FEFFS 2018 Jour 3 : Des propositions de cinéma toujours plus originales

En ce 3ème jour de festivités, il semble que les programmateurs se soient fait un malin plaisir à condenser les œuvres les plus étranges dans la même soirée. Entre le nouveau trip de Gaspar Noé et le premier film étudiant d’un jeune réalisateur allemand, la compétition prend une tournure particulièrement expérimentale. En ce qui concerne la section animation, Another Day of Life met en lumière la guerre d’Angola en alliant rotoscopie et témoignages. Les midnights movies commencent quant à eux très fort avec Nicolas Cage qui massacre une secte dans une ambiance psychédélique.

[Compétition internationale] – Climax

Réalisé par Gaspar Noé (France) Date de sortie : 19 septembre 2018

Avec Sofia Boutella, Kiddy Smile, Romain Guillermic…

Dire que le nouveau film de Gaspar Noé était l’événement de cette 3ème journée de festival est un euphémisme. Il suffit de voir à quelle vitesse la séance s’est retrouvée complète pour comprendre. Le cinéaste provocateur attire les foules et propose une nouvelle fois de nous emmener dans un trip dont lui seul a le secret. Tourné en 2 semaines, Climax est un véritable hold-up. Un film dont on ne connaissait absolument rien avant sa présentation à Cannes et qui a fait l’effet d’une véritable bombe. Un choc arrivé de nulle part, exaltant et terrifiant. Un moment fugace que l’on se doit de vivre à 200 à l’heure avant qu’il ne soit trop tard. Et c’est un peu ça l’histoire de Climax, l’histoire de la vie où tout peut basculer d’un moment à un autre sans que l’on s’y attende. Comme le disent les panneaux dans le film, la naissance et la mort sont des expériences exceptionnelles, mais ce qui est au milieu est encore plus fort.gaspar-noe-feffs-2018

C’est au travers d’une troupe de danseurs extraordinaires, issus de milieux aussi différents que le voguing ou l’électro que Gaspar Noé va articuler sa nouvelle oeuvre. Le premier plan séquence est une véritable claque montrant l’euphorie de ce groupe, enchaînant les chorégraphies avec une minutie exemplaire tandis que la caméra de Noé les suit avec une fluidité remarquable. Un pur moment de transe qui vous fera taper du pied sur des airs de Cerrone ou Patrick Hernandez. Une ardeur qui ne se ressent pas uniquement au travers des mouvements de danse hypnotiques des comédiens mais aussi à l’aide de saynètes montrant des échanges entre ce groupe particulièrement vivant. La force de Climax réside dans cette notion de bande qu’il arrive à instaurer avec une facilité exemplaire. Dans tous les cas, rien ne nous prépare à la deuxième partie du film. L’extase va laisser place à la paranoïa et plonger le film dans un véritable cauchemar éveillé. Avec ses airs de Possession de Zulawski, Climax bascule dans une hystérie contagieuse et terriblement éprouvante. Une épreuve qui va être accentuée par le travail remarquable de Benoît Debie à la photographie. Le grand plan séquence est une véritable prouesse technique qui vous plonge dans le chaos le plus total. Climax est bien plus qu’un film, c’est une expérience. Comme souvent avec Gaspar Noé vous me direz.

[Compétition d’animation] Another Day Of Life

Réalisé par Raul de La Fuente et Damien Nenow (Espagne, Pologne, Belgique) Date de sortie : 23 janvier 2019

Voix de David Weber, Niall Johnson, Damian Nenow…

Cette 11ème édition du FEFFS inaugure une nouvelle compétition, celle des films d’animation. Une catégorie permettant de brosser un large spectre allant du stop-motion à la rotoscopie. C’est justement ce dernier qui nous intéresse avec Another Day Of Life. Derrière ce mot un peu étrange se cache une technique permettant de retranscrire une image prise en vue réelle sous forme d’animation. Un procédé offrant un certain réalisme aux personnages du film et disposant d’une patte graphique reconnaissable immédiatement. D’autant plus que le réalisme est important dans le film pour le duo de réalisateurs hispano-polonais. Leur film traite en effet d’une partie de l’histoire pas forcément très connue de par nos contrées : la guerre civile en Angola au moment de l’indépendance du pays. C’est pourquoi Another Day Of Life allie l’animation à des témoignages aux aspects documentaires.

