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« Ma voisine est indonésienne » : si proche et si loin à la fois

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Dans Ma voisine est indonésienne, Emmanuel Lemaire nous invite à un double éveil : il relate son amitié naissante avec sa nouvelle voisine, mais surtout la découverte progressive de son pays et de sa culture d’origine. Le récit est marqué par la curiosité et la tendresse.

La nouvelle voisine d’Emmanuel Lemaire a de quoi étonner. Elle passe ses week-ends à sillonner la France, elle raconte des histoires qui paraissent invraisemblables mais s’avèrent finalement réelles, elle a tendance à disparaître brusquement sans demander son reste. Sans crier gare, elle va fasciner le bédéiste français au point de l’éloigner quelque temps de ses dessins. Ma voisine est indonésienne est le résultat de cette amitié naissante. Au début, il n’est question que d’amabilités banales entre voisins. On se salue, on se rend un service, on boit un thé ensemble. Mais au fur et à mesure des rencontres, Emmanuel Lemaire va se montrer interpellé, dérouté, passionné par cette professeure de français qui ne se révèle que graduellement.

Bien entendu, le cœur de l’album naît de la découverte de la culture indonésienne. Chaque voyage de « Madame Hibou » (c’est ainsi qu’Emmanuel Lemaire la surnomme affectueusement) est un prétexte pour dévoiler un peu plus son passé. L’Indonésie nous est ainsi présentée comme un pays immense, majoritairement musulman, couvert de volcans, coutumier des séismes et des tsunamis, attaché à certaines croyances telles que le « dosa » (une punition divine pour les mauvais comportements) ou le pouvoir du « dukun » (une sorte de sorcier). C’est aussi un pays où la pauvreté peut être criante et où la minorité chinoise subit un ostracisme souvent motivé par sa réussite économique.

Dans Ma voisine est indonésienne, Emmanuel Lemaire recourt à des esquisses en noir en blanc. En vue d’ensemble, la ville apparaît ainsi pourvue de contours mal définis, un peu brouillonne. Mais cela s’inscrit dans un système graphique cohérent et parfaitement en phase avec l’esprit de l’album. Ce dernier est plein d’à-propos, d’humour et de tendresse. Emmanuel Lemaire se tourne volontiers en dérision : il exprime ses hypothèses fumeuses sur cette nouvelle voisine étrange, alimentées par ses mystérieux voyages à travers la France et par un comportement souvent saugrenu. Il se met en scène tel un spectateur curieux, longtemps mû par un sentiment mêlé de méfiance et de fascination.

L’Indonésie se décrypte aussi en miroir de la France. C’est l’étonnement exprimé devant une femme de ménage possédant une voiture (chose apparemment inimaginable là-bas). Ce sont des jeunesses s’inscrivant aux antipodes l’une de l’autre. C’est Jakarta surpeuplée et s’enfonçant de plus en plus sous l’eau. C’est la corruption, le népotisme ou les collusions. Emmanuel Lemaire raconte par bribe, sans jugement, ce qu’il a pu apprendre d’un archipel transcontinental relativement méconnu chez nous. Il le fait de manière légère, souvent amusée, mais peut-être un peu trop systématique. Finalement, Ma voisine est indonésienne peut se concevoir comme une ode à la rencontre et au partage. Simple et efficace.

Ma voisine est indonésienne, Emmanuel Lemaire
Delcourt, janvier 2021, 128 pages

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Festival de Gérardmer 2021 : The Stylist, Host puis Aya et la sorcière

Pour cette fin de Festival de Gérardmer 2021, nous faisons un petit détour sur trois films plus ou moins enthousiasmants : The Stylist , Host et Aya et la sorcière.

The Stylist de Jill Gevargizian (En compétition)

Suivant le personnage de Claire, coiffeuse, The Stylist questionne avec minutie le malaise social de sa protagoniste. Au travers de son métier, la jeune femme envie la vie de ces inconnues qui sont ses clientes. Mais cette volonté de changer de vie va prendre le dessus d’une manière macabre quand on découvre que le hobby de Claire est de scalper ses victimes pour prendre leur place en se couvrant de ces perruques fraîchement découpées. L’actrice Najarra Townsend est de quasi tous les plans et livre une performance remarquable oscillant entre une gêne touchante et un charme psychotique. Dans sa forme, The Stylist porte bien son nom. La réalisatrice Jill Gevargizian proposant une mise en scène des plus élégantes renvoyant à l’esthétisme de Peter Strickland dans la composition de certains plans ou dans la direction artistique. Malgré tous ces bons points, The Stylist s’égare parfois dans des longueurs plombant un poil l’enthousiasme que l’on pouvait porter à l’œuvre. Le final bien que prévisible n’en reste pas moins réjouissant.

Maxime Thiss

Host de Rob Savage (En compétition)

Cela aurait pu être le film parfait pour une édition en ligne du festival de Gérardmer, mais Host s’avère être un rendez-vous manqué. Profitant du confinement et de la percée de Zoom, Rob Savage a eu l’idée un peu opportuniste de perpétrer ce style de film d’horreur via écrans interposés (on pense notamment à Unfriended) pour nous pondre un film de spiritisme en visioconférence. Si le concept n’est plus si original, il peut s’avérer toujours efficace (notamment en le voyant sur un écran d’ordi pour plus d’immersion). Dans son exécution, Host ne se démarque pas tellement, n’exploitant pas forcément à bon escient son format. Les différentes protagonistes se retrouvent chacune de leur côté attaquées par un esprit frappeur tandis que les autres assistent impuissantes à ce qui se passe sous leurs yeux. Si certains effets peuvent s’avérer efficaces, on reste sur un terrain balisé de A à Z qui ne laisse que peu de place à de véritables surprises. Le réalisateur a eu au moins l’intelligence de concentrer son histoire sur une petite heure, empêchant de vraiment ressentir l’ennui pointer le bout de son nez.

Maxime Thiss

Aya et la sorcière de Gorō Miyazaki (Séance Spéciale)

Aya et la sorcière, avec son rendu 3D, est bien évidemment une déception provenant du studio Ghibli. On remarque directement les velléités télévisuelles de cette création, avec tendresse et parfois bienveillance, mais cela n’empêche pas le film de se tromper dans les grandes largeurs. Certes, de nombreux aspects habituels et attendrissants dans l’écriture du studio sont visibles au premier coup d’œil : une jeune fille tenace qui veut découvrir le monde qui l’entoure, des petites bestioles ou des animaux qui regorgent de surprises ou de secrets, un univers proche de la féérie. Mais les corrélations s’arrêtent là. Pour le reste, Aya et la sorcière n’est qu’un simple et drôle récit pour enfant, loin d’être digne de Sabrina l’apprentie sorcière par exemple, loin aussi d’avoir des thématiques foisonnantes, et s’avère surtout alourdi par une animation parfois grossière et ventripotente, à des années lumières de la chatoyante et fluide partition du studio. Il n’y a pas grand chose à retenir de ce film qui porte autour de cette jeune fille voulant apprendre la magie, qu’on regardera comme on peut regarder un simple épisode de Code Lyoko. 

