nouvelle proie de Myers, étant capables de s’échapper avec une facilité déconcertante alors qu’ils sont censés être coincés ici depuis 6 ans. De manière générale, les incohérences sont légions dans Halloween 6. Cela est d’autant plus grave que le projet de connecter les deux diptyques était plutôt ambitieux de la part de Farrands. On retrouve d’ailleurs un tout jeune Paul Rudd dans le rôle de Tommy Doyle, le gamin qui avait été gardé par Laurie Strode lors de cette fameuse nuit du 31 octobre 1978. Pour continuer les problèmes de la famille Strode, c’est Kara la cousine de Laurie qui est cette fois-ci la cible de Myers car cette dernière a emménagé avec ses parents, son fils et son frère dans la maison Myers. D’ailleurs, hormis le père, tout le reste de la famille n’était pas au courant qu’il s’agissait de la maison du tueur en série le plus reconnu du pays. Toute l’action se redirige donc à Haddonfield, où Tommy qui fait depuis presque 20 ans une fixette sur le cas Michael Myers (un futur Loomis en puissance) récupère le gamin de Jamie, qui servira à Michael de sacrifice ultime pour s’affranchir de sa malédiction.

Les idées étaient donc intéressantes et pouvaient offrir un background étoffé à toute l’histoire de Myers. Le film n’en fera jamais rien et elles ne serviront que de moteur pour faire avancer une intrigue simpliste empilant les meurtres, alors que toutes les motivations de la secte restent à côté bien trop obscures. L’arc de la secte devant être au départ perpétué dans le 7ème volet avant que cela ne soit transformé en simili-reboot. Résultat, Halloween 6 prend comme ses prédécesseurs des apparences de slasher basique, empreint cette fois-ci d’une esthétique 90s particulièrement atroce. Joe Chapelle multipliant les séquences à montage rapide, des éclairages dégueulasses ou des angles de prises de vues à l’ouest, le tout agrémenté d’une BO aux accords metal déjà périmés. On peut quand même tirer le chapeau à Farrands qui a réussi à globalement connecter l’ensemble, et même l’épisode 3 en invoquant la fête de Samhain, mais ça reste trop foutraque pour convaincre ne serait-ce qu’un minimum. Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers s’impose alors sans trop de souci comme l’un de pires volets de la franchise.

Laurie’s Creek

Tout cela sera de toute façon oublié avec Halloween 7. On est en 1998, et le néo-slasher est sous le feu des projecteurs notamment grâce au film culte de Wes Craven, Scream. Les frères Weinstein décident donc de débaucher Kevin Williamson pour donner un coup de jeune à la saga Halloween. Au passage, l’occasion de fêter les 20 ans de la sortie de l’opus originel est trop belle pour la manquer. Halloween 7 est donc appelé Halloween H20 : 20 ans après et quitte à bien rendre hommage au premier, on décide d’éliminer de la timeline les épisodes 4, 5 et 6. Laurie Strode et Jamie Lee Curtis sont donc à nouveau sur le devant de la scène alors que Michael Myers est de retour. Pour ce 7ème film, l’action est cependant déplacée en Californie du Nord où Laurie vit avec son fils (et non une fille) sous une nouvelle identité, cauchemardant encore de son frère maléfique. Kevin Williamson oblige, Halloween H20 donne en plus de Jamie Lee Curtis, la part belle à des jeunes acteurs qui deviendront des grands noms de Hollywood. On y reconnait par exemple Joseph Gordon-Lewitt avant qu’il ne se prenne un patin à glace dans la tronche, mais surtout Josh Hartnett dans le rôle du fils de Laurie et Michelle Williams jouant sa petite amie. Bien que le film surfe sur la vibe adolescente qui compose tous les slashers de l’époque et l’œuvre de Williamson (créateur de la série Dawson faut-il le rappeler), ce qui nous intéresse vraiment est la confrontation entre Laurie et Michael.

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C’est pourquoi, Halloween H20 est terriblement ennuyant pendant près de 40 minutes, où il ne se passe absolument rien de palpitant, et où l’on suit les pérégrinations des personnages dans le lycée américain typique. Mais quand le film décide d’enfin nous offrir ce qu’on est venu chercher, il le fait de façon très généreuse. La deuxième partie du film devient alors véritablement grisante. On est alors parti pour un affrontement viscéral entre Laurie et son frère. L’un des choix les plus marquants du film est d’ailleurs de montrer pour la première fois les yeux de Michael derrière son masque. Par ce parti-pris, le réalisateur Steve Miner permet d’offrir une humanité à Michael et de le considérer pleinement comme le frère de Laurie et non une créature surhumaine. Loin d’être un simple jeu du chat et de la souris, Laurie prend cette fois-ci son destin bien en main et décide d’éliminer une bonne fois pour toute son frère. Conduit par sa volonté d’en finir avec ce pan sombre de sa vie, Laurie ne s’arrête jamais allant jusqu’à poursuivre l’ambulance transportant le soi-disant cadavre de Michael. Tout cela aboutit sur ce qui est certainement la fin la plus jouissive et satisfaisante de la saga, de quoi fermer définitivement la boucle jusqu’à sa réouverture 4 ans après avec le pire affront fait à la saga, Halloween : Resurrection.