La partie animation nous transporte donc au coeur du conflit aux côtés de Kapuscinski, un reporter polonais chargé de raconter l’histoire des combattants de la MPLA (Mouvement populaire de libération de l’Angola). Propulsé dans l’enfer du conflit, le journaliste nous fera vivre l’atrocité des affrontements et le quotidien de certains guérilleros. Les possibilités illimitées offertes par l’animation permettent également aux cinéastes d’offrir de véritable moments de terreur au travers de visions apocalyptiques mettant en exergue la cruauté de la guerre. La rotoscopie offre donc un beau cachet, même si à l’instar de Seoul Station, l’animation des personnages semble parfois trop saccadée. L’aspect documentaire du film permet de faire intervenir certains acteurs du conflit qui confient à la caméra un témoignage précieux sur une époque décisive pour l’avenir de leur pays. En prenant cet angle d’attaque originale, de La Fuente et Nenow permette de dynamiser le documentaire et de remettre en avant une période sombre d’un pays un peu oublié. Un film étonnant qu’on ne s’attend pas forcément à voir au FEFFS mais d’une belle force évocatrice.

[Compétition internationale] Luz

Réalisé par Tilman Singer (Allemagne) Date de sorite : inconnue

Avec Luana Velis, Jan Bluthardt, Nadja Stubiger…

La chose qui marque d’entrée dans Luz, c’est l’utilisation de la pellicule 16 mm qui nous propulse directement dans les années 80. Le premier film du jeune allemand Tilman Singer n’aura malheureusement pas grand chose de plus à proposer et ce choix esthétique semble très vite tenir du petit caprice. Il faut dire que Luz est l’archétype du film d’étudiant. En essayant de nous raconter une histoire d’entité démoniaque prenant la possession d’une conductrice de taxi, se déroulant quasiment dans une seule et unique pièce, Tilman Singer accouche d’un récit complètement abscons. Puisant dans diverses influences et faisant preuve d’une volonté d’incorporer de nombreuses idées, Singer montre une certaine limite pour recadrer son histoire. En découle, une oeuvre d’une longueur assommante alors qu’il s’agit paradoxalement du film le plus court de la sélection du haut de sa petite heure dix. C’est bien beau d’essayer d’être original et d’expérimenter mais encore faut il avoir quelque chose à raconter derrière, sinon le tout semble plutôt vain.

[Midnight Movies] Mandy

Réalisé par Panos Cosmatos (USA, Belgique) Date de sortie : inconnue

Avec Nicolas Cage, Andrea Riseborough, Linus Roache…

Après l’atmosphérique Beyond the Black Rainbow, Panos Cosmatos poursuit l’héritage profondément bis issu de son père Georges Pan Cosmatos (Rambo 2, Cobra) et frappe un grand coup avec Mandy. Mandy c’est tout ce qui fallait pour ouvrir cette nouvelle session de midnight movie. Une oeuvre d’une radicalité folle au parti pris esthétique foisonnant et surtout mené par un Nicolas Cage au sommet de son art. Le deuxième long-métrage de Cosmatos se découpe en 2 parties profondément différentes proposant deux salles deux ambiances. La première suit le couple formé par Cage et Riseborough menant une vie paisible alors qu’une secte semble s’intéresser à la femme. Une partie à la lenteur hypnotique qui permet à Cosmatos de s’amuser à développer une imagerie onirique à l’aide d’un jeu sur les couleurs et sur la photographie troublant. Le film puise autant dans l’esthétique metal que chez Clive Barker. Le tout est enrobé par une partition ensorcelante signée par le regretté Johann Johannsson.

C’est dans sa deuxième partie que Mandy plonge à pieds joints dans la série B ultra-violente alors que le personnage de Nicolas Cage part dans une croisade vengeresse contre la secte ayant assassiné sa femme. Armé de sa précieuse hache qu’il a confectionné lui-même, Red va enchaîner les massacres de façon particulièrement graphique. Comme d’habitude, l’acteur américain s’exprime à merveille dans une outrance jubilatoire. Mandy mêle à son ambiance fantasmagorique, un bourrinisme décomplexé et diablement fun. Ça fait un petit moment qu’on ne l’avait pas vu se donner à coeur joie comme ici, jouant de manière excessive avec son image et avec une générosité partagée. Car tout autant qu’au sens de l’esthétisme de Panos Cosmatos, Mandy doit énormément à son acteur principal totalement fêlé.

Festival

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