Sébastien Guilhermet

 

WandaVision, Coyote et la cinquième saison de Riverdale : notre bilan des séries de janvier

Un début d’année 2021 tout en douceur, avec seulement deux nouvelles sorties et un retour de série, mais il y a de quoi satisfaire des inclinations variées. Pastiche des sitcoms des années 50, soleil mexicain, cerveza et ambiance virile, ou retour aux affaires de Riverdale : il y a de quoi attendre de pied ferme le 36e confinement.

PILOTES

WandaVision : le parfait pastiche des premières sitcoms américaines 

La nouvelle série Disney/Marvel tant attendue fera sourire les fans de Ma sorcière bien-aimée. Wanda Maximoff (Elizabeth Olsen) et son compagnon Vision (Paul Bettany), nos nouveaux héros aux pouvoirs très spéciaux, prétendent être le parfait couple américain des années 50. Face à leurs voisins et collègues de travail, ils tentent tant bien que mal de dissimuler leur véritable identité et passer pour de véritables humains. Ce qui donne lieu à des scènes marquées de comique de situation dignes des meilleures sitcoms comme I love Lucy. Un pastiche qui reprend avec brio le noir et blanc, les plans de caméra et les rires préenregistrés du public.

Mais il serait faux de penser que la série continuera sur cet élan comique le reste de la saison. La fin du premier épisode, avec cette mise en abyme du générique de la sitcom, laisse présager une certaine dramatisation de l’histoire. Et si notre couple était en réalité coincé dans ce décor de parfaite sitcom américaine ? Une série à suivre de près pour découvrir le mystère derrière cette supercherie.

4

Celine Lacroix

Coyote : No hablo español

Dans cette nouvelle série proposée par CBS, Michael Chiklis (The Shield, Gotham), interprète Ben Clemens, un agent de la United States Border Patrol (les garde-frontières américains) qui prend sa retraite après 32 années de bons et loyaux services sur la frontière avec le Mexique. En traversant lui-même cette frontière pour achever la construction d’une maison laissée à l’abandon par un ex-collègue décédé, il se retrouve involontairement aux prises avec de dangereux criminels. Le décor a beau être original (la séparation bien nette entre les États-Unis et le Mexique apparaît comme une ligne de démarcation entre deux cultures, deux niveaux de vie, deux mentalités que tout semble opposer), la trame narrative installe rapidement le spectateur dans un certain confort. On comprend que Clemens est un patriote rigide et conservateur, aux idées bien arrêtées et qui a le sens du devoir comme horizon indépassable. Il ne faut pas plus d’un épisode pour se douter que les ennuis dans lesquels il va se retrouver le forceront à apprendre à connaître ces immigrés clandestins mexicains qu’il a passé toute sa vie professionnelle à refouler du sol américain. Un sujet ô combien d’actualité alors que l’immigration illégale est devenue aux États-Unis plus qu’un débat : un enjeu électoral au plus haut niveau, 18% de la populations étatsunienne actuelle étant en outre de souche hispanique. On espère bien entendu que ce qui est entraperçu dans ce pilote dépassera le politiquement correct archi-prévisible…

L’interprétation, le rythme, la mise en scène sont convaincants et l’épisode n’ennuie pas un instant. Il faut en revanche insister sur une invraisemblable erreur de casting : si l’interprétation de Michael Chiklis est comme toujours solide, comment expliquer le choix d’un comédien non-hispanophone (ce fait est carrément souligné dans le pilote, le personnage ne comprenant presque rien de ce que ses interlocuteurs mexicains lui disent) dans le rôle d’un homme qui a exercé pendant plus de trois décennies un métier dont la maîtrise (ou l’apprentissage) de la langue espagnole est un critère de recrutement essentiel ?! A ce niveau, cela ne relève pas d’une maîtrise du sujet, mais simplement du bon sens…

https://www.youtube.com/watch?v=Uc8UtDqGPQc

3.5

Thierry Dossogne

RETOUR DE SÉRIE

Riverdale : une agréable surprise pour ce début de saison 5 

Riverdale fait son grand retour suite à une fin de saison 4 abrégée par le COVID-19. La saison 5 reprend donc la fin de l’intrigue de la précédente. La série issue de l’univers des Archie Comics a malheureusement suivi depuis ses débuts une pente classique et regrettable, chaque saison étant moins bonne que la précédente. La saison 4 n’y fit pas exception, avec ses intrigues à la fois sans intérêt et totalement absurdes.

On craignait donc le pire pour cette saison 5, et l’engouement s’était quelque peu émoussé. Et pourtant, quelle belle surprise que ce pilot !

Archie (K. J. Apa), Betty (Lili Reinhart), Veronica (Camila Mendes) et Jughead (Cole Sprouse) sont de retour dans un épisode non seulement intéressant, mais dénué de toute invraisemblance ou intrigue ridicule !
Le spectateur retourne à Riverdale pour résoudre le mystère des vidéos anonymes, il est entraîné dans une rave party déjantée et un rien glaçante. Voilà pour la résolution des crimes et autres joyeusetés.

Niveau intrigues adolescentes, on a droit à un bal de promo pas ennuyeux, et surtout à un imbroglio sentimental accrocheur. Archie avoue à Veronica avoir embrassé Betty, sonnant ainsi le glas de leur relation. De son côté, Betty n’a rien dit à Jughead… Quant au troisième couple phare,Toni et Cheryl, il court à sa perte. Tout ce beau monde est sur le point d’entrer à l’université.

On comprend donc que tout est en train de voler en éclats et que pour cette cinquième saison, la série de Roberto Aguirre-Sacasa s’apprête à faire peau neuve. Pour notre plus grand plaisir de spectateur.

Si la saison est à l’image de ce pilot, on peut s’attendre à des intrigues amoureuses et mystérieuses qui tiennent la route et évitent le cheesy et le ridicule auxquels la série nous avait malheureusement habitués. Fini, les adolescentes qui montent un commerce de rhum et les jeunes hommes qui jouent aux justiciers dans la nuit à coups de poing ! Du moins l’espérons-nous…

Riverdale, avec sa saison 5, serait-elle en train de redevenir une série vraisemblable ?

3.5

Sarah Anthony

 

 

Valse d’amour, de Dino Risi, en DVD/Blu-ray : l’amour d’un fou est le plus sincère

Les admirateurs de Dino Risi seront ravis par cette sortie proposée par LCJ Editions. Dans un de ses tout derniers longs-métrages, le maître italien retrouve son comédien fétiche, Vittorio Gassman, dans une comédie mélancolique et poétique. Le metteur en scène y refuse malicieusement de choisir un style bien précis, passant avec légèreté du drame familial au bonbon sucré, en passant par les excès de la comédie à l’italienne. Si le film se situe bien loin des chefs-d’œuvre de Risi, il donne au moins l’occasion à Gassman de nous rappeler, une fois de plus, quel immense comédien il fut. Un conseil, cependant : fuyez la version française !

Contrairement à ce qu’affirme la jaquette du DVD/Blu-ray, Valse d’amour (Tolgo il disturbo) n’est pas le dernier film réalisé par Dino Risi, mais son avant-dernier, le metteur en scène italien ayant achevé sa carrière six ans plus tard, en 1996, avec Giovani e belli, vague remake de Pauvres mais beaux (Poveri ma belli), une comédie qu’il avait réalisée lui-même en 1957. Si on préférerait oublier ce mauvais film qui clôtura la carrière du maestro de bien vilaine manière, il s’agit bien là de son dernier long-métrage pour le cinéma, avant son décès survenu en 2008, à l’âge de 91 ans.