Les Marseillais à Haddonfield

La thune est bien plus puissante que la malédiction de Thorn pour ce qui s’agit de faire revenir à la vie Michael Myers. Voilà pourquoi, même après s’être fait trancher la tête par Laurie à la fin de H20, les producteurs Weinstein et Akkad mettent en chantier une suite. D’abord on pense à s’éloigner du boogeyman décapité mais les mauvais souvenirs d’Halloween 3 poussent Akkad à être contre cette décision. Résultat, Michael Myers est à nouveau de retour pour une 7ème fois. Le sous-titre est d’ailleurs particulièrement explicite : Resurrection. Enfin bon, une résurrection il n’en sera jamais vraiment question et ça dans tous les sens du terme. Le film ne renouera jamais avec la force évocatrice du premier ou même de son prédécesseur, mais surtout, plot twist, ce n’est finalement pas Michael Myers que Laurie a tué mais une personne quelconque. En plus de jeter à la poubelle l’une des meilleurs choses que la saga ait pu pondre depuis la fin des années 80,  le film décide d’envoyer valser la storyline de Laurie Strode. À la façon d’Halloween 6 qui bâclait de façon malpropre l’arc de Jamie et la secte, le prégénérique de 10 minutes d’Halloween Resurrection a la tâche d’éliminer définitivement Laurie de l’équation. En résulte un affrontement torché entre Michael et Laurie, qui séjournait en asile psychiatrique, aboutissant sur le meurtre du personnage de Curtis et qui témoigne d’un irrespect total pour la saga.

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Une fois Laurie sortie du tableau, il est temps de se concentrer sur ce qui va faire la substance du film, si substance il y a. On est au début des années 2000, la télé-réalité bat son plein, la course à la starification également et l’horreur, et notamment le slasher, a pris un tournant assez cynique dans son rapport au spectateur recherchant toujours plus de frissons et de violence. Voilà donc un contexte tout tracé pour l’idée la plus foireuse de la franchise. Resurrection met en effet en scène un groupe d’ados stéréotypés typiques de cette nouvelle vague de slasher qui sont engagés pour une émission de télé-réalité dont le but est de passer la nuit de Halloween dans la maison natale de Michael Myers. Moustapha Akkad étant quelqu’un de malin, qui arrive toujours à se coller à ce qui marche dans l’horreur au moment de la production, Halloween : Résurrection se voit même lorgner à certains moments dans le found footage à l’aide de caméras posées sur les protagonistes de l’émission. Le film est un pur produit mercantile, ne révolutionnant absolument rien et cherchant à tout prix à surfer sur la vibe du moment quitte à donner naissance à une œuvre bâtarde bardée d’incohérences et révoltante pour les fans de la saga. Pourtant, on pouvait espérer de la part de Rick Rosenthal (auteur d’Halloween 2, à savoir le meilleur film de la saga après celui de Carpenter), une démarche beaucoup plus honnête. Ici tout est puant et ridicule, à la frontière du nanar, peuplé de personnages insipides et inutiles, et un Michael Myers tourné en dérision la plus totale. Le film offrira quand même une scène culte au moment où Busta Rhymes et Michael Myers se tapent sur la gueule « kung-fu style ». Clairement, on a atteint les limbes du mauvais-goût, et il sera difficile pour la franchise de creuser plus bas.

Myers Origins

Assassiné par la critique, il est difficile alors de rebondir après Halloween : Résurrection. Au même moment fleurissent des préquelles de licences cultes, Massacre à la tronçonneuse en tête. Dans leur qualité d’opportunistes, les frères Weinstein y voient donc l’occasion de se lancer dans un film retraçant les origines de la figure de Michael Myers. La mort du producteur historique Moustapha Akkad mettra un stop au projet. Il ne faudra cependant pas attendre longtemps pour que les Weinstein s’inspirent d’autres succès du moment pour proposer des idées saugrenues dont un affrontement entre Myers et Pinhead, la star de Hellraiser. Comme dans la saga tout est question d’héritage, il faudra attendre l’arrivée de Malek Akkad, fils de Moustapha pour voir enfin en chantier une idée sérieuse. L’idée du préquelle revient sur le tapis et après avoir demandé à Oliver Stone, qui refusera, les producteurs se mettent d’accord sur une figure montante du cinéma d’horreur, Rob Zombie. Le cinéaste américain, spécialiste d’une horreur particulièrement malsaine mettant souvent à l’honneur des familles de white trash, décide donc de réaliser un remake du film de Carpenter, mais en passant bien plus de temps sur la genèse de Michael Myers.

