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Les femmes à Cannes, les muses de la Croisette

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Les femmes et Cannes, c’est une grande histoire d’amour commencée dès les débuts du Festival en 1946, et qui ne fait que s’accroître d’année en année. Quelques semaines avant l’ouverture du 71ème Festival de Cannes, LeMagduCiné a choisi de revenir sur la relation si particulière entre le prestigieux Festival et les femmes à travers des thèmes qui traversent tous les domaines en mettant toujours à l’honneur, le si bel art qu’est le cinéma.

Des belles tenues aux polémiques.

Le Festival de Cannes est internationalement reconnu depuis des années pour être l’événement chic du Septième Art. Toutes les plus grandes stars de cinéma y ont monté les marches habillées pour l’occasion par des marques de luxe, qui en profitent pour montrer leurs créations. La Croisette n’est pas seulement un lieu privilégié du cinéma, elle est aussi souvent un grand instant de mode. On ne compte plus les fois où des robes splendides ont fait parler d’elles, ni les moments marquants où les tenues très originales inspiraient les journalistes. Les femmes sont scrutées de haut en bas en montant les marches pour voir si elles correspondent bien aux « tenues de soirée » requises pour accéder au Palais des Festivals ou si elles ne laisseront pas s’échapper un scandale de leur robe. Parfois cantonnées seulement à leur statut de femme d’ailleurs, on en oublie de parler de cinéma mais non, elles ne sont pas seulement là pour faire beau et sont autant professionnelles que ceux du sexe opposé, habillés en smocking. (Lire l’article de Libération sur les genres dans les tenues)

Mais les polémiques ne se limitent pas au simple espace du tapis rouge, les femmes ont du caractère et elles le prouvent. Dès 1979, Françoise Sagan fait trembler Cannes en tant que Présidente du Jury. Sept mois après avoir tranché pour remettre la Palme d’Or ex-aequo à Le Tambour et Apocalypse Now, elle révèle les dessous du festival qui disent que le président Robert Favre Le Bret et Maurice Bessy, ex-délégué général et juré cette année-là ont largement influencé les jurés en faveur du film de Coppola. Quelques années après, en 1983, c’est Isabelle Adjani qui fait parler d’elle en refusant de participer à la conférence de presse et au photocall du film L’Été meurtrier pour protester contre les photographes qu’elle jugeait trop intrusifs dans sa vie privée. En réaction à ce boudage, les photographes décident alors de se mettre en grève et de tourner le dos à l’actrice à sa montée des marches, après avoir déposé leurs appareils à leurs pieds. Des années avant encore, Simone Silva créa la polémique en plein shooting photo avec Robert Mitchum en enlevant son soutien gorge lors des poses, donnant des clichés très sexys des deux acteurs. Plus récemment en 2012, Julia Roberts fait le buzz en choisissant de monter les marches pieds nus pour protester contre le dress code du tapis rouge selon lequel les talons seraient obligatoires. Ces photos et ces moments ont fait le tour du monde et beaucoup parler le microcosme du cinéma qui se nourrit chaque année de tous ces instants qui sortent du protocole cannois.

Des inégalités depuis longtemps dans les prix.

Si l’on parle beaucoup des femmes pour leur beauté et leur élégance à Cannes, on attend encore le jour où l’on en parlera autant pour leur talent et leur grande présence dans la compétition. Il y a quelques jours, l’Agence France Presse (AFP) dévoilait quelques chiffres sur la présence féminine au sein de la sélection officielle. Sur les 268 cinéastes ayant vu leur film récompensé par une des plus hautes distinctions du Festival (ces dernières années par la Palme d’or, le Grand Prix et le Prix du jury), 11 étaient des femmes, soit 4 % du total, selon le décompte de l’AFP :

– Jane Campion : Palme d’Or du court métrage en 1986 pour Peel, exercice de discipline et Palme d’Or en 1993 pour La Leçon de Piano (ex-aequo avec Chen Kaige et son Adieu ma concubine).