Comme dans les grandes comédies italiennes dont Risi fut un des plus glorieux représentants, la prémisse de Valse d’amour assume pleinement sa part d’irréalisme. Un vieil homme qui n’a plus toute sa tête, Augusto Scribani (Gassman), est libéré d’un hôpital psychiatrique après dix-huit ans d’internement et est accueilli chez sa belle-fille et son nouveau compagnon. Il faut sans doute voir dans l’absence inexpliquée du fils de Scribani (pourquoi son ex-épouse accueillerait-elle son ex-beau-père ?) une simple pirouette scénaristique permettant d’éviter que le film se concentre sur des retrouvailles père-fils. D’ailleurs, Scribani, dont la mémoire est pour le moins confuse, n’a conservé de son fils qu’un vague souvenir ! Cette absence du rejeton parti au Brésil permet au récit de se concentrer sur la relation qu’Augusto va nouer avec sa petite-fille Rosa (Valentina Holtkamp). On découvre rapidement que celle-ci est malheureuse dans cette famille recomposée, entre une mère qui ne lui témoigne pas beaucoup d’attention et une vraie peste de demi-sœur.

Entre l’enfant en manque d’affection et le vieil homme qui a oublié les conventions sociales, se noue alors ce qu’ils appellent tous deux une « relation d’amour ». En troquant le sordide pour le poétique (jamais, bien sûr, nous ne verrons de rapprochement physique déplacé), Risi joue sur une touchante confusion des sentiments, la fillette déclarant jusqu’au bout qu’elle est amoureuse de son grand-père, quand celui-ci manifeste sa jalousie face aux éventuels prétendants de Rosa, qu’il s’agisse d’un gamin de son âge ou d’Alcide (Elliot Gould, égaré en Italie), un ami d’Augusto et ex-interné complètement maboule. Ce qui se révèle cependant derrière l’absurde ambiguïté de la situation et les gags provoqués par un Augusto ingérable, est nettement plus dramatique. Rosa est une enfant mal acceptée, corsetée par les convenances de son milieu familial bourgeois. Au contact de son fantasque grand-père, elle va découvrir de l’intérêt, de l’affection et une salutaire liberté. Le film se termine sur une note résolument mélancolique : réfugiée chez Augusto et Alcide, deux personnages au comportement imprévisible, Rosa est récupérée par ses parents au terme d’une intervention policière vaudevillesque, et est envoyée dans un internat sur les bords du lac Majeur. Dans ce décor magnifique, Risi tourne sa meilleure scène, qui est aussi la dernière du film. Augusto, ayant retrouvé la trace de sa petite-fille, prend conscience, malgré la confirmation de leur amour innocent, que celle-ci a grandi et emprunté sa propre voie dans la vie, avec des enfants de son âge. Le vieillard retourne alors seul vers l’embarcadère, se rappelant soudain les pas d’une valse…

Si Valse d’amour n’est pas dépourvu de moments de grâce et d’une certaine poésie charmante, le film est plombé par une hybridité stylistique qui n’est convaincante que par intermittence, un casting très inégal, des décors banals et une musique sucrée et datée (composée par Francis Lai), autant d’éléments qui le rapprochent d’un modeste feuilleton télévisé… Les choses tournent carrément au vinaigre si vous vous risquez à regarder le film en version française (la rédaction n’a reçu le DVD que dans cette version) : une véritable catastrophe ! Les doublages sont tous plus ratés les uns que les autres, la palme revenant au personnage de Rosa, dont la doubleuse a dû s’acquitter de son travail entre deux dessins animés particulièrement niais…

Si cette sortie s’adresse donc en priorité aux jusqu’au-boutistes de Dino Risi (et en version originale, par pitié), il faut insister sur le fait que son atout numéro un est, sans conteste, Vittorio Gassman. Dominant le reste du casting de la tête et des épaules, Il Mattatore croise ici la route de Dino Risi pour la seizième (!) et dernière fois, trente ans après L’homme aux cent visages qui lui valut son surnom. Le comédien rend honneur à ces retrouvailles, ignorant les défauts du film et l’éclaboussant de son talent, comme s’il jouait dans un chef-d’œuvre. Sa générosité, sa sincérité et sa touchante expression justifient à elles seules que l’on donne une chance à cette œuvre mineure.

Synopsis : Après dix-huit ans passés en hôpital psychiatrique, Augusto Scribani revient chez lui. Là vivent sa bru et son nouveau compagnon, ainsi que sa petite-fille, Rosa. Mal accepté par les adultes, il parvient à nouer une relation de complicité avec l’enfant.

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2.5

Festival de Gérardmer 2021 : Sleep, Les Animaux Anonymes et Mosquito State

Pour cette nouvelle journée du Festival de Gérardmer 2021, petit tour d’horizon avec trois films plus ou moins inégaux : Sleep de Michael Venus, Les Animaux Anonymes de Baptiste Rouveure et Mosquito State de Filip Jan Rymsza.

Sleep de Michael Venus (Compétition) : 

Amenant le spectateur dans les travers du traumatisme et du refoulement de soi, Sleep de Michael Venus voit une fille voulant découvrir ce qui se trame derrière les cauchemars de sa mère, sans doute hantée par les démons de son passé, le tout se déroulant dans une forêt et un hôtel rappelant l’univers horrifique de Shining. Sauf que dès les cinq premières minutes, on comprend vite la volonté initiale du récit et malheureusement, c’est bien l’un des gros problèmes du film qui n’arrive jamais à s’enlever cette épine du pied et à faire respirer ses velléités fantastiques. Malgré un casting habité, un environnement naturaliste et une tension continue, Michael Venus s’avère bien trop démonstratif. Trop lisible dans ses intentions, trop maniéré dans l’imbrication de ses scènes oniriques cauchemardesques avec celles qu’on pense être réelles, balbutiant dans son écriture et son interprétation, Sleep ne trouve pas forcément le ton juste pour aborder son discours sur les violences faites au femmes et le visage nauséeux de l’extrême-droite qui parcourt ce village reculé. Tentant maladroitement de nous plonger dans des contrées proches d’un Twin Peaks, Sleep s’avère être généreux, louable mais très vite oubliable. 

Les Animaux anonymes de Baptiste Rouveure (Hors Compétition) :

Il est difficile de défendre complètement le film. Les idées sont là, l’envie aussi, mais le résultat s’avère vite bancal. De nombreux plans iconiques et malaisants viennent faire vivre une ambiance haletante, un soin particulier est donné au mixage sonore, les situations ajoutent de l’eau au moulin d’un propos maladroitement placardé sur chaque scène, et le film arrive tout de même à jouer visuellement avec les codes du survival. Malencontreusement, cette inversion entre le prédateur (les animaux) et les proies (les humains) qui se présente à nous, n’enclenche jamais la deuxième. Le processus n’en reste qu’au stade des idées, où le long métrage (1h) aurait du n’être qu’un simple court métrage, tant le récit ne semble pas avancer d’un iota, ni dans son discours ou sa narration. On mettra en cause notamment un montage et un cadrage parfois illisibles, des transitions répétitives qui coupent toute immersion au récit, et surtout un penchant pour faire durer les scènes avec une caméra mouvante, sans y apporter un contour sensoriel ni organique. Une proposition originale, sincère, qui demanderait sans doute plus de moyens pour dévoiler ses qualités notables. 