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Le gros point fort de ce reboot par Zombie est que, bien qu’il s’agisse toujours d’un film de studio, il dispose de la vision de son auteur et de certaines libertés. Zombie s’occupe également du script et arrive à se réapproprier le film culte. Particulièrement long, près de 2 heures, son Halloween est coupé en 2. La première partie suit le jeune Michael Myers et sa famille dysfonctionnelle, un thème cher à Rob Zombie qui lui permet même de caster sa femme dans le rôle de la mère. Il est intéressant également de voir que Zombie prend le parti d’incorporer directement la relation entre frère et sœur. Pendant près de la moitié du long-métrage, Zombie va donc suivre le développement psychologique de Michael de son meurtre jusqu’à son arrivée à l’asile et sa relation avec Loomis, qui gagne lui aussi en substance à l’occasion. Le choix est original, mais avait-on vraiment besoin de connaître les origines de Myers ? La figure du boogeyman, qui a toujours été considérée comme le mal à l’état pur, nécessite-t-elle réellement de s’attarder sur sa psychologie qui au final n’est pas très élaborée ? Cela permet au moins à Zombie de prendre pleinement en main les clés de l’univers Halloween.

Dans sa deuxième partie, Zombie s’attèle donc à reprendre le déroulé du film de Carpenter, quitte à réutiliser certaines séquences dans leur intégralité (le meurtre du couple et l’utilisation du drap-fantôme). L’approche de la violence est là aussi bien différente. Alors que Zombie ne veut pas la glorifier, elle n’en reste pas moins sèche, surtout comparé au premier volet qui n’était absolument pas gore. De manière générale, Zombie opte pour un ton plus trash qui s’aligne plus avec ses anciennes productions que la saga Halloween. Le personnage de Laurie en est ainsi affecté et ne passe plus vraiment pour la vierge innocente du premier volet, la jeune fille n’hésitant pas à faire preuve d’un langage assez cru rompant définitivement avec cette image. C’est justement dans le traitement de Laurie que Zombie s’écarte le plus de l’original et offre à son film un affrontement viscéral entre les deux. Bien que la baby-sitter ne soit pas au courant de la relation qui la lie au boogeyman, la confrontation a des allures de H20 et débouche encore sur une fin pleinement satisfaisante. L’approche de la saga mythique par Rob Zombie a pu laisser plusieurs personnes sur le carreau, et même si l’on n’adhère pas forcément aux choix entrepris par le rockeur, il est difficile de renier son travail d’adaptation. Chose que l’on ne pourra pas dire du film de Gorden Green dont on parlera plus tard.

The Myers’ Rejects

Cette nouvelle version estampillée Rob Zombie obtient un certain succès au box-office et il est donc naturel de voir une suite se mettre en chantier. Si celle-ci a failli tomber entre les mains des frenchies Alexandre Bustillo et Julien Maury, c’est bien Zombie qui va à nouveau s’y atteler bien qu’il eût annoncé dans un premier temps ne plus y revenir. Zombie y voit même un plus grand avantage, il peut enfin s’exorciser complètement du film de Carpenter dont il devait respecter le schéma pour son remake et enfin faire son propre film. Deux ans après le reboot d’Halloween sort donc Halloween 2 qui fait preuve d’une démarche encore plus différente et qui va, par cette occasion, encore plus dérouter. Zombie s’en amuse, en nous faisant dans un premier temps penser à un remake d’Halloween 2, où l’histoire reprend directement à la fin du premier et se situe dans un hôpital afin de perpétuer l’affrontement entre Michael et Laurie, sauf qu’au bout d’une vingtaine de minutes, Zombie nous révèle qu’il ne s’agit que d’un rêve. Le spectateur est pris de court pour la première fois, et ce ne sera pas la seule occasion.

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Ce qui démarque véritablement ce deuxième volet de l’entreprise précédente, c’est la dimension surnaturelle que va conférer Zombie au film. Tout le film sera ponctué de séquences oniriques mettant en scène un cheval blanc symbolisant la rage démoniaque qui émane de Myers et surtout sa mère Déborah. On aurait pu éviter de tomber dans la facilité du « mommy issue » typique du tueur en série et auquel avait échappé Myers jusque-là, mais bon Zombie voulait certainement trouver une occasion d’offrir un rôle à sa femme. Ces séquences permettent par ailleurs d’établir une connexion entre Michael et Laurie qui se retrouvent liés au travers de la mère, alors que l’adolescente découvre la réalité sur ses origines. Autre personnage traité de façon inhabituelle, c’est le Dr Loomis. Le sympathique psychiatre qui a toujours essayé tant bien que mal d’avertir le monde du danger Myers se retrouve ici représenté comme un connard imbu de sa personne et qui cherche à tirer profit au maximum de l’affaire Myers. Rob Zombie s’est à ce niveau inspiré de l’histoire de Vincent Bugliosi, le procureur de l’affaire Charles Manson qui avait tiré profit de l’affaire en écrivant un best-seller, oubliant complètement l’impact que pouvait avoir un tel ouvrage sur les victimes du serial killer. C’est d’autant plus significatif que c’est au hasard du bouquin de Loomis que Laurie découvre d’où elle vient. Loomis n’agit donc plus du tout en protecteur et perd alors toutes son empathie au détriment d’un facette bien plus sombre.