– Samira Makhmalbaf : Prix du Jury en 2000 pour Le Tableau noir et en 2003 pour A cinq heures de l’après-midi

– Alice Rohrwacher : Grand Prix en 2014 pour Les Merveilles (nommée cette année pour Lazzaro Felice)

« J’adorerai voir plus de réalisatrices parce qu’elles représentent la moitié de la population et donnent naissance à la Terre entière. Tant qu’elles n’écriront pas et ne réaliseront pas, nous n’aurons jamais la totale vision des choses. » Jane Campion.

Du côté du Prix de la mise en scène et du Prix du scénario, quatre femmes ont été récompensées sur 111 lauréats en plus de 70 ans, soit 3,5 % dont deux l’an dernier :

  • Sofia Coppola : Prix de la mise en scène en 2017 pour Les Proies
  • Lynne Ramsay : Prix du scénario en 2017 pour A Beautiful Day (…)

Mais si les femmes ne sont pas beaucoup récompensées, c’est qu’elles ne sont pas non plus beaucoup nommées. Malgré la volonté de certaines écoles de cinéma d’établir la mixité dans leur promotion, la tendance à devenir cinéaste reste masculine. Parmi les plus de 1.780 cinéastes qui ont vu leur film sélectionné depuis 1946, on retrouve 83 réalisatrices, soit 4,7 %. Cette année trois réalisatrices ont vu leur film sélectionné sur les 18 que comporte la sélection officielle, confirmant la « tendance » des quatre dernières années où un film sélectionné sur huit environ était réalisé par une femme. Mais des sélections officielles relativement récentes, comme 2012 ou 2010, ne comptaient que des films réalisés par des hommes. Pour se défendre, le Festival souligne régulièrement que la sélection officielle ne fait que refléter la faible représentation des femmes dans le milieu de la réalisation cinématographique. En France, à titre d’exemple, environ un quart des cinéastes entre 2009 et 2014 étaient des femmes, selon le centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).

Cependant, depuis 2013, le Festival tient à respecter la parité parmi le Jury qui compte 9 membres dont le Président donc 4 ou 5 femmes lorsque la Présidente du Jury est, comme cette année, une femme. Au total, les femmes ont représenté 166 membres sur les 738 qu’a connus le jury du Festival, soit plus d’une personne sur cinq. En 71 édition du Festival de Cannes, 12 femmes seulement ont été présidentes du jury dont 5 françaises (Michèle Morgan, Jeanne Moreau deux fois, Françoise Sagan, Isabelle Huppert, Isabelle Adjani). En revanche, là où le Festival leur donne une place privilégiée c’est pour être maîtresse des cérémonies. Il n’y a eu quasiment que des femmes et seulement 4 hommes depuis 1993 : Vincent Cassel, Lambert Wilson, Laurent Lafitte et Edouard Baer qui assurera pour la troisième fois le rôle de maître de cérémonie cette année.

Les femmes de Cannes.

Toujours une source d’inspiration

La Femme a inspiré de nombreux artistes et été la muse de plusieurs peintres ou réalisateurs qui les sublimaient sur leur toile ou à l’écran. En choisissant de mettre des femmes sur son affiche, le Festival de Cannes retransmet ce message et leur rend hommage. La première femme à apparaître sur une affiche est en 1957 par un dessin puis en 1992, Marlène Dietrich est la première actrice à devenir la muse de Cannes. Depuis, plusieurs femmes se succèdent dans ce rôle en commençant par Marilyn Monroe ou encore Juliette Binoche, Faye Dunaway, Ingrid Bergman, et Claudia Cardinale l’an dernier. Cela montre bien que la féminité est un des personnages principaux du Septième Art.

Brigitte Bardot, Monica Bellucci, Marion Cotillard, Grace Kelly, Catherine Deneuve, Jeanne Moreau, Isabelle Huppert Sophia Loren, toutes ont marqué de leur empreinte le Festival de Cannes. Ces deux semaines cannoises ont leur lot de polémiques et de faits marquants mais également de moments touchants dont le monde entier se souvient. Que ce soit lors de réceptions de prix, avec en 2014 Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos qui montaient sur scène avec leur réalisateur Abdellatif Kechiche pour la Palme d’Or de La vie d’Adèle ou lors d’instants forts de la cérémonie, la grande famille du cinéma comme on l’appelle si souvent, a fait briller bien des yeux. On pense notamment au duo culte de Vanessa Paradis et Jeanne Moreau chantant Le tourbillon de la vie en 1995.

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