Mosquito State de Filip Jan Rymsza (Compétition) : 

Avec La Nuée, Teddy et ce Mosquito State, le Festival de Gérardmer 2021 met le paquet sur l’humain qui transite vers le bestiaire animalier et son visage à l’état de nature. Sous fond d’effondrement financier, d’algorithmes incontrôlables, de hiérarchisation sociale et verticale, de l’avidité de l’être humain, de son attirance pour la déchéance et le désordre, Mosquito State dresse un portrait acerbe et iconique d’un milieu financier qui ne se rend pas compte de ses actes et qui voit la société courir à sa perte. On pense beaucoup à Cosmopolis pour ce portrait du milieu bancaire, à La Mouche et à Bug pour cette maturation de la chair et de la pensée paranoïaque dans l’univers du huis clos et de l’amour contrarié. Même si le film ne parvient jamais à la hauteur de ses influences, Mosquito State se démarque par sa démarche jusqu’au-boutiste avec son ambiance nébuleuse, son ton cynique et son cadre chromatique qui marquent les esprits. 

La Nuée : le cri de rage agricole

Alors qu’il était l’une des têtes d’affiche de ce Festival, La Nuée renforce sa réputation flatteuse avec une sélection à Gérardmer 2021. Tout comme Teddy, l’oeuvre de Just Philippot fait cohabiter le fantastique avec un cri de rage social. Une autre très belle réussite. 

Pendant que Teddy, sous le ton du burlesque, parlait de l’exclusion des inadaptés qui veulent tant bien que mal fuir une province parfois anxiogène, La Nuée est dans l’introspection d’une agriculture qui se noie sous les demandes de production. Naturaliste, proche de la fibre documentariste, le cinéaste filme les étapes de fabrication, les geste du quotidien, la gestion d’une famille et le processus agricole d’une mère, élevant seule ses deux enfants. Mais dans le business lié aux sauterelles, l’époque veut que les récoltes soient moins bonnes et moins prospères. Durant la première partie du film, rappelant le cinéma de Jeff Nichols (Take Shelter), l’aspect social est mis en avant, grâce à la qualité de l’interprétation (excellents Suliane Brahim et Sofian Khammes) et grâce au regard bienveillant mais aussi inquiet de Just Philippot vis-à-vis d’une bataille économique et familiale qui semble perdue d’avance. 

Proche de l’implosion, entre des finances qui vacillent, une ferme difficile à payer, une mère seule au gouvernail de la famille, une fille qui vit les moqueries de ses jeunes camarades et un jeune garçon isolé, le tout rend inévitablement le décorum assez haletant. Cependant, après une mauvaise chute dans l’une des ses serres, Virginie se rendra compte que le sang est une denrée que ses sauterelles ingurgitent à grande vitesse. Même un peu trop. Elle donnera son corps « à la science », nourricière de ses propres créatures, dans des séquences hors-champ ou plein cadre, qui marquent la rétine par l’angoisse horrifique qu’elles génèrent. Cette exploitation lui dévorera autant le corps que l’esprit, et son aliénation n’en sera que progressive. 

C’est à ce moment-là, que le film prend un virage fantastique, où Just Philippot arrive avec finesse à dessiner la monstruosité qui se construit sous ces serres qui se multiplient. La production augmentent, les sauterelles « carnivores » en veulent toujours plus et cette ferme à l’abandon devient un monopole à elle seule. Mais à quel prix ? Sous cet apparat, se cache un monstre sanguinaire qui ne cesse de gronder son appétit. Le monstre d’un capitalisme qui dévore tout ce qui bouge, tout ce qui s’approche, où la Nature reprendra inévitablement ses droits. Derrière cette symbolique et les enjeux qui en découlent, c’est surtout visuellement que le film tire son épingle du jeu. 

Sans effets spéciaux racoleurs, mais avec un cadre parfait et une mise en scène audacieuse, jouant sur les perspectives, l’organique, la meurtrissure de la chair et la pertinence du réel, le cinéaste arrive à rendre compte de la puissance collective et de la prolifération de cet amas de bestioles enragées, de faire des sauterelles, un ennemi sanguinaire terrifiant, une bête horrifique qui se jette à corps perdu sur les proies qui sont à sa disposition (chèvre, chien, fermier…). Parfois trop attentionné quant à son discours sociétal, trop attaché à décrire le parcours de cette famille, le cinéaste en oublie parfois sa fibre fantastique et aurait pu davantage dessiner cette perverse et destructrice liaison entre Virginie et ses sauterelles, visage du lien entre ce Dr Frankenstein agricole et sa créature sans visage. 

Mais le plaisir reste intact, notamment dans ce climax où la nuée prendra vie et dévoilera sa réelle existence mortifère. Un visage implacable qui se noiera dans la folie, pour un film évocateur, angoissant et plus que pertinent. 

La Nuée – Bande Annonce

Synopsis : difficile pour Virginie de concilier sa vie d’agricultrice avec celle de mère célibataire. Pour sauver sa ferme de la faillite, elle se lance à corps perdu dans le business des sauterelles comestibles. Mais peu à peu, ses enfants ne la reconnaissent plus : Virginie semble développer un étrange lien obsessionnel avec ses sauterelles…

La Nuée – Fiche Technique

Réalisateur : Just Philippot
Scénario : Jérôme Genevray, Franck Victor
Casting : Suliane Brahim, Sofian Khammes, Marie Narbonne, Raphaël Romand…
Sociétés de distribution : The Jokers
Durée : 1h41
Genre: Drame/Fantastique
Date de sortie :  2021

 

Come True : les yeux sans visage

Présenté dans la sélection hors compétition du Festival de Gérardmer 2021, Come True du cinéaste Anthony Scott Burns vient embellir une édition déjà bien garnie. Le film, qui s’articule autour du rêve puis des peurs inconscientes et collectives, est une proposition de cinéma troublante et extatique. Le coup de grâce du festival. 

D’emblée, le film essaye de faire vaciller nos sens avec des travellings avant qui seront récurrents et qui nous immergeront dans les rêves sombres et hantés de la jeune Sarah, aux effets spéciaux imparfaits mais captivants. Ne voulant pas dormir chez ses parents, et ne voulant avoir aucun contact de près ou de loin avec la sphère familiale, pour des raisons qui nous échappent, elle erre en ville avec une amie ou dans son lycée. Sitôt la nuit revenue, le film nous replonge une nouvelle fois dans ces rêveries ténébreuses au design proche d’un Silent Hill ou de Channel Zero, avec au bout du chemin, chaque fois, cette même et unique silhouette, d’homme musculeux et ténébreux aux yeux sans visage, qui semble être le centre névralgique d’une peur profonde. 