Sombre, le film de Zombie l’est toujours, mais il fait preuve d’une sauvagerie sans précédent dans l’univers Halloween. Empilant les meurtres graphiques, Zombie exprime la monstruosité qui anime Michael Myers de façon frontale et joue encore plus sur le rapport humain/monstre en montrant très souvent Myers sans son masque. Malgré toutes ces belles pistes qui sont plus ou moins bien développées, Halloween 2 reste bien trop classique dans sa dimension slasher. Il est par ailleurs bien trop long pour ce qu’il a à raconter, avoisinant lui aussi les 2 heures. Le passage de Rob Zombie sur la saga aura donc de quoi diviser. Les fans du cinéaste retrouveront aisément son style white trash gore, tandis que les fans de la première heure du film de Carpenter pourront ressortir avec l’impression d’avoir été floués. Le film marche moins bien que le premier essai de Zombie bien qu’il rentabilise son budget. Une fois n’est pas coutume les producteurs décident donc de lancer en chantier une suite en se basant sur le procédé en vogue au moment, à savoir ici la 3D qui a été mise en avant avec Cameron et son Avatar. Halloween 3D ne sera finalement pas fait, et il faudra attendre 2016 pour que la boîte de prod Blumhouse, chef de file de l’horreur américaine actuelle prenne les rênes de la série.

Fanmade Express

Derrière les plus grands succès du cinéma d’épouvante US des années 2010, tels que Paranormal Activity ou Insidious, Jason Blum n’allait évidemment pas manquer l’occasion de mettre la main sur l’une des franchises les plus symboliques du genre. Pour ses premiers pas dans cette saga dont on arrive plus vraiment à suivre la timeline, Blumhouse décide de ne pas poursuivre la voie tracée par Rob Zombie et de repartir sur un nouveau reboot. Ce vent de fraîcheur est également l’occasion rêvée pour un petit retour de John Carpenter aux affaires en temps que producteur délégué, mais également en compositeur. Après avoir failli échouer dans les mains de Adam Wingard, c’est finalement David Gordon Green qui va avoir l’honneur de perpétuer l’héritage. Le réalisateur est encore novice dans l’horreur. Ses faits d’armes les plus connus sont des comédies potaches avec l’aide de Seth Rogen ou Danny McBride ou des drames parlant d’une Amérique rurale comme dans le très bon Joe avec Nicolas Cage. Le cinéaste emmène par ailleurs dans l’aventure son compère Danny McBride qui va bosser en sa compagnie sur le scénario. Voulant renouer avec les origines de la franchise, et ayant du mal à se dépêtrer dans les innombrables séquelles, le duo décide de supprimer tout ce qui fait suite au film de Carpenter. 40 ans après le film de Carpenter, et 20 ans après Halloween H20, David Gordon Green marque donc le coup pour une nouvelle date anniversaire en reprenant la même approche que le film de Miner. Ils décident par ailleurs de supprimer le lien fraternel qui relie Laurie et Michael, élément dont ils s’amusent d’ailleurs au détour d’un dialogue mais qui impacte, malgré tout, la cohérence de leur script.

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Cette suite prend donc place 40 ans après la fameuse nuit d’Halloween 78 qui a vu la mort de plusieurs adolescents. Depuis, Michael Myers passe sa vie dans un asile psychiatrique, après avoir visiblement été capturé (alors qu’il avait disparu à la fin du premier opus). De son côté, Laurie Strode vit dans une paranoïa, ne pensant qu’au retour prochain de Myers. Vivant d’une façon militaire, rythmée par les exercices de tir et la confection de pièges et de systèmes de sécurité pour sa maison, Laurie voit sa fille lui être retirée par les services sociaux. Cette dernière a depuis refait sa vie, loin de sa mère et élève sa fille adolescente. Forcément 40 ans après, c’est la bonne occasion pour Michael Myers d’enfin s’échapper lors d’un transfert vers un autre asile (tiens comme dans Halloween 4). Où va donc se rendre ce cher Myers ? À Haddonfield, évidemment. Une trame au final assez classique qui va revoir le boogeyman semer la terreur dans la banlieue de la bourgade de l’Illinois. On peut alors s’attendre à du slasher efficace, voulant soi-disant revenir à une ambiance proche du film de Carpenter. Malheureusement pour David Gordon Green, le contrat ne sera pas respecté, et plus dommageable encore, un gros problème au niveau de la mythologie va apparaître. C’est d’ailleurs sur cet aspect que le film va se baser et qui va donner naissance à une gigantesque facilité de scénario sur laquelle tout le film va se reposer.

En effet, en omettant le lien qui unit Laurie et Michael, il n’y a plus vraiment de raison qui explique pourquoi Myers en ait encore après Laurie 40 ans après. Pour Myers, Laurie Strode n’est qu’une victime parmi les autres, mais qui a eu la chance de survivre. Certes, on peut penser que le tueur n’aime pas laisser du travail inachevé, mais cela s’avère bien trop facile comme explication. Du côté de Laurie, on laisse passer cette façon extrême d’exprimer son traumatisme même 40 ans après, car il permet d’offrir une approche intéressante du personnage, notamment dans sa relation avec ses descendantes et le côté générationnel qui a toujours fait le sel de la saga. Le hic, c’est que cela n’est pas véritablement exploité et est même utilisé à des fins racoleuses en ce qui concerne le personnage de la petite fille Alyson, dont l’intérêt ne se résume en fin de compte qu’à embrayer sur une potentielle sequel. La façon dont est ensuite présenté Myers n’est elle-même pas raccord avec son objectif. Si son but est d’assassiner Laurie Strode, pourquoi ce dernier se met-il à vagabonder dans Haddonfield en tuant des personnes de façon complètement aléatoire ? On peut comprendre pour ceux se trouvant sur le chemin, mais certains ne sont là uniquement pour une mise en scène gratuite d’un meurtre, comme c’est le cas de cette fameuse scène en plan séquence sympathique mais inutile.

Bien que McBride dît vouloir rejoindre l’atmosphère du film de Carpenter, le film fait finalement l’exact opposé. Alors que Big John misait avant tout sur l’ambiance, David Gordon Green préfère exploser le body count. Le nombre de meurtres entre le premier et ce dernier film est quasiment quadruplé. De plus, David Gordon Green n’hésite pas à tomber à plusieurs reprises dans une violence complaisante à base de gore qui tâche. Ce Halloween succombe au cahier de charges de toute production Blumhouse, nous gratifiant même d’une séquence ultra clichée dans un jardin reprenant le concept de Lights Out, autre production de l’écurie. Dans cette démarche assez démonstrative, on pouvait alors au moins espérer un climax frissonnant, mais que nenni, on aura bien plus vibré devant Maman, j’ai raté l’avion. Tous ces défauts, couplés à d’autres comme cette écriture laborieuse des personnages (ne mentionnons même pas le « nouveau Loomis » utilisé dans un twist putassier), font de ce Halloween une production bâclée. Quelques idées sympathiques viennent ponctuer certains moments, on peut penser à la façon dont Green dépeint une Amérique qui se renferme dans une certaine peur renvoyant au climat actuel. Il y a également le plaisir de retrouver Carpenter à la BO qui se fait ressentir bien qu’il ne se soit pas véritablement foulé. Le film reste globalement divertissant, et dans le paysage horrifique actuel, il n’en reste pas moins dans le haut du panier, mais en tant qu’Halloween, il ne se démarque pas vraiment.

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On aura beau rechigner sur la vision de Rob Zombie, on y distingue au moins la patte d’un auteur. Ce n’est donc pas que cette mouture 2018 de Halloween soit mauvaise, c’est qu’elle est anodine. En nous promettant de revenir à une certaine vision qui s’est soi-disant perdue au cours des nombreuses suites, Green et McBride font preuve d’une prétention assez malhonnête. Alors qu’ils font fi de tous ces films, ils n’hésitent cependant pas y chaparder de nombreuses idées que cela soit dans la mise en scène ou dans les thématiques, qu’ils ne traiteront pas forcément d’une meilleure manière. C’est triste, mais on a vraiment l’impression qu’il ne s’agit que d’un film de fanboy, se faisant son petit kiff en créant une sequel à une œuvre culte. Cela ne devrait cependant pas empêcher Blumhouse de continuer sur sa lancée car le film a fait un démarrage historique aux USA. Ce n’est pas vraiment étonnant vu la façon dont le film se plie aux standards de l’époque, loin de la force inventive du premier opus. Résultat, Green et McBride voulaient s’en approcher, ils s’en sont diablement éloignés.

Voilà que s’achève ce périple au sein de la saga Halloween, une saga aussi imparfaite que son film fondateur est parfait. Si comme toute franchise du cinéma, elle aura été motivée par un aspect mercantile, elle aura pu proposer une volonté d’étendre une mythologie, tombant parfois dans des choix douteux. De ces 11 films, on retiendra évidemment l’innovation du film de Carpenter, le côté viscéral de certains opus comme Halloween 2 ou le final de H20, la volonté d’explorer de nouveaux horizons avec Halloween 3 et forcément Busta Rhymes dans Halloween Résurrection. Halloween aura surtout montré une adaptation à toute épreuve, témoignant d’une habilité des producteurs à plonger dans les modes des diverses époques, quitte à en sacrifier la substance. Malgré tout ce qu’on lui a fait subir, Michael Myers restera l’un des visages les plus emblématiques du cinéma d’horreur.