Avec son environnement de « suburbs » américaines doté d’un cadre dream-pop qui fait directement penser au cinéma de Sofia Coppola (Virgin Suicides), de Gia Coppola (Palo Alto) ou même de David Robert Mitchell (The Myth of the American Sleepover), le film fait très rapidement le pont entre son univers de teen movie et son ambiance de film d’angoisse à la Philip K. Dick (influence citée dans le film). Alors qu’elle ne sait plus où loger, mis à part chez une amie, Sarah va intégrer une étude visant à observer les troubles du sommeil, notamment le sommeil paradoxal, afin de trouver un toit où dormir et de gagner un peu d’argent. Sauf qu’elle va vite se rendre compte que cette étude va avoir de réelles répercussions sur elle et que les scientifiques en question ne lui ont pas tout dit. Notamment sur la matérialisation de ses peurs.

Come True n’est pas un film de peur mais plutôt un film sur la peur, une oeuvre qui capte cet instantané de pures paralysies nocturnes, ce moment indicible qui semble préoccupé par une peur commune, universelle chez tous les sujets. Avec son cadre soigné et sa teinte bleutée que ne renierait pas Michael Mann, le film se veut être une véritable séance d’hypnose, voulant observer le rêve et ses méandres par le biais du rêve lui-même. A l’image des protagonistes devenus les « cobayes » de cette étude, le spectateur reste éveillé sans réellement être conscient de ce qui se déroule devant ses yeux. Comme paralysé et envouté. 

Le spectateur, comme les personnages, essaye de scruter chaque écran pour découvrir la raison de cette angoisse qui monte, et est aussi aidé en ce sens, notamment par la sublime bande-son de Electric Youth, omniprésente, qui ne surligne jamais les émotions, mais au contraire accompagne cette perpétuelle tension et ce flou continu qui voit petit à petit le récit nous échapper des mains. Pour mieux nous impressionner. Alors que le film, à l’instar de sa caméra, semblait avancer continuellement en ligne droite (en verticalité), se désirant donc monolithique, se veut beaucoup plus tortueux spécifiquement à partir de son terrifiant climax de milieu de récit, où le rêve commence à s’incruster dans le réel et inversement. 

Il est difficile de décrire ou d’expliquer Come True, mais c’est un peu comme si Columbus de Kogonada rencontrait les affres de Freddy Krueger : une balade hypnotique, musicale, qui cette fois ci, sera remplie de non-dits, de frustrations contrariées, d’inconfortables peurs et dont la fin, aux multiples interprétations sur les vérités du récit (les violences, le harcèlement, la solitude, l’état végétatif, l’imbrication de strates de conscience), n’enlève en rien la puissance formelle et auditive qu’est Come True. Une expérience tétanisante. 

Come True – Bande Annonce

Synopsis : Sarah, une lycéenne en crise, fait des cauchemars récurrents. Elle décide de sécher les cours et s’enfuit de chez elle. Elle accepte alors de participer à une étude universitaire sur le sommeil qui lui permettra de trouver un lieu où dormir et subvenir à ses besoins. Espérant que ses mauvais rêves disparaissent, elle va devenir involontairement l’instrument d’une découverte terrifiante.

Come True – Fiche Technique

Réalisateur : Anthony Scott Burns
Scénario : Anthony Scott Burns
Casting : Julia Sarah Stone, Landon Liboiron…
Durée : 1h45
Genre : Thriller/SF

 

« Alienated » : souffrances adolescentes

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Dans Alienated, le découverte d’une entité extraterrestre apparaît avant tout comme un révélateur. Les trois « Sam » du récit – Samuel, Samantha, Samir – portent en eux certaines des douleurs les plus partagées de l’adolescence. Ils vont se servir des pouvoirs de « Chip », l’alien qu’ils ont récemment découvert, pour les extérioriser et les combattre.

Tangletree est une petite ville tout ce qu’il y a de plus banal. C’est une sorte de Woodsboro (Scream) ou de Haddonfield (La Nuit des masques). Comme chez Wes Craven et John Carpenter, sa quiétude va cependant être entamée par un élément perturbateur, à ceci près qu’il ne s’agit pas cette fois d’un tueur masqué, mais bien d’une entité extraterrestre découverte par hasard, dans un bois, par trois adolescents. Samuel, Samantha et Samir constituent d’ailleurs la sève du récit. Non seulement leur point de vue prédomine d’un bout à l’autre d’Alienated, mais « Chip », ironiquement présenté comme un « bébé poulpe mutant extraterrestre », agit sur eux comme un puissant révélateur.

Reprenons dans l’ordre. Samuel est « le nouveau » et l’éternel insatisfait. Sa mère est une cadre de la police régulièrement mutée pour remettre de l’ordre dans des commissariats où elle n’effectue que des passages furtifs. Il n’a pas encore d’ami à Tangletree. Son activité principale consiste à tourner des vidéos vindicatives et à les publier sur ses réseaux sociaux, sous le pseudonyme de l’Agitateur à capuche. Avec un succès relatif : il n’a que 43 vues en moyenne par semaine. Son ton plaintif et acrimonieux transparaît dès la première planche. Samuel y vilipende le système éducatif : « Ils gomment tout ce qui est différent pour que vous vous retrouviez à chanter l’hymne national avec des yeux de veau rivés sur le sol. » Il argue que l’objectif inavoué d’une formation scolaire est de former « un nouveau petit robot, reconnaissant de pouvoir être obéissant ».

Samantha semble impatiente à l’idée d’aller à la fac. Non pas que ses études la passionnent démesurément, mais il lui tarde de quitter Tangletree et ses habitants. Elle apparaît taiseuse, solitaire et peu aimable avec les autres. Samir est le troisième « Sam » adolescent de l’histoire. Il a la triple particularité d’être homosexuel, musulman et d’origines pakistanaises. Son désir d’être apprécié de tous se manifeste par son enthousiasme feint devant des chansons ou des personnalités publiques sur lesquelles il ignore pourtant tout. Les trois comparses s’apprêtent à devenir « colocs de cerveaux ». En se regroupant à proximité d’une mystérieuse entité extraterrestre, ils vont en effet se voir dotés de dons de télépathie. Un adolescent détestable nommé Léon va croiser leur route à tour de rôle. Il annoncera notamment à Samir, rebaptisé Saddam pour l’occasion : « Les homos et les migrants m’intéressent pas, sauf si c’est au milieu de mon viseur. »

Léon va devenir la première victime de l’appétit de « Chip ». Ce qui fait dire à Samuel : « Il y a deux jours, un connard s’est évaporé, et une paire de parfaits étrangers ont ouvert un groupe Whatsapp dans ma tête. » L’extraterrestre nantit les trois adolescents de capacités extrasensorielles : ils peuvent littéralement sortir une personne de son corps, communiquer avec leurs amis et ressentir leurs émotions par télépathie ou encore ouvrir des fenêtres sur des événements se déroulant à des kilomètres d’où ils se trouvent. Ces nouveaux pouvoirs s’apparentent vite à des révélateurs : Samuel veut se venger de l’invisibilité dont il souffre quitte à faire le mal autour de lui ; Samantha entend mettre à mal Craig, qui l’a abandonnée après une grossesse indésirée ; Samir retrouve son père, s’excuse d’avoir été un mauvais fils et un mauvais musulman, mais apprend que ce dernier a en réalité refait sa vie après avoir rencontré une autre femme, sans que Samir soit responsable de quoi que ce soit.