First Reformed de Paul Schrader : l’antagonisme christique

Paul Schrader est énervé, veut en découdre et fait son retour en grâce avec une œuvre coup de poing qui sacrifie sur le toit de « l’autel » sa figure christique en perdition. Politique, engagé et réflexif comme du Robert Bresson, First Reformed passionne par son questionnement intérieur et son style épuré et minéral. Un grand film.

Quelques heures se sont écoulées depuis l’élection de Jair Bolsonaro, le « Trump tropical », à la présidence du Brésil. Climato-sceptique avéré, il est drôlement cynique de voir que ses propos font malheureusement écho au film de Paul Schrader et aux inquiétudes de son personnage principal. Dans le même temps, de l’autre côté de l’Atlantique, dans le sillage cinématographique américain, il est possible de voir de nombreux films s’attaquant aux États-Unis de Donald Trump : à l’image du dernier film de Spike Lee, Blackkklansman, qui s’avère être un pamphlet contre la politique sécuritaire et sociale de l’actuel président américain.

First Reformed, lui, qui dépeint une société en déliquescence et un pays qui se cache derrière des valeurs pieuses pour accroître son envie de grandeur, n’est pas un film à la marque militante. Politique, il est vrai, mais pas militant. Ce qui fait la force du long métrage, c’est de pointer du doigt un système global qui fait dégringoler notre civilisation, comme un cercle vicieux qui ne s’arrête jamais, pour au mieux dévisager les cicatrices intimes des personnages. Dans les premiers instants du film, nous apercevons un prêtre faisant un sermon devant un auditoire absent et une église presque vide. L’ambiance est froide, les contours de l’atmosphère paraissent aliénants. Mais cette absence de paroissien n’est pas seulement synonyme d’un manque d’intérêt pour la religion mais catalyse aussi un désarroi immense, une rage intériorisée qui gronde à l’image de ces nouveaux jeunes croyants dont les discours radicalisés sur l’immigration et le choc des cultures proche de ceux de Fox News font froid dans le dos.

L’une des rencontres qui va voir le prêtre chuter dans ses idéaux, est celle avec ce jeune activiste climatique qui ne veut pas que sa femme fasse naître leur enfant par peur de l’avenir : pour lui, il ne sert à rien que leur enfant voit le jour dans un monde qui court à sa perte. Sauf que cette confrontation avec cet homme gangrené par le désespoir n’est pas qu’une voix écorchée qui parle dans un océan de vide mais s’avère être aussi une caisse de résonance par rapport au passé du dit prêtre, qui lui-même est hanté par la perte de son fils durant la guerre en Irak. Il l’avait incité à partir en guerre contre l’avis de sa femme. A partir de ce moment-là, le film bascule dans un questionnement intérieur d’un croyant dont la foi est vacillante et où la crainte de fin du monde n’a jamais été aussi pesante. Une peur englobe notre aumônier pour ne plus le lâcher.

Dans son film, par sa faculté visuelle, ce cadrage minéral, cette économie dans la lumière et dans les mouvements de caméra, le cinéaste cite avec passion Bresson, Bergman ou Maurice Pialat version Sous le Soleil de Satan. C’est ce qui sépare la justesse de l’œuvre de Paul Schrader et la plupart des films actuels qui amènent leur aspect militantiste d’une manière outrancière tout en nous imposant une morale comme peut le faire le larmoyant et non moins pataud Capharnaüm de Nadine Labaki. First Reformed, référençant les anciens esthètes européens, n’ignore pas son époque et n’en reste pas moins une œuvre à la modernité mortifère.

Alors que l’œuvre aurait pu vite tourner à la démonstration didactique et la récitation vindicative et documentariste sur le changement climatique à la Al Gore, le film s’avère plus impressionnant et offre une profondeur de champ plus importante. En essuyant les critiques, en se confrontant à l’opportunisme même de l’église protestante, en voyant que son Église est elle-même financée par une entreprise qui pollue à grande échelle, le pasteur comprend l’inéluctabilité de ce serpent qui se mort la queue. Sous l’habit religieux, derrière cette apparence de curée de village réglant les problèmes domestiques, une haine grince le parquet, l’incompréhension devient de plus en plus omniprésente dans les pensées de ce jeune prêtre.

Pendant que la voix off du personnage nous explique à de nombreuses reprises ses égarements idéologiques, qu’il se sait presque condamné par une maladie qui montre le bout de son nez, que sa solitude devient un chemin de croix inévitable, c’est avant tout grâce à son acteur principal, Ethan Hawke, que cette incarnation du désespoir est autant tangible. En symbiose totale avec le reste du film, cette froideur dans le regard et cette tristesse taiseuse n’a jamais été aussi prégnante. Comme dans Oslo 31 aout Joachim Trier ou même Under The Skin de Jonathan Glazer, on assiste au parcours d’un personnage naviguant dans un monde dans lequel il ne se reconnait pas, dans lequel il est de plus en plus difficile de s’assimiler et de ne faire qu’un. Politique, le film ne l’est pas seulement par le biais de son propos et par ses thèmes économiques.

First Reformed est également politique par sa déconstruction de la figure christique au cinéma. Alors que le cinéma hollywoodien bâtit en ce moment à coup de boutoir des dieux sauveurs d’une humanité non représentée dans le brouhaha le plus alarmant, allant des Avengers, Superman ou Tom Cruise dans MI, Paul Schrader désacralise et se sert avec finesse et silence de la figure religieuse et paternaliste de son œuvre comme première arme potentielle à la destruction, comme premier témoin de ce monde désolant, ou comme premier recours à un terrorisme interne. Au lieu de créer une sphère héroïque ou anti-héroïque, il met l’humain au centre de son récit pour confronter l’infiniment petit à l’infiniment grand. Fou, passionnant, First Reformed est l’un des objets cinématographiques les plus importants de l’année. Pourtant, il n’est qu’un simple DTV en France.

Synopsis: Un ancien aumônier militaire est ravagé par la douleur après la mort de son fils.

Bande annonce – First Reformed

Fiche technique – First Reformed

Réalisateur : Paul Schrader
Scénariste : Paul Schrader
Acteurs : Ethan Hawke, Amanda Seyfreid
Photographie : Alexander Dynan
Producteur : Killer Films, Arclight Films
Genre : Drame
Durée : 1h48mn
Date de sortie : 23 octobre 2018 (DVD)

4.5

The Strange ones : découvrez ce captivant OFNI en vidéo (DVD et VOD)

L’étrange et envoûtant road-trip signé Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein sort enfin en DVD et VOD le 20 novembre 2018 !

L’occasion de (re)découvrir cette histoire fraternelle, meurtrière et mystérieuse. Les dialogues y sont minimalistes et l’ambiance tendue à souhait, mais on se laisse prendre dans cette quête d’un certain idéal, une cabane en pleine forêt : la subsistance. Mais The Strange ones est aussi un film de secrets, de révélations et donc de traumatismes, très bien retranscrits à l’écran. Les entretiens avec l’équipe du film, présentés dans les bonus de cette édition DVD, permettent d’en savoir davantage sur la genèse du film, d’autant plus que le court métrage Deux inconnus, ayant inspiré The strange ones, est aussi à découvrir dans le DVD. Un prolongement plus que bienvenu d’un univers bien cotonneux et taiseux. Un univers auquel il faut accepter d’adhérer sans forcément avoir toutes les clefs de lecture à la fin du film.

Le court-métrage est une occasion en or d’en découvrir plus sur le désir d’ambiguïté des deux réalisateurs. En effet, loin de lever le voile sur le long métrage, ce court l’épaissit en le rendant encore plus tendu, plus irréel et même plus effrayant. A travers le regard d’une gérante de motel et un saut dans une piscine, le spectateur est perdu entre une relation tendre et une relation cruelle, il ne sait plus quoi croire, où regarder et comment le faire. On sent que les réalisateurs voulaient approfondir leur ambiance, plus que leur scénario, en passant d’un format court à un format plus « digne » de sortir en salles.  Malgré tout, nous n’irons pas jusqu’à qualifier The Strange ones de « Mulholland Drive dans la forêt » comme le suggère la jaquette du DVD, puisqu’il manque au film une profondeur afin d’engager réellement un dialogue artistique pertinent. Dommage.

Critique du film lors de sa sortie : ici

Caractéristique DVD :

Bloc technique :
Année de production : 12018
Durée du film : 78 minutes – Totalité du DVD : 117 minutes
Image : 2.35 – Son : 5.1
Langues : anglais, sous-titres français

Suppléments :
Entretiens avec Alex Pettyfer, les réalisateurs Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein et le producteur Sebastien Aubert

Court métrage ayant inspiré le film : Deux Inconnus de Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein

Galerie Photo. Bio-filmographie des réalisateurs. Film-annonce.