À chaque fois, dans l’écrin graphiquement somptueux de Chris Wildgoose, c’est le mal-être adolescent qui se fait jour. Simon Spurrier exploite habilement Chip pour caractériser au mieux ses personnages et leurs souffrances. Samuel ? « Il veut être vu, mais il a trop peur qu’on le connaisse. C’est assez banal, en fait. » Samantha ? Elle vit évidemment mal qu’on la qualifie à tort de « pute » et de « salope », mais elle nourrit surtout un vide et des remords immenses suite à l’abandon de son enfant. Samir ? Son besoin d’être aimé s’explique par le départ de son père et aboutira à une tragédie elle aussi symptomatique de la jeunesse.

Deux figures trompeuses apparaissent enfin dans Alienated. Il y a d’abord Chelsea, décrite avec sarcasme comme un « vélociraptor avec un bonnet C ». Elle joue les éplorées après la disparition de Léon tout en s’assurant que son ami a bien tout filmé. Elle est superficielle et rêve avant tout de tirer la couverture à elle. On trouve cependant certaines similitudes entre ses desseins et ceux de Samuel. Et surtout, elle changera du tout au tout après une intervention conjointe et surnaturelle des trois « Sam ». On trouve ensuite Waxy, cet individu masqué « en colère et brut ». Derrière des apparences de chevalier blanc, il s’agit en fait d’un opportuniste entouré d’obligés et incapable d’accorder la moindre attention à un jeune admirateur mal dans sa peau. Cette assertion de Samuel s’applique finalement autant à Waxy (et à lui-même !) qu’à ceux qu’il méprise : « On vous voit remplir nos esprits avec l’envie irrépressible de rentrer dans le moule et le désir d’être aimé. On vous voit nous transformer en copies de vous-mêmes : ignorants et en manque d’affection. »

« Chip » est finalement autant au centre du récit qu’à sa marge. C’est certes l’élément perturbateur central de l’album, mais surtout une lumière profuse jetée sur trois adolescents. C’est une créature qui s’éveille au monde en absorbant les douleurs intériorisées des trois « Sam ». Là est sa première et unique fonction, ce qui en ferait presque un MacGuffin hitchcockien. Presque, car le prétexte narratif donne ici sa texture au récit et en conditionne les rebondissements. C’est le jeune Vern, peu présent dans l’album, qui nous en livre la morale… à travers un vlog : « On ne fait pas pousser une fleur en brûlant une forêt. »

Alienated, Simon Spurrier, Chris Wildgoose, André May
HiComics, janvier 2021, 172 pages

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4

« Môbius » : exploration de l’espace-temps

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Jean-Pierre Pécau et Igor Kordey nous transportent à travers l’espace-temps dans le premier tome de la série Môbius. La mort n’est plus qu’une étape transitoire : elle permet de réinitialiser l’existence des hommes en les catapultant dans de nouveaux mondes sans qu’ils soient en mesure de se remémorer leur existence passée. À quelques exceptions près.

« La physique quantique a établi la présence d’une infinité de mondes dans des dimensions parallèles à la terre. On appelle ça le multivers. Mais elle n’a jamais pu trouver le moyen de s’y rendre… » Là est l’argument principal de Môbius : il y existe simultanément une pluralité de réalités dont les différences sont d’autant plus grandes qu’elles apparaissent éloignées les unes des autres. Munis d’une bague de transfert prévue à cet effet, les personnages de Jean-Pierre Pécau et Igor Kordey ont la faculté de voyager à travers l’espace-temps et d’explorer n’importe quelle strate du multivers. Des sauts spatiotemporels qui peuvent les mener dans un monde réduit à son étiage ou, en cas d’erreur, droit dans la gueule d’un loup-garou affamé.

Cette première caractéristique, à rapprocher (en schématisant) d’une saga telle que Retour vers le futur, se greffe à la mythologie du peuple élu. Dans Môbius, les gitans ont en effet une connaissance fine des articulations du monde. Les peuples du vent entretiennent des relations anciennes et étroites avec le Mont, une entité encore obscure apparemment douée d’un pouvoir de régulation sur le multivers. Car c’est bien le Mont qui recrute Berg pour traquer « Ji », un tueur qui agit dans différentes réalités pour se débarrasser de gitanes capables d’ouvrir les portes des mondes. Berg est un authentique « voyageur », c’est-à-dire qu’il est « capable de passer de terre en terre et d’en garder le souvenir ». Il peut aller de Terra 0000 à Terra 9999 en conservant le souvenir de tout changement ou événement observé à chaque n+1 parcouru.

Gratifié des dessins à la texture si spécifique du dessinateur croate Igor Kordey, ce premier tome de Môbius initie un coup à trois bandes sur un rythme échevelé : pendant que Berg est aux trousses de « Ji », Viktor, un ancien membre des Navy Seals, est recruté pour traquer l’agent du Mont afin de le faire passer de vie à trépas. Berg et Viktor ont un passé commun dont on devine l’effeuillage dans les épisodes suivants. Ce premier tome est aussi l’occasion pour Jean-Pierre Pécau et Igor Kordey de rendre hommage à quelques figures tutélaires. On pense d’abord à L’Incal – la série s’intitule Môbius et le principal protagoniste se nomme Berg – et ensuite à Matrix – l’allusion aux pilules bleue et rouge.

Pour l’heure, tout reste cependant à l’état de promesses : l’exploration des mondes et la mythologie demeurent en construction, la caractérisation des personnages est encore chiche, les jeux d’alliance et de revers ne font probablement que commencer. Cela ne nous empêche pas d’admirer les dessins détaillés d’Igor Kordey ni de nous perdre en conjectures quant à la suite des aventures de Berg et du Mont.

Môbius (T01), Jean-Pierre Pécau et Igor Kordey
Delcourt, janvier 2021, 56 pages

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3

Les belles endormies, si vulnérables

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Dans ce court roman (128 pages) qui date de 1961, Yasunari Kawabata (prix Nobel de littérature 1968) imagine une maison close assez particulière, qui lui permet d’alimenter une réflexion sur les oppositions entre la vie et la mort, la vieillesse et la jeunesse. Tout en évoquant le Japon de l’époque, il s’intéresse à la psychologie de ses personnages. En esthète au style raffiné, il captive par sa façon de s’attarder sur des couleurs, des textures, des atmosphères.

Le vieil Eguchi, 67 ans, a entendu parler de la maison « Les belles endormies » par un ami et c’est par curiosité qu’il s’y rend un soir. Accueilli par une femme qui la dirige, il découvre un lieu et son organisation. Rapidement mené à l’étage, la femme lui laisse la clé d’une chambre à laquelle il pourra accéder une fois seul. Elle l’a prévenu que, dans cette chambre aux tentures rouges, il trouvera une jeune fille endormie, couchée dans un lit. Elle a absorbé un puissant somnifère, il sera donc inutile de tenter de la réveiller. Lui-même pourra quand il le souhaitera, prendre de quoi assurer son sommeil : deux pilules d’un somnifère classique sont à sa disposition. La règle de la maison, c’est que le client paie pour passer la nuit avec cette jeune fille qu’il trouve nue et qu’il peut donc serrer contre lui, caresser et embrasser à sa guise. Attention cependant, les relations sexuelles sont strictement interdites, car selon une affirmation de la femme : « Dans cette maison, il ne se passe rien de mal. »

Une relation particulière

Le narrateur insiste pour faire sentir qu’Eguchi n’est pas impuissant, contrairement à la clientèle habituelle de cette maison. Il passe d’ailleurs pas mal de temps à envisager d’enfreindre l’interdit signifié. La jeune fille à sa disposition étant sans défense, il pourrait lui faire n’importe quoi, même l’étrangler. Il passe également du temps à se demander si la jeune fille ne serait pas vierge et si oui, pourquoi.

Une situation propice à l’introspection

Intrigué, le vieil Eguchi (Kawabata insiste pour le désigner ainsi) se décide à revenir plusieurs fois, de façon un peu compulsive, car il ne prévient jamais à l’avance, raison pour laquelle il tombe à chaque fois sur une jeune fille différente. Avant de dormir, il passe l’essentiel de son temps à détailler le physique de sa partenaire d’un soir, s’attardant sur des détails charmants, observant les postures qu’elle prend et restant attentif aux quelques mots qu’elle prononce dans son sommeil. Il a également tout le temps pour repenser à des moments de sa vie intime. On apprend ainsi que s’il est marié et père de trois filles mariées, il a eu un certain nombre d’aventures extra-conjugales. Il considère qu’en venant aux « Belles endormies », il y trouve à chaque fois celle qui pourrait être son ultime.

Innovations et effets pervers

Avec cet ouvrage où chaque chapitre narre une visite d’Eguchi aux « Belles endormies », Kawabata livre un roman où l’érotisme affleure de façon bien particulière. Dans ce Japon encore très marqué par des traditions séculaires, il montre que le modernisme peut donner de nouvelles idées. Ainsi, la maison qui reçoit ici pourrait être une version inédite de celles où œuvraient les geishas. Dans ces conditions, mieux vaut se méfier des innovations, car elles peuvent générer des effets pervers qu’on n’imagine pas au premier abord. La fin du roman montre comment l’imprévu génère des réactions peu reluisantes. Malheureusement, dans ce style, l’épisode final se révèle assez peu crédible.

La femme dans l’imaginaire collectif

Kawabata montre aussi que les relations hommes/femmes restent à son époque marquées par un héritage ancestral. Pire, ce qu’il imagine ne fait qu’accentuer la domination des hommes sur les femmes, puisqu’ici elles se retrouvent dans une situation où elles subissent encore plus que de coutume, sans même savoir à qui elles ont affaire. D’ailleurs, il vaut sans doute mieux pour elles, car on imagine leur possible (probable) répulsion pour les physiques décrépits des vieillards qu’elles côtoient à leur insu (elles ne savent jamais rien de leurs compagnons d’une nuit). Les relations hommes/femmes n’ont jamais été simples, mais l’écrivain ne cherche pas l’apaisement, puisqu’il fait dire par son narrateur : « Ce qui entraîne l’homme dans le « démon des démons » c’est bien, semble-t-il, le corps de la femme. » Une phrase qui s’accorde avec cette vision de femmes qui, quoi qu’on puisse penser des conditions, acceptent de se prostituer. Les féministes apprécieront…

Cela suffira pour les réticences

À côté des nombreuses réflexions d’Eguchi lors de ces nuits, on retient ses multiples et vaines tentatives pour réveiller ses partenaires dont il admire les nombreux attraits (d’ailleurs admirablement différents de l’une à l’autre). Il fait ainsi sentir l’humanité de son personnage en le montrant totalement désarçonné par la passivité des filles. Eguchi se montre ainsi incapable de passer à l’acte avec aucune (pas d’envie sans vie, au moins des manifestations de conscience). Et si, au cours de ces quelques nuits, il se sent plus vivant que jamais, ce n’est pas par la satisfaction sexuelle, mais par celle des sens (la vue, l’odorat, le toucher) et par tout ce que cela lui fait remonter comme souvenirs. Bien entendu, c’est aussi parce que la situation l’incite à réaliser que pour lui, l’heure de la mort approche. C’est peut-être la raison pour laquelle il sent irrésistiblement l’envie de retrouver ces belles endormies, son ultime possibilité pour profiter de jeunes filles attirantes.

Les Belles endormies, Yasunari Kawabata
Le Livre de poche (collection Biblio), juin 1982, 128 pages

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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3.5

De « L’Homme le plus flippé du monde » à « Avocat du diable », deux petits formats à découvrir chez Delcourt

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Les éditions Delcourt publient simultanément Avocat du diable et Tentatives d’adaptation, le second tome de L’Homme le plus flippé du monde. Ces deux albums ont en commun un format réduit, la primauté accordée à l’humour et des histoires brèves qui s’étendent tout au plus sur quelques planches.

Théo Grosjean souffre d’anxiété généralisée. Sur Instagram, où il est suivi par une communauté de 145 000 personnes, il publie de courtes histoires dessinées autobiographiques. C’est une manière pour lui d’exorciser ses démons intérieurs. La série L’Homme le plus flippé du monde rassemble ces récits doux-amers, où l’humour le dispute au malaise, en quelques cases tricolores (noir, blanc, orange). Si la formule de Théo Grosjean fonctionne si bien, c’est avant tout parce que le lecteur peut s’y identifier. Il n’est en effet pas nécessaire de connaître des états pathologiques d’anxiété pour se reconnaître dans certaines situations gênantes mises en vignettes par l’auteur et dessinateur français.

Ex-professeur d’arts plastiques, Téhem a un parcours en BD moins autocentré. Son dernier album en date, Avocat du diable, met en scène une sorte de Jacques Vergès accentué. L’album raconte en cent strips les pérégrinations d’un représentant du barreau ayant l’habitude de plaider la cause des pires personnages imaginables : Hitler, Staline ou Kim Jong-un côtoient ainsi le xénomorphe d’Alien, Frankenstein ou Dark Vador. Si ces brèves dessinées s’avèrent inégales, certaines n’en demeurent pas moins désopilantes. Et le fait de conjuguer des monstres réels et fictifs, mais aussi de se pencher sur des individus plus « ordinaires » (à l’instar d’un Donald Trump obsédé sexuel ou d’un Gad Elmaleh plagiaire), contribue au plaisir de lecture.

L’Homme le plus flippé du monde fait lui aussi quelques incursions dans la culture populaire. C’est certes plus implicite que dans Avocat du diable, mais non moins efficace. Il suffit ainsi de consulter le verso de la couverture pour découvrir un premier clin d’œil à Pokémon : « … Une crise d’angoisse nocturne apparaît ! » est ainsi signifié dans un dessin dont les graphismes rappellent la licence développée par Game Freak sur Nintendo. Un peu plus tard, c’est au travers d’un jeu de cartes portant sur les phobies de l’auteur qu’apparaît une nouvelle allusion aux Pokémon. Pendant ce temps-là, Téhem met en scène King Kong, Dracula, Hannibal Lecter, le monstre du Loch Ness ou encore Cyclope, soit autant de personnages mythiques, accompagnés d’un avocat bien en peine de défendre leur cause.