Synopsis : A bord de leur voiture, Sam et Nick sillonnent les routes de campagne américaine. Pour certains qu’ils croisent, ils sont deux frères partis camper, pour d’autres, des fugitifs. Durant ce road-trip, de mystérieux événements surviennent, faisant peu à peu éclater la vérité au grand jour…

The Strange ones : Fiche technique

Réalisateur : Christopher Radcliff, Lauren Wolkstein
Scénario : Christopher Radcliff, Lauren Wolkstein
Interprètes : Alex Pettyfer, James Freedson-Jackson, Emily Althaus, Gene Jones, Owen Campbell
Photographie : Todd Banhalz
Montage : Christopher Radcliff, Lauren Wolkstein
Sociétés de production : Adastra Films, Relic Pictures
Distributeur : Epicentre Films
Durée : 81 minutes
Date de sortie : 11 juillet 2018
Genre : Thriller

Etats-Unis – 2018

 

Festival Lumière 2018 : le grand rassemblement autour du cinéma

Le Festival Lumière 2018 vient de fermer ses portes et c’est avec une joie non dissimulée que nous avons participé à cette dixième édition. Nous avons sillonné le Pathé Bellecour ou le Comedia pendant une semaine sans relâche. Cela fait donc 10 ans que ce festival existe et rend un hommage sincère au cinéma. On parle bien de cela : le terme qui est au centre de tous les débats durant cette semaine lyonnaise, est bel et bien le cinéma. Mais le septième art dans ce qu’il comporte de plus noble : avec cette idée de partage, de découverte ou cette diversité qui fait la richesse même du grand écran.

Aujourd’hui, lorsqu’on pense à un festival, on imagine les nouveautés, à cette sensation électrisante de voir des films en avant-première, de sentir ce petit goût du scandale ou de l’inconnu dans lequel nous allons nous engouffrer. Certes, le Festival Lumière n’y échappe pas puisqu’il nous a fait découvrir cette année High Life de Claire Denis et Roma d’Alfonso Cuaron. Et c’était magnifique. Cependant l’effet pervers qui ressort de la plupart de ces festivals adorés de tous (nous les premiers), est cette idée de visibilité, de compétition, de course au buzz, ou à vivre dans cette urgence habituelle de l’actualité, sans prendre de recul sur les œuvres que nous venons de voir, ni prendre plaisir à se remémorer les étoiles du passé. Aucunement réactionnaire, ni vieux jeu, ni donneur de leçon, le Festival Lumière, lui, joue la carte de la communion même autour du cinéma.

C’est un festival important. Certains disent, festival « classique », ou du « patrimoine » : nous dirons plutôt moderne et extrêmement rafraîchissant. Il est rare les endroits, qui permettent de rassembler tout le monde, de mélanger les statuts, d’effacer la hiérarchie entre connaisseur et profane, de rameuter presque toutes classes sociales dans une même salle. C’est une mosaïque autant humaine que cinéphile : on passe d’un film d’Henri Decoin avec les rires ravageurs de Danielle Darrieux aux ovnis de Claire Denis et ses âmes vampiriques de Trouble Every Day. Des combats esthétiques de King Hu aux effets spéciaux sophistiqués d’Alfonso Cuaron. Ou avoir la chance de voir des films de Sergio Leone sur grand écran. Le programme est vaste et assez éclectique pour tout le monde.

Au Festival Lumière, les débats sur le cinéma de genre ou la bonne santé du cinéma français n’existent plus : nous sommes dans une bulle pendant une semaine, ouverte à tous, loin de ces quelques youtubeurs français opportunistes qui pensent défendre le cinéma français en faisant des milliers de vues avec des critiques hypocrites sur Alad 2. On est loin de tout ça, même si quelques jours après, nous étions bien contents de découvrir le somptueux First man.

C’est presque même une remise en question qui débouche sur notre rapport au cinéma, de puiser dans notre curiosité, on se sent comme à la maison : les stars et le grand public se rencontrent dans une grande convivialité et dans l’harmonie la plus totale à l’image de ces Master Class, qui sont comme le dit souvent Thierry Frémaux, plus des moments de « conversations et de discussions » que des analyses filmiques pures et dures. On aimerait peut-être que le Festival Lumière se permette une plus grande diversité dans ses choix d’artistes pour faire connaitre des métiers du cinéma un peu moins mis en valeur. Ça irait parfaitement dans l’ordre d’idée de ce festival.

Il était très intéressant d’écouter parler cette année Liv Ullmann donner des anecdotes sur elle et sa relation avec Ingmar Bergman ou Claire Denis et ce qu’elle pense de Robert Pattinson. Mais il ne faut pas se fourvoyer : nous ne sommes pas dans Vivement Dimanche de Michel Ducker qui passe la brosse à reluire à des stars qui viennent se gargariser de leur art. Derrière cet aspect un peu naphtaline, le Festival Lumière n’en oublie pas de vivre dans son temps et de sentir les souffles de son époque : donner un prix à Jane Fonda, grande actrice et inflexible militante, n’est sans doute pas inopportun, en pleine période Me too. La politique est présente, mais l’enjeu cinématographique l’est encore plus. Et ce qui fait la force de ce Festival Lumière. Le cinéma.