La démarche de Théo Grosjean est à rapprocher de celle récemment adoptée par Nicolas Keramidas dans l’album À cœur ouvert, publié chez Dupuis. L’un comme l’autre se racontent avec ironie et se servent de l’écriture comme d’un exutoire. Dans L’Homme le plus flippé du monde, on voit ainsi l’auteur et dessinateur français « psychoter sur la mort », faire des crises d’angoisse, peiner dans les interactions humaines, se montrer incapable de sortir d’une zone de confort pourtant très étriquée (elle se réduit à son domicile, et encore…), se départir péniblement de troubles obsessionnels compulsifs et d’un pessimisme à tout crin. Les situations sociales les plus banales sont pour lui une source d’anxiété : on l’observe raconter une anecdote de manière pathétique, stresser à l’idée de recevoir un prix en raison de l’allocution publique que cette récompense suppose ou encore théoriser sur les poignées de mains et la manière d’optimiser son temps libre.

Tant chez Théo Grosjean que chez Téhem, l’image est au service du propos. Le premier use par exemple de phylactères ondulés pour représenter l’incertitude ou le malaise de son personnage autobiographique. Le second imagine, avec un réel sens de l’absurde, ce que pourraient cacher ses personnages : derrière le masque de fer apparaît ainsi une paire de fesses, tandis que le seul couvre-chef de Charles Manson est en fait un chapeau conique du Ku Klux Klan. Notons enfin que Théo Grosjean glisse dans son album un « journal du confinement » plutôt bien conçu et que Téhem, au-delà de la caractérisation de ses « inculpés » en quatre vignettes, propose quelques épisodes se rapportant à la vie de son avocat, partagée entre une femme âpre et une collaboratrice qu’il trouve à son goût.

L’Homme le plus flippé du monde – 2. Tentatives d’adaptation, Théo Grosjean
Delcourt, janvier 2021, 128 pages

Avocat du diable, Téhem
Delcourt (Pataquès), janvier 2021, 104 pages

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3

Desert Hearts de Donna Deitch : rendre l’amour possible

Si Donna Deitch avait une sœur de cinéma contemporaine, ce serait Céline Sciamma. En effet, comme la réalisatrice de Portrait de la jeune file en feu, celle de Desert Hearts filme un amour interdit qu’elle rend possible. Un amour qui s’écrit sous nos yeux, un amour qui sera celui du souvenir ou de l’avenir, rien n’est déterminé à l’avance. Une première pour un film comme Desert Hearts, sorti en 1985.

Désert et désir 

Desert Hearts commence par l’arrivée d’un train. C’est une femme, Viviane, qui en descend et rejoint une autre femme, Frances, dynamique, pleine d’entrain. Dans la voiture, elles discutent du divorce de Viviane qui s’inquiète du moment de calme qu’elle est venue chercher dans le désert. Et oui, en effet, comment survivre à la chaleur ? Les conseils de Frances sont pragmatiques. Elle parle de survivre, pas de désirer, ni de vivre. Bientôt, les deux femmes sont doublées à toute allure par une plus jeune : brune, farouche, pas froid aux yeux. C’est Cay qui s’élance dans la vie comme sur cette route, sans faire attention aux autres. Ou plutôt aux pensées des autres sur ce qu’elle doit faire ou non. On comprendra assez vite que Cay est lesbienne et que ça ne plaît pas à grand monde, surtout pas à Frances. On comprend surtout que Viviane, qui s’était enfermée cinq jours dans sa chambre pour travailler et oublier, va vite perdre le calme pour gagner le trouble du désir.

Résistances

C’est alors que Viviane entre en résistance pour ne pas céder aux avances de Cay. Cette dernière, présentée comme une tombeuse, est en train cette fois de tomber amoureuse. La réalisatrice montre d’abord un amour empêché, empêtré même, mais qu’elle va peu à peu rendre possible. Et c’est cette éclosion du possible, qui fait naître une scène d’une belle sensualité, qui est passionnante à suivre. Il n’est pas rare pour les films traitant d’homosexualité d’être réalisés comme des drames. Ici, si nous avons notre lot de cris et de larmes, quoique jamais excessifs, l’engagement des deux femmes l’une envers l’autre va mener le film vers la lumière. Quand Céline Sciamma écrit pour Téchiné une scène d’acceptation de coming-out, « belle à vivre dans la vie, comme au cinéma », elle rejoint Donna Deitch qui filme un amour qui nait alors même que tout l’empêche d’exister, et surtout une Cay que rien n’arrête, qui ne renonce pas. On parle d’audace, de résistance, ça fait du bien !

De l’art de bien finir…

Jusqu’au bout cependant la tension est palpable, entière. Il y a de belles scènes dans cet énorme terrain de jeu qu’est le ranch dans lequel est réfugiée Viviane. L’enjeu de la mise en danger de soi est présent très souvent. Quand elles prennent le volant notamment, quand il est question des défis à mener face aux autres. La réalisatrice met en scène ses deux amoureuses au cœur de la société, pourtant en apparence reculée. Que ce soit une société de femmes, au ranch ou celle du casino dans lequel travaille Cay, tout est fait pour isoler les deux protagonistes. Au final, leur amour fait barrière à la société sans qu’elles aient besoin de le formuler, ce sont leurs corps qui s’émancipent peu à peu, qui s’affranchissent de la foule. Ils se rejoignent dans la solitude pour mieux se libérer. C’est encore un train qui clôt le film et qui met fin à une légende selon laquelle, au cinéma, les amours lesbiennes « finissent mal, en général »

Bon à savoir

La réalisatrice a mis du temps, de l’énergie pour achever la production de son film, au ton résolument audacieux. Il a fait grand bruit en 1986 dans des festivals comme celui de Sundance, la réalisatrice étant plutôt une habituée du film documentaire, puis s’est rapidement imposé comme un classique du film lesbien avec son intrigue tournée vers l’optimisme.

Desert Hearts : Bande annonce

Desert Hearts : Fiche technique

Synopsis : En 1954, Viviane Bell, professeur de littérature à New York arrive à Reno dans le but de divorcer. Elle est hébergée dans un ranch par Frances Parker. Réservée, peu sûre d’elle, cette grande intellectuelle a prévu de travailler afin d’oublier. Elle s’enferme dans sa chambre et s’isole en plein cœur du désert américain. Alors qu’elle avait envisagé un séjour tranquille et apaisant, Viviane fait la connaissance de Cay, la belle-fille de Frances. Cette jeune femme de 25 ans est sculpteuse mais gagne sa vie en travaillant comme caissière dans un casino. Ouvertement lesbienne bien que son choix de vie déplaise à Frances, Cay tombe bientôt amoureuse de Viviane. Seulement malgré sa fascination pour Cay, Viviane, de 10 ans son aînée, commence par ignorer son désir. Et cède finalement à celui-ci. Au coeur du Nevada, en plein désert aride, Viviane et Cay, en vivant leur amour au grand jour, défient une société rigide, hypocrite et intolérante.

Réalisation : Donna Deitch
Scénario : Nathalie Cooper, d’après l’oeuvre de Jane Rule
Production : Donna Deitch
Interprètes : Helen Shaver, Patricia Charbonneau, Audra Lindley, Andra Akers, Dean Butler…
Photographie : Robert Elswit
Montage : Robert Estrin
Société de production : Samuel Goldwyn Compagny
Durée : 96 minutes
Année de production : 1985

Note des lecteurs2 Notes

3.5